Après Charest: la stratégie non-québécoise des conservateurs

Le retrait de Jean Charest de la course au leadership du Parti conservateur vient de modifier du tout au tout la dynamique de la course. Certes, son absence rendra les débats beaucoup moins intéressants. Surtout, l’abstention d’un candidat-vedette venu du Québec va recentrer la stratégie conservatrice vers un des scénarios de succès potentiel: un scénario qui exclut le Québec.

L’histoire récente des hauts et des bas des conservateurs au Canada permet de tirer deux grandes leçons.

 


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En 2011, Stephen Harper a réussi à faire élire un gouvernement majoritaire conservateur avec seulement cinq sièges au Québec. Il n’en aurait eu aucun que sa majorité aurait été intacte. Il y a donc un chemin de la victoire conservatrice qui passe par le délestage, dans la stratégie politique, du poids québécois. Face aux libéraux, Harper présentait un Parti conservateur nettement plus à droite, mettant en vitrine la monarchie, les militaires, la foi, la réduction du déficit, des programmes sociaux, une politique étrangère pro-américaine et pro-israélienne décomplexée. Quand il a perdu le pouvoir en 2015, son parti passant de 188 à 99 sièges.

En 1984, Brian Mulroney, lui, avait réussi à faire élire brillamment le Parti conservateur à deux reprises, en s’appuyant sur une alliance des nationalistes québécois et des conservateurs de l’Ouest. Il l’avait cependant fait en poussant son parti vers le centre, au point où la différence avec les libéraux était très difficile à saisir. Ce recentrage, et la forte prise en compte des thèmes québécois, a cependant provoqué une crise telle que lorsqu’il a quitté le pouvoir en 1993, son parti est passé de 169 députés à seulement 2.

Bref, les conservateurs, comme les libéraux, finissent toujours par perdre le pouvoir, mais la leçon de Mulroney est beaucoup plus amère que celle de Harper.

Se délester du Québec

Se lèvent donc des voix, au Canada anglais, qui poussent le parti à adopter une stratégie non-québécoise et qui y voient plusieurs avantages.

Dans le Globe and Mail, l’auteur Kenneth Whyte souligne avec force qu’il a toujours été impossible, pour n’importe quel parti, d’obtenir une récolte importante au Québec si le chef du parti n’était pas lui-même un Québécois. Il rappelle aussi que, sauf dans le cas de Brian Mulroney, il a toujours été impossible de dominer électoralement l’Ouest du pays avec un chef venu du Québec.

Pire, c’est sous des premiers ministres venus du Québec, soit Mulroney et Trudeau père et fils, que la grogne de l’Ouest a été la plus forte.

Il faut donc choisir. Or la tendance démographique est nette: le poids relatif du Québec dans le Canada baisse. Le poids relatif de l’Ouest dans le Canada augmente. S’il faut semer, il vaut mieux le faire là où la croissance est la plus forte.

Puisque telle est la voie de l’avenir, explique-t-il, il est souhaitable, certes, mais absolument pas indispensable que le futur chef du Parti conservateur parle le français.

Je le cite:

 » Le fait d’accepter la réalité de la situation électorale du Parti conservateur, ce qui est plus facile aujourd’hui compte tenu de la dormance du danger séparatiste, ouvre un nouveau monde de possibilités. Seulement 18% des Canadiens parlent à la fois français et anglais. Le parti n’a plus à mettre de côté le talent politique provenant de 87% des canadiens (et 90% des non québécois) qui ne parlent pas français.
[Son chiffre est inexact. Selon StatCan, 70% des Canadiens ne parlent pas français, ce qui est déjà beaucoup, mais en effet 90% des hors-Québec]

Il pourrait aussi cesser de délayer son message sur des questions aussi importantes que la liberté religieuse, la gestion de l’offre ou SNC-Lavalin dans l’espoir d’obtenir un illusoire succès au Québec. »

Un premier ministre unilingue anglais, propose Whyte, reviendrait à la pratique convenue avant les années soixante, de nommer un lieutenant francophone pour le Québec, tout simplement.

Tourner le dos au Québec, pour ne pas laisser tomber les conservateurs sociaux

L’argument est repris autrement dans le National Post par un ancien conseiller de Stephen Harper, Sean Speer.

Une grande partie des commentaires entendus au Québec et en Ontario depuis le départ d’Andrew Scheer est que les conservateurs se sont portés trop à droite sur des questions sociales, comme l’avortement et le mariage gay, ce qui a empêché une partie des électeurs centristes de voter pour eux.

La solution, selon plusieurs, serait que le parti conservateur devienne plus semblable aux libéraux sur ces questions. Speer affirme que c’est de la pensée magique.

Les succès des conservateurs aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne indiquent plutôt que le bon dosage pour élargir la base de droite est de tabler à la fois sur le conservatisme social et sur le ressentiment face aux marchés et à la mondialisation, deux éléments aux antipodes de la politique libérale.

Quel intérêt auraient les conservateurs à tourner le dos à leurs électeurs et à leurs militants actuels, qui ont des positions sociales plus à droite, demande-t-il ?

« Cette stratégie, écrit-il, pourrait au contraire nous éloigner encore davantage du pouvoir, sachant que les canadiens socialement conservateurs forment une proportion disproportionnée des volontaires, des dons et des votes conservateurs. Environ un tiers des députés actuels sont pro-vie, c’est une bonne évaluation de la position de l’électorat conservateur. »

Comme toujours, il y a la proie et l’ombre. La proie, c’est la base électorale actuelle du Parti conservateur, dominant dans l’Ouest, parsemé en Ontario et ailleurs. L’ombre, c’est la promesse d’électeurs québécois ou autres qui seraient charmés par un parti conservateur, disons, moins conservateur.

On comprend des stratèges de préférer la proie. Le problème est cependant que, même à l’extérieur du Québec, les conservateurs sont fondamentalement minoritaires. Combinés, les libéraux, le NPD et les verts forment une majorité permanente.

Les conservateurs ont donc le défi de rester eux mêmes tout en se faufilant entre leurs adversaires. Ce chemin passe, comme l’avait fait Harper, par une percée en Ontario. Les conservateurs, même sous Harper, n’avaient pas ouvertement joué sur un délestage du Québec et de ses enjeux dans l’espoir d’en tirer des bénéfices hors-Québec. Cette tentation est maintenant plus séduisante que jamais.


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Ce qu’Andrew Scheer emprunte à Donald Trump

Énonçons d’abord une absolue certitude, Andrew Scheer n’est pas Donald Trump. En fait, personne n’est Donald Trump sauf, bien sûr, Donald Trump, ce qui est une très bonne chose.

Mais moi qui suis de très près l’actualité américaine depuis des années, je ne peux m’empêcher de voir comment, sous les conservateurs de Stephen Harper et maintenant d’Andrew Scheer, plusieurs des traits les plus détestables du Parti Républicain américain se sont installés dans notre paysage politique. Certains ont surgi avec plus d’ampleur même au cours de la présente campagne électorale.


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La différence entre les conservateurs d’avant, ceux de Joe Clark et de Brian Mulroney, par rapport aux conservateurs d’après, ceux de Harper et Scheer, est illustrée par cette phrase: Interrogé par un journaliste qui lui demandait s’il était conservateur, Brian Mulroney a répondu : « progressiste-conservateur ». C’était en  effet le nom de son parti avant qu’il ne fusionne avec le plus à droite Reform Party dont sont issus Stephen Harper et Andrew Scheer.

Lorsqu’il était « progressiste conservateur », le parti était principalement préoccupé par le conservatisme économique et fiscal. Il contenait une aile socialement conservatrice, froide face à l’avortement et au mariage gai par exemple, mais à peine plus  forte que celle qui existait toujours à ces sujets au sein du parti libéral. Bref, le parti progressiste conservateur était plus lent à s’ajuster aux réalités modernes, mais ne s’y opposait pas de front.

Le Reform party, oui. Et c’est parce qu’il jugeait Brian Mulroney trop mou sur ces questions, et trop déconnecté des intérêts des l’Ouest canadien,  que le Reform de Harper et Scheer a d’abord combattu le parti conservateur, puis l’a pour ainsi dire avalé.

L’impact des groupes pro-vie

Le phénomène est net aux États-Unis. Alors qu’une majorité d’Américains ne veulent pas remettre en cause le droit à l’avortement (60%), un groupe de militants, souvent religieux, très actif au sein du Parti Républicain fait en sorte que ce sujet s’impose à tous les candidats du parti, qu’ils le veuillent ou non.

Même chose au Canada, avec l’irruption du fort lobby anti-avortement au sein du parti conservateur ces dernières années. Le principal lobby pro-vie estime avoir joué un rôle important, en vendant des cartes de membre du Parti conservateur à ses propres partisans, dans l’élection des chefs conservateurs pro-vie Doug Ford en Ontario et Jason Kenney en Alberta. Ils ont aussi beaucoup pesé dans élection  d’Andrew Scheer à la chefferie.

L’an dernier, lors du congrès du Parti conservateur à Halifax, il s’en est fallu de peu pour qu’ils renversent la politique officielle du parti de ne pas rouvrir ce débat. Il ne leur manquait que sept délégués pour y arriver.

Le lobby estime que, cette année, 70 des candidats conservateurs sont maintenant ouvertement pro-vie et il a travaillé très fort, dans les circonscriptions, pour faire triompher les candidats de leur choix dans les investitures conservatrices.

Andrew Scheer a beau affirmer que rien ne changera à ce sujet sous sa gouverne, s’il devient premier ministre, la montée des forces pro-vie au sein de son propre parti pourrait le mettre au pied du mur.

Une heure d’analyse dans vos écouteurs !

La force du lobby des armes

On peut faire le même parallèle au sujet des armes à feu. Aux États-Unis, des majorités écrasantes réclament un plus grand contrôle de ces armes et l’interdiction des armes d’assaut. Mais le lobby pro-armes détient un tel contrôle sur les élus Républicains, et certains démocrates, que rien ne bouge.

Au Canada, 60% des électeurs sont pour  l’interdiction de posséder une arme de poing, et 75% sont favorables à l’interdiction de posséder des armes d’assaut.

Pourtant, le lobby pro-armes au sein du Parti conservateur fait en sorte que le parti s’engage à libéraliser le port d’armes au Canada, y compris le fusil d’assaut AR-15. Le lobby des armes ne s’en cache pas, le site thegunblog.ca écrit en toutes lettres : « Si Scheer n’est pas premier ministre, la communauté des propriétaires d’armes et des chasseurs est foutu.  Les Conservateurs sont les seuls à appuyer la possession d’armes et à avoir une chance de défaire les libéraux.»

Je ne dis rien sur le pétrole, tant la ressemblance entre les républicains et les conservateurs canadiens est nette. Mais au-delà du fond des choses, où Républicains et Conservateurs réussissent à imposer à la nation des politiques contraires à ce que souhaitent des majorités, il y a la manière.

Les conservateurs et les « faits alternatifs »

Le Canada est connu, et parfois moqué, pour être le lieu de la civilité, de la politesse. Mais les conservateurs sous Harper et Scheer ont introduit dans le débat politique canadien des éléments de brutalité qui sont apparus chez les républicains américains à partir des années 1980.

J’ai déjà parlé des publicités clairement mensongères des conservateurs sur l’impact de la taxe du carbone. Il n’était généralement pas admis, auparavant, de dire dans des publicités électorales le contraire de la vérité. Les conservateurs ont franchi ce pas, sous Harper et sous Scheer.

Scheer est allé encore plus loin en adoptant l’invention trumpiste de faits alternatifs. C’est-à-dire d’affirmer sans inhibition le contraire de ce que tout le monde a vu, pour faire circuler cette autre version des faits dans le débat public.  Trump est devenu le champion de la chose lorsqu’il a affirmé qu’il y avait plus de gens à son assermentation que pour Barak Obama. Tout démontre le contraire, mais Trump persiste dans la diffusion de cette version alternative de la réalité.

Les sondages démontrent clairement qu’Andrew Scheer a fait une piètre performance au premier débat en français. C’était immédiatement observable. Mais son organisation a publié sur les réseaux une image avec les mots « Andrew Scheer fait un coup de circuit et gagne le débat de TVA». Un fait alternatif.

Récidive après le second débat en français, que Scheer n’a ni gagné ni perdu. Une pub sur les réseaux affirmant : « Scheer gagne le débat ». Un autre fait alternatif.

Il est aussi étonnant d’avoir entendu Scheer, lors du débat en anglais, traiter Justin Trudeau de « phony » et de ‘ »fraud ». La politique n’est pas un jardin de roses, mais on n’aurait pas vu Joe Clark ou Brian Mulroney utiliser des termes aussi personnellement durs envers un adversaire, de surcroît un premier ministre, en personne dans un débat. Ils auraient pensé que ce n’était pas digne d’eux ou de la fonction même de premier ministre.

Mais la trumpérisation de la politique conservatrice canadienne charrie avec elle la disparition du respect élémentaire que les partis et leurs chefs doivent avoir entre eux, au-delà de leurs divergences.

Le pire est que, sous ses airs de bon gars, Andrew Scheer semble être personnellement habité par cette hargne. Il arrive souvent que des chefs politiques se retrouvent côte-à-côte lors d’événements publics. La règle est qu’ils se saluent et échangent des banalités.

En août dernier, il était au même événement que Trudeau lors de la fête des Acadiens. Trudeau, poli, s’est approché de Scheer pour lui serrer la main. Mais Scheer lui a lancé : « vous devez arrêter de mentir aux Canadiens ». L’échange fut enregistré, et les conservateurs, fiers de leur coup, l’ont fait circuler vidéo sur leurs réseaux.

Le message est clair : pas de quartier pour l’adversaire, pas de civilité, pas de politesse, il faut frapper toujours et partout.

Voilà pourquoi je m’ennuie de Brian Mulroney et de Joe Clark.


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L’odieuse malhonnêteté des pubs conservatrices

Pubs conservatricesCe n’est pas un secret, les campagnes électorales ne sont pas des périodes de grâce pour les nuances. Le but du jeu étant de se distinguer de l’adversaire, chaque parti veut noircir le trait pour apparaître nettement différent, donc meilleur, que les partis adverses.

Ainsi, lorsque Justin Trudeau affirme que la réduction d’impôt promise par les conservateurs va surtout profiter aux riches, il tord le cou à la vérité. Certes, ceux qui paient davantage d’impôts vont en tirer, proportionnellement, un plus grand profit. Mais l’essentiel des sommes dégagées vont se retrouver dans les poches des Canadiens de la classe moyenne.


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De même, lorsque Andrew Sheer accuse Trudeau d’avoir augmenté les impôts de la classe moyenne depuis quatre ans, il fait la culbute à la vérité car si, oui, certains impôts ont augmenté, les parents ont reçu une augmentation telle de leurs allocations familiales que leur revenu disponible a été significativement augmenté.

Ces techniques de débat sont détestables et on ne peut que plaindre l’électeur moyen qui n’a pas le bagage statistique nécessaire pour faire la part des choses. Heureusement, les médias multiplient les « vérifications des faits » pour les guider. Mais les chefs savent qu’une demi-vérité dite pendant un débat vu par 13 millions d’électeurs (la cote d’écoute totale du débat en anglais) aura plus d’impact qu’une « vérification des faits » lue, au mieux, par quelques centaines de milliers de personnes.

De toutes les demi-vérités répétées pendant cette campagne, il y en a une qui mérite, à mon avis, la médaille d’or de la malhonnêteté intellectuelle. Il s’agit des publicités du parti conservateur au sujet de la taxe carbone. Écoutons la version française.

Commençons par le pire. Cette publicité est diffusée au Québec, là où la taxe carbone fédérale ne s’applique pas, car nous avons notre propre système de bourse carbone alimentant notre fond vert.

Donc, pour les Québécois, cette publicité est à 100% mensongère.

Mais elle l’est aussi pour les Canadiens. D’abord parce que les Conservateurs ne disent jamais que ce qu’Ottawa va prendre d’une main avec la taxe carbone, elle va le redonner de l’autre main en crédits d’impôts. Les libéraux affirment qu’avec ces remboursement, 80% des citoyens vont recevoir davantage de sous qu’ils en ont payé. Les experts pensent que ce sera plutôt autour de 70%. Seuls les énormes consommateurs de carbone seront pénalisés. (Pour les calculs, voir ici.)

Donc, en refusant de même mentionner le remboursement dans leur pub, les Conservateurs font preuve de malhonnêteté intellectuelle.

Pas encore satisfaits de tromper les électeurs, les Conservateurs ont même exagéré les sommes. La taxe sur le carbone fédérale a été introduite à 20$ la tonne cette année et va augmenter à 50$ la tonne d’ici 2022. Les remboursements vont être ajustés en fonction de cette augmentation. (Pour les calculs, voir ici.)

Mais les Conservateurs ont décidé de faire leur calcul à partir du double, soit 102$ la tonne. Bref, Andrew Scheer a doublé l’ampleur de son mensonge pour faire encore plus peur aux électeurs.

L’équivalent anglo de Infoman, This hour has 22 minutes, a fait une bonne revue des mensonges conservateurs ici:

Cette décision, parfaitement assumée, des Conservateurs de tromper les électeurs nous amène à deux questions.

D’abord, pourquoi les réseaux de télévision acceptent-ils de mettre en ondes des publicités clairement mensongères ? Aux États-Unis, CNN vient de refuser de diffuser deux publicités mensongères de la campagne de Donald Trump au sujet de Joe Biden. Je n’entre pas dans le détail mais ces publicités étaient tendancieuses, alors que celles des conservateurs sont plus clairement mensongères.

Nos lois de protection du consommateur interdisent les publicités commerciales mensongères. Pourquoi nos lois de protection des électeurs ne sont-t-elles pas aussi sévères ? Notre démocratie gagnerait si on disposait d’un bureau de vérification des publicités électorales qui, bien sûr, accepterait les exagérations, mais dirait non aux mensonges.

La seconde question est à mon avis encore plus lourde de conséquences. Face au réchauffement climatique, les outils que sont la taxe carbone et le marché du carbone sont reconnus par les économistes et les organisations internationales comme les plus respectueuses du marché tout en ayant un impact réel sur la réduction des Gaz à effet de serre.

Lorsqu’on fera le bilan des dégâts climatiques mondiaux dans 25 ou 50 ans et qu’on demandera qui a activement dissuadé les peuples d’agir avec davantage d’empressement, on pointera évidemment du doigt les compagnies pétrolières qui ont mené une immense campagne de relations publiques contre le concept même de changement climatique.

Mais il ne faudra pas oublier Stephen Harper et Andrew Scheer qui ont tout fait pour diaboliser au Canada l’idée de taxe carbone, en utilisant depuis plus de dix ans des arguments mensongers.

Il ne faudrait pas être tendre envers eux si cette tactique n’avait que pour but de tromper les électeurs à des fins électorales. Mais puisque ces mensonges mettent également en péril un défi plus grand qu’une simple élection, soit la capacité d’un peuple de faire sa part contre le réchauffement, leur culpabilité est plus lourde encore.


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Pourquoi pas Stéphane Dion à la Cour suprême ?

téléchargementLe grand ami de l’autonomie québécoise, le député libéral Stéphane Dion, sera une des poids lourds du comité qui va aider Stephen Harper à choisir un bon juge venu du Québec pour la Cour suprême.

C’est une bonne nouvelle pour le trudeauisme et la centralisation. Pour le Québec, un peu moins.

Cette Cour suprême a récemment invalidé une loi sur les écoles passerelles, qui avait été adoptée à l’unanimité par les députés de l’Assemblée nationale. Oui, à l’unanimité !

Le Québec réclame depuis des décennies le pouvoir de désigner, lui-même, les trois juges provenant du Québec. Voilà le Canada d’aujourd’hui : des juges désignés par des trudeauistes, sans l’accord du Québec, s’appuient sur une Constitution que nous n’avons ni négociée ni approuvée pour invalider les lois que nous voulons.

Avec les suggestions de Stéphane Dion, on peut s’attendre au pire. Je propose que les choses soient claires: nommons M. Dion directement juge en chef !

Il y a bien une autre  solution : une Cour suprême québécoise dans un pays nommé Québec

Harper : mode d’emploi

5104ZlCxwlL._BO2204203200_PIsitb-sticker-arrow-clickTopRight35-76_AA278_PIkin4BottomRight-5222_AA300_SH20_OU01_-e1339082064958Le premier ministre du Canada semble cyclothymique.

Pendant de longs mois, il peut mener son gouvernement comme une pièce d’horlogerie bien huilée, faire progresser ses dossiers contre vents et marées, marquer des points. On reconnaît alors son sens de la stratégie, son intelligence tactique, sa capacité de communiquer  ses idées à une portion croissante de Canadiens qui en ont fait « leur » premier ministre.

Puis, vient une période de cafouillages, d’annonces bâclées, de dépenses folles, de mensonges éhontés. Où est passé, alors, l’habile capitaine Harper ?

Paul Wells, de Maclean’s, tente de décoder le personnage dans The Harper Decade, un livre numérique dans lequel sont regroupés ses meilleurs textes publiés depuis 10 ans sur le personnage.

Le moment le plus éclairant survient pendant la campagne électorale de 2008. À la fin d’une entrevue, Harper décrit l’édifice qu’il est en train de construire, plus centré sur des valeurs conservatrices que sur une volonté de se débarrasser des libéraux.

« Mon objectif à long terme, dit-il, est de faire du Parti conservateur le parti naturel de gouvernement du pays. Je suis réaliste. Il faut agir de deux façons. D’abord, il faut tirer les conservateurs, le parti, vers le centre du spectre politique. Mais ce qu’il faut aussi faire, si vous êtes sérieux dans votre effort de transformation, est de tirer le centre du spectre politique vers le conservatisme. »

Comme l’écrivait Alec Castonguay dans « La face cachée du plan Harper » (L’actualité, 1er mars 2012), c’est exactement ce que nous vivons 10 ans après que Harper est revenu au Parlement avec l’Alliance canadienne. Son gouvernement crée une « nouvelle normalité », qui n’est plus celle du Canada des Pearson, Trudeau, Chrétien ou même Mulroney.

Mais comment définir cette nouvelle normalité, ce centre plus conservateur ? Dans la même entrevue, Harper montre qu’il sait où il va : « C’est une approche où on privilégie les réductions d’impôts, plutôt que les augmentations de dépenses ; le soutien direct aux personnes, plutôt que des bureaucraties ; la restauration de la fierté dans nos institutions, nos forces armées, notre histoire. Nous voulons emmener le pays vers une définition de lui-même qui est plus en phase avec le conservatisme. »

Wells cite une autre source proche de Harper qui, dès 2006, rêvait à un avenir conservateur. Dans quelques années, disait-il, « les criminels auront des sentences minimales, nous aurons un Parti conservateur uni et doté d’une organisation solide, un Parti libéral divisé, discrédité et peut-être en faillite financière et un NPD en montée ».

Cela donne froid dans le dos, non ? Le Canada de Harper se déploie aujourd’hui sous nos yeux. Wells montre combien, au-delà des virages, zigzags, avancées et reculs, son gouvernement, minoritaire hier, a changé le pays en cumulant de petites décisions : nominations ici, fermetures de postes là…

Depuis le 2 mai 2011, Harper use d’une marge de manœuvre plus forte et accélère la cadence, aussi bien dans ce qu’il déconstruit (l’organisme Droits et démocratie, registre des armes à feu, inspections gouvernementales, etc.) que dans ce qu’il ignore symboliquement (rien pour célébrer les 30 ans de la Charte de Trudeau) et construit (loyauté envers la monarchie et l’histoire militaire du pays).

The Harper Decade se termine par le virage chinois de « Chairman Harper », qui aura, selon Wells, des répercussions sur la stratégie conservatrice en vue des élections de 2015. La vente du pétrole de l’Ouest à la Chine gonflera encore le poids économique et démographique de l’Ouest. En prime : le NPD, nouveau parti d’opposition dominant, comme le voulait Harper, est opposé à la hausse de ces ventes pour des raisons environnementales. Harper souhaite avoir cette bataille avec le NPD et pense en sortir avec une majorité intacte ou plus grande. Pourquoi ? Parce que le centre est maintenant plus conservateur qu’avant.

+

Les conseillers de Harper se seraient inspirés de la stratégie de Richard Nixon : présenter les journalistes, artistes et élites comme des snobs déconnectés et s’identifier à la majorité silencieuse des bons citoyens. Résultat : être critiqué par ces snobs, c’est avoir raison avec le peuple. Imparable.

Pourquoi Harper est content de la crise étudiante

harper_stephen_big_381C’est certain, le premier ministre du Canada aurait préféré que, lors des nombreuses manifestations étudiantes depuis maintenant 16 semaines, quelqu’un ait eu la bonne idée de brandir un drapeau canadien.

C’est Jacques Parizeau qui a remarqué cette absence en fin de semaine. Remarquez, quelqu’un s’est peut-être peint l’unifolié sur le torse, mais cela s’est perdu dans la mer rouge des manifs.

Mais d’Ottawa, Harper doit être content que le Québec soit « décanadianisé » à ce point qu’il ne mobilise aucune énergie pour s’opposer à l’extraordinaire entreprise de rouleau compresseur dont il est en train de rendre le Parlement et l’État fédéral victimes.

Ma collègue Manon Cornellier en faisait la synthèse dans Le Devoir de mardi :

Juste avant la dernière semaine de relâche parlementaire, le gouvernement a imposé le bâillon dans le dossier des droits d’auteur (C-11). Lundi, il a annoncé que le comité qui étudie le rapport du vérificateur général sur les F-35 n’entendrait plus de témoins et devrait remettre son rapport rapidement. Hier, il a adopté une motion limitant les deux dernières étapes de l’étude de la réforme très controversée du système de détermination du statut de réfugié (C-31).

Le Comité des finances entend actuellement des témoins sur le projet de loi budgétaire et un sous-comité se penche sur le volet environnemental du même projet. Mais ils le font avec le fusil sur la tempe. Le sous-comité doit compléter son rapport lundi prochain et celui des finances, trois jours plus tard, un échéancier qui a forcé tout le monde à entendre à la vapeur et en désordre des témoins trop souvent bousculés. (Lundi, 17 ministères et organismes ont comparu en même temps et pendant une période de trois heures devant le Comité des finances.)

Ce rouleau compresseur est sans pitié, même pour les députés conservateurs.

Voilà pour la forme. Il y a ensuite le fond, les conséquences. Sur son blogue, Manon tente de suivre la « compression du jour » qui, notamment sur le plan scientifique, a le défaut de faire disparaître des programmes que, en aucun cas, le secteur privé ou le marché ne feront revivre.

Normalement, le Québec sert de caisse de résonance contre les coupures fédérales absurdes. Mais cette fois-ci, Stephen Harper a la partie facile. Les casseroles résonnent fort, tous les soirs, dans nos rues. Mais leur tintamarre ne lui est pas destiné.

Notre mission: Aider les journalistes de Rad-Can à aider les ministres de Harper

Federal_Cabinet_1276875cl-8-150x150Les journalistes de Radio-Canada sont bien en peine, ces jours-ci. Le nouveau code de conduite officiel des salariés de la boîte, y compris des cadres et journalistes, décrit de la façon suivante le comportement souhaité:

Article 1.2 Ils exécutent avec loyauté les décisions prises par leurs dirigeants conformément à la loi et aident les ministres à rendre compte au Parlement et à la population canadienne.

Ah ! Aider les ministres à rendre compte ! Qu’est-ce que cela pourrait bien vouloir dire ? Tout est question d’interprétation. Le syndicat des journalistes de la maison, soutenu par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, a choisi d’y voir une menace à l’indépendance des médias.

Je ne vois pas pourquoi. D’abord, si le gouvernement Harper a insisté pour qu’on indique que les employés de Rad-Can doivent « aider » les ministres, il s’agit d’un éclatant geste de transparence. Oui, oui. Ottawa admet que les ministres ont besoin d’aide. On ne peut être en désaccord avec ce message implicite.

Quelqu’un au bureau du Premier ministre s’est rendu compte que la pratique courante du mensonge, des lignes partisanes, faux-fuyants et autres entourloupes n’était pas, à long terme, dans l’intérêt du Canada. À qui demander de l’aide pour corriger cette situation ? À Sun News ? Restons plausibles !

Il est clair pour moi que la directive donne un énorme feu vert aux journalistes de Radio-Canada, les enjoignant de faire preuve de plus d’aplomb dans leur tâche d’aider les ministres à une meilleure reddition de compte.

Je donne un exemple. En entrevue, le journaliste pourrait dire:

« Permettez-moi de vous rendre service, en toute loyauté, Monsieur le ministre, mais cela vous aiderait beaucoup si vous nous disiez la vérité au sujet du coût des F-35, plutôt que le mensonge éhonté que vous venez de répéter. »

Et si le ministre regimbait devant tant d’outrecuidance, le journaliste pourrait rétorquer:

« Je n’y peux rien, Monsieur le ministre, je suis obligé de vous prodiguer cette aide, c’est écrit dans mon code de conduite! »

L’Ombudsman à la rescousse

Bon, j’admets que la clause introduit un biais. Pourquoi les artisans de la SRC devraient-ils aider seulement les ministres à rendre des comptes ? Et seulement les fédéraux ? Ne doivent-ils pas aider aussi les ministres des provinces — et particulièrement ceux du Québec ? Et les maires ? Et tous les politiciens ? Et les syndicalistes, étudiants et autres ? Enfin, tous les pouvoirs et contre-pouvoirs ?

Il y a une très bonne raison. Que certains, vous allez le constater de suite, refusent de comprendre.

Si vous êtes, comme moi, un lecteur attentif des avis de l’ombudsman de Radio-Canada, vous aurez pu constater ce mardi combien il diverge d’opinion avec ceux qui, à Ottawa, veulent donner la priorité de l’aide journalistique aux élus majoritaires fédéraux.

En l’espèce, le citoyen Dominique Sideleau se plaignait qu’un certain soir, Radio-Canada ait donné autant, sinon plus, de temps d’antenne à François Legault — un non élu — qu’à Amir Khadir — un élu.

L’ombudsman, prétextant « Impartialité et indépendance » (il ose même mettre ces termes dans l’intitulé de son site internet) s’est permis d’intituler son avis: Le service de l’Information doit-il prioriser les propos des élus?

C’est de la déloyauté caractérisée ! La directive est pourtant claire: il faut aider les élus qui sont des ministres fédéraux. Personne d’autre n’est mentionné, cette priorité est absolue!

tourangeau

Tourangeau incarne le refus de mettre les priorités à la bonne place

Ancien journaliste et cadre de l’information, donc suspect de vouloir se rebeller contre la directive, ce dénommé Pierre Tourangeau (circonstance aggravante: un ami de votre blogueur) écrit ce qui suit (du moins c’était toujours non censuré sur le site de Radio-Canada ce jeudi soir vers 21h):

S’ils donnaient systématiquement préséance aux points de vue de certains citoyens, aux élus par exemple, comme le souhaite M. Sideleau, les journalistes de Radio-Canada ne pourraient «refléter fidèlement l’éventail des expériences et des points de vue des Canadiens, » comme l’exige le premier principe [du code de déontologie].

S’ils devaient accorder plus d’importance aux élus, les journalistes ne respecteraient pas non plus le deuxième, car ils ne seraient pas indépendants « des pouvoirs politiques ».

On comprend le principe invoqué: il y a tellement de gens à aider à rendre des comptes que les journalistes ne peuvent pas, règle générale, prioriser ceux-ci plutôt que ceux-là.

Mais ce Tourangeau, le syndicat et la FPJQ ne pourraient-ils pas descendre de leur Tours d’Ivoire et de leurs chevaux de principes déconnectés pour admettre que, dans la réalité, il y a des priorités.

Si, début 2012, quelqu’un a démontré, plus que tout autre, son criant besoin d’aide pour rendre des comptes, c’est bien le gouvernement Harper et ses pauvres ministres. Avec la directive, ils crient à l’aide, ils implorent les professionnels de l’information.

Quelqu’un à Radio-Canada va-t-il enfin les écouter ou ces handicapés de la reddition de compte devront-ils, à leur corps défendant, s’adresser au privé ?

Appels frauduleux: l’étau se resserre sur le PCC

Si vous l’avez manqué, voici le reportage qu’il faut voir sur les Robocalls. Terry Milewski de la CBC a interrogé plusieurs électeurs ayant 1) répondu à un appel des conservateurs sur leur intention de vote en affirmant qu’ils n’allaient pas appuyer le parti 2) reçu un appel frauduleux les dirigeant vers un faux bureau de scrutin.

Mieux, en certains cas l’électeur a retracé l’appel frauduleux au numéro local du Parti conservateur et en un cas, le conservateur vérifiant l’intention de vote a simplement enchaîné, dans le même appel, en affirmant que le bureau de vote avait été déplacé…

robocalls

 

 

 

 

La preuve s’accumule…

Appels frauduleux, le Watergate de Harper?

indexLe dommage causé à la réputation du parti de Stephen Harper par le scandale des appels frauduleux semble massif.

Selon un sondage Angus Reid rendu public ce mardi, 44% des Canadiens pensent que cette tactique a « définitivement changé le résultat de l’élection du 2 mai ». Seulement 36% sont convaincus du contraire, 21% restant indécis.

Cette opinion mine la légitimité même du gouvernement conservateur, d’autant qu’un électeur conservateur sur six est du même avis.

De plus, la moitié des Canadiens (et 31% des électeurs conservateurs) estiment que des élections partielles devraient être déclenchées « dès que possible » dans chacune des circonscriptions touchées par les appels frauduleux.

Dans combien de circonscriptions ? Difficile à dire, mais 64% des Canadiens et 47% des conservateurs croient que la fraude ne se limite pas à la circonscriptions de Guelph, en Ontario, point de départ de l’enquête.

Pas étonnant que 81% des Canadiens dont 72% des conservateurs réclament une enquête indépendante.

Stephen Harper aura-t-il trouvé là son Watergate ?

Le catalogue de Pierre Poutine

6a00d8341c00c753ef0120a6139776970c-150x150On parle beaucoup, depuis la prise de pouvoir de Stephen Harper, de l »américanisation » du Canada, ou du moins de la politique canadienne. Une américanisation originale, car les conservateurs tiennent, on le sait, à la monarchie.

Mais parmi les emprunts que fait le parti conservateur à leurs voisins républicains américains, il y a les dirty tricks.

On ne sait encore qui a, sous le pseudonyme de Pierre Poutine, organisé les appels trompeurs qui furent, en mai dernier, un affront au processus démocratique.

Mais les suspicions pointent vers un parti bleu en particulier, surtout lorsqu’on regarde le catalogue de coups bas répertorié par le commentateur canadien Lawrence Martin ces jours dernier sur ipolitics.ca.

Martin monte une liste de 22 coups bas imputés aux conservateurs de Harper. On peut chipoter sur un ou deux. On peut arguer que d’autres partis ont fait en certain cas (commandites ?) preuve de bassesse. Mais la liste conservatrice impressionne.

Vous irez voir l’ensemble dans son texte, mais voici les cinq premiers:

1. Trafiquer les comptes
Les conservateurs ont du plaider coupable l’an dernier à des infractions à la loi électorale qui leur ont permis de contourner les règles pour excéder les limites de dépenses lors de l’élection de 2006.

2. La caisse noire cachée
Plus de 40 millions de dollars désignés pour des améliorations aux infrastructures frontalières ont été dépensées dans la circonscription, non frontalière, du ministre Tony Clement.

3. Des documents falsifiés
La ministre Bev Oda a du admettre avoir falsifié un document pour en inverser la conclusion d’origine, au sujet du financement de l’ONG Kairos

4. Une enquête sur les détenus afghans muselée
Les conservateurs ont tout fait pour éviter d’être accusés de complicité dans l’affaire des détenus afghans remis aux autorités afghanes. Ils ont sali la réputation du diplomate Richard Colvin qui contestait la version officielle, ont prorogé le parlement et ont refusé de remettre des documents sensibles aux parlementaires qui, pourtant, avaient des autorisation de sécurité pour les consulter.

5. Une campagne de désinformation contre Cotler
Le geste a été jugé « répréhensible » par le président de la Chambre (lui-même conservateur): le parti a délibérément fait circuler une rumeur mensongère sur une démission imminente du député de Mont Royal, Irwin Cotler.

Les 17 autres ici…