Officiel: Imperial Tobacco très fâchée contre moi !

D’abord un mot pour dire ma satisfaction d’être confirmé dans mes fonctions de porte-parole pour la Santé publique et les services sociaux et la métropole dans l’équipe remaniée du PQ. Je suis ces dossiers depuis à peine plus d’un an et je suis ravi de pouvoir défendre, face à l’austérité libérale, les causes des personnes handicapées ou autistes, des groupes d’intervention en itinérance, dénoncer les innommables coupes en Santé publique, défendre les Centres de protection de la jeunesse, aussi visées par la mesquinerie gouvernementale.

En plus, je commence à connaître le tabac, ses compagnies et ses lobbies. Et à vouloir les faire reculer dans nos vies. Nous avons terminé, la semaine dernière, d’entendre les groupes intéressés par la question et je tiens à mener ce dossier jusqu’au bout, en poussant le gouvernement Couillard à sortir de sa timidité face aux compagnies de tabac et à accepter les nombreux amendements que le Parti québécois propose.

J’ai trouvé intéressant de noter qu’Imperial Tobacco a émis un communiqué, vendredi dernier, tout miel pour le gouvernement — la ministre est remerciée pour « son écoute et ses commentaires » — mais tout fiel pour votre humble serviteur. Je cite:

L’entreprise tient à souligner le malaise général provoqué par une situation particulière survenue lors de sa présentation. En effet, lors de la période de questions accordée à M. Jean-François Lisée, député de Rosemont et membre de la commission, ce dernier a, malgré le climat respectueux de la séance, utilisé un vocabulaire disgracieux qui n’a pas sa place lors de tels travaux, en traitant les représentants de l’entreprise qui étaient présents de « menteurs professionnels ».

Oui oui, j’ai dit qu’ils étaient des « menteurs professionnels », après avoir cité le jugement de la Cour supérieure de mai dernier qui, comme beaucoup d’autres tribunaux dans le monde, a établi qu’Imperial Tobacco et les autres compagnies de tabac ont sciemment comploté et menti sur la nocivité des cigarettes pendant des décennies, produit des études bidon, tout mis en œuvre pour retarder, diluer, entraver l’application de mesures de réduction du tabagisme y compris en participant à la contrebande de tabac !

Je vous invite d’ailleurs à visionner l’intégrale de mon échange avec les représentants d’Imperial dans cette vidéo:

Alors oui, un malaise réel a plané sur la commission au moment de leur venue, mais j’identifie plutôt le malaise aux 28 décès quotidiens qui surviennent au Québec à cause du produit vendu par Imperial et ses semblables, aux 250 jeunes qui s’initient chaque semaine à la cigarette à cause de leurs subtiles campagnes visant les ados, aux 1,4 milliards de dollars que cela coûte au système de santé québécois chaque année de soigner ceux qui ont succombé à l’appel d’Imperial ou ceux qui sont malades d’avoir inhalé la fumée secondaire (19% des ados). Malaise, oui. Gros malaise.

Imperial n’est pas à un sophisme près, et son communiqué se termine par ces mots:

« Par respect pour ses quelque 500 employés et leurs familles, Imperial Tobacco Canada ne peut accepter que de tels propos soient utilisés pour qualifier ceux et celles qui travaillent au sein de l’entreprise et qui sont tous animés par des valeurs telles que le respect et l’ouverture. Nous devions communiquer haut et fort que nous n’acceptons pas ce type de propos. »

C’est beau, de se cacher derrière les boucliers humains que constituent, pour les relations publiques d’Imperial, les 500 employés et leurs familles. Ils y gagnent leur pain, dans leurs emplois. Ils ne sont pas responsables des mensonges et des études bidon. Ils ne poursuivent pas les gouvernements dans le monde entier pour leur faire peur. Ils font leur boulot. Qu’Imperial ait la décence de ne pas les embrigader dans leur croisade.

Inhaler du diesel ou de la fumée, que choisir ?

Une trouvaille pour finir. Elle nous a été communiquée jeudi par un expert international de la contamination par le tabac. Il s’agit d’une étude italienne toute simple. Pendant sept minutes, on fait passer dans un endroit fermé ce qui sort du pot d’échappement d’un camion diesel. On mesure alors la nocivité pour la santé du pauvre égaré qui serait resté dans cette pièce.

Puis, on recommence mais avec la fumée de deux cigarettes.

Résultat: la nocivité est SIX FOIS PLUS GRANDE avec la cigarette ! Incroyable. Voyez-vous même:

Avis aux amateurs de terrasses !

Les petits secrets des grosses compagnies de tabac

On en apprend de belles, à la commission parlementaire sur le tabac. Les cigarettiers regorgent de techniques pour nous faire inhaler.

Voyez d’abord ce qui se passe chez les détaillants, selon le témoignage du directeur-général de L’Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec, Yves Servais:

J’ai eu le plaisir d’interroger sur ce sujet le représentant d’Imperial Tobacco. Notre échange:

Il y a plus. Les compagnies de tabac financent des lobbies pour venir s’opposer à la réglementation du tabac sous divers prétextes. Voyez la divertissante conversation que j’ai eu avec Michel Rouillard, le porte-parole d’un de ces lobbies, la Coalition nationale contre le tabac contrebande:

On pensait nos grandes institutions patronales à l’abri de ce genre d’influence. Quelle ne fut pas notre surprise de constater que le mémoire de la Fédération des Chambres de commerce du Québec semblait avoir été écrit, non seulement par un lobbyiste du tabac, mais par un mauvais lobbyiste du tabac:

 

Tabac: terrasses, liberté et air pur

C’est le sujet de l’heure. Doit-on interdire de fumer sur les terrasses ? De toutes les avancées proposées dans le projet de loi québécois actuellement à l’étude, c’est l’élément le plus controversé.

L’Union des tenanciers de Montréal menace de poursuivre, d’autres ont peur des faillites de bars ou de brasseries. Critique du PQ en matière de santé publique, j’interroge experts et propriétaires de bars, ces jours-ci, en commission parlementaire.

Mais d’abord, sachons de quoi on parle. le donc assez probant. Ajoutons cet extrait du mémoire présenté ce mercredi par la Fondation des maladies du cœur:

Chaque année, au pays, plus d’un millier de personnes n’ayant jamais fumé la cigarette meurent en raison de l’exposition à la fumée secondaire, et des milliers d’autres apprennent qu’elles sont atteintes d’une maladie attribuable au tabagisme. (…)

La fumée secondaire qui se retrouve dans l’air ambiant contient non seulement de l’amiante, de l’arsenic, de l’ammoniac et du benzène, mais aussi une quantité de monoxyde de carbone et de goudron supérieure à celle présente dans la fumée inhalée par le fumeur. Ces produits chimiques demeurent dans l’air longtemps après que la cigarette ait été éteinte. (…)
Les risques de maladie cardiovasculaire sont accrus de 20 à 50 %
. Ils apparaissent même si la concentration de fumée de tabac dans l’environnement est relativement faible.

Même après que la fumée se soit estompée, ces substances toxiques peuvent se retrouver sur les surfaces environnantes, un effet appelé fumée tertiaire. (…)

Nous savons que certaines composantes de cette fumée tertiaire sont toxiques. Les résidus de quelque 250 métaux, substances chimiques et autres éléments toxiques contenus dans la fumée de cigarette s’incrustent dans les meubles, les tentures, les tapis et les autres surfaces et y demeurent longtemps après que la fumée se soit dissipée (…)
Une fois de plus, l’exposition à la fumée de cigarette, primaire, secondaire ou tertiaire, est déclarée dangereuse.

Ouch !

Pourrait-on créer une section fumeur et une section non-fumeur sur les terrasses ? J’ai posé la question à deux cardiologues:

Puisqu’il est acquis que la cigarette électronique est beaucoup moins nocive que la cigarette traditionnelle, pourrait-on permettre le vapotage sur les terrasses ?

N’en reste pas moins que cette interdiction va poser des problèmes aux propriétaires de bars, brasseries et tavernes. J’ai eu une discussion constructive avec leurs représentants lors de leur comparution:

Voici l’extrait que j’ai cité, tirée de  tiré de l’étude d’impact préparée par le Ministère québécois de la santé:

Fumée de tabac dans l’environnement

Le phénomène tabagique comporte également une autre facette importante : les problèmes de santé et la mortalité reliés à l’exposition à la fumée de tabac dans l’environnement (FTE).

Les risques qui y sont associés sont sérieux et scientifiquement démontrés. Cette fumée contient plus de 7 000 substances chimiques, dont 69 substances cancérogènes. On y associe notamment le cancer du poumon et de graves maladies cardiovasculaires et respiratoires. Elle est également une cause de mort subite du nourrisson et d’insuffisance pondérale à la naissance. Elle serait particulièrement nocive pour les enfants et les jeunes. En 2006, le Surgeon General des États-Unis a conclu qu’il n’existait pas de seuil sécuritaire en matière d’exposition à la FTE. Des données récentes montrent que la FTE serait problématique même dans un environnement extérieur, sous certaines conditions (nombre de fumeurs, vélocité du vent, température de l’air, configuration des lieux, etc.). Nous savons maintenant que cette FTE extérieure est aussi toxique que celle se retrouvant à l’intérieur, bien qu’elle se dissipe plus rapidement.

L’exposition des non-fumeurs québécois à la FTE diminue d’année en année, le Québec se situe toutefois toujours au-dessus des moyennes canadiennes.