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Aviez-vous déjà entendu l’expression « Jean-Guy Rubber Boots » ? Moi pas. Sachez que cela circule, dans les écoles, parmi les élèves issus de l’immigration. « Jean-Guy » est un nom québécois typique, négativement connoté. « Rubber Boots » renvoie à un choix vestimentaire méprisable.
En ces temps de fragilité pour la liberté d’expression, il faut saluer le cran avec lequel l’écrivaine Kim Thúy utilise la sienne. Il faut aussi reconnaître la fougue avec laquelle ses contradicteurs ont réagi. On assiste donc à un sain exercice de débat public, sur un sujet essentiel, entre Québécois. Si tout le monde pouvait rester poli, ce serait encore mieux.
J’aimerais verser au dossier des éléments rarement abordés. D’abord sur la représentativité des personnes qui affirment parler au nom des immigrants. Il faudrait pour le savoir demander aux immigrants actuels ce qu’ils pensent des niveaux d’immigration. Heureusement, on peut toujours compter sur l’ami Jack Jedwab, de l’Association des études canadiennes, pour poser les questions qui choquent.
J’ai une marotte. Je ne peux m’empêcher d’écouter ce que nos politiciens disent aux anglo-québécois. C’est très révélateur. D’abord on peut les prendre en flagrant délit de contredire les positions qu’ils prennent en français. J’avais ainsi découvert que, dans l’opposition, François Legault, avait identifié à la radio de la CBC le grand problème de l’intégration des immigrants. On exige trop qu’ils connaissent le français avant de venir, avait-il dit. Il a changé d’avis depuis, remarquez. Il arrivait à Manon Massé de dire devant un micro anglo que la langue de Shakespeare pourrait être une langue officielle dans sa vision du Québec. Puis, elle s’en excusait.
Les cinq candidats à la direction du Parti libéral du Québec ont consacré deux heures, ce dimanche, à débattre, en anglais. Je les ai écoutés pour vous. Mes attentes étaient basses. Optimiste impénitent, je me demandais toutefois si l’un d’entre eux aurait le courage de dire une seule chose qui ne relèverait pas de la flagornerie envers notre minorité historique.
Ma carte de bingo affichait en son centre l’expression « le français est en déclin au Québec ». Après tout, c’est la conviction maintes fois réitérée du nouveau premier ministre du Canada. C’est surtout ce qu’on retient du dernier recensement et des travaux du Commissaire québécois à la langue française. Je ne cite qu’un élément: selon les chiffres fédéraux, entre 2016 et 2021, 4,6% des jeunes montréalais francophones sont devenus des jeunes montréalais anglophones. Ils ont été assimilés. Tiens, un autre élément, pour la route: pendant la même période, la proportion d’unilingues anglophones au Québec a progressé de 15%.
Je ne vous garde pas plus longtemps en haleine. Je n’ai pas crié bingo. Aucun des candidats n’a eu le cran — ou est-ce même la conviction — d’oser évoquer, même de biais, même timidement, qu’il pouvait y avoir un déclin du français, voire une zone d’ombre, quelle qu’elle soit. Pour mémoire, aux dernières nouvelles, 68% des francophones sont convaincus que le français est menacé au Québec (25% pensent le contraire, 7% ne savent pas). Cette majorité francophone n’a manifestement pas de porte-parole parmi les candidats libéraux en lice.
Pourtant, j’ai eu un bref moment d’espoir. L’homme d’affaires Marc Bélanger s’est avancé sur une glace mince en évoquant les rencontres où, au centre-ville de Montréal, 26 francophones doivent parler anglais car il y a un unilingue anglophone dans la pièce. « This is unacceptable » a-t-il tonné, en anglais. J’attendais qu’il ajoute que, premier ministre, il ferait en sorte que tous les diplômés anglo-québécois aient une connaissance opérationnelle du français pour que cesse, une fois pour toutes, cet inacceptable impérialisme linguistique de la minorité. Nenni. Il avait une autre solution en tête: la technologie, l’intelligence artificielle. Bref, il fallait accommoder ce pauvre unilingue anglo, pas l’intimer d’apprendre la langue officielle du lieu.
On en était là, au College John Abbott, ce dimanche. En fait, c’était pire. Les seules mesures linguistiques que les candidats libéraux souhaitent adopter sont favorables à l’anglais. Fini le plafonnement des inscriptions aux Cégeps anglophones. Grâce au PLQ, ils pourront demain croître bien au-delà des besoins de leur communauté et procéder à l’anglicisation, désormais abondamment documentée, des non francophones. Ils en ressortent significativement plus enclins à travailler en anglais et à utiliser l’anglais dans l’espace public. Finie, évidemment, la protection offerte à la loi 96 par la clause dérogatoire. Les libéraux permettront aux tribunaux fédéraux de s’adonner à leur passe-temps favori : émasculer les lois linguistiques québécoises. Finies aussi la régulation du nombre d’étudiants étrangers anglophones au Québec, dont l’explosion a versé au centre-ville de Montréal, depuis dix ans, l’équivalent de la population de trois Westmount.
Sous l’un ou l’autre de ces chefs libéraux, les universités anglophones retrouveront l’âge d’or que leur avait organisé Philippe Couillard. Les candidats souhaitent-ils aussi lever l’obligation faite aux universités de franciser 80% de leurs étudiants venus d’ailleurs ? L’occasion leur a été donnée par l’animatrice du débat de préciser leur pensée à ce sujet. D’affirmer, même, qu’ils sont d’accord avec le principe, sinon avec le seuil ou les délais. Ils ont choisi de laisser l’impression qu’ils allaient faire table rase de cette bizarre obsession d’enseigner le français aux étudiants qui choisissent d’étudier à Montréal. Nous n’avons pas su non plus s’ils allaient faire sauter l’application dans les Cégeps anglos d’une proposition issue du PLQ de Dominique Anglade faisant passer de deux à cinq le nombre de cours de français ou en français. Ce sera pour une autre fois.
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Qu’en est-il de l’immigration, dont l’explosion ces dernières années a fait bondir de 40% le nombre de salariés utilisant principalement l’anglais au travail, selon le Commissaire à la langue française ? Et qui, pour ceux qui ne s’intéressent pas aux questions linguistiques, a provoqué une crise du logement sans précédent et lourdement exacerbé les pénuries en santé et en éducation ?
Les aspirants-futurs premiers ministres libéraux ont tous la même réponse, qui ne manque pas d’originalité dans le contexte : il faut beaucoup plus d’immigrants ! L’ex-président du Conseil du patronat Karl Blackburn a même reproché à l’ex-ministre et lieutenant québécois de Justin Trudeau, Pablo Rodriguez, d’avoir « tourné le dos aux entreprises » en fermant d’un millimètre le robinet des temporaires l’an dernier. (Rodriguez fut aussi accusé de n’avoir rien fait pour protéger les universités anglos contre la torture linguistique et économique infligée par le gouvernement caquiste. Il s’en est défendu.)
Nous sommes donc en présence d’un groupe de candidats dont l’ascension au gouvernement garantirait l’accélération du déclin du français au Québec – et de la crise du logement. Le démantèlement des éléments de la loi 96 qui ont un léger mordant ferait une partie du travail. L’ouverture des vannes de l’immigration anglicisante ferait le reste. La seule question en suspens est de savoir si ces cinq candidats sont : a) sincèrement convaincus que le français se porte à merveille; b) savent que le déclin est en marche mais font semblant que ce problème n’existe pas, pour attirer le vote des militants anglos et franco-jovialistes; ou c) sont volontairement en mission pour affaiblir davantage encore le français et diriger ensuite une nation où les francophones seront quantité politique négligeable.
Je vous laisse choisir.
(Une version légèrement plus courte de ce texte a été publiée dans Le Devoir.)
Depuis un an déjà, notre premier ministre implore Ottawa de réduire de 50 % le nombre d’immigrants temporaires sur le territoire québécois. Il y a les demandeurs d’asile, dont il demande la relocalisation. Mais il y a aussi les travailleurs temporaires qui sont en trop grand nombre, surtout chez les bas salariés, nous dit-il.
Je suis plus prompt que la moyenne à appuyer, sur mon téléphone, sur le bouton « 1 800 LA-FAUTE-À-OTTAWA ». Certes, la bande à Trudeau a enfourché une harde de licornes pour faire gonfler la population de son pays postnational. Mais le respect des faits conduit à un constat troublant : le gouvernement Legault lui a mis le pied à l’étrier.
Suivons la chronologie.
Avant 2018. Le Québec gère le Programme des travailleurs étrangers temporaires, le PTET. Mais Ottawa a créé un nouveau volet plus flexible, le Programme de mobilité internationale, le PMI. C’est contraire à l’esprit de l’entente Canada-Québec sur l’immigration. Québec ne bronche pas.
Octobre 2018. La Coalition avenir Québec est élue en promettant de réduire le nombre d’immigrants permanents. La question des temporaires n’est pas abordée, même si le nombre d’entrées au Québec au moyen du PMI est passé en quatre ans de 38 000 à 58 000, donc davantage par an que le nombre de permanents.
Fin 2021-début 2022. Le nombre de travailleurs étrangers temporaires à bas salaire admis sous le PTET québécois a déjà doublé, passant à 4800 en 2021. Mais sous le PMI fédéral, on est à 74 000.
Mars 2022. Le ministre de l’Immigration, Jean Boulet, demande à l’économiste Pierre Fortin et au démographe Marc Termote de produire chacun un rapport sur la forte croissance de l’ensemble des immigrants temporaires au Québec.
1er avril 2022. Le ministre Boulet annonce avoir demandé — et obtenu — au gouvernement fédéral un élargissement important du nombre de métiers qui seront maintenant ouverts à l’embauche de travailleurs temporaires sous le PTET. Selon son communiqué, « ce sont 65 nouvelles professions qui s’ajouteront à la Liste des professions admissibles au traitement simplifié, laquelle n’a toujours compris que des professions spécialisées ». Il est aussi heureux d’annoncer que, grâce au PMI+, l’arrivée d’immigrants temporaires sera encore plus facile. La CAQ annonce donc un bar presque complètement ouvert pour les travailleurs étrangers temporaires à bas salaire.
Mai 2022.Le rapport de Marc Termote pointe le décollage important des entrées dues au PMI et note « les effets pervers de cet “emplâtre” temporaire, à savoir que cela contribue trop souvent à maintenir en vie des secteurs et des entreprises à faible productivité, condamnées à long terme à la disparition ». Le rapport de Pierre Fortin conclut à une « perte de contrôle » de la politique d’immigration du Québec, démontre que la pénurie de main-d’oeuvre ne peut être résorbée par l’immigration et, comme Termote, signale des dangers quant à l’anglicisation de Montréal.
Fin mai 2022. Malgré la réception de ces rapports, Québec maintient l’entrée en vigueur de l’élargissement du PTET et du PMI aux bas salariés.
Fin 2022. Le nombre de travailleurs à bas salaire entrés grâce au PTET modifié par la CAQ est multiplié par cinq, passant à 23 000 en 2022. Le nombre de ceux entrés grâce au PMI atteint 80 000. Québec a le pouvoir de resserrer les critères du PTET sans demander l’aval d’Ottawa ; il ne le fait pas.
21 novembre 2023. La ministre Christine Fréchette annonce la mise en ligne d’une plateforme numérique pour que « les démarches des employeurs qui souhaitent recruter des travailleurs étrangers pour répondre à la pénurie de main-d’oeuvre [soient] accélérées ». Il s’agit d’une « amélioration importante qui offrira une plus grande flexibilité et une efficacité accrue », dit-on.
Fin 2023. Le nombre de bas salariés du PTET est passé à 25 500. Le nombre de personnes arrivées grâce au PMI frise les 108 000 personnes.
21 mars 2024. Le ministre fédéral de l’Immigration annonce qu’il agira pour réduire le nombre de travailleurs temporaires au Canada afin de le faire passer de 6,2 % de la population actuelle à 5 % de la population dans trois ans. Puisque la population du Canada augmente d’au moins 2 % par an, cela pourrait signifier une augmentation du nombre de temporaires. Des mesures annoncées en août et en septembre ont un impact minime (et non chiffré) sur le nombre de permis actuels et à venir.
Juin 2024. François Legault demande au fédéral une baisse de 50 % de « l’immigration temporaire » contrôlée par Ottawa au Québec.
20 août 2024. Le gouvernement Legault annonce un moratoire de six mois sur les nouvelles demandes et les renouvellements de travailleurs temporaires à bas salaire du PTET sur l’île de Montréal.
Voici ce qu’on peut reprocher au gouvernement Legault et à ses ministres successifs de l’Immigration :
ne pas avoir compris dès leur arrivée, à la fin de 2018, l’impact majeur du PMI et ne pas avoir réclamé le rapatriement de ce programme ;
avoir aggravé le problème au printemps 2022 en élargissant les critères québécois d’entrée des travailleurs étrangers temporaires et en élargissant même la portée et l’efficacité du programme fédéral ;
n’avoir nullement modifié les critères québécois de sélection après avoir obtenu, en mai 2022, des rapports alarmants sur l’impact des temporaires, alors même que se déroulait devant eux une croissance majeure du nombre de travailleurs étrangers ;
avoir attendu deux ans avant d’agir sur le programme dont ils avaient la gestion et avant de réclamer au fédéral d’agir sur le sien.
François Legault avait promis de mieux gérer l’immigration et d’y arriver dans le cadre fédéral. Force est de constater que, loin d’avoir réussi à « en prendre moins », son gouvernement a activement exacerbé la situation pendant plusieurs années, avant de réaliser, penaud, dans quel pétrin il avait contribué à plonger le Québec.
Je suis au regret de vous informer, chers lecteurs, qu’il faut commencer à vous préparer intellectuellement, et émotivement, à la réelle possibilité que nos voisins du Sud élisent Donald Trump le 5 novembre prochain. Il y a un scénario où il pourrait gagner en trichant. Si le calcul d’une majorité de grands électeurs repose sur la Géorgie, ses sbires se sont organisés pour pouvoir refuser de certifier l’élection dans cet État, et donc forcer le Congrès à constater qu’il n’y a pas de gagnant. Dans ce cas, la Constitution a prévu un plan B : le président est élu à la majorité des États représentés à la Chambre des représentants, ce qui donnera la victoire à Trump — même si la majorité des sièges est occupée par des démocrates. C’est que l’on compte par État, pas par siège.
Je tiens à ce que vous intégriez aussi la possibilité, réelle, que Trump gagne sans tricher. Qu’il obtienne suffisamment de votes dans les États pivots pour être déclaré vainqueur le soir même de l’élection. J’ai jugé que vous auriez besoin d’un préavis raisonnable. C’est dans 38 jours.
On ne peut évidemment pas tout prévoir, mais les engagements pris par le candidat Trump pourraient avoir des conséquences importantes et immédiates, donc avant même qu’il soit assermenté, en janvier prochain.
Un grand afflux de demandeurs d’asile. Trump s’est engagé à répétition à procéder au « plus grand programme d’expulsion de l’histoire du pays ». Il parle surtout des immigrants illégaux. Officiellement, on en comptabilise environ 12 millions, installés cumulativement depuis des décennies. Ils ont pour la plupart des emplois et des enfants.
Combien veut-il en expulser ? Il parle de « centaines de milliers » et vise aussi des immigrés qui sont légalement accueillis aux États-Unis selon une procédure d’urgence, ce qui touche près d’un demi-million d’Haïtiens, notamment les 15 000 de Springfield, en Ohio, que Trump promet d’expulser en priorité. (Incertain sur leur provenance exacte, il a menacé de les envoyer au Venezuela.)
La mise en oeuvre de ce programme prendra beaucoup de temps et sera contestée devant les tribunaux. Mais on peut s’attendre à ce que des dizaines de milliers de ces migrants n’attendent pas sagement la rafle des agents de l’immigration et fassent leurs valises dès après l’élection de Trump. Leur destination la plus logique est évidemment le Canada et, pour les quelque 500 000 Haïtiens, le Québec.
La chute de la valeur du dollar canadien. Puisque Trump a promis d’imposer un tarif douanier de 20 % à la totalité des importations, y compris canadiennes, les marchés n’attendront pas l’adoption de la mesure avant de réagir. Ils appellent ça « escompter ». Donc « il est clair qu’au départ, la valeur du dollar canadien, m’a confié l’économiste Pierre Fortin en utilisant un terme un peu technique, prendrait une méchante débarque ». Les marchés escompteraient que cette surtaxe sur nos exportations va nuire à la totalité de notre économie, donc à la valeur de notre dollar.
Cette chute de la devise aurait plusieurs effets. Si la chute était de 20 %, elle rétablirait la compétitivité de nos produits, taxés de 20 %. Cependant, toutes nos importations de produits américains nous coûteraient 20 % plus cher, ce qui relancerait significativement l’inflation chez nous. Notre banque centrale voudrait resserrer le crédit, et on pourrait dire adieu à la baisse des taux d’intérêt hypothécaires. Les touristes américains pourront venir nous visiter à prix d’aubaine, mais nos Snowbirds devront se serrer la ceinture.
Évidemment, la classe d’affaires américaine est opposée à cette proposition de tarifs, qui provoquerait une guerre commerciale. Il est hasardeux de tabler sur un changement de position de Trump. Il continue de penser que les tarifs sont payés par les producteurs étrangers, ce qui est faux, plutôt que par les consommateurs américains, ce qui est vrai.
Une camisole de force fiscale. Notre capacité d’adopter un taux d’imposition raisonnable à nos entreprises (et à nos millionnaires) est tributaire des taux imposés par notre voisin du Sud. Lorsqu’on combine l’impôt fédéral et celui des États — et des provinces —, le taux global actuel sur les profits des entreprises chez eux et chez nous est équivalent. Mais Trump s’est engagé à réduire de 21 à 15 % son taux fédéral. Ce qui obligera Ottawa et les provinces à faire de même. Et à se priver de revenus.
À quelque chose malheur est bon. Des politiques de Trump nous feront aussi faire de jolies économies.
Moins d’argent pour Northvolt. Les sommes promises par Ottawa et Québec à Northvolt et aux autres producteurs de batteries sont directement — et contractuellement — liées à la générosité dont a fait preuve le gouvernement Biden. Trump a juré de mettre un terme à tout le programme d’aide américain aux énergies vertes. Ce sera une aubaine pour nos finances.
Moins d’argent pour l’Ukraine. Depuis l’invasion russe en Ukraine, le Canada a déboursé, ou s’est engagé à débourser, 4,5 milliards de dollars. Puisque Trump jure de « régler le conflit en 24 heures » et avant même d’être intronisé président, Ottawa pourra fermer le robinet. On pense évidemment que Trump proposera que Poutine garde le territoire ukrainien qu’il a déjà conquis. Le président ukrainien Zelensky aura beau protester, l’arrêt du soutien militaire américain, indispensable à la poursuite de la guerre, l’obligera à hisser le drapeau blanc. Les Européens ne pouvant compenser le retrait de l’aide américaine, chacun pourra respirer, en attendant de savoir quel pays Poutine envahira ensuite. (Je parie sur les pays baltes.)
Moins d’argent pour l’environnement. Puisque Trump se retirera (encore !) de l’Accord de Paris, et annulera la quasi-totalité des budgets environnementaux américains, cela aura un effet d’entraînement sur d’autres États pollueurs. Un futur premier ministre Poilievre se verra totalement justifié d’en faire aussi peu que Trump, au nom de la compétitivité canadienne. Bon, la planète se réchauffera plus rapidement encore, mais on commence à s’y habituer, non ?
S’il fallait choisir parmi les bévues du gouvernement Trudeau, il y aurait suffisamment de matière pour devoir la sérier. Dans la catégorie « déconnexion », on mettrait les vacances chez l’Aga Khan et chez l’ami milliardaire de la Jamaïque ainsi que le loufoque défilé de mode lors d’une visite en Inde. Dans la catégorie « inaptitude », il y aurait les délais de délivrance des passeports et la saga d’ArriveCAN. Sous « copinage », on trouverait les juteux contrats aux amis de McKinsey et compagnie, l’affaire SNC-Lavalin et celle de Mouvement UNIS. Dans la colonne « insouciance », il faudrait rappeler la promesse de 2015 de Justin Trudeau de créer de petits déficits qui se résorberaient d’eux-mêmes et sa lenteur à réagir à l’influence étrangère.
Mais aucune de ces erreurs de parcours n’est aussi significative et profondément délétère pour la qualité de vie des citoyens, canadiens et québécois, que la décision prise dès 2015 d’ouvrir les vannes de l’immigration, permanente et temporaire, et de plonger tout le pays dans ce que l’économiste en chef de la Banque Nationale, Stéfane Marion, appelle « le piège démographique ». Il faut énormément de rectitude politique pour refuser de reconnaître l’ampleur du dommage causé par l’équipe Trudeau au tissu économique et social québécois et canadien.
En logement, Marion écrivait en avril qu’il « n’y a pas de précédent pour un déficit de l’offre de logements d’une telle ampleur », faisant référence à celle désormais enregistrée. « Le retour à la normale pourrait prendre des années ; en attendant, les ménages canadiens ne doivent pas s’attendre à un allégement significatif de l’inflation du coût du logement. » Cela signifie donc que la politique migratoire fédérale aura des conséquences à long terme, non seulement sur la crise du logement, mais sur l’inflation elle-même. D’autres économistes ont conclu qu’elle avait un effet à la baisse sur la productivité, désormais en berne au Canada.
Marion calculait en mai que, loin de s’estomper, « le choc démographique s’aggrave au Canada », dans une hausse folle de 47 % entre le début de 2023 et le début de 2024. Son avis : « Ottawa ayant annoncé son intention de limiter l’immigration à partir de 2025, il semblerait que de nombreuses personnes aient décidé de venir au Canada plus tôt. Les problèmes d’accessibilité au logement pourraient s’aggraver au cours des prochains trimestres, alors que nous nous dirigeons vers une nouvelle année record de croissance démographique. »
Lundi, lors de sa conférence de presse, François Legault a osé faire une démonstration chiffrée. En dix ans, le nombre de temporaires sur le territoire québécois a quintuplé, passant de 105 000 par an à 560 000. Si l’on ne calcule que la progression des deux dernières années, soit 270 000 nouveaux résidents, il estime qu’il aurait fallu 120 000 unités d’habitation supplémentaires pour les loger. Or, la totalité du secteur de l’habitation n’a livré que 90 000 nouveaux logements sur cette même période, provoquant une pénurie de 30 000 logements. Il en conclut que, si le nombre de temporaires était resté stable, la pénurie n’existerait pas.
La réponse de Justin Trudeau fut d’affirmer que « ce n’est pas toujours la meilleure chose à faire, de cibler et de dire que tout est la faute des immigrants ».
Donc, le premier ministre du Québec présente une démonstration. Le premier ministre du Canada, responsable du dommage causé, réplique, non seulement par une opinion, mais également par une déformation du propos (reprise d’ailleurs au Québec par Gabriel Nadeau-Dubois). Legault dit : c’est la faute de la politique fédérale d’immigration. Trudeau répond : arrêtez de dire que c’est la faute des immigrants.
Il y a de la mauvaise foi dans le système. Trudeau a d’ailleurs repris les propos tenus jeudi dernier par son ami Marc Miller, ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, sur la vraie raison des piques de mauvaise humeur de Legault : la montée des séparatistes. « Je comprends, a-t-il dit, qu’il y a un contexte un peu particulier à l’Assemblée nationale ces jours-ci avec la montée du PQ [Parti québécois]. Je comprends que M. Legault est en train de répondre à des exigences politiques. »
Vous voyez ? Ce n’est pas bien grave. C’est de la rhétorique politique. Marc Miller va vous l’expliquer. Voici : « Depuis une année, le thème de l’immigration plombe […], c’est une rhétorique, je crois, assez toxique malheureusement au Québec — parce que le Québec, somme toute, a fait un très bon travail d’intégration à travers les années — […] Mais je sais qu’il y a aussi un volet de théâtre politique qui est, selon moi, assez malheureux. »
Oui, mais à part le logement, Québec affirme que la pression sur ses écoles est considérable, au point que, selon le premier ministre, parmi les 560 000 temporaires, on compte 52 000 enfants d’âge scolaire. Il faut pour les encadrer 3700 enseignants. Or, dans l’ensemble du réseau, il en manque 6300. L’absence de ces enfants ne réglerait donc pas tout le problème de pénurie, mais tout de même la moitié.
Qu’en pense le ministre Miller ? « Ce n’est pas les immigrants qui ont causé la pénurie d’enseignants qui [se voit] au Québec depuis des années. Des milliers d’enseignants, ç’a rien à voir avec l’immigration. […] En même temps, le Québec n’a pas tort non plus. Mais pas forcément raison. C’est cette exagération, qui a parfois une certaine base dans la réalité, que je reproche [au gouvernement québécois], parce qu’à défaut de cerner le problème, c’est difficile de trouver la solution. »
J’en tire quand même l’impression qu’il y en a un qui tente sérieusement de cerner le problème, et un autre qui fait semblant de ne pas comprendre. Saurez-vous me dire lequel ?
Les tensions entre Québec et Ottawa au sujet de l’immigration constituent une publicité ambulante pour l’indépendance du Québec. Parce qu’elles illustrent mieux que toutes autres le prix de la dépendance. Car voilà un dossier qui a une incidence directe sur l’ensemble de notre vie collective.
Sans être la cause de nos maux, l’augmentation fulgurante des nouveaux venus depuis cinq ans est le facteur super aggravant qui pousse au point de rupture nos hôpitaux, nos écoles et nos garderies. Ainsi que notre marché du logement, ce qui provoque une augmentation marquée de l’itinérance, même en région. De surcroît, selon les calculs du commissaire à la langue française, depuis 2011, l’afflux de temporaires a fait bondir de 40 % le nombre d’habitants du Québec qui ont l’anglais comme langue de travail et de 50 % le nombre de ceux qui ne connaissent pas le français.
Les membres du gouvernement québécois parlent, justement, de « point de rupture », de « louisianisation » et de survie de la nation. Alors que des actions résolues sont nécessaires, ils sont réduits à tenir des conférences de presse, à écrire des lettres et à convoquer des rencontres où ils doivent plaider leur cause devant plus puissants qu’eux. Comme les kremlinologues qui scrutaient les photos pour déterminer quel personnage était apparu ou disparu dans l’entourage du tyran, nous devons comparer les versions française et anglaise des points de presse de Justin Trudeau et de son ministre et ami d’enfance Marc Miller pour déterminer si l’ouverture affichée par l’un est partiellement ou complètement contredite par l’autre.
Autrement dit : nous ne sommes pas souverains. Sur ce point essentiel, nous sommes des sujets.
Il importe de souligner qu’aucun migrant ne peut être tenu pour responsable de ce qui se produit. Le nouvel arrivant n’a fait qu’emprunter les pistes ouvertes par nos gouvernements pour trouver ici, pour lui et sa famille, un avenir meilleur. Le migrant a fait un bon calcul de risques ; nos gouvernements, non.
François Legault ne peut invoquer sa propre turpitude, lui qui a été élu deux fois sur la promesse de maîtriser l’immigration, mais qui a présidé à la plus forte augmentation de l’histoire du Québec du nombre de travailleurs temporaires. Rien de ce qu’il a annoncé à leur sujet n’en réduit le nombre. Reste que l’ensemble des doléances exprimées à Ottawa pour que ce dernier refrène ses ardeurs immigrationnistes exprime combien le Québec est à la merci des humeurs fédérales.
On pourrait croire que, comme le Québec indépendant serait lié par les mêmes traités internationaux et ferait face aux mêmes flux migratoires, la situation changerait peu. On aurait tort.
D’abord, l’arrivée sur la carte mondiale d’un nouveau pays clairement désigné comme francophone provoquerait chez les candidats à la migration un changement de comportement. Ceux qui chérissent le rêve canadien — et anglophone — se dirigeraient vers les portes d’à côté.
Ensuite, un Québec souverain aurait le pouvoir de traiter beaucoup plus rapidement les demandes d’asile. La Cour suprême du Canada a un jour décidé que les migrants avaient les mêmes droits que les citoyens de faire appel des décisions judiciaires, ce qui ajoute des années au processus. La Constitution d’un Québec souverain pourrait faire une distinction entre migrants et citoyens et limiter à quelques mois le processus d’acceptation ou de refus.
Québec pourrait aussi décider de limiter la réunification familiale aux seuls conjoints et enfants, et non à la famille étendue. Comme le Royaume-Uni, il pourrait demander qu’un conjoint en âge de travailler démontre une connaissance de la langue du pays d’accueil au point d’entrée afin de mieux assurer son intégration.
Les Canadiens s’établissant au Québec seraient aussi des migrants. Alors qu’on observe une augmentation du nombre d’unilingues anglophones déménageant en Outaouais, il leur faudrait, dans un Québec souverain, satisfaire aux mêmes conditions de connaissance du français que ceux venus de Londres ou de Singapour.
Dans son excellent ouvrageL’immigration au Québec. Comment on peut faire mieux, Anne Michèle Meggs place en haut de la liste des avantages la création d’une citoyenneté québécoise. « Il n’y a aucun symbole plus fort d’adhésion et d’appartenance d’une personne immigrante à sa nouvelle société que la naturalisation ou la citoyenneté, mais ce sont des États-nations qui déterminent les conditions de citoyenneté. Il y a la question de droit de sol (est citoyen celui qui est né au pays) ou de droit de sang (est citoyen celui qui est né d’un parent-citoyen), des conditions de statut et de durée de séjour pour l’obtention du statut de citoyen, des conditions linguistiques, mais il y a aussi des conditions liées aux connaissances sur le nouveau pays (histoire, géographie, système démocratique, lois, valeurs, etc.). »
Le serment que prêteraient les néo-Québécois serait différent de l’actuel, que voici : « J’affirme solennellement que je serai fidèle et porterai sincère allégeance à Sa Majesté le roi Charles III, roi du Canada, à ses héritiers et successeurs, que j’observerai fidèlement les lois du Canada, y compris la Constitution, qui reconnaît et confirme les droits ancestraux ou issus de traités des Premières Nations, des Inuits et des Métis, et que je remplirai loyalement mes obligations de citoyen canadien. »
L’indépendance, note Meggs, libérerait les Québécois d’un débat cornélien : ne pas suivre la courbe démographique du voisin canadien équivaut-il à une perte de pouvoir dans la fédération ? Si on y reste, oui. Le Québec deviendra politiquement de plus en plus insignifiant. Si on la quitte, cela n’a plus la moindre importance politique. Qu’ils soient 8, 9 ou 12 millions, les Québécois pèseront toujours 100 % dans leurs institutions politiques. Et on pourrait, enfin, biffer de notre vocabulaire la lancinante expression « C’est la faute du fédéral. ».
Les Kebs étaient une équipe de basketbal de Québec, puis de Laval sous le nom des Kébekwa de 2006 à 2012.
C’était couru, ma chronique de samedi (Identité anti-québécoise), n’a laissé personne indifférent. Et a fait chauffer ma boîte courriel. D’abord par une série de témoignages confirmant ce que j’ai décrit – présence de l’anglais, mépris des Kebs – au Collège Regina Assumpta et ailleurs.
D’abord par une série de témoignages confirmant ce que j’ai décrit – présence de l’anglais, mépris des Kebs – au collège Regina Assumpta et ailleurs.
Ainsi cette grand-mère (anonyme) d’une élève de Regina Assumpta m’écrit: «J’ai eu mal quand ma petite-fille m’a dit se sentir exclue de son groupe d’amies parce que les conversations se déroulent en anglais en dehors des cours et qu’elle ne maîtrise pas assez la langue pour saisir les nuances.» Cette mère d’un autre collège: «mon enfant a flotté durant les premières années entre les “ tables d’immigrants » à la cafétéria, et les tables de Québécois francophones. Il a fini par choisir son camp parmi les francophones, les immigrants, disait-il, « ne faisant que chialer contre les Québécois » ».
Martin Bureau m’écrit: « Mes deux enfants, maintenant âgés de 19 et 21 ans, sont allés à Regina. Le portrait que vous tracez de l’identité anti-Kebs, tout à fait exact par ailleurs, s’est sérieusement aggravé dans l’intervalle des deux années scolaires qui ont séparé le passage de mes enfants. Mais le vecteur principal de ce mépris – quelques fois de la haine malheureusement – m’a semblé provenir d’une forme de prosélytisme religieux, presque militant, ce qui surprend compte tenu de l’âge des zélotes en question. Deux groupes à Regina se démarquaient clairement: les chrétiens haïtiens et les Algériens musulmans, ouvertement et fort complaisamment homophobes, racistes et misogynes. (Les propos que mes enfants me rapportaient donnaient froid dans le dos.) Quoique relativement limités en nombre, ces deux groupes militaient ferme. Mon fils, celui qui est passé en deuxième donc, a fortement été influencé par cette culture. Comment pourrait-il en être autrement quand un adolescent souhaite s’intégrer dans son milieu composé dans une proportion de 32 « non-Kebs » sur 34 élèves (c’était bien le cas) ? Pas trop « québécois », mon fils…
Ma femme et moi avions choisi Regina pour l’excellence de son programme académique et pour son caractère multiculturel, mais nous n’avions pas compris à quel point ce milieu était devenu strictement immigrant (32 sur 34…). Bien sûr, du nombre, on comptait des Québécois issus de deuxième ou troisième génération d’immigrants (italiens, libanais, et aussi haïtiens et algériens, etc.) qui ne s’affichaient pas comme le groupe que je décrivais précédemment, mais ils ne se sentaient pas plus québécois pour autant… si nous avions eu conscience de ce déséquilibre, je pense que nous aurions opté pour Mont-Saint-Louis, qui curieusement est beaucoup et indéniablement plus « québécois ». J’en conclus donc que c’est sur le plan des valeurs de notre société qu’on se rejoint finalement (tolérance, diversité, inclusion, équité, justice…), mais j’ai de sérieux doutes sur le caractère québécois de notre société pour l’avenir. Seule la langue, me semble-t-il, a de bonnes chances de rester… »
À l’école secondaire Georges-Vanier
L’universitaire Nadia El-Mabrouk témoigne sur sa page Facebook: «L’année dernière, lors des célébrations de fin d’année, la direction de l’école secondaire Georges-Vanier avait organisé une journée où chaque élève pouvait venir habillé en costume traditionnel de sa région, et chaque groupe était invité à se présenter sur scène et à faire une petite performance. Au micro, chaque pays était appelé l’un après l’autre… et le Québec ne fut jamais appelé. Mon fils et ses amis qui s’étaient préparés avec ceinture fléchée, guitare et chants québécois, en restèrent interloqués.»
Une mère d’origine maghrébine (qui demande l’anonymat) m’écrit: «Je suis triste de lire dans votre article comment, finalement, les enfants immigrants sont une menace à la culture québécoise dans les écoles. Pourtant vous décrivez des faits, je le sais, puisque je suis dans le conseil d’établissement de l’école de mon fils et j’entends les mêmes faits rapportés par les professeurs et la direction. C’est effectivement alarmant comme situation et il est impératif de rétablir les choses.»
Au Collège de Montréal
«La chronique « Identité anti-québécoise » m’a particulièrement interpellé. Je suis de la génération de ceux qui ont « fait le cours classique ». L’institution que j’ai fréquentée, le Collège de Montréal, est prestigieuse, existant maintenant depuis 157 ans. Les années que j’y ai passées comptent parmi les plus belles de ma vie.
Profondément attaché à mon alma mater, j’ai décidé de répondre à l’appel de cette institution de venir parler de ma profession aux étudiants et étudiantes dans le cadre d’une journée des carrières. Pendant trois ans, je suis parti de Gatineau pour venir à Montréal rencontrer ces futurs acteurs de la société de demain. J’essaie toujours de proposer des situations et des anecdotes accrocheuses, mais authentiques pour intéresser les étudiants et de leur poser des questions pour stimuler leur participation.
Lors de ma dernière rencontre avec eux et elles, à une question que je leur posais, un étudiant a levé paresseusement la main et m’a répondu… en anglais. Étonné, je me suis néanmoins ressaisi rapidement pour enchaîner : « …ce qui donne en français… » Il est passé au français, mais a baragouiné une réponse à peu près incompréhensible.
Ma présentation n’a guère eu de succès, malgré les efforts que j’y avais mis pour les intéresser. J’avais, entre autres, mis en relief les systèmes de pensée de la langue française et de la langue anglaise pour montrer comment chaque langue appréhendait le monde différemment en donnant des exemples à l’appui. La fin de la présentation a coïncidé avec la pause entre les cours, ce que nous appelions dans le temps le deo gratias. Alors que je circulais dans les corridors pour revenir au salon des Anciens, plusieurs étudiants et étudiantes assemblés en petits groupes pour la pause discutaient, en anglais seulement. Pourtant, cette institution est de langue française.
Mon témoignage n’a rien de dramatique comme tel, mais si vous saviez comme cette situation m’a peiné. J’ai des petits-enfants au primaire et au secondaire, et je me demande bien dans quelle société ils et elles évolueront plus tard. Si de jeunes francophones s’inféodent à la langue anglaise au détriment de leur propre langue, quel est l’avenir du français au Québec? »
Au Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie
Un parent: « J’étais comme vous lorsque j’entendais ma fille se plaindre du recours à l’usage intensif de l’anglais dans les corridors du Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie: je n’y croyais pas trop. Je trouvais exagéré aussi le sentiment d’isolement qu’elle pouvait ressentir dans son école: cela devait être attribuable à d’autres choses. Je ne pouvais pas croire non plus qu’elle se fasse « gentiment » intimer l’ordre de parler anglais. En effet, j’étais comme vous, je me cachais la tête dans le sable. Puis un jour, j’ai sursauté: ma fille me rapporta une histoire se terminant avec l’insulte raciste « the basic white girl« dite avec dédain et mépris. Ce jour-là, je me suis sorti la tête du sable.
J’ai fait lire votre chronique à ma fille. Bien qu’elle juge la situation bien moins pire que celle que vous décrivez à Regina Assumpta, elle n’en partage pas moins les conclusions: dénigrement du Québec, de sa culture, et de sa langue française, imposition de l’anglais, mépris et mise à l’écart des francophones. Je peux témoigner que la direction de l’établissement est extrêmement préoccupée par ce phénomène. Elle essaie tant bien que mal de faire appliquer le règlement voulant l’usage du français dans les corridors, mais sans grand succès. Elle avoue candidement que les directions d’école dans le même secteur ont tout simplement abandonné le combat. Avouez qu’il y a quelque chose d’extrêmement révoltant de devoir se battre pour vivre en français dans une institution francophone. Nous récoltons donc les fruits amers de la défaite référendaire, du règne sans partage des fédéralistes, de la trahison de la gauche, de l’autodénigrement de la droite, des politiques migratoires désastreuses et de la fausse sécurité de la loi 101. Ça, vous le savez mieux que moi. Mais le constat le plus dur, c’est notre mise en minorité: il faudra désormais réfléchir en tant que groupe ethnique. Il faudra se regrouper et en défendre les membres contre qui l’on portera des attaques racistes et xénophobes de plus en plus décomplexées. Derrière ses jeunes filles, il y a des parents. Et il y a aussi des communautés qui semblent venir ici pour régner sans partage et prendre le visage du conquérant. L’important est d’abord de libérer la parole ce que vous avez fait. De sortir sa tête du sable et de bien voir ce qui nous arrive. Puis de relever la tête et de commencer à répondre. Nous sortirons bien un jour de notre torpeur référendaire. Nous le savons, nous nous ferons traiter de racistes à gauche. Qu’à cela ne tienne. On rira de nous à droite. Qu’à cela ne tienne. Car je ne laisserai personne traiter ma fille de pute ou de traînée. Je n’ai pas l’intention de rester muet devant les insultes sur mon histoire, ma langue ou ma culture, celles-là, on les a trop entendues. Et surtout, je ne laisserai personne cracher sur mon nom.»
Au Collège Saint-Louis, d’un témoin « L’activité débute et tout le monde parlait anglais. Le prof rappelait aux élèves de parler français. Les élèves parlaient quelques minutes en français, puis ça recommençait à parler en anglais. Le prof faisait alors un autre rappel: « On parle français, les amis. »
Le dédain pour le français était palpable. On sentait que l’anglais était la langue de choix, celle utilisée pour maintenir son statut social auprès des autres. Je comprenais que les élèves avaient l’impression qu’on leur forçait le français dans la gorge, qu’ils subissaient notre langue plutôt qu’ils la parlaient. Le français semble pour eux un habit qu’il faut porter pour plaire aux adultes et non un costume d’Adam qu’on porte en tout temps. Ça me mettait profondément mal à l’aise et mon cœur criait Adieu, Québec. Des scènes comme celles que vous avez mentionnées dans votre chronique, j’en vois partout moi aussi.»
À l’école Saint-Luc, où ça ne date pas d’hier
« Le phénomène que vous décrivez dans votre article n’est pas nouveau. J’ai vécu exactement la même chose à la fin des années 1980 lorsque j’étais inscrit à l’école secondaire Saint-Luc, une école publique à Montréal alors reconnue pour être particulièrement multiethnique. Les francophones (dont votre humble serviteur) y étaient minoritaires. L’anglais était si présent dans les corridors, la cour d’école et même des classes que j’avais organisé une sorte de mouvement pour promouvoir la langue… française.
Dans cette école, la culture québécoise était tenue pour ringarde. Lors d’un spectacle de fin d’année, une chanson de Félix Leclerc avait été huée. En novembre-décembre 1988, l’équipe de l’émission Le Point, de la télévision de Radio-Canada, a réalisé une série de reportages sur la précarité du français à l’école secondaire Saint-Luc.
Plus de 35 années ont passé et la situation n’a pas fondamentalement changé.
À l’école Meimonide
Il s’agit d’un des fleurons de la communauté sépharade de Montréal, un établissement scolaire privé francophone qui offre des services éducatifs au préscolaire, au primaire et au secondaire.
Louis Trudel y enseignait le français en 2121. « Bien que les élèves de cette école soient des francophones nés ici qui parlent français entre eux, personne n’a d’accent québécois ni ne connaît les bases de la culture québécoise (un seul exemple : aucun des 20 élèves n’était en mesure de m’expliquer le mot » niaiser »), ce qui faisait d’autant ressortir mon accent (si peu prononcé par ailleurs qu’on me demande parfois si je suis français). Un jour où le rabbin de l’école était en classe, dans mon cours de français de sixième année, un élève s’est moqué de mon accent pendant que j’avais le dos tourné. Le rabbin n’a rien dit, ni sur-le-champ, ni quand j’ai demandé à la cantonade qui s’était moqué de moi, ni après le discours que j’ai fait sur la tolérance et la richesse de la diversité en matière de religion, d’apparence, d’accent, etc. Sachant que je n’avais pas le soutien de la direction dans ce microcosme toxique, j’ai démissionné de mon poste. »
Dans des classes d’accueil de l’Est de Montréal
Hélène Cadotte: « Je suis éducatrice spécialisée dans une école de l’est de Montréal où nous avons plusieurs classes d’accueil. Je reconnais ce que vous décrivez dans votre chronique, mais j’aimerais rajouter un aspect que vous n’abordez pas: une tendance grandissante des parents à faire de l’intimidation au personnel de l’école. En effet, nous sommes de plus en plus confrontés à des situations où le ton monte rapidement, les courriels sont désagréables et les menaces de porter plainte toujours très proches, sans compter les insultes.
Je fais le constat que cette problématique nous arrive surtout de la part des parents immigrants même si cela arrive aussi avec des parents néo-québécois. J’avoue que cette situation alourdit beaucoup la tâche et que les interventions finissent par en être teintées. Il y a certainement toute une réflexion à faire sur notre tolérance et notre attitude face à l’immigration en général. Ce n’est pas être raciste d’exiger d’être respectée. »
Dans des écoles du centre de service scolaire Marguerite-Bourgeoys
« Il y a 32-33 ans, quand j’enseignais à la commission scolaire Marguerite-Bourgeois, secteur francophone, mon école n’accueillait que des élèves protestants ou d’autres religions que catholique. Il y a avait déjà des règlements pour obliger les élèves à parler français dans les corridors et dans les classes. Le phénomène ne date pas d’hier. Cependant, le « Québec bashing » ne se manifestait pas aussi ouvertement et de façon décomplexée comme aujourd’hui. Mais déjà, les enfants d’immigrants et les jeunes immigrants dénigraient la culture québécoise. Pour les Grecs, leur civilisation était un des phares historiques du monde. Pour les gens venant du monde arabe, certains avaient connu l’éducation française qu’ils estimaient supérieure à la québécoise. Il était ironique de les voir placer la culture du colonisateur européen sur un piédestal… Cette attitude est plus ouverte aujourd’hui. Par moment, on entend des gens de différentes origines rire de la culture québécoise, estimer la leur supérieure et adopter une attitude raciste en parlant même de « sales Blancs ». Également, ce que je remarque, ce sont des élèves qui, par conviction religieuse, refusent d’écouter quand on parle des droits des femmes ou de diversité sexuelle. Ils et elles se bouchent les oreilles et se voilent le regard, au sens figuré et au sens propre. Quand on parle de la Deuxième Guerre mondiale, Hitler devient un « bon gars » et la Shoah un truc qui aurait dû se poursuivre. Tsé, quand tu vois des graffitis avec des croix gammées sur des pupitres et des murs, ça remue un peu et dénote une profonde incompréhension de l’histoire. Dans les faits, en privilégiant une langue commune au lieu de valeurs communes en immigration, une grande erreur a été commise. Enfin, signe des temps, les élèves haïtiens, qui autrefois avaient des racines communes avec les Québécois, sont aujourd’hui branchés sur New York et valorisent l’anglais et la culture américaine.
La grande majorité des élèves d’autres cultures manifestent un comportement ouvert et correct. Tout comme bien des Québécois. Il y a bien sûr beaucoup de préjugés de part et d’autre. Et il ne faut pas le nier, certaines communautés sont davantage victimes de racisme que d’autres. LA difficulté que je vois est qu’on est rendus dans une polarisation des positions. »
Dans une école de Parc-Extension: de l’anglais, mais pas de mépris
« J’enseigne les arts dans une grosse école primaire de Parc-Extension, l’utilisation de l’anglais est vraiment un gros problème, les élèves ne parlent qu’anglais entre eux, en classe et dans les corridors…
C’est comme l’éléphant dans la pièce, on se fait beaucoup remettre la responsabilité, nous les profs… On se fait dire de demander aux élèves de parler français… Mais c’est comme une grosse vague qui nous submerge!!! Leur français est tellement faible. Ils ne l’utilisent pas parce que c’est trop difficile pour eux… Je ne comprends même pas comment ils font pour faire des apprentissages. En 5e année j’ai encore des élèves qui vont me dire : « Madame toi donner ça à moi. »
Ceci dit, je ne ressens pas de mépris envers les francophones et la culture québécoise, seulement ils vivent dans un univers ou personne ne parle français, on n’existe pas… »
Dans plusieurs écoles montréalaises
La journaliste, auteure et comédienne Claudia Larochelle s’exprime ainsi dans sa chronique du site Avenues: « En vingt ans, il m’est souvent arrivé d’aller rencontrer des élèves d’écoles secondaires à Montréal et ses environs. Pour parler de mon travail. Des établissements privés comme publics. J’y ai même déjà enseigné. Juste avant Noël, une dynamique directrice du Collège Sainte-Anne, à Lachine, m’a invitée à venir présenter des livres susceptibles d’intéresser les ados dans un événement intitulé « Livres et chocolat ». Je le souligne au passage parce que je trouve son idée géniale et, je l’espère, contagieuse. J’aime beaucoup les jeunes et je crois en eux, en leurs atouts, à ce qu’ils s’apprêtent à mettre en œuvre pour changer le monde. En mieux. L’environnement, la santé mentale, la diversité, le féminisme, l’ouverture sur le monde, ils ont tout dans leur besace, il me semble, pour que la Terre tourne plus rondement dans un futur imminent.
Ces quatre ou cinq dernières années, j’ai été stupéfaite de constater qu’ils se parlaient beaucoup en anglais. Dans les corridors et en classe. Pas que des expressions, non, des conversations entières. Toutes les enseignantes à qui j’en ai parlé m’ont répondu la même chose, que ça allait de mal en pis, et qu’elles avaient beau jouer à la « police du français », rien ne changeait. Sitôt qu’elles avaient le dos tourné, ça recommençait. Si vous leur demandez s’ils aiment la langue française, il y a de fortes chances que ces élèves – toutes origines confondues – répondent oui. Sans même y réfléchir. Or, s’ils l’aiment bien et la considèrent, c’est sa défense qui n’est pas intégrée à leurs batailles. C’est peut-être faute de saisir l’ampleur de sa fragilité, son histoire aussi, avec celles et ceux qui l’ont façonnée et défendue. Or, cette inconscience reste à mon avis la démonstration présente la plus frappante du déclin et, éventuellement, de l’effacement de notre langue française, donc du cœur même de notre identité québécoise. »
L’auteur dramatique Olivier Sylvestre témoigne également dans Le Devoir : « Depuis ma sortie de l’École nationale de théâtre, en 2011, j’ai passé des centaines d’heures à animer des ateliers dans les écoles de la grande région de Montréal. Partout où je suis passé, à Laval, La Prairie, Villeray, Outremont ou Verdun, j’ai été à la fois troublé et affligé que hors des salles de classe — et parfois même dans les classes —, les élèves s’expriment entre eux en anglais. Des élèves pour qui d’ailleurs, en grande majorité, la fréquentation des productions culturelles québécoises est quasi inexistante. Et je parle ici uniquement d’écoles des centres de services scolaires francophones. »
Au cégep, à Montréal
Marie-Lou Bouchard témoigne, aussi dans Le Devoir. « En tant qu’enseignante au collégial dans un cégep montréalais, j’entends aussi parfois ce genre de commentaire. Je remarque une dévalorisation grandissante de la culture québécoise, et parfois même son dénigrement dans mes cours, ainsi que l’autodénigrement de certains étudiants québécois d’origine canadienne-française face à leur propre culture d’origine. Toutefois, je remarque aussi que quand nous parlons favorablement de notre culture et de nos artistes, nos élèves changent leur perception et en développent une vision positive. »
À Laval
Un enseignant: « Votre chronique du 24 février 2024 a résonné profondément avec ma propre expérience en tant qu’enseignant au primaire à Laval. Votre analyse de la situation linguistique dans les écoles montréalaises trouve un écho similaire dans notre région, où le français est également en péril, non seulement parmi les élèves, mais aussi dans l’attitude de nos directions d’école et des gestionnaires du centre de service scolaire.
Dans mon école, située dans un quartier relativement moins touché par ce phénomène, l’anglais domine, néanmoins, de plus en plus dans les conversations dans les corridors et dans la cour. Ce qui est particulièrement frustrant, ce n’est pas tant la préférence linguistique des élèves, influencés par leur environnement familial et culturel, mais plutôt le refus persistant de nos gestionnaires d’admettre et de traiter ce problème avec la gravité qu’il mérite.
À plusieurs reprises, nous avons tenté d’aborder cette question avec notre direction, soulignant que la langue parlée par les élèves n’était pas leur langue maternelle, mais l’anglais, ce qui rendait non valide l’argument qu’on nous servait depuis quelques années selon lequel il est important pour le développement des enfants de parler leur langue maternelle. Malgré cela, nous nous heurtons à un mur de tergiversations et à une réticence à inscrire la promotion active du français dans les documents officiels de l’école. »
Stéphane Legault, un père : « Mon fils de 14 ans et fier Québécois se fait insulter régulièrement. Nous sommes de Laval. Il est très beau et musclé cultivé, etc. Mais quand je lui parle de filles, il m’avoue que les filles ne veulent rien savoir des Kebs. Il se fait régulièrement dire qu’il vient d’un peuple de loosers. Bref, c’est terrible au point où il rêve qu’on déménage dans un endroit où pourra être fier de son identité. »
Audrey Martin-Turcotte, une étudiante, témoigne dans Le Devoir: « J’ai étudié à l’école secondaire Saint-Maxime, à Laval, de 2000 à 2005, et je confirme que le mépris pour la culture québécoise était bien présent et majoritaire, même à cette époque. Les Québécois de souche y étaient marginalisés. Ayant adopté des comportements d’adaptation et des mécanismes de protection, je me suis imprégnée des autres cultures, jusqu’à ce qu’elles fassent partie intégrante de mon identité de jeune femme.
J’ai pensé toute ma vie que je devais refouler mon identité québécoise, ma culture, mes valeurs et mes racines parce qu’elles étaient honteuses. Combien de fois on m’a dit » Toi, tu es cool ! Tu n’es pas une vraie Blanche ! », et moi, naïve et en quête d’acceptation sociale, je percevais ce commentaire comme un compliment.»
Au collège Saint-Sacrement de Terrebonne
Un parent: « Dans une classe de secondaire 1 il y a 35 élèves, de ce nombre 7 sont Québécois de souche. À la moindre occasion, ces élèves se font traiter de racistes. Le groupe dominant ne se gêne pas… Les parents n’osent pas trop se plaindre et la direction marche sur des oeufs car si des interventions se passent, certains parents arrivent à l’école avec leur avocat. Y a-t-il une issue? Où allons-nous ? »
L’anglais entre francophones à Québec
Plus surprenants sont des témoignages d’enseignants de la vieille capitale. Gabriel Coulombe enseigne au cégep Garneau. Il écrit sur X: «Dans les couloirs, les conversations entre les élèves glissent très fréquemment vers l’anglais. Contrairement à ce que certains pourraient croire, ce phénomène n’est en rien réservé aux personnes issues de l’immigration et/ou ayant une langue autre que le français comme langue maternelle. Le plus souvent, il s’agit visiblement de Québécois « de souche », qu’on peut facilement reconnaître en raison de leur accent et de leur apparence. Précisons qu’il n’est pas question ici d’intégrer des mots/expressions anglaises aux échanges, mais bien de discuter exclusivement en anglais. J’ai remarqué ce phénomène pour la première fois il y a 3-4 ans, et ça demeurait exceptionnel. Actuellement, je le constate pratiquement tous les jours.» Steve Laflamme renchérit: «J’enseigne au cégep de Sainte-Foy, juste à côté, et je remarque le même phénomène… même dans mes classes, alors que j’enseigne le français…» (Notez, ils ne disent pas que l’anglais est prédominant dans les corridors, ils disent que ces conversations en anglais sont de plus en plus fréquentes.)
Les Kebs et l’accent arabe
Rémi Villemure, suppléant à l’école secondaire secondaire Daniel Johnson (dans le nord de la ville) m’écrit avoir assisté à des scènes qui confirment l’esprit de la chronique. Notamment, «Des jeunes garçons et filles blancs qui adoptent tous (presque sans exception) l’accent arabe, devenu la norme désormais. […] L’emphase sur les A (prononcés Â) mêlée à des expressions comme Wesh, la hess, Wallah. Ex : wallah je le jure mâdâme.»
Cette autre grand-mère, Francine Lagacé, de Laval, parle de son petit-fils de 16 ans aujourd’hui en quatrième secondaire. «Vous savez quoi? Il parle avec un accent arabe! Eh oui, il n’y a pas assez de Québécois à l’école pour que les enfants prennent notre accent, c’est le contraire qui se produit. Il me dit que s’il parle [avec l’accent] québécois, il se fait niaiser!»
Le glissement identitaire des francophones est relevé aussi par Simon Brodeur, enseignant et père: «Depuis le début du secondaire, j’ai vu mes garçons changer d’accent et de vocabulaire et s’identifier progressivement en tant qu’hybride plutôt que comme Québécois pour survivre à leur environnement social: pour s’intégrer dans leur nouveau milieu. J’ai dû travailler fort pour leur faire prendre conscience de la force civique, culturelle, professionnelle et industrielle des Québécois.»
Sur les tensions entre élèves issus de l’immigration et les natifs, Brodeur écrit: «Ce que vous mentionnez comme type d’interaction à l’école secondaire est tout à fait véridique et je l’ai observé moi-même. J’ai enseigné dans des écoles montréalaises et je travaille maintenant au cégep comme conseiller pédagogique depuis presque 10 ans, au centre-ville (cégep du Vieux-Montréal). Les tensions et les intolérances sont présentes, mais ce qu’il y a de nouveau est que les « Kebs » sont considérés comme un sous-groupe parmi les autres, un sous-groupe qui émane d’une majorité dominante, mais qui est stigmatisé par les minorités en situation de majorité par quartier, dans la métropole.»
Des contre-exemples
Il y a quelques contre-exemples, y compris à Regina Assumpta. André Campagna m’écrit que son neveu et un de ses copains de quatrième secondaire, en classe d’histoire d’un professeur des plus appréciés, «ont tenu un discours pour l’indépendance du Québec, lequel fut suivi des applaudissements des élèves, majoritairement issus de l’immigration, et des félicitations du professeur.»
Un enseignant de deuxième secondaire témoigne avoir mis en place «un jeu démocratique où les élèves incarnent des députés québécois. Grâce à cette approche, j’ai constaté que les élèves affirment de plus en plus leur citoyenneté québécoise, tout en restant fiers de leur pays d’origine.»
Le journaliste Michel Arsenault écrit dans Le Devoir: « Depuis la rentrée scolaire jusqu’à la grève des enseignants, j’ai pu constater que la lingua franca de l’école Amos [Montréal Nord], qui accueille des raccrocheurs de 16 à 20 ans, était bien le français. Les élèves, presque tous d’origine étrangère, parlent parfois le créole, l’espagnol ou l’arabe entre eux, mais jamais l’anglais.
La culture québécoise, loin de faire rire, y suscite la curiosité : les élèves ne la connaissent pas. Dans une classe de français, j’ai entendu une fille demander en toute candeur ce qu’était le joual. Réponse de la prof : « C’est un peu comme le créole. C’est un langage, une forme d’affirmation, de contestation. C’est identitaire. C’est très important dans l’identité québécoise. » Réaction d’un garçon : « Si on fait l’oral en joual, est-ce qu’on aura des points en plus ? » C’était une plaisanterie, pas une moquerie. »
Des tentatives d’explication
Un enseignant du secondaire ayant œuvré pendant 35 ans en milieu très multiculturel estime qu’une partie du mépris vient du fait que «souvent, les enfants d’immigrants ont des parents très scolarisés, mais se retrouvent ici à vivre dans des quartiers défavorisés et côtoient des gens souvent bien moins scolarisés.»
Luc Mercier, qui enseigne Actualité et géopolitique internationales en cinquième secondaire au Collège Durocher Saint-Lambert, souligne que les adolescents «sont des experts pour identifier et exploiter les failles. Un ado, même s’il ou elle se sent Québécois, va difficilement s’identifier à une société qui ne se considère pas elle-même. Au mieux, il va se taire alors que le discours majoritaire vocifère l’inverse sans gêne. Les ados sont avant tout motivés par le jugement des leurs pairs, rien de plus. Cette réalité est très difficile à saisir pour l’adulte moyen qui a un souvenir, disons édulcoré, de sa propre adolescence. […] Les ados sont un excellent baromètre des sentiments enfouis d’une société. Lorsque la société québécoise n’aura pas honte de parler d’elle et de s’affirmer, les ados suivront.»
De la difficulté à se faire reconnaître comme Québécois
J’ai reçu deux témoignages de Québécoises d’origine française:
« Je suis française d’origine, arrivée à Montréal à 18 ans il y a 35 ans. À l’UQAM je me suis fait ma communauté d’amis et dans l’élan de ce pays neuf qu’était le Québec j’ai voté oui en 1995. Loyale à ma communauté, j’ai un peu boudé la culture anglo, et ai eu la chance grâce à mon travail de m’offrir un post doc en culture et histoire québécoise; j’ai eu la chance en travaillant dans le milieu culturel de rencontrer les plus grands: Ferland, Léveillée, Carle, Reno, Charlebois, Forcier, Daudelin, Bélanger, Leloup, Tremblay, etc. Ai épousé un écrivain québécois.
Je ne me suis jamais sentie Française, je suis Québécoise. Ou plus précisément Montréalaise. Mais 35 ans plus tard, je n’ai pas réussi à perdre mon accent, ce n’est pas que je n’ai pas essayé! Alors dès que j’ouvre la bouche devant des inconnus, on me demande pour combien de temps je suis en vacances, et quand je parle un peu plus, on me regarde et se demande comment je n’ai pas en tant de temps réussi à m’intégrer, et je me fais souvent traiter avec mépris par des gens qui n’ont pas le 10e de ma culture québécoise…
Peut-être que c’est pour ça que certains ne se sentent pas kebs… La frilosité face aux non de souche est très souvent rébarbative…»
Une collaboratrice du Devoir, Karine Varela, m’écrit de même:
« Française installée depuis presque 10 ans au Québec, je vis tout ce que vous décrivez. Une fille au primaire avec aucun enfant de parents nés au Québec dans sa classe, une autre au secondaire privé à Reine-Marie (les enfants parlent français plus qu’à Regina, me semble-t-il, pour avoir posé la question). Je suis dans le quartier Villeray, populaire.
Je sors avec un souverainiste depuis quelques années et c’est votre conclusion qui est la plus juste. Je commence à me sentir québécoise, mais cela prend du temps. Une immigration est un lent processus. Nous sommes dans un environnement francophone, je fais très attention à expliquer l’importance de la langue.
Mais nous avons aussi besoin que le Québec nous intègre. Je ne veux pas vous résumer le nombre de fois où j’ai été ramenée à mon statut de Française. Je me demande si mon sentiment d’appartenance n’a pas vraiment émergé quand j’ai commencé à sortir avec un Tremblay. Réussir ce parcours est un long cheminement et chacun de nous a un rôle à y jouer, l’immigré et le pays d’accueil. »
Vous pouvez m’écouter lire ce texte, dans ma balado, avec un bonus, en cliquant sur l’image:
Il a fait son apparition dans le débat public en 2011, cosignant un ouvrage choquant. Le malotru utilisait des chiffres probants pour crever un dogme. Le livre s’intitulait Le remède imaginaire(Boréal). Le dogme qu’il trucidait était celui de l’immigration comme solution à la pénurie de main-d’oeuvre et au vieillissement de la population et comme levier pour l’enrichissement. Les études existantes, osait-il affirmer contre l’avis unanime des gouvernements, du patronat et d’associations de gauche, démontrent que ce n’est tout simplement pas le cas. L’immigration peut avoir d’autres vertus, mais pas celles-là.
Treize ans plus tard, les constats des auteurs Benoît Dubreuil et Guillaume Marois ont fini par percoler dans le débat public, même si les zones de résistance perdurent. L’économiste Pierre Fortin a mis à jour le consensus scientifique dans ses propres publications, y compris dans un rapport de 2022 pour le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ). Il vient d’ailleurs de surenchérir. Analysant les dernières données disponibles des pays du G9 et de quatre provinces canadiennes, il conclut dans cette étude que « l’immigration contribue surtout à modifier la répartition de la pénurie entre secteurs de l’économie, mais qu’elle ne produit pas de réduction globale significative de la rareté de la main-d’oeuvre. Dans les cas étudiés, elle paraît au contraire l’avoir aggravée ». Ouch !
Benoît Dubreuil est un récidiviste. Désormais commissaire québécois à la langue française, il a utilisé le même outil — sa maîtrise des chiffres — pour dégonfler une autre baudruche : l’efficacité de la francisation pour renverser le déclin du français. « On a accumulé un passif, a-t-il expliqué, dans le sens où les gens qui sont arrivés au cours des dernières années, même si on voulait avoir des classes de francisation pour tout le monde, on n’y arriverait pas. Et même si on avait des classes de francisation, il faudrait avoir des incitatifs financiers beaucoup plus forts pour amener les gens à s’inscrire et pour amener les gens à y mettre un nombre d’heures conséquent. »
On a beau doubler, tripler, quintupler les budgets de francisation, la cible est simplement inatteignable. C’est comme vouloir mettre le lac Saint-Jean en bouteille. On peut, comme le fait la ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Christine Fréchette, proclamer qu’on fait des progrès considérables, le niveau du lac ne bouge pas, et les rivières continuent de s’y déverser.
« Une majorité d’immigrants temporaires [ne parlant pas français] ne s’inscrivent pas aux cours de Francisation Québec, et ceux qui y obtiennent une place n’y consacrent pas suffisamment de temps pour dépasser le niveau débutant », dit Dubreuil. Le gouvernement de la CAQ a l’impression d’avoir frappé deux grands coups en exigeant l’obtention d’un niveau 4 (sur 12) pour renouveler les permis de travail après trois ans et d’un niveau 5 pour les étudiants en fin de premier cycle de McGill et de Concordia venant de l’extérieur du Québec.
« Moi, a dit Dubreuil devant les journalistes mercredi, un diplômé qui a un niveau 5, je ne l’embauche pas, OK ? Puis, je connais quand même pas mal l’apprentissage des langues, là. On ne peut pas prendre la personne puis la mettre dans une réunion de travail, on ne peut pas la mettre ici dans la salle puis penser que la personne va comprendre ce qui se passe. » On ne peut pas non plus l’inviter à souper. Le niveau 8, pour lui, devrait être visé « de façon générale pour assurer une intégration sociale ».
On est loin du compte, car l’afflux de travailleurs temporaires, calcule-t-il, a un impact majeur sur l’augmentation de l’utilisation de l’anglais au travail. Entre 2011 et 2023, le nombre de salariés utilisant principalement l’anglais a bondi de 40 %. C’est sans précédent, explique-t-il (mais il semble oublier la Conquête, puis l’afflux de loyalistes fuyant la révolution américaine). Reste que son évaluation est en deçà de la réalité, car il n’a pas les données pour les arrivées de 2024. Et c’est évidemment concentré à Montréal, où le gain anglophone est le plus fort et crée une spirale de l’anglicisation de l’immigration.
« La plupart des gens qui ne parlent pas français au Québec sont en immersion anglaise. Donc, si vous arrivez, vous connaissez bien l’anglais, vous êtes en immersion anglaise à temps plein et vous faites du français trois, quatre, cinq heures par semaine. Si je reviens vous voir un an, deux ans, trois ans plus tard, quelle va être votre langue forte ? Celle que vous allez privilégier dans un environnement comme celui de Montréal où, dans les faits, il n’y a pas beaucoup de contraintes à l’utilisation d’une langue plutôt que l’autre ? » La langue de Shakespeare, évidemment.
C’est donc, je le suppose, pour sortir les décideurs de leur torpeur qu’il a évalué la somme que tous les intervenants — gouvernement, entreprises, immigrants — devraient investir pour franciser correctement les immigrants temporaires arrivés avant la fin de 2023 : près de 13 milliards de dollars. Or, cette somme n’inclut ni le coût de francisation des résidents permanents qui ne parlent pas le français, ni celui des 32 % d’Anglo-Québécois qui ne le parlent toujours pas près d’un demi-siècle après l’adoption de la loi 101, ni celui des 25 % d’allophones qui ne le parlent pas non plus, ni même celui des immigrants temporaires arrivés après le 31 décembre 2023.
On peut certes mieux franciser des immigrants qui ont fait l’effort, avant de venir ici, d’acquérir des bases. Mais sinon, la francisation comme solution au déclin linguistique est un mirage. Une inaccessible étoile. Un fantasme dont la réitération rituelle par le patronat, ainsi que par les élus libéraux et solidaires, fait écran au réel et laisse place à la dégradation de la situation.
Je ne doute pas un instant de la volonté de François Legault et de plusieurs membres de son équipe de laisser en héritage la fin du déclin. Et il est indubitable que plusieurs des mesures annoncées depuis six ans sont courageuses, inédites et structurantes. J’ai bon espoir que le plan que déposera bientôt le ministre de la Langue française, Jean-François Roberge, inclura des éléments positifs.
Mais c’est le drame de ce gouvernement d’avoir simultanément présidé, d’abord par inconscience — il n’a pas vu venir la hausse des immigrants temporaires —, ensuite par laxisme — il fut informé de la perte de contrôle dès 2021 —, à ce grand phénomène d’anglicisation de l’ère moderne. Réagissant jeudi au dépôt du rapport, la ministre Fréchette a invité Ottawa à « sortir de sa bulle » en ce qui concerne l’inégale répartition géographique des demandeurs d’asile. Bien. Mais au sujet de l’impact anglicisant des immigrants temporaires, elle semblait confortablement campée dans la sienne.
Le saviez-vous ? Avant qu’Isaac Newton ne découvre la gravité, tout le monde prenait les choses à la légère. La boutade s’applique superbement à la soudaine épiphanie de membres du gouvernement Trudeau face à l’immigration.
« Je crois que personne n’a besoin d’un briefing pour comprendre que, s’il y a plus de gens qui ont besoin de se loger, cela va avoir un impact sur la situation du logement », affirmait cette semaine l’un des architectes de l’immigration massive trudeauiste, car jusqu’à récemment titulaire de ce portefeuille, Sean Fraser, mais qui, depuis l’été, est puni par là où il a péché, car il est désormais ministre du Logement.
Son successeur, Marc Miller, est allé jusqu’à déclarer que le pays avait « perdu le contrôle » du nombre d’étudiants étrangers au pays, mais que cet état de fait était la responsabilité des provinces, dont certaines tolèrent la présence sur leur territoire de ce qu’il a appelé des « puppy mills ». En français, il s’agit d’« usines à chiots ». Il parle de ces écoles privées qui sont des usines à diplômes de qualité incertaine, délivrés dans un temps record à des étudiants pour beaucoup venus de l’Inde et de la Chine, et qui leur donne, selon les généreuses règles en vigueur, un accès rapide à la citoyenneté.
Une des meilleures recettes de la mauvaise foi politique est d’identifier, à l’intérieur d’un problème majeur, un élément réel, mais secondaire, et de faire semblant qu’en s’y attaquant, on prend l’enjeu de front. Car, au fond, les membres du gouvernement Trudeau pensent-ils qu’avoir haussé à un demi-million par an le nombre d’immigrants permanents est excessif ? Non.
« Les Canadiens sont presque unanimes dans leur appui à l’immigration. C’est un avantage extraordinaire. Nos seuils actuels d’immigration permanente sont ceux dont on a besoin pour notre économie », a déclaré sans rire Justin Trudeau. Tous les sondages récents démontrent au contraire que l’appui des Canadiens aux seuils d’immigration connaît une chute historique. Près des trois quarts jugent — avec sagesse — qu’il faut réduire les seuils au moins le temps que se résorbe la crise du logement. Si la tendance se maintient, il y aura bientôt unanimité.
Le festival du sophisme
Peut-être pense-t-il que les milieux d’affaires torontois, qui ont plaidé pendant des années pour une augmentation de l’immigration et qui alimentent sa caisse électorale, sont toujours avec lui. Pas selon leur Pravda, le Financial Post, qui résume ainsi le consensus ambiant : « La décision du premier ministre Justin Trudeau d’augmenter considérablement l’immigration […] sans fournir un soutien adéquat a créé une longue liste de problèmes économiques, notamment une inflation plus élevée et une faible productivité. » L’économiste en chef de la Banque TD, Beata Caranci, résume la chose ainsi : Trudeau « screwed up ».
Comment le jugement du premier ministre peut-il être aussi éloigné du réel ? Les solutions, explique-t-il en empirant son cas, sont à portée de main : les 500 000 permanents par an peuvent trouver à se loger, prétend-il, pour peu que les universités dénichent des logements pour leurs étudiants internationaux et les entreprises pour leurs travailleurs temporaires. Il suffisait d’y penser. Car dans l’univers trudeauiste, il y a trois marchés distincts du logement. Incrédule ? Rappelons qu’on parle d’un homme qui, ayant obtenu pour ses vacances en Jamaïque un hébergement d’une valeur de 84 000 $, a déclaré que, « comme énormément de familles canadiennes, on est allés rester chez des amis pour les vacances de Noël ».
On s’ennuie du temps où il débitait des phrases creuses. Car ses nouvelles déclarations sont pires : fausses. Il continue à affirmer qu’il nous faut davantage d’immigration pour résoudre les pénuries de main-d’oeuvre. Mais puisque le Canada a reçu plus de deux millions d’arrivants en deux ans, ne devrions-nous pas avoir réglé le problème et être en surplus de main-d’oeuvre ?
L’économiste Pierre Fortin a conclu de la revue de la littérature scientifique récente que cette conclusion « n’est rien d’autre qu’un gros sophisme ». Chaque immigrant qui pourvoit un emploi requiert la création d’un autre emploi pour lui fournir tous ses services. Idem pour la prétention que l’immigration nous enrichit (l’impact est non significatif) ou nous rajeunit (même résultat). On continue cependant à entendre politiciens, patrons et commentateurs répéter ces sornettes.
Pour entrer dans le détail, disons qu’il est vrai que, si on déverse un million de Chinois au Québec ayant chacun 1000 $ en poche, le PIB va croître d’un milliard. Si vous êtes un PIB, c’est la joie. Si vous n’êtes pas un PIB, c’est moins drôle. Et s’il s’agissait d’éviter un déclin démographique en maintenant la croissance récente de la population du Québec, le démographe Marc Termotte a conclu qu’il ne faudrait, pour ce faire, toutes catégories comprises, que 58 000 immigrants par année, plutôt que les 580 000 actuels — les 55 000 permanents et les 528 000 non permanents. Donc, le dixième.
Les sophismes sur les bienfaits de l’immigration ne seraient que du bruit de fond si les conséquences ne devenaient pas si graves, pour le logement, l’éducation — 1500 classes d’accueil supplémentaires au Québec — et, au bout du compte, l’explosion de l’itinérance.
Difficulté cognitive
Des esprits tordus prétendent que la difficulté cognitive des libéraux fédéraux en matière d’immigration tient à cette information, rapportée dans Le Soleil par Hélène Buzzetti : « À leur dernier congrès, le sondeur Dan Arnold a révélé que les électeurs nés à l’extérieur du Canada sont les plus susceptibles de voter libéral. Leur niveau d’appui au Parti libéral a dépassé celui des non-immigrants par 8 points à l’élection de 2015, par 13 points en 2019 et par 19 points en 2021 . » Réduire le flot d’entrées de cette manne électorale est un pensez-y bien, surtout pendant une traversée du désert.
François Legault a de son côté utilisé la formule Miller : identifier une partie du problème et faire comme s’il s’agissait de l’essentiel. Le trop-plein de demandeurs d’asile, écrit-il à Trudeau, ne peut plus durer. Certes. Mais Legault a toujours eu le loisir de limiter le nombre d’étudiants étrangers et de travailleurs temporaires sur son territoire. Il a choisi de ne pas le faire. Sa ministre Christine Fréchette se plaint qu’une bonne part des immigrants temporaires ne sont que du ressort d’Ottawa. Mais c’est parce qu’elle refuse d’invoquer l’entente Canada-Québec sur l’immigration pour exiger d’en avoir le contrôle.
C’est le malheur particulier des Québécois d’être en ce moment gouvernés à Ottawa par des trudeauistes qui prennent leurs lubies de grandeur postnationales pour des vérités et à Québec par un premier ministre qui avouait en campagne électorale ne pas être « un génie en herbe de l’immigration ». Cela paraît.
Paul St-Pierre Plamondon a beau jeu de pousser ce cortège de sophistes dans leurs contradictions, et d’éclairer combien la passivité de la Coalition avenir Québec (CAQ) est navrante et combien le projet canadien est contraire, non seulement à nos intérêts, mais à la simple bonne gestion de nos affaires. Il semble être le seul à comprendre la gravité de l’enjeu. Il mérite donc, pour cette semaine, le prix Isaac Newton.
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