Salvador Dalí, La Poune, Duplessis… avant la pause (intégral)

C’est fou tout ce qu’on trouve quand on cherche quelque chose et qu’on ne trouve pas ce qu’on cherche. Depuis près de trois ans, je fouille les archives et les biographies pour alimenter un projet dont je vous parlerai en fin de chronique. Chemin faisant, je tombe sur des trucs étrangers à mon propos, mais que je brûle de partager avec vous. En voici trois.

Dalí et René Lévesque. Pendant les années 1970, le très estimé journaliste et éditeur Alain Stanké rencontre Salvador Dalí. S’avisant qu’il s’adresse à un Québécois, Dalí lui dit : « Vous connaissez sûrement ce petit monsieur, qui était ministre des Ressources naturelles chez vous, au Qvééébec, un Certain Rrrénéé Levesquez ? Il est venu me voir un jour à New York pour me demander de créer une immmmmmensssse fresque pour votre grand barrage qui s’appelait, je crois, Manic ou Manix. »

Dalí raconte s’être aussitôt mis au travail sur une maquette de cette oeuvre qui devait couvrir les grandes arches de Manic 5. Elle s’appelle, disait-il, La mort du Poisson, pour signifier que l’humanité était à la fin de l’ère du Poisson et au début de l’ère du Verseau. C’eût été, pensaient Lévesque et Dalí — selon ce dernier —, « la huitième merveille du monde ».

La Presse du 23 février 1965.

Il n’existe aucune trace de ce projet dans les archives de René Lévesque ou dans celles d’Hydro-Québec. Mais ni M. Stanké ni M. Dalí n’ont divagué. Un article de La Presse de février 1965 en fait état (en une !). J’ai tenté d’avoir une photo de la maquette de la part du musée Dalí à Figueras. J’attends la réponse, je vous tiens au courant.

L’anecdote est relatée dans un charmant ouvrage de Stanké, Émerveillements (Éditions La Presse, 2021). Je ne peux me retenir de relayer deux citations que l’auteur a mises en exergue : « Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles, mais uniquement par manque d’émerveillement » — Chesterton ; « C’est une grande preuve de médiocrité que d’admirer modérément » — Guitry.

Giscard et La Poune. Dans son jeune temps, l’alors futur président français Valéry Giscard d’Estaing était enseignant au collège Stanislas de Montréal, en 1948. Il avait rencontré les jeunes étudiants Pierre Elliott Trudeau et Gérard Pelletier. Il était allé voir (avec eux ? ce n’est pas clair) La Poune au Théâtre national. « J’étais un peu surpris, a-t-il raconté, lorsque dans ce petit théâtre j’ai vu s’avancer sur la scène votre grande comédienne La Poune et dire : “Comtesse de la Tour Fondue, faudra-t-il longtemps que je vous botte le…”  »

Giscard l’a mal pris. Pas à cause de la vulgarité, mais parce qu’il a lui-même une lointaine cousine qui se nomme comtesse de la Tour Fondue. Le père Ambroise Lafortune raconte l’anecdote dans Par les chemins d’Ambroise (Leméac, 1983). Il la tient de Giscard qui, ajoute-t-il, « avait donc cru qu’on se moquait de lui, qu’on avait tramé un complot ». La Poune avait dû voir ce nom (se prêtant à la moquerie) dans le carnet mondain et raconter la même blague chaque soir.

La jeune chanteuse et Duplessis. Vous avez lu comme moi dans l’admirable Kukum (Libre expression, 2020) comment la grand-mère de l’auteur Michel Jean avait fait le pied de grue devant les bureaux de Maurice Duplessis pour se plaindre du mauvais traitement infligé aux siens dans sa réserve. Un récit moins poignant mais cocasse met en scène une chanteuse qui, dans la jeune vingtaine, au début des années 1950, souhaitait décrocher une bourse pour s’imprégner de la culture avant-gardiste parisienne et suivre des cours d’art dramatique.

Le principal distributeur de bourses au Québec à l’époque était Maurice Duplessis — qui décidait personnellement d’absolument tout. Il se trouve que le père de la chanteuse en herbe était l’arrière-petit-cousin du grand homme. La cinéaste Pascale Ferland raconte la suite dans le tout récent Figures marquantes de notre histoire, vol. 2. Lutter (Vlb, 2024) :

« Elle se rend au Parlement à Québec et se joint à une visite guidée. Apercevant la porte entrouverte du bureau du premier ministre, elle s’extirpe du groupe et se dirige vers le lieu convoité, mais un agent lui barre le chemin. [Elle] ne se laisse pas faire. Elle se met à argumenter, évoquant ses liens de parenté avec les Le Noblet Duplessis, jusqu’à ce que le premier ministre, curieux, l’invite à entrer.

En exposant les raisons de sa visite, [elle] fait rire Maurice Duplessis, au point où celui-ci lui accorde finalement une bourse de 1000 dollars [une valeur de 11 500 $ aujourd’hui]. »

Je ne vous ai pas encore dit son nom : Pauline Julien.

Un grand projet

J’en ai plein d’autres à vous raconter, mais je les garde pour mon prochain ouvrage. Et c’est ici que je dois vous annoncer, à contrecoeur, que je prends congé de vous pendant quelques mois pour m’immerger dans la recherche et la rédaction d’un passé qui me passionne et que je veux partager avec vous : l’histoire parallèle des deux plus grands hommes politiques de notre histoire récente, René Lévesque et Pierre Elliott Trudeau. Voici comment je résumerais, à grands traits, ce qui m’attire dans ce couplage détonnant, et ce que je peux déjà vous en dire.

Ils sont nés à trois ans d’intervalle et à 700 km de distance, au lendemain du premier conflit mondial. Sans se connaître, d’abord, ils ont partagé la même soif de savoir, de voyage, de dépassement. Le même goût pour l’irrévérence, pour les pieds de nez aux puissants, aux corrompus, aux repus.

Au seuil de la Révolution tranquille, ils se sont reconnus dans un combat commun contre la corruption et la médiocrité duplessiste. Ils se sont flairés, mesurés, bousculés l’un l’autre dans des années de grande intensité où il leur fallait imaginer l’avenir, le leur et celui de leur nation. Ils se sont soutenus dans les balbutiements de leur engagement politique. Ils ont ensuite conçu et incarné chacun une trajectoire de sortie de l’impasse québécoise. Cela allait les conduire à diriger la nation qu’ils incarnaient, québécoise pour l’un, canadienne pour l’autre.

Ils allaient ainsi s’opposer dans des combats entraînant des millions de personnes et marquant à jamais l’histoire de leurs contemporains. Ils sont morts à treize ans d’intervalle et à quelques kilomètres de distance, au crépuscule d’un siècle qui porte désormais leurs signatures.

J’espère vous présenter mon premier tome (ben oui, chose, il y aura plus qu’un tome !), Lévesque / Trudeau. Leur jeunesse, notre histoire (La boîte à Lisée 2025) à mon retour en avril.

(Ce texte a été publié dans Le Devoir.)

Cette chronique a suscité chez quelques-uns de mes lecteurs des informations supplémentaires fort intéressantes.

Sur Dali et la Manic.

André Sirois, ancien journaliste et avocat auprès de l’ONU m’écrit:.

« J’ai connu Dali en 1968 à New York où j’allais régulièrement voir mon amie qui était journaliste à Life Magazine.

Elle avait, dans son entourage, certaines personnalités très, très connues avec lesquelles elle avait développé une amitié solide. Et, par la force des choses, j’ai connu plusieurs de ces personnalités qui venaient chez elle prendre un thé ou un verre le dimanche après-midi alors que je m’y trouvais aussi.  Entre autres, Dali que je trouvais intelligent, amusant et exubérant. Toujours est-il qu’il m’a dit qu’il voulait me parler et m’a proposé de venir prendre un verre avec son assistant à l’hôtel Saint-Régis où il habitait. Il me demanda si je ne voulais pas l’aider pour un projet au Québec, un projet de murale pour la Manic. Tous les deux se mirent à me décrire le projet qu’il avait déjà envisagé, en me montrant des esquisses. Personne n’a parlé de René Lévesque et de son offre, que j’ai apprise dans votre article, mais je pouvais voir qu’ils étaient solidement documentés. D’après ce que j’ai compris, Dali avait déjà un bon début de projet. Il ne s’agissait pas d’une idée en l’air comme bien d’autres dont je l’avais entendu parler. Il m’a dit clairement qu’il s’adressait à moi parce qu’il savait que j’étais journaliste (au Devoir) et que je devais avoir des contacts et certains accès. Un peu étonné et perplexe, je leur promis de tâter le terrain et de faire mon possible.

De retour à Montréal, je m’adressai à Marcel Couture, fameux directeur des communications à Hydro-Québec, que je connaissais un peu et avec lequel j’avais de bonnes relations. Couture se montra poli et réservé. Il ne me parla pas de Lévesque ou d’une quelconque autre version de ce projet. Je le relançai à quelques reprises pour tenter de le convaincre que l’affaire était vraie et semblait sérieuse. Mais il me donnait l’impression de ne pas être convaincu de mon histoire et de ne pas oser me dire que j’étais un farfelu qui lui faisait perdre son temps. Par ailleurs, je répétai quelques fois à Dali que je faisais des démarches sans beaucoup de succès. L’autre possibilité aurait été évidemment que je fasse un article pour Le Devoir, mais Ryan ne semblait pas intéressé et je ne voulais sûrement pas risquer mon emploi et ma réputation professionnelle pour une histoire qui, il faut le reconnaître, paraissait bien farfelue.  L’affaire mourut de sa belle mort.

C’est seulement, récemment, quand Alain Stanké a publié son livre que j’ai appris, avec grand plaisir, qu’il y avait au moins un autre témoin de ce projet et qu’il y avait peut-être quelque chose de plus solide que ma petite anecdote. »

Et puis: « Vous avez bien raison de vous adresser au Musée Dali, mais d’après le souvenir que j’en ai il y a plus d’un musée Dali et les archives pourraient se retrouver ailleurs, et il faudra tenir compte des nombreux vols dont les proches de Dali se sont rendus responsables. Reste donc à savoir où se trouveraient les documents concernant la Manic. Cependant, la bonne nouvelle c’est que des documents existaient: je me souviens très bien que, lors de notre première rencontre à ce sujet, l’assistant de Dali avait tout un dossier et des plans montrant le projet de Manic 5 qu’il a agités devant moi. N’étant pas ingénieur, je ne m’y suis pas vraiment intéressé, je dois dire.  Ces documents pourraient donc se trouver quelque part et, avec un peu de  chance, des esquisses de Dali pour ce projet. »

La Fondation Salvador Dali

J’ai interrogé la Fondation sur l’existence de cette maquette. J’ai reçu cette réponse:

Bonjour M. Lisée, merci de nous avoir contacté.

Nous avons recherché dans nos archives mais nous n’avons pas trouvé d’évidence documentaire de cette maquette. Désolées de ne pas pouvoir donner suite à votre demande.

Cordialement,
Imma Parada Soler
Comunicació i Protocol
FUNDACIÓ GALA-SALVADOR DALÍ

Sur La comtesse de la Tour Fondue.

Geneviève de la Tour Fondue

Plusieurs m’ont écrit pour dire qu’elle a existé, à Montréal, et qu’elle signait des articles dans La Presse et dans Le Devoir. Elle a même une page wikipedia ici.

Elle était effectivement parente, cousine, de Valery Giscard d’Estaing. Ce dernier n’en a pas longtemps voulu à La Poune, Rose Ouellet.

Voici ce que m’écrit la petite-fille de Mme Ouellet, Kathleen Verdon:

Pour nourrir vos découvertes de Giscard et La Poune voici quelques éléments :

1. Dans le livre de Philippe Laframboise, La Poune, paru en 1978, on retrouve sur les deux
premières pages qui précèdent la préface écrite par Gilles Latulippe :
Page de gauche – « À travers un message de RUFI, suivi d’un encadré avec photo de V. Giscard d’Estaing et, à côté de la photo le texte : Valéry Giscard d’Estaing Président de la République française rend publiquement hommage à notre chère et grande Poune ! »

Page de droite – André Rufiange, « Message à La Poune, Chère Mme Ouellette, (…) Ces civilités étant faites, chère Poune, je veux en arriver à ce que je voulais vous dire : Savez-vous que vous avez été l’une des vedettes préférées de l’actuel Président de la France ? Mais oui ! Et Valéry Giscard d’Estaing ne se gêne pas pour le raconter. Alors qu’il était jeune professeur au collège Stanislas, à Montréal – il y a belle lurette – Giscard passait ses soirées les plus gaies à aller vous applaudir au National. « C’était pour moi une façon très amusante de relaxer, après les cours», écrivait récemment le Président français dans une revue parisienne dont le réalisateur Louis Arpin, de Radio-Canada, possède une copie. D’ailleurs Arpin, qui a étudié à Stanislas, est lui-même un ancien élève

2. Souvenir personnel : V. Giscard d’Estaing demande des nouvelles de La Poune lors d’un voyage officiel de Robert Bourassa à Paris. Je n’ai pas retrouvé la source, mais ma mémoire est fidèle.

2.  Paris, le 14 septembre 1993.  Lettre de V. Giscard d’Estaing à M. Albert Guhur.  Extrait : (…) « Auriez-vous la gentillesse de lui transmettre l’expression de mon respectueux souvenir, et de mes vœux personnels à l’occasion de son 90ième anniversaire ?»  (…)
« PS : Je vous serais reconnaissant de bien vouloir m’envoyer l’adresse du domicile de Madame Rose Ouellette, afin que je puisse lui faire parvenir quelques fleurs de France en hommage.»

Faits alternatifs

Tout le monde s’y met. Les Russes ont tenté de faire croire aux Français qu’ils devraient payer une nouvelle taxe pour financer la guerre en Ukraine. Les Chinois ont voulu faire croire à leur diaspora canadienne qu’Erin O’Toole leur enlèverait leur passeport. ChatGPT est en proie à des « hallucinations » qui le poussent à donner d’excellentes mauvaises réponses à ses crédules utilisateurs.

Alors, pourquoi des chroniqueurs du Devoir ne s’y mettraient pas aussi ? Comme l’a dit un jour un grand sage de la radio de Québec : « Mieux vaut de la mauvaise information que pas d’information pantoute. » (Merci, Éric Duhaime.) Voici donc les meilleures fausses nouvelles qui me sont passées par la tête.

Clova souhaite honorer François Legault

La population de la petite ville de Clova, en Abitibi, réunie en assemblée municipale, a résolu d’offrir au premier ministre du Québec, non une clé symbolique de la ville comme on le fait traditionnellement, mais un « boyau symbolique ». « On a l’intention de lui faire une grande fête lors de sa venue, on est tous très motivés », a déclaré le président de ce qu’il est convenu d’appeler « la fête à Legault », Sylvain Laflamme.

Contacté, le chef de cabinet de M. Legault, Martin Koskinen, a déclaré qu’aucune date n’avait encore été trouvée dans l’agenda très chargé du premier ministre. Croyant avoir correctement raccroché son téléphone, M. Koskinen a été entendu en train de dire à un collaborateur : « Ils nous prennent pour des valises à Clova ! C’est sûr qu’ils nous attendent avec des boyaux pis des fanaux ! » Juste avant que la communication soit vraiment coupée, on l’a entendu dire « oh, tab… ». Rappelons qu’en juin, M. Legault avait affirmé « on va perdre Clova », annonçant que le feu allait raser le village. Il n’est pas impossible que les habitants l’aient mal pris.

Elon Musk à la rescousse de Pierre Poilievre

Le chef conservateur canadien demande à nouveau l’aide du milliardaire américain Elon Musk, qui avait cet hiver répondu positivement à son invitation d’afficher sur le fil de sa compagnie Twitter que la CBC — que M. Poilievre veut abolir — était « financée par le gouvernement ». Cette fois, l’équipe de Poilievre s’intéresse aux implants électroniques développés par une compagnie de Musk pour ajouter de la capacité cognitive aux humains.

Les stratèges conservateurs ont demandé si la technologie pouvait être adaptée pour ajouter « une touche de convivialité et une attitude plus attachante » à la personnalité de leur chef, en déficit constant sur ce plan. « Notre équipe scientifique tente de reproduire une version numérique de l’aspect attachant des chatons, des blanchons et de Ginette Reno, a expliqué le responsable de l’innovation chez Musk, Stein Franken. Cela ne nous paraît pas impossible. »

On note qu’à Québec, Simon Jolin-Barrette a manifesté un intérêt. L’équipe du milliardaire a cependant affirmé que l’état actuel de la science ne permettait pas de répondre à une autre requête de l’équipe Poilievre : lui implanter une dose d’autodérision. « Ce serait plus facile de coloniser la surface du soleil », a déclaré Musk.

Un sentiment d’urgence anime les stratèges de M. Poilievre, car la présidente de la CBC, Catherine Tait, dont le mandat vient d’être prolongé, a commandé pour diffusion avant le prochain scrutin fédéral un téléfilm biographique sur le chef conservateur. Mme Tait a confirmé avoir approché pour le rôle-titre Joaquin Phoenix. « Quand je l’ai vu jouer le rôle du Joker, a dit Mme Tait, je me suis dit qu’il serait parfait. » Elle a aussi indiqué avoir embauché pour son projet le maquilleur du film Joker.

Le Ku Klux Klan remet un prix à Justin Trudeau

Lors de son Congrès biennal, l’organisation raciste et antisémite Ku Klux Klan, qui s’est réunie en Alabama, a décidé de remettre au premier ministre canadien Justin Trudeau son prix du « meilleur blackface de la décennie ». Plusieurs photos montrant M. Trudeau en blackface lorsqu’il était plus jeune ont fait surface lors de la campagne électorale de 2019. Il s’en est excusé à plusieurs reprises. « Nous avons été franchement impressionnés, a déclaré le grand chef du Klan, David Duke, non seulement par la qualité du blackface, mais aussi par le nombre de cas recensés pendant sa carrière. » Le président du jury, Jim Lynch-Black, a renchéri : « Il avait de loin le meilleur dossier. Nous avons particulièrement aimé la vidéo où il est en blackface et imite les mouvements d’un singe. »

Cette décision survient paradoxalement au moment où l’actrice et productrice américaine Jada Pinkett Smith affirme s’inspirer de M. Trudeau pour son prochain projet. Mme Pinkett Smith s’est illustrée en ayant choisi de présenter Cléopâtre comme une femme noire dans sa série documentaire pour Netflix, alors que les historiens affirment que la reine d’Égypte était issue d’une famille grecque. « La photo de Trudeau en Aladdin noir a été pour moi une révélation », a confié la productrice, le jeune Justin ayant en effet choisi un maquillage très foncé pour se présenter en Aladdin lors d’une soirée où il semblait être le seul invité déguisé.

Aladdin est généralement décrit comme moyen-oriental. « Mon documentaire sur Aladdin établira que sa peau était noire, comme l’a compris M. Trudeau », a-t-elle dit, « mais j’irai plus loin dans la recherche de la vérité en démontrant qu’Aladdin était une femme noire », a-t-elle ajouté. À un journaliste qui lui demandait ce qu’elle répondrait si quelqu’un osait lui faire remarquer qu’Aladdin est un personnage de fiction, elle a dit : « Mon mari le giflera ! » (Son conjoint est Will Smith.)

Mariloup Wolfe annonce une série de films

Galvanisée par le succès critique de son dernier film, Coeur de slush, Mariloup Wolfe a annoncé qu’elle allait s’inspirer de la série de films autobiographiques de Ricardo Trogi — et de la série de François Truffaut sur son alter ego Antoine Doinel — pour offrir aux cinéphiles la possibilité de suivre l’évolution de son personnage sur plusieurs années. On la verra ensuite dans Veines de réglisse, où l’héroïne (avec jeu de mots) tombe dans l’enfer de la drogue. Ensuite, dans Poignées d’amour au chocolat, elle sera aux prises avec l’embonpoint. Puis, suivra Mordre l’aile ou la cuisse, pour lequel Maripier Morin pourrait reprendre le rôle. Après, Mon foie sans alcool, sur son ascension dans l’univers impitoyable des AA. Beauté plastique couvrira la période botox, Mme Wolfe ayant pour ce volet l’embarras du choix pour les actrices. Corps de calorifère traitera de l’enfer de la ménopause. Véronique Cloutier est volontaire pour reprendre, ici, le personnage. Cerveau en Jell-O, sur le déclin cogn­itif, viendra clore la série. La réalisatrice espère que Micheline Lanctôt sera toujours parmi nous pour tenir le rôle. (Nous aussi !)

(Ce texte fut d’abord publié dans Le Devoir.)

Pour en finir avec les ouragans !

On a appris que Donald Trump avait eu un éclair de, disons, sans-génie, en demandant si on pourrait repousser les ouragans en leur balançant une ou deux bombe nucléaire. Ses experts ont répondu non. Et on s’est payé sa tronche sur les internets.

Au moins, il cherche des solutions. Et, comme je l’ai écrit dans ce texte que je sors de mes archives, il n’est pas le seul à l’avoir fait.

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Il y a une dizaine d’années, le Pentagone a lui aussi eu une idée. Il voudrait dépenser 100 milliards de dollars pour empêcher des missiles nucléaires de nous tomber sur la tête, à nous, et par conséquence sur les ouragans. Mais la technologie n’a jamais été au point. Dans des tests, le Pentagone n’a réussi à arrêter que cinq (faux) missiles sur huit, même en trichant et en sachant exactement où et quand ils allaient passer.  C’est fâcheux car, comme le disait un slogan vu sur les pare-chocs il y a quelques années : « un seul missile nucléaire peut vous gâcher toute votre journée ».

Depuis que les missiles nucléaires existent, aucun d’entre eux ne nous a été envoyé. C’est sans doute que les expéditeurs potentiels, qui seraient immédiatement identifiés, seraient dans les 20 minutes qui suivent annihilés par la riposte américaine.

Cependant, le sol étasunien est maintenant régulièrement la cible de forces de destruction massive qui ne cachent ni leur provenance, ni leur détermination à perturber l’économie, le tourisme, les transports, et à empoisonner la vie  de centaine de milliers de citoyens innocents, dont un bon nombre de paisibles retraités.

Ces brutes font voler en éclat des villes entières, causent des centaines de millions de dollars de dégâts et tuent des milliers de personnes.

On connaît les auteurs de ces méfaits. On a leur photo, on a même leurs noms : Katrina, Irma, Dorian et les autres. (La désignation des ouragans se fait par ordre alphabétique, alternant des prénoms féminins et masculins. Un jour, à la lettre « D », le seul prénom encore disponible sera « Donald ».)

Dans la revue Scientific American, le professeur Ross Hoffman, financé par la NASA, a déjà formulé plusieurs suggestions pour arrêter ou contrôler ces ouragans. Ces méthodes ont le mérite d’être aussi coûteuses et, pour l’instant, d’une efficacité aussi peu prouvée que le bouclier anti-missile. Mais au moins, elles s’adressent à un danger réel.

D’abord, il faut lutter contre le mal à la source. Les ouragans se forment parce que la mer des Caraïbes et l’Atlantique jusqu’à la côte africaine ont une température plus chaude en fin d’été (et anormalement chaude avec le réchauffement…).

Premier remède : refroidir la mer. Malheureusement, même si  la marine américaine au grand complet traînait des dizaines d’icebergs du pôle sud vers les Caraïbes, la masse océanique à refroidir est trop grande : 1,7 millions de km2! On pourrait cibler les seuls endroits où les cellules orageuses se forment, soit 300 à 400 km2, mais même en larguant des icebergs, le mal est déjà fait quand la cellule apparaît.

Hoffman propose plutôt de réduire l’évaporation de l’eau en répandant sur les zones clés une mince couche d’huile biodégradable. Le procédé a déjà été utilisé sur des cultures. Difficile à utiliser pour prévenir la création d’ouragans (la zone est trop grande), l’huile  pourrait cependant être répandue sur leur trajectoire, les privant ainsi d’une partie de leur carburant. Si seulement les ouragans pouvaient ne pas constamment changer d’avis sur la route à suivre ! Évidemment il y a le détail de tout le fuel consommé par les avions devant répandre cette huile, provoquant une pollution qui alimenterait le réchauffement planétaire, lui-même accusé d’avoir augmenté la température de l’océan.

Parlant de pollution, Hoffman pense qu’on pourrait encadrer la trajectoire d’un ouragan en faisant passer des avions et leurs traînées de condensation (les lignes blanches) à des endroits stratégiques, réduisant sa marge de manœuvre. Si l’armée de l’air américaine est à notre disposition, pourquoi pas ? Ils doivent s’entraîner quelque part de toute façon.

Si rien de tout cela ne fonctionne, restent les grands moyens. L’ouragan se concentre grâce à la différence de température entre sa masse, plus chaude, et l’air ambiant, plus froid. Plutôt que de refroidir la mer, réchauffons l’air, dit Hoffman. Des miroirs solaires en orbite autour de la terre pourraient renvoyer la chaleur au bon endroit, soit pour affaiblir l’ouragan, soit pour en modifier le trajet. L’inconvénient de cette proposition est que ce réchauffement ponctuel s’ajouterait aux autres réchauffements, et on avait compris qu’il fallait, globalement, plutôt moins de chaleur que plus.

Ceux qui ont vu tous les James Bond ont constaté que des Nord-coréens fictifs pouvaient faire beaucoup de destruction massive avec un miroir en orbite. Mais l’avantage de la proposition est justement que Washington pourrait l’utiliser pour cibler les missiles nucléaires ! Après tout, la saison des ouragans ne dure qu’un temps.

(Ce texte est remanié de mon petit bouquin facétieux Troisième millénaire: bilan final ! Pour les intéressés, il est disponible ici.)


Un extrait de ma dernière balado:
La démission qui vous coûte 600 000 $

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Lire: Remettre votre vision du monde à l’endroit !

Factfulness

Saviez-vous qu’aujourd’hui, sur terre, 80% des enfants de moins de 1 an ont reçu au moins un vaccin ? Vous auriez dit beaucoup moins, non ? Moi aussi.

Saviez vous que l’extrême pauvreté dans le monde a été réduite de moitié depuis 20 ans. Je répète: réduite de moitié depuis 20 ans.

Et si l’homme de 30 ans, tous pays confondus, a reçu en moyenne 10 ans de scolarité, quelle est le chiffre pour les femmes de 30 ans ? Je n’aurais pas dit 9, un an de moins que les hommes. Vous non plus. À moins que vous n’ayez suivi ces dernières années, sur Ted Talks ou ailleurs, l’extraordinaire travail de redresseur de faussetés mené par le docteur Hans Rosling et sa petite équipe. (Ou que vous ayez compulsé les rapports statistiques de l’ONU.)

Il livre dans Factfulness (le titre a été gardé pour la version française, malheureusement, mais surmontons cet obstacle) le résumé de toute une vie de travail médical et scientifique sur le terrain et sur les données. Il est mort juste avant sa publication.

Rosling a développé une façon très imagé de représenter l’évolution mondiale. Comme dans ce graphique qu’on trouve sur son site gapminder.com. Les bulles représentent les pays. Avec le temps, plus ça monte vers le haut, plus l’espérance de vie est longue, plus ça va vers la droite, plus le revenu par personne est élevé. Les plus grosses bulles représentent les pays les plus habités, dont la Chine et l’Inde. (Vous pouvez cliquer sur les bulles pour faire apparaître le nom des pays.)

Cliquez sur la flèche et regardez jusqu’à la fin.

Il m’arrive très rarement d’accoler à un titre l’acronyme NPLCLALUTDMC (ne pas lire ce livre aurait laissé un trou dans ma culture), mais celui-ci le vaut amplement.

Les faits sont têtus, mais pour l’essentiel méconnus. Pour dix raisons qu’explique Rosling dans cet ouvrage extraordinairement facile d’accès. L’une est que nous avons gardé en tête des données qui sont caduques, tant le monde change rapidement. L’auteur nous semonce ici, avec raison:

« Il y a 20 ans, 29% des habitants de la terre vivaient dans l’extrême pauvreté. Aujourd’hui ? Le chiffre est 9%. Aujourd’hui, presque tout le monde s’est évadé de l’enfer. La source principale de la souffrance humaine est sur le point d’être éliminée. On devrait célébrer en grand ! »

Une autre cause de notre mauvaise perception de l’évolution du monde est que nous sommes programmés pour être pessimistes (nos ancêtres optimistes ont été éliminés du bassin génétique, entre autres dévorés par des bêtes sauvages dont ils pensaient qu’elles n’étaient pas dangereuses.)

Une autre est que nous voyons les choses en blanc et en noir, plutôt qu’en nuances de gris. Et s’il est vrai que les inégalités de revenus entre les ploutocrates (le 1% et le 0,1%) et le reste des terriens est en hausse fulgurante, cela cache une autre réalité: l’augmentation massive du niveau de vie de presque tous les citoyens de la planète.

Y compris dans les pays dictatoriaux. On pense à la Chine, bien sûr. Mais on peut parler aussi de l’Iran. Rosling a cette phrase:

« Seulement dans quelques pays, dirigés par des leaders exceptionnellement destructeurs ou accablés par de graves conflits, avons nous vu le développement s’arrêter. Partout ailleurs, même avec les présidents les plus incapables qu’on puisse imaginer, il y a eu progrès. C’est à se demander si les leaders ont de l’importance. Et la réponse est probablement non. C’est le peuple, la multitude, qui construit une société. »

 

Cliquez sur l’image pour le commander.

C’est fou, on ressort de la lecture du livre avec une appréciation complètement nouvelle de l’état du monde. Évidemment, Rosling nous parle du réchauffement climatique, qui l’inquiète énormément. Mais ce n’est pas son sujet principal. Lui qui a travaillé sur l’ebola mets d’ailleurs le risque de nouvelles pandémies mondiales au premier rang de ses inquiétudes pour l’avenir, la crise climatique ne venant qu’au second rang.

Pourquoi ? Parce qu’on « sait quoi faire », explique-t-il, pour amenuiser le réchauffement. Simplement, on ne le fait pas. Alors que nous ne saurons même pas quoi faire face à certains risques de contagion biologique. (Dans un remarquable passage, il explique comment les pays africains impliqués ont su contenir, jusqu’ici, l’ebola.)

Donc on est aux prises, après cette lecture, avec un sentiment paradoxal. Oui, le monde va beaucoup mieux qu’on ne le pensait. Mais il s’achemine à vitesse grand V vers une catastrophe climatique de grande ampleur. On est déchiré entre les applaudissements et les pleurs !

Donc à lire absolument. Disponible ici.

PS. Je sais que vous allez me demander quels sont les autres livres qui ont reçu la mention NPLCLALUTDMC (ne pas lire ce livre aurait laissé un trou dans ma culture). Il en existait plusieurs avant que je ne commence ces recensions — et je vous en parlerai un jour. Mais plus récemment, j’ai donné ce titre à la biographie de Camille Laurin par Jean-Claude Picard, L’homme debout (recension ici, on l’achète ici), et à l’essai sur Jésus de Réza Aslan, le Zélote (recension ici, on l’achète ici).



Ne manquez pas ma dernière balado.
Crise SNC: À qui la faute ?
En voici un extrait: 

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Le service des non mauvaises nouvelles

1er décembre 2008, L’Actualité

On se plaint que les journaux rapportent trop de mauvaises nouvelles. Et s’il est vrai qu’on trouve à la une les déclarations de guerre comme les traités de paix et que les très bonnes nouvelles (l’homme a marché sur la Lune, par exemple) font vendre autant de papier que les mauvaises, on note chez les membres de la classe journalistique une tendance à noircir le trait.

Dans l’ensemble, il y a aujourd’hui moins de conflits sur la planète qu’au cours des décennies précédentes, moins de pauvreté et davantage de liberté. Ce n’est pas ce que reflètent les premières pages des journaux, orientées vers les événements plutôt que les tendances. Mais il y a, pour ces mises en perspective, des magazines et des livres.

Il existe une catégorie de nouvelles qui n’a, elle, aucune place dans l’univers médiatique : les non mauvaises nouvelles. Vous n’en avez jamais entendu parler ? Normal, j’invente le concept à l’instant. La réalité est pourtant là : il y a une série de choses qui ont failli se produire et qui auraient rendu notre vie beaucoup plus difficile, mais qui, pour une raison ou pour une autre, se sont évanouies. On l’a échappé belle.

Un exemple récent : vous êtes fâché de voir s’envoler le prix du pétrole ? Ce n’est rien à côté de ce qui aurait dû se produire. Au printemps dernier, les États-Unis s’apprêtaient à lancer une attaque aérienne massive contre l’Iran, sous prétexte que le pays des ayatollahs préparait sa version de l’arme atomique. Cette attaque américaine, avec l’appui du président français, Nicolas Sarkozy, aurait déclenché, en plus de représailles terroristes majeures, une flambée autrement plus dommageable du prix du pétrole et une fracture encore plus béante entre l’Occi-dent et le monde musulman. Ce plan, à la limite de la démence, en était à ses toutes dernières phases de mise en œuvre lorsque, des entrailles du milieu du renseignement américain, est apparu un rapport affirmant que l’Iran n’avait aucune capacité de produire une arme nucléaire. Ce document, l’équivalent d’un coup de poignard planté dans le dos du président Bush, nous a tous épargnés. Il faudrait, et je ne blague pas, en retrouver les auteurs et leur donner le prix Nobel de la paix.

Ce non-événement est capital. Il reconfigure tout le début du 21 e siècle. Et quel fut le principal non-événement de la deuxième partie du 20 e siècle ? L’absence de guerre directe entre les États-Unis et l’URSS, malgré deux ou trois alertes rouges, des conflits régionaux et la conviction répandue que jamais une nation ne s’était dotée d’une arme sans l’employer contre son principal adversaire. S’il avait eu lieu, cet événement aurait changé — ou simplement éradiqué — nos vies.

Il y a plein de petits non-événements, également, pour lesquels nous devons être reconnaissants. Nous n’avons pas manqué d’électricité et ne sommes pas restés pris dans les ascenseurs à minuit le 31 décembre 1999. Le bogue du millénaire n’était qu’un leurre. On a oublié le virus du Nil, qui devait nous piquer tous, comme devaient aussi le faire les abeilles meurtrières dont on suivait, en 1988, la progression depuis le Brésil, puis le Mexique, puis la Californie. Ces périls ont péri. Parfois, nous avons joué un rôle pour refouler dans les limbes un danger imminent : le rapetissement du trou dans la couche d’ozone, par exemple, est un triomphe de l’action humaine sur le destin. Quand on y pense : faire disparaître un trou est à ce jour notre plus grande réalisation.

Il faut se garder d’étendre le concept aux affaires politiques. La non-prise du pouvoir par, disons, Mario Dumont, en 2007, pourrait être citée par certains — y compris peut-être des députés adéquistes — comme une importante non mauvaise nouvelle. Mais d’autres donneraient en exemple la non-victoire du Oui en 1995. D’autres diraient (au hasard : moi) que c’est au contraire une non bonne nouvelle et… vous voyez la chicane de famille qui en résulterait.

Restons sur le terrain plus ferme des non mauvaises nouvelles qui dépassent nos préférences personnelles. La non-fusion catastrophique des réacteurs nucléaires (à l’exception de celui de Tchernobyl), accidents annoncés par des écologistes — et Jane Fonda dans Le syndrome chinois —, est évidemment la bienvenue, ainsi que le non-rachat de la totalité de nos entreprises, d’abord par les Arabes, grâce à leurs pétrodollars (prédictions lors des premiers chocs pétroliers), puis par les Japonais (pendant leur boom économique des années 1980), puis par les Chinois. Non, attendez, ce non-événement n’est pas encore arrivé. Mais ce n’est qu’une question de temps.