Mon premier engagement de peut-être-futur-candidat

Il m’est venu spontanément, en discutant avec Benoît Dutrizac ce vendredi, dans une entrevue franche et rigolote qui porte à la fois sur la course au leadership, la difficulté d’être chef du PQ, l’héritage de Robert Bourassa, les montées de lait de Jean Lapierre et de Lucien Bouchard, l’image que font de moi les caricaturistes et la vraie raison pour laquelle je me suis coupé la barbiche.

À écouter ici. (Indice, l’engagement à quelque chose à voir avec la toponymie, mais pas comme le pense Garnotte, ici dans Le Devoir.)

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Un printemps caricatural

Les suites de l’élection, la rentrée parlementaire, la pré-course à la direction du PQ ont nourri les caricaturistes ces derniers mois.

À mon habitude, je vous en présente les meilleures:

D’abord Chapleau montre Bernard, Pierre-Karl et moi fort jaloux du résultat référendaire en Ukraine.

Chapleau, La Presse

Chapleau, La Presse

Ygreck nous réunit pour une Fête nationale québécoise moins festive.

Ygreck, Journal de Montréal

Ygreck, Journal de Montréal. (Notez que c’est Pauline dans le rôle de la Vierge, mais l’enfant est non-identifié.)

Chapleau semble penser que j’ai emprunté quelque chose à Bernard, qui lançait à tous une invitation à se joindre au PQ.

Chapleau, La Presse

Chapleau, La Presse

Mais Bernard n’est pas rancunier. Après les problèmes cyclistes de Pierre-Karl et de Sylvain Gaudreault, il me prodigue d’excellents conseils de prudence:

Ygreck, Journal de Montréal

Ygreck, Journal de Montréal

Bon été !

Une campagne caricaturale

Rions un peu.

J’ai beaucoup écrit, ces derniers temps, sur les raisons de la défaite. C’est le temps de prendre assez de recul pour retrouver le sourire.

Selon mon habitude, je collige la propension des caricaturistes à croquer votre blogueur favori. Voici le fruit de leur travail pendant la campagne électorale… et un peu depuis.

L’arrivée de PKP a été un grand déclencheur de la plume caricaturale pendant la campagne.

D’abord Chapleau nous fait tous danser sur le rythme de Pierre-Karl, avec le poing levé !

Chapleau, de La Presse

PKP nous entraîne vers le haut, puis, note Côté,

Éloge de la langue de bois

Avouez que le métier de politicien est périlleux. D’une part il y a la population qui réclame de l’authenticité. Les chroniqueurs relaient le message avec force en dénonçant la langue de bois et en reprochant aux élus de « sortir la cassette ». Ah si seulement ils livraient le fond de leur pensée ! Ah, si seulement ils n’étaient pas prisonniers de la ligne de parti ! Ah, si seulement ils faisaient de la politique autrement !

Prenez la question des avis juridiques de la charte — au hasard ! Aux Coulisses du pouvoir dimanche, l’ancien ministre péquiste Pierre Duchesne est interrogé sur cette question. Prudent, il l’esquive. Il ne dit rien de faux. Il esquive.

Bang!  Patrick Lagacé le harponne dans sa chronique de mardi du quotidien La Presse: « Pierre Duchesne répond donc par de la bullshit… »
(Transparence totale, bien que Pat soit un ami, j’ai déjà eu droit à cet exact traitement de sa part.)

Donc, c’est clair. Il ne faut pas esquiver. Il faut répondre à la question posée. Il faut parler vrai.

Alors c’est mon tour. Après mon assermentation mardi, les journalistes me demandent mon avis. Je l’émets avec toute la délicatesse possible et en disant tout le bien que je pense sincèrement de la bonne foi de Bernard Drainville et de la façon admirable avec laquelle il a mené le dossier. Mais, mais, mais… j’ose plaider rétrospectivement pour un peu plus de transparence.

Bang ! Jean Lapierre me trucide mercredi en heure de grande écoute avec ces mots exquis: « c’est chien sale! »
(Transparence totale: je songe à répertorier les insultes que Jean Lapierre m’a prodiguées depuis l’élection de 2012, je suis de loin son favori pour ce genre de choses.)*

Alors voilà, chers internautes, le choix qui s’offre régulièrement à l’élu qui s’avance devant un micro. « bullshit » ou « chien sale ». Que choisiriez-vous ?


*(Donnée amusante: Les gens qui calculent ce genre de chose affirment que M. Lapierre a eu à lui seul davantage de temps d’antenne, pendant la campagne électorale, que n’importe lequel des chefs de parti.)

L’engrenage qui broie les nuances

Les impératifs de la solidarité produisent une cohésion indispensable à l’efficacité de l’action politique. L’effet secondaire est évidemment le lissage du discours. Tous doivent se replier sur la ligne du porteur de dossier, sous peine de saper l’efficacité du groupe. C’est inévitable. Mais jusqu’à quel point ? La cohésion doit-elle n’être qu’une ligne où tous disent exactement les mêmes mots ou pourrait-elle vivre dans un corridor où la direction est la même pour tous mais où une richesse de voix peut s’exprimer ?

L’environnement médiatique, pourtant prompt à dénoncer la « bullshit », agit avec force pour réduire le spectre de la prise de parole permise. Un commentaire légèrement distinct de « la ligne », et pourtant enrobé dans le respect, est illico présenté en titre et en accroche de l’article comme un affront terrible, coupable, répréhensible.

Et voyez le cercle vicieux que cela entraîne: connaissant cette mécanique des médias, certains élus vont à dessein émettre un commentaire minimaliste en comptant sur l’effet grossissant, pour qu’un coup tout petit porte… énormément.

En retour, les médias sachant que certains élus comptent sur l’effet grossissant concluent que tout commentaire minimaliste est conçu pour être grossi. (Le phénomène est particulièrement fort dans la presse parlementaire, beaucoup moins dans la presse politique montréalaise. Les journalistes qui passent d’un monde à l’autre s’en étonnent régulièrement.)

Quoiqu’il en soit, c’est l’environnement dans lequel les élus évoluent. Et puisque la nuance est présumée codée, donc présumée explosive, une question se pose: comment peut-on être nuancé ? C’est blanc ou noir. La règle veut que si vous avez dit « gris pâle », vous vouliez qu’on comprenne « noir foncé ».

Alors comment dire « gris pâle » ?

Avec Bernard et Sylvain Gaudreault, au caucus cette semaine

Avec Bernard et Sylvain Gaudreault, au caucus cette semaine

Cela me paraît rétrospectivement impossible. Et puisque je voulais dire « gris pâle » et qu’on a dit que je voulais dire « noir foncé », j’ai évidemment et sincèrement présenté mes excuses à Bernard Drainville. Je les réitère ici. Il était dans une passe difficile, j’ai ainsi ajouté à sa difficulté. La nuance ne compte pas. Après des décennies en journalisme et en politique, j’aurais du savoir que la langue de bois est toujours la meilleure conseillère.

Toujours ?

Parler vrai

Je sens pourtant une énorme soif, réelle, pour le parler vrai. Pour l’authenticité et la fraîcheur. Pendant la phase d’introspection et de reconstruction et de reconnexion avec les citoyens dans laquelle s’engage le Parti québécois, il faut pouvoir ouvrir la parole. La parole constructive, évidemment. Pas celle des retours sur le passé (j’ai compris!) mais celle qui ouvre sur l’avenir.

Que l’on puisse oser des propositions, lancer des idées, en débattre sans que chaque désaccord soit vu comme une stratégie ou un coup bas. Au rythme de la discussion entre membres et militants du PQ, souverainistes et progressistes, élus et — oui — candidats présumés au leadership, pouvoir changer d’avis sans être taxé d’être inconstant. Reconnaître que la recherche de solutions passe par l’expérimentation. Par l’essai, donc par l’erreur. Donc par le droit à l’erreur.

Et ça, c’est le contraire de la langue de bois. Peut-être faudra-t-il s’y habituer. Et habituer l’environnement médiatique à mieux tolérer la multiplicité des voix. Ou alors simplement passer outre.

Avant le concert, les musiciens s’entraînent. Cela donne, pour quelques minutes, toute une cacophonie. Pourtant, dans la salle, personne ne chahute.

Parce qu’ensuite, chacun s’était réchauffé et ayant accordé son instrument, l’orchestre joue mieux, à la fois la trame musicale, et toutes les nuances qui l’accompagnent et l’enrichissent.

Ce que les caricaturistes en ont pensé:

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Un automne 2013 caricatural

En cette fin d’année, un petit retour sur l’actualité de votre ministre-blogueur, vu par la plume des caricaturistes:

1) La Charte des valeurs

En août, les journalistes obtiennent des infos sur la future proposition de charte:

735888-28-aout-20136a00d8341c5dd653ef019aff17f081970c-800wiLe projet proprement dit est rendu public par Mme Marois et Bernard Drainville en septembre, pendant que je suis en mission en Afrique. À mon retour, j’interviens:

Suggestion de lecture à Justin T.

Il y a quand même du progrès.

Récemment, Justin Trudeau prétendait que c’était un « mythe » de dire que le Québec n’avait pas signé la constitution de son père.

Ce mercredi, le nouveau chef libéral admet que cette signature n’a pas eu lieu. Bravo. Il prétend cependant que c’est la faute du gouvernement souverainiste québécois de l’époque.

Il lui reste à apprendre que le chef libéral de l’époque, Claude Ryan, ne voulait pas la signer non plus, ni ses successeurs Robert Bourassa ou Jean Charest. (Pour Philippe Couillard, c’est moins clair pour l’instant.)

M. Trudeau 2 a besoin de lire encore un peu, c’est certain. Notamment au sujet de René Lévesque, l’homme qu’il tient pour responsable de la non-signature du Québec.

Il me fait plaisir de lui suggérer l’extrait suivant d’un livre récemment publié, La bataille de Londres, de Frédéric Bastien, qui met en parallèle l’approche Trudeau-père et l’approche Lévesque:

La Bataille de Londres par Frédéric Bastien

Irascible, intraitable, Trudeau multiplie les attaques contre Lévesque dans les discussions subséquentes, à tel point que ce dernier apparaît soudainement comme un modéré aux yeux de plusieurs de ses collègues provinciaux. Le chef péquiste négocie de bonne foi, déclare Sterling Lyon, premier ministre du Manitoba. Vous avez transformé le débat constitutionnel en vendetta contre Lévesque, ajoute Bill Bennett, Premier ministre de la Colombie-Britannique.

Entre la vision que présente René Lévesque du Canada et la vôtre, je préfère la sienne, enchaîne le Premier ministre de Terre-Neuve, Brian Peckford. « As-tu un petit sac, je crois que je vais vomir », chuchote Chrétien à l’oreille de Trudeau.

Angus Mac Lean, premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, explique :

« Au fil des discussions, mon respect pour le premier ministre québécois, René Lévesque, n’a fait que croître et mon estime pour Trudeau s’est effritée. J’ai vu en Lévesque quelqu’un de raisonnable, d’absolument pas guindé ou rigide. J’ai eu le sentiment que, si les politiciens fédéraux avaient eu avec lui le même type de rapport que moi, nous serions parvenus à un compromis quelconque au sujet de la Constitution. Trudeau a fait preuve d’une grande hostilité. »

Comme le notera (le Haut commissaire britannique à Ottawa) John Ford dans une dépêche pour Londres, « galvanisé par des sondages qui font état d’un appui dans tout le pays pour des changements constitutionnels, M. Trudeau vise à dépeindre les premiers ministres provinciaux comme des politiciens non représentatifs, égoïstes et assoiffés de pouvoir, sans vision d’un Canada uni, ainsi qu’à fixer le cadre d’une action unilatérale. »

 

Mes débats publics avec Justin T m’ont valu cette caricature d’Ygreck:

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Justin T: Monsieur 66%

Le grand intellectuel Justin Trudeau a bien voulu nous éclairer cette semaine, sur l’ampleur de sa réflexion démocratique. Devant des étudiants Montréalais, il a fixé la barre que devraient franchir les Québécois pour accéder à la souveraineté:

« Si on est pour changer la Constitution canadienne et l’état de notre pays de façon aussi profonde, on devrait au moins exiger le même seuil que celui qui est nécessaire pour changer la constitution du parti néo-démocrate, qui est des deux tiers. »

L’enthousiasme démocratique de Trudeau No 2 est proprement époustouflant. Il nous entraîne cependant vers une question fâcheuse.

Lors du référendum historique qui a permis de « changer la constitution canadienne et l’état de notre pays », en 1982, de combien la majorité favorable a-t-elle excédé 66% ?

Vous ne vous en souvenez pas ? Était-ce davantage que 50% ? Cela vous échappe ? C’est qu’il n’y a simplement pas eu de référendum pour « changer la Constitution canadienne ». Le fait est que, depuis 30 ans, et de manière anti-démocratique, le Canada impose au Québec sa loi fondamentale.

Comment Trudeau-fils peut-il réconcilier son attachement à la démocratie à ce déni de démocratie ? Une seule solution: le déni de déni de démocratie. Voici ce qu’il a aussi déclaré:

« C’est un beau mythe, ça, que le Québec ne soit pas signataire de l’Acte constitutionnel de 1982. »

Les élucubrations de Trudeau-junior ne sont pas seulement attribuables à une insuffisance d’interconnexions entre un certain nombre de ses neurones. Non. Elles sont aussi dues aux failles béantes sur lesquelles est fondé l’édifice canadien.

Le Canada veut se montrer un champion de démocratie. Envers le Québec, il ne l’est pas. Pour l’indépendance, il veut imposer au Québec des règles que jamais il ne s’est lui-même imposées. Pour quelqu’un qui tente d’être moderne et cohérent, cela provoque de sévères disjonctions logiques.

Un dernier mot: Parmi les nombreuses lectures qui seraient bénéfiques au jeune Trudeau, et à sa formation démocratique, puis-je suggérer les mémoires politiques de son propre père.

Faisant face, en mai 1980, à la réelle possibilité que le Oui emporte un tout petit peu plus de 50% au référendum sur la souveraineté, voici comment Trudeau père envisageait d’agir:

« C’est le sort du Canada qui se trouvait en jeu et, par voie de conséquence, celui de notre gouvernement. Car, dans mon esprit, il ne faisait pas le moindre doute que je devrais démissionner si les séparatistes gagnaient le référendum.

En pareille occurrence, il m’aurait fallu conclure: « J’ai perdu la confiance du peuple québécois qui a choisi de quitter la fédération canadienne. » »

 

*   *   *

Ce billet m’a valu ce détournement d’affiche de film par Ygreck:

« Monsieur », les Anglos et moi

La version de Garnotte, du Devoir

Notre débat vu par Garnotte, du Devoir

Rien de ce que M. Jacques Parizeau ne pourra dire à mon sujet n’entamera l’énorme respect que j’ai pour l’homme et sa remarquable contribution à l’histoire du Québec. Je lui dois aussi d’avoir accepté de faire de moi son conseiller spécial (et non son bras droit, qui était Jean Royer) pendant qu’il était Premier ministre. Je lui en serai toujours reconnaissant.Nos relations ont connu des hauts et des bas, lui et moi, depuis la fin de notre lien d’emploi. Je préfère les hauts: c’est à lui que j’ai dédié mon ouvrage « Pour une gauche efficace », et il était présent au lancement, car j’ai tenté de m’imprégner de son progressisme pragmatique.

Il m’a, en retour, fait quelques coups de chapeau dans son propre ouvrage suivant, en citant favorablement quelques passages. Les points de convergence sont donc majeurs.

Samedi dernier, dans le Journal de Montréal, mon ancien patron m’a grondé.

« Lisée a toujours été porté sur l’ouverture aux Anglais. C’est lui qui a rédigé le discours de Lucien Bouchard au Centaur. Jean Royer le surnommait le conseiller à l’ouverture. C’est certainement une dérive que ces déclarations. Mais c’est normal qu’on assiste à ces dérives quand on perd l’objectif. Quand on n’a pas une idée claire, tout devient négatif’’, souligne-t-il. Et il ajoute en souriant : ‘‘ Dans toutes les sociétés, il y a des apôtres de la bonne entente. Des bone-ententistes.’’ »

Je lui ai répondu:

« On peut être pour l’indépendance du Québec, pour le renforcement du français à Montréal, et faire ça avec de l’ouverture et de la bonne entente. Je ne pense pas que la fermeture et la mauvaise entente soit une bonne pratique envers tous les Québécois, y compris les Anglo-Québécois »

et encore:

« Pour freiner le déclin du français à Montréal, il ne faut pas tirer des roches aux anglais, il faut plus de francophones, c’est ça la différence d’approche »

Je crois en effet aux vertus de l’offensive: retenir les familles francophones sur l’ïle, franciser l’immigration au point d’entrée, franciser les petites entreprises pour favoriser l’intégration des allophones au français.  C’est ainsi qu’on augmente le nombre de francophones, au centre ville et ailleurs, et qu’on renverse la tendance. Pas en s’en prenant aux autres.

Voilà pour les effets de toge. Mais les choses sont beaucoup plus nuancées, et intéressantes, que cet échange peut le laisser supposer.

Parizeau, anglophile

L'ouverture aux Anglos, vue pair Aislin, de la Gazette

L’ouverture aux Anglos, vue pair Aislin, de la Gazette

Car mon intérêt pour un changement de comportement du PQ envers les anglophones vient de… Jacques Parizeau.

Il faut se souvenir de l’énergie avec laquelle M. Parizeau a bataillé en 1993 pour faire introduire, dans le programme du PQ, la garantie que les droits des anglophones seraient enchâssés dans la constitution d’un Québec souverain. Il a dû pour y arriver, traverser un barrage de militants, minoritaires, qui ne voulaient rien savoir de cette « bonne entente ». Il a tenu bon.

Une fois au pouvoir, il est allé encore plus loin. Il a pris sur lui d’introduire dans le Projet de loi sur la souveraineté une clause conférant à la communauté anglophone un « droit de veto » sur tout changement à leurs droits constitutionnels. Ce qui aurait nécessité la constitution d’un « collège constitutionnel » représentant la communauté. (J’étais et suis toujours d’accord).

Encore plus fort — et cette phrase nous avait valu plusieurs remontrances de militants outrés — il avait prévu que: « la nouvelle constitution garantira à la communauté anglophone la préservation de son identité et de ses institutions ».

Ce qui aurait pu conduire un juge, nous objecta-t-on avec raison, d’obliger l’État québécois à financer une école anglaise pour l’éternité dans un village ou il n’y aurait plus aucun anglophone. Cela me semblait un peu large, et je m’en étais ouvert au secrétaire général du gouvernement. Mais il y tenait.

Sur la question spécifique de la connaissance de l’anglais par les Québécois, M. Parizeau a toujours fait très fort. Il avait promis de « botter le derrière » de ses ministres qui ne connaissaient pas l’anglais. Il est cohérent car, dans son entrevue de samedi dernier, il récidive en affirmant qu’au Québec, il est normal de bien connaître l’anglais.

L’anglais est la lingua franca nouvelle. Il faut qu’on en favorise l’acquisition comme on le fait dans les pays européens. Comme je crois que les dirigeants de notre société seraient grandement avantagés s’ils pouvaient s’exprimer en anglais.

Il ne faut pas se boucher les yeux. On n’a pas le choix. On vit sur un continent anglophone et, parler anglais au besoin, tout en vivant en français chez soi, devrait être normal.

Il n’y a rien à corriger dans ces sages paroles, sauf peut-être d’ajouter tout en vivant « et travaillant » en français.

Bref, je conçois sans difficulté que Monsieur et moi ayions des divergences sur, par exemple, la possibilité pour la STM de se prévaloir de dispositions incluses dans la loi 101 pour décider qu’en certains cas, très minoritaires, des employés peuvent répondre (répondre, donc pas s’adresser en anglais/français comme dans la caricature) à des usagers anglophones.

Mais pour l’approche générale, je dois avouer que je tire une partie de mon ouverture aux anglophones des leçons que m’a données mon plus estimé professeur, un anglophile reconnu: Jacques Parizeau.

Mon avis sur le (la?) futur(e) pape

La version de Chapleau

La version de Chapleau

Je ne sais pas pourquoi, mais deux caricaturistes ont pensé, ce mardi, que la succession de Benoît XVI m’intéresserait. C’est en effet un sujet important. Voici ce que j’en ai dit aux journalistes, qui m’ont accueilli avec les mots « habemos papam » ?

J’aimerais souligner la qualité du geste posé par Benoît XVI hier. C’est vraiment très important, c’est un geste de modernité, c’est un geste de respect. Effectivement, je pense que vous voulez savoir si ce serait bon pour le Québec d’avoir un Pape québécois. Évidemment nous dans notre rayonnement international, chaque fois qu’un Québécois excelle dans son champ d’activités, c’est une bonne chose pour le Québec.

On laissera évidemment le Vatican déterminer son choix mais moi si, au XXIe siècle, je pouvais exprimer un vœu ou une prière : je pense que ce serait le temps d’une femme. Ce serait le temps d’une femme. Il y a seulement une façon d’y arriver : c’est un miracle. Mais, c’est au bon endroit pour le demander.

La version d'Ygreck

La version d’Ygreck

Notre Home: joies et périls du bilinguisme

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Votre blogueur croqué par Guy Perkins, de QMI

Jeudi soir à Westmount, j’ai eu trois questions — plutôt, trois fois la même — sur le bilinguisme, de la part d’Anglo-Québécois. Vendredi, sur les radio, j’ai eu plusieurs questions de francophones — plusieurs fois la même — sur le même sujet. J’ai donc traversé le miroir linguistique.

Ces questions sont intéressantes et il vaut la peine de s’y attarder.

Radio X, plus tatillons que l’OQLF

Mes interlocuteurs francophones étaient surpris du caractère bilingue, et principalement anglophone, de la chanson « Notre Home », qui part en tournée dans les écoles anglo-québécoise grâce à une petite subvention gouvernementale.

« Comment, se sont insurgés certains, le PQ finance une chanson bilingue ? C’est du Justin Trudeau! » La langue commune au Québec n’est-elle pas le français ?

En effet, lorsque les Québécois de divers horizons linguistiques parlent ou travaillent ensemble, la langue commune est le français. C’est entendu.

Mais lorsque les Anglo-Québécois parlent entre eux ?

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La version de Chapleau

Les recherchistes de Radio X ont calculé que 78% des mots de la chanson Notre Home étaient anglais. (Et dire qu’ils trouvent l’Office de la langue française tatillonne !). Mais voici, cette chanson commandée par une organisation anglophone à un auteur anglophone est destinée à dire aux jeunes anglophones qu’ils sont chez eux au Québec. La chanson aurait pu être 100% anglo — ils se parlent, entre eux, de leur identité québécoise. Mais non, ils ont décidé d’y mettre (je n’ai pas vérifié le compte de X, mais, disons…) 22% de français. Un net progrès pour tous ceux qui tentent d’entendre du français sur les radios anglaises.

(Note facétieuse pour Paul Arcand, qui proposait d’utiliser plutôt la chanson bilingue de Simple Plan Jet-Lag avec Marie-Mai. Saviez-vous que cette version bilingue n’était destinée qu’au public francophone et que la version pour le public anglophone, y compris anglo-montréalais, est 100% anglo et que la chanteuse y est, non Marie-Mai, mais Natasha Bedingfield ? Voir ici.)

Bref, nous sommes ici en présence d’un groupe d’anglos qui insère du français dans sa propre chanson parce qu’il estime que cela illustre bien son appartenance au Québec. J’applaudis.

Le bilinguisme à Westmount

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et celle de Garnotte

Les Anglo-Montréalais sont massivement devenus bilingues, depuis un peu plus d’une génération. Ils voient, autour d’eux, notamment à Montréal, une majorité de jeunes francophones bilingues. Pourquoi, disent-ils, ne pas dire que Montréal est une ville bilingue ?

La distinction que nous faisons entre l’enrichissement personnel que constitue le bilinguisme individuel et le risque linguistique qu’entraîne le bilinguisme institutionnel est très, très difficile à saisir pour nos interlocuteurs.

Notre explication est simple et ancrée dans l’histoire: mettre sur un pied d’égalité la langue de la majorité et la langue de la minorité, c’est ouvrir la voie à l’affaiblissement de la langue minoritaire. Et comme nous sommes 2% sur le continent, le caractère officiel et commun du français, son statut de langue première et prédominante, sont essentiels à sa vitalité même.

Nos compatriotes Anglo-québécois sont peu nombreux à comprendre ce risque, virtuel. En fait, j’ai plus de facilité à expliquer le risque que court le français par la réduction de la proportion de francophone sur l’île, que celui du bilinguisme institutionnel. Sans doute parce que les Anglo-Québécois, ayant vu leur nombre se réduire depuis 50 ans, et ayant constaté l’impact sur certaines de leurs institutions, saisissent le principe.

C’est déjà ça.