Selon «les sages», au moins, le sexe existe

J’ai lu attentivement le rapport du comité de sages sur l’identité de genre déposé la semaine dernière. À grands traits, les médias en ont retenu deux choses. D’abord, que loin d’être radical ou anti-trans, le rapport est prudent, sinon mou, et multiplie les suggestions plutôt que les recommandations. Ensuite, que le dépôt du rapport a été (légèrement) perturbé par (quelques) militants trans qui, par principe, en rejetaient la teneur avant de l’avoir lu.

Un genre de déni (et la problématique pratico-pratique des toilettes mixtes)

C’est fou le nombre de gens qui ont tenu à nous rassurer, depuis une dizaine de jours, (ce texte fut d’abord publié en septembre 2023) sur l’inexistence de quelque problème que ce soit dans l’enseignement de la théorie du genre à l’école. Dans Le Devoir, une universitaire écrit que “la théorie du genre ne nie pas l’existence des sexes biologiques. Ce serait ridicule, bien sûr, mais ce n’est pas vrai, et il est inadmissible qu’on laisse tenir ce genre de propos dans nos médias”. C’est clair ! Dans La Presse, un chroniqueur d’ordinaire plus circonspect accuse tous ceux qui soulèvent des doutes de “bêtise” et de “délire”. À Radio-Canada, une psychologue arrive à convaincre Patrice Roy que la question du changement de genre n’est jamais abordée au primaire. Circulez, il n’y a rien à voir !

Que la vie serait simple si tous ces gens avaient raison. On pourrait passer à autre chose. Il y a malheureusement un tout petit rien qui, en mon cas en tout cas, me chicote. Les faits. En voici quelques-uns.

On ne dit nulle part que le sexe n’existe pas. Faux. La “Licorne du genre” est une image promue par un site du gouvernement du Québec – la Boîte à outils sans stéréotypes – et destinée aux “parents et à la petite enfance”. On y invite les enfants à déterminer leur identité et leur expression de genre, mais aussi à nous indiquer quel sexe fut “assigné à la naissance”. Est-ce “mâle”, ¨femelle” ou “autre/intersexe”.  Mais qu’est-ce que cette histoire de sexe “assigné”. Le sexe n’est-il pas “constaté” ? Pas selon le ministère de l’éducation du Québec qui a produit un glossaire pratique dans son Guide à l’intention des milieux scolaires sur les questions de diversité. On y lit: “Sexe assigné à la naissance : Sexe assigné à une personne à sa naissance en fonction d’un nombre limité de caractéristiques physiques observables, principalement l’apparence et la structure des organes génitaux externes.” Voyez, lorsque le médecin dit “c’est une fille”, il ne sait pas vraiment de quoi il parle et fonde son affirmation sur “un nombre limité de caractéristiques”. 

On ne parle jamais au primaire de changement de genre. Faux. Le document du ministère de l’éducation qui guide les enseignants sur la sexualité leur indique clairement que “les enfants peuvent commencer à explorer leur identité de genre entre 3 et 7 ans.”  De la parole aux actes, le document renvoie à un outil financé par le ministère de la Justice finance et destiné aux enseignants du primaire. Bonjour Sam est l’histoire d’un petit garçon qui, telle une poupée russe, devient une fille. À l’inverse, L’histoire de Sam, visionnée un million de fois, présente une petite fille devenant garçon. Je ne dis pas que ces outils ne devraient pas exister. Je ne le sais pas. Mais il est faux de dire qu’ils n’existent pas et ne sont pas utilisés.

Ceux qui soulèvent ce débat sont intolérants. Faux. Un récent sondage Angus Reid sur la question nous révèle que 75% des Québécois accepteraient et accompagneraient un enfant de huit ans qui souhaite changer de genre, 79% un enfant de 12 ans, 80% un enfant de 16 ans. C’est le plus haut taux au Canada. Simultanément, 80% des Québécois estiment que les parents doivent être informés par l’école si leur enfant souhaite changer de genre. En ce moment, les écoles ont l’obligation de ne pas informer les parents si l’enfant refuse. Bref, les parents québécois sont massivement tolérants ET massivement inquiets. Bien sûr, une minorité de parents sont homophobes. Dans ces cas, un accompagnement s’impose. Mais le secret ne peut être la règle générale.

Ce n’est qu’une question de tolérance. Faux. Il n’y aurait pas de débat, du moins entre gens raisonnables, si la nouvelle éducation à la sexualité faisait simplement la promotion de la tolérance. Mais comme j’en ai fait la démonstration dans ces pages (Le sexe de nos anges), le programme ne met pas chacun des choix sur un pied d’égalité. La critique constante de l’hétéronormativité, de l’hétérosexisme et du privilège hétéro, la volonté, louable, de déconstruire les stéréotypes féminins et masculins mais sans jamais valoriser les types masculins et féminins, couplés à une valorisation constante de l’expérience queer, non-binaire et trans, et à l’organisation de célébrations, parfois obligatoires, des fêtes LGBTQ, établit cumulativement une hiérarchie. On est en présence du remplacement de l’hétéronormativité, critiquable, par une queernormativité, tout aussi critiquable. La solution, il me semble, est de respecter également toutes les orientations, y compris hétéro.

Soulever des doutes, c’est stigmatiser les enfants trans. Faux. Et si c’était les protéger ? Toute l’approche actuelle vise à accepter sans questionner, puis à accompagner la transition. Les enseignants sont avisés qu’une résistance de leur part peut conduire à des sanctions légales. Le seul indicateur existant est du Dr James Cantor — détesté des militants Trans — qui a proposé en 2016 une recension de 11 études réalisées avant l’explosion récente du nombre d’enfants trans, et qui concluait ceci : “très peu d’enfants trans veulent toujours une transition lorsqu’ils deviennent adultes. Ils deviennent plutôt des gais et des lesbiennes. Le nombre exact varie selon les études, mais environ 60 à 90% des enfants trans ne sont plus trans lorsqu’ils atteignent l’âge adulte.” Aucune autre étude récente n’est disponible. Mais à supposer même que le nombre ne soit que de 30, 20, voire 5%, le principe de précaution ne devrait-il pas guider nos actions ? Il n’apparaît nulle part dans les documents du ministère.

(Ajout: on me signale une toute récente synthèse, de juin 2023, voici le principal extrait sur les chiffres:)

Et puis, n’est-il pas étonnant qu’avant la vague d’affirmation trans dans les écoles, la majorité des jeunes questionnant leur «identité de genre» étaient des garçons, alors qu’aujourd’hui, les filles en représentent plus des deux tiers, selon des données du système de santé britannique? S’il n’y a pas d’effet de mode, comment l’expliquer ?

Les toilettes mixtes, pour l’inclusion et contre l’agression. Sérieux ? Les dernières données nous apprennent que les garçons de 12 à 17 ans sont, de loin, les principaux auteurs d’agression sexuelle au Québec. Est-ce bien raisonnable de les inviter massivement dans des lavabos mixtes ?

La flambant neuve école Jean Lumb de Toronto a introduit le concept cette année. La disparition des urinoirs (évidemment on se fiche complètement de retirer aux garçons cette commodité) a provoqué une surprenante augmentation d’urine sur le siège des toilettes. Une mère rapporte que, selon sa fille de première année, il s’agit d’un concours entre garçons pour savoir lequel pourra faire tenir le plus d’urine sur le siège, notamment pour forcer ainsi les filles à venir à l’école avec des lingettes. (Boys ! Soupirs !) Un père affirme qu’un garçon a montré son zizi à sa fille, non consentante. Quant à l’inclusion, un problème religieux se pose. Les fillettes voilées à l’école (cela devrait être à mon avis interdit, mais ce n’est pas le sujet) doivent pratiquer le wudu, une purification avec de l’eau avant la prière. Mais cela nécessite de retirer leur voile, ce qu’elles ne peuvent faire devant des garçons dans des lavabos mixtes. Bienvenue, ici, au point de rupture de l’intersectionnalité.

(Une version légèrement plus courte de ce texte fut publiée dans Le Devoir.)

Mon débat avec la Pr Anne Pullen Sansfaçon chez Patrice Roy:

Cliquez sur l’image pour visionner.

Évidemment, je ne prétends pas être un expert sur la question, seulement un généraliste qui se laisse guider par les faits et la logique. Et un père de cinq enfants. Cependant une spécialiste est la sexologue Jocelyne Robert. Voici ce qu’elle a écrit à la suite de mon débat.

Les traqueurs (et traqueuses) de transphobes

Je vais faire des jaloux, je sais. J’ai eu droit à une consultation psychiatrique gratuite. Quand on connaît les prix qu’ils vous réclament, ça ne se refuse pas. C’est la médecin psychiatre Marie-Êve Cotton, souvent vue à la télé, qui s’est portée volontaire. Sur sa page Facebook elle a, à distance, relevé de graves symptômes.

“Lisée ne fait pas la distinction entre sexe et genre, entre autres inepties (sic). Au-delà du ridicule du propos, il comporte un élément essentiel de l’homophobie et de la transphobie: le sentiment de menace à l’identité hétérosexuelle et cisgenre que ressentent malheureusement certains hommes. Je le dis le plus sérieusement du monde aux hommes cisgenres hétérosexuels qui se sentent personnellement menacés par l’enseignement de la tolérance envers les autres orientations sexuelles et identités de genre aux jeunes dans les écoles: le problème n’est pas l’éducation sexuelle aux enfants, c’est votre profonde insécurité personnelle. Pour votre propre bien et celui du reste de la société, pensez à faire un gros travail psychologique personnel à ce niveau.” 

Je cite la Dr Cotton, dont je ne mets nullement en cause l’équilibre mental, car au-delà de son intérêt pour ma petite personne, sa posture est symptomatique de l’intransigeance d’intervenants impliqués dans ce débat. On lisait samedi Martine Delvaux affirmer que ceux qui interrogent la théorie du genre sont les équivalents modernes des brûleurs de sorcière. L’activisme trans ne se limite pas à l’échange épistolaire. Il utilise des leviers administratifs et légaux pour faire taire l’expression de points de vue différents.

Annuler une infirmière. Ce mois-ci en Colombie-Britannique, Amy Eileen Hamm risque de perdre son droit de pratique pour avoir affirmé que le sexe existe, qu’il a des conséquences biologiques et que les droits des femmes doivent prévaloir sur certaines revendications trans. Puisque c’est aussi la position de l’auteure J.K. Rowling, elle avait payé pour la pose d’un grand panneau “I Love JK Rowling”. Des gens outrés ont jeté de la peinture sur l’affiche, retirée le lendemain. Des plaintes pour “affirmations médicalement fausses” ont été portées par des militants, et rejetées par l’ordre des infirmières et sages-femmes, mais les plaintes, anonymes, pour transphobie et propos haineux subsistent..

Le cas n’est pas unique. Les ordres professionnels de la santé reçoivent désormais régulièrement des plaintes pour toute déclaration s’écartant de la rectitude des activistes trans. Dans un texte franc, lucide et courageux publié sur sa page Facebook sur la réalité de la dysphorie et les dangers de l’activisme trans, la sexologue Jocelyne Robert révèle avoir été l’objet de trois plaintes, rejetées par son ordre professionnel, pour avoir osé dire que la mouvance transgenre pouvait inciter des enfants et ados à s’en réclamer, puisqu’ils sont, compte tenu de leur âge, influencables. 

Emprisonner les dissidents. Plus inquiétant est la tentative de criminalisation de la prudence. Médecins, éducateurs et psys qui oseraient proposer à un adolescent incertain de son orientation sexuelle d’attendre avant de s’engager dans un processus de transition médicale pourrait être poursuivi, au criminel, en vertu de la nouvelle loi fédérale qui interdit les thérapies de conversion. L’objet de la loi est de mettre fin à la pratique cruelle de charlatans idéologiques qui tentent de “guérir” des gais. Mais pour l’organisation LGBTQ+ canadienne Égale: « Les thérapies de conversion peuvent” peuvent “ressembler à la rétention de soins médicaux nécessaires tels que les bloqueurs d’hormones par les fournisseurs de soins de santé.” Égale est financé notamment par le ministère canadien de la Justice, dont le logo apparaît sur le “fact sheet” d’où provient cette surprenante citation. On peut compter sur eux pour tester cette théorie devant un tribunal. Un professionnel de la santé ainsi condamné pourrait devoir payer jusqu’à 5 000 $ d’amende et/ou croupir derrière les barreaux pendant deux ans (moins un jour).

Ces criminels canadiens potentiels ne feraient pourtant que s’arrimer à la répudiation de l’approche de l’affirmation de genre par le National Health Service du Royaume-Uni en décembre, lui-même confortant des décisions similaires de la Finlande en 2020, du Royal Australian and New Zealand College of Psychiatrists concluent en 2021 à ’une “insuffisance de données probantes sur l’efficacité des traitements pour les personnes présentant une dysphorie de genre”. Une inquiétude réitérée, en 2022, par la Suède et le Danemark. Ils ne feraient de plus que relayer, sur l’innocuité présumée des bloqueurs d’hormones, la conclusion de  l’Académie nationale de médecine de France qui conclut au contraire “des effets secondaires tels que l’impact sur la croissance, la fragilisation osseuse, le risque de stérilité, les conséquences émotionnelles et intellectuelles et, pour les filles, des symptômes rappelant la ménopause”. 

Partisan du bénéfice du doute, le généraliste que je suis constate que ce qui était considéré, il y a cinq ou six ans, comme des conclusions scientifiques établies, est l’objet depuis d’une réévaluation complète, justifiée par la forte augmentation des cas observés. Certain(e)s veulent s’arc-bouter sur des certitudes désormais révolues et usent pour ce faire d’arguments divertissants mais dénués de profondeur. D’autres souhaitent s’inspirer plutôt du mot de l’économiste John Maynard Keynes: “lorsque les faits changent, je change d’avis. Et vous ?”

Solidarité obligatoire

Enfants du primaire à Vancouver dans une marche pour la fierté gaie.

Parmi les mille raisons qui me rendent fier d’être Québécois figure notre tolérance précoce, puis notre défense résolue, des homosexuels. Ne dit-on pas que, sans nous, le Canada aurait été beaucoup plus lent à légaliser le mariage pour tous ?

Cette particularité québécoise ressortait d’un monologue prononcé lors d’un gala Just For Laughs par l’humoriste américaine Sarah Silverman. Je cite de mémoire : « Aux États-Unis, on utilise des codes pour désigner nos quartiers gais. Le “District Castro” [San Francisco] ou “Greenwich” [New York]. Pourquoi ? Pour que les rednecks, qui sont des imbéciles, ne sachent pas où les trouver. Mais vous, votre village gai s’appelle “le village gai” ! Vous faites exprès ou quoi ? »

L’adhésion des Québécois à la cause gaie fut progressive, dans la société, la culture, les familles. Un processus d’acclimatation, d’adhésion, de normalisation. Mais il nous vient désormais de notre environnement nord-américain des signaux dont il faut se préoccuper. Il s’agit de l’injonction de solidarité. Il ne suffit pas d’accepter, mais d’afficher obligatoirement son appui à la cause. Parfois sous peine de sanctions.

On célèbre à Montréal la fierté gaie en août, mais cette année, aux États-Unis et au Canada, la tradition de faire de juin le Mois de la fierté gaie a pris de l’ampleur, notamment dans les écoles. En Ontario, le ministre (conservateur) de l’Éducation a produit une directive affirmant qu’il « incombe à tous les conseils scolaires de veiller à ce que tous les élèves — plus particulièrement les élèves 2SLGBTQ+ — se sentent soutenus, reflétés dans leurs écoles », ce qui est admirable. Mais il a ajouté : « Cela inclut la célébration du Mois de la fierté. »

La nuance est cruciale entre l’acceptation et la promotion, entre l’éducation et le prosélytisme. Nos chartes protègent la « liberté de conscience », ce qui inclut le droit de ne pas être d’accord avec la norme, pour peu qu’on ne commette aucun geste illégal. Sur les bancs d’école, on est certes tenus d’apprendre la norme et de la respecter. Mais est-on obligé de la célébrer ? Si la fête nationale du Québec tombait le premier juin, obligerait-on tous les enfants à porter des macarons fleurdelisés et de marcher dans les rues, drapeau en mains ? C’est ce qu’on a demandé à des enfants du primaire de Vancouver, l’an dernier, pour le Mois de la fierté.

On a assisté cette année, en Ontario, à un refus massif de parents musulmans de laisser leurs enfants participer à ces célébrations. Ce qui a notamment valu à ceux d’Ottawa une directive stricte des autorités scolaires interdisant le droit de retrait aux enfants. « Les droits de la personne ne sont pas ouverts au débat ou à la participation sélective » est-il écrit. En Nouvelle-Écosse, l’enregistrement d’une enseignante sermonnant un étudiant musulman qui refusait de participer aux activités de la Pride a fait grand bruit. Elle y affirme que « nous croyons que les gens peuvent épouser qui ils veulent, c’est dans la loi, et si tu ne penses pas que ça devrait être la loi, tu ne peux pas être Canadien. Tu n’as pas ta place ici, et je suis sérieuse ».

L’imam Sikander Hashmi rapporte dans le National Post que « les élèves d’une école secondaire d’Ottawa ont déclaré que le personnel gardait les portes lors d’une assemblée du Mois de la fierté pour s’assurer que personne ne partait, tandis que d’autres patrouillaient dans les couloirs et qu’un autre vérifiait même le stationnement pour trouver les élèves qui refusaient d’y assister. Un parent a rapporté que son enfant de 3e année dans une autre école s’était fait dire qu’il ne pouvait pas aller en récréation à moins qu’il ne dessine un arc-en-ciel. Des parents m’ont dit que d’autres élèves avaient été menacés d’expulsion s’ils ne participaient pas aux activités du Mois de la fierté ».

L’imam est particulièrement remonté contre un livret conçu spécialement pour ses jeunes ouailles intitulé « Je suis musulman mais je ne suis peut-être pas hétéro ». Pas moins du tiers des élèves du primaire de la ville de London, à forte concentration musulmane, se sont absentés durant une journée consacrée à la dénonciation de l’homophobie en mai. Puis, on a vu un petit groupe de mères musulmanes encourager leurs enfants à piétiner de petits drapeaux arc-en-ciel. Une scène qu’on peut résumer en deux mots : haine et obscurantisme.

Chers lecteurs, vous me savez très critique des religions, notamment pour leur misogynie et leur homophobie. Je suis à la fois favorable à l’arrêt des subventions pour les écoles à vocation religieuse et je tiens, pour le bien des enfants, à ce qu’aucun ne soit exempté de l’enseignement commun. Cependant, on ne peut vivre ensemble sans respect de la liberté de conscience. Je récuse donc l’embrigadement dans des causes, fussent-elles les miennes. Comme la religion, le militantisme doit s’afficher et se pratiquer à ses heures, pas à l’école ou dans l’État. Le refus d’appliquer ce principe nourrit puissamment le ressac conservateur dont nous sommes témoins et qui arrivera sous peu dans une école près de chez vous.

En fait, cela y est déjà. Au Québec, des comités formés d’élèves et soutenus par des profs et des administrateurs volontaires se donnent le mandat de faire appliquer la théorie du genre, dont je parlais dans « Le sexe de nos anges », dans l’école en entier. Les demandes pour des toilettes non binaires au primaire et au secondaire sont courantes et il arrive que des surveillantes plus pointilleuses sur le respect de l’intimité des unes et des autres se fassent « traiter de transphobes par des enfants de 12 ans », me rapporte un enseignant.

Il existe dans plusieurs de nos écoles des AGIS, pour Alliance genres, identités, sexualités. Leur création est recommandée par le gouvernement canadien. Elles ont pour but de transformer l’école entière en un « lieu sûr ». Les trousses pédagogiques mises à la disposition par l’organisme AGIS reprennent les thèmes et le vocabulaire d’usage sur la théorie du genre. C’est chouette : les étudiants intéressés à mettre un comité sur pied peuvent facilement recevoir une subvention de 500 $. Desjardins fait d’ailleurs partie des commanditaires de l’initiative.

J’ai sous les yeux une lettre envoyée ce printemps aux parents par un directeur d’école secondaire de Laval. Il les invite à soutenir l’initiative visant à « susciter la solidarité et mobiliser les élèves et le personnel scolaire à devenir des personnes alliées ». La Fédération autonome de l’enseignement organise un « défi des personnes alliées » pour ses syndicats enseignants qui déploieront dans leurs écoles le drapeau arc-en-ciel, des macarons, des kiosques de promotion. Dans les deux cas, nous ne sommes pas en présence du langage de l’éducation, mais de celui du militantisme.

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Le sexe de nos anges (version maxi-intégrale)

Image distribuée aux enseignants par la CSQ.

L’éducation sexuelle a fait son retour en force dans nos écoles. Bravo.

Mais elle est accompagnée de la promotion désinhibée de la théorie du genre.


Dans un service de garde de Montréal, un jour de mars, une dizaine d’enfants de cinq ans, surtout des filles, accueillent une invitée spéciale. L’intervenante, sexologue d’une organisation spécialisée dans le domaine, vient leur parler de genre. Comment sait-on qu’on est une fille ou un garçon ? demande-t-elle d’emblée. Les parents sont invités. Une mère enregistre.

“Les filles sont des filles et les garçons sont des garçons à cause de nos cellules”, répond une enfant affichant une belle assurance. 

“C’est vrai, répond l’intervenante, qu’il y a une partie qu’on dit biologique ou génétique qui fait de toi un garçon ou une fille. Après ça, comment toi tu le sais personnellement que tu es un garçon ou une fille ?”

Une enfant tente de l’éclairer. À l’accouchement, dit-elle, « les docteurs, ils savent si c’est un garçon ou une fille. Pour un garçon, ils le mettent dans une serviette en bleu, pour une fille la serviette est rose.”

S’ensuit une discussion sur les préférences de couleurs où des filles avouent préférer le bleu. Bien. Mais l’intervenante revient à la charge: “La question que j’avais c’est comment toi personnellement, comment tu le sais, comment tu te sens que tu es un garçon ou une fille, est-ce qu’on est capable de répondre à ça ?

Certainement qu’elles en sont capables: “Parce qu’on n’a pas de pénis !” crie une petite fille. Mais “on va pas montrer notre vulve a tout le monde !”

Certes. L’intervenante ne lâche pas le morceau : “C’est vrai qu’il y a des différences, comme on a dit tantôt, qui sont biologiques. Mais comment toi, si je te dis, est-ce que tu es un garçon ou une fille et est-ce que tu y crois vraiment fort, comment tu le sais ?”

“J’ai pas de pénis !” insiste une jeune fille, parlant plus fort pour être enfin entendue.

À un autre enfant qui affirme qu’elle est fille, l’intervenante demande: “Tu en es convaincue ?”

La réponse fuse: lorsqu’on regarde, “on voit notre vulve ou notre pénis !”

Ce n’est pourtant pas compliqué. Mais ça devient lassant. Cinq minutes sont passées, déjà.

“Est-ce qu’on peut partir, parce qu’on s’ennuie ?” dit une fille.

L’intervenante: “T’es tannée du sujet ?”

– Oui.

– T’as pas répondu à ma question pourtant.

– J’ai horreur de ça, répond la jeune fille, pendant qu’on entend les cris : pénis, pénis ! (ou est-ce tennis ? Car peu après, deux enfants doivent partir pour leurs cours de tennis.)

– Reste encore un petit peu

L’intervenante martèle: “qu’est ce qui fait que tu es une fille, c’est parce que tu te sens une fille.” “T’as pas besoin de me le prouver, je te crois.” “C’est un sentiment qui est à l’intérieur de toi.” “Donc. Qu’est ce qui fait que tu es un garçon ou une fille. C’est quoi le plus important ?”

Elles n’ont que cinq ans, mais elles ne sont pas des tarées. Elles finissent par comprendre ce que l’adulte veut entendre. Une enfant répond: “Que tu le sentes en toi.” 

Bingo ! “C’est vraiment une belle réponse, dit l’intervenante. Que tu le sentes à l’intérieur de toi.”

La mission est accomplie. Ces enfants croyaient qu’on était fille ou garçon parce qu’on était nés ainsi. Ils le pensent sans doute toujours. Mais ils viennent de comprendre qu’une figure d’autorité insiste pour qu’ils distinguent la biologie et le sentiment intérieur. Ils n’ont pas fini de l’entendre.

Dans nos écoles, la Théorie du genre est devenue certitude

Depuis quelques années, nos bambins apprennent que les sexes n’existent pas. Qu’il y a un vaste évantail de choix, non seulement pour l’orientation sexuelle et l’identité de genre, mais pour le sexe lui même. Vous l’apprenez peut-être ici, comme moi au cours des dernières semaines, mais ce n’est pas un secret. En ligne, le document pédagogique  “Thèmes et apprentissages sur l’éducation à la sexualité”, de 695 pages, explique aux enseignants que « les enfants peuvent commencer à explorer leur identité de genre entre 3 et 7 ans. Cela entre dans un processus naturel d’autodétermination et d’affirmation de genre. C’est à ce moment-là que les enfants peuvent pour la première fois se sentir différents de leurs pairs. Ils se demandent pourquoi leur sexe attribué à la naissance diffère de l’identité de genre qu’ils ressentent en eux. » (p.11) Voyez, le sexe est “attribué à la naissance”. Il n’est pas constaté. Il n’existe pas en soi. 

La Théorie des genres suscite débats et colloques dans les milieux universitaires. Les arguments fusent sur le caractère fixe ou relatif, dans l’espèce humaine et chez les autres habitants de la planète, de la binarité sexuelle. Mais ce débat passionnant est tenu pour réglé par les pédagogues du ministère de l’Éducation qui ont construit l’ensemble du cursus autour de leur certitude que la théorie des genres est, non seulement la bonne, mais tout indiquée pour consommation en bas âge.

On trouve ainsi dans le document des suggestions de livres “pour le préscolaire et le primaire abordant notamment l’hétérosexisme, les stéréotypes, la transidentité” (p. 38.). Des thèmes, contes et illustrations, notamment une image produite par la CSQ et largement diffusée, présente le sexe biologique non comme un fait, mais comme une “infinité de possibilités’, à l’instar de l’identité de genre, qui vient du cerveau, et de l’orientation sexuelle, qui vient du coeur. 

L’organisme Gris (Groupe de recherche en intervention sociale) fort de 250 bénévoles intervenant dans les écoles, offre aux élèves dès le secondaire 1 (12 ans) dans son Guide pédagogique de définir leur “licorne du genre”, qui pose le principe du continuum de sexe, genre et identité comme autant de notion parfaitement fluides. On retrouve le même concept, mais avec un bonhomme en pain d’épices – la “personne gingenre” – dans du matériel pédagogique distribué en classe. 

Une gamine de 10 ans, revenue d’une de ces activités, conseille à sa mère de dire désormais « corps féminin » et « corps masculin » car certaines personnes ne sont pas bien avec les mots « fille » et « garçon ». Dans une lettre qu’elle m’a envoyée, sa mère réagit ainsi: “Comment peut-on introduire ces notions à des enfants qui pour la plupart n’ont même pas embrassé un garçon ou une fille.  La majorité n’ont même pas eu un amoureux.  Les petites filles n’ont pour la plupart même pas eu leur règle.  Comprenez moi, je n’ai rien contre les gens qui adhèrent à l’idéologie du genre.  Toutefois, je ne pense pas qu’apprendre comme base de la sexualité l’idéologie de la déconstruction sexuelle à des enfants en pleine construction de leur identité, soit une bonne idée, même que c’est un manque de jugement préoccupant.” Comme la plupart des autres personnes citées dans cet article, cette mère refuse que son nom soit identifié, de peur qu’elle même ou son enfant soit ostracisé.

La mère d’une élève de secondaire de St-Hyacinthe me raconte que «la professeure a informé ma fille que les jeunes peuvent faire une transition sexuelle à partir de l’âge de 14 ans sans le consentement de leurs parents, et que cette transition est remboursée par l’assurance maladie. Ma fille, qui sait qu’il s’agit de mutilations génitales, était bouleversée et se retenait pour ne pas pleurer en classe.» La mère a porté plainte, mais l’école a répondu que le cours était en tous points conforme aux directives du ministère. Ce qui est parfaitement exact: “Le respect de la confidentialité est d’une importance capitale” écrit le ministère.

Il n’y a pas de types: que des stéréotypes

Les pédagogues du ministère prescrivent aux enseignants une position claire sur le genre. Nulle part il n’existe dans cette littérature de “types” masculins ou féminins dignes de mention ou de valorisation et qui, si correctement nourris dans une culture d’ouverture, sont des vecteurs d’affirmation pour l’immense majorité des enfants et adolescents. Non, il n’existe que des ‘stéréotypes’ masculins et féminins. Ce sont des tares, comme l’hétérosexisme, l’hétéronormativité et le privilège hétéro. Dans la section de 8 à 11 ans du document précité on lit: “ces stéréotypes, en plus de présenter les genres féminins et masculins comme des réalités binaires et différentes, contribuent à diviser plutôt qu’à rallier les garçons et les filles, qui sont pourtant plus semblables que différents . En plus de limiter le potentiel de développement et d’expression des enfants, l’exposition répétée aux stéréotypes sexuels contribue à l’adoption d’attitudes et de croyances sexistes qui, à leur tour, nuisent à l’établissement de rapports harmonieux entre eux.” (p 114)

Un autre document du ministère, “Contenus détaillés en éducation à la sexualité” indique ceci pour le Secondaire 1: “accompagner leur réflexion sur leur identité de genre et sur certains effets nuisibles des versions traditionnelles de la masculinité et de la féminité qui peuvent affecter leurs relations interpersonnelles et leurs comportements sexuels”. (p. 4) On cherche en vain le paragraphe sur “certains effets positifs” de la masculinité et de la féminité. Ils n’existent pas. Toutes les indications poussent les enseignants à contrer ce qui est considéré comme masculin et féminin. Ils sont invités à s’interroger:

“Est-ce que je suis à l’aise que mes élèves fassent des choix qui correspondent à leurs préférences et qui vont au-delà des stéréotypes? • Est-ce que j’encourage les élèves dans la diversité des façons de s’exprimer, sans égard à leur genre?  • Est-ce que j’utilise une diversité d’exemples qui vont au-delà des stéréotypes?  • Est-ce que j’ai des idées préconçues sur la façon dont devraient agir les garçons, les filles?” 

La tâche de déconstruire les stéréotypes est colossale, convient le guide pédagogique, car “les stéréotypes existent dans le monde entier et transcendent les cultures.” C’est fâcheux. C’est pourquoi “il importe de travailler avec les élèves sur les stéréotypes tout au long du primaire”.

Cumulativement, cette approche présente l’expérience hétérosexuelle comme néfaste, contraignante, oppressante. Au contraire, livres, conférenciers, pièces de théâtres célèbrent les expériences LGBTQ. Les enfants de 8 à 14 ans ont par exemple fait des sorties scolaires en mai à la Maison Théâtre pour voir Norman, c’est comme normal à une lettre près, sur un garçon qui aime porter une robe rose. Le matériel pédagogique associé invite à discuter du genre.

La négation, par des professeurs en autorité, de la légitimité d’une affirmation sexuelle féminine ou masculine assumée induit-elle des “rapports harmonieux” ? Pas selon cette mère, universitaire, qui m’écrit au sujet de son fils, exposé en secondaire 3 à ce discours: “Cet enseignement n’a pas eu un effet positif sur lui. D’abord il a été ostracisé par son professeur et ses camarades de classe lorsqu’il a osé la remettre en question. Ensuite, cela l’a rendu angoissé par rapport à sa propre masculinité, et il a développé un grand besoin d’affirmation de celle-ci.” Une réaction pas nécessairement saine, croit-elle, mais “compréhensible pour un jeune adolescent. “

Un enseignant de secondaire 1,2 et 3 de Montréal raconte: “J’ai assisté à l’un des cours donnés par les intervenantes à une de mes classes.  Même si le sujet n’était pas sur l’identité de genre (cette séance était les maladies transmises sexuellement), durant tout le cours les intervenantes n’ont jamais prononcé les mots homme ou femme ou fille ou garçon.  Ces mots étaient remplacés par « personne avec un utérus » et « personne sans utérus ». C’était très étrange”. Lors d’une formation, “chaque enseignant présent devait se présenter en précisant quel pronom ils utilisent”.  Il s’agit des pronoms il/elle/iel/on/ul, qui diffèrent selon l’identité de genre de chacun. “C’est ce que les intervenantes font aussi avec nos élèves lorsqu’elles enseignent ces concepts à nos enfants.  Bien que tous les profs sentaient le malaise, tous ont consenti à révéler leur « pronom ».  Sauf moi.  Je trouve que cette méthode est une forme d’intimidation.”

Des effets pervers

Il n’est pas question de remettre en cause ici l’effort salutaire déployé pour que nos futurs citoyens développent tolérance et respect envers les orientations sexuelles diverses des uns et des autres. Ni de nier l’existence de dysphorie de genre chez une infime minorité d’enfants et d’adolescents et l’importance de les accompagner en toute bienveillance. Nous sommes ailleurs: dans la diffusion auprès d’enfants et d’adolescents d’une théorie qui affirme comme vraie, normale et pour tout dire préférable, la dissociation entre le sexe biologique et l’identité. Que ce discours aille à rebours de l’expérience de l’immense majorité des humains, jeunes et vieux, qu’il puisse avoir des effets pervers, sur le développement de la personnalité de nos enfants ne semble nulle part pris en compte. Il n’y a pas, ici, de principe de précaution. 

Jean-René Jeffrey, un homme gay, intervenant pendant huit ans du GRIS, témoignait dans les écoles du fait qu’il s’habillait en fille à l’adolescence mais qu’il en est revenu et est heureux dans son corps d’homme. Il a été prié de cesser de donner des formations en 2017, au moment où l’organisme a intégré des conférenciers trans dans ses activités. Il s’est ouvert dans un mémoire au GRIS de sa vive inquiétude: 

“La présence d’intervenants trans susceptibles de présenter, ou de suggérer, dans des écoles primaires et secondaires, la transition comme solution à la dysphorie de genre est une décision qui comporte un niveau de risques élevé pour certains élèves et particulièrement pour les élèves dysphoriques. On ne peut, ni ne doit, présenter ou suggérer la transition, (prise de bloqueurs de puberté, prise d’hormone et réassignation génitale) à des groupes de personnes mineures sans risquer de nuire à ceux qui, parmi eux, sont dysphoriques mais dont la problématique se résoudrait d’elle-même (85% des personnes) ni à des personnes fragiles (les 15% qui restent).”

Une intervenante auprès d’un organisme jeunesse dans Gaspésie-les-Îles m’écrit avoir reçu une femme trans du GRIS dans son groupe. “Ma gang de filles (7-8 jeunes de 13 ans) sont venus nous voir quelques jours après l’intervention de cette personne. Elles m’ont expliqué le plus sérieusement du monde qu’elles devaient être des garçons. Les raisons: elles aiment la pêche (c’est assez commun sur la côte), la chasse, faire du VTT, elles n’aimaient pas le maquillage et elles trouvaient ça trop difficile d’être des filles.” Aucune n’a donné suite à cette soudaine envie, ajoute l’enseignante qui raconte avoir passé six semaines à expliquer que ces loisirs ne sont pas réservés aux seuls garçons. “Mais si nous n’étions pas intervenus, dit-elle, il est fort possible que oui.” Elle a contacté la conférencière pour l’aviser que “son discours avait une réelle influence sur les jeunes et que ça dépassait largement le simple fait de parler de son expérience à elle de femme trans. [La conférencière ]m’a expliqué que mon discours était transphobe et que selon son « expertise » sur la question trans, j’étais selon elle une personne non-binaire refoulée… Selon elle, nous aurions dû affirmer les jeunes dans leur identité de genre sans même poser de question et les aider dans leur transition.  Nous connaissons assez bien nos ados pour savoir qu’elles ne sont pas trans mais qu’elles ne sont pas bien avec leurs corps qui changent.”

Elle ajoute: “J’ai essayé d’amener le sujet des OBNL LGBTQ+ qui parcourent les écoles et les organismes jeunesses de la province lors  des tables de concertation sur la jeunesse et auprès des autres maisons de jeunes. Personne n’ose critiquer en groupe, tout le monde a peur de se faire traiter de transphobe. Cependant,  nous sommes un bon groupe à nous questionner sur le contenu des ateliers sur la transidentité et de son impact sur les jeunes.”

La question de l’attitude à adopter lorsqu’un enfant, baignant dans ce discours, décide de modifier son orientation sexuelle est clairement établie dans un document de 2021 du ministère de l’Éducation: Pour une meilleure prise en compte de la diversité sexuelle et de genre – Guide à l’intention des milieux scolaires: “L’auto-identification est la seule façon de déterminer l’identité de genre d’une personne”.  

On lit bien, dans les textes remis aux enseignants, que les jeunes peuvent avoir des comportements changeants sur leur identité et orientation. Cependant on ne trouve nulle part, dans tous les documents obtenus, de témoignage ou de directive à l’effet que nombre d’enfants et d’ados traversent des phases d’identification diverses, puis assument sereinement leur genre et sexe d’origine. Rien qui incite les enseignants à faire preuve – et de conseiller aux jeunes– une grande prudence dans toute démarche d’affirmation de changement de genre. Au contraire, les directives exigent de respecter en tous points l’autoaffirmation de chaque élève, quel que soit son âge, et contiennent cet avertissement: “le refus intentionnel ou persistant de respecter l’identité ou l’expression de genre de l’élève trans ou non binaire peut être considéré comme une forme de harcèlement ou de discrimination susceptible d’entraîner des conséquences légales.” (p. 10)  

L’enseignant du secondaire de Montréal précité témoigne: “Dans mon école, il y a plusieurs « enfants trans ».  La plupart sont de jeunes filles.  Chaque année, depuis 3 ans, il y en a de plus en plus, et ils sont de plus en plus jeunes. Toutes les jeunes filles qui « s’identifient » comme garçon souffrent de graves problèmes d’anxiété, de dépression.  Elles s’absentent très souvent et sont en échec scolaire.” Il enchaîne: “Savais-tu qu’à la CSSDM, un enfant peut décider de changer son prénom pour celui d’un autre sexe, sans en aviser ses parents ? Oui, il n’a qu’à en parler à un « intervenant » ou un membre de la direction et son nouveau prénom remplacera son ancien sur les listes de classe.  Les enseignants sont tenus de l’utiliser pour ne pas se faire accuser de « mégenrer » l’enfant.  Parfois, on nous demande de continuer à utiliser l’ancien prénom lors des communications avec leurs parents car ces derniers ne sont pas au courant.  Oui, l’école joue dans le dos des parents. L’école encourage et célèbre l’enfant qui se révèle soudainement une nouvelle « identité de genre ».  C’est certain que la multiplication des cas est liée au discours des intervenantes dans les cours d’éducation sexuelle.” Il conclut: “Je suis inquiet des effets dévastateurs que je constate déjà sur nos ados et même nos jeunes enfants.”

Un père m’écrit au sujet de son adolescente de 17 ans qu’il accompagne depuis 3 ans à travers une série de problèmes de santé mentale: anorexie, dépression, anxiété, idées suicidaires, traits de personnalité limite. Dans une lettre de reproches qu’il a envoyée à l’hôpital Sainte-Justine, il écrit à son sujet “qu’à la première journée de son hospitalisation [à 14 ans, en 2020], et dans les premières minutes de notre rencontre avec Dr. N., qui était de garde ce jour-là, on nous mentionne les bloqueurs d’hormones comme étant quelque chose qui pourrait la soulager. Ma fille n’avait pas avant cette journée évoqué un questionnement par rapport à son genre, sauf un inconfort face à ses seins.” Sans prendre les bloqueurs, l’adolescente porte ensuite un bandage sur sa poitrine, change de nom à l’école et utilise le pronom “il” ce qui, écrit le père “a amené une série de situation parfois loufoques et a contribué à faire durer le problème (et à en créer des nouveaux).”

Trois ans plus tard, les spécialistes consultés, y compris à Sainte-Justine, “affirment clairement que la dysphorie de genre n’est pas le problème de ma fille.”’L’an dernier, l’adolescente, raconte toujours le père, a confié à sa psychiatre qu’elle souhaitait revenir à son nom de fille, “mais qu’elle ne savait pas comment et qu’elle avait peur de se faire juger”. Entrée au Cégep cet automne, elle s’est inscrite sous son nom féminin.

Le père estime que  “l’ensemble du système et de la société en général — j’inclus le réseau scolaire, la DPJ, le système de justice – semble présentement être organisé pour “affirmer” l’identité sans trop de questionnement, médicalement et même chirurgicalement si le désir se fait sentir.”

Il se dit “profondément troublé parce [qu’il] ai vu, entendu, et surtout par l’absence de garde-fous visant à protéger des adolescents troublés” et juge “qu’un grand nombre de parents vont suivre aveuglément les recommandations des “professionnels” ou la volonté de leurs enfants, parce que “c’est comme ça aujourd’hui”.

De l’éducation à la militance

Ce nouveau discours déborde des salles de classe. Les enseignants sont bombardés de matériel syndical enthousiaste sur le sujet. Surtout, dans plusieurs écoles, des comités, formés d’élèves et parfois soutenus par des profs et administrateurs volontaires, se donnent le mandat de faire appliquer la théorie du genre dans l’école en entier. 

Ces comités peuvent à la fois être des lieux sécurisant pour les ados vraiment LGBTQ+ et des aimants pour des jeunes en recherche identitaire. C’est ce que croit cette mère: “Ma fille de 14 ans s’est soudainement dit garçon il y a un an alors qu’elle n’avait jamais démontré auparavant de malaise face à son corps. […] À son entrée au secondaire, elle a adhéré au comité LGBTQ+ de son école, probablement sous l’invitation d’une nouvelle amie. Puis, elle a débuté une relation « amoureuse » avec cette amie qui se disait garçon. Quelques mois après, ma fille s’est dit elle aussi garçon, se disant par le fait même garçon homosexuel. Elle a ainsi commencé à se faire appeler d’un prénom de garçon et à se genrer au masculin. Ses cheveux ont été coupés courts et le style vestimentaire est devenu masculin. Elle a débuté une transition sociale.” Un reportage très positif sur un de ces comités a été présenté en mars à La semaine des 4 Julie. On y rencontre Line Desgagnés, animatrice en vie communautaire à la Polyvalente des Pionniers de Trois-Rivières Elle a créé un de ces groupes et est étonnée par sa croissance rapide, le nombre de ses membres étant passé de 15 l’an dernier à 30 cette année, “un record de tous les temps”. Elle en est enchantée.

De nouvelles normes: queernormativité et transnormativité

Pour résumer, un point de bascule a été franchi entre la volonté d’accepter, d’apprécier, voire de célébrer la diversité des expériences sexuelles, toujours nécessaire, et la diffusion massive, auprès de nos enfants, d’une idéologie de rupture avec le passé, idéologie jamais encore testée sur des humains. Une théorie qui, mettant au banc des accusés l’hétéronormativité et l’hétérosexisme, assimilé dans les textes officiels comme homophobes, les remplace par une nouvelle queernormativité selon laquelle la différence entre sexe “attribué” à la naissance et un autre choix d’identité de genre est établi et universel. Une nouvelle norme. De même, pour les enfants à l’identité de genre incertaine, nous sommes en présence d’une transnormativité, présentant à des enfants prépubères l’expérience trans, y compris médicale, y compris sans le consentement parental, comme préférable au prolongement de la recherche de soi jusqu’à l’âge adulte.

Je comprends que ce virage, majeur, a été introduit au moment où le Québec entier plaidait pour la réintroduction de l’éducation sexuelle dans les écoles. Mais une partie du contenu de cette réintroduction a été adoptée, je le présume dans le respect des étapes de rigueur, mais sans que les élus et, certainement, le public et les parents aient pris pleinement conscience de sa signification et de ses conséquences.

Je sais que le ministre de l’Éducation en a plein les bras par les temps qui courent. Mais à l’heure ou on s’apprête à reconduire cette pédagogie pour le moins hasardeuse au sein du nouveau cours de Citoyenneté québécoise, je n’ai qu’un mot à lui dire: Pause !

(Une version considérablement plus courte de ce texte a été publié dans Le Devoir.)

Faites le plein de lectures estivales à La boîte à Lisée