Exagérer avec Bock-Côté

Je veux rassurer tout de suite ceux de mes lecteurs qui souffrent de mathieu-bock-côté- phobie – oui, oui, je sais que vous êtes là : je ne suis pas un admirateur inconditionnel de celui qu’on appelle MBC. Mais voilà, je dois maintenant vous peiner en ajoutant que j’en suis un admirateur conditionnel. En plus, c’est un ami.

Je suis social-démocrate, il est conservateur. J’exècre l’avant-dernier pape, il le vénère. Je suis critique de toutes les religions, il fait l’apologie de la chrétienté. J’applaudis les programmes d’accès à l’égalité, il en rejette le principe même. Je suis inquiet du réchauffement, cela ne lui fait ni chaud ni froid. Je juge essentiel de faire reculer la pauvreté, le sujet l’ennuie. Il m’arrive même de défendre les droits des anglo-québécois. S’il l’a fait, cela m’a échappé. Je suis indépendantiste, lui aussi.

Je viens de terminer son dernier livre, Le totalitarisme sans le goulag (La Cité). Il exagère. C’est bien écrit. Il manie le verbe avec talent, mène sa charge avec élan. On le soupçonne content d’avoir trouvé une habile formule pour trucider tel aspect du régime diversitaire dont il a fait son ennemi personnel, puis en imaginer une seconde, puis une troisième, plus mordante encore, qu’il ne peut s’empêcher de nous faire partager. On voit bien qu’il se répète, mais on pardonne, car c’est goûteux. Mais qu’est-ce qu’il exagère !

Si on suit son raisonnement, nous vivrons bientôt, nous Occidentaux, dans un monde où  une banque fermera notre compte, simplement par désaccord avec notre opinion politique, pourtant légale. Un monde où des manifestations seront interdites préventivement, par crainte qu’y soient prononcés des propos haineux. Un monde où utiliser le mauvais prénom pour désigner le genre d’une personne sera un acte criminel. Où on pourrait être déclaré hors-la-loi pour avoir mis en doute le récit victimaire d’une minorité. Un monde où des policiers pourront nous arrêter, simplement parce que nous avons chez nous un livre qui peut être jugé offensant envers une minorité et que nous aurions dû savoir que quelqu’un pourrait l’utiliser pour le montrer à une partie du public et ainsi les inciter à la haine (Mein Kampf ? L’Ancien testament ? Le Coran ? Relations des Jésuites ?). Un monde où nous pourrons être accusés d’inciter à la haine pour des propos tenus en privé, dans notre salon. Un monde où des employés de l’État ou de grandes entreprises seront soumis à des formations les instruisant sur ce qu’ils doivent absolument penser de l’histoire de leur pays. Et où exprimer un désaccord envers une opinion bizarre – le racisme est bien pire au Canada qu’aux États-Unis, par exemple  – peut vous valoir des accusations de suprémacisme, vous plonger dans une dépression, vous conduire au suicide. 

Quand je vous disais qu’il exagérait. On serait dans Orwell, qu’il cite d’ailleurs abondamment. Bon, c’est vrai, une banque a fermé son compte au politicien britannique Nigel Farage pour raisons politiques. Devant le tollé, ils l’ont rouvert. Bon, c’est vrai, des préfets français ont interdit à l’avance des manifestations, parfois de gauche, parfois anti-laïques, parfois de l’ultra-droite, parfois aussi pour interdire de taper sur des casseroles sur la trajectoire du convoi présidentiel. Est-ce si grave ? Penser que le mégenrage soit criminalisé, c’est du délire. Quoique ce soit souhaité par une pluralité de millénariaux aux États-Unis. Idem pour la criminalisation de la discussion sur le génocide autochtone canadien. Ce n’est qu’une recommandation officielle, appuyée par le ministre canadien de la Justice. Pourquoi s’énerver ? Et ce livre odieux que vous avez chez vous, ce n’est qu’en Irlande qu’une loi pourrait vous entraîner en taule pour le posséder, pas ici. Et les propos haineux tenus en privé, ce n’est qu’en Écosse qu’on pourrait vous les reprocher devant un juge. C’est loin, l’Écosse. Quant aux formations obligatoires vous obligeant à croire que nous sommes pire que les Américains, elles ne sont imposées qu’aux employés fédéraux, à ceux des grandes entreprises, pas aux PME. Et, oui, aux directeurs d’école de l’Ontario, dont un a osé dire que c’était inexact, fut accusé d’être un suprémaciste blanc, puis s’est suicidé. Mais n’était-il pas un peu fragile ?

Sérieusement, Bock-Côté trace le portrait de ce qui pourrait nous arriver de pire, si la totalité des assauts recensés contre la liberté d’expression et de conscience devaient s’arrimer et se généraliser. S’avisant qu’il existe un médicament qui semble réduire les opinions racistes, notant aussi que des implants cybernétiques sont en développement, il nous avertit de ne pas écarter la perspective d’utilisation de ces innovations pour contrôler nos élans et nos pensées. Je voudrais lui rétorquer que le pire n’est pas toujours sûr. Je me retiens car ses ouvrages précédents nous avaient souvent prévenus de dérives dont on ne pouvait croire qu’on les vivraient près de chez nous, mais qui, pourtant, sont arrivées.

Évidemment, s’il s’inquiète énormément des outrances issues de la mouvance woke (un mot qu’il n’utilise pas, préférant parler de Régime diversitaire), il est moins disert sur les mouvements de droite qui interdisent des lectures, réforment les programmes pour qu’on ne parle plus d’esclavage aux États-Unis, matent la liberté de la presse en Europe de l’Est. Une partie du livre est destinée à prouver que l’extrême-droite politique n’existe pas en soi (il ne nie pas l’existence de groupuscules néofascistes). Qu’il ne s’agit que d’une étiquette servant à marginaliser les porteurs d’un discours dérangeant. La démonstration va pour la France, où les thèmes du contrôle de l’immigration et de la lutte contre la délinquance, naguère portée par le clan Le Pen, sont désormais au centre de l’action d’un gouvernement qui se dit d’extrême centre. Mathieu n’en parle pas, mais l’utilisation par les conservateurs nord-américain du mot woke pour étiqueter la totalité des positions progressistes et écologistes, même modérées, relève du même phénomène et mérite la même réprobation. Et lorsqu’il défend, sans la nommer, la thèse du “Grand Remplacement” des peuples historiques par les minorités, on cherche en vain dans ses pages les chiffres, l’échéancier, le moment du point de bascule, même si une transformation est visible en France et en Europe dans des cités et des quartiers.

Il y a donc à prendre et à laisser – et beaucoup à ajouter – à l’œuvre que construit énergiquement l’ami Bock-Côté. Je conçois que les avertissements qu’il nous lance peuvent agacer, déranger. J’estime toutefois qu’il est un combattant de la liberté d’expression. Et que c’est à nos risques et périls qu’on refuserait de l’entendre.

(Ce texte fut d’abord publié dans Le Devoir.)

Terre de leurs aïeux ! (intégral)

Je les ai trouvés touchants, moi, ces enfants, Canadiens d’origine indienne, chantant en chœur sur la glace des Jets de Winnipeg, dans la langue du Penjab, des passages du Ô Canada. Dans leurs sourires se lisait leur grande fierté d’être là, reconnus, vus, entendus, applaudis pour ce qu’ils sont, des membres chéris d’un des éléments constitutifs de la mosaïque canadienne. 

Ce moment de la fin 2023 constitue, à mon humble avis, un spectaculaire aboutissement identitaire, d’une épaisseur symbolique rarement atteinte. Il y a le lieu: la glace et le hockey, qui représentent la rudesse du climat et le talent d’une jeunesse qui n’a peur ni du froid, ni des lames qui crissent, ni des mises en échec. Il y a le chant: une ode au Canada, ce pays neuf, “true North strong and free”, pour lequel, “from far and wide”, on “stand on guard”.  Il y a la langue: l’anglais puis le punjabi, parlé au pays par plus d’un demi-million de personnes, langue en progression, et qui demain, lors d’un autre match, pourrait être remplacé par le cantonais, le tagalog, l’ukrainien et – pourquoi pas ? – dans une zone où ses locuteurs sont concentrés, le français. D’ailleurs, l’Ojibwe avait été entendu, entonnant les mêmes mots, au même endroit, il y a deux ans.

Ces chants sur glace sont des mariages, au fond. Entre le Canada d’une part, qui, c’est normal, s’exprime en anglais, et d’autre part un groupe culturel donné, exprimant dans sa langue son adhésion au projet canadien. Les participants à la cérémonie sont l’incarnation vivante de la trame narrative post-nationale du pays, l’expression de son désormais seul projet distinctif. Justin Trudeau aimait répéter: “notre diversité est une force”. Ce n’est plus vrai. Notre diversité, devrait-il dire maintenant, est notre seule force. Notre seule raison d’être, notre définition et notre horizon. 

Le choix qu’ont fait les organisateurs de l’événement de ne conserver pas une phrase, pas un mot, de la langue d’origine du Ô Canada, le français, participe à l’importance du moment. La genèse du chant sacré n’a plus aucune importance. Sa signification non plus. La version anglaise a été purgée de tout ce qui pouvait identifier la source et l’intention du texte, qui était en 1880 un hymne à la valeur des Canadiens-français qui avaient su résister à l’assimilation linguistique et religieuse anglophone et dont l’histoire de découverte du continent (avant la conquête) justifiait qu’on loue “une épopée des plus brillants exploits” et un front décoré de “fleurons glorieux”. Ces mots ont tous disparu de la version anglo-aseptisée, comme bien sûr l’épée et la croix, car on ne voit vraiment pas à quel événement ils auraient pu se référer dans cet autre univers. (La construction d’un chemin de fer ? La tentative de génocide des Indiens ? La pendaison de Riel ?)

Petits caractères

Certains sont choqués qu’une des deux langues officielles du pays ait été invisibilisée par l’équipe de hockey de Winnipeg. C’est qu’ils n’ont pas lu attentivement les clauses en petits caractères. Ce n’est pas le pays qui est légalement bilingue. Ce n’est que l’État canadien et certains de ses services. Cela ne s’applique à aucune province, sauf le Nouveau-Brunswick, à aucune équipe de sport, à aucune entreprise, ville ou stand de patates frites, sauf si l’envie leur en prend.

Or l’envie leur en prend de moins en moins, car c’est la démographie, et le projet multiculturel, qui parlent. Et parlent de moins en moins le français, et de plus en plus d’autres langues. Qu’on y songe, en Colombie-Britannique, le français est la sixième langue minoritaire. Chez les Jets au Manitoba, avec 34 000 locuteurs, il est encore second (derrière le Tagalog, 51 000, mais talonné par le Penjabi 33 700). Il est donc normal que la réalité canadienne – consacrée dans les textes et dans les têtes par ce fils du Québec, père du Canada, Pierre Trudeau – avance selon sa propre logique, sans même apercevoir dans le rétroviseur l’ombre depuis longtemps dissipée de deux peuples fondateurs.

Mais qu’en est-il du point de vue de ceux qui, résidents de la vallée du Saint-Laurent et de ses arrières pays, assistent à l’appropriation puis à l’évidement de leurs propres symboles ? Les connaisseurs l’auront compris, le moment est venu de citer l’auteur Jean Bouthillette, qui parlait, comme s’il avait été dans les gradins, l’autre soir, à Winnipeg, de “notre identité vidée de notre présence réelle”. Lisons-le:

“Nous voici devenus totalement étrangers à nous-mêmes. Ce que la Conquête et l’occupation anglaise n’avaient pu accomplir: nous faire disparaître, l’apparente association dans la confédération l’a réussi cent ans plus tard, mais de l’intérieur, comme un évanouissement. La dépossession s’est faite invisible. Telle est la spécificité de la condition canadienne-française, l’originalité de notre malheur. S’assimiler de fait, c’est mourir à soi pour renaître dans l’Autre; c’est trouver une nouvelle personnalité.”

Son petit livre s’intitulait Le Canadien-français et son double (Boréal). Sa publication, en 1972, diagnostiquait avec un scalpel froid et féroce le mal identitaire ressenti lorsqu’un Québécois francophone aspire à se conformer à une norme canadienne dont les atours lui ont été dérobés (le nom du pays, l’hymne, la feuille d’érable) pour revêtir une réalité autre, anglophone, qu’il ne pourra jamais atteindre. 

L’indispensable imputation

Comment devrions-nous réagir au Ô Canada en anglo/penjabi ? Évidemment on ne nous le demande pas, nous ne sommes pas consultés, même pas évoqués. Nous sommes, pour les acteurs de cette fête, une quantité négligée. Il ne faut pas y voir, de leur part, de l’insouciance, voire de l’indifférence. Ce n’est qu’un symptome de notre inexistence.

Tout cela étant, quel sentiment devrait nous animer ? Les fédéralistes parmi nous se sentent certainement vaguement trahis, mais n’osent le dire trop fort de peur d’alimenter le sentiment anti-canadien qui cause tant de chagrins. Les indépendantistes ont décidé il y a longtemps que le Ô Canada était maudit, et refusaient de l’entonner, même dans sa version d’origine, avec ses paroles qui ne parlent que de nous. Certains, peut-être, en avaient un jour lu les couplets suivants, qui parlent de fidélité au Roi.

Le trouble est encore perceptible chez les nationalistes tendance Québec-fort-dans-un-Canada-uni. Ils ne comptaient déjà plus parmi les chanteurs enthousiastes de notre ex-hymne patriotique, mais continuent à souhaiter respect et reconnaissance, ou tout au moins le moins d’irrespect et d’insensibilité possible. L’événement de Winnipeg mais du sel sur leur mal-être. Ce que Bouthillette appelait cette “absence à nous-mêmes et [cette] fausse présence au monde”;   “un déracinement psychique, un no man’s land intérieur, une errance de notre âme de peuple dans son exil canadien.” 

Il savait déjà, il y a 50 ans, qu’un seul remède s’imposait. Couper les ponts avec cette part de nous-mêmes avalée par l’Autre. “Notre décolonisation commence par l’amputation volontaire de la part de nous qui, sans la servitude aurait pu être, mais qui n’a pas été, et ne peut plus être.”

C’est beaucoup demander à un peuple de changer de nom, de symbole, d’hymne, pour retrouver une saine expression de soi. De changer de pays. Était-il trop tôt en 1980 ? C’est ce qu’a conclu Gérald Godin, dans une lettre à Lévesque cinq ans après ce qu’il appelait “Le Grand Refus”: “Le poids de vécu que représentent les vies de nos compatriotes doit nous rappeler toujours que ce qu’ils décident, aussi cruel que ce soit pour nous, c’est toujours en fin de compte ce qu’ils croient être le mieux pour eux, dans leur vie à eux.”

La mutation nécessitait maturation. Et ce ne fut qu’en 1995 qu’une toute petite majorité de Québécois (et 60% des francophones) ont pour la première fois déclaré aux sondeurs qu’à choisir, ils se sentaient davantage Québécois que Canadiens. Pour Bouthillette, tout est là, dans l’apparition depuis 1960 puis la progressive acquisition, par les ex-Canadiens et ex-Canadiens-français, d’un nouveau nom qui “nous fait lentement renaître à nous mêmes et au monde […] qui lève toute ambiguïté, un nom clair et transparent, précis et dur, un nom qui nous reconstitue concrètement dans notre souveraineté et nous réconcilie avec nous-mêmes: Québécois”.

L’amputation/renaissance faillirent se faire à ce moment, le 30 octobre 1995, et nous sommes quelques-uns à penser que ce choix fut fait, n’eut été de l’argent et d’un bon nombre de magouilles (dont certaines traces gisent toujours, inatteignables, dans les voûtes du Directeur général des élections, qui nous en interdit la lecture). Ce ratage allait-il nous repousser pour de bon dans ce que Bouthillette appellait “l’évanouissement”, dans “la souffrance diffuse des vaincus et des expropriés” ?

L’année 2023 offre des indices qu’il s’agissait plutôt d’une pause. Le temps – un quart de siècle depuis 1995 – de finir son deuil, d’en revenir. L’autre soir, au Salon du livre, une retraitée s’approcha de ma table de signature comme on vient au confessionnal. “J’ai voté Non aux deux référendums”, me dit-elle d’un ton assumé. Elle avait bien réfléchi et n’était plus dans une phase d’hésitation. “Là, ça suffit. C’est le temps.” Je lui demandai: “qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis” ? Sa réponse ne portait ni sur PSPP, ni sur le choix de Boeing plutôt que Bombardier, ni sur l’immigration à tout vent. Plutôt ceci: “le joueur de football, là, il l’a dit. Gardez-le, votre anglais !” 

Un raz-le-bol. Un trop plein de la négation de soi par l’autre. Selon Philippe Fournier, en un an la souveraineté a pris six points de pourcentage. Pas encore la majorité, bien sûr. Mais une résurgence qui franchit enfin les marges d’erreur. Quelque chose serait-il en train de se passer ? La mue aurait-elle entamé sa phase finale ? Les Québécois se prépareraient-ils, tranquillement, à leur manière, à dire un jour prochain, sur le ton de la lassitude plutôt que de la colère : “Gardez-le, votre Ô Canada”. Ils auraient conclu que c’est désormais le leur. “On ne le veut plus, diraient-ils. Il ne nous aide plus, mais nous nuit. Considérez que c’est notre cadeau d’adieu !”

(Une version légèrement plus courte de ce texte a été publiée dans Le Devoir.)

L’âme existe, le juge l’a dit ! (version intégrale)

Comme Napoléon, le juge Blanchard tire ses certitudes de Dieu.

Pendant des millénaires, philosophes et théologiens ont épuisé les ressources de la rhétorique pour tenter de démontrer l’existence de l’âme humaine. Ils n’ont jamais atteint de certitude. L’absence de l’âme étant inconcevable, sa présence doit être arrachée au néant par la seule puissance de la déduction.

Ces débats n’ont plus lieu d’être. Le jugement rendu mardi par le juge Marc-André Blanchard, de la Cour supérieure du Québec, pourra être brandi dans tous les débats théologiques à venir. L’âme humaine existe. La preuve : son existence constitue un des fondements du droit canadien.

(Une version légèrement écourtée de ce texte a été publié dans Le Devoir.)

Le juge devait déterminer si l’on pouvait demander à une personne religieuse salariée de l’État de retirer ses signes religieux pendant ses heures de travail. Au paragraphe [1098], la lumière jaillit. La réponse est non, car « cette violation » atteindrait « l’âme ou l’essence même de cette personne ». Bigre.

Ailleurs dans le jugement, le magistrat est très tatillon sur la qualité de la preuve qui lui est présentée. Par exemple, il trouve peu convaincants les témoignages et les arguments sur l’effet que pourrait avoir sur des enfants la présence de signes religieux représentant, par exemple, la modestie et la soumission des femmes, portées par des figures d’autorité qui ont pour mission de servir d’exemple à la jeunesse. Même si une enseignante porte la burqa, symbole suprême de l’oppression des femmes, les jeunes n’en tireront selon lui aucun enseignement.

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Qu’en est-il de la qualité de la preuve sur l’existence de l’âme, nécessaire pour conclure qu’elle serait violée par la Loi sur la laïcité de l’État ? Malheureusement, sur 346 pages, on ne trouve pas le début du commencement d’un indice, d’une trace, voire d’un faisceau de présomptions sur lesquelles il s’appuie pour en décréter l’existence. Il la déclare réelle, lui donne vie et corps, par fiat. C’est quand même lui le juge, que diable !

Non content de proclamer son existence, il la connaît suffisamment pour nous dire ce qu’elle n’est pas. Des rustres ont eu l’outrecuidance d’affirmer devant lui que, puisqu’il est interdit aux employés de l’État de porter au travail des signes témoignant de leurs convictions politiques, sociales ou syndicales, l’interdiction devrait s’étendre aussi aux signes de conviction religieuse.

Que nenni ! Certes, admet-il, l’interdiction de ces autres signes viole la liberté d’expression du salarié, mais il ne s’agit pas là d’un droit fondamental qu’il sied de protéger. Pourquoi ? Parce que « cette violation n’atteint pas l’âme ou l’essence même de cette personne ». Vous avez consacré votre existence au féminisme, à l’écologie, à l’indépendance ? Sachez que votre vocation, même si certains de vos proches vous trouvent obsédés par elle, n’a nullement percolé jusqu’à votre âme ou votre essence. Cela n’a même pas laissé d’empreinte, contrairement à la religion, écrit le juge, sur « l’un des fondements mêmes de l’être ». L’enseignante qui s’est convertie à l’islam la semaine dernière, ou qui n’a jamais porté le hidjab mais s’en coiffe spécifiquement pour contester une loi de la CAQ, elle, doit être vue comme fondamentalement imbue, dans son essence spirituelle, par cet objet sacré dont elle est désormais indissociable. Le juge Blanchard le sait, car il détient les clés de l’âme, de l’essence, des fondements des êtres.

Un Dieu intolérant ou miséricordieux ?

Des audacieux lui ont dit que, sur le continent qui a inventé le concept même des droits de l’homme, l’Europe, des magistrats aussi studieux que lui avaient tiré des conclusions complètement inverses. Que le port de signes religieux n’est pas un droit fondamental. Les Belges ont même inventé un mot pour interdire l’affichage « convictionnelle » dans lequel ils mettent à égalité le macaron syndical ou la croix de Jésus. C’est qu’ils n’ont pas été frappés, comme notre juge, par la révélation de l’existence de l’âme.

Depuis plus d’un siècle en France, chrétiens, juifs et musulmans employés de l’État retirent leurs signes religieux avant d’entrer au travail et les remettent à la sortie. Malgré la vigilance constante de milliers de curés, de rabbins et d’imams, Dieu n’a, en 116 ans, donné aucune indication qu’il était mécontent de cet arrangement. On n’a signalé de sa part aucun refus d’entrée au paradis pour ses ouailles qui se sont pliées à la règle républicaine.

Il semble que Dieu serait moins clément de ce côté-ci de l’Atlantique. L’obligation faite aux croyants québécois de retirer leurs signes entraînerait, écrit le juge, « une conséquence cruelle qui déshumanise les personnes visées ». Oui, car elles ne pourraient ainsi agir « en fonction de leur âme et conscience, en l’occurrence leurs croyances ». Ici, le juge postule que les croyances de ces salariés les obligent absolument à porter ces signes, sous peine de… de quoi exactement ? De la réprobation de leur Dieu. En matière de respect de la croyance religieuse, si on ne tient pas pour avéré que Dieu réprouve un comportement, il n’y a pas de dilemme.

Porteur de vérités venant de l’invisible, l’honorable Marc-André Blanchard aurait pu éviter toute cette cruauté déshumanisante en proclamant aussi que Dieu est infiniment bon et infiniment miséricordieux. Qu’il ne tiendra donc nullement rigueur à ses enfants qui acceptent les normes sociales. Le magistrat aurait pu mobiliser saint Paul, qui implorait ainsi les Romains : « Que chacun soit soumis aux autorités supérieures, car il n’y a d’autorité qu’en dépendance de Dieu, […] si bien qu’en se dressant contre l’autorité, on est contre l’ordre des choses établi par Dieu, et en prenant cette position, on attire sur soi le jugement. » Il avait tout prévu, saint Paul, y compris le jugement.

De la nécessité d’un jugement Blanchard II

Mais le juge prend la direction inverse. Prétendant interpréter la constitution, il impose des vues exactement contraires à celles des constituants les plus récents. En 1998, des personnes à ne jamais inviter à la même soirée, Lucien Bouchard et Jean Chrétien, Pauline Marois et Stéphane Dion, ont modifié la constitution canadienne pour mettre fin aux commissions scolaires catholiques et protestantes du Québec et les remplacer par des structures laïques, les commissions scolaires linguistiques. Des commissions non-religieuses.

Notre juge ne capte aucun signal laïc dans cette décision pourtant récente. Brûlant d’une foi ardente dans l’importance du religieux dans la société, il accepte avec enthousiasme la volonté de commissions scolaires anglophones « d’engager et promouvoir des personnes portant des signes religieux parce qu’elles considèrent que cela participe à promouvoir et à refléter la diversité culturelle de la population ».

Le paragraphe suivant mérite d’être cité en entier, car il nous ouvre un univers de plaisirs pour les décennies à venir:

« Sans crainte de se tromper, le Tribunal peut affirmer que le bon sens, qui fait partie de l’attirail judiciaire, permet de conclure que l’absence systématique dans un espace social de personnes auxquelles une autre, partageant les mêmes caractéristiques, peut s’identifier constitue à la fois un obstacle dans la reconnaissance sociale de la valeur de ces caractéristiques, tout autant qu’un facteur de marginalisation pour tout individu qui visa à obtenir cette reconnaissance. »

Bon sang mais c’est bien sûr ! Le corps enseignant, le personnel de soutien même, de chaque école doit être représentatif des caractéristiques des élèves. Dans ce cas, il ne suffit pas de permettre aux enseignants de porter des signes religieux. Il ne suffit pas de le promouvoir. Car il est certain, comme le soulignait l’an dernier Guy Rocher, que les chrétiens s’affichent beaucoup moins, cette décennie-ci, que les musulmans ou les sikhs. Les élèves catholiques et protestants seront donc en danger de marginalisation, de non reconnaissance. Et qu’en est-il de la proportion grandissante d’enfants dont les parents sont athées ? On sent tout de suite leur malaise de ne pas se reconnaître parmi le kaléidoscope de signes religieux qui passera devant eux. Je ne vois qu’une solution, pour un jugement Blanchard II : imposer des quotas de signes religieux et athées dans le corps enseignant qui fluctueront avec l’évolution de la pratique religieuse ou athée dans la région où l’école est située. (Évidemment, je déconne !)

Le fait est que, si on retire la foi du jugement Blanchard, tout son édifice juridique s’écroule. La présomption de l’existence de l’âme et des représailles d’un Dieu intolérant, le postulat aveugle que chaque porteur d’un signe religieux y est spirituellement attaché et le refus de reconnaître la profondeur de convictions autres que religieuses sont, tous, des actes de foi du juge. Nous ne sommes pas dans le droit, nous sommes dans le dogme. Face au dogme, il n’y a qu’un remède : la laïcité.


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Sugar Sammy et moi, entre sucre et vinaigre

J’ai une relation compliquée avec Sugar Sammy. D’abord, je le trouve extrêmement drôle. C’est un plaisir coupable, car l’essentiel de son humour utilise le ressort du mépris, et du mépris ethnique. Mais il le fait avec un tel talent, et contre un si grand nombre d’ethnies, dont la sienne, que le rire qu’il provoque est au moins égal à sa méchanceté. C’est mon outil de mesure: plus on est méchant en humour, plus il faut être drôle.

Sa série avec Simon-Olivier Fecteau, Ces gars-là, était savoureuse. Fecteau écrivait les textes, bien sûr, mais il testait ainsi l’élastique de Sammy, dont on sait qu’il est un ancien militant du Parti libéral du Canada. Il a déjà déclaré que son humour était sa façon de prolonger, sur scène, son engagement politique fédéraliste. C’est son droit.

Deux épisodes très politiques de Ces gars-là sont dignes de mention. Dans un cas, Sammy était confronté à une amende de l’OQLF. Le fonctionnaire fictif de l’office lui disait qu’il pourrait passer l’éponge si Sammy allait personnellement inspecter un commerce anglophone qui semblait délinquant. Lorsque Sammy y va, à contrecœur, il découvre que ces anglos sont non seulement anti-francophones, mais aussi anti-indiens et anti-pakistanais. Choqué, Sammy remplit avec enthousiasme tous les formulaires de dénonciation. Là, Sammy illustre que lorsqu’on est la cible de la discrimination, il est normal de vouloir sévir, y compris en matière linguistique.

L’autre est une allégorie sur « l’argent et des votes ethniques ». La majorité francophone dans un édifice à logements est sur le point de voter une résolution qui déplait à Sammy. Pour fausser le vote, il paie des non-francophones pour venir occuper illégalement un appartement, ce qui fait basculer la majorité, de justesse, en faveur du NON. Sammy participe là à une dénonciation transparente de la tricherie référendaire fédérale de 1995.

Évidemment, dans ces cas, il ne fait que livrer le scénario de Fecteau. Mais ayant été volontaire pour illustrer à l’écran le contraire de ce qu’il prêche sur scène, on est en droit de se poser la question qui tue: le mépris ethnique qui ponctue ses monologues est-il sincère ou feint ? Dans une entrevue donnée en France, à un interviewer qui lui reprochait ce trait, il a répondu qu’il le faisait avec « bienveillance » et que cela paraissait dans « le ton » qu’il utilisait. Ce n’était pas totalement convainquant.

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Il ne fait aucun doute que Sugar Sammy est attaché au Québec et à Montréal. « J’ai eu de la chance, je suis né au bon endroit et au bon moment » dit-il, répétant que sa maison est ici. Je me souviens qu’il était étonné et ravi d’avoir reçu l’Olivier de l’année en 2013 (résultat du vote du public). Alors ministre, je l’avais félicité. Il s’en disait aussi étonné et ravi.

Lorsqu’on extrait la dérision et l’humour méchant, que reste-t-il ? La conclusion d’un de ses monologues est transparente. Il parle des statistiques qui segmentent les Québec entre « francophones », « anglophones » et « autres ».

« Je rêve du moment, dit-il, où on sera tous « autres »!. »

On peut y voir du multiculturalisme extrême, une volonté que tout ce qui reste soit la mosaïque culturelle remplaçant, au final, une société francophone et une minorité anglophone. Où on peut y voir aussi un appel à un métissage intégral dans un grand Québec multilingue.

En entrevue au Devoir, il a un jour dit: « Le Québec, en étant au confluent de plusieurs influences culturelles, de plusieurs langues, a quelque chose d’unique, et si on s’en sert bien, on va pouvoir facilement se placer en tête de parade.»

Ce qui est certain est que Sugar Sammy est un enfant de la loi 101. Sans René Lévesque et Camille Laurin, sa carrière serait anglophone et son talent pour la provocation ne ferait pas partie de l’univers culturel québécois. (Il promet pour bientôt un nouveau spectacle pour le Québec francophone encore plus décapant. « Je mets le feu et je me lance vers les sorties » explique-t-il.) C’est quand même une victoire des indépendantistes d’avoir fait en sorte qu’on puisse se faire insulter aussi durement et aussi brillamment dans notre propre langue par un fils d’immigrant anglophone.

Il m’arrive de croiser le fer avec lui sur twitter, ce que nous avons fait cette semaine, autour de la controverse portant sur la Une du Journal de Montréal. Pour ceux qui n’ont pas accès au réseau des gazouilleurs, voici l’échange:


Plus sérieusement, j’ai donné mon avis à Sophie Durocher au sujet de la polémique suscitée par la Une du Journal. On peut l’écouter ici. Avertissement: je n’ai pas de solution à offrir.

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L’héritage du cours Éthique et culture religieuse : Une génération d’athées multiculturels ?

J’applaudis, évidemment, à la décision du gouvernement Legault de remplacer le cours ECR, Éthique et culture religieuse, par un cours plus large sur la citoyenneté. C’était précisément la proposition que j’avançais depuis 2016.

Je compte bien répondre à la question posée par le ministre de l’éducation Jean-François Roberge : que devrait-on inclure dans ce nouveau cours ? Mais avant, je voudrais revenir sur un aspect très paradoxal du cours ECR qui vous a peut-être échappé.

Depuis son introduction en 2008, le cours est pris à partie y compris par les tenants de la laïcité, dont je suis, et par les organisations religieuses. Les laïcs estiment qu’il est excessif de consacrer une heure par semaine pendant 11 ans au fait religieux, car cela exagère nettement l’importance de la religion dans la société. Ils estiment aussi que le cours présente comme parfaitement respectables des religions qui, pour l’essentiel, incarnent le refus de l’égalité homme femme et substituent à la science un récit imaginé de l’histoire humaine. Plutôt que de porter un regard critique sur les religions, l’ECR prône une acceptation totale des différences et fait comprendre qu’il est condamnable de critiquer les religions ou d’insister sur le caractère laïc de nos institutions. Bref, le cours ECR propage l’idéologie multiculturaliste.


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Un impact mesurable sur l’appui à la loi 21

On exagère ? Voire. Un des principaux concepteurs du cours, Georges Leroux, dans un texte fondateur, a écrit: «On doit surtout faire l’effort de concevoir une éducation où les droits qui légitiment la décision de la Cour suprême [qui permet le port du kirpan à l’école], tout autant que la culture religieuse qui en exprime la requête, sont compris de tous et font partie de leur conception de la vie en commun.» Le programme ECR, a-t-il ajouté, «doit inculquer le respect absolu de toute position religieuse».

Difficile de ne pas voir une relation de cause à effet entre ce cours et le fait que les Québécois de 18 à 24 ans, donc qui ont été exposés au cours, soient les moins favorables à l’interdiction des signes religieux pour les personnes en autorité. Ils sont divisés à égalité sur le sujet (36% pour et contre), alors que leurs aînés immédiats, de 25 à 34 ans, non exposés au cours, y sont à plus de 50% favorables, une majorité qui grimpe ensuite jusqu’à 80 % avec l’âge. (Pour le sondage Léger, voir ici. PDF)

Une fabrique d’athées ?

Mais alors pourquoi le cours est-il si mal reçu par les autorités religieuses ? Elles devraient être ravies, non ? Non. Parce que le cours produit peut-être des multiculturalistes, mais il produit des multiculturalistes athées.

Si vous souhaitez que votre enfant de six ans partage votre foi, il est hautement préférable qu’il ne soit exposé qu’à la vôtre, qu’elle soit chrétienne, juive ou musulmane. Car il n’y a, c’est connu, qu’un seul Dieu et une seule vérité. Exposer les jeunes de 6 à 17 ans à l’existence simultanée de plusieurs religions, plusieurs Dieux, plusieurs rites, affirmer que toutes ces versions sont également respectables, c’est miner le fondement même de l’attachement à une religion.

Analyses et récits entre vos deux oreilles: cliquez sur l’image.

Vous avez entendu parler de l’exercice proposé dans un des cours ? Après avoir démonté les composantes classiques des religions, l’exercice s’intitule « J’invente ma religion ». En équipe, l’élève s’invente un Dieu, un récit d’origine, un livre sacré, des rituels, des objets de culte.

Si à quatre élèves de 6, 10 ou 12 ans, on peut s’amuser à inventer une religion, on peut constater que ce n’est finalement pas si compliqué. Comment, au sortir de cet exercice, ne pas mettre en doute la véracité des discours religieux officiels.

J’aimerais pouvoir prouver ce que j’avance en vous citant des données qui prouvent que le nombre d’athées et d’agnostiques augmente significativement chez les jeunes québécois. Des données récentes attestent d’une baisse de la pratique religieuse, de la croyance en Dieu, du nombre de mariage religieux. Les plus jeunes québécois expriment, davantage que leurs aînés, un décrochage envers le fait religieux.

Malheureusement, aucune étude ne permet de distinguer précisément l’impact du cours ECR. Il a été introduit en 2008. Au moment du dernier sondage disponible, datant de 2019, les Québécois qui y ont été exposés avaient entre 16 et 27 ans.

Un sondage Léger réalisé par l’Association des études canadiennes a relevé que la croyance en Dieu décline clairement avec l’âge. Parmi nos aînés, de plus de 65 ans, au moins 65% y croient. On obtient une majorité de croyants aussi, mais plus faible, chez les plus de 35 ans.

La majorité bascule chez les moins de 35 ans. Pour la première fois dans l’histoire moderne du Québec, la majorité des 25-35 ans soit 52% affirment ne pas croire en Dieu, sans compter ceux, plus de 10%, qui disent ne pas avoir d’opinion à ce sujet. Chez les plus jeunes, les 18-24 ans, donc davantage encore exposés au cours ECR, la non croyance est toujours historiquement élevée mais légèrement moins forte, à 46%. Cependant ceux qui disent être indécis sont plus nombreux, à 15%.

Globalement, entre 18 et 35 ans au Québec, on ne trouve qu’un citoyen sur trois qui affirme croire en Dieu. C’est le score le plus faible, et de loin, en Amérique du Nord.

ECR: par quoi le remplacer ?

Maintenant que le gouvernement Legault a décidé de le remplacer, la question est, par quoi ?

Candidat à la direction du PQ, j’avais réfléchi à cette question et ma réponse est la suivante : ces heures devraient être consacrées à outiller nos jeunes pour qu’ils soient des citoyens informés et éclairés. Cela signifie qu’ils doivent comprendre les droits et devoirs qu’ils auront dans la société, qu’ils puissent se repérer dans la vie démocratique, dans la vie juridique, dans la vie économique et dans la vie sociale.

Le ministre soumet sept thèmes. Certains recoupent exactement mes propositions. Une initiation à la vie démocratique, locale et nationale, une initiation au système juridique et aux droits du citoyen. Je note que le thème de l’égalité des hommes et des femmes n’est pas au programme, il devrait l’être.

Le ministre propose d’y insérer, comme je le souhaitais, tout un volet sexualité.

Viennent cependant s’ajouter une proposition d’éducation à l’écocitoyenneté qui me semble, comme parent, déjà abondamment couvert à l’école. Un volet développement de soi et relations interpersonnelles et un volet Éthique, consistant à faire comprendre à l’élève les règles du vivre ensemble et les moyens de combattre le stress,  est bienvenu.

S’ajoute un volet Citoyenneté numérique qui me semble intéressant à l’heure de la cyberintimidation et du hammeçonnage. On y parle aussi du regard critique qu’il faut poser sur la publicité, les médias et les médias sociaux. J’achète. J’ajouterais un volet sur les théories du complot et les fake news.

Le fantôme du cours ECR

Puis, vient un dernier volet, qui est ni plus ni moins le fantôme du cours ECR, intitulé « Culture des sociétés ». Il me paraît difficile de préparer un jeune à la vie citoyenne sans lui donner une idée de la diversité culturelle et religieuse qui l’entoure. La question du récit religieux en soi devrait être reléguée au cours d’histoire mondiale, point à la ligne. Mais on ne peut faire l’impasse sur les questions de diversité et d’intégration.

Le problème avec la proposition du ministre, c’est qu’elle fait semblant que ces questions ne font pas débat. Que le Québec n’a pas de position. D’ailleurs, le mot laïcité n’y apparaît pas.

Laissez-moi vous lire ce qu’on y trouve :

Par ce thème, l’élève peut être informé, par exemple, sur :

  • les croyances religieuses;
  • les aspects culturels, économiques et politiques, qui peuvent différer d’une culture à l’autre;
  • la nécessité qu’à l’intérieur d’une société, la différence entre les individus soit considérée comme une richesse;
  • les défis associés à l’intégration des individus et à l’acceptation de la différence

fin de citation

Je ne m’arrête qu’un instant sur l’idée que la différence n’est pas dans tous les cas une richesse car les Hells Angels sont différents, les djihadistes sont différents, les fraudeurs sont différents et je ne souhaite pas que nos enfants soient conduits à accepter ces différences comme, disons, enrichissantes.

Je note aussi que rien n’est prévu pour prévenir nos jeunes contre le danger de recrutement par les sectes et sur les périls du radicalisme religieux. Je suppose que les techniques de recrutement des proxénètes seront couvertes dans l’éducation sexuelle, mais j’espère qu’on trouvera aussi le temps pour démonter la logique des gangs. Si ce cours est efficace, il développera chez nos jeunes citoyens des anticorps face à ces dangers qui les entoure.

Mais j’estime qu’il faut en effet jouer franc jeu avec les élèves, surtout du secondaire, dans un thème qui pourrait s’appeler non pas « culture des sociétés » mais « le vivre-ensemble au Québec ».

On leur apprendrait qu’il y a plusieurs façons d’organiser les sociétés et d’aborder l’intégration des arrivants. Les États-Unis ont choisi le Melting-pot, le Canada le multiculturalisme, mais le Québec a fait un autre choix. Pour l’instant, la doctrine québécoise est l’interculturalisme (je trouve la chose trop molle, mais c’est la doctrine) et les Québécois ont fait le choix d’un État laïc, où les signes religieux et de conviction ne sont pas admis chez les personnes en autorité.

Une explication de la marche historique de la société québécoise vers la laïcité serait, là, bienvenue. Et pourquoi, si on insiste tant pour parler d’intégration, n’aborde-t-on nulle part un des thèmes centraux de la vie québécoise : la question linguistique et la volonté de maintenir ici une société dont la langue officielle et commune est le français ?

Bref, le ministre a réussi le tour de force de proposer un cours de préparation des jeunes québécois à la vie citoyenne moderne, sans que les plus grands débats de société de la dernière décennie et les plus grandes décisions des Québécois sur le sujet du vivre-ensemble n’y soient abordés.

C’est un exploit.

 


La bande annonce de ma dernière balado Lisée101:

La bande annonce d’une récente balado Lisée202:

 

Comment Trudeau va-t-il contester la loi 21 ? Un de ses grands amis révèle le mode d’emploi

Justin Trudeau l’a annoncé en lançant sa campagne, il serait « contreproductif » de dire tout de suite s’il utilisera les armes juridiques à sa disposition pour faire invalider la loi 21 s’il est réélu. Donc, il n’en parlera pas « pour l’instant ».

Sa décision est politiquement intenable. Ceux qui appuient la loi (comme moi) et ceux qui la combattent veulent savoir ce que Trudeau fera lorsqu’il sera réélu.

Dès le dépôt du projet, le Premier ministre l’a déclarée « impensable » et a promis qu’il allait « défendre » la Charte des droits et les droits des Canadiens. Son ministre de la Justice l’a plusieurs fois déclarée « inacceptable » et a annoncé qu’après la sanction de la loi, il allait parler des « prochains pas » (next steps) à prendre. Mais la loi a été sanctionnée fin juin et rien n’est arrivé.

Enfin, pas tout à fait rien.


Ceci est le texte de ma dernière balado hebdomadaire Lisée101 sur l’actualité politique. Exceptionnellement, j’en publie le texte dès aujourd’hui compte tenu du contexte. Normalement, les abonnés à la balado ont l’exclusivité. Faites comme eux, abonnez-vous ici.


Il est important d’écouter la radio. En français, d’abord, pour savoir ce que les ministres de Justin Trudeau disent, lorsqu’ils sont interrogés sur la loi 21.

À la radio, donc, Mélanie Joly répond mercredi le 4 septembre aux questions de Patrick Lagacé. Écoutons-la.

https://soundcloud.com/lisee101/extrait-joly

Bref, trois fois, Mélanie Joly affirme que le gouvernement fédéral va laisser le Québec agir sans intervention d’Ottawa. Elle met dans la bouche de Justin Trudeau des mots qu’il n’a jamais prononcé. Jamais, au grand jamais, n’a-t-il dit que cette affaire ne relevait que du Québec ou de l’Assemblée nationale. Il a au contraire dit qu’il était de sa responsabilité de défendre la Charte. Il n’a simplement pas dit comment ou quand.

Il est important d’écouter la radio en anglais. Car on pouvait y entendre, trois jours plus tard, le 7 septembre, le député de Ville-Marie Marc Miller dire exactement le contraire.

Vous ne connaissez pas Marc Miller ? Ce n’est pas grave, car Justin Trudeau, lui, le connaît bien. Ils se sont rencontrés à Brébeuf, sont devenus de grands amis, ont voyagé en Afrique ensemble. Puis Miller a organisé l’élection de Trudeau dans le comté de Papineau et a participé comme conseiller à sa campagne victorieuse au leadership. Miller est devenu un temps président du caucus des députés québécois de Trudeau. Il est avocat et a écrit des textes sur la constitution.

Interrogé à l’émission The House de la CBC sur la réaction qu’aura son ami le premier ministre face à la loi 21, le député Miller a été très clair. Écoutons-le, en version originale.

https://soundcloud.com/lisee101/extrait-miller

Le mot clé est « robuste ». Je traduis:

« Il y a des éléments [de la loi 21] qui sont de compétence fédérale et vous pouvez vous attendre à ce que, quand le temps viendra, nous allons prendre une position robuste sur ces éléments juridique de fond devant les tribunaux. »

Miller maîtrise bien le dossier. Il explique posément que la clause nonobstant, utilisé par Québec, ne s’applique pas aux articles de la constitution qui couvrent la place de la religion dans la société et l’égalité des sexes. Un recours fédéral s’attaquerait donc à ces deux aspects précis.

Il révèle aussi que le gouvernement libéral n’appuiera pas la contestation judiciaire lancée entre autres par le Congrès Musulman parce que cette contestation ne porte pas sur la compétence fédérale. L’action d’Ottawa sera distincte, pour des raisons juridiques.

Miller a évidemment participé à l’élection fédérale de 2015 lorsque la question de la burqua a été soulevée. On se souvient qu’une dame insistait pour se présenter à sa cérémonie de citoyenneté avec le voile intégral. La question était politiquement compliquée car le gouvernement du Québec, alors libéral, avait voté une loi qui interdisait le voile intégral dans les services publics québécois.

Miller dit se souvenir que « tout le monde disait et des conseillers disaient de ne pas s’en mêler » car cela allait prendre les libéraux québécois à rebrousse poil. Mais, explique l’ami Miller, « le premier ministre est un homme de principe qui défend la Charte des droits ». En 2019 comme en 2015, conclut-il, « vous pouvez vous attendre à ce que le premier ministre agisse exactement comme les Canadiens s’attendent à ce qu’il agisse et cela signifie défendre la Charte des droits. »

D’abord merci à Marc Miller de nous donner l’heure juste. Résumons: lorsque le temps sera venu, Ottawa prendra devant les tribunaux une position robuste pour faire invalider la loi québécoise sur la base de deux éléments non couverts par la clause dérogatoire: les droits religieux et l’égalité des sexes. Au moins, c’est clair.

Pourquoi Mélanie Joly, membre du Conseil des ministres, n’est-elle pas au courant ?

Peut-être parce qu’elle regarde les sondages. Elle sait que la loi est appuyée massivement par les Québécois – environ 70%. Peut-être sait-elle aussi que la moitié des électeurs libéraux fédéraux au Québec y sont aussi favorables. Oui, un électeur libéral sur deux au Québec est pour la loi, selon un sondage Léger d’avril dernier, qui révèle aussi que 40% des Canadiens hors-Québec sont favorables à ce que leur province adopte une loi identique.

Le débat Joly-Miller, par radios interposées, démontre la tension qui divise le caucus libéral québécois sur ce point. C’est leur problème.

Les électeurs, eux, ont droit de connaître la vérité avant l’élection. Marc Miller est, ici, plus crédible que Mélanie Joly.

Mais seul Justin Trudeau peut nous donner, en définitive, l’heure juste. Il la doit aux Canadiens et aux Québécois.


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The inconvenient truth about Quebec’s secularism law Trudeau doesn’t want to face: it’s popular

Quebec’s religious symbols ban should absolutely be an election issue, writes former PQ leader

Texte publié dans la section opinion de la CBC.

« Unthinkable. » That’s how Prime Minister Justin Trudeau reacted when Quebec tabled a law that would ban religious symbols and clothing for its teachers, judges, police officers and other public sector workers.

He pledged to « defend the rights of Canadians » against the proposed ban. His minister of justice repeatedly called the bill « unacceptable » and alluded to « next steps » once it became law.

One should not doubt Trudeau’s inherent repulsion for the Quebec law and everything it embodies. This is the man who heralded a woman’s right to wear a niqab — the starkest symbol of oppression of women — to a citizenship ceremony at which she would pledge to adhere to a Constitution that specifically defends gender equality.

Trudeau the father only paid lip service to multiculturalism and the veneration of differences. Trudeau the son embodies it in his bones. It is certain that, if re-elected, he will act. How? More on this later.

But the bill became law in late June, and no action has been taken since. On the contrary, the Liberal government has evaded and procrastinated on the issue. Why?

There is an inconvenient bump on the road to squashing the Quebec law: public opinion. Quebec public opinion, certainly, but Canadian public opinion also. It can — and will — no doubt be disregarded the morning after the election, but not the mornings before.

Ban has support outside Quebec

In April, Léger Marketing carried out a country-wide online poll asking if voters would support the ban of religious symbols for teachers, police officers and judges in their province. The poll also asked respondents who they would vote for in the federal election.

Outside Quebec, fully 40 per cent of Canadians approved of such a ban in their own province. Except in Alberta, 50 per cent or more of Conservative voters were in favour.

Case closed.

Problem is, a sizable chunk of Liberal voters also embraced the ban. Here are the numbers: Atlantic Canada, 28 per cent; Alberta, 31 per cent; Ontario, 32 per cent; B.C., 34 per cent; Prairies (Manitoba and Saskatchewan), 62 per cent. (Would you believe that the numbers are even higher for NDP voters!)

Liberal pollsters have seen these or similar numbers. And they know that 50 per cent of their Quebec voters support the ban, according to the Léger poll. Were they to make this one of the pivotal issues of the campaign, they would have to turn their backs on a third of their base — and give up any chance of forming a majority.

Tough luck.

An election is precisely the moment when truths must be told.

If Trudeau really thinks the ban is « unthinkable, » and I’m sure he does, he must tell voters exactly what he plans to do about it if re-elected.

Trudeau should reveal what he plans to do about the ban

Three options are available to him. The most extreme, let’s call it the nuclear option, is to use the old disallowance clause of the Constitution to simply squash the legislation. This option, promoted by pundits such as columnist Andrew Coyne, was last used in 1943 against an Alberta law that restricted the property rights of Hutterite colonies.

There is a deadline on that option: it can only be used within 12 months of the law being sanctioned, thus, no later than late June 2020.

The mid-range option is to refer the question of whether or not the law is constitutional directly to the Supreme Court. Constitutional scholars meeting in Toronto last April concluded that recent jurisprudence would lead the court to declare the law invalid — on its merits and despite the use of the notwithstanding clause. They said the court could also severely curtail the use of the notwithstanding clause itself and declare that Quebec really had no right to use it pre-emptively.

The milder option would be for Ottawa to join the ongoing legal challenge of the ban by the Canadian Civil Liberties Association and National Council of Canadian Muslims and help bring it before the Supreme Court.

Are any of these options off the table for Trudeau? The election campaign should not end without a clear answer to that question.

Look to Europe, not Ottawa

Those who think Canadian multiculturalism is the only possible answer to the challenges of diverse societies will keep pushing hard against the ban. As did CBC’s Robyn Urback, who wrote recently that the Quebec law was a « national disgrace, » nothing short of « state-sponsored, systemic oppression » and called on Trudeau to denounce it as he had other « policy wrongs of the past, » such as the hanging of First Nations chiefs in the 19th century.

Proponents of this point of view are also present in the NDP — and to a lesser extent in the Conservative Party — and will want to know why their leaders seem indifferent in the face of Quebec’s perceived assault on equality rights.

Quebecers, on the other hand, know that the cradle of rights and freedoms is not in Ottawa but Europe. And that European courts have ruled that states have legitimate grounds to demand a clear separation of Church and state — including when it comes to the attire of civil servants — and to promote the rights of women by prohibiting misogynist religious garb.

So the question is, really, about tolerance. Will the Liberals and other federal parties tolerate the existence within Canada of a nation that disagrees with their brand of multiculturalism?

Trudeau claims he accepts the existence of Quebec as a nation within Canada. Will he say that doesn’t mean a thing when that nation veers from the Canadian norm?

He knows that no Quebec government to date has signed the current Constitution, and each one has rejected multiculturalism as a policy. Will he nonetheless use this unsigned Constitution as a hammer against a very popular Quebec law?

The Quebec government of François Legault played by the rules when it passed the law in June by invoking the notwithstanding clause to forestall any potential charter challenge. Will Ottawa now ask the Supreme Court to change the rules once the game is already underway?

Quebecers want to know; Canadians, too.

ABOUT THE AUTHOR

Jean-François Lisée is a journalist, author and former leader of the Parti Québecois. He hosts a podcast on Quebec current affairs and history at laboitealisee.com.


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Laïcité: Comment répondre aux arguments de la gauche (texte)

CAQ, laïcité, Dupuis-Déri, Manon MasséDe Manon Massé à Charles Taylor en passant par Francis Dupuis-Déri et Francine Pelletier, une certaine gauche québécoise multiplie les arguments pour défendre le droit de porter des signes religieux lorsqu’on travaille pour l’État.

Ces arguments ne sont pas dénués d’intérêt, je les discute un par un.


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Argument #1: Faire reculer le catholicisme dans l’État, c’était bien. Faire reculer les religions « minoritaires », c’est mal

Selon cet argument, avancé entre autres par Francis Dupui-Déri, le combat du Québec pour la laïcité était admirable pendant la Révolution tranquille, car il s’opposait à la religion catholique qui était majoritaire et dominante. La volonté de restreindre les droits des musulmanes à porter des signes religieux dans la fonction publique est au contraire rétrograde, car elle s’attaque à une religion minoritaire, non dominante.

Ma réponse:

Cela ouvre un tout nouveau champ argumentaire. Par exemple, dans le Québec de la Révolution Tranquille, on a fait reculer Et le catholicisme majoritaire Et le protestantisme minoritaire. Problème ? Bon, admettons que le protestantisme était majoritaire dans tout le Canada, donc on pouvait le faire reculer.

Mais les Irlando-Catholiques, eux, étaient clairement minoritaires et ostracisés, à la fois par les protestants et par les catholiques francophones. Aurait-il fallu faire une exception pour eux ? Dilemme.

Et puis, la situation est mouvante. Dans certaines communes belges, dont Molenbeeck, les musulmans sont de plus en plus nombreux. S’ils deviennent majoritaires dans un quartier ou une ville, jusque-là, une loi belge qui interdirait le port de signes religieux dans l’État serait « Islamophobe », car s’en prenant à une minorité. Elle ne le sera plus si les musulmans devienaient majoritaires ? 

Permettez-moi de douter de la valeur de cet argument, surtout à gauche. J’ai, dans ma jeunesse, lu Karl Marx. Il affirmait que « la religion est l’opium du peuple ». Il ne disait pas: « la religion majoritaire est l’opium du peuple ».

Argument #2: Puisque des femmes musulmanes sont stigmatisées dans ce débat, il faudrait que notre compassion pour elles prime sur notre volonté de séparation de l’Église et de l’État

Selon cet argument, l’impact, indéniable, du changement proposé sur un groupe social  minoritaire en particulier devrait nous convaincre de ne pas agir.

Ma réponse:

Tous les changements sociaux qui impliquent des valeurs, l’identité, la langue, la religion, ont des impacts dans la vie de milliers de personnes. C’était encore plus vrai au moment de la Révolution tranquille. Même si la religion catholique était hégémonique et dominante, elle était néanmoins constituée de femmes et d’hommes sincères et dévoués qui ont été plongés dans un grand désarroi pendant les années 60 et 70. Il est difficile de concevoir aujourd’hui l’ampleur du sentiment de rejet qu’ils ont ressenti. Ce n’était pas facile d’être sœur ou curé pendant cette période de mise en accusation, ou du moins de mise au rancart, de ce qui avait été, jusque là, leur raison d’être. 

Le malaise des femmes musulmanes voilées qui sont au centre du débat mérite notre empathie, c’est certain. Mais qu’en est-il des autres ? La majorité des Québécois, et en particulier les femmes québécoises, qui ont connu le combat contre le catholicisme, voient dans le retour des signes religieux, principalement islamiques, une régression, donc un retour du religieux et de ses symboles misogynes dans des services publics qui en avaient été libérés.Elles sentent qu’un combat de toute une vie est en péril.

Pour ceux qui n’étaient pas parmi nous à cette époque, je me permets de citer cet extrait du récent ouvrage de Normand Baillargeon: L’esprit en marche

« Qui au Québec n’a pas dans sa famille une histoire d’horreur mettant en cause un représentant de l’Église ? Ici c’est un curé qui a insisté pour que l’on choisisse la vie de l’enfant plutôt que celle de la mère. Là c’est un autre qui a conseillé à un enfant venu se plaindre de mauvais traitements paternels de se taire et de « respecter son père ». Ailleurs c’est un jeune qu’on a manipulé et qui est devenu, contre son gré, prêtre ou frère. Ailleurs encore, un autre qui l’est devenu parce que c’était sa seule chance de poursuivre des études et qui a ainsi raté sa vie. Ou bien c’est un prêtre pédophile que l’on tolérait dans la famille par crainte des représailles.

Sans compter toutes ces femmes devenues malades, trop tôt vieillies ou même mortes parce que « monsieur le curé » interdisait sous peine d’enfer « d’empêcher la famille ». Et sans parler non plus de ces immondes « prêcheurs » aux cheveux gominés et au discours débile qui sont à la tête d’Églises exemptes d’impôts et qui détroussent sans vergogne de vieilles personnes naïves, fragiles, souvent malades, des économies de toute une vie en leur faisant croire mille sottises, les moindres n’étant pas qu’ils peuvent faire des miracles ou effectuer des guérisons par imposition des mains.

Je l’avoue : tout cela, très sincèrement, me donne la nausée, et je répète que je trouve extrêmement dangereuse l’illusion aujourd’hui trop répandue selon laquelle la religion serait désormais chez nous une chose bénigne. »

Bref, on ne peut évacuer l’empathie dont nous devons faire preuve envers les Québécoises qui ont développé envers la religion, et avec raison, de puissants anti-corps.

Et n’est-il pas absolument éclairant de voir le grand nombre de Québécoises musulmanes, ou d’Afrique du Nord, intervenir dans le débat actuel pour, non seulement appuyer le projet de loi, mais demander qu’il aille encore plus loin ?

Pourquoi leur parole, et parfois leur angoisse face à la normalisation de signes religieux qu’elles estiment misogynes, dans l’État, serait-elle de moindre valeur que la parole des femmes musulmanes affirmant que leur droit à porter des signes religieux pendant les heures de travail est plus important que tout principe collectif de laïcité ? 

Argument #3: Vouloir interdire les signes religieux dans l’État aujourd’hui, c’est comme dire aux gais et lesbiennes de cacher leur orientation sexuelle.

L’argument fut avancé par Manon Massé, porte-parole de Québec Solidaire, en ces termes: «À l’époque [dans les années 1980], une large partie de la population était convaincue que nous, les gais et lesbiennes, on ne pouvait pas enseigner ou s’occuper des enfants, parce qu’on allait les contaminer avec nos différences. Une chance que les politiciens de l’époque et ceux qui ont suivi n’ont pas appuyé leur seul jugement sur les qu’en-dira-t-on, parce qu’aujourd’hui, il manquerait bien des profs!» 

Ma réponse:

Mme Massé mélange tout. Elle dénonce avec raison le refus d’embaucher des profs gais et lesbiennes. Aucune discrimination ne doit avoir lieu à l’embauche sur la base des convictions ou orientations de chacun et chacune. Mais le débat porte, non sur l’embauche, mais sur l’affichage des convictions.

Personne ne propose de ne pas embaucher de musulmans dans la fonction publique. On demainde simplement qu’ils se conforment à la norme actuelle qui interdit aux employés de l’État d’afficher toutes leurs convictions, politiques, sociales, féministes, d’orientation sexuelle ou autre, pendant leurs heures de travail.

Nous sommes d’ailleurs ici dans l’angle-mort absolu de la gauche pro-signes religieux. Pourquoi insistent-ils pour le droit à porter des signes religieux mais non pour le droit à porter les autres signes ? 

Argument #4: Cette volonté d’interdire les signes religieux n’existerait pas sans la peur irraisonnée de l’Islam, donc l »Islamophobie »

D’abord il faut noter que Québec Solidaire, le Parti libéral du Canada et plusieurs autres ont réussi à normaliser le terme « Islamophobie », désormais utilisé couramment, notamment à Radio-Canada. Le terme est cependant très chargé. Il n’est devenu courant qu’après avoir été popularisé après 1979 par les dictateurs obscurantistes d’Iran pour faire taire toute critique de l’Islam. L’expression non polémique, et tout aussi utile, est « sentiment anti-musulman ». C’est celui que je choisis d’employer.

Cela dit, il faudrait être aveugle pour ne pas admettre que la phase actuelle de la marche des Québécois vers un État plus laïque est alimentée par l’irruption récente dans l’espace public, et des services publics, de l’affichage islamique.

Mais il faudrait aussi être aveugle pour ne pas constater que les musulmanes québécoises (et occidentales) ne portaient presque jamais le voile jusqu’à ce que s’installe depuis 30 ans une version plus radicale et politique de l’Islam, alimentée par l’Iran, l’Arabie Saoudite et le Qatar.

Il s’agit donc d’une actualisation, dans ce nouveau contexte, du principe de séparation de l’Église et de l’État qui est devenu dominant pendant la Révolution tranquille. Si demain, une autre religion connaissait une forte croissance — l’hindouisme, au hasard — et voulait s’imposer dans le service public, la majorité québécoise aurait le même, sain, réflexe.

Argument # 5: Ceux qui veulent interdire les signes religieux sont aussi  »Islamophobes » aujourd’hui que ceux qui refusaient d’embaucher des juifs étaient antisémites dans les années 30.

C’est l’argument central de François Dupuis-Déri un texte du Devoir. Il rappelle les années noires de l’antisémitisme au Québec et la stigmatisation d’une religion minoritaire, juive, pour refuser une embauche d’un médecin juif dans un hôpital francophone.

Ma réponse:

Tout refus d’embaucher quelqu’un sur la base de ses convictions est condamnable. Les Québécois en savent quelque chose car dès après la conquête, les Anglais leur imposaient de dénoncer spécifiquement le Pape, sans quoi ils ne pouvaient avoir d’emploi public (le « Serment du test »). 

Il faut condamner de même tout refus d’embaucher un musulman, un hindou, un juif, un gai, un indépendantiste, un fan des sables bitumineux. Là n’est pas la question. On discute ici du devoir de réserve de toutes ces personnes. Elles ont droit d’être embauchées mais devraient ne pas afficher leurs convictions sur leurs heures de travail.

Mais il est bien d’évoquer l’antisémitisme, qui est un poison. Le Québec en fut notamment infecté dans les années 1930, oui, ni plus ni moins que le reste de l’Amérique du Nord. Jusqu’à Vatican II, le catholicisme fut le grand vecteur de diffusion de l’antisémitisme en Occident.

Peut-on désormais ignorer que l’Islam radicalisé par l’Arabie Saoudite, l’Iran et le Qatar est aujourd’hui le principal propagateur d’antisémitisme ?

C’est vrai à Téhéran et à Riyad mais aussi à Ville Saint-Laurent. Un imam y a été entendu il y a quatre ans parler des « Juifs maudits », qu’Allah devrait «tuer un par un» et «rendre leurs enfants orphelins et leurs femmes veuves».

Ma question: nos concitoyens juifs qui interagissent avec l’État et qui se retrouvent face à une personne qui choisit d’afficher son appartenance à l’Islam devrait-il avoir à se demander si cette personne est d’accord avec l’antisémitisme ambiant dans certains secteurs de l’Islam montréalais ?

De même, nos concitoyens arabes et pro-palestiniens qui interagissent avec l’État et se retrouvent face à une personne qui choisit d’afficher son appartenance à la religion juive devrait-il avoir à se demander si cette personne est d’accord avec les politiques anti-palestiniennes de certains courants du judaïsme prônant le « grand Israël » ?

Ma réponse est que l’affichage des convictions n’a pas sa place dans les services de l’État, justement par respect pour les convictions de chaque citoyen, y compris de nos concitoyens musulmans et juifs.

Argument # 6: Le nationalisme québécois d’aujourd’hui est  »ratatiné » beaucoup plus qu’auparavant et la question de l’identité n’est qu’une tactique pour attirer des votes

C’est d’abord l’argument de la nostalgie. Les nationalistes d’avant, René Lévesque, Gérald Godin, étaient plus « ouverts » et « inclusifs ». Ceux d’aujourd’hui sont fermés. Et comme ils ne peuvent pas vraiment croire ce qu’ils disent sur les signes religieux, ils font semblant dans le seul but de se faire élire.

Ma réponse:

Le Parti Québécois est né avec la volonté de sécularisation de la société. Il en a été un des porteurs. Les discours de René Lévesque sur l’immigration et sur les Anglo-québécois sont impubliables aujourd’hui, tant ils sont politiquement incorrects. La mesure phare du nationalisme de Lévesque et Godin, la loi 101, fut comparée à l’époque aux pires moment du nazisme. Pierre Trudeau affirmait que cette loi allait nous conduire à  »l’âge des ténébres! » 

La constante dans le nationalisme est qu’on l’a accusé constamment d’encourager « la peur, la méfiance et la haine de l’Autre ». Ce discours, repris par la gauche de QS aujourd’hui, était celle de l’extrême-gauche maoïste des années 1970 qui rejetaient la loi 101 comme discriminatoire et l’indépendance comme une stratégie de la bourgeoisie de diviser la classe ouvrière canadienne. Rien de neuf sous ce soleil.

En fait c’est le « nationalisme civique » de la fin des années 1990, niant l’importance de l’identité dans la nation et internalisant brièvement le multiculturalisme, qui fut l’exception.

Quant à l’accusation d’électoralisme laïc, il ne résiste pas à l’analyse. La volonté de garder la religion hors du cercle de l’État est une conviction réelle, profonde, qui mérite le respect. 


Résumé des épisodes précédents:

  1. Le lundi 29 avril, le politologue de l’UQAM Francis Dupuis-Déri a publié dans Le Devoir un texte qui associe un geste antisémite posé au Québec dans les années 30 au projet de loi actuel sur les signes religieux.
  2. Le mercredi 1er mai, sur ce blogue et dans Le Devoir, je réplique sur le ton de l’ironie en associant la marche du Québec vers la laïcité depuis 1960 à un vilain combat chrstianophobe.
  3. Le mardi 7 mai, M. Dupuy-Déri publie sur le site de gauche Ricochet, une réplique intitulée: Le ratatinement : Réponse à Jean-François Lisée et aux défenseurs du PL 21
  4. J’ai aussi spécifiquement répondu aux arguments de Charles Taylor ici.

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Le futur chemin de croix vert de la CAQ

En voici un extrait:

 

(Ironie) Comment le fléau Christianophobe a englouti le Québec

Le récit qui suit doit beaucoup à la boussole idéologique offerte ce lundi aux lecteurs du Devoir par le politologue de l’UQAM Francis Dupuis-Déri. Dans un texte qui fera date, intitulé « De l’antisémitisme à l’islamophobie: de la grève de 1934 à la loi 21 », il crée d’emblée un utile paradigme scientifique et  ouvre un nouvel univers comparatif. Appelons-le « Le postulat Dupuis-Déri de la similitude entre pommes et oranges ».

Je cite d’abord le postulat, tel qu’il l’a décrit : « L’adage suggère de ne pas comparer pommes et oranges. Voilà pourtant deux fruits, ronds, qui poussent dans des arbres et qui réduisent le mauvais cholestérol. Leur comparaison révèle donc d’importantes similarités. »

Cette avancée scientifique majeure qui, enfin, réhabilite le sophisme, lui permet de créer une équivalence entre un événement antisémite survenu au Québec dans les années 30 (le refus d’hôpitaux francophones d’embaucher un médecin juif, parce qu’il était juif) et la volonté manifestée aujourd’hui d’interdire aux employés de l’État en situation d’autorité d’afficher leurs convictions religieuses.

Ainsi outillé, permettez-moi maintenant de vous narrer l’épouvantable période de Christianophobie qui a déferlé sur le Québec depuis les années 1960. Prétendant être « laïcs » et s’inspirer des « lumières » une minorité agissante antireligieuse a infiltré des organisations politiques, comme le Parti libéral de Jean Lesage, et en a créé d’autres, comme le Parti Québécois, dans le but évident de faire reculer les droits fondamentaux des chrétiens et des chrétiennes. Jusque-là, les chrétiens avaient l’entière liberté de travailler dans les services publics en portant leurs signes et vêtements religieux. En plus, à force de dévouement et de travail, ils avaient réussi à diriger la majorité des institutions d’éducation et de santé de la nation.

Leur travail était à ce point exemplaire que dans presque chaque famille québécoise, on trouvait une jeune fille de 16 ans qui, exerçant son plein libre arbitre sans la moindre pression externe, décidait de renoncer à son indépendance pour la vie en  se joignant à une communauté religieuse.

Mais les christianophobes, agissant sans le moindre respect pour les convictions des chrétiens, les ont d’abord dépouillés de leur autorité scolaire en créant – tenez-vous bien – un ministère de l’Éducation.

Les jeunes soeurs et les jeunes curés qui souhaitaient faire carrière dans l’éducation, la santé, comme infirmière, cadre ou mère supérieure ont vu leurs rêves sacrifiés, leur talent gaspillé par un État rétrograde.

Cela a provoqué un climat de tension tel que des milliers de chrétiens membres du clergé, sœurs et curés, ont défroqué tant ils étaient ostracisés. On raconte même que certains d’entre eux se sont mariés et ont eu des enfants, mais on n’ose pas y croire complètement.

En signe de protestation contre une telle agression, les chrétiens du Québec ont déclenché une grêve illimitée de la messe et ont déserté les églises.

Devenant de plus en plus audacieux, les christianophobes ont ensuite ravi aux chrétiens le contrôle de la majorité de leurs hôpitaux. Et ce qui est bien la preuve que, contrairement à ce qu’ils prétendaient dans leurs beaux discours, ils visaient spécifiquement les chrétiens et non l’ensemble des religions,  ils ont laissé l’Hôpital général de Juif de Montréal conserver son caractère religieux distinct. (Preuve ultime, même le plus odieux des christianophobes, le ministre péquiste Bernard Drainville, exemptait le Jewish des effets de sa Charte satanique).

Le paradis multiculturel dans lequel nous vivons maintenant ne nous permet pas de même imaginer la hargne avec laquelle les christianophobes agissaient alors. Il y avait même un groupe de comiques, très justement appelés « Les Cyniques », dont l’essentiel du répertoire était destiné à blasphémer et à tourner en ridicule les chrétiens et leur clergé. Ils ne sont pas allés aussi loin que d’accuser les prêtres de pratiquer la pédophilie, mais c’est tout juste. Il y a quand même des lignes à ne pas franchir.

Comment ces Cyniques furent-ils châtiés pour avoir ainsi atteint à la réputation des croyants et de leur église ? La société d’État Radio-Canada leur a offert une émission en heure de grande écoute.

Heureusement, ce n’est pas aujourd’hui que ça arriverait.

Les christianophobes sont sournois. Chaque fois qu’ils obtenaient une victoire contre les droits fondamentaux des chrétiens dans l’État, ils franchissaient un autre pas. Après avoir les avoir expulsé des centres de décision aux ministères de la santé et de l’éducation, ils sont revenus à la charge dans les années 1990 pour « déconfessionnaliser » (c’est leur mot pour dire qu’ils suspendaient les droits des chrétiens) les commissions scolaires. Puis ils commirent encore un assaut dans les années 2000 pour mettre à la porte les professeurs de pastorale qui y étaient les derniers combattants de la foi chrétienne.

Y avait-il de la résistance ? Oui, bien sûr. Tels Françis Dupuis-Déry et Francine Pelletier  aujourd’hui, de grands Québécois se sont levés pour défendre le « droit fondamental » de porter des signes religieux lorsqu’on travaille pour l’État (mais pas des signes politiques ou sociaux ou féministes ou athées car, euh, car, ben, c’est pas aussi important que la religion, bon).

Je ne prends qu’un exemple parmi ces hérauts braves et lucides. Camil Samson, dernier chef du grand Parti Créditiste, n’hésitait pas à faire les amalgames appropriés. Il révélait notamment que les christianophobes voulaient « sortir les crucifix des écoles pour les remplacer par le sexe ».  Il n’avait pas peur, lui, de comparer des pommes et des oranges.

Merci à Francis Dupuy-Déri de reprendre son grand flambeau.


Ma nouvelle balado est en ligne


La ville de Montréal examine notre racisme systémique. Ils devraient écouter ma balado !

Cette semaine, j’examine une réelle bizarrerie:

Les Québécois veulent la laïcité mais, selon de nouvelles données très récentes, ils sont à plusieurs égards moins racistes que les Canadiens !

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Écoutez des extraits des balados précédentes:

Pourquoi le Québec devrait taxer l’Alberta


Laïcité: Pourquoi le Canada va dire Non !


Pourquoi j’ai honte de Charles Taylor


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Kennedy et le Québec. Pourquoi, de tous les présidents, il connaissait le mieux le nationalisme québécois.

Aussi: Aux sources de la grande chicane politique québécoises.

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L’étrange racisme non-systémique des Québécois (extrait de ma dernière balado)

 


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