Virus: Poursuivre la Chine en justice ?

C’est déjà commencé. Un avocat Égyptien poursuit le gouvernement chinois en dommages et intérêt. La somme demandée, seulement pour son pays ? 10 mille milliards de dollars.

Aux États-Unis, un groupe formé de médecins et d’infirmières poursuivent le gouvernement chinois pour avoir stocké volontairement du matériel médical, comme des masques, et de les avoir vendus à un coût exagérément élevé pendant la crise. Ils veulent représenter dans leur recours collectif environ quatre millions de travailleurs américains de la santé.

« C’est presque un scénario de cinéma, explique l’avocat qui les représente. La Chine a causé un virus mondial puis en a tiré profit avec leurs ventes d’équipement trop cher. »

Un groupe conservateur, Freedom Watch, a aussi lancé une poursuite réclamant 20 mille milliards de dollars à la Chine pour « négligence dangereuse et malicieuse » en relâchant, selon eux volontairement un virus fabriqué en laboratoire.

Finalement l’État du Missouri vient officiellement de déposer sa poursuite civile :

On peut lire la version intégrale ici.

Procédons par étape. Posons d’abord la question juridique, serait-il possible de poursuivre la Chine ? Ensuite, examinons ce qui lui serait précisément reproché.

Peut on poursuivre la Chine ?

La question est donc posée. Est-il possible de poursuivre un pays étranger dans un cas comme celui-là ? J’ai posé la question à l’expert de droit international Daniel Turp qui répond oui, à certaines conditions.

Il y a comme d’habitude deux types de poursuites. Un État peut poursuivre des individus étrangers au criminel. Des individus, seuls ou en recours collectifs, peuvent poursuivre un individu, une institution ou un État étranger pour dommages et intérêts.

En matière criminelle, nous avons un précédent très récent. L’an dernier, le procureur spécial Robert Mueller a porté des accusations contre 13 citoyens russes pour des infractions liées à l’élection de 2016. Ils ont tous été accusés de conspiration pour fraude électorale, certains de fraude bancaire et de vol d’identité. Des mandats d’arrêt internationaux ont été émis. S’ils voyagent dans des pays qui ont des traités d’extradition avec les États-Unis, ils pourront être arrêtés et conduits aux USA pour subir leurs procès. L’un d’entre eux a failli être appréhendé plus tôt cette année en Ukraine.

Il serait donc possible que l’État américain décide de poursuivre des membres de l’administration chinoise pour négligence criminelle causant la mort, par exemple, en faisant la démonstration qu’ils ont volontairement caché pendant plusieurs semaines des informations cruciales sur le virus.

En matière de poursuites en dommages et intérêts, les États étrangers sont généralement protégés contre des poursuites. Mais le Congrès américain peut lever cette immunité à son gré. Et alors les poursuites peuvent être intentées. Cependant les États étrangers peuvent refuser de reconnaître les jugements qui seraient rendus.

Le Congrès a ainsi permis à 1700 victimes des attentats du 11 septembre de poursuivre l’Arabie Saoudite pour sa participation alléguée dans le financement des terroristes impliqués. La cause est toujours pendante.

Il est donc possible qu’un tribunal américain, ou canadien, rende un jugement réclamant une somme importante à un État étranger, y compris si cet État a refusé de venir se défendre. Si l’État refuse de payer, la justice américaine pourrait saisir des biens appartenant à cet État et qui sont en territoire américain.

Que reprocherait-on à la Chine ?

Le reproche le plus plausible est la rétention volontaire d’information, qui pourrait équivaloir à de la négligence.

Nous savons que le premier cas du virus, dont les caractéristiques étaient alors inconnues, a été signalé en Chine à la mi-décembre. Il faudra trois semaines de recherche pour en déterminer la nature, mais la progression du nombre de personnes infectées est grande dans l’intervalle. À la mi-décembre, des médecins chinois savent que le virus peut se transmettre de personne à personne, puisque des médecins et des infirmières en sont atteints. C’est une information capitale.

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Plutôt que d’en aviser le monde entier, les responsables chinois mentent à ce sujet et le 3 janvier menacent de représailles un médecin qui en faisait état sur les réseaux sociaux. Deux semaines plus tard encore, le 14 janvier 2020, les responsables chinois affirment à l’Organisation mondiale de la santé n’avoir trouvé aucun signe de transmission humaine. L’OMS relaie cette fausse information. Le lendemain le 15 janvier, le directeur du Centre chinois de contrôle et prévention des maladies affirme que « les risques de transmission humaine sont faibles ». Pourtant, à ce moment, plus de 1 700 travailleurs chinois de la santé ont été infectés.

Ce n’est que le 23 janvier que la ville de Wuhan fut mise en quarantaine, confirmant au monde l’importance de l’épidémie.

Que se serait-il passé si la Chine avait agi plus rapidement et avisé l’Organisation mondiale de la santé plus tôt de la transmission de personne à personne ?

Une étude de l’Université britannique de Southampton a calculé que si le gouvernement chinois avait imposé le confinement à Wuhan une semaine plus tôt, donc à la mi-janvier, le nombre de cas aurait été réduit de 66 %. Deux semaines plus tôt aurait conduit à une réduction de 86%.

Reste à calculer en quoi cette action plus précoce aurait significativement réduit la transmission internationale du virus, mais on peut penser que les proportions seraient les mêmes.

Les poursuites pourraient aussi se fonder sur le refus des autorités chinoises de partager avec les États-Unis et d’autres pays, dès le début janvier, leurs échantillons du virus, nécessaires à la fabrication des tests.

Il semble relativement facile de faire la démonstration juridique de la grave rétention d’information dont les autorités chinoises sont coupables et des conséquences pour la planète.

L’autre théorie sur l’origine du virus

Une autre théorie circule cependant sur l’origine du virus. La thèse courante est qu’une chauve-souris, portant le virus, l’aurait transmis à un autre animal sauvage qui, lui, aurait été présent au Marché public de Wuhan et aurait infecté des personnes.

Mais il appert que non loin de ce marché on trouve un laboratoire chinois qui travaille depuis plusieurs années sur les coronavirus qu’on trouve dans les chauve-souris. L’existence du laboratoire et ses travaux ne sont pas un secret.

Un micro-biologue et expert en sécurité biologique, Richard Ebright, a raconté au Washington Post avoir vu un vidéo de décembre dernier montrant des techniciens de ce laboratoire manipulant des coronavirus selon le protocole de sécurité dit de niveau deux, minimal, alors qu’il aurait fallu le protocole de niveau 4, donc maximal.

D’autres sources confirment les lacunes de sécurité du labo chinois. L’hypothèse ici est qu’un membre du personnel du laboratoire aurait été accidentellement infecté, puis aurait transmis le virus à d’autres citoyens. Le refus de la Chine de communiquer plus tôt au sujet du virus pourrait être lié à sa réticence à admettre qu’il est venu d’un de ses laboratoires.

Si cette thèse était avérée, la responsabilité du gouvernement chinois serait encore plus grande, car le laboratoire d’État n’aurait ainsi pas respecté les règles de prudence dans la manipulation des virus.

Des sources du renseignement américain cités par le New York Times sont cependant sceptiques sur la véracité de cette information. L’existence de cette négligence aurait normalement provoqué un vent de panique au sein de la hiérarchie chinoise et ce branle-bas de combat aurait laissé des traces dans le monde du renseignement. Mais les espions américains affirment n’avoir rien enregistré de tel.

[Mise à jour: le sérieux de cette thèse a semblé s’estomper pendant l’année, mais a été relancée début janvier 2021 par un responsable américain affirmant que même les autorités chinoises ne croient plus que le marché de Wuhan était en cause et ajoutant qu’un lanceur d’alerte du labo de Wuhan donne des informations au renseignement américain. Plus de détails ici.]

Le contexte politique

La table est mise pour que la responsabilité de la Chine devienne un sujet politique majeur , dans le monde, mais particulièrement aux États-Unis.

L’immense majorité des américains tiennent le gouvernement chinois pour responsable de la pandémie. C’est vrai pour les deux tiers des démocrates et pour 90% des républicains.

Le président Trump est donc en terrain politiquement sûr lorsqu’il parle d’un « virus chinois » et lorsqu’il critique le gouvernement de Pékin.

Sa décision d’arrêter de financer l’organisation mondiale de la santé, accusée de n’avoir pas remis en cause la désinformation chinoise, semble dans ce contexte n’être qu’un amuse bouche préparant une offensive plus large sur la Chine..

Pendant la campagne présidentielle, il a tenteé d’utiliser cet argument pour affaiblir son adversaire démocrate Joe Biden. Dans une publicité mensongère mais largement diffusée sur les réseaux, Trump a accusé Biden d’être trop proche des intérêts chinois.

Biden a répliqué, de façon factuelle, ici:

Les amants de l’histoire américaine se souviendront peut-être qu’une partie du débat partisan des années cinquante tournait autour de la Chine. « Who lost China ? » demandait-on. Qui, aux États-Unis, était responsable pour avoir laissé les communistes l’emporter contre le régime précédent, allié des États-Unis. Comme la chose s’était produite pendant que les démocrates étaient au pouvoir, ils étaient la cible de ces attaques un peu simplistes.

Il y a fort à parier qu’une partie du débat politique à venir se fera sur le thème de « qui est le plus anti-chinois? » Il se déroulera sur fond de poursuites et de recours collectifs contre l’empire du milieu, devenu empire du virus.


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Bientôt sur les écrans US: la campagne la plus mensongère de l’histoire

Dans les derniers jours de la campagne présidentielle de 2016, le quartier général de Donald Trump mettait en oeuvre la plus grande opération numérique jamais vue. Sans même compter l’aide des Russes, l’équipe Trump a mis sur Facebook près de 6 millions de messages de toutes sortes, contre seulement 66 000 mises en ligne par l’équipe d’Hillary Clinton.

Détenant de l’information personnelle sur des millions d’électeurs potentiels, entre autres grâce à Cambridge Analytica, la campagne Trump ciblait ses messages en fonction des intérêts et comportement de chacun.

Il s’agit là de la prolongation numérique des opérations de séduction électorales utilisées de tout temps par tous les partis. Une des stratégies qui fait cependant tiquer est celle de la « suppression du vote ». Les organisateurs de Trump étaient particulièrement contents d’une opération visant à convaincre des citoyens noirs, électeurs occasionnels, de rester chez eux plutôt que de se rendre voter pour Hillary Clinton.

Ils le faisaient en détournant une vieille citation de Hillary Clinton, qui avait mis en garde dix ans plus tôt contre l’émergence dans les villes de jeunes « super prédateurs » très violents, liés aux cartels de la drogue et aux gangs. Elle n’avait pas parlé des noirs ou des latinos en particulier.

Les Dark Posts

Le message de l’équipe Trump affirmait simplement: « Hillary croit que les noirs américains sont des super-prédateurs ». Bref, un mensonge. Le message était envoyé à des millions de citoyens noirs, sur leurs comptes Facebook personnels, mais pas partagé avec les médias. Ce qu’on appelle des « dark posts », des « messages obscurs ». L’équipe Trump estime que cette opération a eu un réel impact en Floride et dans plusieurs autres États-clés pour convaincre des électeurs démocrates noirs de rester chez eux.

Brad Parscale, qui était en charge de l’opération numérique de Trump en 2016, a été récompensé pour cette inventivité mensongère. Il fut nommé directeur de la totalité de la campagne Trump en 2020 et il dispose d’un budget d’action en ligne trois fois plus important: un milliard de dollars américains. Son centre d’opération est surnommé, sans inhibition « Death Star ».

Tous les partis occidentaux sont engagés dans la course au raffinement numérique de leurs campagnes. Au début des années 2000, les démocrates étaient en avance dans l’utilisation de ces techniques. Les républicains les ont supplantés en 2016.

Il est trop tôt pour dire qui sera le plus actif en 2020, mais les républicains ont déjà de loin surpassé les démocrates sur le site à la mode chez les jeunes: tik-tok. Sur cette plateforme, les memes qui sont marqués #Trump2020 sont présents 150 fois plus que ceux de n’importe quel candidat démocrate.

Les républicains affirment avoir accumulé 3000 données différentes sur chacun des électeurs américains, ce qui dépasse l’entendement. Vous jouez au golf, vous avez un chien, vous aimez la musique country, vous avez acheté une perceuse, tentez de trouver 3000 informations à votre propre sujet, juste pour le plaisir.

La normalisation du mensonge

La question qui choque, en plus de l’utilisation de données personnelles, est la normalisation du mensonge par les campagnes. L’exagération a toujours été la norme en politique. Le mensonge a toujours été présent dans les pourtours des campagnes, chez les partisans, dans les campagnes de rumeurs, dans les médias complaisants. Mais dans les messages émis par campagnes présidentielles officielles, l’utilisation du mensonge est un phénomène assez récent. On peut même en suivre la trace.

En 2004, un des arguments du candidat démocrate, John Kerry, était son état de service comme soldat américain pendant la guerre du Vietnam. Son opposant républicain, George W. Bush, n’avait pas participé à cette guerre alors qu’il aurait été en âge de le faire.

Une campagne de publicité télévisée, complètement mensongère, a prétendu démontrer que John Kerry mentait au sujet de sa participation à la guerre et n’avait pas mérité la médaille, la Bronze Star, qu’il avait obtenue.

La campagne fut suffisamment intense pour que les trois quarts des Américains affirment avoir vu ses publicités. Parmi les électeurs indécis, un sur quatre ont affirmé qu’il croyaient qu’il devait avoir un fond de vérité derrière ces accusations. Il n’y a aucun doute que cette stratégie a un impact sur le résultat du vote. À l’époque, le parti républicain a affirmé n’avoir rien à voir dans cette campagne officiellement indépendante, mais superbement financée par des gens proches de leur parti. Après l’élection cependant, le président Bush a félicité les auteurs de la campagne anti-Kerry.

La différence entre l’ère Bush et l’ère Trump est qu’il n’y a plus aucune inhibition dans l’utilisation politique du mensonge. Le nombre de faussetés proférées chaque semaine par le président normalise, en quelque sorte, l’existence de « faits alternatifs » et dévalorise le respect de la vérité.

Les progrès de la désinformation

C’est ainsi que, plus tôt cette année, le parti républicain n’a pas senti le besoin de se cacher derrière quelque paravent que ce soit pour inonder Facebook de publicités affirmant que le vice-président Joe Biden avait forcé l’Ukraine à virer son procureur pour protéger son fils, Hunter Biden, alors membre du conseil d’administration d’une compagnie ukrainienne. En fait, Biden, comme les représentants d’autres pays occidentaux, voulaient le départ du procureur parce qu’il était corrompu.

CNN a refusé de mettre la publicité en ondes, mais évidemment elle a beaucoup roulé sur Fox News et sur des postes locaux et a atteint au moins 25 millions de personnes sur Facebook et YouTube.

C’est cette publicité, notamment dénoncée par Elisabeth Warren, qui a suscité un débat sur le rôle que devrait avoir Facebook dans cette affaire. Devrait-il refuser de diffuser des publicités dont le contenu est faux ? Facebook refuse déjà de diffuser des contenus commerciaux trompeurs. Mais le maître de Facebook, Mark Zukerberg, a tranché: ce n’est pas à lui de faire la police de la vérité politique. Les organisations peuvent mentir sur sa plateforme. Que le débat départage le vrai du faux !

Nous sommes donc dans un univers où il est illégal de mentir dans une publicité pour un produit que l’on vend, mais autorisé à le faire dans le monde politique.

La désinformation fait des progrès fantastiques dans l’électorat républicain. Un sondage CBS a révélé que 91% des partisans du président Trump se tournent vers lui pour obtenir des informations crédibles sur la situation politique, alors que 11% seulement d’entre eux se fient sur les médias traditionnels.

L’issue de l’élection présidentielle va dépendre de deux variables. D’abord la capacité de chacun des partis de mobiliser son électorat et de l’étendre à de nouveaux électeurs. Ensuite sur leur capacité à attirer vers eux les électeurs modérés ou indécis.

Trump a déjà réussi à rendre une grande partie de son propre électorat imperméable aux informations ou aux arguments de ses adversaires ou des médias. Il a créé un univers parallèle.

Mais que faire avec les centristes qui, eux, ont toujours la mauvaise habitude d’écouter les médias traditionnels ? Il est (était?) possible de les convaincre avec des arguments comme la bonne tenue de l’économie, mais il est plus simple de les tromper.

On se souvient de la technique utilisée par des opérateurs pro-Steven Harper en Ontario, qui avisaient faussement indiqué à des électeurs d’autres partis que le lieu du bureau de vote avait changé, en espérant qu’ils se décourageraient.

Le respect du résultat en péril

La plus grande crainte est que l’utilisation de fausse information mette en péril la légitimité du résultat électoral.

En décembre dernier une élection devait désigner le nouveau gouverneur du Kentucky. Un utilisateur anonyme de Twitter détenant seulement 19 abonnés a affirmé le soir de l’élection qu’il venait personnellement de détruire des bulletins de vote républicains. Le réseau de relais pro-Trump a immédiatement rendu cette fausse information virale. Elle fut retweetée 3 800 fois, convaincant de nombreux électeurs que les démocrates avaient volé l’élection. Le candidat républicain s’est fondé sur ce tweet pour refuser d’accepter sa défaite le soir même, malgré les 5 000 voix de majorité de son rival. Il a du accepter sa défaite neuf jours plus tard.

Les enquêteurs n’ont jamais retrouvé l’auteur du tweet, qui ne semblait pas être situé dans l’État du Kentucky, et aucune preuve de destruction de bulletins n’a été découvert.

Cet incident récent est important car le président Trump affirme continuellement, sans preuve, que le système électoral est truqué et que des millions d’électeurs ont voté illégalement en 2016. Il avait d’ailleurs menacé de mettre en cause la légitimité de l’élection de 2016 s’il n’en était pas le vainqueur.

Les conditions sont maintenant réunies pour que la désinformation, organisée ou spontanée, nationale ou étrangère, fasse de l’élection américaine de 2020, non seulement la plus mensongère de l’histoire pendant son déroulement, mais également au moment de compter les votes.


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À Lire: Élisabeth Warren, la bouillonnante réformiste

Elizabeth Warren, This Fight Is Our Fight

La nouveauté de la campagne à l’investiture démocrate américaine n’est ni le favori Joe Biden, dont c’est la troisième tentative, ni le socialiste Bernie Sanders — il incarnait la nouveauté en 2012 — mais Elizabeth Warren.

La prof d’économie a surgi dans le débat national au moment de la crise économique de 2008. Son diagnostic était sans appel: la déréglementation financière était à la source du dérèglement. Conseillère épisodique de Barack Obama (qui, malheureusement, ne l’écoutait que très peu) elle a proposé, puis dirigé, une nouvelle agence de protection des consommateurs face à l’arbitraire financier.

Les progressistes américains ont découvert en elle un curieux mélange de connaissance fine des enjeux économiques et de leur impact sur la vie des salariés modestes, d’une part, et une ferveur considérable dans l’expression. C’est particulier.

Cette combinaison a permis à Warren de devenir, d’abord, Sénatrice du Massachusetts et, ensuite, de se placer dans le trio de tête de la course démocrate à la présidence. La situation se présente comme suit: Contrairement à Joe Biden et à Bernie Sanders, dont la personnalité et les positions sont connues de l’électorat démocrate, Warren gruge des appuis à mesure que les électeurs la découvrent, un processus loin d’être complété.

Un des scénarios les plus probables est que, si elle domine Sanders dans les premières primaires de 2020, le retrait de Sanders fera basculer vers elle un très grand nombre de ses supporters, ce qui lui permettrait de battre Biden et de devenir la candidate démocrate.

C’est, entre autres mais pas seulement, pourquoi la lecture de son bestseller A fighting  chance (malheureusement pas disponible en français, mais en espagnol) vaut le détour.

C’est un mélange d’autobiographie, de vulgarisation économique, de témoignages de salariés vivant dans la précarité malgré une économie en croissance, de récit de ses combats pour ses causes au Sénat, de propositions de réforme.

Tout cela emballé dans une langue accessible. Efficace, informé, concret.

L’effet toxique de l’argent en politique

Je suis habitué à ce genre de texte et à la description de l’effet toxique de l’argent dans le système politique américain. Par exemple, elle reprend ce chiffre qu’on oublie toujours car il est invraisemblable: les représentants et sénateurs en exercice doivent consacrer entre 30 et 70% de leur temps à la collecte de fonds pour leur prochaine campagne électorale. S’ils travaillent six jours par semaine, ce qui est la plupart du temps le cas, cela signifie qu’ils passent entre deux et quatre jours par semaine à ne parler qu’à des gens assez riches pour financer leur campagne.

Mais Warren a réussi à me faire bondir avec les exemples qui suit.

On sait que les grands patrons financent les campagnes électorales à tous les niveaux, que les lobbyistes écrivent directement les lois présentés par les Républicains et les démocrates qui sont encore à leur service, qu’ils financent les organismes qui forment des juristes conservateurs que les Républicains nomment à tous les étages de l’édifice judiciaire américain.

Mais je ne savais pas ceci:

« Comptabilisant sur une récente période de quatre ans, la Fondation Koch (fortune pétrolière), la Chambre de commerce et les multinationales comme ExxonMobil et Pfizer, ont assumé la facture de 185 juges fédéraux pour plus de 100 voyages toutes dépenses payées. »

Wow. Des juges fédéraux.

On connait la pratique de la « porte tournante » entre les postes de cadres supérieur des grandes banques newyorkaises et les postes-clé du gouvernement américain en matière de finances, au Trésor comme à la Maison-Blanche. Il est maintenant bien vu, à Wall Street, d’avoir passé quelques années dans l’administration.

Malheureusement (?!), même sous Trump, Washington ne peut égaler les salaires faramineux encaissés chaque année à New York.


Warren raconte le cas ubuesque de Antonio Weiss, pressenti par l’administration Obama pour un poste important au Trésor. Venant de la banque Lazard, qui avait déménagé son siège social dans un paradis fiscal, Weiss avait entre autre aidé Burger King à se soustraire à l’impôt américain en déménageant ses quartiers généraux au… Canada !

Weiss fut nommé au poste convoité, mais Lazard lui a accordé 21,2 millions de dollars US de « salaire différé » qu’il toucherait dès son retour chez Lazard ! Comme son rôle au trésor était de superviser les politiques économiques, y compris en ce qui concerne le domaine financier, Lazard avait un bon employé dans la place.

Warren consacre plusieurs passages à expliquer ce qui est très difficile à saisir. L’économie américaine va bien, le taux de chômage est au plus bas, alors comment peut-on parler de misère économique ? À travers des cas précis, elle explique comment la stagnation des salaires au bas de l’échelle maintient une partie des Américains dans des conditions de précarité permanente. L’effondrement du pouvoir syndical, l’affaiblissement des normes minimales du travail et la quasi-inexistence d’inspection du travail a poussé de grands employeurs à rogner sur les horaires, les bénéfices marginaux, les salaires.

On sort de cette lecture convaincu que son auteure a non seulement le cœur à la bonne place, mais la connaissance et l’énergie voulue pour réformer l’Amérique.

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Voir: La politique américaine sur votre écran

Donald Trump, drapeau américainLa campagne présidentielle qui s’amorce va être fascinante. Sur ce blogue, je vais régulièrement attirer votre attention sur les éléments qui me semblent les plus importants.

Pour s’y préparer, voici ce que les écrans nous offrent en ce moment:

 

Comment le Texas conservateur a failli élire un sénateur démocrate

Beto O’Rourke est un de la vingtaine de candidats à l’investiture démocrate. Il est apparu sur l’écran radar national lors des élections de mi-mandat, en 2018. Il a failli devenir sénateur du Texas, un État qu’on croyait jusqu’alors solidement républicain. Il faisait campagne contre le sénateur et ex-candidat à l’investiture présidentielle Ted Cruz.

Le documentaire Running with Beto suit le candidat à la trace pendant plus d’un an. Rien de révolutionnaire dans ce document et on aurait aimé voir un peu mieux ce qui se passait du côté de Ted Cruz. Mais c’est bien mené et donne le ton de ce qui est en train de se passer aux États-Unis.

Sur HBO

La génération de femme démocrates

Alexandria Ocasio-Cortez est devenu en deux ans une des figures les plus connues,et les plus suivies, en Amérique. On la désigne désormais par ses initiales AOC ! Le documentaire qui lui est consacré sur NETFLIX porte sur la génération de nouvelles candidates spécifiquement recrutées en 2018 pour bousculer le parti démocrate de l’intérieur.

On suit Ocasio-Cortez de son emploi dans un restaurant jusqu’à son élection au Congrès. Elle n’est pas candidate à l’investiture démocrate cette année, mais sa voix compte.

Sur Netflix

Comment Trump a pris le contrôle de son parti

Versant Républicain, l’élément déterminant pour la campagne à venir est le contrôle total que détient désormais Donald Trump sur un parti. Un tour de force, puisque l’establishment du parti a tout fait pour l’empêcher de devenir leur candidat en 2016.

L’excellente émission Frontline, de PBS, fait le récit de son ‘Takeover’ du parti dans ce documentaire disponible en ligne.

En ligne ici


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Laicité: Seulement un (mais tout un) B- pour la CAQ

Extrait:

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