Voir: Dans les coulisses de la politique américaine

Vous souhaitez prendre un peu de recul sur la réalité politique de la fin de 2020 ? Autrement dit, vous n’êtes pas encore au niveau de la surdose politique présidentielle ?

Compter, recompter, tricher ?

Alors voici mes suggestions vidéo pour comprendre les ressorts intérieurs des affrontements en cours. D’abord, le film le plus proche des événements actuels sur le comptage et les poursuites est The Recount, qui couvre l’élection présidentielle de Floride opposant George W Bush et Al Gore en 2000. Très bien fait, très proche des faits. Disponible sur Crave/HBO.

La génération de femme démocrates

Le débat post-électoral est engagé au sein du Parti démocrate sur les raisons de l’absence de vague bleue. Les modérés accusent les progressistes d’avoir repoussé les électeurs centristes. Les progressistes affirment au contraire que les candidats les plus progressistes ont été élus et réélus, et non les modérés qui n’ont pas su mobiliser la base.

Ils offrent même ce graphique à l’appui de leur thèse:

Alexandria Ocasio-Cortez est devenu en quatre ans une des figures les plus connues et les plus suivies, en Amérique. Le documentaire qui lui est consacré sur NETFLIX porte sur la génération de nouvelles candidates spécifiquement recrutées en 2018 pour bousculer le parti démocrate de l’intérieur et sur le groupe Justice Democrats, très actif pour brasser les instances. Le documentaire, qui n’est pas excellent mais intéressant, montre les rouages de l’opération Justice Democrats.

Comment Trump a pris le contrôle de son parti

Versant Républicain, la grande question des quatre prochaines années porte sur l’avenir de Trump et du trumpisme. Ce documentaire de l’excellente émission Frontline raconte comment l’électron libre Donald Trump a graduellement exercé son contrôle sur le parti Républicain. Un tour de force, puisque l’establishment du parti a tout fait pour l’empêcher de devenir leur candidat en 2016.

J’ai écrit ici (Trump 2024) sur le fait que Trump, tel un virus pour lequel on n’a pas de vaccins, sera avec nous pour l’avenir prévisible. Ce documentaire fait la genèse du phénomène.

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À Lire: Élisabeth Warren, la bouillonnante réformiste

Elizabeth Warren, This Fight Is Our Fight

La nouveauté de la campagne à l’investiture démocrate américaine n’est ni le favori Joe Biden, dont c’est la troisième tentative, ni le socialiste Bernie Sanders — il incarnait la nouveauté en 2012 — mais Elizabeth Warren.

La prof d’économie a surgi dans le débat national au moment de la crise économique de 2008. Son diagnostic était sans appel: la déréglementation financière était à la source du dérèglement. Conseillère épisodique de Barack Obama (qui, malheureusement, ne l’écoutait que très peu) elle a proposé, puis dirigé, une nouvelle agence de protection des consommateurs face à l’arbitraire financier.

Les progressistes américains ont découvert en elle un curieux mélange de connaissance fine des enjeux économiques et de leur impact sur la vie des salariés modestes, d’une part, et une ferveur considérable dans l’expression. C’est particulier.

Cette combinaison a permis à Warren de devenir, d’abord, Sénatrice du Massachusetts et, ensuite, de se placer dans le trio de tête de la course démocrate à la présidence. La situation se présente comme suit: Contrairement à Joe Biden et à Bernie Sanders, dont la personnalité et les positions sont connues de l’électorat démocrate, Warren gruge des appuis à mesure que les électeurs la découvrent, un processus loin d’être complété.

Un des scénarios les plus probables est que, si elle domine Sanders dans les premières primaires de 2020, le retrait de Sanders fera basculer vers elle un très grand nombre de ses supporters, ce qui lui permettrait de battre Biden et de devenir la candidate démocrate.

C’est, entre autres mais pas seulement, pourquoi la lecture de son bestseller A fighting  chance (malheureusement pas disponible en français, mais en espagnol) vaut le détour.

C’est un mélange d’autobiographie, de vulgarisation économique, de témoignages de salariés vivant dans la précarité malgré une économie en croissance, de récit de ses combats pour ses causes au Sénat, de propositions de réforme.

Tout cela emballé dans une langue accessible. Efficace, informé, concret.

L’effet toxique de l’argent en politique

Je suis habitué à ce genre de texte et à la description de l’effet toxique de l’argent dans le système politique américain. Par exemple, elle reprend ce chiffre qu’on oublie toujours car il est invraisemblable: les représentants et sénateurs en exercice doivent consacrer entre 30 et 70% de leur temps à la collecte de fonds pour leur prochaine campagne électorale. S’ils travaillent six jours par semaine, ce qui est la plupart du temps le cas, cela signifie qu’ils passent entre deux et quatre jours par semaine à ne parler qu’à des gens assez riches pour financer leur campagne.

Mais Warren a réussi à me faire bondir avec les exemples qui suit.

On sait que les grands patrons financent les campagnes électorales à tous les niveaux, que les lobbyistes écrivent directement les lois présentés par les Républicains et les démocrates qui sont encore à leur service, qu’ils financent les organismes qui forment des juristes conservateurs que les Républicains nomment à tous les étages de l’édifice judiciaire américain.

Mais je ne savais pas ceci:

« Comptabilisant sur une récente période de quatre ans, la Fondation Koch (fortune pétrolière), la Chambre de commerce et les multinationales comme ExxonMobil et Pfizer, ont assumé la facture de 185 juges fédéraux pour plus de 100 voyages toutes dépenses payées. »

Wow. Des juges fédéraux.

On connait la pratique de la « porte tournante » entre les postes de cadres supérieur des grandes banques newyorkaises et les postes-clé du gouvernement américain en matière de finances, au Trésor comme à la Maison-Blanche. Il est maintenant bien vu, à Wall Street, d’avoir passé quelques années dans l’administration.

Malheureusement (?!), même sous Trump, Washington ne peut égaler les salaires faramineux encaissés chaque année à New York.


Warren raconte le cas ubuesque de Antonio Weiss, pressenti par l’administration Obama pour un poste important au Trésor. Venant de la banque Lazard, qui avait déménagé son siège social dans un paradis fiscal, Weiss avait entre autre aidé Burger King à se soustraire à l’impôt américain en déménageant ses quartiers généraux au… Canada !

Weiss fut nommé au poste convoité, mais Lazard lui a accordé 21,2 millions de dollars US de « salaire différé » qu’il toucherait dès son retour chez Lazard ! Comme son rôle au trésor était de superviser les politiques économiques, y compris en ce qui concerne le domaine financier, Lazard avait un bon employé dans la place.

Warren consacre plusieurs passages à expliquer ce qui est très difficile à saisir. L’économie américaine va bien, le taux de chômage est au plus bas, alors comment peut-on parler de misère économique ? À travers des cas précis, elle explique comment la stagnation des salaires au bas de l’échelle maintient une partie des Américains dans des conditions de précarité permanente. L’effondrement du pouvoir syndical, l’affaiblissement des normes minimales du travail et la quasi-inexistence d’inspection du travail a poussé de grands employeurs à rogner sur les horaires, les bénéfices marginaux, les salaires.

On sort de cette lecture convaincu que son auteure a non seulement le cœur à la bonne place, mais la connaissance et l’énergie voulue pour réformer l’Amérique.

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Voir: La politique américaine sur votre écran

Donald Trump, drapeau américainLa campagne présidentielle qui s’amorce va être fascinante. Sur ce blogue, je vais régulièrement attirer votre attention sur les éléments qui me semblent les plus importants.

Pour s’y préparer, voici ce que les écrans nous offrent en ce moment:

 

Comment le Texas conservateur a failli élire un sénateur démocrate

Beto O’Rourke est un de la vingtaine de candidats à l’investiture démocrate. Il est apparu sur l’écran radar national lors des élections de mi-mandat, en 2018. Il a failli devenir sénateur du Texas, un État qu’on croyait jusqu’alors solidement républicain. Il faisait campagne contre le sénateur et ex-candidat à l’investiture présidentielle Ted Cruz.

Le documentaire Running with Beto suit le candidat à la trace pendant plus d’un an. Rien de révolutionnaire dans ce document et on aurait aimé voir un peu mieux ce qui se passait du côté de Ted Cruz. Mais c’est bien mené et donne le ton de ce qui est en train de se passer aux États-Unis.

Sur HBO

La génération de femme démocrates

Alexandria Ocasio-Cortez est devenu en deux ans une des figures les plus connues,et les plus suivies, en Amérique. On la désigne désormais par ses initiales AOC ! Le documentaire qui lui est consacré sur NETFLIX porte sur la génération de nouvelles candidates spécifiquement recrutées en 2018 pour bousculer le parti démocrate de l’intérieur.

On suit Ocasio-Cortez de son emploi dans un restaurant jusqu’à son élection au Congrès. Elle n’est pas candidate à l’investiture démocrate cette année, mais sa voix compte.

Sur Netflix

Comment Trump a pris le contrôle de son parti

Versant Républicain, l’élément déterminant pour la campagne à venir est le contrôle total que détient désormais Donald Trump sur un parti. Un tour de force, puisque l’establishment du parti a tout fait pour l’empêcher de devenir leur candidat en 2016.

L’excellente émission Frontline, de PBS, fait le récit de son ‘Takeover’ du parti dans ce documentaire disponible en ligne.

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Laicité: Seulement un (mais tout un) B- pour la CAQ

Extrait:

E

 

Lire: La réticente, Michelle Obama

Michelle ObamaCe qu »il y a de plus remarquable dans le récit autobiographique de Michelle Obama est la contradiction entre sa vie souhaitée et sa vie vécue.

Dans le premier acte il y a la jeune femme déterminée à utiliser à plein le levier de l’éducation pour dépasser ses origines modestes de classe moyenne inférieure noire du South Side de Chicago et devenir une professionnelle travaillant dans une tour à bureau du centre-ville.

Elle y arrive à force de travail et devient avocate dans un grand bureau, s’attelant à la tâche de devenir partenaire et de s’installer au sommet d’une carrière juridique qui lui assurera prestige et sécurité.

L’arrivée dans son bureau, en retard, d’un stagiaire brillant, Barack Obama, va bousculer tous ses plans. Obama, premier directeur noir de la revue de droit de Harvard, est clairement une star juridique que se disputent les plus grand bureaux.

Ça ne l’intéresse pas. Ancien organisateur communautaire, Obama choisit délibérément des emplois moins rémunérateurs, mais qui donne un sens à sa vie, aide la communauté.

Cette quête de sens va pousser Michelle, alors Robinson, à remettre en question ses propres choix et à offrir ses compétences à des organisations vouées à la qualité de vie du plus grand nombre.

Enfin installée dans cette nouvelle voie, et mère d’une première fille, elle ne voit pas d’un bon œil la décision de son nouveau mari de se faire élire, d’abord, à la législature de l’État de l’Illinois. Michelle Obama nous entraîne essentiellement dans l’histoire de sa réticence.

Elle n’aime pas le jeu politique. Elle comprend que son mari porte la promesse d’un changement positif pour l’Amérique et on la sent portée, de temps à autre, par la vague d’enthousiasme, mais elle est en terrain étranger. Elle est la passagère qui doit s’adapter à un trajet qu’elle n’a jamais souhaité emprunter.

Engagée dans la campagne de son mari, elle devient la cible de ses adversaires et, même avec le recul, on sent que les cicatrices sont encore vives à sa mémoire.

Elle nous apprend que si elle a finalement accepté que Barack s’embarque dans la campagne présidentielle de 2008, c’est qu’elle estimait qu’il n’avait pas de chance de l’emporter. Que l’Amérique n’était pas prête à élire un président noir.

Ceux qui ont investi dans la lecture de ce livre dans l’espoir d’y retrouver une future candidate à la présidence seront déçus.

Première dame, première mère

On en apprend beaucoup sur les trésors d’organisation déployés par Mme Obama pour protéger ses deux filles pendant ces années politiques.

Elle nous fait comprendre l’extraordinaire lourdeur de la sécurité entourant la famille présidentielle. Si le couple présidentiel veut aller dans un restaurant, tous les clients et le personnel devront être scrutés au détecteur à métal. S’ils veulent voir une pièce de Broadway, la rue devant le théâtre sera fermée, tous les spectateurs passeront au détecteur. Voyant cela, le couple ne fera qu’une de ces sorties en amoureux.

Assister à un concert d’une des filles à l’école est donc exclu, pour le président, car les désagréments imposés aux autres parents et élèves serait trop grands. Il arrive que Michelle Obama reste dans la voiture pour regarder une de ses filles participer à un tournoi de tennis, car si elle devait rejoindre les autres parents dans les gradins, l’arrivée de ses garde du corps ferait tache.

Les auditeurs de la série « Scandal » savent que le président, la première dame et quelques autres adorent prendre le petit déjeuner ou l’apéro sur le balcon du 2e étage, qui donne sur le long parterre sud de la Maison-Blanche. On apprend dans ce livre que, lorsque l’envie vous en vient, il faut avertir la sécurité qui fera… fermer à la circulation la rue qui longe le terrain en contrebas. Cela a un effet dissuasif.

Le soft power de la première dame

Comment utiliser le pouvoir de la première dame ? D’ordinaire, elles s’associent à des causes consensuelles. Comme Nancy Reagan à la lutte contre la consommation de drogue « just say no! ».

Michelle Obama a choisi le problème du surpoids de la jeunesse. Plantant un potager sur le terrain de la Maison-Blanche, faisant la promotion de l’activité physique et, surtout, rassemblant plusieurs industriels de l’alimentation pour les inciter à réduire dans leurs aliments les proportion de gras, de sucre et de sel.

Elle a très bien compris que, n’étant pas élue, elle n’avait pas la légitimité requise pour proposer des changements législatifs coercitifs. C’est le boulot du président et des élus. Mais elle a une capacité de persuasion, de « soft power », dont elle a usé avec beaucoup d’efficacité pendant ses huit ans d’activité.

Le paradoxe racial

C’est donc un récit singulier, à nul autre pareil, et qui ne fait pas l’impasse, dans les derniers chapitres, sur le grand paradoxe incarné par cette première famille noire dans la maison du pouvoir.

Le contraste est saisissant entre le discours qui a porté Obama au pouvoir et la réalité politique qu’il a vécu. Il avait promis d’unir les Américains autour de leurs valeurs communes. Un de ses arguments contre sa rivale d’alors Hillary Clinton est qu’il ne voulait pas revivre les années de conflit et de division partisane qui avait caractérisé la présidence de Bill Clinton.

La division partisane allait pourtant connaître, sous Obama, des sommets jamais connus jusqu’alors et se solder par l’élection de la personne la plus polarisante de l’histoire des États-Unis, Donald Trump.

L’élection d’Obama de 2008 contenait aussi la promesse d’une Amérique post-raciale. L’élection d’un noir n’était-il pas un signe d’apaisement ? La violence raciale a au contraire repris de plus belle pendant ces années. Michelle Obama estime que la simple présence de noirs à la Maison-Blanche était pour certains une provocation permanente, une raison de plus de détester.

Le livre se termine donc par une note aigre-douce. L’auteure tente de nous convaincre, et de se convaincre, que tout n’est pas perdu, que le changement se mesure sur le long terme, que ce qu’elle et sont mari ont accompli n’est pas vain.

On veut le croire avec elle.

Disponible en librairie ici


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La course à obstacle trudeauiste de Réjean Hébert

En voici un extrait: