Le bulletin du commissaire à la langue: «Doit mieux faire!»

Lorsqu’il apparaît dans la salle des conférences de presse de l’Assemblée nationale, l’homme paraît mesuré, nuancé, aimable. Mais lorsqu’on lit sa prose, on est en droit de se demander s’il ne devrait pas, pour faire passer son message, lever le ton et taper du poing sur la table.

Il y a trois ans déjà que Benoît Dubreuil affine son diagnostic sur l’état et l’évolution du français, multiplie les recommandations. Dans son rapport annuel déposé cette semaine, il fait le bilan de l’application — ou non — des mesures qu’il préconise.

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Intense signal religieux

Combien de femmes musulmanes voilées étaient-elles prêtes à quitter leur emploi plutôt que de se conformer à la nouvelle loi sur la laïcité interdisant, pour les nouvelles embauchées, le port de signes religieux dans les services de garde et de soutien scolaires ? Les chiffres varient. En haut de la fourchette, « au moins 500 emplois » étaient menacés, seulement dans la métropole, selon l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire. Cette hémorragie a été évitée, grâce à l’assouplissement récent du règlement (traduction : l’État laïque a reculé). Mais, nous apprend-on, des centaines de cessations d’emploi sont à prévoir dans la grande région de Montréal.

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Le brouillard dans Milliard

Charles Milliard tient vraiment à nous convaincre qu’il est un « fier francophone ». Il en veut pour preuve, nous a dit le chef libéral la semaine dernière, que son père et sa mère « ne parlent pas un mot d’anglais ». S’ils avaient au contraire été des lecteurs de la Gazette et des auditeurs de CJAD, ils auraient pu éviter à leur fils de s’enfarger dans la première disposition de dérogation venue. L’opposition acharnée de l’électorat anglophone et de leurs médias, à la fois à la loi 96 et à toute utilisation de cette disposition, est assourdissante.

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Jacques Michel, dialogue d’outre-tombe

Le chansonnier Jacques Michel nous a quittés, sans prévenir. Cela m’a beaucoup attristé. J’ai donc résolu de l’interroger sur les raisons de ce départ, dans ce dialogue d’outre-tombe. Toutes les réponses sont de lui, je le jure. Toutes les questions sont de moi, je le jure aussi.

Jean-François Lisée : Pouvez-vous nous dire pourquoi nous avoir soudainement faussé compagnie, vous qui avez partagé nos vies si longtemps ?

Jacques Michel : J’voulais voir la lumière au bout du tunnel / Je me sentais coincé dans mon petit réduit / Je cherchais le chemin, je cherchais l’étincelle.

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Accueillir toute la marmaille du monde

On ne pouvait accuser le socialiste Michel Rocard de manquer de compassion, lui qui avait consacré sa vie à améliorer le sort des Français les plus modestes. Premier ministre, il avait dû admettre que la réalité pouvait imposer des limites à la charité et avait déclaré que la France ne pouvait, en dernière analyse, « accueillir toute la misère du monde ».

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Notre nouveau ministre identitaire

C’est quand même tout un changement, ne pensez-vous pas, cette idée d’avoir un ministre de l’Identité canadienne ? On doit la chose à Mark Carney, qui, à son arrivée, a décidé que c’en était terminé de l’époque post-identitaire et post-nationale de son prédécesseur Justin Trudeau. Steven Guilbeault a inauguré la chose en mars dernier, et on nous a bien expliqué combien il était important d’adjoindre la responsabilité de « la Nature » à celles du Patrimoine et de la Culture, car dame Nature canadienne fait partie de notre ADN.

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Jungle identitaire

Aviez-vous déjà entendu l’expression « Jean-Guy Rubber Boots » ? Moi pas. Sachez que cela circule, dans les écoles, parmi les élèves issus de l’immigration. « Jean-Guy » est un nom québécois typique, négativement connoté. « Rubber Boots » renvoie à un choix vestimentaire méprisable.

Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire les touffus rapports sur la non-intégration publiés la semaine dernière par le commissaire à la langue française, Benoît Dubreuil. Lui et son équipe ont épluché une vingtaine d’études qualitatives publiées depuis 20 ans, qui donnent la parole aux Québécois nés ailleurs et qui ont eu, pour beaucoup d’entre eux, le malheur de nous connaître.

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La nation de non-confiance

Certains d’entre vous sont trop jeunes, alors je vous raconte. Au siècle dernier, en l’an de grâce 1987, un texte a été proposé au Canada affirmant que le Québec formait, en son sein, une « société distincte ». Pas une nation ou un peuple, mais un truc un peu à part des autres. À peine. Des constitutionnalistes furent mobilisés pour jurer que, si on insérait cette description dans la loi fondamentale du Canada, cela n’aurait aucun effet. Il s’agirait, au fond, d’une décoration.

Des féministes de Toronto ont pourtant jugé qu’il fallait qu’elles viennent à la rescousse des Québécoises. Il leur semblait que, outillée de ces deux mots, la misogyne province allait menacer leurs droits. Il fallait donc à tout prix conjurer cette menace. De même, Pierre Trudeau, le père de Justin, sortit de sa retraite pour dire qu’avec ce changement, le gouvernement du Québec pourrait déporter des anglophones.

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Passif agressif

Ce serait une bonne chose, une constitution québécoise. Si seulement quelqu’un — le Canada — n’y avait pas pensé avant nous. Et lorsqu’on lit les documents déposés cette semaine par le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, on constate combien cette désagréable constitution préexistante est l’abcès de fixation de l’ensemble de l’exercice.

Se donner une loi fondamentale est d’ordinaire un moment d’affirmation de soi, de son existence, de ses valeurs et de ses choix. Mais nous ne sommes pas « d’ordinaire » au Québec. Nous ne sommes pas extraordinaires non plus. Enfin, pas toujours. Mais nous sommes « hors ordinaire ».

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