Les pieds d’argile de la loi sur la laïcité

Le grand mandarin du Parti québécois, Louis Bernard, avait écrit au plomb, avec une toute petite écriture, sur du papier ligné, un projet de loi sur la souveraineté. Le texte, parfaitement lisible pour des non-initiés, était la pièce maîtresse de la préparation indépendantiste qui avait précédé l’élection de Jacques Parizeau en 1994. À moi qui étais le dernier rentré dans l’équipe de conseillers, on expliqua que le texte, dont il n’y avait aucune copie, ne comprenait rien de neuf par rapport à ce que disait le PQ depuis sa fondation.

Laïcité et obscurantisme (Intégral)

Moi, j’ai trouvé ça long. Deux ans, avant que les opposants à la loi sur la laïcité mettent un nom, un visage, un récit, sur leurs arguments. C’était écrit : dès que serait identifié un cas dont il pourrait faire une cause célèbre, l’empire de la bien-pensance canadienne allait bondir avec toute la vigueur que confère le complexe de supériorité morale qui habite les scribes torontois, les élus libéraux et néo-démocrates et, désormais ouvertement, des députés conservateurs anglophones. Leurs arguments sont lourds. Il faut combattre et éradiquer cette loi, disent-ils, car elle contredit le cœur même de l’identité canadienne, car elle met en cause la décence, l’égalité, l’inclusion. Elle pue le racisme et la xénophobie. Elle est, pour reprendre le mot du ministre Marc Miller, ami personnel de Justin Trudeau : lâche.

Dans l’antichambre de la prédominance de l’anglais

Résumons-nous. Plusieurs PDG, vivant au Québec depuis de longues années, ne peuvent prononcer leurs discours en français. Évidemment, ils obligent au quotidien tous leurs cadres supérieurs à s’adresser à eux In English Only. Notre ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, affirme qu’il ne « serait pas réaliste » d’exiger qu’ils parlent le français comme condition d’accès à une aide publique québécoise. Ah bon ?

(Une version de ce texte a d’abord été publiée dans Le Devoir.)

Montréal bilingue ? Yes sir !

Lucien Bouchard était bien indulgent d’accepter ma demande de rencontre, à l’été 2000. Je lui avais donné du fil à retordre en publiant au printemps un livre intitulé Sortie de secours, où j’osais affirmer qu’à moins d’un virage stratégique majeur, le grand homme ne ferait pas l’indépendance. J’ajoutais qu’il serait forcé de démissionner, plus tard dans l’année, lorsqu’il s’aviserait que Jean Chrétien obtiendrait, à l’élection fédérale, un plus grand nombre de votes au Québec que M. Bouchard en avait obtenus dans sa propre élection.