La zone radioactive

J’ai tout de suite vu que ça poserait un énorme problème. La caricature de Chapleau, dans La Presse de mercredi dernier, reprenait une illustration du film sur le vampire Nosferatu de 1922 pour montrer le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’apprêtant à planter ses longues griffes sur la ville de Rafah, à Gaza. Wow, me suis-je dit, ils ont laissé passer ça !

Le ressac n’a pas tardé. Aux États-Unis, le journaliste d’origine torontoise David Frum a dénoncé la chose sur X auprès de son million d’abonnés. Le Jerusalem Post, entre autres, en a fait état. Ici, l’ambassadeur israélien, des personnalités et organisations juives ont réclamé et obtenu le retrait du dessin maudit, rappelant notamment que les Nazis avaient utilisé la même imagerie dans leurs campagnes antisémites. La Presse s’est platement excusée.

D’ordinaire, tous les acteurs prudents de la vie médiatique et politique savent que, si la critique du gouvernement israélien est nécessaire et permise, il existe un champ lexical et iconographique, entourant la shoah, qui est radioactif. On ne s’y aventure qu’à ses risques et périls. Yves Michaud a chèrement payé, 24 ans durant, son incursion dans ce champ. C’est au tour de La Presse. Alors pourquoi avons-nous cette semaine un nouveau candidat à l’opprobre: Yves-François Blanchet ?

Voici ce qu’ a écrit jeudi sur X le chef du Bloc québécois: “Je comprends en effet que la caricature puisse choquer les défenseurs du premier ministre israélien. Une autre pourrait décrire le Hamas comme une organisation monstrueuse.” Il poursuit: “Je n’en ai pas tant contre la caricature. J’en ai assurément contre la censure. Ce n’est pas de la propagande haineuse ni de l’incitation à la violence.”

Les faits sont indéniables. Netanyahu prépare une offensive contre Rafah pour y débusquer les terroristes du Hamas qui, eux, utilisent les civils comme boucliers humains. La communauté internationale, dont le président américain Joe Biden, lui demande d’y renoncer, estimant qu’il est impossible de mener cette opération militaire sans faire un grand nombre de morts et de blessés civils. Israël propose à un million 300 milles gazaouis, dont plusieurs sont venus se réfugier là pour fuir les bombardements au nord, de déguerpir avant que ne pleuvent les bombes. La famine, provoquée par le refus de Netanyahu de laisser entrer les convois de nourriture, est déjà commencée. La Cour internationale de justice n’a pas décidé, sur le fond, qu’Israël était en train de commettre un génocide, mais l’a enjoint de prendre des mesures pour éviter que son action militaire ne frachisse ce pas.

Alors comment le caricaturiste peut-il dessiner, en exagérant comme c’est son métier, l’homme qui préside à cette catastrophe humaine ? On comprend qu’il pourrait lui donner les traits de n’importe quel vilain réel ou imaginé – Palpatine, Chuky, Darth Vader, le Terminator, le Joker seraient permis, comme Staline, Pol Pot ou Pinochet. Mais il est convenu d’interdire toute association avec le régime hitlérien ou avec les images utilisées par les nazis, y compris les vampires, pour diaboliser les juifs. Blanchet a donc raison de dire qu’il s’agit de censure, mais on lui rétorque qu’elle est justifiée par l’histoire, incomparable, de la tentative nazie d’éradication des juifs. Le même argument fut utilisé pour déclarer intolérable qu’un peuple victime d’une tentative de génocide puisse être accusé de vouloir en faire un, quelques soient les arguments et les preuves qu’on puisse présenter – y compris des déclarations de ministres israéliens en exercice souhaitant ouvertement la disparition des Palestiniens.

L’argument de l’ignorance peut-il être invoqué ? Un caricaturiste québécois pourrait-il plaider ne pas avoir eu en mémoire ou à sa disposition la liste complète des images interdites ? Qu’il ne savait pas que Nosferatu avait été détourné par le troisième Reich ? L’auteur montréalais Mordecai Richler a un jour offert la réponse à cette question. Dans le grand magazine américain The Atlantic, Richler avait affirmé que le Parti québécois utilisait sciemment dans sa campagne une chanson nazie, “Demain nous appartient”. À Stéphane Venne, l’auteur de la chanson qui écrivait dans l’édition suivante du magazine que c’était complètement faux, Richler a admis que la chanson “n’était pas une provocation volontaire, seulement un manque de tact.” L’auteur de Duddy Kravitz suggérait ainsi tout nouveau titre de chanson, avant d’être enregistrée, soit d’abord comparé au registre complet des chansons nazies réelles ou fictives (la chanson incriminée tirée de Cabaret n’ayant été inventée qu’en 1972). Richler, évidemment, ne s’est jamais excusé d’avoir ainsi diffamé le PQ et ses dirigeants. 

Il existe donc un cordon infranchissable. Mais dans un sens seulement. Le gouvernement israélien a beaucoup comparé, depuis l’attentat meurtrier et barbare du Hamas du 7 octobre, l’organisation palestinienne et ses méthodes à Hitler. Ils sont pires, a-t-on entendu, car au moins les Nazis cachaient au monde leurs exécutions et leurs tortures, alors que le Hamas les diffusent gaiement sur les réseaux sociaux. Un excellent argument, si vous voulez mon avis.

Au fond, on nous dit que les rescapés des camps (il y en a encore beaucoup à Montréal) et le traumatisme causé par ces événements par les générations suivantes est tel que même l’utilisation ciblée, envers un chef politique mais non contre la communauté, d’une image parmi mille utilisée jadis par les nazis est trop dure à supporter. Je le crois. Comme je crois aussi que des musulmans dévots sont physiquement révulsés par la vue de caricatures de Mahomet. On défend pourtant le droit de les publier et de les montrer en classe.

Les tenants de la liberté d’expression sont ainsi convenus que cette liberté ne doit pas se heurter à un inexistant droit à ne pas être offensé. Légalement, seuls les appels à la haine et à la violence en forment les murs d’enceinte. Parmi les gens censés, et dans les grands quotidiens, l’antisémitisme, comme toute expression de racisme, dépasse les bornes.

Dans ce périmètre, La Presse a tout de même indiqué que la caricature de Chapleau “se voulait une critique de la politique de M. Nétanyahou. Il visait le gouvernement israélien, pas le peuple juif.” Elle n’était donc pas antisémite. Le premier ministre était ridiculisé non pour son ethnie et sa religion, mais pour sa politique. C’est indubitable. Elle l’a retiré et s’est excusée quand même, jugeant “malheureuse” l’utilisation de l’image de Nosferatu. Yves-François Blanchet pense que ces excuses sont mal venues..

Je comprends que l’existence même de ce débat (et de la chronique que vous lisez en ce moment) nous approchent dangereusement de la zone radioactive. J’admets l’argument que, même si le peuple juif, comme le disait Yves Michaud, n’a pas le monopole de la souffrance, la shoah occupe une place à part dans l’échelle historique de la barbarie.

Je vais risquer de poser une question dangereuse: devrait-il y avoir une date de péremption ? Non pour l’antisémitisme, qui comme tout racisme est éternellement condamnable, mais pour, disons, l’utilisation de certains argument et de certaines images que les Nazis n’ont pas inventé mais détournés, pour commenter ou caricaturer, non un peuple, mais des dirigeants et leurs politiques ? A fortiori des images et des expressions (c’est le cas, par exemple, de la « nuit des long couteaux ») ?

C’est en 1945 que les derniers camps ont été démantelés, donc il y a bientôt 80 ans. Peut-on penser qu’en 2045, donc après 100 ans, on puisse dessiner un politicien israélien en vampire sans être taxé de détester nos concitoyens juifs ? Je ne dis pas que ce serait judicieux. Je teste les limites de la liberté d’expression, à la façon de Charlie Hebdo, dont beaucoup de dessins sont implubliables dans la presse généraliste, mais qui campe dans le périmètre de la liberté. Ça nous laisse quand même 21 ans pour y penser. Et, de toutes façons, je ne le demande pas pour moi, mais pour un ami, caricaturiste.

(Une version plus courte de ce texte a été publiée dans Le Devoir.)

Le Bloc et le noeud gordien

Je n’ai toujours pas trouvé, dans les ventes de garage, un des t-shirts produits par le Bloc québécois en 1993 où on lisait : « Ceci est la première et la dernière élection du Bloc Québécois. » Ce n’était pas de la naïveté. C’était de l’optimisme. À l’époque, l’indépendance semblait à portée de main. Manquait sur le vêtement un astérisque renvoyant à des petits caractères : « À condition que l’indépendance soit faite avant la prochaine élection fédérale. »

(Cette chronique a d’abord été publiée dans Le Devoir.)

C’était il y a déjà neuf élections fédérales. Les neuf fois, j’ai voté Bloc. Toujours par conviction, certes. Mais parfois aussi par amitié, par habitude, même par dépit. Pas cette année. Cette année, mon vote pour le Bloc est celui d’un naufragé qui se jette sur la seule bouée de sauvetage disponible. Cette année, je bénis les astres électoraux d’avoir réservé aux Québécois qui cumulent mes orientations — progressistes, écologistes, féministes, nationalistes et indépendantistes — une case sur leur bulletin de vote leur permettant de s’extraire de ce qui serait, sinon, un dilemme d’envergure.

Imaginez notre détresse si le Bloc n’était pas là. Notre élan nationaliste voudrait rejeter Justin Trudeau, qui compte céder à son instinct de bafouer notre autonomie en santé et qui compte mettre le poids de l’État canadien dans la contestation de notre loi sur la laïcité. Notre élan écologiste et féministe nous interdit d’appuyer un Parti conservateur dont le dernier congrès a nié l’existence de la crise climatique et dont la majorité des députés n’a de cesse que de rogner le droit à l’avortement. On voudrait bien, avec Jagmeet, taxer les ultrariches, fermer le robinet des subventions aux hydrocarbures et se faire rembourser nos soins dentaires, mais en voilà un autre qui, une fois au pouvoir, se balancera de respecter nos décisions collectives et qui compte dans son caucus un bon contingent de Quebec bashers.

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Nous serions, sans le Bloc, forcés de faire des calculs compliqués. Bon, on aurait moins d’argent pour la santé avec les conservateurs, mais ces sommes seraient accordées sans condition. Reste qu’on en aurait dix fois plus avec les libéraux. Et on en a vraiment besoin pour payer des primes de retour aux infirmières retraitées ou démissionnaires ? Pourrait-on obliger Trudeau à ne choisir que des conditions qu’on satisfait déjà ? Si oui, comment ? Une fois élu, il ferait à sa tête.

Avec O’Toole, on aurait au moins une déclaration de revenus unique, des pouvoirs en immigration et la loi 101 dans les entreprises à charte fédérale. Mais il présiderait à une relance de l’exploration pétrolière qui ferait de nous des complices du réchauffement planétaire et des parias dans toutes les rencontres internationales sur le climat.

On pourrait décider d’envoyer un contingent de néodémocrates en espérant mettre un des grands partis en position de minorité, mais quelle garantie aurions-nous qu’à part pour le climat, les ultrariches et les dents, ce parti qui a appuyé la loi sur la clarté ne nous faussera pas compagnie sur des questions essentielles ?

Des imperfections qui nous ressemblent

Vous voyez, ce ne serait pas gérable. Le Bloc québécois n’est pas parfait, mais ses imperfections sont les plus proches des nôtres. Face à un gouvernement minoritaire, aucune force ne pourra aussi bien que le Bloc servir de levier pour tirer les décisions vers les orientations qui nous rassemblent, autant sur la santé que sur l’avortement, le climat ou la fermeture des paradis fiscaux. Vous êtes, comme moi, opposé au troisième lien ? Prenez votre carte du Bloc pour voter cet hiver dans une instance près de chez vous une résolution sommant Yves-François Blanchet de ne jamais plus aborder cette question.

Le Canada se dirige vers un gouvernement libéral minoritaire, donc affaibli. Dès mardi, des fuites apparaîtront nous apprenant qui, où et quand des libéraux lucides avaient fortement déconseillé à Trudeau de déclencher une élection inutile et risquée. C’est que la course officieuse à sa succession s’enclenchera. Même chez O’Toole, les lendemains de défaites s’annoncent sombres. On lui reprochera d’avoir sacrifié les vaches sacrées du parti — sur la taxe carbone, sur les armes — dans une course futile vers le centre. Les ultras voudront se venger.

Face à ces partis blessés par l’épreuve électorale, un Bloc québécois renforcé, ayant soutiré des circonscriptions à la fois aux libéraux et aux conservateurs, aura à Ottawa, peut-être pas le « vrai pouvoir » promis lors de la campagne de 1993, mais un réel rapport de force. D’autant qu’une augmentation significative de votes et de députés bloquistes incarnerait indubitablement la volonté des Québécois d’être entendus pour ce qu’ils sont : une nation.

Lundi, l’électeur québécois est donc devant le nœud gordien. Personne, avant Alexandre le Grand, n’avait réussi à le dénouer. Lui, qui avait sans doute un agenda chargé, décida de ne pas perdre de temps à dénouer l’enchevêtrement. D’un coup d’épée, il trancha le nœud. Il nous appartient, lundi, de nous extirper de l’embrouillamini servi par les partis canadiens et de trancher dans le vif, d’un Bloc.


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Élections fédérales: le palmarès des perdants !

Il y a toujours quelqu’un qui gagne, lors d’une élection. Quelqu’un qui gouverne. Il y a parfois plusieurs joueurs qui progressent, voire qui ressuscitent, et qui ainsi gagnent du terrain. Mais il y a victoire et victoire. Comme il y a défaite et défaite. C’est une question de degrés.

Et même chez les gagnants de l’élection fédérale de 2019, la dose de défaite est considérable. Ce qui fait de cette élection un cas particulier, où personne n’est aussi heureux qu’il ne le souhaitait. Où le déséquilibre s’impose comme la valeur dominante du résultat du vote.


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J’entends des commentateurs affirmer que tel ou tel parti aurait du mieux anticiper, ajuster le tir, n’avait pas su, n’avait pas pu. Je n’en crois rien. J’estime qu’à peu de choses près, chaque leader a joué sa partition au mieux — et chaque joueur a eu sa juste dose de pépins. Et chaque joueur a eu, de la part de l’électorat, non pas la note qu’il méritait, mais la note que ce pays fragmenté a décidé de lui donner.

1 – Désignons d’abord les plus grands perdants. Maxime Bernier, bien sûr. Il y avait, dans le corps politique canadien, une place à prendre pour un parti plus conservateur que celui d’Andrew Scheer. Peut-être 10 ou 15 % du vote. On peut, comme moi, être en désaccord avec presque tout ce qu’il avance, reste que ses thèmes, sur l’État qu’il faut rendre minuscule, sur les finances publiques qu’il faut immédiatement équilibrer, sur l’immigration qu’il faut réduire significativement, sur l’aide étrangère qu’il faut abolir, son opposition à ce qu’il appelle le « multiculturalisme extrême » aurait du lui valoir, au moins, davantage de circonscriptions que les verts. Maxime Bernier est deux fois victime. D’abord, au Québec, son discours était trop audacieux pour ses propres électeurs de Beauce, qui sont des conservateurs pantouflards, pas des conservateurs révolutionnaires. Ailleurs, dans l’Ouest, où il aurait pu faire des gains, il a été victime de ce qu’il faut bien appelé la trudeauphobie ambiante. Les milieux ultra-conservateurs convoités par Bernier étaient davantage motivés par leur volonté de se débarrasser de Justin que par leur appui aux thèses du beauceron. Et contre Trudeau, ces électeurs préfairaient faire corps avec Andrew Scheer, même s’ils le trouvaient trop mou. Malgré sa piètre performance au débat en anglais, où il était inaudible, Bernier a fait le maximum dans cette campagne. Mais le maximum ne suffisait pas.

2 – Elizabeth May est la seconde plus grande perdante. En début de campagne, elle était destinée à supplanter le NPD. La question climatique s’est imposée à la campagne de 2019 plus que jamais, notamment avec l’énorme manifestation de Montréal et la tournée de la jeune Greta. Ce climat sur l’enjeu du aurait dû être porteur pour sa formation. May a bien performé à chacun des débats où elle s’est présentée. Elle fut victime de l’embouteillage des partis se prétendant verts. Ses principaux gains ne pouvaient se faire qu’en allant chercher des électeurs NPD et des électeurs libéraux. Malheureusement pour elle, Jagmeet Singh a fait une campagne nettement plus forte et attractive que prévu, a martelé le thème environnemental, et il a ramené chez lui ses électeurs qui auraient pu faire défection chez les verts. En fin de campagne, Justin Trudeau a pris des airs de plus en plus écolo, et insisté sur l’importance de faire barrage au climato-régressif Scheer, ce qui lui a permis de colmater la brèche sur son flanc vert. Bref, May a fait le maximum dans cette campagne. Mais le maximum ne suffisait pas.

3 – Jagmeet Singh est quatrième sur la liste des perdants. Certes, il n’a pas tout perdu. Son leadership était en jeu en début de campagne, son excellente performance l’a mis bien en selle pour faire au moins un autre tour électoral. Il a fait sortir son parti de l’anti-chambre de l’insignifiance, mais n’a pas réussi à récolter tous les fruits de sa romance avec une partie de l’électorat libéral. Pourquoi ? Comme d’habitude, en fin de course, la crainte de l’élection des conservateurs pousse une partie de l’électorat néo-démocrate à se replier sur les libéraux, vus comme un moindre mal. Le cauchemar pour Singh aurait été un gouvernement libéral majoritaire, qui l’aurait rendu complètement superflu. Avec ce gouvernement minoritaire, il aura droit à quelques égards du premier ministre pour s’assurer de son vote. Mais si peu. Les finances du NPD étant exsangues, il n’a pas les moyens de menacer Trudeau de le faire tomber et de retourner en élections. Cela donne au premier ministre une plus grande marge de manoeuvre. Bref, Singh a fait le maximum dans cette campagne. Mais le maximum ne suffisait pas.

4 – Doug Ford, Jason Kenney, l’Alberta et la Saskatchewan arrivent quatrième sur cette liste. Leur sort était complètement lié à une victoire conservatrice. Doug Ford, immensément impopulaire en Ontario, a fait ce qu’il fallait pour aider Scheer: il s’est transformé en coup de vent. Kenney, immensément populaire dans l’électorat conservateur, a fait ce qu’il fallait: il a fait campagne activement. Les Albertains ont envoyé tous les signaux voulus au reste du pays: les politiques fédérales actuelles nous sont insupportables, nous voulons un changement de cap sinon, attention à la péréquation et au sentiment séparatiste albertain. Un sondage montrait ce mois-ci que 23 % des Albertains voulaient quitter le Canada. Une base qui semble avoir une bonne capacité de croissance, car 70% des sondés ont dit comprennent la volonté indépendantiste de certains de leurs concitoyens. En expulsant les derniers députés libéraux de l’Alberta et de la Saskatchewan à l’élection, l’Alberta et la Saskatchewan ont ont fait le maximum. Mais le maximum ne suffisait pas.

Alberta sécession

5 – François Legault est aussi un perdant dans cette élection. Son scénario de rêve était un gouvernement conservateur, majoritaire ou minoritaire, avec un certain nombre de bloquistes pour l’aiguillonner sur ses promesses faites au Québec. Comment on le sait ? Toutes les sorties de Legault faisaient mal à Justin Trudeau et à lui seul. Le refus de la CAQ d’appuyer une motion péquiste s’opposant au corridor énergétique d’Andrew pendant la campagne atteste du refus de Legault d’indisposer son allié conservateur. Le plan de Legault s’est effondré lorsque les Québécois ont découvert Andrew Scheer aux débats en français et ont jugé qu’il n’était pas à leur goût. Il lui ont préféré le chef bloquiste. C’eut été un bon second choix si le Bloc avait, seul, la balance du pouvoir. Mais le NPD a suffisamment de voix pour appuyer Trudeau sur bien des enjeux.

Alors, François Legault est la Perrette de l’élection: Adieu appui du fédéral au 3e lien, au rapport d’impôt unique, à l’application de la loi 101 aux entreprises fédérales, à des pouvoirs réels en immigration, à une non intervention fédérale contre la loi 21. Les trudeauistes ont été patients avec Legault avant l’élection. Ils ont noté que la CAQ s’est absentée de certaines annonces fédérales, ils ne doivent rien au gouvernement du Québec. Et rien, c’est à peu près ce qu’ils vont livrer. D’ailleurs, avec davantage de sièges au Québec que le Bloc, Justin Trudeau ne s’empêchera pas de dire : « Le Québec c’est moi ! » Comme son père Pierre-Elliott aimait dire « je suis l’autre premier ministre du Québec. »

Legault a fait le maximum. Mais le maximum n’était pas suffisant.

6. Yves-François Blanchet a le mérite d’avoir à la fois gagné et perdu. Gagné parce qu’il a parfaitement incarné l’humeur nationaliste du Québec, occupé le terrain que Legault aurait voulu offrir à Scheer, redonné vie et honneur au Bloc Québécois. Perdu parce que les Québécois n’ont, en fin de parcours, pas voulu lui donner la victoire éclatante qu’aurait représenté une pluralité de sièges au Québec. Justin Trudeau a davantage de sièges (35 contre 32) et davantage de votes (34,2% contre 32,5%). Le dernier sondage Léger, qui donnait 40% du vote francophone au Bloc, annonçait un autre résultat. Il est certes remarquable que le Bloc puisse former la deuxième opposition à Ottawa, devant le NPD. C’est pourtant le NPD qui sera l’interlocuteur principal du gouvernement minoritaire, pas le Bloc. Yves-François Blanchet, c’est clair, a fait le maximum. Mais le maximum n’est pas suffisant.

7. Andrew Scheer aussi a fait le maximum. Et plus encore. J’ai dénoncé sur cette balado les mensonges éhontés, à la Donald Trump, utilisé par les conservateurs pour faire peur aux électeurs. J’estime que le pire ennemi de Scheer était, non son programme ou sa campagne, mais sa personnalité même. Si on avait mis à sa place un Jason Kenney ou un Stephen Harper, voire un Brian Mulroney ou un Jean Charest aux personnalités plus vives, la victoire aurait été possible. Les Canadiens, qui le connaissaient peu, ont appris à le connaître et à trouver chez lui une personnalité fade. Ils espéraient mieux. Les Québécois, je me répète, ont tout de suite décidé, sans le détester, ne pas vouloir l’avoir dans leur salon comme premier ministre pendant quatre ans. Scheer a eu la pluralité des voix des électeurs, mais pas la pluralité des sièges. Signe qu’il y a quelque chose de brisé dans le système électoral. Cela le met en bonne compagnie, avec Al Gore, Hillary Clinton, John Diefenbaker et Jean Lesage. Notez qu’aucun ne fut présent à l’élection suivante pour un combat revanche. Scheer a fait un discours de défaite en forme de défi au nouveau gouvernement, et de défi à ceux qui voudraient le pousser vers la porte. C’était sans doute son meilleur discours de la campagne. Ça ne suffira probablement pas. Oui, il a fait le maximum. Mais le maximum ne le sauvera pas.

Des balados en rafale !

8. Justin Trudeau est premier ministre. C’est en soi un exploit, après l’année horrible qu’il vient de vivre. Mais cela en dit davantage sur le Canada que sur l’homme. En 2015, il avait étonné et avait représenté l’espoir. En 2019, il a rassemblé les voix du désespoir. C’est parce qu’il pouvait barrer la route aux conservateurs que Trudeau a gardé par devers lui suffisamment d’électeurs désabusés qui, sans la menace conservatrice, auraient préféré les néo-démocrates ou les verts. Mais la marque de commerce Trudeau et la marque de commerce  libérale sortent de l’exercice avec plus de cicatrices que de muscles. La capacité de rassemblement du premier ministre est faible. Son gouvernement n’est certes pas menacé d’être renversé dans l’avenir prévisible mais il n’y aura pas de lune de miel ni de chance au coureur. Il n’y aura que des difficultés, de la rancoeur, de la division. Dans les circonstances, oui, Justin Trudeau a fait le maximum. C’est suffisant pour gouverner, pas pour gouverner confortablement. En 2015, Trudeau s’avançait sous les « sunny ways ». Cette fois, il s’engage dans une vallée de larmes.

9. Le grand perdant, finalement, est le Canada. Clairement, son point d’équilibre est au centre-centre gauche. Libéraux, néo-démocrates, verts et bloquistes partagent une sensibilité sociale et écologique qui, dans un pays normal, devrait s’imposer. Mais le Canada est le pays du grand écart. Il s’approche ainsi de la triste réalité des États-Unis, mais avec une complication supplémentaire.

Un pays peut-il être à la fois environnementaliste et pétrolier ? C’est la synthèse impossible que le gouvernement Trudeau I a tenté de réussir. L’élection vient de lui dire qu’il a échoué. Sans l’enjeu pétrolier, et la ferme détermination des provinces de l’Ouest de,non seulement maintenir, mais d’augmenter leur production, la politique canadienne ferait du Parti conservateur une opposition quasi-permanente. Aujourd’hui, la tension entre ces deux pôles, pétrolier et soucieux de la planète, fracture ce pays pour l’avenir prévisible.

Un pays peut-il être à la fois multiculturaliste et accepter en son sein une nation qui insiste pour devenir encore plus laïque et plus francophone ? L’élection québécoise a vu re-surgir sur la scène fédérale la question nationale. Au delà de la loi 21, ce qui est en cause est le droit de la nation québécoise d’être différente du reste du pays.

Il était fascinant d’entendre, le soir de l’élection, tous les leaders utiliser le mot « nation » pour définir le Québec, y compris Justin Trudeau qui y était opposé il y a quinze ans à peine et que son père vomissait. Le résultat est que les leaders canadiens normalisent l’idée que les Québécois forment un groupe à part. Si, ou lorsque la Cour suprême déclarera invalide la loi 21, au nom d’une constitution que les Québécois n’ont jamais accepté, cette ligne de fracture entre le pays canadien et la nation québécoise apparaîtra encore plus fortement.

Ces forces sont plus puissantes que n’importe quel des leaders qui se sont présentés cette année devant les électeurs. Elles annoncent un sale temps pour le Canada. Nous entrons, tous, dans une zone de turbulence.


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Décodage: la face noire de Trudeau et la république québécoise du bon sens

Justin Trudeau, Redface, BlackfaceUne tuile politique qui s’abat sur un chef pendant une campagne électorale est comme un oignon. Au centre du légume, on trouve le problème réel. Puis viennent s’ajouter plusieurs couches de pelure qui, comme des parasites, donnent beaucoup plus de volume à l’oignon qu’il ne devrait en avoir.


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Je voudrais surtout examiner les pelures. C’est à dire les déclarations politiquement motivées, qui s’éloignent et trahissent la vérité à des fins purement électorales. L’affaire Trudeau est un beau cas.

Quel est le problème réel ? Le jeune Justin, fantasque, fanfaron, débouleur d’escaliers et amuseur public, s’est peint en noir pour une soirée des Mille et une nuits. Jeune ? Il avait 29 ans, mais Justin a longtemps prolongé son adolescence. Bon, on apprend qu’il était la seule personne costumée à cette soirée, où les dames étaient en robe longue, les hommes en smoking.

Lorsque la photo est diffusée par les médias, Justin se présente au micro pour s’excuser d’avoir mis du « maquillage ». Le premier soir, il ne parle pas de « blackface ».

Pourquoi ? Parce qu’à ce point du récit, Trudeau dit ce qu’il pense et il ne pense pas que c’est du « blackface ». Pourquoi ? Parce qu’au sens propre, quelqu’un fait du « blackface » lorsqu’il se grime en noir pour donner volontairement une image stéréotypée et méprisante des noirs. C’est ainsi une manifestation ignoble et raciste de supériorité de blancs envers les noirs.

Ce n’est pas ce que faisait Justin en se noircissant la peau pour faire un Aladin un peu-plus-noir que nature.

Trois des noirs les plus connus et influents au Québec, Dany Laferrière, Boucar Diouf et Maka Kotto, ont immédiatement vu qu’il ne s’agissait pas de « blackface ». Pourquoi ? Parce qu’ils vivent dans la République du bon sens. Le Québec. J’y reviendrai.

Sur le continent anglo-américain, par contre, la notion de « blackface » a été étendue à toute personne non-noire portant du maquillage noir, quel que soit le contexte ou l’intention. C’est un interdit généralisé qui, dépassant les bornes du bon sens, est devenu un diktat de la rectitude politique contre lequel il est risqué de s’opposer.

Une fausse-bourde qui vaut 90 millions

Songez que chez nos voisins du sud, une animatrice de droite, Megan Kelly, a été virée pour avoir dit qu’elle trouvait acceptable qu’un enfant blanc qui personnifie une personnalité noire à l’Halloween porte du maquillage noir. Elle a émis dans la journée des excuses (auxquelles elle ne croyait nullement). Mais la chaîne NBC lui a montré la porte. Comme son contrat n’était pas terminé, la chaîne a du lui verser 90 millions de dollars canadiens !

Voyez, donc, comme je prends un énorme risque réputationel en affirmant ici que tout maquillage noir n’est pas nécessairement du blackface.

Mais revenons à Justin. Il aurait pu prendre la décision de plaider non-coupable. Mais dès le premier soir, en réponse à une question, il a cédé, affirmant que son grimage était « raciste ».

Pourquoi ? Parce qu’il savait déjà que, en anglo-canada et chez un certain nombre de ses militants et électeurs de couleur, il ne pourrait pas gagner ce débat. Les lignes de l’acceptable et de l’inacceptable politique canadien ne permettent pas la nuance ou le débat sur cette question.

Après la sortie de Trudeau, le leader du NPD Jagmeet Singh a saisi l’occasion, non pour dénoncer Trudeau, mais pour s’adresser à tous ceux qui sont victimes de discrimination pour leur dire combien ces images étaient blessantes et que, malgré l’énorme déception qu’ils devaient ressentir, ils ne devraient pas renoncer au Canada. Le sous-texte était parfait: sans appeler à voter pour lui et pour son parti, Singh incarnait celui vers lequel les victimes du Trudeau-Aladin devaient maintenant reporter leurs espoirs, donc leurs votes.

Bref, s’il y avait un canadien de couleur qui pensait que ce grimage ne devait pas être vu comme une insulte, l’intervention de Singh avait pour impact de les détromper sur ce point. Il leur disait: c’est grave, prenez-le personnel ! Singh y croit-il ? Je ne sais pas.

Revenons aux pelures. Le premier soir, le conservateur Andrew Scheer a choisi ses mots, affirmant que Trudeau avait bien posé un acte de « blackface ». Scheer y croit-il ? J’en doute. Mais ça lui permet de dire que le blackface est est « raciste », donc une façon de placer le mot « raciste » dans la conversation, sans affirmer que Trudeau l’est, en ce moment.

Technique identique de la part d’Elizabeth May, du Parti Vert: « Je suis profondément choqué par le racisme que l’on voit sur la photographie de Justin Trudeau », a-t-elle gazouillé.

Dès le jour deux, Trudeau n’avait donc pas le choix de faire un pas de plus et d’affirmer que son maquillage d’Aladin était du « blackface » et qu’il avait donc commis un affront à toutes les victimes de discrimination. À mon avis, il n’en croit pas un mot. Mais il fait le bon calcul politique canadien que cette contrition maximale est la seule façon de se sortir de son faux pas.



En termes de contrition, le modèle a été établi par le président Bill Clinton après qu’on eut appris qu’il avait batifolé avec une stagiaire dans le bureau ovale. Clinton avait fait en 1998 une tournée d’excuses tellement intense qu’après une semaine, les gens le priaient d’arrêter de s’excuser. C’est ce qu’il voulait. C’est ce que Trudeau fait.

Évidemment, le cas de Trudeau est compliqué par la sortie, au jour deux, d’une vidéo où on le voit, en 1992-1993, encore une fois grimé en noir, faisant des gestes simiesque et ayant même rembourré son entre-jambe. Si, là, il ne se moquait pas des noirs, je mange mon chapeau.

Au jour trois, Justin ayant récupéré le message de Jagmeet sur le tort causé par ces images à toutes les victimes de discrimination au Canada, Jagmeet devait innover pour rester sur la crête de la tempête de la rectitude. Aux journalistes qui lui ont demandé s’il estimait que Trudeau était raciste, le leader du NPD a répondu: « je ne sais pas ».

Évidemment qu’il le sait. Trudeau n’est pas raciste, le jeune Trudeau était un sans-génie, tout simplement. Mais Singh avait deux raisons de ne pas admettre que Trudeau n’était pas raciste. D’abord, le NPD a en son sein des militants anti-racistes virulents, qui pensent que Trudeau l’est. Si Singh avait déclaré Trudeau « non raciste » il aurait provoqué un débat interne au NPD et aurait mécontenté sa frange la plus dure.

Ensuite, Singh avait intérêt à maintenir la surenchère pour maximiser le nombre d’électeurs meurtris — ou maintenant convaincus qu’ils étaient meurtris — vers son parti.

Quel impact électoral réel ?

Ces derniers jours les sondeurs canadiens nous ont éclairés sur l’impact réel de cette affaire sur les intentions de vote.

Examinons d’abord la réaction des minorités visibles, qui forment près du quart de l’électorat.

D’abord pour noter qu’ils sont beaucoup moins choqués que les chefs politiques canadiens.

Selon Abacus, 35% des membres des minorités visibles affirment que les photos ne « les ont pas dérangés ». Un autre 45% affirment qu’ils n’ont pas aimé les photos, mais acceptent les excuses du premier ministre. Donc il en reste 20% qui ont été « vraiment offensés » et ont désormais une plus mauvaise opinion de Trudeau. Un membre des minorités visibles sur cinq l’a donc pris personnel, comme le voulait Jagmeet Singh.

Deux choses à retenir: D’abord, l’immense majorité des membres des minorités visibles, soit 80%, n’en font pas tout un plat.

Ensuite, si un sur cinq se sent offensé, c’est moins que chez les blancs. Oui oui. Un non-blanc sur cinq est offensé, mais un blanc sur quatre l’est ! Ça ne s’invente pas ! Les canadiens blancs sont plus anti-racistes que les canadiens racisés.

Reste que l’effet politique est réel. Près de 20% des membres des minorités visibles affirment qu’ils ne sont plus certains de vouloir voter libéral. Certains ont déjà franchi le pas.

Avant la controverse, selon Angus Reid, 12% des membres des minorités visibles comptaient voter NPD. Après, la controverse, ils sont désormais 20%. Un bond de huit points. Pour le NPD, une aubaine ! Au global, cela ne les fait monter que de deux points. Mais il y a au Canada 41 circonscriptions à majorité multiculturelle, surtout à Toronto et à Vancouver. C’est là que le déplacement de votes du au Blackface va se jouer. Pour un parti qui joue sa survie, c’est bon à prendre.

Angus Reid, Blackface, Visible minorities

L’épicentre du bon sens: le Québec

Au jour 1 de la controverse, le chef du Bloc, Yves-François Blanchet, a donné le ton.

«Justin Trudeau a tous les défauts du monde, a déclaré M. Blanchet. Ce n’est certainement pas un grand premier ministre. Il ne se qualifie peut-être même pas pour le terme compétent, mais Justin Trudeau n’est pas un raciste.»

Le lendemain, le Premier ministre Fançois Legault, le chef du PQ Pascal Bérubé et plusieurs députés ont pris une position modérée, acceptant les excuses et déclarant que le premier ministre n’était pas raciste.

Des libéraux membres de minorités visibles, dont la candidate potentielle Marwah Rizqy, ont passé l’éponge.

Québec Solidaire, chez qui on retrouve beaucoup de militants très véhéments sur la question, a mis la pédale beaucoup plus douce que le NPD:

« Le blackface, le brownface, est considéré comme un geste raciste, a indiqué la députée solidaire Ruba Ghazal. M. Trudeau, lui, n’est pas raciste. »

« Moi, personnellement je trouve que c’est blessant, oui, se peinturer le visage en brun ou en noir, mais ce que je veux dire, c’est que le premier ministre Trudeau s’est excusé, il a reconnu [son erreur] et donc c’est aux citoyens, ceux qui ont été blessés, d’en juger. »

Y a-t-il, là, calcul politique ? Que décoder dans ces pelures ?

Rien n’aurait davantage plu aux leaders souverainistes que de taper aussi fort que possible sur leur adversaire, Justin Trudeau. D’autant que Trudeau a déclaré « impensable » la loi québécoise sur la laïcité et qu’on le sent prêt à bondir pour l’invalider, dès qu’il serait réélu.

Mais ils ont d’instinct compris que s’ils affirmaient, eux, le contraire de ce qu’ils pensaient, en déclarant Trudeau « raciste », ils ne seraient pas suivi par leur propre base, par l’électorat.

Pourquoi ? D’abord que la culture politique québécoise est beaucoup moins contaminée que la canadienne sur l’exagération dogmatique entourant le Blackface

Le réalisme politique canadien poussait Singh, Sheer et même Trudeau à en rajouter. Le réalisme politique québécois poussait Blanchet, Legault et même QS à rester crédible.

Ces déclarations ont été faites avant que Laferrière, Diouf, Kotto et la Ligue des noirs du Québec n’interviennent dans le débat pour relativiser l’affront de Trudeau et verser une dose de bon sens dans le débat.

Je ne me retiendrai pas de déclarer combien je suis heureux que les Québécois soient globalement plus sereins sur cette question importante. On peut être contre le racisme sans tomber dans les excès de l’anti-racisme. On peut être pour la liberté de conscience, sans donner davantage de droits aux religieux qu’aux autres citoyens. On peut s’opposer à un adversaire politique, sans reprendre à son compte toutes les accusations qui traînent.

Nous sommes, ici, dans la République du bon sens.


Ne manquez pas ma nouvelle balado:

L’exécrable et excellente stratégie pseudo-écologique de François Legault

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Ouvrir le débat: Véronique, Yves-François, Bernard, Léo, Alexis…

Les billets d’analyse publiés depuis le 7 avril ont suscité près de 800 commentaires, le débat est lancé. J’ajoute ici la contribution de plusieurs collègues candidats, élus ou non, qui sont intervenus ces derniers jours.

Voici quelques extraits et des liens vers leurs interventions:

Véronique Hivon

Véronique à TVA au lendemain de l’élection.

Véronique a appelé à un « grand examen de conscience », d’humilité et d’ouverture dans deux entrevues. L’une au lendemain de la défaite à TVA (vidéo ici), l’autre ce samedi à l’émission du samedi de Michel Lacombe ici.

« On comprend le message on comprend qu’il faut rebâtir le lien de confiance avec les citoyens » dit-elle. « Des grandes crises arrivent des grandes choses ». Parlant d’indépendance, elle dit: « L’option est plus forte que le message qu’on a eu. »

Léo Bureau-Blouin et Alexis Deschênes

Léo et Alexis ont donné une entrevue à Anne-Marie Dussault sur leur bilan électoral et leurs souhaits pour l’avenir. Il faut aller à 1:19:30.

Cliquez sur l’image.

Yves-François Blanchet

Yves-François en pleine action

Dans un texte publié dans le Huffington Post Québec où il annonce qu’il se « libère aujourd’hui de la ligne de parti », Yves-François Blanchet parle du rôle qu’il veut désormais jouer dans sa région, aborde la question du bilan environnemental du gouvernement Marois et donne son avis sur la situation politique actuelle. Extraits:

La baisse de plus de 300 000 votes exprimés en faveur du Parti québécois est un signal qui ne trompe pas et qui ne sera pas si simple à interpréter. Le Parti québécois devrait en faire une analyse sans complaisance avant de se lancer dans une course à la direction. Il devra aussi se réinventer sur la question nationale, la social-démocratie et le développement durable. S’il ne fait que le dire, il restera dans l’impasse. Les Québécois viennent de lui en donner le temps.

Je suis convaincu de la pertinence de la souveraineté du Québec. Elle n’est pas une fin, mais un moyen. Le coffre à outils complet de toute nation affirmée. Les Québécois peuvent et doivent s’approprier tous ces outils. Aujourd’hui, ils n’en veulent pas. Tant que la confiance en nos moyens et nos élus ne sera pas restaurée, nos finances publiques équilibrées et la jeunesse investie dans le processus politique, ça ne changera pas. C’est un défi pour un parti dont la base militante est soudée par cet appel impatient du pays. Pourtant, ils ont le devoir d’éviter que le développement du Québec et la démocratie ne soient pris en otage de ce seul enjeu et au détriment même du parti de René Lévesque. Le Parti québécois ne doit jamais cesser pour autant de faire valoir la normalité salutaire de se donner un pays bien à nous. Qu’il écoute et parle davantage, sans le boulet du quand ou du comment, afin de permettre aux Québécois d’y réfléchir puis d’y rêver sans la méfiance que suscite une fébrilité toute péquiste.

Il est révélateur que les Québécois n’aient pas attendu les éclaircissements sur l’éthique ni le renouvellement du Parti libéral avant de lui confier si tôt un si fort mandat. En ne reportant pas clairement après un autre scrutin un possible référendum sur la souveraineté, le Parti québécois est donc responsable de son propre recul. Bien sûr le piège était béant, mais nous n’avions pas à y tomber. Bien sûr, il y a des médias ouvertement fédéralistes et aucun qui soit souverainiste, et les sondages sont un détournement toxique en période électorale. […]

Bien que je ne verse pas dans les attaques personnelles et ne mente pas, j’ai parfois exprimé mes avis sur un ton rude. Pourtant, je dénonce aujourd’hui avec sévérité la méchanceté brute qui colore souvent les échanges en politique et la dérive parfois vulgaire d’une certaine presse qui se dit d’opinion. Une génération complète semble refuser de les cautionner. Une génération que ses aînés ne rejoignent plus.

(On peut le lire au complet.)

Bernard Drainville

Bernard présentant la Charte

Dans Le Devoir, Bernard revient sur la Charte des valeurs pour en retracer le parcours et en tirer un premier bilan.

Il souligne avec raison le rôle mineur de la Charte dans la campagne.

Extraits:

Si nous croyions que la neutralité religieuse de l’État doit s’incarner aussi dans l’apparence de ses employés, nous avons pu constater que cet enjeu divisait davantage les Québécois. Et malgré le fait que nous n’étions pas prêts à faire de compromis sur le principe, nous étions ouverts au compromis sur les moyens, y compris à limiter à certaines classes d’employés l’interdiction du port des signes dans un premier temps. J’ai la profonde conviction que, si les partis d’opposition n’avaient pas annoncé leur intention de voter contre le budget Marceau, nous aurions pu, avec la CAQ, en arriver à un compromis qui aurait permis l’adoption de la charte.

L’élection du 7 avril ne portait pas sur la charte. Elle portait sur une vision du gouvernement en matière économique, sociale et identitaire et, il faut le reconnaître, s’est transformée en élection référendaire dont la question était : « Voulez-vous d’un référendum ? ». C’est pourquoi notre projet de charte n’a pas joué un rôle fondamental dans les résultats. La charte n’a été ni cachée ni utilisée à des fins électoralistes. Elle n’aura été qu’un élément de notre bilan et qu’un élément de nos engagements. Un élément important, certes, mais loin, très loin, de la « question de l’urne ».

Je suis fier que nous ayons fait avancer la laïcité au cours de la dernière année, fier des Québécois, fier de notre façon démocratique de faire connaître nos désaccords. Malgré le jugement sévère de la population le 7 avril, je maintiens plus que jamais que nous sommes un grand peuple et qu’il est normal d’affirmer haut et fort ce que nous sommes. D’affirmer nos valeurs et de les défendre, pour assurer l’avenir du Québec et de tous les Québécois, sans exception.

(on peut le lire au complet ici.)

Avis aux internautes et candidats: n’hésitez pas à me signaler les interventions qui m’auraient échappées.