Du bon usage des martyrs

Rien n’est plus profitable, pour une cause, qu’un martyr. Parlez-en au Vatican. Leur crucifié est mort depuis bientôt 2000 ans et, pourtant, son message continue de résonner sur la planète entière. La chrétienté serait-elle aussi forte si son fondateur avait vécu une sage retraite, taquinant le poisson du lac Tibériade, et avait péri dans le sommeil du juste?

La droite américaine vient de trouver son martyr. Elle compte en tirer un profit considérable.  Ce n’est que justice. La gauche avait trouvé le sien, il y a cinq ans le 25 mai 2020, George Floyd. S’en était suivi le plus grand mouvement de protestation depuis les années soixante, des manifestations souvent émaillées de violence,  mais débouchant à la fois sur une salutaire revue des pratiques policières et sur l’absurde revendication de « définancer la police ». Les Républicains allaient tirer de ce dernier slogan un argument apte à mobiliser en leur faveur une partie des habitants de banlieue tenant à leur sécurité.

Charlie Kirk n’est pas la seule victime récente du recours à l’assassinat comme moyen d’expression. Davantage d’élus démocrates que de républicains en ont été victimes, y compris depuis deux ans. Et le plus grand mouvement politique violent du siècle aux États-Unis fut la prise du Capitole par les troupes mobilisées par Donald Trump en janvier 2021.

Si Kirk est aujourd’hui le Floyd de la droite, c’est qu’il présente des caractéristiques idéales. Il s’agit d’un homme jeune, père de famille, profondément chrétien, aussi éloquent que sympathique, et qui incarnait une valeur cardinale de l’Amérique, la liberté d’expression. Se déplacer de campus en campus – donc en territoire parfois woke – non pour discourir, mais pour débattre avec chaque personne souhaitant confronter son opinion avec la sienne témoignait à la fois de son cran et de son goût du débat. Il était au surplus un proche de Donald Trump, de ses fils, et de sa garde rapprochée. Il faisait partie du premier cercle. On lui prévoyait un grand avenir.

L’équipe présidentielle a donc des raisons personnelles et politiques d’ériger autour de Kirk un mouvement qui dépasse l’évocation mémorielle pour propulser plus avant encore l’agenda conservateur. Pour réussir, il faut d’abord faire de son décès une affaire nationale, qui dure dans le temps. Le Vice-président J.D. Vance comme porteur du cercueil, des drapeaux en berne dans tout le pays pendant plusieurs jours, l’organisation, ce dimanche, d’une cérémonie dans le gigantesque State Farm Stadium à Glendale, dans l’État de l’Arizona d’où Kirk est natif. Le sate peut recevoir 63 000 personnes. Y participeront Donald Trump et plusieurs de ses ministres. Simultanément, des activités de prières auront lieu à Washington, Dallas et… Londres.

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La question est de savoir comment le pouvoir trumpiste utilisera l’énergie tirée de cette célébration du martyr pour modifier des lois. On connaît déjà la direction qu’il compte emprunter. Dans les heures et les jours qui ont suivi l’assassinat, Donald Trump a clairement établi que les coupables étaient « la gauche radicale », un terme qu’il utilise pour décrire la totalité de ses adversaires de gauche. Lui qui, pendant la campagne, traitait Kamala Harris de « communiste » et de « fasciste ». Lui qui a offert son pardon à 1500 condamnés de l’assaut du Capitole, dont 750 coupables d’avoir agressé des policiers et infligé des blessures, qui les a qualifiés de « patriotes », estime que s’il existe, à droite, des gens radicalisés, ils le sont pour de bonnes raisons. « Ils sont contre le crime » a-t-il expliqué.

Il n’est pas question pour lui d’apaiser le débat. « I couldn’t care less » (je n’en ai rien à cirer) est-il allé dire à l’émission matinale de Fox News. L’important est de sévir contre la gauche radicale. Comment ? Il avait déjà ouvert une enquête sur l’organisation du milliardaire George Soros, Open Foundations. Soros est connu pour financer des organisations de gauche, comme les milliardaires de droite le font pour la droite. Trump veut maintenant démontrer que Soros finance « davantage que des manifs, il s’agit d’agitation, d’émeutes dans les rues. »

Un intéressant glissement sémantique a eu lieu ce lundi, alors que JD Vance animait le célèbre balado de feu Kirk. « Il faut parler de l’extraordinairement destructeur d’extrémisme de gauche qui s’est développé ces dernières années et qui est une des raisons, je crois, de l’assassinat de Charlie. » Son invité Stephen Miller, conseiller du président, a fait un pas de plus. « Nous allons canaliser toute notre colère contre ces campagnes organisées qui ont conduit à cet assassinat et démanteler ces organisations terroristes. » C’est ainsi qu’on est passé de gauche radicale, à extrémiste, à terroriste. Notons qu’il n’y a pour l’instant pas la moindre preuve que l’assassin de Kirk ait été lié à une quelconque organisation.

Miller dit tenir ses ordres de marche du martyr lui-même : « Le dernier message que Charlie Kirk m’a laissé avant qu’il ne rejoigne son Dieu au ciel est qu’il fallait que nous démantelions les organisations de la gauche radicale dans ce pays qui fomentent la violence » a-t-il dit à Fox News. « Alors, c’est ce qu’on va faire.”

En détail il dit vouloir s’attaquer bien sûr à la violence, mais aussi  « aux campagnes organisées de déshumanisation, de dénigrement », ce qui peut couvrir assez large.

La cheffe de cabinet du président, Suzie Wiles,  a levé le voile, en entrevue, sur le véhicule législatif envisagé. « On est en train de travailler sur un plan complet sur la violence en Amérique, l’importance de la liberté d’expression et de la civilité, les façons de composer avec ce qu’on ne peut désigner que comme des groupes haineux qui peuvent susciter ce genre de comportement. »

On sent donc une double volonté. S’en prendre aux organisations de gauches, suspectées d’induire la violence par leur comportement, s’en prendre aussi à l’expression « haineuse » qui en découle. Voilà pourquoi l’expression Wokisme de droite est désormais en vogue. Les Guerriers sociaux wokistes voulaient interdire les propos offensant leurs convictions. Les wokistes trumpistes semblent vouloir faire de même avec les propos qui critiquent leur vision du monde. Car comme le dit Stephen Miller, « le sort de millions de personnes dépendent de la défaite de cette idéologie maléfique. »

Le sang du martyr n’aura donc pas coulé en vain. Le pasteur Luke Barnett, de Phoenix où Kirk produisait sa balado,  déclarait au New York Times :. « Je peux maintenant envisager 10 000 Charlie King se dressant dans les campus partout en Amérique, proclamant la vérité de Jésus Christ. »

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

La liberté d’expression à géographie variable d’Elon Musk

Lorsque Donald Trump a remporté l’élection présidentielle de novembre 2016, Elon Musk a soutenu que c’était bien la preuve que nous vivions tous dans une simulation. Comme dans le film La matrice. Une théorie veut en effet que les ordinateurs de la fin du siècle seront assez puissants pour simuler toute l’existence humaine. On peut penser que nous sommes les produits de la simulation d’un jeu pour ado de 2124. D’un ado un peu sadique, qui, lorsqu’il se lasse de torturer des fourmis à l’aide d’une loupe et d’un rayon de soleil, modifie les paramètres de notre logiciel pour nous voir souffrir.

Plus tôt cette année, le milliardaire Musk a changé d’avis. L’élection de Donald Trump en 2024 lui apparaît désormais essentielle pour préserver la démocratie américaine.

Oui, la préserver. L’homme qui a voulu renverser la dernière élection — et qui nous avertit qu’il n’acceptera les résultats de la prochaine que s’il gagne — est le seul qui peut, selon Musk, éviter le pire. « La stratégie de Biden est très simple : 1. Obtenez autant d’illégaux dans le pays que possible. 2. Légalisez-les pour créer une majorité permanente — un État à parti unique. » Le fait que le gouvernement Biden ait pour l’essentiel fermé la frontière depuis le début de l’année ne le fait pas changer d’avis. Le raisonnement est audacieux de la part d’un immigrant ; Musk est né en Afrique du Sud.

Il avait naguère d’excellentes relations avec les démocrates, d’Obama à Biden. Leurs politiques favorables au développement des voitures électriques et leur intérêt pour SpaceX, l’entreprise de fusées de Musk, ne devaient pas être étrangers à ce flirt. Mais depuis, Joe Biden a indiqué qu’il faudrait bien s’intéresser aux relations internationales d’Elon Musk.

Son activité, disons, « diplomatique », est devenue encore plus intéressante après l’invasion de l’Ukraine. Il a offert gratuitement aux Ukrainiens l’utilisation de son réseau satellitaire Starlink, essentiel pour le guidage des drones. Mais lorsque Kiev a voulu attaquer des bateaux russes qui, d’un port de Crimée, lançaient des missiles sur le territoire, Musk a bloqué l’utilisation de Starlink. Il affirmait craindre une escalade de la guerre. L’un de ses proches a raconté depuis que Musk tenait cette information de bonne source : Vladimir Poutine. Si les drones ukrainiens étaient ainsi utilisés en Crimée, lui aurait-il dit, une bombe atomique serait si vite arrivée. La Crimée a été plusieurs fois attaquée depuis. On attend toujours la première bombe A.

Si vous êtes comme moi abonné à son fil X, vous aurez remarqué que ses propres messages, très fréquents, apparaissent invariablement au sommet de votre page. C’est que Musk a modifié ses algorithmes pour être toujours la première chose que vous voyez. Liberté d’expression bien ordonnée commence par soi-même. On a pu le voir récemment relayer une photo truquée d’une Kamala Harris vêtue de rouge avec une casquette à la mode de Mao, annonçant qu’elle allait être une dictatrice communiste.

C’est savoureux, car Elon Musk est pris d’une totale timidité quand vient le temps de critiquer la Chine, le deuxième marché mondial pour ses voitures Tesla. Il exploite à Shanghai une méga-usine. La Chine avait interdit Twitter sur son territoire en 2009, ce dont Musk ne parle jamais, alors qu’il tempête chaque fois qu’un autre pays veut baliser ses activités. Il s’agit d’une défense de la liberté à, disons, géographie variable.

Une de ses déclarations de septembre dernier a fait fureur à Pékin. Pour Musk, la situation de Taïwan est « analogue à celle d’Hawaï ou quelque chose comme ça, une partie intégrante de la Chine qui ne fait arbitrairement pas partie de la Chine ». Sa position fut moins appréciée à Taipei, où l’idée de retirer leur liberté d’expression à ses 23 millions d’habitants ne fait pas recette.

Grand partisan du leader brésilien Jair Bolsonaro, qui a donné libre accès sur son territoire à Starlink, Musk en a fait la promotion pendant la campagne qui l’opposait à Luiz Inácio Lula da Silva, puis a omis de faire bloquer par X les appels à la violence qui ont conduit à une tentative de renversement de Lula. Face à son refus de se conformer aux décisions brésiliennes sur la modération de certains comptes sur X, Musk a vu son entreprise interdite d’activité au Brésil, où elle comptait 40 millions d’usagers. Il est furieux.

Mais il ne l’est pas toujours. Ainsi, à la demande de son ami le président autoritaire de l’Inde, Narendra Modi, X bloque les comptes de centaines d’opposants au régime. Exactement comme X a bloqué, en Turquie, pendant la dernière campagne électorale, les comptes, là aussi, de centaines d’opposants au régime d’Erdoğan. Musk est récompensé : Modi a relaxé les règles d’investissement pour permettre à Tesla et à Starlink de s’installer chez lui. Erdoğan a aussi ouvert les bras à Starlink et a confié à SpaceX le lancement d’un satellite.

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Ces épisodes ont mis en rogne le cofondateur de Wikipédia Jimmy Wales, qui a écrit sur X : « Si Elon pense maintenant : “Nous ne nous soucions pas de la liberté d’expression si elle interfère avec le fait de gagner de l’argent”, alors il devrait simplement l’avouer. »

La semaine dernière, Trump a annoncé que, s’il était réélu, Elon Musk aurait le mandat de rendre le gouvernement fédéral plus efficace. Cela promet. Lorsqu’il a acheté Twitter pour la somme colossale de 44 milliards de dollars américains, il a viré illico 75 % des salariés. Alors on attend avec impatience son plan minceur pour l’État américain.

Non à la cyberintimidation et à la diffamation

La lettre publiée ce vendredi dans La Presse par les artisans du documentaire et des capsules vidéo Briser le code soulève plusieurs questions importantes qui méritent débat. Réglons d’abord les plus désagréables. J’ai critiqué le fait que les capsules portant sur le racisme systémique et le privilège blanc (j’aurais pu ajouter celles sur l’appropriation culturelle et les micro-agressions) soient recommandées aux professeurs du secondaire par la section pédagogique de Télé-Québec. Le diffuseur a acquis au fil des ans une crédibilité considérable dans le domaine de l’éducation. L’imprimatur qu’il donne ainsi à ces vidéos militantes et à leur utilisation en classe est pour le moins troublante.

(on peut lire la lettre ici. Ce texte est aussi publié dans LaPresse+.)

Les auteurs de la lettre affirment qu’il n’appartient pas au parti au pouvoir de décider des contenus pédagogiques. Exact. Mais cela n’appartient pas non plus aux groupes militants. La question reste posée : qui, à Télé-Québec, a validé le choix pédagogique de présenter comme vérités aux étudiants des concepts qui font débat, sans contrepartie ?

Un visionnement attentif de la vidéo sur le racisme systémique aurait dû faire sonner une cloche. On y affirme que ceux qui se sont opposés à une consultation sur le racisme systémique sont… racistes. Chef du Parti québécois à l’époque j’étais parmi les opposants à cette consultation et proposais à la place avec insistance l’application immédiate de 20 mesures anti-racistes.

Les auteurs des vidéos, qui appellent dans leur lettre à «une plus grande cohésion sociale», ont-ils estimé que cette diffamation des participants à un débat légitime est une bonne façon d’y arriver ? Surtout, comment les responsables de Télé-Québec ont-ils jugé qu’il y avait là un exemple de débat respectueux à donner à nos ados. Vous n’êtes pas d’accord avec l’autre ? Traitez-le de raciste !

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Notez, avoir su que Télé-Québec acceptait de relayer pour les écoles des contenus militants, j’aurais produit des vidéos éducatives faisant la promotion de l’indépendance du Québec, dénonçant le privilège anglophone, les micro-agressions subies par les clients francophones sur la Catherine Ouest et l’immense appropriation culturelle qu’a constitué le rapt, par le Canada, de notre hymne nationaliste Ô Canada et de la feuille d’érable. Mais je m’égare.

Plusieurs catégories d’acteurs ?

Les auteurs souhaitent me rendre personnellement responsable de la cyberintimidation dont fut victime Maïté Saganash sur les réseaux sociaux depuis que j’ai attiré l’attention sur une vidéo dont elle est la principale protagoniste. J’aurais le tort d’avoir illustré mon tweet d’une capture d’écran où on la voit avec le titre de la capsule. J’ai aussi fait un renvoi vers la vidéo et noté que « si on extrait le prêche pour le dogme du #racismesystémique la vidéo, écrite par @judithlussier, présente un excellent portrait de la discrimination raciale au Québec et de la nécessité de la combattre.» Mme Lussier m’a d’ailleurs remercié sur Facebook pour la publicité que j’ai ainsi procurée à la vidéo, lui permettant une plus grande diffusion. Je lui ai répondu que tout le plaisir était pour moi.

La violence qui a cours sur les réseaux sociaux est une des plaies de notre époque. Tous ceux qui participent au débat public en font les frais quotidiennement. Les signataires ont choisi d’omettre dans leur missive le fait que, dès que j’en ai été informé, j’ai immédiatement dénoncé ces attaques sur les réseaux, dans ces termes : « On m’informe que des trolls haineux s’en prennent à @MaiteeSaganash, que j’ai en haute estime. C’est complètement inacceptable. Je ne les vois pas sur mon fil, même s’ils me taguent, car je bloque les personnes haineuses et vulgaires. Je vous invite tous à faire de même.»

Les auteurs écrivent que « les personnalités publiques et médiatiques doivent savoir que leurs propos peuvent susciter de violentes réactions, particulièrement envers les personnes issues de groupes marginalisés ». Ils ajoutent : « Les attaques dirigées à l’endroit de Mme Labrecque-Saganash sont un exemple de ce phénomène auquel participe la classe politique même sans en avoir l’intention explicite.»

Je comprends de ces remarques qu’au sein du débat public, il devrait y avoir plusieurs catégories d’acteurs. Les porte-parole issus des groupes marginalisés devraient ainsi être préventivement protégés des trolls. Donc, ces porte-parole peuvent choisir d’apparaître dans des vidéos et des documentaires, dans des assemblées et dans des débats publics, mais leur image ne devrait pas être insérée dans un texte critique. Je suppose qu’on pourrait  l’utiliser par contre dans un texte élogieux. Merci de m’envoyer le mode d’emploi.

En tant qu’homme blanc hétérosexuel nationaliste et ancien chef de parti, je suis la cible quotidienne d’accusations de toutes sortes, y compris ces derniers jours de la mouvance militante que représentent les auteurs de la lettre. On me traite de suprémaciste blanc et on me dit de me fermer la gueule. Avec mes amis souverainistes, j’ai été qualifié de nazi, bien sûr, mais aussi de zombie et de vampire, et ce dans les pages du Globe and Mail. J’étais, au Métropolis le 4 septembre 2012, parmi ceux que Richard Henry Bain souhaitait assassiner.

Qu’en conclure ? Que tous les participants au débat public, surtout ceux qui souhaitent opérer un changement social qui dérange – l’anti-racisme, le féminisme, les droits trans et LGTBQ+, la lutte pour le respect du français et, oui, l’indépendance du Québec – seront ciblés par les excités, les haineux, les intolérants. C’est pire pour ceux et celles qui cumulent les combats. Maïté est à la fois femme, autochtone et indépendantiste. Si elle choisit de prêter son intelligence, son image et sa voix à une cause controversée, et je salue son courage de le faire, j’estime qu’il ne faut pas la diminuer en plaidant pour qu’elle soit soustraite au débat. Il faut au contraire la défendre trois fois plus fort.  


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Libertat

Allocution du chef du Parti Québécois, Jean-François Lisée –
Republicà que farem, Esquerra Republicana de Catalunya
Samedi 4 mars 2017, Barcelone

La version lue fait foi

Toutes les générations ne sont pas égales face à l’histoire, et certainement pas face à la liberté. Et c’est bien ce qui est au coeur de votre combat, plus que les revendications sur les responsabilités, la fiscalité ou la culture. Au coeur de votre combat, il y a la question de la liberté.

Et votre génération connaît, mieux que plusieurs autres, la valeur de la liberté. Pourquoi ? Parce que beaucoup de gens affirment que vous n’êtes pas libres. Que vous n’avez pas le choix de créer un pays qui s’appellerait Catalogne et qui siègerait dignement à la table des nations, en Europe et dans le monde.

Un grand pas en avant pour les Québécois.e.s trans

C’est un peu passé inaperçu, dans la très lourde actualité des derniers jours. Mais il faut attirer l’attention sur une évolution importante que les élu.e.s québécois.e.s sont en train d’accomplir: une plus grande reconnaissance des droits des personnes trans.

La Commission parlementaire des Institutions, dont je suis membre avec ma collègue Carole Poirier, qui est porte-parole en matières de droits, a patiemment étudié ces dernières semaines le projet de règlement qui permettrait a une personne transsexuelle de pouvoir modifier la désignation de son genre (Masculin, Féminin) sur ses documents officiels… sans devoir subir de transformation chirurgicale.

Je vous laisse écouter mon intervention lors du débat de la semaine dernière avant d’aller plus loin: 

Après l’audition des témoins et des experts, Carole et moi avons proposé à la ministre et à la commission plusieurs recommandations, dont voici l’essentiel:

« Les témoignages entendus en commission parlementaire nous amènent à conclure que le processus de changement de la mention du sexe est un geste hautement réfléchi et lourd de conséquences pour les personnes trans. Il serait faux de croire que ces dernières entreprennent ce processus à la légère. […]

En somme, donner accès à un changement d’état civil facilité, transparent et gratuit, sans contraintes médicales ou légales, est un outil puissant pour favoriser l’inclusion et l’émancipation des personnes trans et à en faire des citoyens égaux dans les droits comme dans les faits.

Il est temps que les personnes transgenres et transsexuelles obtiennent les mêmes avancées sociales que tous les autres citoyens du Québec.

En conséquence, l’opposition officielle propose:

1) de fixer la condition exigée aux personnes transsexuelles ou transgenres en conformité aux principes d’autodétermination et de dépathologisation, et se lise comme suit:

« Le demandeur atteste qu’il assume l’identité sexuelle désirée, s’identifie à celle-ci et a l’intention de la maintenir. »

2) de fixer une seule balise, en aval du changement de la mention du sexe:

« Si le demandeur souhaitait effectuer à nouveau un tel changement, il devra déposer une requête à la Cour supérieure du Québec pour y exposer ses motifs et y obtenir une autorisation. »

3) de revoir les critères de changement de nom du Directeur de l’état civil pour qu’ils s’adaptent, ipso facto, au processus légal de changement de la mention du sexe afin de maintenir une cohérence à l’acte d’état civil et sur les multiples papiers d’identité des personnes transsexuelles ou transgenres.

4) de traiter le principales lacunes du projet de règlement, soit la non-inclusion des personnes mineures et immigrantes, par un engagement de la ministre de la Justice à l’effet qu’elle déposer dans les plus brefs délais un rapport sur l’opportunité de modifier ultérieurement le règlement pour les y inclure.

5) de créer un guichet unique aux fins des modifications administratives nécessaires pour l’authentification du nouveau prénom et de la transmission des documents officiels (ex.: cartes, permis) par les différents organismes publics, à la personne concernée.

6) de rendre possible la modification des rôles parentaux sur l’acte de naissance des enfants, avec la possibilité d’un troisième rôle parental, soit celui de « parent », en plujs de « mère » et « père ».

7) de créer une table de travail pour partager les bonnes pratiques d’intégration des personnes trans dans les réseaux publics et parapublics et au-delà. »

On peut constater que l’essentiel de nos recommandations ont été reprises dans le rapport, unanime, de la Commission, que l’on peut trouver ici (pdf).

Reste maintenant à la ministre de la Justice de mettre en œuvre ces recommandations. Nous avons bon espoir de la voir agir en ce sens au cours des prochains mois. Nous resterons actifs et vigilants.

 

Phillippe Couillard et la fouille à nu: comment, pourquoi et quand il a vu la lumière

Heureusement qu’on l’a, le bon docteur Couillard, pour ramener un peu de bon sens dans le débat public. Non ? N’a-t-il pas, ce jeudi, rabroué son ministre Bolduc en affirmant haut et fort qu’il fallait complètement exclure les fouilles à nu dans les écoles ? Et là où son ministre louvoyait, n’a-t-il pas affirmé un leadership clair et sans faille ?

Euh… non. Ou du moins, ce n’était pas son intention. Il ne s’était pas levé jeudi matin avec la décision de bannir les fouilles à nu. Il ne s’est même pas levé à l’Assemblée pour donner cette réponse. En fait, il s’est levé pour donner… la même réponse que son ministre.

J’étais présent lorsque Philippe Couillard a changé d’avis. Tous les membres de l’Assemblée étaient présents. Et dans ce qui apparaît comme une illustration magistrale de l’utilité de la période de question, c’est l’échange entre le chef péquiste Stéphane Bédard et le premier ministre libéral qui a poussé ce dernier à céder. À céder au bon sens.

Prenez deux minutes pour lire l’échange, il est intéressant.

Première question:

M. Bédard : M. le Président, comme moi, la plupart des parents du Québec ont été surpris, consternés des possibilités de fouilles à nu dans les écoles du Québec. Après deux jours de déclarations que je qualifierais de loufoques, là, nous en sommes à demander l’intervention du premier ministre.

Après la surprise, la honte. Les propos du ministre de l’Éducation ont pris une nouvelle dimension, une proportion internationale, M. le Président. Maintenant, ce n’est plus seulement les Québécois qui constatent que le ministre de l’Éducation fait fausse route, on entend maintenant les Français, les Anglais, les Américains et même les Turcs, M. le Président, se soucier de ces questions. Après l’image qu’on a eue sur les grèves étudiantes, je peux vous dire que l’image du Québec, effectivement, n’est pas à la hauteur de ce qu’on souhaiterait pour notre formidable réseau de l’éducation.

Le ministre de l’Éducation s’est lui-même discrédité dans sa réaction à quelque chose qui est grave, M. le Président. Face au louvoiement, face à l’absence de propos clairs du gouvernement, clairs et responsables, je demande au premier ministre d’intervenir immédiatement et de nous confirmer à nous, aux parents du Québec, aux directeurs d’école, qu’il n’y aura plus de fouille à nu, et cela, à partir d’aujourd’hui.

Est-ce que le premier ministre confirme aux parents du Québec qu’il met fin à cette directive ?

Bon. La question est claire. Si Philippe Couillard veut mettre fin à la directive, voilà une bonne occasion de le faire. Lisons sa réponse:

M. Couillard : M. le Président, bien sûr, comme parent moi-même, bientôt grand-parent, c’est certainement des sujets qui nous interpellent tous personnellement, et l’équilibre à faire ici est entre le besoin de sécurité pour les élèves dans nos écoles, le personnel, mais également les droits fondamentaux des gens. Et il faut s’assurer que, lorsqu’il y a de telles interventions — et je ne parle pas de la fouille à nu, là, je parle de la nécessité de vérifier parfois qui rentre quoi dans les écoles — que ça se fasse en concordance totale avec les politiques approuvées par le gouvernement, par le ministère de la Justice, avec la collaboration des forces policières et en aucun cas, en aucun cas, au mépris et aux dépens de la dignité des gens.

Alors, afin de clarifier cette question… parce que je voudrais quand même qu’on aille aux faits. On a les articles de journaux. En tout respect pour les médias, c’est une partie de l’information. <On a besoin… >J’ai besoin, on a besoin de connaître les faits exacts, raison pour laquelle on a demandé à une personne indépendante d’aller vérifier les faits, de vérifier la politique qui existe, s’assurer qu’elle est conforme aux deux objectifs que j’ai mentionnés : la sécurité dans nos écoles, mais également la dignité et les droits des gens.

Vous voyez ? En une minute quinze secondes, le premier ministre n’a aucunement l’intention de bannir la pratique. Il feint de ne pas avoir d’information. Il ne lui vient pas à l’esprit d’affirmer son autorité et de sévir contre les fouilles à nu. Stéphane Bédard doit revenir à la charge.

Le Président: Première complémentaire, M. le chef de l’opposition officielle.

M.Bédard: Encore une fois, le premier ministre louvoie sur une question qui est simple et claire. Il n’a pas besoin d’avis juridique là-dessus. Je peux lui en donner un, s’il veut. Il n’y a pas de droit inaliénable à une fouille à nu, ça n’existe pas, surtout pas pour un directeur d’école. Et, comme parent, je trouve inacceptable et je n’accepterai jamais que ma fille soit fouillée à nu, peu importent les conditions, M. le Président, dans l’école qu’elle fréquente.

Je demande au premier ministre immédiatement de dire aux parents qu’il met fin à cette pratique inacceptable pour nos jeunes.

C’est clair. Le premier ministre a une seconde chance.

Le Président: M. le premier ministre.

M. Couillard : M. le Président, là, là-dessus, le collègue et moi, on est d’accord. Moi non plus, je ne veux pas voir ce genre de chose là dans nos écoles. Mais je voudrais qu’on aille vérifier les faits, qu’est-ce qui s’est exactement passé dans cette école-là. Moi-même, je n’ai pas le détail des faits et je veux connaître les faits.

Et c’est à ce moment, exactement, sous la pression et sentant que ses explications sur la recherche des faits n’est pas crédible face à la gravité de la fouille à nu chez les étudiantes, que le bon docteur cède, et invente sur-le-champ la nouvelle politique gouvernementale:

M. Couillard: Maintenant, absolument d’accord avec notre collègue, il n’est pas question de fouille à nu dans nos écoles, sauf dans les cas extrêmes justifiés par les forces policières et des situations criminelles, protégés par les chartes. M. le Président, c’est comme ça que ça se fait comme il faut. […]

Bon, on avance. Le Premier ministre est désormais contre les fouilles à nu, avant même de connaître « les faits » dans l’école Neufchâtel. Bien. Mais il accepte encore les fouilles à nu dans des « cas extrêmes ». Il ne dit pas, comme son ministre Bolduc, que la fouille doit être « respectueuse ». Il dit qu’il faut que ça se fasse « comme il faut ». Cette digue va-telle tenir longtemps ?

En seconde question complémentaire, Bédard pousse sur cette digue:

M.Bédard: […] Il a cette responsabilité, que ça ne peut plus se produire dorénavant. Et, si j’étais à sa place, je prendrais cet engagement maintenant. Et ce qu’il a, par rapport à moi, c’est qu’il est premier ministre, donc il a cette responsabilité de rassurer les parents. Est-ce qu’il peut leur dire aujourd’hui que cette pratique n’existera plus, tout simplement?

Humm. Le Premier ministre est sommé d’écarter « les cas extrêmes » et les « comme il faut ». Il pourrait tenir. D’un point de vue de loi et d’ordre, ça peut se défendre. Il doit penser sur ses pied.

Le Président : M. le premier ministre.

M. Couillard : M. le Président, très certainement, s’il est question, disons l’expression, de fouille à nu, il n’est pas question que ça se passe dans nos écoles, mais je veux savoir exactement ce qui s’est passé dans cette école-là. Est-ce qu’il y a eu une fouille à nu? Est-ce qu’il y a eu ce genre d’intervention qu’on a rapporté dans les médias, oui ou non? On a besoin de faire cette appréciation-là, et je pense qu’il faut montrer ici un minimum de jugement.

Maintenant, sur la question de la fouille à nu dans les écoles, la réponse, M. le Président, c’est non, on n’en veut pas.

Ah ! Enfin de la clarté. « On n’en veut pas ». On est loin de sa position de la première réponse. On a évolué par rapport à la seconde. Bédard a encore droit à une troisième question, il décide de faire répéter sa réponse au Premier ministre pour, disons, faire durcir le ciment autour de sa toute nouvelle position.

Le Président: Troisième complémentaire, M. le chef de l’opposition.

M.Bédard: Je veux bien comprendre les propos du premier ministre, effectivement. Ce qu’on doit comprendre c’est qu’aujourd’hui au-delà du cas de Neufchâtel, où, effectivement, il y a eu un enfant qui a été mis à nu, effectivement, peu importe les motifs, est-ce qu’il confirme aux Québécois et aux parents du Québec qu’il n’y aura plus de possibilité pour les directions d’école de procéder à des fouilles à nu sur des étudiants fréquentant nos écoles? Voilà.

Le Président: M. le premier ministre.

M. Couillard : M. le Président, encore une fois, il n’est pas question qu’il y ait des fouilles à nu, particulièrement sur des élèves ou des mineurs. On est tous d’accord là-dessus. Mais je voudrais quand même qu’on vérifie ce qui s’est véritablement passé dans cette école. On va le faire. Ça ne change rien à ce que je viens de dire, mais on doit exactement savoir ce qui est arrivé dans cette école, vérifier les protocoles qui sont en place. Est-ce qu’ils sont adéquats, pas adéquats? S’ils ont été adéquats, est-ce qu’ils ont été suivis? Il faut quand même faire cette démarche.

Maintenant, je vais répéter de façon très claire : Il n’est pas question d’avoir de fouille à nu de nos élèves dans les écoles.

 

Tous ont retenu que Philippe Couillard rejette toute fouille à nu dans les écoles. C’est vrai. Mais une information plus complète dirait: Le PQ pousse Couillard à interdire les fouilles à nu dans les écoles.

Et on dira que l’opposition ne sert à rien…

Le manuel du parfait dictateur

Pendant l’été, quelques billets de blogue choisis, en rappel.

Ce n’est pas une sinécure, être dictateur. Il faut un savoir-faire particulier. Et lorsque se soulève la colère populaire, la partie se corse.

Dictator-150x150On a vu en Tunisie, en Égypte puis en Libye des tactiques différentes pour tenter de garder le pouvoir. Sans grand succès pour l’instant. Y a-t-il une méthode meilleure que les autres ?

Un groupe de putschistes russes qui ont tenté, en août 1991, de mettre fin aux réformes de Michael Gorbatchev, ont élaboré un coup qui n’a duré que quelques jours. Il fut mal conçu, mal exécuté et surtout lancé au mauvais moment (un an avant, ils auraient eu davantage de chances de succès).

Cependant ces dictateurs, élevés pendant la dictature de Brejnev et aspirant à y revenir, avaient couché sur papier un certain nombre de principes utiles. Un des auteurs étaient le chef du KGB. Les voici:

Au sujet de quelques principes pour la situation extraordinaire

1. Il ne faut pas perdre l’initiative et n’entrer dans aucune négociation avec le public. Il nous est arrivé de le faire pour tenter de présenter une apparence de comportement démocratique. Mais le résultat est que la société devient graduellement habituée à l’idée qu’elle peut contester l’autorité — et c’est le premier pas vers une autre bataille semblable, plus tard;

2. Il ne faut permettre aucune première manifestation de dissidence, réunions, grèves de la faim, pétitions et il faut empêcher toute dissémination d’information à leur sujet. Faire le contraire revient à admettre que ces formes d’oppositions sont permises, ce après quoi des formes d’oppositions plus radicales encore vont suivre. Si on souhaite obtenir le moins d’effusion de sang possible, il faut supprimer toute expression de dissidence dès le tout début de son expression;

3. Il ne faut pas se gêner pour user de populisme. C’est la meilleure façon d’obtenir le soutien des masses populaires. Il faut introduire immédiatement des mesures économiques compréhensibles — réduire les prix, relâcher les restrictions sur la vente d’alcool, etc. Faire en sorte d’augmenter, même légèrement, la diversité des produits en forte demande est une bonne idée. Dans cette situation, il ne faut pas se soucier des conséquences économiques, comme le niveau d’inflation ou autres ;

4. Il ne faut perdre aucun temps avant d’informer la population des détails des crimes de nos adversaires politiques. Au début [après le coup d’État], le peuple va être très avide d’information. C’est exactement à ce moment qu’on doit donner énormément de place aux révélations sur les groupes coupables, corrompus et tout le reste. Dans les jours suivants, l’information au sujet de nos adversaires devrait être livrée avec un ton ironique et humoristique… L’information doit être aussi brutale et aussi simple que possible;

5. Il ne faut pas user de menaces directes. Il est préférable de disséminer d’abord des rumeurs au sujet de la sévérité du régime et de son contrôle de l’économie et la vie civile et faire croire qu’il y a des descentes policières systématiques dans les magasins, lieux de loisirs et autres;

6. Il ne faut pas être lent dans les décisions de purges et de déplacement de personnel. La population doit savoir qui est puni et pour quelles raisons évidentes.

Ma traduction. Reproduit dans: Lenin’s Tomb – The Last Days of the Soviet Empire, de David Remnick. Ce livre, malheureusement non traduit en français, a valu à son auteur le Prix Pulitzer en 1994.

Billet d’abord publié en mars 2011.

Deux profs de l’UdeM matraquent la loi 78 dans le NYTimes !

nyt-150x150Les très nombreux et très influents lecteurs de la page opinion du New York Times ont eu droit ce matin à un article carabiné de deux professeures de science politique de l’Université de Montréal, Pascale Dufour et Laurence Bherer.

D’entrée de jeu, elles accrochent l’attention des lecteurs en expliquant le jeu de mots entourant le nom et le plat « Poutine », puis en écrivant que le Québec « goûte maintenant à la médecine » de Vladimir Poutine en matière d’irrespect des droits.

Scribes prétendant à publier un jour dans cette page lue entre toutes (j’y suis arrivé une fois), notez comment les deux auteures utilisent correctement les tournures américaines pour maintenir l’attention : dans un pays, le Canada, jugé progressiste, « one of its provinces has gone rogue », écrivent-elles. Ce qui signifie que la province est devenue « hors de contrôle », comme Sarah Palin pendant la dernière campagne présidentielle.

L’article reprend les arguments les plus durs contre la loi 78 et ses effets sur les organisations étudiantes, notamment ceux qui les rendent responsables de gestes faits par des tiers. L’évocation de la ministre Michelle Courchesne affirmant en chambre que le caractère potentiellement illégal d’un message Twitter cautionnant la désobéissance dépendrait du contexte lui vaut, avec raison, le qualificatif « d’orwellien ».

Le directeur général de la Canadian Association of University Teachers, James L. Turk, est cité affirmant que la loi 78 est « un acte terrible de répression massive ».

Les professeures utilisent aussi un argument que je n’avais pas encore vu pour démontrer que les étudiants québécois ne sont pas des pique-assiettes, comparant leur niveau d’emploi à celui des jeunes Américains :

Some critics have tried to portray the strike as a minority group’s wanting a free lunch. This is offensive to most Quebec students. Not only are they already in debt, despite paying low tuition fees, but 63 percent of them work in order to pay their university fees. The province has a very high rate of youth employment: about 57 percent of Quebecers between the ages of 15 and 24 work, compared with about 49 percent between the ages of 16 and 24 in the United States.

Les auteures concluent en affirmant que « les Américains qui visiteront le Québec cet été devraient savoir qu’ils entrent dans une province qui foule aux pieds les droits fondamentaux de ses citoyens ».

Liberticide

Le gouvernement Charest est entré dans l’histoire. Par la pire porte possible.

Le projet de loi spéciale déposé ce jeudi est proprement liberticide.

Voyons l’article 29 :

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Voilà où nous en sommes. Même une omission est désormais passible d’amende.

Cette loi, inédite, interdit aux associations étudiantes qui, légitimement, votent une grève, d’agir de quelque façon que ce soit pour faire appliquer leurs décisions majoritaires.

Cette loi interdit à un professeur de juger qu’il n’est pas en situation suffisamment sereine pour donner son cours.

Cette loi interdit à une direction d’établissement de juger que la situation n’est pas suffisamment sereine pour permettre les cours.

Dans tous les cas, les étudiants, professeurs, directeurs d’établissements qui n’obtempèrent pas feront face à des amendes, individuelles et collectives, considérables.

Ce qui signifie que les associations d’établissements et les syndicats de professeurs, de chargés de cours ou de personnel de soutien n’auront pas le droit, sous peine d’amende, d’omettre d’encourager leurs membres et les étudiants de se soumettre à la loi. Big Brother gouverne désormais le Québec.

Le droit de manifester est par cette loi soumis à l’autorité policière, qui aura le droit d’en changer le lieu ou l’itinéraire.Vladimir Poutine n’aurait pas fait mieux.

On reste pantois devant l’enthousiasme liberticide de cette loi. Plus qu’un texte inacceptable, et très certainement contraire à la Charte québécoise des droits et libertés et aux accords internationaux auxquels est soumis le Québec, ce projet est d’une gaucherie politique suprême. Il annule, d’un trait, le gain que le gouvernement aurait pu encaisser avec sa proposition de pause estivale.

Que les membres du gouvernement Charest ne le sachent pas en dit long sur la dérive répressive qui les a gagnés ces dernières semaines et qui les a fait quitter le monde de la raison.

(Lire aussi la réaction du Barreau du Québec, aussi sévère que la mienne.)

Une loi assez spéciale, merci !

D’abord, mais peut-être pas surtout, il y a ce qu’on ne sait toujours pas: l’appareil répressif supplémentaire que le gouvernement Charest veut mettre en œuvre dans le projet de loi qu’il déposera sous peu. Le premier ministre en a préfiguré l’importance en insistant sur la fermeté avec laquelle il compte faire « respecter le droit à l’éducation ».

Ensuite, le gouvernement annonce la fin de toute tentative de négociation avec les représentants étudiants et rejette la demande de médiation réitérée ce mercredi par le Barreau. Il confirme l’étalement sur sept ans de la hausse et la bonification déjà annoncée des bourses et des prêts.

Cependant il confirme le retrait de la proposition de créer un Conseil des universités qui aurait permis d’identifier des économies et de les reporter sur la contribution étudiante. Les recteurs ont effectivement tué cette initiative, jugée comme la clé de la sortie de crise par deux des trois principales fédérations étudiantes. Il retire ainsi la proposition de reporter, et peut-être d’annuler, la hausse des frais pour l’automne qui vient. Il y a donc, pour reprendre une expression à la mode, un net « durcissement » de la position gouvernementale. Durcissement et fermeture à tout nouveau dialogue.

Surtout, le scénario du pire a été évité: l’adoption d’une loi qui aurait imposé une injonction nationale qui généraliserait aux portes de 14 Cégeps et 11 Universités la scène accablante vue au Cégep Lionel-Groulx cette semaine, donc l’augmentation de la violence.

La décision de suspendre les sessions et de les reprendre en août permet en effet de faire baisser la pression. La décision de la ministre de ne priver aucun étudiant de la capacité de terminer sa session est bienvenue, comme un réaménagement du calendrier qui, s’il est respecté, assurera la qualité des enseignements.

Cette décision ne créée pas les conditions d’une confrontation immédiate. Le risque est bien sûr réel d’une reprise des moyens de pression au mois d’août, lors de la fin de la suspension des sessions. Il y a donc possibilité d’un simple report de la confrontation.

Cependant le pire n’est pas sûr. Nous sommes à la mi-mai. La capacité des fédérations de maintenir une mobilisation importante pendant trois mois de printemps et d’été est incertaine. Il faut cependant compter sur la présence de commandos radicaux qui tenteront de perturber ces reprises. Et c’est là que l’appareil répressif dont nous ne connaissons pas l’ampleur s’appliquera.

Il y a évidemment un autre risque: que les étudiants radicalisés décident d’aller perturber dès cette semaine des cégeps et facultés qui ne sont pas en grève. L’appareil répressif s’abattrait immédiatement.

Il est donc dommage que le gouvernement fasse preuve d’autant de fermeture et de franche mauvaise foi face aux compromis réels auxquels les fédérations, notamment la FEUQ et la FECQ, se sont rendus. Dommage aussi qu’il rejette toujours l’idée d’une médiation.

S’il pouvait être convaincu de profiter de cette pause pour ouvrir une phase de médiation, une solution négociée au moins partielle pourrait être dégagée qui apaiserait également la rentrée d’août.

Mais le Premier ministre Charest semble avoir donné l’heure juste à ce sujet: « on changera pas notre attitude, » a-t-il dit.

Cela pose la question du calendrier électoral. On le sait, le gouvernement libéral a toujours en tête une plage de déclenchement de l’élection à la mi-août pour une élection à la mi-septembre. Un retour des affrontements à la mi-août pourrait lui donner l’occasion de jouer la carte de la loi et de l’ordre. Cela rappellerait cependant aussi aux électeurs que le gouvernement a failli à correctement gérer le dossier et encore plus à le régler.

Nous sommes donc essentiellement en présence d’une tentative de report d’un problème réel. De la poursuite d’une mauvaise gestion d’un dossier essentiel. Rien n’est encore joué. Mais les choses pourraient être pires. En effet, le gouvernement aurait pu écouter les recommandations de François Legault et de la CAQ et de « prendre tous les moyens » pour faire appliquer les injonctions, donc taper davantage sur plus d’étudiants.