Réplique: Le jeu des erreurs de Frédéric Bérard

Frédéric Bérard m’a rendu un grand service ce mercredi en regroupant dans un seul article la plupart des faussetés et demi-vérités qui circulent sur mon compte au sujet de la laïcité (Lisée, Kaboul et St-Jérôme). Les lecteurs de Métro méritant mieux, je corrige la copie du chroniqueur.

VRAI : Il écrit : « avant que le débat sur le voile ne soit élevé au rang d’obsession médiatico-politique, le chroniqueur écrivait: « Le voile? Franchement, je m’y suis habitué et ce qu’on met sur sa tête ne devrait pas soulever l’ire nationale. »» C’était il y a 15 ans, avant qu’on discute spécifiquement des signes religieux dans l’État.  C’est en 2010, à l’occasion d’une pétition lancée par le grand Guy Rocher, que je me suis rangé au principe que les employés de l’État ne devaient afficher aucune conviction. Je m’en suis alors expliqué sur mon blogue, toujours en ligne et n’ai jamais changé d’avis depuis.

FAUX : J’aurais erré, écrit-il, en « associant fallacieusement Alexandre Cloutier à Adil Charkaoui » pendant la course au leadership de 2016. La réalité est que l’Imam toxique a écrit sur sa page Facebook le bien qu’il pensait d’Alexandre et le mal qu’il pensait de moi. Un journaliste a attiré mon attention sur ce fait, désagréable. Attaqué frontalement par l’équipe Cloutier au sujet de la laïcité, j’ai répliqué en attirant l’attention sur ce fait. J’ai aussi précisé qu’évidemment, Alexandre n’avait jamais voulu de cet appui gênant, mais l’Imam a récidivé.

FAUX : Bérard me décrit « accusant son rival d’avoir souhaité une «bonne fin de ramadan à [ses] amis musulmans». Cette citation n’existe pas. J’ai écrit au contraire au sujet des fêtes religieuses qu’il « n’est pas interdit de les souligner mais, à mon humble avis, il est préférable que l’État ne s’en mêle pas. Ce serait, en tout cas, ma pratique comme chef. » Signaler systématiquement les fêtes religieuses contribue, il me semble, à définir les communautés par la religion, plutôt que par leurs autres attributs.

FAUX : Le chroniqueur me cite ayant dit : «en Afrique, les AK47 sous les burqas, c’est avéré là». Il prétend qu’il n’y a « aucun cas recensé, ici comme ailleurs ». En fait, les cas sont à ce point recensés que plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, victimes d’attentats terroristes ainsi commis, ont interdit le voile intégral, ce que Google lui aurait facilement appris (lire ici). J’avais aussi écrit qu’il n’était qu’une question de temps avant qu’on vive une situation semblable chez nous. Mais en Amérique du Nord, l’usage criminel, (par des bandits, pas des dévots), du voile intégral fut relevé au Canada dans un meurtre, une tentative de meurtre, un vol, et aux États-Unis par plusieurs vols (le plus récent ici) et un enlèvement/agression sexuelle d’une fillette à Philadelphie.

FAUX. Il déclare ceci : « en feu lors d’une activité partisane péquiste, le politicien-scorpion hurle au micro, à répétition: « Y a des hidjabs partout… ça suffit! », enjoignant à la foule de se joindre à lui.» La vidéo existe. On n’y voit ni répétition ni hurlement. Ma position est que les éducatrices en garderies subventionnées ne devraient porter aucun signe, religieux ou autre. Dans les garderies à Montréal, le signe le plus visible – en fait le seul signe de conviction perceptible – est un symbole qui signifie spécifiquement modestie et soumission des femmes, exactement le contraire de ce que l’on veut enseigner à nos enfants.

FAUX : Bérard m’accuse de ne pas voir que l’analogie entre l’Arabie Saoudite et Montréal est « nulle, absurde et non avenue ». Samedi dans Le Devoir, j’ai écrit que « La situation est évidemment complètement différente à Montréal, où le voile, selon une intervenante interrogée dans ces pages, peut être un symbole féministe. Je n’en doute pas. »

FAUX : Bérard affirme au sujet du voile le « caractère volontaire du port en question chez la femme du Québec » et que « les illustrations, tristes et délétères, issues d’autres coins du globe n’ont aucune chance de résonance, ici. » Aucune chance ? L’an dernier, un père montréalais d’origine algérienne reconnu coupable d’avoir voulu tuer ses quatre filles car elles souhaitaient « s’habiller comme des québécoises ». Un écho de l’assassinat de trois jeunes Montréalaises (et de leur belle-mère) en 2009 par leurs parents d’origine afghane, les Shafia, mécontents des comportements insuffisamment islamiques de leurs filles. Bérard devrait avoir honte d’ignorer l’existence du voile contraint à Montréal, même s’il est, on l’espère, minoritaire.

Finalement Frédéric, homme sympathique pour lequel je n’ai aucune animosité, attaque mon honnêteté intellectuelle en prétendant que je suis trop « intelligent et cultivé pour (sincèrement) croire » à mes arguments laïques. Je ne lui rends pas la pareille. J’estime au contraire que, malgré son intelligence, Frédéric voit (sincèrement) comme une preuve de modernité et d’ouverture la normalisation dans des publicités gouvernementales de symboles de religions indubitablement inégalitaires, misogynes et homophobes, perçues par plusieurs québécoises, y compris d’origine arabe, comme les étendards de l’oppression.

Dossier Saint-Pierre: soulagement et remerciements

Je suis évidemment soulagé par la tournure des événements et par la décision de Mme Saint-Pierre de retirer promptement les paroles qui pouvaient jeter un doute sur mon intégrité et de s’excuser auprès de ma famille. C’était difficile de sa part, je salue sa décision.

Il faut savoir se battre pour sa réputation, son intégrité, sa famille. Il faut savoir accepter les excuses lorsqu’elles sont offertes, comme je l’ai expliqué ici:


 

Et je remercie les centaines de personnes, amis, parents, internautes, signataires d’une pétition spontanée, qui m’on manifesté leur appui et prodigué leurs conseils pendant cette semaine difficile.

Merci aussi à Stéphane Bédard et à toute l’équipe de soutien de l’aile parlementaire, à mes anciens conseillers aussi, notamment Christophe Fortier-Guay, qui m’ont aidé à reconstitué les agendas pour déposer le document synthèse de mardi retraçant toutes les dates et les résultats de chacune des missions.

Mes pensées vont vers les artisans de la présence internationale du Québec, les quelques 600 personnes qui, au MRI au commerce extérieur et dans le réseau, offrent aux Québécois un rendement remarquable et sous-estimé, et dont le travail fut mis à mal par des déclarations malheureuses.

Dans les interventions que j’ai faites, j’ai été content de pouvoir dire que pour chaque dollar investi dans le MRI et le commerce extérieur, trois dollars d’exportation étaient générée pour les entreprises québécoises. Un des meilleurs rendements économiques du gouvernement.

J’étais heureux de pouvoir faire savoir que les 600 salariés du MRI et du commerce extérieur avaient, en 2012-2013, accompagné et facilité la conclusion d’ententes générant 2500 emplois au Québec. Sans parler des milliers d’artistes, stagiaires, étudiants, scientifiques, organisations de coopération, pour lesquels le MRI est la colonne vertébrale logistique, l’ouvreur de porte, le garant de leur sérieux.

Des commentaires reçus, je remercie tous ceux qui ont soupesé les pour et les contre, les avantages et les inconvénients d’une intervention publique de défense de mon intégrité qui impliquait, bien sûr, de répéter les accusations pour pouvoir y répondre.

De tous les commentaires reçus et lus, le député de Rosemont que je suis a apprécié celui-ci, de Louise Savoie le 11 juillet, qui n’était pas complètement hors sujet:

Moi qui habite le comté de Jean-François Lisée, je peux témoigner de son intérêt pour ses électeurs. Les gens de mon secteur étaient aux prises avec un problème de bruit en provenance d’une école de métier et il nous a beaucoup aidé à régler ce dossier. Nous l’apprécions beaucoup.

Merci Mme Savoie. Cela nous ramène sur le terrain et indique qu’on peut, simultanément, aider Bombardier à vendre des avions au Sénégal et résoudre des cas de comtés. C’est d’ailleurs ce qui me passionne dans ce travail: aider, au quotidien, des citoyens à régler des problèmes immédiats et faire aussi bouger les choses au niveau métropolitain, national et international, pour le bien collectif québécois.

Un mot pour les chroniqueurs qui ont soutenu ma position. Les commentaires de Liza Frulla et d’Antoine Robitaille, du Devoir, et de Guy Simard, du 98,5 FM, entre autres, m’ont touché. L’appui sur Twitter d’Yves Boisvert de La Presse — souvent très critique à mon endroit — était important. Merci aussi à Tommy Schnurmacher, de CJAD.

Mais je dois donner la palme à celui qui, le premier et avec sa verve inimitable, a soutenu mon combat: Mathieu Bock-Côté du Journal de Montréal sur son blogue.

Merci surtout à Sandrine, qui est monté à la barricade avec moi et qui a réalisé son premier point de presse en carrière avec un aplomb et une détermination dont chacun a pu être témoin. Et chacun comprend maintenant pourquoi je ne laisse pas un océan nous séparer trop longtemps.

Affaire Saint-Pierre: la ministre toujours fâchée avec la vérité

Christine Saint-Pierre a fait émettre un communiqué en fin d’après-midi ce mardi pour réagir à ma conférence de presse du matin. Je lui demandais de se rétracter sur les allégations mensongères qu’elle a répétées à mon sujet et de s’excuser auprès de ma famille. Elle n’a fait ni l’un, ni l’autre.

Elle affirme d’abord avoir « la responsabilité d’agir avec rigueur et transparence ». Elle a en effet cette responsabilité. Mais en portant des accusations sans preuve, en posant des questions tendancieuses, elle n’a pas agi avec rigueur.

Elle continue en affirmant que « le respect de la vie personnelle des élus est pour moi un principe primordial. » Alors pourquoi a-t-elle dit à Radio X: « Est-ce que M. Lisée utilisait le prétexte de sa vie privée pour faire des missions en France? »

Elle affirme avoir « une très grande confiance » envers « le professionnalisme et la rigueur » des fonctionnaires du MRI. Alors pourquoi laisse-t-elle entendre que ses fonctionnaires ont été complices de missions non-pertinentes, servant les intérêts personnels du ministre plutôt que le bien du Québec ?

Elle affirme avoir mandaté la direction de l’audit interne et évaluation de programmes pour « faire les vérifications nécessaires ». Pourquoi ne pas avoir attendu le résultat de ces vérifications avant de lancer des accusations sur la place publique ?

J’ai affirmé que je donnais jusqu’à mardi midi à la ministre de faire la seule chose digne: se rétracter et s’excuser. C’est toujours le cas.

Ma lutte contre l’intimidation – pardon ! – contre la diffamation

Vous m’avez massivement, chers internautes, conseillé de poursuivre Christine Saint-Pierre pour les propos mensongers qu’elle a tenus sur moi, en impliquant ma vie familiale.

Je l’ai fait ce mardi, à Québec, en compagnie de ma conjointe Sandrine et de Stéphane Bédard, chef intérimaire du parti.

Voici la vidéo:


 

Voici la transcription du point de presse:

M. Bédard : (…) on est ici parce qu’il y a quelqu’un dont l’intégrité a été attaquée de façon purement malhonnête. Jean-François Lisée, que je connais personnellement depuis des années, qui est quelqu’un qui est dédié, qui est un homme honnête, intègre qui a toujours réalisé, peu importe les fonctions qu’il a faites, pour le bien commun, pour l’intérêt public. Dans les derniers jours, une ministre du gouvernement a tenté de détourner l’attention médiatique en attaquant de façon injuste et malhonnête le comportement de M. Lisée à l’époque où il était ministre en attaquant même sa vie familiale, et nous trouvons ces accusations totalement irresponsables. Donc, aujourd’hui, notre objectif, c’est de rétablir les faits et de souhaiter que Mme St-Pierre s’excuse le plus rapidement possible et rétablisse la réputation de M. Lisée.

À ce moment-ci, je demanderais à Jean-François de venir faire une déclaration en compagnie de Sandrine.

M. Lisée : Merci beaucoup, Stéphane. Vous me connaissez depuis un certain nombre d’années, je suis dédié au Québec, au bien commun. J’ai donné, pendant 18 mois, le meilleur de moi-même au ministère des Relations internationales et du Commerce extérieur. C’est un sujet qui me passionne. J’ai fait un grand nombre de missions. J’ai été très actif, beaucoup d’entreprises m’ont accompagné, des institutions, des artistes, pour faire avancer le Québec, pour la défense des intérêts du Québec.

Les fausses accusations de Mme St-Pierre

La semaine dernière, Christine St-Pierre a pris la décision de parler aux médias pour répéter sciemment plusieurs déclarations fausses à mon sujet. Elle a déclaré que j’avais fait 11 missions en France et que la France était ma seule priorité, car pour moi il n’y avait que la France a-t-elle dit.

C’est faux, et elle sait que c’est faux. J’ai fait cinq missions en France, dont une avec la première ministre, cinq pour les États-Unis, et six dans le reste du monde.

D’ailleurs, un de mes prédécesseurs, Pierre Arcand le libéral a fait davantage de missions en France que moi dans le même laps de temps.

Mme St-Pierre additionne délibérément mes missions en France et les cinq escales que j’ai effectuées à Paris lors de missions qui me conduisaient ailleurs et elle pose la question de la pertinence de ces missions : Est-ce que j’y allais pour des raisons personnelles parce que ma famille… une partie de ma famille y habitait ou pour l’intérêt supérieur du Québec? Elle connaît très bien la réponse.

Premièrement, chacune de ces missions est proposée, organisée et validée par le ministère des Relations internationales. Deuxièmement, les résultats de chacune de ces missions, résultats probants, sont disponibles, pour la plupart, sur le site Internet de son propre ministère. Et il est facile de compiler l’aspect strictement économique de la pertinence de ces missions, qui faisaient escale à Paris. Ces missions ont aidé 175 entreprises qui m’ont accompagné en Allemagne, en Afrique, en Chine ou au Japon à signer des contrats d’une valeur de 110 millions de dollars.

Mme St-Pierre affirme sans preuve — elle n’a aucune preuve, elle n’a aucun document, elle n’a aucun mémo, elle n’a aucun courriel, elle n’a aucune facture — elle affirme sans preuve que j’ai fait une mission d’un jour, pour faire ensuite une visite privée de quatre jours. C’est une invention pure, cela n’existe que dans son imagination.

La ministre a déclaré aux journalistes qu’elle avait demandé des vérifications à son ministère et certains d’entre vous et de vos collègues lui ont dit : Mais, Mme St-Pierre, pourquoi est-ce que vous nous parlez maintenant? Si vous avez demandé des vérifications, pourquoi ne pas attendre les faits avant de parler aux médias? Elle a donné plusieurs entrevues. Un ministre responsable et respectueux d’autrui ne devrait-il pas attendre d’avoir des preuves, si elles existent, avant d’accabler qui que ce soit — un parlementaire, un ministre, un citoyen, qui que ce soit — sur la place publique?

J’ai la conviction, la conviction, parce que je connais l’efficacité des extraordinaires équipes du ministère des Relations internationales, que Mme St-Pierre a obtenu les réponses à ses questions avant même qu’elle s’adresse aux journalistes.

D’ailleurs, il n’a fallu à une de vos collègues de la presse qu’un coup de téléphone, un coup de téléphone hier, pour parler à une responsable des missions, qui lui a dit que tout était irréprochable en ce qui me concerne. J’ai la conviction aussi que la raison pour laquelle Mme St-Pierre fait ces allégations mensongères sans aucune preuve, c’est qu’elles n’existent pas et qu’elle sait qu’elles n’existent pas.

La vie familiale

Vous savez, il y a une règle non écrite dans la politique et les médias québécois : on ne touche pas à la vie familiale des élus. Or Mme St-Pierre a franchi cette ligne rouge à toute vapeur, en faisant de ma vie familiale un sujet de discussion publique, comme si c’était quelque chose de répréhensible ou de mystérieux.

Alors, exceptionnellement, j’ai demandé à ma conjointe Sandrine d’être à mes côtés aujourd’hui. C’est elle et nos deux enfants — et bientôt un troisième — qui font qu’on traverse l’Atlantique pour se voir l’un l’autre.

On s’est connus il y a huit ans, à l’Université de Montréal. Sandrine poursuivait ses recherches. On a décidé de vivre ensemble et d’avoir des enfants. Puis Sandrine a été recrutée pour le travail qu’elle convoitait depuis plusieurs années et qu’elle adore à une fonction dans un centre de recherche très prestigieux à Sciences Po Paris.

Alors, on a fait le pari de réussir notre projet de vie commune malgré le fait que nos carrières respectives allaient nous entraîner trop souvent l’un de l’autre. Alors, depuis, Sandrine fait tantôt de longs séjours à Québec, tantôt de longs séjours en France, et on s’adapte, et on se rejoint. On est devenus un peu des experts de la conciliation travail-famille entre deux pays sans que ça coûte un sou au contribuable. Et on trouve inacceptable que notre vie familiale soit utilisée par une politicienne pour tenter de salir ma réputation.

Une poursuite en diffamation

Mme St-Pierre sait comment une poursuite en diffamation va se terminer. Les faits, les témoignages, les documents vont lui donner tort et me donner raison. Je lui demande donc d’émettre d’ici une semaine une rétractation complète de ses allégations et d’exprimer ses excuses envers ma famille. Sinon j’engagerai une poursuite en diffamation.

Je sais que, dans ma situation, cette poursuite va me coûter à moi personnellement plusieurs dizaines de milliers de dollars, une grosse somme. Dans un monde idéal, Mme St-Pierre, et je lui lance le défi, Mme St-Pierre devrait refuser de se faire rembourser les frais de sa défense par les contribuables. Moi, je suis prêt à payer de ma poche, car l’intégrité est une vertu cardinale.

Mon intégrité

La journaliste Annabelle Blais de La Presse a épluché tous mes comptes de dépenses pendant toutes mes missions. Elle n’a rien trouvé à redire. Quand j’étais conseiller de M. Parizeau et de M. Bouchard pendant cinq ans, je sais que les recherchistes libéraux ont beaucoup cherché une facture mal placée. En vain. Il n’y en avait pas. Je me suis présenté en politique en août 2012, pour l’indépendance, bien sûr, mais aussi parce que j’estimais intolérable qu’un gouvernement comme celui de M. Charest qui avait laissé croître la corruption soit réélu.

Alors, s’attaquer à mon intégrité constitue une offensive frontale sur ce que j’estime essentiel. Entraîner ma vie familiale dans le débat public est une faute inacceptable. Il faut que les propos mensongers et diffamatoires de Mme St-Pierre soient sanctionnés. Ce n’est pas vrai qu’on peut salir une réputation et s’en sauver. C’est le combat que je vais mener. Maintenant, Sandrine voudrait vous dire quelques mots.

Intervention de Sandrine:

Mme Perrot (Sandrine) : Bonjour. Si je suis exceptionnellement ici aujourd’hui, c’est parce que c’est notre vie privée, notre vie familiale qui a été mise sur la place publique cette semaine par la ministre pour porter de fausses accusations contre Jean-François.

Et donc, il me semblait d’abord important d’être à ses côtés et de le soutenir dans ce dossier, qui vise à mettre en doute son intégrité et sur lequel je le sais irréprochable. C’est vraiment un point sur lequel Jean-François est très vigilant. C’est aussi une valeur à laquelle je tiens beaucoup, et ni lui ni moi n’aurions accepté que des fonds publics soient utilisés pour notre vie privée.

Et puis je tenais à dire aussi et peut-être surtout, en tant que mère, que je suis profondément choqué que notre vie familiale ait pu être utilisée à des fins purement politiciennes.

La ministre a dit des faussetés, elle a mis notre famille sur la place publique sciemment, en espérant des gains politiques et sans égard, sans respect pour notre couple, pour notre famille, pour nos enfants. Elle a sous-entendu, par ses questions, que notre vie privée pouvait être répréhensible d’une façon ou d’une autre. Elle ne l’est pas. Ce sont des accusations gratuites, et pour ça il me semble que se rétracter ou nous présenter ses excuses est vraiment la moindre des choses. Merci.

Période de questions

Le Modérateur : Donc, merci, Mme Perrot. Merci, M. Bédard, M. Lisée. Donc, on irait avec la période de questions. Une question et une sous-question, s’il vous plaît. Alors, on va débuter par le micro de gauche. Mme Prince, TVA.

Mme Prince (Véronique) : Bonjour, M. Lisée, Mme Perrot, Stéphane Bédard. M. Lisée, je voudrais savoir, pour ce qui est des escales, parce que j’ai voulu poser la question à Mme Chevalier hier, mais elle n’a pas retourné notre appel. Alors, je vais vous reposer cette question-là. Pour ce qui est des escales que vous avez faites en France, est-ce qu’il a pu y avoir un sou de déboursé par les contribuables? Est-ce qu’il y avait, par exemple, un chauffeur du délégué qui était emprunté? Est-ce qu’il y avait du personnel politique qui pouvait vous attendre et qui était payé en attendant que vous veniez les rejoindre à la mission?

M. Lisée : Alors, je vous remercie de la question. Alors, je dépose aujourd’hui une série de documents qui donnent toutes les dates, chacune des missions, les résultats de chacune des missions, et voici comment ça se passe.

Lorsque je faisais une mission en France, évidemment, c’était normal. Lorsque j’allais en Afrique… En Afrique, on passe toujours par Paris. Alors, on est passés par Paris. Lorsque j’allais en Chine et au Japon, j’ai posé la question. J’ai dit : Est-ce que ça coûte plus cher d’aller par Paris que non? Pour le Japon, on m’a dit : C’est le même prix. Pour la Chine, on m’a dit : C’est 2 000 $ de moins, 2 000 $ de moins.

Dans un cas, je suis allé à Londres et j’ai dit : Est-ce que ça coût plus cher? Moi, j’irais à Londres, je ferais ma mission. Je prendrais le train pour Paris, que je paierai, puis je reviendrais de Paris. Est-ce que c’est plus cher? On dit non. J’ai dit : Si c’est plus cher, je vais payer. On dit : Non, c’est le même prix. Alors, à chaque fois… d’ailleurs, à la délégation, ils commençaient à me trouver un peu fatiguant avec ces questions-là, parce que je répétais constamment ça.

Alors, lorsque j’étais à Paris et que je voulais me rendre à Chartres, parce que la maison, elle est à Chartres, à 1 h 30 min de Paris, je disais : Est-ce que le chauffeur est disponible?  Si oui, est-ce que je peux l’utiliser, et facturez-moi tous les frais; ce qu’ils ont fait, ce que j’ai remboursé. Lorsque le chauffeur n’était pas disponible, je prenais mon billet de train et j’y allais tout seul… tout seul.

La portion privée, elle est seule, je n’ai pas besoin de personne, je n’ai pas besoin d’attaché politique, ou de garde du corps, ou de quoi que ce soit parce que je vais rejoindre ma famille en France.

Et ce qui est extraordinaire… Et si vous me posez la question… parce que vous ne le savez pas, vous ne le savez pas parce que la ministre qui vous a parlé n’avait rien à vous donner. Mais c’est extraordinaire pour une ancienne journaliste, en plus. Aller à la télé sans preuve, vous ne feriez pas ça. Aucun d’entre vous ne ferait ce que Christine St‑Pierre a fait : vous présenter devant une caméra, faire des accusations sans la moindre preuve. Vous seriez virés. Vous seriez virés, comme journalistes, si vous aviez fait ce que Christine St‑Pierre a fait la semaine dernière.

Mme Prince (Véronique) : Ma deuxième question : N’était-il pas prévisible que ça viendrait à un moment donné sur la place publique? Si vous inversez les rôles, et que vous vous mettez à la place de Christine St‑Pierre, et que vous vous apercevez que votre prédécesseur, il a eu quelques escales comme ça, est-ce que vous-même n’auriez-vous pas entamé des vérifications sur le prédécesseur? Et, éventuellement, il y a quand même toujours des chances que ça devienne public. Vous savez comment ça fonctionne. Donc, à ce moment-là, est-ce que vous n’auriez pas été plus prudent de prendre l’initiative de dire… de l’annoncer vous-même?

M. Lisée : Moi, mon intégrité, elle est sans faille. J’ai prêté un serment, O.K.? Et donc je présume de l’intégrité de tous. Je n’ai pas fait de vérification pour mes prédécesseurs, je présume de leur intégrité.

Quand j’ai fait les crédits de l’année précédant notre élection, j’ai posé des questions, les fonctionnaires m’ont donné des réponses. Je n’ai pas cherché, mais j’ai vu qu’il n’y avait rien qui méritait qu’on s’y attarde sauf la double comptabilité qu’on avait trouvée sur les missions. Ça, évidemment, on les a trouvés, mais ce n’était pas l’intégrité d’une personne en particulier. Je ne rentre pas là-dedans en détail (aujourd’hui)…

Enfin, ma réponse, c’est : Je ne pouvais pas présumer du caractère activement malveillant de Christine St‑Pierre. Non, on ne pouvait pas présumer qu’un ministre qui doit représenter les relations internationales du Québec prenne la décision de dénigrer son propre ministère en faisant des interventions publiques sur le fait qu’il y aurait peut-être, se pose-t-elle la question, des missions bidon. Non. C’est à l’extérieur du sens de l’État. Je veux dire, c’est une opération qui est répugnante.

Le Modérateur : Merci beaucoup. Martin Ouellet de LaPresse canadienne.

M. Ouellet (Martin) : Bonjour, madame. Bonjour. Vous reconnaissez donc qu’il y avait quand même une partie privée, une partie personnelle, lors de vos fréquents passages dans la capitale…

M. Lisée : Je l’ai toujours dit, et c’est le cas de beaucoup de ministres, ou de gens d’affaires, ou de journalistes qui vont à l’étranger en mission et qui, ensuite, prennent quelques jours, c’est une pratique courante.

M. Ouellet (Martin) : D’accord. Et vous avez utilisé les services du chauffeur. C’est ce que je comprends.

M. Lisée : J’ai utilisé les services du chauffeur, j’ai remboursé la totalité des frais. Lorsqu’il n’était pas disponible, je prenais le train.

Journaliste : Est-ce qu’on a des documents qui nous démontrent que vous avez remboursé ces frais-là, juste au niveau technique? Est-ce que… et c’est quand, vous l’avez… vous avez remboursé ces frais-là?

M. Lisée : Ces documents-là, si Mme St-Pierre ne se rétracte pas, on les déposera pendant la poursuite.

Journaliste : Vous n’avez pas l’intention de le faire tout de suite?

M. Lisée : On les rendra publics… Écoutez, elle n’avait aucun document, aucun, et c’est elle qui fait l’accusation. Eh bien, moi, je vous dis que je peux faire la démonstration très facile, ma carte de crédit, un transfert bancaire, etc., que, dans des délais courts, lorsqu’on m’a présenté une facture, je l’ai réglée.

Journaliste : Et ça représentait quel montant, toutes ces dépenses personnelles là…

M. Lisée : Bien, écoutez, il y a…

Journaliste : …qui ont pu être facturées par le MRI?

M. Lisée : …un billet de train de Londres, etc. Je n’ai pas fait le calcul, là.

Journaliste : Et tout ça, c’est payé?

M. Lisée : Tout ça, c’est payé. Évidemment que c’est payé.

Journaliste : Mais il faut se fier à votre parole parce que vous n’avez rien à nous donner aujourd’hui pour…

M. Lisée : Écoutez, tu sais, c’est comme le fameux journaliste qui dit : Quand avez-vous cessé de battre votre femme? Tu sais, c’est au journaliste de faire cette démonstration. Alors là, il y a une accusation qui est portée. C’est la parole de Mme St-Pierre, qui n’est pas très bonne, qui a des antécédents, sans preuve. Elle porte des accusations sans preuve.

Le Modérateur : Merci. Micro de gauche. Louis Gagné, QMI.

M. Gagné (Louis) : Bonjour, M. Lisée, madame, M. Bédard. M. Lisée, vous réfléchissez depuis quelques semaines à la possibilité de vous lancer dans la course à la direction de votre parti. Sachant qu’une telle course donne parfois lieu à certains coups bas, des échanges d’information entre les différents camps, est-ce que ça pourrait modifier votre réflexion un peu ou refroidir votre ardeur éventuellement pour vous présenter après ce que vous avez vécu ces derniers jours?

M. Lisée : Bien, ça, la réflexion, on la partage ensemble, on est en train de la faire. Elle n’est pas terminée. Et ce n’est pas la malveillance d’une ministre libérale qui va y changer quoi que ce soit.

M. Gagné (Louis) : Et est-ce que vous croyez… Bon, vous dites que… vous l’accusez de salissage, d’avoir voulu nuire à votre réputation. Est-ce que c’est à un futur candidat à la direction, peut-être un futur chef, d’après vous, qu’elle s’en prenait ou…

M. Lisée : Vous savez, elle s’en est prise à un poète [Fred Pellerin], elle s’en est prise à la première ministre, alors je ne pense pas que j’ai un traitement spécial. C’est dans sa nature.

M. Bédard : Puis permettez-moi de vous dire qu’on n’est pas non plus dupes, là, ou naïfs. On connaissait le contexte où le gouvernement est encore pris, après quelques mois, avec des problèmes éthiques majeurs. Alors, de tenter de détourner l’attention par rapport à des affirmations qui étaient fausses, c’était une bonne… une mauvaise façon… peut-être une bonne façon libérale, mais une mauvaise façon de sortir du guêpier dans lequel ils sont actuellement. Donc, on voulait être clairs, transparents, comme M. Lisée l’a été aujourd’hui avec Sandrine. Puis ce qu’on souhaite maintenant, c’est que le gouvernement ait un début de franchise par rapport à ce qui se passe avec le cas de M. Bolduc.

Le Modérateur : Merci. Simon Boivin, Le Soleil.

M. Boivin (Simon) : Bonjour, M. Lisée. Vous dites que vous avez demandé à ce qu’on vous facture lorsque le chauffeur a été utilisé. Est-ce qu’il est arrivé qu’on ne vous facture pas? À votre connaissance, est-ce qu’il est possible que le délégué, à un moment ou à un autre, ait décidé de dire : Non, ça, on laisse passer? Est-ce que ça peut arriver?

M. Lisée : Écoutez, le professionnalisme des gens du ministère des Relations internationales, c’est remarquable, leur énergie, c’est remarquable. Alors, non, je suis sûr que tout a été facturé, parce que ces gens-là sont très éthiques, ils savaient que j’étais très vigilant sur l’éthique, et il ne fallait pas en laisser passer une.

Et je vais dire une chose, là, pendant que Mme St-Pierre dénigre le ministère des Relations internationales, une chose qui est peu connue, là, c’est que pour chaque dollar qu’on investit — quand j’étais ministre des Relations internationales et du Commerce extérieur — il y a trois dollars d’ententes commerciales qui sont signées par année. Le rendement du MRI et du Commerce extérieur pour le Québec, là, c’est du 3 pour 1. En un an, quand j’étais ministre, ces contrats-là ont créé 2 500 emplois au Québec. Ça veut dire qu’il y a à peu près 600 fonctionnaires au MRI qui créent chaque année à peu près 2 500 emplois. C’est ça qu’il faut dire aux gens quand on est ministre des Relations internationales, ce n’est pas dénigrer les missions ou l’organisation des missions.

Journaliste : Vous avez dit que M. Arcand était allé de façon plus fréquente que vous…

M. Lisée : Oui.

Journaliste : …est-ce que vous avez les chiffres? Est-ce que vous pouvez nous donner…

M. Lisée : Il est allé six fois… en 18 mois, il est allé six fois en France. Moi, je suis allé cinq fois.

Journaliste : Pour six missions à Paris ou six missions en escales?

M. Lisée : En France, en France, sans escales. Je n’ai pas compté les escales. C’est ridicule de compter les escales. Vous imaginez! Vous mettriez ça dans un papier : M. Arcand est allé neuf fois en France parce qu’il est allé en Afrique et il est passé par Paris. Ça ne vous traverserait pas la tête de dire une chose pareille.

Journaliste : Et on comprend que si Mme St-Pierre se rétracte, il n’y aura pas de poursuite.

M. Lisée : Si la rétractation est à ma satisfaction, si elle fait des excuses auprès de ma famille, il n’y aura pas de poursuite.

Le Modérateur : Merci. M. Robitaille du Devoir.

M. Robitaille (Antoine) : En dévoilant la double comptabilité que vous prétendez qui existe, là, au ministère, n’avez-vous pas vous-même, en premier, dénigré votre ministère?

M. Lisée : Bien non, parce que j’ai bien dit que les fonctionnaires avaient fait ça à leur corps défendant, que ça avait été une décision du chef de cabinet du ministre libéral de l’époque, et que les fonctionnaires avaient été très catastrophés de ça, et c’est pour ça qu’ils nous l’ont dit. Et je ne l’ai pas prétendu, je l’ai démontré et j’ai bien montré les fausses factures. Il y avait une vraie facture pour le remboursement par le Conseil du trésor et il y avait une fausse facture pour mentir aux journalistes et pour mentir aux parlementaires, aux crédits. Et nous, on a rétabli la réalité. Alors, c’était mon devoir de ministre et de transparence de dire qu’on allait corriger cette situation-là, et les fonctionnaires en étaient très contents.

M. Robitaille (Antoine) : Est-ce qu’il n’y a pas des fonctionnaires à l’interne qui peuvent se sentir accusés de complicité là-dedans et qui peuvent vouloir vous remettre la monnaie de votre pièce?

M. Lisée : Ils étaient très… non, ça ne vient pas des fonctionnaires, c’est une commande politique de Mme St-Pierre, c’est très clair. Et comme vous le savez aussi, il n’y a pas de ministres qui font des sorties sans l’aval du bureau du premier ministre. Alors, on est dans le politique, là.

Le Modérateur : Merci. Le micro de droite, Gilbert Lavoie du Soleil.

M. Lavoie (Gilbert) : Oui. Bonjour, M. Lisée. Vous le savez, la majorité des poursuites en diffamation se terminent en règlement à l’amiable dont on ne connaît pas la teneur. Est-ce que vous avez l’intention, si vous devez engager une poursuite, à vous rendre d’une intention ferme jusqu’à une décision du tribunal?

M. Lisée : Bien, moi, qu’il y ait une entente ou une décision, je veux que, publiquement, Mme St-Pierre admette qu’elle a dit des faussetés.

M. Lavoie (Gilbert) : Donc, il n’y aura jamais d’entente à l’amiable si elle n’accepte pas de dire publiquement qu’elle a dit des faussetés?

M. Lisée : Ah! Ça, c’est clair. Enfin, c’est clair. Tu sais, elle a causé un dommage public, alors il faut qu’il y ait une réparation publique.

M. Lavoie (Gilbert) : Merci.

Le Modérateur : Merci. Jacques Létourneau, du Huffington Post.

M. Létourneau (Jacques) : Bonjour, M. Lisée. Est-ce que j’ai compris que le garde du corps ne vous suivait pas à Chartres?

M. Lisée : Effectivement. Non, quand on est à l’étranger, lorsqu’il y a un problème de sécurité, c’est la police locale qui nous suit. C’est arrivé à New York ou… etc., bon, ils sont très tatillons. Mais, sinon, en France, moi, je n’ai jamais eu de garde du corps avec moi.

M. Létourneau (Jacques) : Donc, pas du tout en France, ni à Paris ni à Chartres?

M. Lisée : Pas du tout, non, non, sauf lorsque la première ministre était là, bien sûr, pour sa sécurité à elle, oui.

M. Létourneau (Jacques) : Parfait, merci.

Le Modérateur : Merci.

M. Lisée : Et puis Sandrine est ceinture marron de karaté.

Le Modérateur : Nicolas Vigneault, Radio-Canada.

M. Vigneault (Nicolas) : M. Lisée, si jamais on découvre des choses à la suite de vérifications additionnelles et que Mme St-Pierre arrive avec certaines preuves, vous engagez-vous à rembourser ces sommes-là au ministère?

M. Lisée : Bien, j’ai tout remboursé. Ça n’arrivera pas. Je veux dire, si ça existait, on le saurait! Pensez-vous que, si Mme St-Pierre avait la moindre preuve, elle l’aurait pas donnée? L’étude des crédits au MRI, ça s’est fait à la mi-juin. Elle a posé des questions à la mi-juin. S’il y avait des preuves, elle les aurait eues dans les jours qui… Moi, quand je demandais quelque chose au ministère des Relations internationales, en 24 heures, je l’avais, en 24 heures. Alors, c’est sûr que ça n’existe pas.

M. Vigneault (Nicolas) : Mais pourquoi ne savez-vous pas combien vous avez remboursé? Vous dites : J’ai tout remboursé, mais vous ne savez pas combien.

M. Lisée : Bien, j’ai remboursé à mesure, à mesure.

M. Vigneault (Nicolas) : Vous devez avoir…

M. Lisée : Écoutez, là, si vous voulez… Regardez, elle a fait les accusations vendredi. On est mardi, O.K. Au procès, s’il y a procès, je ferai sortir toutes mes cartes de crédit puis je ferai tous les trucs, là.

M. Bédard : C’est comme… vous demandez, si vous avez un compte de dépenses : Ça a été quoi dans le dernier mois? Vous, comme journaliste, vous avez rencontré quelqu’un. Écoutez, c’est évident. Et, si quelqu’un, s’il y avait même simplement une rumeur à l’effet que de l’argent public aurait servi à des fins personnelles, c’est évident que le Conseil du trésor aurait eu cette rumeur-là pour une période de 18 mois. En aucun temps, en aucun temps — et je suis assez bien placé pour vous le dire — on n’a remis en doute les dépenses du ministère, de quelque nature qu’elles soient.

Donc, je suis très bien placé pour vous dire que ces accusations sont malveillantes, dans un but de nuire, à une fin qui est purement politique : c’est celui de distraire. Et que, s’il y avait eu… Imaginez-vous, lors de l’étude des crédits, pendant les deux heures que les libéraux ont des questions, s’il y avait eu une seule vraie accusation, elle aurait été portée par les députés libéraux, à l’époque, qui, souvent, vont faire la plante verte lors de l’étude des crédits. Alors, ce n’est pas vrai qu’on va tomber dans le stratagème du gouvernement libéral, qui est pris, encore une fois, avec un problème éthique important sur les bras et il ne sait plus quoi faire pour s’en sortir. Il est allé jusqu’à attaquer la famille d’un politicien, puis d’un homme qui a une carrière politique, mais une carrière aussi au service de la société. De tomber aussi bas, je ne pensais pas avoir l’occasion de vivre ça, là, du temps de ma vie politique.

English questions

Le Modérateur : Merci. Micro de gauche, merci de vous présenter.

Mme Wheeler (Marika) :Marika Wheeler, CBC. Can I ask you to explain what you’re announcing today, please?

M. Lisée : As you know, I’ve spent a good part of my life in journalism, as an advisor to two premiers and, for 18 months as Minister for International Affairs and External Trade. I gave it my best, I always worked for the benefit of Québec. Integrity issues have been  causes that I’ve championed over the years and, of course, have been at the core of my willingness to be in the public domain.

Last week, a Liberal Minister decided to show up in front of reporters without any document, without any proof and to cast doubt on my integrity related to my family life. It is unacceptable, she made statements that are flat wrong on the facts. She said I was 11 times in missions to France and I only had France in mind as a Minister. I went five times in missions to France, five times for the United States and six times elsewhere. In fact, one of her colleagues, Pierre Arcand, went more times in missions in France for a similar period than I.

And then, she said I went one day for a mission and four days for a private stay. That’s a figment of her imagination. Again, no corroborating evidence on her part and she’s trying to compound stopovers that I made in Paris to go to Africa or China or Japan to say that these missions may not have been pertinent. They netted 110 million dollars in contracts for Québec companies, these missions with stopovers in Paris, because you have to stop over somewhere and in each instance, I asked if there was more costs. In fact, there were none. In fact, it was less expensive to go to China through Paris, maybe at that time of year or of that stay, I don’t know, than it would have been to go through Vancouver. And, in fact, I didn’t say that in French, in fact, my family helped the government to save money, because twice I came back with my family on economy…

Une voix : Yes.

M. Lisée : Yes… on the economic side of the plane, so it was less costly than what really is granted to a minister and one of these planes, they didn’t understand why the minister was in economic class and not in business class.

So, you know, it’s insulting, it’s insulting to my family. As I explained, Sandrine and I met in Montréal. She’s a researcher, specialized in Africa. She’s doing research. We decided to live together, to have children. And then she was offered one of the best jobs she could have in her field at Sciences Po Paris, and so we decided to try to make this work and still have a family by crossing the Atlantic with no cost to the public before I was a minister, after I’m a minister. So, this… you know, to have our family life brought into the public debate, again without any proof of any sort, is unacceptable.

So, I’m asking the minister to issue a full retractation… Is that a word?

Journaliste : Retract her statements.

M. Lisée : So, I’m asking the minister to make a full… to retract fully her statements by this time next week and to issue an apology to my family… which I will start a suit for defamation, slander.

Journaliste : You mentioned this to my colleague in French, but how serious of an apology do you need? Because you seem to say that you have to deem the apology to be fulfilling to…

M. Lisée : Well, I say the apology she wrote for Fred Pellerin, when she slandered him, and that’s not good enough because she basically reiterated what she had said the first time. So, it has… I’ll know it… You’ll know it when you’ll see it, if it’s a real retraction or not.

Journaliste : Mme Perrot, can I ask you why it was important for you to come today?

Mme Perrot (Sandrine) : Well, if I’m here today, that’s because this is our private life, our family life that was in the public sphere just to attack in public the reputation of Jean-François. And so, it seemed important to me to be with Jean-François today on this issue of integrity, on which I know that he’s really beyond reproach. And I also really wanted to say that I was shocked that my family could be used for political purposes. And so I think it’s really necessary, for the minister, just to retract and to present an apology to our family.

Journaliste : Thank you.

Une voix : Merci beaucoup, mesdames et messieurs. Bonne journée.

M. Bédard : Merci.

Christine Saint-Pierre et la pratique de la diffamation

Dois-je poursuivre Christine Saint-Pierre en diffamation ?

C’est la question qui s’impose, après m’être tapé l’écoute des deux entrevues qu’elle a choisi de donner ce vendredi, à LCN et à Radio X Montréal.

D’abord qu’est-ce que la diffamation, en droit québécois ?

Selon les professeurs J. Pineau et M. Ouellette-Lauzon il existe trois types de diffamations:
– Lorsque vous dites ou écrivez des choses désagréables ou défavorables sur une autre personne en sachant que c’est faux.
– Lorsque vous dites ou écrivez des choses désagréables ou défavorables sur une autre personne quand vous devriez savoir qu’elles sont fausses.
– Lorsque vous dites ou écrivez des choses désagréables ou défavorables sur une autre personne sans un motif valable, peu importe que ce soit vrai ou pas.

Les actions et paroles de la ministre Saint-Pierre ces jours derniers répondent en tous points à cette définition:

1) Une affirmation qu’elle sait fausse

Dans son entrevue à Radio X, Mme St-Pierre répète plusieurs fois ce qui suit:

« 11 missions à Paris dans un mandat de 18 mois ça nous paraît énorme »

Cette affirmation est fausse et Mme St-Pierre la sait fausse. Il n’y a pas eu 11 missions à Paris, comme l’a établi la journaliste  Annabelle Blais dans La Presse de ce samedi. Mme Blais a obtenu tous les documents concernant mes missions via une demande d’accès à l’information et elle ne compte que cinq missions proprement dites à Paris.

Mme St-Pierre sait fort bien que les 11 déplacements dont il est question ne sont pas  des « missions à Paris » — lorsqu’elle est interrogée de façon plus serrée elle inclut parfois les escales vers d’autres lieux — mais elle insiste dans son entrevue à Radio X pour m’accuser d’avoir « donné priorité à la France et il n’y avait que la France » dans notre politique étrangère, ce qu’elle sait mensonger.

Pourquoi ? Parce qu’elle veut nuire en tournant les choses de la façon la plus dommageable possible pour ma réputation.

2) Une affirmation qu’elle devrait savoir fausse

Mme St-Pierre répète dans ses entrevues :

« dans le cas d’une mission, on parle d’une mission d’un jour avec une portion privée de 4 jours, j’pense que c’est beaucoup et on est en droit de poser des questions. »

Cette mission n’existe pas. C’est une invention. La journaliste de La Presse, qui a les documents sur toutes mes missions, n’en trouve pas trace. Moi non plus dans mes agendas.

Et c’est la perfidie de l’opération de diffamation de la ministre: elle affirme avoir demandé un rapport à ses fonctionnaires. Je les connais bien ses fonctionnaires. Ils sont d’une efficacité redoutable. L’information demandée est archivée électroniquement et il ne faut pas plus que quelques heures pour en faire le tour, pour qui veut vraiment savoir avant de parler.

Mais Mme St-Pierre choisit d’aller sur la place publique avant d’avoir les informations demandées. Elle choisit de salir une réputation sans avoir les faits qui sont facilement à sa disposition.

Pourquoi? Parce qu’elle veut nuire.

3) Du salissage sans motif valable

La ministre affirme qu’elle « pose des questions » sur la « pertinence des missions ». C’est la technique transparente du diffamateur qui veut nuire en se cachant derrière la forme interrogative, comme ici, à LCN:

« La question qu’on pose, que je pose, est-ce que M. Lisée allait à Paris tout d’abord pour des raisons privées et ensuite pour les intérêts supérieurs du Québec »

Mme St-Pierre n’est pas une animatrice de radio qui pose des questions dont elle ne connaît pas les réponses. Les réponses se trouvent à sa disposition, dans son ministère, et parfois sur le site internet de son ministère où se trouvent encore plein de communiqués sur la pertinence des missions. (Je les ai regroupés ici)

Quel est le « motif valable » de poser publiquement des questions qui entache la réputation d’autrui si, en attendant quelques jours tout au plus, on peut obtenir ces réponses de ses propres services ? Ce motif n’existe pas. Il n’y a que l’intention de nuire.

Interrogé par les journalistes, Mme St-Pierre rétorque qu’elle n’a fait que répondre aux questions de TVA, qui l’interrogeait. Foutaise. Elle aurait pu répondre qu’elle attendait les faits avant de se prononcer. Elle aurait pu répondre par voie de communiqué. Elle a choisi son moment et son mode de communication. Et le moment était, évidemment, celui de l’affaire Bolduc.

La ligne rouge de la vie familiale

Il y a une règle non écrite dans la politique et les médias québécois; on ne touche pas à la vie familiale des élus.

Or Mme Saint-Pierre a franchi cette ligne rouge à toute vapeur en faisant de ma vie familiale un sujet de discussion publique.

Dans son blogue du Journal de Montréal, Mathieu Bock-Côté illustre l’absurdité de la situation:

« Doit-on comprendre que pour être un bon ministre, de passage en Europe, il aurait dû s’interdire de faire un détour pour les voir et embrasser sa femme? Faut-il rappeler que les politiciens sont aussi des êtres de chair et de sang et que si les circonstances le permettent, il ne leur est pas interdit de faire ce qu’il faut pour goûter la compagnie de leurs proches? »

Pourquoi la ministre a-t-elle choisi d’attirer l’attention sur la présence de ma conjointe et de mes deux jeunes enfants en France pendant cette période ? Bock-Côté croit le savoir:

« Consciemment, on veut salir la réputation d’un homme que les médias aiment bien présenter comme un politicien étranger à la vie ordinaire de ses électeurs : dans les cénacles libéraux, on croit peut-être qu’ils entendront cette rumeur comme une évidence. Christine St-Pierre récidive dans la mauvaise foi. Elle qui s’est livrée au fil des ans aux délices de la partisanerie à tout crin, ne semble manifestement pas pouvoir s’en passer. »

Poursuivre ou pas ?

La cause est entendue. La ministre Saint-Pierre a pris consciemment la décision de salir ma réputation. Et comme les sorties de ministre n’ont généralement lieu qu’avec l’approbation du bureau du Premier ministre, l’autorisation est venue de plus haut.

L’intégrité est pour moi une vertu cardinale. La journaliste Blais, de La Presse, qui a épluché les comptes de dépenses de mes missions, n’a rien trouvé à redire. Les Libéraux ont bien cherché, lorsque j’étais conseiller de deux premiers ministres, à trouver une facture déplacée, en vain. (D’ailleurs mon livre Le Tricheur porte, au fond, sur la malhonnêteté en politique et est un appel pour le retour de l’intégrité politique)

Je me suis présenté en politique en août 2012 pour l’indépendance, bien sûr, mais aussi parce que j’estimais intolérable qu’un gouvernement aussi tolérant avec la corruption que le gouvernement Charest soit réélu.

Après mon élection en 2012, j’ai demandé au Commissaire à l’éthique de m’indiquer si le salaire différé que je recevais encore pour quelques mois de mon employeur précédent était permis. Il m’a répondu que oui. Des chroniqueurs et des collègues élus m’ont conseillé de garder cet argent que j’avais gagné,

Mais j’ai considéré qu’un ministre a un devoir d’exemplarité et j’ai décidé de verser ces sommes à des entreprises d’insertion qui aident les décrocheurs à retrouver la dignité du travail. Ce que j’ai fait. (Je m’en explique ici. Et je vous laisse comparer avec le cas Bolduc.)

S’attaquer à mon intégrité constitue donc une offensive frontale sur ce que j’estime essentiel. Entrainer ma vie familiale dans le débat public est une faute inacceptable.

Fidèles internautes, conseillez-moi

Je ne demanderai pas des excuses à Christine Saint-Pierre. Cela supposerait qu’elle a fait une erreur de bonne foi dont elle pourrait s’extirper. Ce n’est pas le cas. On a d’ailleurs vu ce qu’avait donné ses excuses à Fred Pellerin, un morceau d’anthologie de mauvaise foi.

Non, la question est celle de la diffamation et de la sanction de la diffamation.

Chers internautes, je vous pose trois questions:

1. Devrais-je poursuivre Christine Saint-Pierre en diffamation ?
2. Si oui, pour quelle somme ?
3. Et dans ce cas, à quel organisme charitable devrais-je remettre la somme ?

J’attends vos conseils.

La partisanerie extrême de Christine Saint-Pierre

Christine Saint-Pierre s’est illustrée, ces dernières années à l’Assemblée nationale, par ses propos à la fois partisans et outranciers. Je n’ose citer les mots orduriers qu’elle y a un jour tenus à l’endroit de Pauline Marois, mais je rappellerai qu’elle a aussi associé Fred Pellerin à « la violence et à l’intimidation » parce que notre poète national avait eu le tort de porter le carré rouge.

Je suis donc en bonne compagnie, étant maintenant la nouvelle cible de sa hargne. Elle souhaite salir ma réputation, sans présenter la moindre preuve de comportements répréhensibles, en posant sur le mode interrogatif des « questions éthiques » à mon sujet.

De quoi s’agit-il ? Il se trouve que pendant les 18 mois où j’étais ministre des Relations internationales et du commerce extérieur, ma conjointe résidait temporairement à une heure de Paris, pour des raisons professionnelles, avec mes deux plus jeunes enfants.

Il se trouve qu’un ministre des Relations internationales et du commerce extérieur passe fréquemment par Paris, soit pour effectuer des missions en France, un partenaire essentiel du Québec (Mme St-Pierre en revient), soit en escale pour se rendre à une autre destination – Allemagne, Belgique, Afrique ou Asie.

Mme St-Pierre m’accuse d’avoir usé de ces escales pour prendre parfois quelques jours, la fin de semaine, à mes frais, pour aller voir… ma conjointe et mes jeunes enfants !

A-t-elle la moindre preuve que le contribuable a versé un sou de plus que prévu ? Non. Au contraire, alors qu’il est courant que des ministres prennent un jour de battement avant ou après une visite, ne serait-ce que pour s’adapter au décalage et encourant une nuitée de plus en frais, je n’en faisais rien et quittais directement voir ma famille, à mes frais.

A-t-elle la moindre preuve que des visites supplémentaires ou modifiées aient été organisées pour m’accommoder ? En aucun cas. Chaque mission était ciblée, avec des objectifs et des rencontres.

Trouve-t-elle que je voyageais trop ? Contrairement à des prédécesseurs libéraux, j’étais un ministre actif, à la fois sur la métropole et à l’international. Et contrairement à eux, et à Christine St-Pierre, je cumulais à la fois les postes de ministre  des Relations internationales et du Commerce extérieur. Le nombre d’entreprises qui voyageaient dans mes délégations était important – plusieurs dizaines en Chine, en Inde et au Japon et une centaine — un record — en Afrique. Les contrats conclus pour le Québec se chiffrent en plusieurs dizaines de millions de dollars.

Elle trouve « impressionnant » que je sois passé 11 fois par Paris en 18 mois. Je le prendrai comme un compliment. A mon souvenir, trois seulement de ces déplacements visaient spécifiquement des missions à Paris (pour des rencontres statutaires de l’OFQJ, de l’OIF et des ARM), les autres étaient des escales vers d’autres capitales. Mais attendez, pendant la même période, j’ai fait 5 missions aux États-Unis ! Me le reprochera-t-elle la semaine prochaine sous quelque prétexte loufoque ?

Pourquoi tant de hargne ?

On peut se demander ce qui motive, chez Christine Saint-Pierre, une telle hargne. D’autant que, lorsqu’elle était critique de l’opposition pour les affaires internationales, je l’avais informée des dossiers en cours et l’avais consulté pour le projet d’Agence québécoise de la solidarité internationale. Lorsqu’elle est devenue ministre, je lui ai offert de lui donner une séance de briefing sur les dossiers, ce qu’elle a accepté. Alors pourquoi cette mesquinerie ?

Deux hypothèses.

Il y a de la vengeance dans son attitude. En effet, lorsque j’étais ministre, nous avions découvert en préparant les crédits que les Libéraux avaient institué une double facturation systématique pour les missions à l’étranger. Une, vraie, pour obtenir les remboursements du trésor et une, fausse, beaucoup moins salée, pour mentir aux journalistes et aux parlementaires. J’avais dévoilé le stratagème pendant l’étude des crédits, ce que Mme St-Pierre n’avait pas apprécié. (Pour les détails, voir ici.)

Il y a fort à parier qu’elle et ses amis Libéraux aient voulu se venger en cherchant quelque chose à me reprocher pendant mon passage au MRI. Ne trouvant rien, ils ont inventé cette accusation sans fondement.

D’autre part, vous aurez remarqué que les Libéraux sont jusqu’au cou, ces jours-ci, dans la gestion d’Yves Bolduc et de ses scandaleux émoluments médicaux. Ils doivent être désespérés et cherchent à jeter quelque chose en pâture aux journalistes pour changer de sujet. C’est tombé sur moi.

Mais je ne jouerai pas à leur jeu. Je n’alimenterai pas cette fausse controverse. Je me limiterai à rétablir les faits, comme je viens de le faire, sur mon blogue.

Pour un aperçu de mon action comme ministre, voir notamment
365 jours à l’international
Ma réponse à Sam Hamad sur nos actions en commerce international

Pour les résultats spécifiques de missions, voir ici les bilans de missions.

 

Éloge de la langue de bois

Avouez que le métier de politicien est périlleux. D’une part il y a la population qui réclame de l’authenticité. Les chroniqueurs relaient le message avec force en dénonçant la langue de bois et en reprochant aux élus de « sortir la cassette ». Ah si seulement ils livraient le fond de leur pensée ! Ah, si seulement ils n’étaient pas prisonniers de la ligne de parti ! Ah, si seulement ils faisaient de la politique autrement !

Prenez la question des avis juridiques de la charte — au hasard ! Aux Coulisses du pouvoir dimanche, l’ancien ministre péquiste Pierre Duchesne est interrogé sur cette question. Prudent, il l’esquive. Il ne dit rien de faux. Il esquive.

Bang!  Patrick Lagacé le harponne dans sa chronique de mardi du quotidien La Presse: « Pierre Duchesne répond donc par de la bullshit… »
(Transparence totale, bien que Pat soit un ami, j’ai déjà eu droit à cet exact traitement de sa part.)

Donc, c’est clair. Il ne faut pas esquiver. Il faut répondre à la question posée. Il faut parler vrai.

Alors c’est mon tour. Après mon assermentation mardi, les journalistes me demandent mon avis. Je l’émets avec toute la délicatesse possible et en disant tout le bien que je pense sincèrement de la bonne foi de Bernard Drainville et de la façon admirable avec laquelle il a mené le dossier. Mais, mais, mais… j’ose plaider rétrospectivement pour un peu plus de transparence.

Bang ! Jean Lapierre me trucide mercredi en heure de grande écoute avec ces mots exquis: « c’est chien sale! »
(Transparence totale: je songe à répertorier les insultes que Jean Lapierre m’a prodiguées depuis l’élection de 2012, je suis de loin son favori pour ce genre de choses.)*

Alors voilà, chers internautes, le choix qui s’offre régulièrement à l’élu qui s’avance devant un micro. « bullshit » ou « chien sale ». Que choisiriez-vous ?


*(Donnée amusante: Les gens qui calculent ce genre de chose affirment que M. Lapierre a eu à lui seul davantage de temps d’antenne, pendant la campagne électorale, que n’importe lequel des chefs de parti.)

L’engrenage qui broie les nuances

Les impératifs de la solidarité produisent une cohésion indispensable à l’efficacité de l’action politique. L’effet secondaire est évidemment le lissage du discours. Tous doivent se replier sur la ligne du porteur de dossier, sous peine de saper l’efficacité du groupe. C’est inévitable. Mais jusqu’à quel point ? La cohésion doit-elle n’être qu’une ligne où tous disent exactement les mêmes mots ou pourrait-elle vivre dans un corridor où la direction est la même pour tous mais où une richesse de voix peut s’exprimer ?

L’environnement médiatique, pourtant prompt à dénoncer la « bullshit », agit avec force pour réduire le spectre de la prise de parole permise. Un commentaire légèrement distinct de « la ligne », et pourtant enrobé dans le respect, est illico présenté en titre et en accroche de l’article comme un affront terrible, coupable, répréhensible.

Et voyez le cercle vicieux que cela entraîne: connaissant cette mécanique des médias, certains élus vont à dessein émettre un commentaire minimaliste en comptant sur l’effet grossissant, pour qu’un coup tout petit porte… énormément.

En retour, les médias sachant que certains élus comptent sur l’effet grossissant concluent que tout commentaire minimaliste est conçu pour être grossi. (Le phénomène est particulièrement fort dans la presse parlementaire, beaucoup moins dans la presse politique montréalaise. Les journalistes qui passent d’un monde à l’autre s’en étonnent régulièrement.)

Quoiqu’il en soit, c’est l’environnement dans lequel les élus évoluent. Et puisque la nuance est présumée codée, donc présumée explosive, une question se pose: comment peut-on être nuancé ? C’est blanc ou noir. La règle veut que si vous avez dit « gris pâle », vous vouliez qu’on comprenne « noir foncé ».

Alors comment dire « gris pâle » ?

Avec Bernard et Sylvain Gaudreault, au caucus cette semaine

Avec Bernard et Sylvain Gaudreault, au caucus cette semaine

Cela me paraît rétrospectivement impossible. Et puisque je voulais dire « gris pâle » et qu’on a dit que je voulais dire « noir foncé », j’ai évidemment et sincèrement présenté mes excuses à Bernard Drainville. Je les réitère ici. Il était dans une passe difficile, j’ai ainsi ajouté à sa difficulté. La nuance ne compte pas. Après des décennies en journalisme et en politique, j’aurais du savoir que la langue de bois est toujours la meilleure conseillère.

Toujours ?

Parler vrai

Je sens pourtant une énorme soif, réelle, pour le parler vrai. Pour l’authenticité et la fraîcheur. Pendant la phase d’introspection et de reconstruction et de reconnexion avec les citoyens dans laquelle s’engage le Parti québécois, il faut pouvoir ouvrir la parole. La parole constructive, évidemment. Pas celle des retours sur le passé (j’ai compris!) mais celle qui ouvre sur l’avenir.

Que l’on puisse oser des propositions, lancer des idées, en débattre sans que chaque désaccord soit vu comme une stratégie ou un coup bas. Au rythme de la discussion entre membres et militants du PQ, souverainistes et progressistes, élus et — oui — candidats présumés au leadership, pouvoir changer d’avis sans être taxé d’être inconstant. Reconnaître que la recherche de solutions passe par l’expérimentation. Par l’essai, donc par l’erreur. Donc par le droit à l’erreur.

Et ça, c’est le contraire de la langue de bois. Peut-être faudra-t-il s’y habituer. Et habituer l’environnement médiatique à mieux tolérer la multiplicité des voix. Ou alors simplement passer outre.

Avant le concert, les musiciens s’entraînent. Cela donne, pour quelques minutes, toute une cacophonie. Pourtant, dans la salle, personne ne chahute.

Parce qu’ensuite, chacun s’était réchauffé et ayant accordé son instrument, l’orchestre joue mieux, à la fois la trame musicale, et toutes les nuances qui l’accompagnent et l’enrichissent.

Ce que les caricaturistes en ont pensé:

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Mon Autobiographie Non-Autorisée !

johnny_carson_01C’est l’humoriste Johnny Carson, du légendaire Tonight Show, qui avait inventé le concept. Une Autobiographie non-autorisée, c’est lorsqu’on écrit sa propre histoire mais en n’interviewant que des gens qui ont entendu parler de vous, en excluant ceux qui vous connaissent vraiment.

Puisque mon nom est dans les gazettes ces jours-ci, j’ai de la matière pour commencer à prendre des notes car j’apprends dans La Presse ce matin que l’Université de Montréal m’a demandé plus tôt cette année de quitter le Cérium. C’est faux.

Mais il est vrai que la réalité est souvent complexe. Alors, partisan de la transparence totale, je vous emmène dans la coulisse :

Cérium, la vraie histoire !

Non seulement la direction de l’Université ne m’a pas demandé de partir mais m’a au contraire demandé de rester et d’investir 100% de mes activités professionnelles au CÉRIUM. Elle souhaitait donc que je mette un terme à mes activités, disons, para-scolaires, pour me consacrer totalement aux succès du CÉRIUM. Je vais peut-être vous surprendre, mais mes patrons avaient raison. Je suis assez lucide pour savoir que ma notoriété a été mise au service du CÉRIUM pendant toutes ses premières années – c’était l’idée –, puis que ma présence dans les débats politiques au cours de la dernière année a atteint une intensité telle que le rendement, pour le CÉRIUM, était décroissant.

Je tiens évidemment au CÉRIUM et notamment à ses écoles d’été (en cours, les inscriptions sont toujours ouvertes), et je suis très fier de ce que j’ai pu y accomplir, parfois dans le consensus, parfois dans la controverse, car innover est toujours un combat. Le Centre n’existerait pas sans la formidable équipe qui m’a soutenu. (Je m’en suis expliqué plus longuement ici.)

Cela dit, comme je tiens aussi fermement à mon engagement social et politique, quitter mes activités para-scolaires me posait problème. De plus, je savais depuis au moins un an que je voulais m’adonner à d’autres tâches, ayant accompli au CÉRIUM tout ce que je pensais pouvoir y contribuer. J’avisais d’ailleurs la direction de l’Université en février de ma volonté de prendre l’équivalent d’une année sabbatique à compter de septembre 2012.

Simultanément, une entreprise de communication m’a approché pour m’offrir un emploi qui répondait exactement à mes vœux, pour une prise de fonction en septembre 2012.

J’ai donc avisé mes patrons que je quittais mes fonctions au CÉRIUM avec le sentiment du devoir accompli, avec beaucoup de reconnaissance pour l’Université de Montréal qui m’a accueilli pour cette aventure, et je souhaite de tout cœur que le CÉRIUM soit encore plus actif dans les années qui viennent.

Bref, il arrive que la vie soit bien faite.

Tu as raison Daniel, Çapâdallure !

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Daniel, tu avais raison avec ce titre. Çapâdallure.

Çapâdallure que tu sois parti, ce lundi matin, à 51 ans.  Parti sans avoir gagné la dernière manche contre ce monstre que tu avais pourtant su tenir en échec pendant cinq longues années… quatre de plus que ce que les médecins avaient prévu.

Çapâdallure que tu ne sois plus avec nous, pour refaire le monde — et surtout le Québec — entre amis de droite et de gauche, fédéralistes et souverainistes.

Çapâdallure qu’on t’aie enlevé à ton enfant, à ta blonde, à tes amis, à tes combats alors que tu n’avais complété que la moitié — car tu avais l’énergie des centenaires — des nombreuses tâches que tu savais accomplir.

Çapâdallure. Le néologisme exprime bien ta capacité de t’indigner, oui, mais de mettre ensuite l’épaule à la roue pour redresser ce qui te semblait croche, muscler ce qui te semblait chétif, redresser ce qui te semblait molasson. Et ce n’était pas les causes qui te manquaient: la souveraineté, oui, par-dessus tout. La liberté et l’entreprise, beaucoup. Ton amour de la langue précise. Ta détestation de la laideur urbaine (un des champs où tu applaudissais l’investissement public.)

Tu voulais que le Québec, ton Québec, ait « de l’allure ». Comme toi tu en avais. Tout en hauteur — physiquement parlant, seulement. Tout en élégance — jamais mesquin, jamais jaloux, jamais hargneux.

Chef de cabinet aux Affaires internationales, quel diplomate tu faisais, dans cette période essentielle où se préparait la reconnaissance internationale d’un Québec souverain.  Chef de cabinet du ministre des finances et de l’économie, ensuite, tu as épaulé Bernard Landry dans la politique volontariste qui a fait sortir Montréal de la torpeur économique où elle s’était endormie. Délégué général à Londres, ensuite, un poste qui t’allait comme un gant, tu emplissais tes poumons et ta cervelle de l’air de ce qu’on appelait alors Cool Britannia.

J’ai eu la chance de te connaître un peu avant, puis de travailler avec toi pendant ces années où chaque jour compte double et où se forgent des amitiés durables. Nous enfants jouaient ensemble lorsque tu t’es plaint, il y a cinq ans, d’une inexplicable difficulté d’élocution. La tumeur t’avait choisi, toi. Pourquoi ? Pourquoi toi ?

Tu l’as longtemps combattue, l’a fait reculer, a pensé l’avoir domptée. Chaque année gagnée sur elle nous faisait lever nos verres à ta résilience, toi le survivant, toi le revenant.

Ta ténacité aura donné cinq ans de plus à ta fille, surtout. À tes proches. À tes lecteurs. À tes collaborateurs du CPQ. Ces cinq ans, volées au monstre, auront été d’autant plus précieuses. C’est le cadeau que, par ton combat, tu nous as donné.

N’empêche. Que tu sois parti, çapâdallure. Ça n’en aura jamais.

Adieu mon ami,

Jean-François

Brian Topp, les putes, le Québec et moi !

Avertissement: ce billet ne contient aucune relation de contact charnel. Mais il y sera question, de manière rhétorique, de péripatéticiennes. Un peu de patience.

Brian Topp est un des candidats favoris à la direction du NPD, donc au poste de chef de l’opposition, donc au poste de premier ministre aux élections de 2015. Je l’ai connu en 1998, lorsqu’il était conseiller du premier ministre néo-démocrate de la Saskatchewan, Roy Romanow. Oui, le Romanow qui a négocié avec Jean Chrétien l’entente fameuse de la «Nuit des longs couteaux», qui isolerait le Québec pour l’avenir prévisible.

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Roy Romanow, l’agent-double d’Ottawa, et son conseiller Brian Topp

Romanow était cette année-là le porte-parole des provinces dans les discussions avec le fédéral. Puisque j’étais conseiller de Lucien Bouchard, Topp était un de mes vis-à-vis dans ces discussions.

Un peu de recul, avant d’en venir au sujet sexy qui vous intéresse. De 1996 à 1999 s’est déroulé un intéressant pas de deux entre le Québec et les provinces canadiennes. Il y était question de « l’union sociale », une entente entre les provinces et le fédéral qui aurait, à notre avis, augmenté le pouvoir d’Ottawa dans les compétences provinciales. Nous étions évidemment contre et avions refusé de nous associer au processus.

À chacune des rencontres annuelles d’été de ce qui ne s’appelait pas encore le « Conseil de la fédération », Lucien Bouchard demandait sans détour à ses homologues si leur future union sociale allait imposer ses décisions au Québec.  Question accueillie par un long silence.  Le Québec comblait ce silence en réitérant toujours la même condition : l’introduction du principe de « droit de retrait », c’est-à-dire de la capacité d’une province, comme le Québec, de refuser une nouvelle initiative pancanadienne mais de conserver sa part de financement de l’initiative.

À l’été 1998 : déblocage.  Les provinces intègrent à leur position la notion de « droit de retrait » et réussissent à convaincre le Québec d’adhérer à leur front commun. Mais les provinces sont très vulnérables financièrement.  Les compressions fédérales en santé et leur propre redressement budgétaire ont provoqué une crise majeure de leurs réseaux de santé et elles ont un grand besoin de fonds additionnels.

Début 1999, les provinces savent que des surplus fédéraux sont disponibles pour le budget de février et elles veulent leur part.

La carotte de Jean Chrétien

Alors que, fin janvier, les provinces étaient convenues d’un projet complet d’entente d’union sociale avec droit de retrait, Jean Chrétien intervient pendant les quatre premiers jours de février auprès des premiers ministres pour qu’ils abandonnent leur position et qu’ils acceptent son propre projet à la place. (Oui, oui, les putes s’en viennent, soyez patients !)

indexSon projet, oeuvre de Stéphane Dion, a ceci de particulier que, pour la première fois de l’histoire du Canada, les provinces reconnaîtraient formellement le droit du gouvernement fédéral d’intervenir directement, avec son propre argent, dans n’importe quel champ de compétences des provinces en matière sociale et d’éducation supérieure. Si une province n’offrait pas un futur et nouveau programme et n’entendait pas l’offrir, car elle n’en partageait pas l’objectif, elle pourrait aller se faire cuire un œuf, avec son propre argent.

Lorsqu’il convoque les premiers ministres à sa résidence du 24 Sussex, début février 1999, Jean Chrétien a une carte à jouer pour soumettre les provinces à sa version de l’union sociale : l’augmentation des transferts en santé.

Deux des premiers ministres les plus influents du pays, tous deux conservateurs, donc d’un parti opposé à celui de Jean Chrétien, désignent précisément cet enjeu lorsqu’ils se présentent à Ottawa le 3 février, veille de la rencontre avec Chrétien.  « Nous savons tous ce que nous voulons, dit Mike Harris, de l’Ontario.  Nous voulons plus d’argent. » Ralph Klein, de l’Alberta, fait sienne une réplique d’un film américain à succès : « Show me the money! » (montre-moi l’argent !). Quant à Glen Clark, néo-démocrate de la Colombie-Britannique, il met la barre bien haut en débarquant de son avion : « En substance, je vais appuyer le gouvernement fédéral. »

Brian Topp, le 3 février 1999

Bon, j’y viens. Roy Romanow a convoqué Lucien Bouchard dans la suite de son hôtel, à Ottawa, pour lui annoncer la nouvelle. En tant que représentant des provinces face à Ottawa, Romanow appuie à 150 % la proposition… fédérale. Il a parlé aux autres collègues pour les en convaincre, s’il en était besoin : ils acceptent de donner expressément au gouvernement fédéral un droit d’ingérence, en échange de la promesse d’un rétablissement partiel de leur financement en soins de santé. Les provinces abandonnent la position commune élaborée quelques jours plus tôt avec le Québec, ne demandent aucun changement à la proposition fédérale, qui devient document officiel, refusent même la proposition québécoise de poursuivre les discussions. Comme en cette nuit de 1981, Romanow est l’agent de Chrétien dans la maison des provinces. L’instrument de l’isolement du Québec.

brianjpg-150x150Brian Topp, moi et un autre conseiller de Romanow faisons la conversation, dans l’antichambre, en attendant que Romanow explique à Bouchard l’ampleur de la capitulation provinciale. Entre nous, nous faisons exprès d’éviter l’épineux sujet qui occupe nos patrons respectifs dans l’autre pièce. La messe est dite, le forfait commis, point besoin d’en rajouter.

Alors, on jase. On discute d’abord de la faiblesse de l’opposition que le NPD doit affronter en Saskatchewan. Un des députés d’opposition, me raconte Topp, a été pris la main dans le sac — façon de parler — avec une femme de petite vertu. On mentionne aussi la mésaventure d’un député du Bloc, tombé dans le piège d’une jolie flic jouant à la péripatéticienne dans une rue mal famée d’Ottawa.

Puis, me vient en tête une anecdote, chevauchée par une arrière-pensée politique.

indexCela me fait penser, dis-je, à cette histoire qui ressemble au film Indecent Proposal avec Robert Redford et Demy Moore. Un homme élégant va voir une jolie femme dans le hall d’un grand hôtel et dit la trouver si séduisante qu’il est prêt à lui offrir un million de dollars pour passer la nuit avec elle. Affirmant qu’elle n’a jamais fait ça dans le passé, mais le trouvant fort beau, elle accepte.

Dans l’ascenseur, l’homme se ravise et lui dit: ‘vous savez, un million c’est beaucoup d’argent. Je vais vous donner 100 $’

‘Quoi ? rétorque la dame, outrée. 100$, mais je ne suis pas une pute!’

‘Madame, reprend l’homme, on a établi ce que vous étiez. Maintenant, on discute le tarif.’

Dans l’instant où j’ai terminé la blague, Topp a enchaîné: « C’est nous, la pute ? Nous, les provinces ? »

J’avais raconté l’anecdote dans l’espoir qu’un peu plus tard, dans la nuit ou au matin, lui et son collègue se disent : «coudon, il parlait-tu de nous, là ? »

C’était sans compter sur la vive intelligence, ou le grand sentiment de culpabilité, de Brian Topp.

« If the shoe fits », répondis-je, un grand sourire aux lèvres. Ce qui a créé un froid dans la conversation, interrompue par Lucien Bouchard sortant de sa rencontre avec Roy Romanow.

Brian Topp, le 4 février 1999

Le lendemain, les premiers ministres sont conviés à déjeuner au 24 Sussex. C’est Jean Chrétien qui sert la soupe. Nous, du Québec, pensons que Chrétien a fait connaître à l’avance aux autres provinces le nombre de dizaines de millions dont ils bénéficieront lors du budget imminent, pour les soins de santé, donc le tarif convenu pour renoncer à la virginité provinciale dans l’union sociale.

Nous sommes donc totalement estomaqués d’apprendre que, ni auparavant ni pendant le déjeuner, Chrétien n’a donné de chiffre. Il obtient donc la signature de toutes les provinces anglophones à l’expansion du pouvoir fédéral de dépenser sans avoir montré le bout de son porte-feuille. La promesse seule a suffi.

Les conseillers piétinent à l’extérieur de la résidence du premier ministre, en attendant la conférence de presse commune (j’avais enjoint à Lucien Bouchard de partir pour Québec et de préparer une déclaration distincte, mais je garde cette histoire pour une autre fois).

Brian Topp me repère dans le groupe et vient vers moi. « Alors, qu’est-ce que tu en penses ? ».

« Je pense que vous n’avez même pas négocié le tarif ! »

Fin de la conversation.

L’ancien chef libéral québécois Claude Ryan a commenté cet épisode comme suit :

« C’est la troisième fois, au cours des 30 dernières années, qu’après s’être engagé dans une démarche commune avec les autres provinces et territoires, le Québec aura été lâché en cours de route par ses partenaires. »

Troisième fois : le rapatriement de 1982, Meech en 1990, l’Union sociale en 1999.

Brian Topp n’était pas un décideur dans cette affaire. Seulement un exécutant. Et il est hasardeux d’imputer au conseiller les méfaits du décideur, j’en sais quelque chose. Mais voilà le creuset politique dans lequel il a exercé. Un environnement où le Québec est, en dernière analyse, quantité négligeable. J’aimerais pouvoir dire que j’ai entendu, ou lu, Brian prendre de la distance par rapport à ces événements et à ce comportement. Ce n’est pas le cas.

J’ai lu autre chose, cependant, à son sujet et au sujet du Québec. J’y reviens dans le prochain billet. Mais je donne un préavis : cette fois, aucune prostituée ne fait d’apparition, même rhétorique…

Demain : Brian Topp et le Québec, printemps 2011