Intelligences

Selon les scénarios les plus optimistes, l’intelligence artificielle (IA) aura atteint le niveau d’intelligence d’un humain l’an prochain. L’étape suivante sera d’atteindre le niveau de l’intelligence combinée de tous les humains. Certains pensent que cela pourrait arriver dès 2027, d’autres affirment qu’il faudra compter plusieurs années.

Jungle identitaire

Aviez-vous déjà entendu l’expression « Jean-Guy Rubber Boots » ? Moi pas. Sachez que cela circule, dans les écoles, parmi les élèves issus de l’immigration. « Jean-Guy » est un nom québécois typique, négativement connoté. « Rubber Boots » renvoie à un choix vestimentaire méprisable.

Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire les touffus rapports sur la non-intégration publiés la semaine dernière par le commissaire à la langue française, Benoît Dubreuil. Lui et son équipe ont épluché une vingtaine d’études qualitatives publiées depuis 20 ans, qui donnent la parole aux Québécois nés ailleurs et qui ont eu, pour beaucoup d’entre eux, le malheur de nous connaître.

L’étrange impotence du patriarcat musulman

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec propose d’étendre l’interdiction des signes religieux, donc, en pratique, dans la société québécoise de 2025, du voile islamique, à l’ensemble des salariés des écoles publiques du Québec, y compris dans les services de garde en milieu scolaire.

L’opposition rage contre une mesure qui, de toute évidence, vise des femmes. Dans une lettre ouverte publiée fin avril, les ex-députées Françoise David, Louise Harel et Christine St-Pierre s’insurgent que les chauffeurs d’autobus, par exemple, ne soient pas inclus (en effet, pourquoi pas ?) et soulignent que les excès décelés dans 17 écoles montréalaises et notamment à Bedford n’étaient pas le fait de femmes voilées, mais d’hommes désinhibés. Je leur donne parfaitement raison sur les faits.

Le projet de loi introduit des mesures qui, si elles avaient été appliquées à Bedford, auraient rendu extrêmement difficile l’œuvre d’obscurantisme déployée par ses profs musulmans. Mais le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, en profite pour limiter une autre manifestation de présence islamique dans nos écoles en adoptant essentiellement, mais sans le dire, les amendements que le Parti québécois avait proposés lors de la discussion du projet de loi 21 d’origine. C’est logique : si l’on estime que les enfants ne doivent pas être exposés à des signes religieux dans leur environnement scolaire, il faut tous les interdire.

Les trois ex-députées estiment qu’en la matière, chaque geste fait par nos dirigeants doit être marqué par « une véritable égalité entre les citoyens, entre les femmes et les hommes, entre les communautés ». Elles défendent le port du voile, dont la signification est pourtant, pour tous, « modestie », et, pour certains, « soumission » à la religion et à Dieu. On n’a pas encore réussi à m’expliquer en quoi permettre l’affichage d’un signal d’inégalité des femmes — car personne n’affiche de signe de modestie ou de soumission des hommes — est compatible avec notre objectif de promouvoir dans nos écoles l’égalité des sexes.

On tente cependant de nous convaincre que le refus du voile est une atteinte à la liberté de choix, individuelle, des femmes qui le portent. Liberté qui doit primer, nous dit-on, sur notre volonté collective de laïcité et le refus de laisser s’afficher, pour faire court, un message misogyne dans l’école. Cela suppose que les femmes qui portent le voile le font par choix, en toute liberté. Que ce qu’on appelle en France le « voile contraint » n’existe pas.

Un sociologue français, Daniel Verba, de la Sorbonne, spécialiste en la matière, rapporte de ses travaux que « parmi toutes les femmes françaises que j’ai interviewées, aucune ne m’a dit porter le voile parce que quelqu’un, ou un groupe, l’obligeait à le faire ». Je n’ai aucun doute sur la validité des travaux du professeur Verba. J’ai lu une recherche similaire produite à l’UQAM, auprès d’étudiantes voilées, attestant de l’inexistence de contrainte. Verba admet avoir pu passer à côté de victimes du voile contraint, plus difficiles d’accès, mais certainement, selon lui, minoritaires.

C’est quand même curieux. L’islam est une religion foncièrement patriarcale, personne ne le nie. Mais puisque toutes les femmes voilées interrogées affirment qu’elles portent ce tissu en toute indépendance, cela signifierait que la pression de l’imam, celle du père et du grand frère, celle même de la mère dévote ou la pression communautaire en général seraient minimes, voire inexistantes. L’islam aurait le génie de ne générer en son sein que du consentement éclairé. Une religion patriarcale impotente.

Y aurait-il un biais de sélection dans l’échantillonnage ? Demandez à 25 curés pris au hasard s’ils sont d’accord avec leur vœu de chasteté, ne vous diront-ils pas qu’ils y adhèrent sans contrainte ? Bien. Maintenant, posez la question à 25 curés défroqués, désormais en couple, dans le cadre duquel ils pratiquent les joies de la fornication. Je parie qu’ils vous diront que la misère sexuelle induite par ce vœu qu’ils étaient forcés de respecter leur était insupportable.

Je n’ai trouvé dans l’immensité d’Internet qu’une étude portant sur des femmes qui ont décidé d’enlever le voile. C’est bizarre, elles ont des propos moins arrêtés sur le caractère volontaire de son port. Le chercheur hongrois Jhanghiz Syahrivar a interviewé 25 Européennes (et une Québécoise) de 25 à 35 ans, universitaires, mais immigrées d’un pays musulman, ayant fait le choix, après leur arrivée en Occident, de retirer le voile. Seulement la moitié affirment qu’elles étaient « libres » de porter le voile. Plus du tiers expliquent que leurs parents les y obligeaient, 72 % rapportent que « l’homme que j’aime, que j’admire et/ou que je respecte » préférait qu’elle le porte. Alors que presque la totalité (96 %) affirment que le port du voile est « un choix personnel », la donnée chute lorsqu’elles relatent leur expérience personnelle.

Cliquer pour commander. Versions ePub et PDF disponibles.

La décision d’enlever le voile, racontent-elles, est un geste difficile et courageux : la moitié affirment que cela entraîne la condamnation de leurs proches, et les trois quarts sont convaincues que, une fois dévoilée, on médit d’elles derrière leur dos.

Un État patriarcal, à mon humble avis, créerait des conditions favorables au voile contraint en créant des espaces — l’éducation, les services de garde — où pourrait s’infiltrer la pression religieuse du port du voile. Puisque l’État l’autorise, diront les imams et les grands frères, voile-toi. Un État féministe, à mon humble avis, créerait au contraire dans ces mêmes espaces des conditions de libération du voile — tu vois, grand frère, je n’ai pas le choix, diraient-elles, c’est l’État qui m’y oblige.

Je choisis d’aider celles qui veulent se libérer de la contrainte patriarcale. Je laisse à d’autres le choix de nier que cette pression existe en donnant au patriarcat musulman le bon Dieu (le bon Allah ?) sans confession.

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

P.S. Ici, une autre des nombreux cas où l’État fédéral canadien apporte son soutien au patriarcat musulman en normalisant, dans ses publicités officielles, le voilement des fillettes.

Le défroqué de la laïcité

François Legault avait une décision lourde de sens à prendre cette semaine. Son parti allait-il garder le flambeau de la laïcité, dans la foulée de l’adoption il y a cinq ans de la loi sur ce sujet, ou allait-il signifier aux Québécois que sa soif de laïcisation était étanchée et qu’il n’irait pas plus loin ?

L’occasion est belle. Le Québec de 2024 continue à financer une cinquantaine d’écoles primaires et secondaires qui offrent, entre les mathématiques et le français, des cours où la religion — une religion, la bonne, évidemment — est inculquée aux enfants. Les traités internationaux protègent le droit des parents d’envoyer leurs enfants dans une école religieuse. Rien n’oblige cependant les États à les financer. Elles ne peuvent cependant ouvrir, au Québec, que si elles obtiennent une homologation, démontrant qu’elles offrent correctement le curriculum normal, avec des professeurs qualifiés, en plus de leur enseignement religieux. C’est pourquoi des écoles hassidiques à Montréal, ou une école catholique intégriste à Lévis, par exemple, font l’objet d’enquêtes et, parfois, de sanctions.

Dans la foulée du scandale de l’école Bedford, une école publique, donc laïque, qui, pendant sept ans, fut la cible d’entrisme religieux, le Parti québécois a présenté une motion offrant de franchir un nouveau pas dans la sécularisation de la nation : mettre fin aux subventions aux écoles privées religieuses. Que dit le ministère québécois de l’Éducation sur l’ampleur du phénomène ? Rien du tout. Il n’en tient pas le compte. Le dernier relevé crédible fut produit l’an dernier par la journaliste radio-canadienne Laurence Niosi : c’est à hauteur de 60 % que sont financées, selon son décompte, 27 écoles catholiques, 14 écoles juives, 4 écoles musulmanes, 2 écoles protestantes évangéliques, 2 écoles arméniennes et 1 école grecque orthodoxe. Pour un coût de 161 millions de dollars par an.

On savait Québec solidaire partant, depuis sa création, pour cette étape de la laïcisation. Le Parti libéral du Québec, lui, était réticent. Mais il a saisi l’occasion et a déclaré jeudi : « On est rendus là. » Il y aurait du Marwah Rizqy dans cette évolution que je ne serais pas surpris. Restait la Coalition avenir Québec (CAQ). Pensez-vous un instant qu’en leur for intérieur, Bernard Drainville et Jean-François Roberge, pour ne nommer qu’eux, souhaitent retarder le groupe ? À l’interne, à la CAQ, une source explique qu’on en a déjà assez sur le dos avec les cas comme ceux de Bedford, qu’on n’a pas un vrai portrait de la situation de ces autres écoles, qu’on ne veut pas ouvrir le débat plus large sur l’école à trois vitesses et que, si elles enseignent correctement le curriculum, pourquoi en vouloir aux écoles religieuses visées par la motion ?

Euh, parce qu’on est rendus là ? La CAQ n’avait qu’à se dire d’accord avec le principe : à l’avenir, les fonds publics ne seront pas utilisés pour des écoles inculquant une religion. Ensuite, un gouvernement réellement intéressé par la laïcité aurait : 1) réclamé de son ministère un état des lieux ; 2) écrit un projet de loi prévoyant les modalités ; 3) proposé, par exemple, un échéancier de retrait des subventions sur trois, cinq ou huit ans ; 4) décidé s’il permettait l’enseignement religieux en programme parascolaire, facturé aux parents, mais au sein de l’école, comme c’est le cas dans des écoles juives.

La commission parlementaire aurait ensuite entendu les différents acteurs du dossier et fait les arbitrages appropriés. On se serait rapidement rendu compte que l’existence même du projet de loi conduirait plusieurs des écoles visées à modifier leur statut pour devenir pleinement laïques et ainsi garder leurs subventions.

Cette réouverture de la Loi sur la laïcité et de la Loi sur l’instruction publique aurait permis au Parti québécois de ramener ses amendements refusés au moment de l’adoption du projet de loi 21 : étendre l’interdiction des signes religieux à toute l’école, y compris au service de garde et au personnel (avec droit acquis, évidemment) ; l’étendre aux écoles privées subventionnées, désormais toutes non religieuses.

Mais qu’a fait, plutôt, le gouvernement de la CAQ ? D’abord, Bernard Drainville est allé dire à Tout le monde en parle qu’il existait un « compromis historique » au sujet des écoles religieuses subventionnées. Si ce compromis existait dimanche soir, ce qui est douteux, il s’était évanoui jeudi matin. Ensuite, le premier ministre François Legault, répondant au front commun des trois partis d’opposition en la matière, a choisi en période de questions de répondre ceci : « Je prends note que le Parti libéral du Québec, Québec solidaire et le Parti québécois veulent couper, veulent couper le financement au collège Brébeuf, au collège Notre-Dame, au collège de Montréal, au collège Jésus-Marie, au collège Regina Assumpta, au Petit Séminaire de Québec, au collège de Lévis. »

Tous ces établissements sont évidemment laïques et ils ne seraient pas touchés par l’initiative des partis. Nous sommes donc contraints de poser un jugement sur la réponse erronée du premier ministre. De deux choses l’une : ou bien, en la matière, il est incompétent, ou bien il fait semblant de l’être. Aucune de ces réponses ne le grandit.

Cliquer pour commander. Versions ePub et PDF disponibles.

L’étoile laïque de la CAQ pâlit alors même que la demande de laïcité au Québec est en hausse. Les mois qui viennent peuvent aggraver le problème. Car plus on en apprendra sur le nombre d’écoles publiques qui, comme celle de Bedford, ont subi de l’entrisme religieux, plus on posera cette question : qui était responsable de l’enseignement au Québec ces dernières années ?

Si seulement la CAQ pouvait blâmer le laxisme des satanées commissions scolaires. Elle les a abolies pour les remplacer par les centres de services scolaires, désignant directement leurs directeurs généraux et même les tuteurs du CSS de Montréal, où le problème est le plus aigu. Ce qui nous ramène à cette question : en matière d’application concrète de la laïcité dans les écoles publiques, la CAQ fut-elle incompétente ou fit-elle semblant de l’être ?

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Le tabou

Cela s’est passé dans une école secondaire, publique et francophone, du quartier Côte-des-Neiges, à Montréal. En consultant les réponses données à un questionnaire en ligne envoyé à ses élèves, l’enseignant Francis Richer, gai et fier de l’être, a lu ce qui suit : « vive les génocides envers les lgbtq », « francis le gay vas mouriir », « francis nest pas un bon prof il ma agresser dans le lit ». Ces réponses, anonymes, provenaient de 10 de ses 75 élèves de 2e secondaire, âgés de 13-14 ans.

Richer s’était fait avertir : certains des parents étaient très réactifs et il serait préférable de faire attention à ce qu’il disait. Après l’incident, qu’il a rapporté à la direction et à la police, on lui a conseillé de cesser d’avouer qu’il est homosexuel lorsque la question lui est posée. C’est la vielle politique de l’armée américaine : « don’t ask, don’t tell ». Le problème est que les étudiants posent toujours la question, et que Francis Richer croyait que la société québécoise avait évolué suffisamment pour qu’il puisse s’afficher sans provoquer une vague d’intolérance.

« D’habitude, avec la façon dont je parle et comment je bouge, ça arrive plus vite. Je peux cacher que je suis souverainiste, mais pas que je suis homosexuel, » a-t-il confié à Mylène Moisan, du Soleil et des Coops de l’information, qui a mis au jour cette affaire, mardi dernier.

Richer avait raison. La société québécoise avait évolué. Mais désormais, elle recule. Le cas de Richer « est la pointe de l’iceberg », affirme au Devoir Raphaël Provost, directeur général du groupe Ensemble pour le respect de la diversité, dont les formations scolaires rejoignent 30 000 élèves par an. « Des profs homosexuels qui ont peur de se déclarer, Francis n’est pas le seul. Nous, on le voit chaque semaine dans les commentaires qu’on reçoit des élèves. » Si on compare à la situation d’il y a cinq, dix ou quinze ans, « il y a un retour. C’était beaucoup plus viable, on était beaucoup plus — je ne dirais pas tolérant — mais indifférent envers des profs LGBTQ ». La parole anti-gais est désormais décomplexée.

Lorsqu’on veut scruter la source de ce regain homophobe, et parfois misogyne, tout le monde marche sur des oeufs. Au micro de Patrick Lagacé, au 98,5, le professeur Richer a admis que, ses classes étant très majoritairement formées de jeunes issus de l’immigration, cela a pu jouer.

Alors, on fait de grands détours. Les causes sont multiples. Il y a des garçons Tremblay et Béliveau qui sont des adeptes d’Andrew Tate et d’autres influenceurs misogynes. C’est certain. D’autres sont issus de familles évangélistes et affirment que Jésus est contre l’homosexualité. Absolument. Et puis il y a tous ces musulmans d’origine qui sont parfaitement intégrés et qui ne jurent que par l’ouverture à l’autre et aux valeurs québécoises. Bien sûr, j’en connais.

Mais lorsqu’on ose poser la question qui fâche : l’augmentation dans nos classes d’enfants provenant de familles où règne une culture du patriarcat et un refus de l’homosexualité, comme c’est le cas dans certaines familles musulmanes pratiquantes, n’est-il pas un facteur significatif? — on tombe devant des regards d’orignaux tétanisés par les phares d’une voiture.

« Il y a une corrélation », admet Raphaël Provost, lorsqu’on le pousse dans ses derniers retranchements. « Si dans leur famille et leur propre culture, si de leur côté, c’est encore dans leur tête et dans leur esprit, que c’est criminel, que c’est interdit ou que ça n’existe pas, ou que c’est parfois la première fois qu’ils en entendent parler… » Mais, mais, mais, ne généralisons pas.

Fort bien, ne généralisons pas, mais ne nous aveuglons pas.

Les sondeurs nous le disent depuis des décennies: même comparés aux Canadiens anglais, les Québécois sont plus tolérants sur les questions de choix personnels, d’orientation sexuelle, de permissivité envers les adolescents. Comment penser qu’une immigration importante provenant de pays où la culture locale est immensément moins tolérante, et fondée sur le dogme religieux, pourrait s’insérer dans notre vision des choses sans qu’on en sente des effets concrets ?

Il y a la famille, il y a la pression des pairs. Rien n’est plus fort, dans la formation des valeurs à l’adolescence, que la pression de l’entourage. Comment peut-on penser qu’une classe formée d’une forte proportion d’enfants provenant de familles où prévalent des notions patriarcales va être magiquement enchantée d’adopter les valeurs des préados provenant de familles ayant, elles, depuis 25 ans pratiqué la tolérance et l’ouverture ?

Il faut rappeler les chiffres du dernier Portrait socioculturel des élèves inscrits dans les écoles publiques de l’île de Montréal pour mesurer l’ampleur du défi : 56 % de la totalité des élèves sont soit nés à l’étranger, soit nés ici de deux parents étrangers. Dans 38 % des écoles publiques, primaires ou secondaires, plus des deux tiers des élèves sont de ces catégories ; 25 % en accueillent 75 % ou plus ; 10 % en accueillent 85 % ou plus.

Évidemment, beaucoup de ces parents étrangers viennent de pays où la tolérance envers les femmes et les homosexuels est équivalente à la nôtre. De 2019 à 2023, 14 % des nouveaux arrivants venaient de France, 19 % de pays arabes — 12 % des élèves à Montréal ont l’arabe comme langue maternelle. Et parmi les néo-Québécois venus du Maghreb ou d’Iran, plusieurs nous ont choisis précisément pour trouver chez nous une société plus libre.

Maintenant disponibles. Cliquez sur l’image pour commander.

Cette chronique me vaudra les insultes habituelles, mais la vérité a ses droits. Avoir dans sa population une grande communauté ukrainienne pèse dans le débat public sur notre position face à l’Ukraine. Avoir dans notre population une grande communauté juive pèse dans le débat public sur notre position face à Israël. Avoir dans notre population une grande communauté musulmane a des conséquences sur le débat public au sujet du dossier palestinien, oui, et sur les valeurs propagées, au sein de cette communauté, par des promoteurs actifs, notamment et pas uniquement en ligne, d’homophobie, de misogynie et d’antisémitisme.

Nous ne possédons malheureusement pas de sondage québécois sur l’opinion de nos différentes communautés religieuses ou des athés sur l’homosexualité. Ce sondage réalisé en 2019 en France laisse cependant songeur.

Ce courant, réel, s’additionne aux autres. La parole patriarcale musulmane est désinhibée par la dissémination des propos misogynes des tenants d’Andrew Tate et des évangélistes, et vice versa. Nous sommes donc en présence d’un cocktail d’intolérance qui se mélange et se renforce sous nos yeux, dans nos écoles. J’aimerais pouvoir vous dire comment renverser la tendance. Je ne sais pour l’instant qu’une chose : refuser de nommer ses sources, c’est s’interdire d’agir.

(Une version légèrement plus courte de ce texte a d’abord été publiée dans Le Devoir.)

Les Kebs contre-attaquent

Logo de l’ancienne équipe de Basketball les Kebs

L’avantage avec les familles nombreuses, c’est qu’elles nous permettent de mesurer les changements sur une longue période. Isabelle Létourneau et son conjoint, Vincent Hubert, ont vu leurs enfants grandir pendant 18 ans dans une même école primaire, publique et francophone, à Montréal. À la fiesta organisée à la fin de chaque année, ils ont vu fondre la place donnée aux chansons francophones. Chaque année à Noël, un choeur d’enfants du primaire apprenait et présentait une chanson de Leclerc — comme Le train du Nord — ou de Vigneault. Le budget a été comprimé.

Allant conduire et chercher leurs bambins, le couple a constaté que l’anglais, jadis absent hors des cours lui étant consacré, est devenu un outil de communication fréquent entre enfants. On leur a signalé deux cas où des enfants ont été exclus d’un groupe informel d’élèves, dans la cour de récréation, car leur connaissance de la langue anglaise n’était pas assez forte. « On a vu une sorte de dégradation, disent-ils, et ça s’est comme étiolé, le lien entre la langue et la culture. »

Lecteurs du Devoir, ces parents ont constaté en lisant en février ma chronique « Identité anti-québécoise » qu’ils n’avaient pas la berlue, et qu’ils n’étaient pas seuls. Avec deux autres parents, ils se sont mis à la recherche de solutions et ont présenté au conseil d’établissement de leur école une liste d’actions visant la « valorisation du français et de la culture québécoise ». Le conseil l’a adoptée.

La francoresponsabilité

Parmi leurs propositions, celle d’emprunter une technique utilisée pour la valorisation de l’environnement. On demande aux élèves d’être écoresponsables ? Montrons-leur comment être francoresponsables en désignant une enseignante responsable de la francoresposabilité ! Ils constatent qu’une enseignante enlève des points aux élèves qui utilisent l’anglais entre eux dans la classe. Pourquoi ne pas généraliser la pratique ? (J’ajoute : l’appliquer aux autres langues aussi ?) Ils notent aussi qu’il arrive que lorsque des élèves s’adressent à eux en anglais, des enseignants répondent en anglais. Ils souhaitent que le signal inverse soit envoyé.

Ils veulent documenter le caractère anecdotique ou répandu de ce qu’ils appellent « l’intimidation linguistique », en insérant une question à ce sujet dans le questionnaire existant sur les autres formes d’intimidation à l’école, permettant ainsi d’obtenir un portrait du phénomène et d’en suivre l’évolution d’une année à l’autre.

Constatant que, lors d’activités spéciales et au service de garde, la musique choisie par les responsables est majoritairement anglophone, ils proposent d’inverser le choix, et de faire de la fiesta de fin d’année une fiesta francophone, pour lier la langue française à la notion de plaisir. Parents et enfants seraient invités à y chanter une chanson d’au revoir, en français, pour ceux de 6e année, lorsqu’ils traversent, comme c’est déjà la coutume, la haie d’honneur des finissants.

Le conseil d’établissement a aussi choisi de prendre prétexte du Mois de la Francophonie, en mars, pour lancer plus tôt dans l’année un concours d’affiches illustrant une expression francophone, les meilleurs remportant des livres (en français). Il est question aussi d’organiser un karaoké de chansons québécoises et un moulin à paroles, concours d’art oratoire adapté aux différents niveaux.

Un journal étudiant préparé par des élèves et des parents serait une autre façon d’utiliser la langue, et un artiste francophone du quartier pourrait être invité à venir présenter sa production culturelle. La chorale du temps des Fêtes serait de retour, avec une chanson du répertoire québécois. La Journée nationale des patriotes en mai ne devrait plus n’être qu’un jour férié, mais plutôt l’occasion d’expliquer le combat et les idées de ces précurseurs.

Des fêtes présentent la diversité culturelle de l’école et doivent continuer de le faire. Mais il faut veiller à ce que la culture québécoise y ait une place de choix. « Des élèves nés ici ou vivant ici depuis longtemps sont fiers de présenter aux autres élèves leur coin de pays. Il ne faut pas les en empêcher », écrivent les parents.

Certains des superhéros de Marvel pourraient-ils céder leur place à des figures québécoises dans les classes ? Et de citer Louis Cyr, Maurice Richard…

La directrice de l’école, Daphnée Landry, a présenté cette semaine les initiatives de son conseil d’établissement aux représentants de 25 autres écoles de Notre-Dame-de-Grâce. On me rapporte que la réception fut enthousiaste. Comme si ces actions répondaient à un réel besoin.

Une année de Québec intensif ?

Ils ont également observé un phénomène paradoxal en 6e année, moment où les élèves peuvent opter pour un semestre d’anglais intensif. Seuls les élèves de 5e qui ont de bons résultats en français et dont la langue d’usage à la maison n’est pas l’anglais peuvent y accéder. Comme il y a trois classes par niveau, suffisamment d’élèves se qualifient pour que deux des trois classes de 6e soient pourvues.

Mais cela a pour résultat de laisser dans la classe ordinaire restante ceux dont la qualité du français est la plus faible et ceux qui parlent anglais à la maison, donc ceux qui ont culturellement le moins de contact avec la québécitude. Résultat : l’émergence de l’anglais comme langue commune entre élèves qui ne sont pas en anglais intensif. Dilemme.

Une solution, boiteuse, est de fermer une des classes intensives d’anglais pour que davantage de francophones restent dans les groupes réguliers. Vincent Hubert en a une autre, bien meilleure (note à Bernard Drainville, pour ce qui suit, sors ton surligneur) : transformer la classe régulière en classe intensive de langue et culture québécoises. Pendant que leurs copains francophones s’initient à l’anglais, à Sherlock Holmes et à Taylor Swift, les autres plongeraient dans les aventures imaginées par nos auteurs jeunesse, découvriraient des émissions pour enfants de Télé-Québec, apprendraient qu’il existe de la radio et de la télé en français. J’ajoute : qu’on les emmène aux sucres, au Carnaval. On pourrait même leur organiser une semaine dans une famille et une école de Trois-Rivières, Saint-Georges de Beauce ou Saguenay. Bernard, penses-y, ça pourrait être un de tes grands legs !

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Un genre de déni (et la problématique pratico-pratique des toilettes mixtes)

C’est fou le nombre de gens qui ont tenu à nous rassurer, depuis une dizaine de jours, (ce texte fut d’abord publié en septembre 2023) sur l’inexistence de quelque problème que ce soit dans l’enseignement de la théorie du genre à l’école. Dans Le Devoir, une universitaire écrit que “la théorie du genre ne nie pas l’existence des sexes biologiques. Ce serait ridicule, bien sûr, mais ce n’est pas vrai, et il est inadmissible qu’on laisse tenir ce genre de propos dans nos médias”. C’est clair ! Dans La Presse, un chroniqueur d’ordinaire plus circonspect accuse tous ceux qui soulèvent des doutes de “bêtise” et de “délire”. À Radio-Canada, une psychologue arrive à convaincre Patrice Roy que la question du changement de genre n’est jamais abordée au primaire. Circulez, il n’y a rien à voir !

Que la vie serait simple si tous ces gens avaient raison. On pourrait passer à autre chose. Il y a malheureusement un tout petit rien qui, en mon cas en tout cas, me chicote. Les faits. En voici quelques-uns.

On ne dit nulle part que le sexe n’existe pas. Faux. La “Licorne du genre” est une image promue par un site du gouvernement du Québec – la Boîte à outils sans stéréotypes – et destinée aux “parents et à la petite enfance”. On y invite les enfants à déterminer leur identité et leur expression de genre, mais aussi à nous indiquer quel sexe fut “assigné à la naissance”. Est-ce “mâle”, ¨femelle” ou “autre/intersexe”.  Mais qu’est-ce que cette histoire de sexe “assigné”. Le sexe n’est-il pas “constaté” ? Pas selon le ministère de l’éducation du Québec qui a produit un glossaire pratique dans son Guide à l’intention des milieux scolaires sur les questions de diversité. On y lit: “Sexe assigné à la naissance : Sexe assigné à une personne à sa naissance en fonction d’un nombre limité de caractéristiques physiques observables, principalement l’apparence et la structure des organes génitaux externes.” Voyez, lorsque le médecin dit “c’est une fille”, il ne sait pas vraiment de quoi il parle et fonde son affirmation sur “un nombre limité de caractéristiques”. 

On ne parle jamais au primaire de changement de genre. Faux. Le document du ministère de l’éducation qui guide les enseignants sur la sexualité leur indique clairement que “les enfants peuvent commencer à explorer leur identité de genre entre 3 et 7 ans.”  De la parole aux actes, le document renvoie à un outil financé par le ministère de la Justice finance et destiné aux enseignants du primaire. Bonjour Sam est l’histoire d’un petit garçon qui, telle une poupée russe, devient une fille. À l’inverse, L’histoire de Sam, visionnée un million de fois, présente une petite fille devenant garçon. Je ne dis pas que ces outils ne devraient pas exister. Je ne le sais pas. Mais il est faux de dire qu’ils n’existent pas et ne sont pas utilisés.

Ceux qui soulèvent ce débat sont intolérants. Faux. Un récent sondage Angus Reid sur la question nous révèle que 75% des Québécois accepteraient et accompagneraient un enfant de huit ans qui souhaite changer de genre, 79% un enfant de 12 ans, 80% un enfant de 16 ans. C’est le plus haut taux au Canada. Simultanément, 80% des Québécois estiment que les parents doivent être informés par l’école si leur enfant souhaite changer de genre. En ce moment, les écoles ont l’obligation de ne pas informer les parents si l’enfant refuse. Bref, les parents québécois sont massivement tolérants ET massivement inquiets. Bien sûr, une minorité de parents sont homophobes. Dans ces cas, un accompagnement s’impose. Mais le secret ne peut être la règle générale.

Ce n’est qu’une question de tolérance. Faux. Il n’y aurait pas de débat, du moins entre gens raisonnables, si la nouvelle éducation à la sexualité faisait simplement la promotion de la tolérance. Mais comme j’en ai fait la démonstration dans ces pages (Le sexe de nos anges), le programme ne met pas chacun des choix sur un pied d’égalité. La critique constante de l’hétéronormativité, de l’hétérosexisme et du privilège hétéro, la volonté, louable, de déconstruire les stéréotypes féminins et masculins mais sans jamais valoriser les types masculins et féminins, couplés à une valorisation constante de l’expérience queer, non-binaire et trans, et à l’organisation de célébrations, parfois obligatoires, des fêtes LGBTQ, établit cumulativement une hiérarchie. On est en présence du remplacement de l’hétéronormativité, critiquable, par une queernormativité, tout aussi critiquable. La solution, il me semble, est de respecter également toutes les orientations, y compris hétéro.

Soulever des doutes, c’est stigmatiser les enfants trans. Faux. Et si c’était les protéger ? Toute l’approche actuelle vise à accepter sans questionner, puis à accompagner la transition. Les enseignants sont avisés qu’une résistance de leur part peut conduire à des sanctions légales. Le seul indicateur existant est du Dr James Cantor — détesté des militants Trans — qui a proposé en 2016 une recension de 11 études réalisées avant l’explosion récente du nombre d’enfants trans, et qui concluait ceci : “très peu d’enfants trans veulent toujours une transition lorsqu’ils deviennent adultes. Ils deviennent plutôt des gais et des lesbiennes. Le nombre exact varie selon les études, mais environ 60 à 90% des enfants trans ne sont plus trans lorsqu’ils atteignent l’âge adulte.” Aucune autre étude récente n’est disponible. Mais à supposer même que le nombre ne soit que de 30, 20, voire 5%, le principe de précaution ne devrait-il pas guider nos actions ? Il n’apparaît nulle part dans les documents du ministère.

(Ajout: on me signale une toute récente synthèse, de juin 2023, voici le principal extrait sur les chiffres:)

Et puis, n’est-il pas étonnant qu’avant la vague d’affirmation trans dans les écoles, la majorité des jeunes questionnant leur «identité de genre» étaient des garçons, alors qu’aujourd’hui, les filles en représentent plus des deux tiers, selon des données du système de santé britannique? S’il n’y a pas d’effet de mode, comment l’expliquer ?

Les toilettes mixtes, pour l’inclusion et contre l’agression. Sérieux ? Les dernières données nous apprennent que les garçons de 12 à 17 ans sont, de loin, les principaux auteurs d’agression sexuelle au Québec. Est-ce bien raisonnable de les inviter massivement dans des lavabos mixtes ?

La flambant neuve école Jean Lumb de Toronto a introduit le concept cette année. La disparition des urinoirs (évidemment on se fiche complètement de retirer aux garçons cette commodité) a provoqué une surprenante augmentation d’urine sur le siège des toilettes. Une mère rapporte que, selon sa fille de première année, il s’agit d’un concours entre garçons pour savoir lequel pourra faire tenir le plus d’urine sur le siège, notamment pour forcer ainsi les filles à venir à l’école avec des lingettes. (Boys ! Soupirs !) Un père affirme qu’un garçon a montré son zizi à sa fille, non consentante. Quant à l’inclusion, un problème religieux se pose. Les fillettes voilées à l’école (cela devrait être à mon avis interdit, mais ce n’est pas le sujet) doivent pratiquer le wudu, une purification avec de l’eau avant la prière. Mais cela nécessite de retirer leur voile, ce qu’elles ne peuvent faire devant des garçons dans des lavabos mixtes. Bienvenue, ici, au point de rupture de l’intersectionnalité.

(Une version légèrement plus courte de ce texte fut publiée dans Le Devoir.)

Mon débat avec la Pr Anne Pullen Sansfaçon chez Patrice Roy:

Cliquez sur l’image pour visionner.

Évidemment, je ne prétends pas être un expert sur la question, seulement un généraliste qui se laisse guider par les faits et la logique. Et un père de cinq enfants. Cependant une spécialiste est la sexologue Jocelyne Robert. Voici ce qu’elle a écrit à la suite de mon débat.

Identité anti-québécoise (intégral)

Je passe trop de temps sur X, je le confesse. Mais c’est là que le premier indice m’est apparu, l’an dernier. Un internaute a écrit ceci: “Un de mes vieux chums qui a grandi comme moi dans Villeray. Il est prof au primaire dans une école très multiethnique de Montréal. Il en a assez, il déménage hors de l’île. Loin de l’île. Le gars est pas politisé et pas vraiment plus nationaliste que le Joe moyen. À son école, les jeunes, principalement du Maghreb et d’Haïti, refusent l’identité québécoise. S’il leur dit qu’ils sont Québécois (ils sont la plupart nés ici) : hilarité générale ou même mépris ouvert pour notre nation. Les parents affirment également que leurs enfants sont Marocains, Algériens, Haïtiens mais mon dieu pas Québécois.” J’ai voulu parler à ce prof, mais il a refusé. 

Le témoignage fut commenté. Jason (pas de nom de famille) a renchéri: “J’ai été enseignant à Mtl (maintenant en région) et j’ai vécu cette réalité. Je n’ai jamais eu de troubles avec des classes hétérogènes. C’est quand il y a une grosse part d’élèves de même nationalité (Haïti, pays du Maghreb) qu’un phénomène de mépris du Québec s’affiche.” Un dénommé Claude rapporte: “Mon ex, éducatrice spécialisée, quitte son emploi dans une école semblable à ça dans l’Est de Mtl après la fin des cours cette année. Les comportements et dérives dépassent ce qu’elle peut endurer.” Une mère, Emmanuelle, ajoute: “Mon ado fait le même constat à son école secondaire, les propos sont parfois d’un mépris sidérant. Non, ça va pas bien.”

Intrigué, j’avais rangé tout ça dans un coin de mon ordinateur jusqu’à ce que je lise Le duel culturel des nations (Boréal) d’Emmanuel Lapierre. L’ouvrage, à la fois érudit et personnel, explique combien le vécu des théoriciens du concept de nation imprègne leurs conclusions. Il démontre aussi comment les nations dominantes, toutes intrinsèquement ethniques et civiques, culpabilisent les petites. Lapierre est enseignant. Il écrit: “dans toutes les écoles de la région de Montréal où j’ai travaillé ces 15 dernières années, je n’en reviens pas de constater l’attitude de mépris ou de honte à l’égard de la langue et de la culture québécoise.”

L’anglais domine les corridors

Puis, le mois dernier, j’ai commis l’erreur d’affirmer, dans mon texte École anormale, que le français était la langue commune dans les écoles privées de Montréal. Des enseignants ont assailli ma boîte courriel pour me détromper. Celui d’une école privée très cotée de Montréal, et aux longues racines francophones, témoigne: “Bien que le français soit la langue de travail, dans les corridors, la langue commune est de plus en plus l’anglais. La direction et les professeurs ont beau essayer de renverser la vapeur, rien n’y fait. L’anglais prédomine dans ce milieu très multiethnique. Le français, la plupart de nos élèves non-francophones s’en foutent (une bonne partie des francophones, aussi d’ailleurs).” Pour éviter les représailles, il demande de ne pas être nommé et de ne pas désigner l’école. Mais une de ses collègues confirme ses constats.

Quatre enseignants actuels et passés du collège Regina Assumpta, à Ahuntsic, veulent bien qu’on nomme leur école. Après de longues années de service, la première m’écrit avoir démissionné, notamment « à cause du dénigrement de plus en plus présent envers les Québécois francophones. […] On parle anglais dans cette école. Même les élèves dont les parents sont francophones, de souche ou immigrants, ne parlent plus français dès qu’ils mettent les pieds, ou même le premier pied, dans ce collège. » Ses trois collègues observent aussi un glissement vers l’anglais.

J’ai parlé à la directrice générale du collège, Julie Duchesne, qui conteste cette affirmation. Les conversations de corridors, m’assure-t-elle, se font “principalement en français”. Elle ajoute que ses étudiants “sont tous fiers de parler, d’étudier et de vivre en français” et que toutes les interactions entre le personnel d’une part, les jeunes et leurs parents d’autre part, sont “unilingues francophones”. D’autant que l’institution “fait la promotion de la culture québécoise, des traditions, et les œuvres québécoises tiennent une grande place”. Certains des étudiants ont le droit de s’inscrire à l’école anglophone mais “choisissent de faire [leurs études] en français”. Cette version et celle des profs sont, de toute évidence, irréconciliables.

Le mépris des « Kebs »

Mes sources ne contestent pas que le français soit la langue officielle du collège, mais déplorent que ces efforts ne portent pas suffisamment fruit. Et signalent un autre phénomène: “ les élèves détestent les francophones. On fait la vie très dure à ceux qui
veulent parler français et défendre le fait français : ils sont humiliés et dénigrés en personne et sur les réseaux sociaux.

Dans le cadre de son cours, toujours à Régina Assumpta, une autre prof devait aborder le thème de l’identité. Elle raconte : « Alors que nous étions en pleine discussion sur nos valeurs en tant que citoyens, un des deux élèves de souche de mon groupe a levé la main pour s’exprimer. C’est alors que tout le groupe s’est mis à rire et à huer en disant que les Kebs n’avaient pas de valeurs et que nos filles et nos femmes sont en fait des traînées (j’emploie un vocabulaire acceptable ici […]). Je suis rapidement intervenue et fus coupée par un grand gaillard d’origine maghrébine qui m’a lancé : « Madame, vous ne pouvez pas comprendre parce que les Kebs, vous n’avez pas de culture. Vous faites des trucs de Blancs comme aller au chalet et faire du ski et vous n’éduquez pas vos enfants. »

Elle continue : « Que dire de mon petit élève “de souche”, musicien de l’orchestre à cordes du collège, qui a osé jouer un petit rigodon pour égayer notre activité de Noël en classe ? Les élèves se sont mis à rire de lui, à l’injurier et à lui lancer des objets. Plus tard, cette même journée, de la musique libanaise se faisait pourtant entendre dans la salle de niveau où tous les élèves se rassemblent et où plusieurs se sont mis à danser le dabkeh sous les applaudissements de la foule en délire. »

Elle poursuit : « Et comment se porte aujourd’hui cette élève québécoise francophone qui, en classe, a osé dire que les Québécois francophones avaient subi de la discrimination dans le passé ? [Elle] s’est fait insulter et menacer sur les réseaux sociaux pour ses propos que les autres élèves jugeaient racistes et déplacés puisque, selon eux, les Québécois francophones n’avaient pas vraiment soufferts. » Une élève de cette classe confirme l’incident.

Un autre prof rapporte qu’au moment de l’Halloween : « il y a cinq ans environ, [un] élève de secondaire 4e secondaire s’est présenté au collège costumé d’un sac à ordure Glad comme vêtement. Il avait fabriqué une petite affiche qu’il avait collée sur son ventre sur laquelle était écrit “Culture Keb”. Ça a pris deux ou trois périodes avant qu’un adulte lui demande d’enlever son costume. »

La direction de Régina Assumpta refuse de confirmer ou d’infirmer l’existence de ces anecdotes ou même d’indiquer si des faits de ce genre ont été portés à son attention. Mais elle assure qu’« aucun geste, commentaire haineux, raciste ou intolérant n’est toléré », que la situation est « prise en mains par un membre du personnel » et qu’ « il y a toujours des interventions qui se font ». Invitée à donner son avis sur l’existence même de cette problématique, d’en estimer l’importance, la montée ou le déclin, la directrice générale a refusé de s’engager sur ce terrain.

Une intolérance de part et d’autre

À Régina Assumpta toujours, dans un groupe de secondaire 2, un intervenant de la « Caravane de la tolérance » a posé la question : qui ici se sent Québécois ? Sur 36 élèves, 34 ont dit non. Cet organisme s’appelle maintenant Ensemble pour le respect de la diversité. Il anime chaque année environ mille ateliers sur la tolérance dans les écoles du Québec, publiques et privées, rejoignant ainsi près de 30 000 élèves par an. J’ai évoqué ce résultat à son directeur général, Rafaël Provost. Sa réaction : « c’est quelque chose qui nous arrive très souvent ».

Je lui ai ensuite lu les anecdotes rapportées par les profs. Il les considère toutes vraisemblables. Ce mépris des Kebs, dit-il, « on le voit et on l’entend dans les écoles ».

Le dernier Portrait socioculturel des élèves inscrits dans les écoles publiques de l’île de Montréal rapporte que 56 % des élèves y sont soit nés à l’étranger, soit nés ici de deux parents étrangers.

Le dernier Portrait socioculturel des élèves inscrits dans les écoles publiques de l’île de Montréal rapporte que 56 % des élèves y sont soit nés à l’étranger, soit nés ici de deux parents étrangers. Sur un total de 447 écoles, 168 écoles publiques (primaires ou secondaires) de l’île affichent une proportion de 66 % ou plus d’étudiants appartenant à cette catégorie. Parmi elles, 114 en comptent 75 % ou plus, 46 en accueillent 85 % ou plus.

La mise en minorité des natifs peut créer des conditions propices à la propagation du mépris, mais il n’en constitue pas la cause. M. Provost évoque plusieurs raisons qui peuvent l’expliquer. « Aucun jeune ne naît raciste, homophobe ou intolérant. C’est quelque chose qui s’apprend. » Un jeune qui grandit dans une famille immigrante dont l’intégration est réussie aura du Québec et de ses habitants une image positive tandis que les parents qui se sentent rejetés et dévalorisés transmettront leur dépit à leurs enfants. « Si les parents ne se sentent pas eux-mêmes Québécois, c’est difficile de transmettre [l’attachement au Québec] à leurs jeunes. »

Mais l’intolérance, insiste Provost, n’est pas à sens unique. « Beaucoup de jeunes à Montréal ne s’identifient pas comme Québécois parce qu’ils disent qu’ils n’ont pas le droit de se sentir comme ça », explique-t-il. « On leur dit qu’ils ne le sont pas. » Qui est ce « on » ? « Des jeunes Québécois qui disent aux autres qu’ils ne sont pas Québécois [car] pour être Québécois il faut être blanc, francophone, né ici. » C’est le genre de commentaires qu’il entend, aujourd’hui, dans les écoles montréalaises. Et c’est la tâche de son organisme de déconstruire ces préjugés, de part et d’autre.

Je lui ai demandé si ce phénomène est en progrès ou en reflux. Il constate une montée générale de l’intolérance, dans tous les domaines : identitaire, raciale, d’orientation sexuelle. « Il y a des jeunes qui lèvent la main maintenant dans les classes — et ça nous arrive régulièrement — pour dire : “moi je suis raciste”, “moi je suis homophobe et c’est de la liberté d’expression”. Ils le verbalisent. Alors imaginez ceux qui le pensent sans le dire ! » Ses services sont d’ailleurs plus sollicités que jamais et il dit sentir les équipes écoles débordées par l’augmentation des tensions de toutes sortes.

Intérioriser le mépris

Reste que l’ambiance ainsi créée sur la question spécifique de l’attachement au Québec est délétère, y compris pour la santé identitaire des francophones. L’auteur et enseignant Emmanuel Lapierre estime que certains d’entre eux « adoptent la même attitude que les autres Canadiens vis-à-vis du français. Ils le parlent par politesse parmi les leurs, et le parlent mal. Inconsciemment ou consciemment, ils dédaignent leur propre langue, leur propre identité. »

Une enseignante de Régina Assumpta fait le même constat. “J’avais, écrit-elle, des petits Québécois francophones qui étaient si heureux à l’idée d’avoir trouvé un ancêtre écossais, irlandais ou polonais au fin fond de leur arbre généalogique. Aussi ‘arrière-arrière-arrière’ cet ancêtre pouvait-il être, les voila qui se disaient soudainement “moitié Québécois, moitié…”. FIou ! Enfin une moitié qui saurait peut-être les sauver de l’ostracisation.”

Bref, quelque chose d’important et d’inquiétant se passe aujourd’hui dans des écoles francophones, privées et publiques, de Montréal. De guerre lasse, certains enseignants choisissent l’exil, dans une autre école ou à l’extérieur de Montréal. Les jeunes n’ont pas cette option. Ni les Kebs, ni les autres. Je n’ai pu ici lever qu’un coin du voile sur cette dynamique. Il m’apparaît urgent de mieux la documenter et la comprendre, trouver des moyens efficaces d’estomper cette dichotomie malsaine, car ce qui se déroule devant nous, c’est le détricotage, voire la déchirure, du tissu identitaire québécois.

(Une version légèrement plus courte de ce texte a été publié dans Le Devoir.)



École anormale

Ce n’est pas normal. Tous les parents québécois attendent avec une dose d’anxiété les résultats des votes des assemblées syndicales d’enseignants. Pas seulement pour se rassurer sur l’absence de jours de grève à venir. Mais pour comprendre ce qui se passera dans la classe de leurs bambins si trop d’élèves en difficulté accaparent le prof.

Pas normal qu’il faille une pression syndicale pour obtenir, par le truchement d’une convention collective, un meilleur accompagnement des enfants. Cela devrait couler de source, être la tâche usuelle de chaque équipe école, de chaque centre de services, du ministère. Il est absurde, dans une société qui dit valoriser l’éducation, qu’il faille arracher, par des moyens de pression, qu’une nouvelle classe soit ouverte si plus de 60 % des élèves d’un groupe du primaire (50 % au secondaire) ont des besoins particuliers. L’existence même de ce seuil est une insulte à la qualité de l’éducation. On me dit que c’est rare, qu’il n’y a pas une classe par école qui atteint ce niveau de difficulté. Mais grâce à ce gain syndical, on pourra faire un portrait complet de la situation et enfin savoir combien de tels cas existent.

Ce mécanisme est celui proposé par la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). Si on ne trouve pas de professeur ou de local pour ouvrir une seconde classe, on trouvera un technicien en éducation ou un psy pour prêter main-forte, et le prof obtiendra une prime de 4000 $ (de 8000 $ si on n’a trouvé personne). Une fois ces cas réglés, s’il reste des sous, on aidera les classes qui sont sous ces seuils. 

À la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), le mécanisme est différent : lorsqu’un prof signale une trop grande difficulté dans une classe, un comité mixte syndicat-administration se penche sur le cas. Une somme de quelques dizaines de millions, bonifiée à 74 millions dans la dernière entente, est utilisée pour combler les besoins. Il n’y a pas de prime aux enseignants. 

Je me demande pourquoi on n’offre pas aux enseignants de la FAE le choix entre les deux formules. Et je me répète : pourquoi cela fait-il même l’objet d’une négociation, alors qu’il s’agit de la mission même de l’éducation ? (Même remarque en santé pour la négociation des ratios de patients par infirmière. La chose ne devrait pas être déterminée par un rapport de force dans le feu d’un conflit de travail, mais par des critères de qualité de soins, comme c’est le cas dans certains pays d’Europe. La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec demande depuis longtemps une loi encadrant ces ratios. Elle a raison.)

Pas normal que, de retour d’un automne où, sur chaque piquet de grève, on entendait les enseignants plaider pour qu’on s’occupe mieux de nos petits, on découvre que, dans des écoles entières, aucun enseignant ne s’est proposé pour accompagner des élèves dans le plan pourtant rémunéré qui leur est proposé par le ministre et que leurs syndicats ont reçu positivement. « La réponse est mitigée », nous apprend la Fédération des directions d’établissement. Des élèves seront laissés sur le carreau, une partie des 300 millions de dollars débloqués par le ministre sera laissée dans les tiroirs.

Pas normal qu’on apprenne que des éducateurs scolaires et des techniciennes en éducation se voient refuser des postes à temps plein parce que l’horizon budgétaire des écoles ne dépasse pas 12 mois. Depuis le temps qu’on entend les ministres de l’Éducation se plaindre de la pénurie de main-d’oeuvre, on avait l’impression que toute personne voulant prêter main-forte serait prise par la main, accueillie avec des fleurs et des ballons, et un contrat en béton pour toute sa vie. Mais non. 

Pas normal que la démocratie syndicale permette à 600 personnes de décider si 9500 profs vont faire la grève générale illimitée, comme ce fut le cas à Montréal. (Vous me savez à la fois prosyndicat et prodémocratie. J’estime qu’à ce niveau de moyen de pression, le Code du travail devrait exiger 60 % de taux de participation.) Pas normal que, pour voter à 52 % l’acceptation de l’entente, toujours à Montréal jeudi dernier, l’assemblée commence à 17 h et le vote se tienne à 2 h du matin, après que 1000 des 5000 enseignants présents soient allés se coucher.

Une jeune enseignante « démotivée et en colère » m’écrit : « Nous avions notre journée dans le corps et nous savions que nous travaillions le lendemain. Mes collègues et moi commentions par messages textes et nous nous motivions à rester réveillés. Le vote a eu lieu vers 2 h du matin. Nous étions plus que brûlés ! Carbonisés ! Deux de mes collègues se sont endormies et réveillées en panique trop tard ! La période de vote était terminée. »

Compte tenu de l’enjeu — la qualité de l’éducation —, le ministère ne devrait-il pas donner une journée « pédagogique » aux enseignants réunis pour que la discussion soit sereine et diurne ? 

Pas normal que s’installent deux nouvelles solitudes dans les écoles secondaires de Montréal. Les privées, où le français est la langue commune, et désormais plusieurs publiques, où, s’entend souvent pendant la récréation l’espagnol, parfois l’arabe. Les écoles, rapporte Louise Leduc dans La Presse, citant notamment le dernier portrait socioculturel des élèves inscrits dans les écoles publiques de Montréal, sont « de plus en plus homogènes ». Ce découplage ethnolinguistique s’ajoute au découplage public-privé des ressources et de la réussite. Un argument de plus pour procéder au seul électrochoc disponible pour renverser la tendance : intégrer les écoles privées au réseau public et rebrasser tous ces enfants dans un réseau commun, comme le propose l’organisme École ensemble.

Pas normal, finalement et en sens inverse, que, malgré toutes ces embûches, nos jeunes se classent toujours aussi bien aux concours internationaux de réussite scolaire. Imaginez les résultats qu’ils auraient s’ils allaient dans une école normale.

(Une version de ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Univers linguistiques parallèles

Tel un portail spatiotemporel ouvert entre deux univers, des événements permettent de mettre en lumière la coexistence, dans un même lieu, de deux réalités contradictoires. Dans l’affaire de la francisation forcée de 80 % des futurs étudiants hors Québec de McGill et de Concordia, il y a le monde à l’endroit et le monde à l’envers. Amusons-nous à faire des allers-retours. 

À l’endroit. La mesure obligera les universités anglophones à mettre sur pied, d’ici deux ans, un dispositif faisant en sorte que 80 % des futurs étudiants venus de l’extérieur du Québec atteignent en trois ans, donc au plus tôt en 2028, un niveau de français 5 à l’oral. Cela signifie qu’après avoir passé trois ans dans la métropole francophone des Amériques, le jeune adulte, dont les capacités intellectuelles lui ont permis d’être admis dans une des meilleures universités du monde, devra, dans un contexte prévisible, peu exigeant, parfois formel et facilité par l’aide ponctuelle d’une personne interlocutrice, capter l’essentiel — mais non la totalité — d’une conversation portant sur des sujets courants. On ne s’attend pas à ce qu’il saisisse les blagues d’un humoriste, un film québécois, une conférence universitaire. Mais qu’il puisse commander un repas, faire une réservation, comprendre une nouvelle sportive ou les conseils d’une voisine. Résumons : un jeune adulte doué, dans une ville francophone, après trois ans de cours.

À l’envers. « À la lumière des dommages que ces mesures causeront, je ne peux voir cela que comme une attaque ciblée contre des institutions qui font partie du Québec et qui ont contribué au Québec pendant des centaines d’années », a affirmé dans l’heure suivant l’annonce de la mesure le principal et vice-chancelier de l’Université McGill, Deep Saini. Il s’agit, a-t-il ajouté, d’une politique « incohérente » basée sur « les impressions et les émotions, plutôt que sur la prise de décision fondée sur des preuves ».

À l’endroit. Depuis des décennies, 100 % des étudiants francophones de l’Université Laval, y compris s’ils viennent de l’étranger, doivent atteindre le niveau 6 d’anglais oral et écrit avant ou pendant leurs études. C’est une condition d’obtention de leur diplôme de premier cycle, en arts, en génie, en informatique, dans toutes les matières. L’exigence est éliminatoire. Ils doivent atteindre ce niveau dans une ville, Québec, où la proportion d’anglophones est de 1,7 %.

À l’envers. « S’attendre à ce que 80 % des étudiants de l’extérieur du Québec apprennent le français intermédiaire est à peu près aussi irréaliste que de s’attendre à ce que les immigrants connaissent le français en six mois. Mais, bien sûr, ni l’un ni l’autre n’est sérieux. C’est juste une façon pour la CAQ d’uriner sur les anglophones et les allophones qu’ils méprisent clairement », affirme sur X Dennis Wendt, professeur associé de psychologie de l’éducation et de counselling à McGill. Je répète : psychologie et éducation.

À l’endroit. Depuis des décennies, 100 % des étudiants en droit de  McGill doivent démontrer une maîtrise intermédiaire avancée en compréhension écrite et orale dans les deux langues. Cela équivaut aux niveaux 7 et 8, soit la capacité de comprendre l’essentiel de conversations, de productions culturelles ou de présentations, parfois complexes, y compris l’humour. Cette compétence  requise au point d’entrée du premier cycle  est éliminatoire. L’Université se réserve le droit de retester les étudiants en cours de programme.

À l’envers. « La barre a été placée à un niveau irréaliste au point que McGill et Concordia risquent de perdre encore plus d’étudiants, d’argent et de prestige s’ils sont punis pour ne pas avoir respecté les termes de ce marché faustien », selon un éditorial du Montreal Gazette.

À l’endroit. L’an dernier, le gouvernement de François Legault a confirmé la décision de Philippe Couillard d’offrir à McGill une bonne partie de l’ancien hôpital Royal Victoria, d’une valeur patrimoniale inestimable. Pour financer cet agrandissement d’ampleur historique de McGill, Québec a également confirmé lui octroyer plus de 650 millions de dollars, ce qui propulse l’université anglophone à un niveau de financement québécois jamais précédemment connu par une université francophone, quelle qu’elle soit.

À l’envers. « Pourquoi François Legault est-il déterminé à détruire McGill et Concordia », demande la chroniqueuse du National Post, Tasha Kheiriddin ? Elle connaît les réponses : 1. Pour sauver sa peau politique, alors que le Parti québécois grimpe dans les sondages, 2. Parce que dans son enfance, il jouait au hockey contre des Anglais. (Je résume.) « Il se comporte maintenant comme un enfant de cinq ans qui pique une colère », conclut-elle. 

À l’endroit. Le nombre d’étudiants étrangers unilingues anglophones au Québec est passé de 16 000 en 2015 à 35 800 en 2021. Il faut y ajouter 5300 étudiants canadiens-anglais unilingues anglophones. C’est l’équivalent de deux fois la population de Westmount qui est ainsi versée en permanence et jusqu’ici en croissance dans le centre-ville. Cela crée, note l’auteur Frédéric Lacroix, « centrée sur McGill, Dawson, Concordia, Matrix, Herzing, etc., une cité-État anglophone au coeur de Montréal ». En plus de l’évidente augmentation de la demande de services en anglais que leur présence impose, l’Office québécois de la langue française note qu’au centre-ville, on se fait accueillir davantage in English only le soir et les fins de semaine (dans 18 % des cas). C’est un reflet de l’embauche de ces étudiants unilingues par des commerçants en mal de main-d’oeuvre. 

À l’envers. « En fin de compte, il n’y a aucune raison d’appliquer cette mesure et de nombreuses raisons de ne pas le faire, écrit encore le Montreal Gazette en éditorial, sauf pour éroder la vitalité de la communauté anglophone du Québec, détruire les universités anglaises, affaiblir les institutions anglaises et marquer des points politiques populistes. »

(Ce texte fut d’abord publié dans Le Devoir.)