L’amnésie prévisible de Dominique Anglade (intégral)

On ne peut pas dire qu’elle ne donne pas son 110 %. Dominique Anglade joue toutes les touches du clavier politique pour imposer sa présence dans le paysage médiatique. Parfois, elle se fait outrageusement optimiste : « Je vais gagner en 2022 ! » Parfois, elle semble tirer son texte de la pancarte d’un manifestant antivaccin : « Legault a plongé le Québec dans la noirceur ! » Parfois, comme au début janvier, elle réclame qu’on l’écoute et demande un débat d’urgence à l’Assemblée. Parfois, elle affirme qu’on l’écoute, mais qu’on ne l’entend pas, et elle se retire de la consultation hebdomadaire des chefs d’opposition, organisée précisément par le premier ministre pour faire semblant qu’il écoute.

Les pieds d’argile de la loi sur la laïcité

Le grand mandarin du Parti québécois, Louis Bernard, avait écrit au plomb, avec une toute petite écriture, sur du papier ligné, un projet de loi sur la souveraineté. Le texte, parfaitement lisible pour des non-initiés, était la pièce maîtresse de la préparation indépendantiste qui avait précédé l’élection de Jacques Parizeau en 1994. À moi qui étais le dernier rentré dans l’équipe de conseillers, on expliqua que le texte, dont il n’y avait aucune copie, ne comprenait rien de neuf par rapport à ce que disait le PQ depuis sa fondation.

Madame la Coroner, encore un effort…

Vous et moi, chère Me Géhane Kamel, avons pour l’essentiel perdu notre journée de vendredi dernier. Vous à Trois-Rivières, moi devant mon écran sur un lien Teams, avons écouté quelques heures durant la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, nous expliquer combien elle avait été bouleversée par les événements de la première vague. Se pourrait-il, lui avez-vous demandé, que, dans la précipitation, une « erreur » ait été commise ? Madame la Ministre n’a pas aimé le mot. On a fait au mieux avec les données qu’on avait, a-t-elle dit. Mais avec ce qu’on sait maintenant, on referait les choses autrement.

Les emmerdeurs

Sommes-nous désormais gouvernés par Twitter ? Nos élus ancrent-ils maintenant leurs décisions sur leurs humeurs du moment, leurs frustrations et leurs coups de colère ? Le président de la République française, Emmanuel Macron, a malheureusement donné le ton en affirmant délibérément en entrevue qu’il voulait « emmerder les non-vaccinés ». Oui, a-t-il ajouté, « jusqu’au bout ». On ne se souvient pas que Charles de Gaulle ait jamais voulu emmerder quiconque, y compris les Allemands, qu’il voulait vaincre, tout simplement. Oui, un jour qu’un manifestant lui criait « Mort aux cons ! », il a répondu : « Vaste programme ». Remarquez, il n’a jamais tenté de mettre en œuvre cette opération qui aurait pu être salutaire, mais, avouons-le, difficile d’application.

Les impunis

On reprochera ce qu’on voudra aux influenceurs ostrogoths, aux complotistes, aux réfractaires à la vaccination. On pourra jusqu’à plus soif blâmer François Legault pour notre Noël à 25 invités qui n’aura jamais eu lieu, Horacio Arruda pour les tests rapides qui ont moisi en entrepôt, Jean-François Roberge pour les ratés de la ventilation. Mais une chose est certaine : ils ne sont responsables ni de l’apparition ni de la diffusion du virus.

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)