C’est quand même tout un changement, ne pensez-vous pas, cette idée d’avoir un ministre de l’Identité canadienne ? On doit la chose à Mark Carney, qui, à son arrivée, a décidé que c’en était terminé de l’époque post-identitaire et post-nationale de son prédécesseur Justin Trudeau. Steven Guilbeault a inauguré la chose en mars dernier, et on nous a bien expliqué combien il était important d’adjoindre la responsabilité de « la Nature » à celles du Patrimoine et de la Culture, car dame Nature canadienne fait partie de notre ADN.
Intelligences
Selon les scénarios les plus optimistes, l’intelligence artificielle (IA) aura atteint le niveau d’intelligence d’un humain l’an prochain. L’étape suivante sera d’atteindre le niveau de l’intelligence combinée de tous les humains. Certains pensent que cela pourrait arriver dès 2027, d’autres affirment qu’il faudra compter plusieurs années.
Les ingrédients du futur Oui
En début d’année, j’appréhendais la commémoration du 30e anniversaire du référendum de 1995. Je me disais : ça va être dur pour nous, indépendantistes. La phrase de Jacques Parizeau. Le souvenir de la défaite. J’estime que l’épisode a laissé une profonde cicatrice dans la psyché québécoise. À vue de nez, l’électorat a mis un quart de siècle à s’en remettre, jusqu’en 2022, moment pivot de la remontée d’intérêt pour le Parti québécois et son nouveau chef.
Le bon gars
C’est terrible, les tuiles qui tombent sur Pablo Rodriguez. Cela ne pouvait arriver à un meilleur gars. On le voit bien : il ne ferait pas de mal à une mouche. Mes collègues Isabelle Porter et Marie-Michèle Sioui ont parlé à 20 personnes qui l’ont connu au long de son parcours politique. Tous n’avaient que deux mots à la bouche : « gentil » et « humain ».
On l’a vu, c’est vrai, s’emporter contre le Bloc québécois depuis son pupitre de ministre. Il lui arrive de se fâcher et d’affirmer « moi aussi, je suis Québécois » alors que personne ne le conteste. Mais si on excepte sa défense rituelle de l’unité canadienne, on ne peut dire que Pablo nous enquiquine avec ses idées. Il n’est pas en train de nous convaincre de grand-chose. Sauf que ce serait tellement mieux si on était tous ensemble, unis et heureux, dans le grand Parti libéral. Son ancien chef Michael Ignatieff l’a confié au Devoir : c’est « un homme de terrain plus qu’un homme d’idées ». « Et je ne dis pas ça pour le critiquer, nuance-t-il. Il a beaucoup de charme personnel, de savoir-faire pour attirer les gens. C’est ça, je crois, son grand atout comme homme politique. » C’est certain.
Le meilleur ami de la PSP-Piastre ? Mark Carney !
Lorsque Paul St-Pierre Plamondon fera sa liste des experts financiers qui, selon son engagement récent, devront guider le Québec indépendant sur le chemin d’une monnaie québécoise, il serait bien avisé de mettre Mark Carney en toute première place.
Le destin a voulu que celui qui, après-demain, pourrait diriger le camp canadien du Non fut dans une vie antérieure un critique compétent du maintien, pour un nouvel État souverain, de la monnaie du pays qu’il veut quitter.
Jungle identitaire
Aviez-vous déjà entendu l’expression « Jean-Guy Rubber Boots » ? Moi pas. Sachez que cela circule, dans les écoles, parmi les élèves issus de l’immigration. « Jean-Guy » est un nom québécois typique, négativement connoté. « Rubber Boots » renvoie à un choix vestimentaire méprisable.
Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire les touffus rapports sur la non-intégration publiés la semaine dernière par le commissaire à la langue française, Benoît Dubreuil. Lui et son équipe ont épluché une vingtaine d’études qualitatives publiées depuis 20 ans, qui donnent la parole aux Québécois nés ailleurs et qui ont eu, pour beaucoup d’entre eux, le malheur de nous connaître.
Indépendophobie
Une peur irraisonnée. C’est la définition de la phobie, je ne vous l’apprends pas. Cela peut concerner les araignées, le sang, les chiens, les clowns, les gays et bien d’autres choses encore. On diagnostique ces peurs chez des gens autrement raisonnables. Quelque chose en eux – une anxiété venue de l’enfance, d’un film d’horreur ou d’une motivation politique obsessive– les poussent à réagir avec excès à des phénomènes que la moyenne des ours aborde avec prudence, sinon avec sérénité.
Moyenne au bâton
On attendait de François Legault une nouvelle « vision économique ». Il nous l’annonçait depuis plusieurs mois. Vous étiez donc, comme moi, en équilibre précaire au bout de vos chaises dans l’attente d’une forte injection d’adrénaline économique. Il serait exagéré de dire que nous n’avons eu droit qu’à une dose homéopathique. Disons simplement, pour résumer, que M. Legault nous a annoncé avoir eu raison depuis qu’il est au pouvoir mais que, pour la prochaine année, il aurait encore davantage raison. Bref, il va continuer à faire ce qu’il a fait jusqu’à présent, mais… encore plus. (J’admets que l’inclusion de l’industrie de la défense comme « pilier » de la croissance est arrivée sur le tard. Merci, Donald !)
Douceurs internationales
Jeudi dernier, Paul St-Pierre Plamondon (PSPP), que, dans un lapsus pendant la période de questions, le premier ministre a appelé « le chef du Québec », tentait de définir ce que serait, pour un Québec indépendant, l’utilisation du soft power. Par opposition au hard power, celui des armes et de l’argent qui contraint, la version soft influence.
Les puissances additionnent évidemment les deux et le pouvoir américain procède d’une combinaison Pentagone-Wall Street-Hollywood. L’un bombarde ou menace de le faire, le second achète, le troisième diffuse des valeurs.
L’obséquieux et le malotru
Ces dernières semaines ont été pourries pour le savoir-vivre dans une partie non négligeable de la classe politique canadienne. Et je ne parle même pas de Pierre Poilievre et de son fantasme de voir Justin Trudeau derrière les barreaux.
La palme de l’obséquiosité revient à celui dont on pensait qu’il était rompu aux usages et aux codes, ayant fréquenté la royauté à Londres, les diplomates à l’Organisation des Nations unies (ONU) et la haute fonction publique à Ottawa. Je suis convaincu que Mark Carney a une intelligence vive, une connaissance fine des enjeux. Je vois dans ses petits sourires qu’il compense par un humour pince-sans-rire sa certitude d’être toujours, partout, le premier de la classe.
Je ne veux en rien diminuer la difficulté de la tâche qui lui incombe et pour laquelle il a postulé : composer avec l’enfant-roi qui préside la superpuissance mondiale voisine et qui peut, d’un coup de mauvaise humeur, faire plonger notre économie dans une récession. Comme vous, je l’observe, composant avec Donald Trump en le flattant dans le sens du poil, mais généralement sans quitter le cercle de la raison. « Vous êtes un président transformateur », lui a-t-il dit l’autre fois dans le Bureau ovale. Oui, mais c’est vrai aussi d’un ouragan. Vous avez « un focus implacable sur l’économie, sur le travailleur américain ». Vrai, mais il n’a pas dit que l’économie, ou le travailleur, s’en sortiraient ragaillardis ou déconfits.









