Libertat

Allocution du chef du Parti Québécois, Jean-François Lisée –
Republicà que farem, Esquerra Republicana de Catalunya
Samedi 4 mars 2017, Barcelone

La version lue fait foi

Toutes les générations ne sont pas égales face à l’histoire, et certainement pas face à la liberté. Et c’est bien ce qui est au coeur de votre combat, plus que les revendications sur les responsabilités, la fiscalité ou la culture. Au coeur de votre combat, il y a la question de la liberté.

Et votre génération connaît, mieux que plusieurs autres, la valeur de la liberté. Pourquoi ? Parce que beaucoup de gens affirment que vous n’êtes pas libres. Que vous n’avez pas le choix de créer un pays qui s’appellerait Catalogne et qui siègerait dignement à la table des nations, en Europe et dans le monde.

Intégrité et commerce extérieur québécois

Nous avons lancé cet automne un important plan de développement du Commerce extérieur. Et j’ai eu la chance, lors de missions en Afrique, en Chine, en Inde et en Europe, d’être accompagné d’un grand nombre d’entreprises.

Mais comment aider les entreprises du Québec à l’étranger tout en s’assurant que l’intégrité règne.

J’ai abordé la question devant les entreprises qui m’accompagnaient, au premier jour de notre mission en Afrique de l’Ouest, en septembre dernier. Voici un extrait du discours:

Vous savez, la première fois qu’on dit oui ou non à un corrupteur est déterminante. Si on commence par dire oui, car on se dit que tout le monde le fait, ensuite on peut être tenté de devenir des champions de la corruption.

Certaines entreprises se sont aussi dit qu’elles pouvaient se le permettre, car les régimes avec qui elles faisaient affaire seraient en place pour des générations.

Eh bien dans plusieurs endroits au cours des dernières années, le voile s’est levé sur tous ces secrets et la réputation de grandes entreprises a été souillée pour des années. Elles sont exclues de grands marchés internationaux.

Ce sont les entreprises qui ont dit non au premier corrupteur, quitte à perdre un certain nombre de contrats, qui sont aujourd’hui en position de prendre le relais, alors que certaines de leurs vis-à-vis, les entreprises qui avaient dit oui, se retrouvent pour des années dans des salles d’audience et de procès, devant des juges et des procureurs, et peut-être, espérons-le, pour certains dirigeants, en prison.

L’intégrité ce n’est pas seulement la bonne chose à faire. C’est la bonne décision d’affaires, à moyen et à long terme. C’est la bonne décision d’affaires dans un environnement où il y a encore des corrupteurs et des corrompus, et où leur date d’expiration est beaucoup plus rapprochée qu’elle ne l’était.

Et être corrompu aujourd’hui, en Afrique comme ailleurs, c’est vivre très, très dangereusement, et ne pas pouvoir profiter pendant sa retraite des biens mal acquis.

Le gouvernement du Québec est extraordinairement actif en termes d’accompagnement international, pour aider les entreprises sur les marchés mondiaux, faire des maillages, rencontrer les autorités publiques, pour ouvrir des portes.

Comment avons-nous décidé de procéder pour le recrutement des entreprises lors de cette mission, dans cette période de transition, où nous sommes en train de faire un grand ménage au sein des entreprises québécoises?

D’abord, si des entreprises avaient tenté d’obtenir leur certificat de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et avaient échoué, ils ne pouvaient pas s’inscrire à cette mission, tout simplement. Je précise que ce refus du certificat de l’AMF est aussi lié à une condamnation pour corruption d’agents publics étrangers au cours des 5 années précédentes. C’est-à-dire que si des gens se sont dit qu’ils seraient intègres au Québec et corrompus à l’étranger, ça a des conséquences au Québec, puisque le certificat ne sera pas émis.

Évidemment en ce moment toutes les entreprises ne sont pas soumises à obtenir ce certificat, puisque nous sommes dans un processus graduel où on applique cette nécessité aux contrats de 40 millions et plus, et ensuite ce sera 30, 20, 10 millions, jusqu’à 1 dollar. On ne sait pas combien de temps ça prendra, mais on s’y rendra.

La décision que nous avons prise dans l’intervalle, c’est que les entreprises qui sont en processus d’obtenir ce certificat ou qui ne l’ont pas encore demandé pouvaient participer à la mission, mais les entreprises dont les noms ont été associés à des pratiques douteuses ne pourront pas participer à des rencontres ministérielles.

C’est-à-dire que pendant la mission je rencontre des ministres sectoriels, et j’invite des entreprises qui ont des dossiers importants à participer à ces rencontres. C’est très important, ça ouvre des portes, ça sensibilise. Mais ça ne sera pas le cas pour des entreprises dont le nom est associé à des pratiques douteuses et qui n’ont pas encore soit obtenu un certificat, ou qui n’ont pas encore demandé leur certificat. C’est la pratique que nous appliquons.

Et donc ça vaut la peine d’avoir un certificat. On sait que pour des entreprises qui ont été fautives dans le passé, l’AMF donne la feuille de route pour retrouver la capacité d’obtenir ce certificat. Nous savons aussi que plusieurs grandes entreprises, notamment en ingénierie, travaillent très fort à l’interne pour faire les changements nécessaires à retrouver l’intégrité et convaincre l’AMF que c’est le cas. Et l’AMF est très pointilleuse.

Dans la prochaine année, nous allons nous pencher aussi sur le niveau d’application de la norme BNQ 21000, qui est la norme québécoise de Responsabilité sociale des entreprise. Nous allons aviser les entreprises en amont de commencer à l’intégrer dans leur fonctionnement, et notre objectif c’est qu’à terme, les entreprises qui participent avec nous à ces missions à l’étranger soient en processus d’adoption de la norme, ou l’aient déjà intégrée.

Voilà, c’est un travail à faire, c’est une culture, que certains d’entre vous connaissez déjà et avez déjà intégrée. Mais le signal que le gouvernement du Québec donne au Québec est le même que celui que nous donnons à l’étranger. L’intégrité fait partie de la réputation que nous voulons projeter. Le gouvernement doit être irréprochable, les entreprises, les institutions, les ONG doivent l’être aussi. C’est ce qui nous permettra de mieux rayonner à l’étranger et d’être très fiers de ce que nous faisons dans tous les secteurs.

Je vous remercie.

L’exportation, c’est l’emploi

Comment créer davantage d’emplois à Montréal et partout au Québec ?
En vendant, ailleurs, ce qui nous rend distincts, ici.

Quel est le mode d’emploi?
Je l’ai présenté devant un parterre d’entrepreneurs au CORIM ce lundi :

Pour en savoir davantage, voici l’essentiel du Plan, précédé d’une infographie-résumé :

Investir dans l’exportation, c’est investir dans le Québec

Le Plan de développement du commerce extérieur 2013-2017 (PDCE) vise la relance des exportations par la consolidation des marchés traditionnels (Canada, États-Unis et Europe), le développement de nouveaux marchés et la préparation des nouveaux exportateurs.

Ce plan est né d’un effort de consultation des entreprises, des associations sectorielles et du réseau des organismes à l’exportation, bref des joueurs expérimentés!

Trois grands principes animent cette démarche :

  1. Un accès simplifié aux services à l’exportation
  2. Une meilleure correspondance entre l’offre québécoise et la demande étrangère
  3. Une action concertée et une synergie des acteurs du commerce extérieur

Grands objectifs :

  1. consolider et accroître les ventes des entreprises que nous accompagnons sur les marchés traditionnels
  2. accroître les résultats de notre action eu égard aux entreprises que nous accompagnons sur les marchés en émergence (Asie-Pacifique, Amérique latine, Afrique et Moyen-Orient). La croissance visée équivaut approximativement à 15 % par année
  3. offrir des services spécialisés dans toutes les régions du Québec et augmenter le nombre de nouvelles entreprises exportatrices

Quatre grandes orientations :

1- Faciliter l’accès aux services et aux marchés

  1. Alléger les processus administratifs gouvernementaux
  2. Améliorer la concertation et la complémentarité entre intervenants à l’exportation
  3. Mettre la diplomatie au service de l’économie
  4. Promouvoir les intérêts du Québec dans la négociation d’accords économiques

2 – Préparer les entreprises en amont du développement de marché

  1. Déployer une approche intégrée de l’accompagnement stratégique des entreprises
  2. Faciliter la commercialisation des produits novateurs
  3. Appuyer le développement des compétences et le recrutement de travailleurs qualifiés
  4. Offrir de services spécialisés à l’exportation dans toutes les régions du Québec
  5. Faciliter le partage de connaissances, d’expériences et la diffusion d’information stratégique
  6. Offrir des services et des outils financiers adaptés

3 – Appuyer les entreprises à l’étranger

  1. Assurer un meilleur arrimage entre l’offre québécoise et les occasions sur les marchés étrangers
  2. Faciliter la création de liens d’affaires entre entreprises étrangères et québécoises
  3. Aider nos entreprises à consolider leur présence sur les marchés étrangers
  4. Encourager les maillages entre secteurs d’excellence, grappes, établissements d’enseignement avec leurs vis-à-vis à l’étranger

4 – Promouvoir les forces du Québec

  1. Mettre en valeur les secteurs d’excellence, la culture, l’éducation et l’industrie touristique à l’étranger
  2. Promouvoir, à des fins d’investissements, la compétitivité de l’environnement d’affaires du Québec
  3. Positionner le Québec comme chef de file mondial du développement durable et de l’électrification des transports

Concrètement, pour vous, entrepreneurs, le PDCE c’est :

  1. une clarification des démarches à l’exportation, notamment par la mise en place de services de première ligne pour les entreprises
  2. la possibilité de s’inscrire en ligne 24 heures sur 24 pour des missions commerciales ou des activités d’Export Québec
  3. la possibilité de valider directement, en ligne, votre admissibilité au Programme exportation
  4. un accompagnement individuel pour les entreprises à fort potentiel d’exportation
  5. la possibilité d’utiliser les services et les conseils du personnel des bureaux d’Expansion Québec partout dans le monde pour vous faciliter l’accès aux marchés étrangers
  6. un appui du gouvernement tout au long d’un cycle d’innovation afin de développer vos produits innovants et d’en faciliter leur commercialisation et leur exportation
  7. et plus encore.

Ce que prévoit le PDCE d’ici à 2017 :

  1. un soutien financier de 82 millions de dollars aux entreprises pour leur faciliter l’accès aux marchés d’exportation
  2. l’accompagnement de 1 000 entreprises par année dans toutes les régions du Québec
  3. 2 500 accompagnements directs sur les marchés hors Québec, générant des ventes fermes de plus de 940 millions de dollars et la création de 2 000 emplois par année
  4. 1 000 nouvelles entreprises exportatrices d’ici à cinq ans.

Le Québec :
Des ambitions mondiales

Discours prononcé devant le CORIM, le 11 février 2013

Québec : Des ambitions mondiales

Imaginez un chercheur qui devrait décrire le Québec, mais sans y mettre les pieds et sans rien connaître de son économie ou de sa démographie. Il devrait décrire le Québec à partir de sa présence internationale. Il devrait, en fait, le déduire.

Suivant l’actualité cinématographique, il constaterait que chaque année depuis trois ans, un film québécois est en nomination aux Oscars pour le meilleur film étranger. Poursuivant ses recherches culturelles, il noterait que des Québécois sont chargés de créer les plus grandes productions du temps dans le temple newyorkais de l’Opéra, qu’ils occupent la place de choix à Las Vegas, que certains de leurs chanteurs dominent les marchés francophones et anglophones des ventes, que leurs troupes de danse sont reconnus de Philadelphie à Berlin. Il constaterait aussi que les meilleurs jazzmen, humoristes et contorsionnistes convergent, chaque année, vers la métropole québécoise pour partager leur art en au moins quatre langues : la musique, le fou-rire, l’anglais et, par-dessus tout, le français.

Notre chercheur saurait, car il a des comparables, que le Québec n’est pas une superpuissance culturelle, car il n’est ni Hollywood, ni Bollywood, ni Paris. Mais il conclurait que le Québec est une puissance culturelle.

Il devrait aussi remplir son calepin de notations économiques. Il apprendrait que dans les tunnels de métro de 40 villes et sur les chemins de fer de 21 pays, du Chili à l’Ouzbékistan, roulent pas moins de 100 000 véhicules portant un logo québécois, Bombardier.

Il apprendrait qu’en Aérospatiale, la métropole québécoise est sur le podium des trois grandes places mondiales et que des avions québécois sillonnent le ciel de 100 pays. Ils atterrissent dans des aéroports américains, russes ou africains. Des aéroports fabriqués par des ingénieurs québécois.

Il noterait aussi que le Québec est une référence en matière de coopératives. On lui dirait que 2800 coopératives du monde entier sont venues fêter à Lévis, en 2012, l’année internationale des coopératives. Et ils en sont revenus avec cette information étonnante que le premier employeur privé au Québec n’était pas Wal-Mart, comme ailleurs, mais une force financière majeure et coopérative, le Mouvement Desjardins. On lui dirait aussi que le Chantier de l’économie sociale du Québec est également un point de référence en la matière et accueillait, en 2011, ses collègues de 65 pays.

Continuant ses investigations, notre chercheur s’intéresserait au poids politique du Québec. À Washington, il apprendrait qu’un des plus grands accords de libre-échange de l’histoire récente, l’ALENA, n’existerait tout simplement pas sans le poids politique mis dans la balance par le Québec il y a bientôt 30 ans.

À Bruxelles, on lui expliquerait qu’un autre accord historique, en voie de négociation, entre toute l’Europe et le Canada, n’existe qu’à cause de la volonté du Québec de le voir émerger.

À Paris, on lui dirait que la force de caractère du Québec, incarnée par une certaine Louise Beaudoin, fut déterminante dans la conception d’une convention internationale protégeant la capacité des États à soutenir leurs cultures nationales. Convention d’abord portée par le Québec, la France et le Canada, puis par la Francophonie, puis par tous les pays du monde, sauf deux.

Dans plusieurs capitales africaines, il apprendrait que le Québec est un des gouvernements les plus influents d’une organisation qui en compte 77, l’Organisation Internationale de la Francophonie. L’OIF, dirigée magistralement par un grand sénégalais, Abdou Diouf, et secondé admirablement par un Québécois, Clément Duhaime.

À Haïti, au Maghreb, en Afrique sub-saharienne, on lui dirait que les Québécois de 65 organisations de coopération humanitaire membres de l’AQOCI aident des populations locales à devenir plus autonomes, sur tous les plans. Il apprendrait que l’an dernier seulement, le Directeur général des élections du Québec a accompagné la transition démocratique au Bénin, au Maroc, à Madagascar, au Mexique, au Gabon et au Burkina Faso, a aussi conseillé les Catalans, les Américains et les Français.

À Boston, la grande ville intellectuelle américaine, on lui dirait qu’elle ne connaît qu’une rivale, en termes de nombre d’universités, d’étudiants locaux et étrangers : Montréal.

S’intéressant à la science, on lui expliquerait qu’un Québécois, Pierre Dansereau, est le père de l’écologie, qu’un autre, Hans Seyle, a le premier décrit le stress, que le rachitisme a été battu en brèche parce que des chercheurs québécois ont su comment enrichir le lait. Il apprendrait qu’on a su dépister l’hypothyroïdie congénitale chez 150 millions de nouveaux nés grâce aux travaux de Jean-H Dussault. Ou encore que Bernard Belleau a conçu le 3TC, premier médicament mondialement utilisé contre le Sida. Au cours des 30 dernières années, grâce aux chercheurs québécois…
… on comprend mieux les mécanismes de la douleur et la maladie d’Alzheimer,
… on connaît des gènes prédisposant au cancer du sein,
… on a découvert la capacité des neurones de se régénérer dans le système nerveux central,
… on sait diagnostiquer précocement la scoliose et des infections bactériennes fulgurantes.

Et invente, pour les voitures électriques, les piles les plus performantes.

C’est la liste courte.

De retour dans son bureau, avec toutes ses notes, qu’en retiendrait-il notre chercheur ? Difficile à dire. Mais il est facile d’imaginer ce qu’il ne déduirait pas. Il ne croirait pas qu’un peuple de seulement 8 millions de personnes est responsable de tout ce rayonnement. Il ne croirait pas que le PIB de ce peuple ne le hisserait pas, au moins, dans le G20. Il aurait beaucoup de difficulté à comprendre que ce peuple n’est pas membre des Nations Unies et qu’il ne peut presque jamais voter dans les forums où se décident des grands enjeux où il a pourtant tant à dire et à offrir.

Il y a certainement une chose qu’il ne demanderait pas, et c’est la suivante : à quoi sert la politique internationale du Québec? Il verrait qu’elle est au service d’un remarquable foisonnement de création, d’une contribution significative à la vie internationale.

Les enjeux de politique internationale pour le Québec

La politique internationale du Québec sert, comme celle de toutes les autres nations, ses intérêts et ses valeurs.

L’intérêt premier du Québec est de constamment créer les conditions de son propre épanouissement. Pour une nation francophone qui forme 2% de la population nord-américaine, cela signifie contribuer sans relâche, sur tous les forums, avec inventivité et combativité, à un monde qui valorise la diversité culturelle et linguistique, plutôt que l’uniformité; un monde qui reconnaît aux nations la capacité de faire des choix linguistiques et culturels qui ne soient pas minés par la logique commerciale.

J’ai parlé de la Convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, mais on doit savoir aussi que la loi 101 a servi d’inspiration pour défendre les langues nationales en Arménie, au Brésil, en Catalogne, en Estonie, Lettonie et Lituanie, au Pays Basque, en Pologne au Nunavut et en Chine. Autant de victoires du multilinguisme, autant de recrues dans le combat de la diversité.

L’autre intérêt premier du Québec est de préserver sa propre capacité de déterminer son destin national. Nous sommes une nation non  indépendante. Le choix de le devenir nous appartient. La lucidité – d’autres diraient la realpolitik —  nous impose un constat : plus le Québec sera fort, plus il aura les moyens d’exercer ce choix sans entraves.

Qu’est-ce que la force québécoise ? L’addition de tous ses atouts. À l’interne : sa santé démocratique et la robustesse de ses institutions, le niveau de formation de ses citoyens, son poids économique, ses ressources naturelles, la qualité de ses produits et services, de sa recherche, de son inventivité. À l’étranger : sa projection politique, économique et culturelle.

Politiquement, les alliances tissées avec les régions-phare de l’Europe — Bavière, Catalogne, Rhône-Alpes, Flandres, Wallonie — et, grâce à notre ténacité, autour de la grande table de la Francophonie politique, sont autant de pierres posées à l’édifice de notre crédibilité internationale.

Aux États-Unis, le patient travail de présence active au sein des forums des Gouverneurs de l’Est et des Grands lacs, puis dans l’alliance des États engagés dans le marché du carbone, fait de nous un interlocuteur de premier plan. Wall Street est depuis longtemps apprivoisé par les emprunteurs du Ministère des Finances et d’Hydro, dont la clientèle est appréciée et convoitée.

Certains nous reprochent d’avoir voulu que la France réitère sa position historique de « non-ingérence et non indifférence » envers le Québec. Ils présentent la chose comme un caprice de souverainistes. Jean Charest, fédéraliste, avait pourtant bien compris que le mépris affiché naguère par Nicolas Sarkozy envers cette tradition réduisait le rapport de force du Québec. Sitôt sorti de la cérémonie où le président venait de commettre cet écart, M. Charest s’empressait d’indiquer aux journalistes que la France « n’aurait d’autre choix » que d’appuyer le Québec en cas de référendum positif.

Quelle importance pour lui, pro-canadien ? La même que pour le ministre John Baird, qui s’est invité à Paris une semaine avant notre venue l’automne dernier pour tenter d’influencer la décision, la même que pour l’ambassade canadienne qui fut assez insistante, nous disent nos amis français, pour prévenir en vain l’Élysée et Matignon que cette formule n’était pas opportune.

Elle donne au Québec un surplus de rapport de force, référendum ou pas. Que l’on sache, à Ottawa, Washington et ailleurs, que la France, quatrième puissance mondiale, se tiendra aux côtés du Québec quoi qu’il arrive confère à la nation québécoise, immédiatement et en permanence, un intangible mais significatif supplément de tonus.

Tout cela s’additionne. Tout cela concourt au rapport de force du Québec. Il y en a que cela inquiète. C’est probablement bon signe…

Enjeux commerciaux

Voilà pour les intérêts existentiels du Québec. Notre politique internationale sert également nos intérêts plus prosaïques. Économiques, commerciaux, culturels, d’immigration, d’éducation, de coopération scientifique et sportive, de tourisme, pour ne nommer que les principaux.

Parlons d’abord commerce et politique commerciale et de l’accord commercial Canada-Europe en voie de négociation.

Sur cette tribune, en avril dernier, Mme Pauline Marois avait évoqué à la fois son appui au principe de l’entente, mais son inquiétude sur plusieurs de ses modalités. D’abord elle dénonçait le manque de transparence jusqu’alors affiché par les gouvernements canadien et québécois dans la négociation.

Depuis notre élection, mon collègue Nicolas Marceau et moi avons innové en donnant aux membres de la société civile un accès direct à l’équipe québécoise de négociation. Deux séances d’information ont eu lieu, une première en octobre et une seconde le mois dernier, lors d’une longue conférence téléphonique ouverte à une cinquantaine de groupes intéressés. Le négociateur, Pierre-Marc Johnson et son équipe ont aussi rencontré plusieurs des acteurs principaux au cours des mois et, en décembre, les porte-parole de l’opposition, pour répondre à toutes les questions.

Plus généralement, nous avons fait en sorte que la négociation respecte les balises strictes que nous avons posées. Notre objectif, dans les négociations commerciales, est certes de rendre nos entreprises plus actives dans le monde, et ainsi créer davantage d’emploi au Québec. L’accord en voie de négociation avec l’Europe éliminerait des tarifs douaniers allant de 6 à 14% sur plusieurs de nos produits exportés en direction d’un demi-milliard de consommateurs. Cela donnerait à notre économie un avantage concurrentiel considérable.

Mais notre intérêt pour l’ouverture réciproque des marchés s’arrête lorsque les ententes menacent notre capacité, en tant que démocratie, de faire nos propres choix de politiques publiques. Ce n’est pas négociable.

L’éducation, la santé, l’eau, la gestion de l’offre, rien de cela n’est négociable ou en voie de négociation. Rien dans l’accord n’incite nos gouvernements ou nos villes à privatiser quelque service que ce soit. Rien n’entame notre capacité de favoriser des choix sociaux ou environnementaux. Il s’agit tout au plus de permettre à des entreprises européennes d’entrer en compétition avec des entreprises québécoises et canadiennes pour un plus grand nombre de contrats qu’auparavant, mais dans le cadre légal québécois d’aujourd’hui et de demain. Et, oui, les entreprises européennes, comme toutes les autres, seront soumises à la loi 1 sur l’intégrité dans les contrats publics.

Nous avons longtemps été très choqués du fameux « chapitre 11 » de l’ALENA qui donnait aux investisseurs la capacité de poursuivre un gouvernement qui aurait modifié sa politique environnementale, par exemple. Permettez-moi d’être un peu technique pour une minute, mais le sujet l’exige.

Depuis l’ALENA, cette capacité a été sévèrement balisée. Une entreprise ne
peut plus se plaindre de modifications législatives ou réglementaires
d’application générale, ni de changements au régime de la propriété intellectuelle. L’investisseur ne peut plus prétendre à un recours punitif. La période où sa plainte peut être déposée est réduite. Le processus est désormais transparent. Pour l’essentiel, il ne s’agit plus maintenant que de permettre à l’investisseur de contester spécifiquement une mesure vexatoire ou arbitraire qui lui causerait un tort direct.

C’est ce canevas, de bon sens, que nous défendons au sein de la négociation en cours et dans toutes les autres.

Nous avons également établi avec force que nous ne pourrions signer un accord si nous n’étions pas satisfaits des clauses qui protègent la culture. C’est pourquoi nous avons travaillé de concert avec la Coalition pour la diversité culturelle. Nous nous sommes assurés que leurs experts et les nôtres soient pleinement convaincus que le libellé adopté offrait à notre action culturelle une solide protection.

Des coureurs des bois modernes

Les Québécois, vous le savez, ont pour tradition d’ouvrir des sentiers et des routes là où il n’y en avait pas. Le continent nord-américain est couvert de noms français parce que nos ancêtres découvreurs et coureurs des bois, depuis l’incomparable Champlain, n’ont pas eu peur de l’inconnu. Ils ont transigé avec les populations locales avec respect et équité.

Il y a encore aujourd’hui une manière québécoise d’être au monde. Non encombré de bagage colonialiste ou de visée impérialiste, traitant d’égal à égal, projetant une image de leadership efficace mais convivial.

Notre approche commerciale est empreinte de cette ADN québécoise. Nous restons nous mêmes et défendons jalousement notre capacité à définir nos politiques et nos façons d’être, tout en voulant nous déployer sur tous les continents. Nous exportons la moitié de tout ce que nous produisons. Notre économie dépend de notre succès à faire apprécier à l’étranger ce qui nous rend distincts ici.

Voyons quelques chiffres.

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Le déficit commercial est un enjeu majeur de notre politique étrangère et intérieure. Il est largement tributaire, vous le savez, de nos importations de pétrole. Le gouvernement Marois a une ferme volonté de réduire cette dépendance de deux façons : D’abord en électrifiant le transport – 25% des voitures d’ici 2020, 75% des transports publics d’ici 2030. Ensuite en produisant notre propre pétrole, de manière responsable.

Mais nous voulons aussi résoudre ce problème en augmentant nos exportations.

Voici l’évolution de nos exportations aux États-Unis, notre principal client, depuis la crise.

corim 3Je vais vous parler de diversification, mais cela s’applique aussi à nous voisins du sud. Nous nous attachons aux marchés émergents à l’intérieur des États-Unis : notamment dans le Sud-Ouest, notamment au Texas, où nous menons avec succès plusieurs missions commerciales. La progression de nos exportations dans l’État de New York continue aussi de manière soutenue.

corim 4 corim 5Voici maintenant l’évolution de nos exportations vers l’Europe

corim 6Ici, même dans un marché déprimé, nous avons la certitude que la conclusion de l’accord commercial provoquera une augmentation significative de notre présence, donc de l’emploi supplémentaire au Québec.

Mais voici l’évolution de nos exportations dans les pays du BRIC.

Le Brésil

corim 7La Russie (et ici, il y a sous-estimation car plusieurs importateurs russes prennent livraison de nos exportations en Allemagne ou en Scandinavie)

corim 8L’Inde

corim 9La Chine

corim 10On voit combien la diversification de nos marchés est importante et pourquoi nous tenons, dans les paramètres que nous avons indiqués, à conclure des accords avec l’Inde et appuyons en principe l’accord trans-pacifique qui est en début de négociation.

Voyez d’ailleurs d’où est venue la croissance de nos exportations depuis la crise. Alors que notre présence aux États-Unis est massive, notre croissance dans le BRIC est presque aussi forte. C’est donc très prometteur.

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Dans cette image, on voit la progression de la diversification de nos exportations au cours de la dernière décennie.

corim 12Voici maintenant une comparaison avec le reste du Canada.

corim 13J’en profite pour vous montrer une illustration de l’internationalisation de l’économie québécoise. Voici la source de nos importations. Notez que seulement 30% vient des États-Unis. Comparez maintenant avec le reste du Canada.

corim 14La diversification de nos importations et de nos exportations est un signe de plus grande robustesse de notre économie. Nous ne sommes pas à la merci des fluctuations économiques d’un seul partenaire. Nous y gagnons en résilience.

Les entreprises québécoises sont évidemment les premières responsables de ces succès étrangers. Mais le gouvernement québécois offre un accompagnement très actif. L’an dernier, nos services commerciaux ont épaulé 3000 entreprises dans leurs démarches d’exportation, au Québec ou à l’étranger.

Nous voulons être encore plus efficaces dans cet accompagnement et une des priorités de notre action cette année est la définition d’une nouvelle politique commerciale. Elle va mieux identifier, d’une part, le potentiel d’exportation de nos entreprises, et mieux cibler, d’autre part, les pays ou les secteurs économiques les plus porteurs pour les prochaines années. Ainsi, chacune de nos actions aura un maximum d’impact. Une consultation est en cours auprès de tous les acteurs économiques.

Nous avons ajouté un nouvel outil à notre trousse de présence à l’étranger: Les bureaux d’Expansion Québec, dont le premier fut ouvert à New York en décembre par la Première ministre.

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Le truc est d’inciter des entreprises québécoises à faire le saut à l’étranger en diminuant leurs coûts et leur risque. Plutôt que de se jeter, seul, dans un nouveau marché, nous les invitons à utiliser un espace de bureau, déjà équipé, pour trois à 18 mois, à se prévaloir des services de consultance d’un chef de bureau qui connaît les entreprises québécoises et le marché local et de cohabiter avec d’autres entreprises québécoise et française dont ils peuvent partager l’expérience.

L’idée n’est pas de nous, mais de nos partenaires de Rhône Alpes International, qui dispose déjà de 27 de ces bureaux dans le monde. Elles sont maintenant à disposition de nos entreprises. Le Québec ajoutera d’ici cinq ans 15 bureaux supplémentaires pour un réseau total de 42. Ces services sont tarifés mais extrêmement compétitifs. Mais cela permet au gouvernement québécois d’autofinancer toute cette opération.

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La stratégie Afrique

Il y a un continent dont je n’ai pas encore parlé: l’Afrique. Selon le FMI, les économies africaines sont aujourd’hui là où était l’économie chinoise il y a 20 ans. En instance de décollage.

Ceux d’entre vous qui sont allés en Afrique, surtout francophone, savent à quel point le Québec y jouit d’une réelle image de marque. Notre action dans la francophonie, nos partenariats universitaires nombreux, notre action de solidarité internationale s’ajoutent au fait qu’un grand nombre de décideurs et d’intellectuels africains ont étudié chez nous, notamment grâce à notre programme d’exemption de frais de scolarité.

Nous sommes déterminés à devenir des partenaires actifs de l’Afrique qui émerge. Nous travaillons à un Plan d’action Afrique qui embrassera l’économie, bien sûr, mais aussi les liens éducatifs, culturels, de soutien à l’état de droit, de solidarité. La Première ministre espère vous en faire état lors de la Conférence de Montréal, en juin prochain.

La solidarité

L’action internationale du Québec toute entière est traversée par une idée qui dépasse la simple défense de nos intérêts nationaux. Par une idée qui nous ressemble et qui nous définit, ici et ailleurs : la solidarité.

Depuis quelques décennies, le Ministère des relations internationales a défini ses propres programmes de solidarité internationale, en collaboration avec l’AQOCI.

Dans la mesure de nos moyens, et avec une réelle efficacité que nous savons mesurer, l’aide québécoise, à Haïti et dans plusieurs pays africains et latino-américains, est centrée sur le transfert d’expertise, en matière agricole notamment, sur la pérennité des actions et leur prise en charge par les partenaires locaux ainsi que sur les droits humains.

Avec l’AQOCI, nous avons entamé la semaine dernière le parcours qui nous mènera vers la création d’une Agence québécoise de solidarité internationale. Pourquoi ? D’abord, en soi, pour marquer officiellement et de manière pérenne notre volonté de solidarité. Pour définir ensemble, ces prochains mois, les valeurs que cette agence doit incarner et les priorités qui doivent l’animer.

Mais notre décision est rendue plus urgente du fait que l’Agence canadienne de développement internationale, l’ACDI, est depuis quelques années victime d’une dérive qui nous attriste et qui l’éloigne des valeurs altruistes qui avaient animé sa création et que lui avaient insufflé des Québécois de grande valeur, notamment Paul Gérin-Lajoie, que je salue.

La solidarité canadienne semble aujourd’hui mise au service d’intérêts commerciaux. Nous pensons que ces impératifs doivent rester distincts. Nous aidons nos entreprises à exceller à l’étranger, c’est une chose. Mais lorsqu’on fait preuve de solidarité, le mercantilisme n’a pas sa place.

Canada et Québec : des chemins qui divergent

L’action internationale du Québec, sa présence, sa pertinence, prennent ces années-ci plus d’importance encore, car les Québécois se retrouvent de moins en moins dans les orientations prises par le gouvernement canadien.

Ce n’est pas nous qui changeons. Nous sommes fidèles à nous-mêmes. C’est le Canada qui s’éloigne.

L’engagement du Canada dans des opérations de maintien de la paix était longtemps le point de convergence, en matière de défense, entre l’opinion québécoise et canadienne. Mais Ottawa n’a plus que dédain pour les opérations de paix et notre ami Jocelyn Coulon nous apprenait le mois dernier dans La Presse qu’Ottawa a récemment refusé en plusieurs occasions de prendre la direction d’opérations de paix. Cela ne l’intéresse plus.

La tradition canadienne de modération au Proche-Orient, qui faisait consensus au Québec, a été remplacée par un appui univoque aux positions israéliennes, même lorsqu’elles font débat chez nos amis israéliens eux-mêmes.

Cet automne, j’étais heureux d’avoir obtenu de l’Assemblée nationale un appui unanime pour enjoindre Ottawa de ne pas mettre un terme à l’aide précieuse prodiguée pour la construction d’un État de droit en Palestine, qui est indubitablement une condition d’une paix durable entre les deux futurs États. Nous n’avons pas reçu d’accusé réception.

Nous, Québécois, sommes pour l’instant à l’intérieur d’un pays qui agit de façon tellement contraire à nos valeurs que nous devons déployer une énergie considérable pour informer le reste de la planète que nous ne sommes pas d’accord.

Aujourd’hui, dans les réseaux internationaux de l’environnement, il est généralement admis que le Québec est la province verte dans un pays brun. Mais savez-vous le travail de représentation qu’il a fallu, ces dernières années, pour arriver à ce résultat ? Nos parlementaires et nos environnementalistes ont dû être présents à chaque rencontre internationale pour dire : Oui, le Canada a encore eu le prix du dinosaure environnemental aujourd’hui, mais nous, nous sommes différents.

Imaginez si cette énergie avait plutôt été utilisée, par un pays souverain appelé Québec, à faire avancer la cause environnementale, comme membre actif de la coalition des nations pro-Kyoto.

Des décisions prises par Ottawa sans consultation en matière d’immigration nuisent parfois sérieusement à nos efforts. L’imposition de visas aux touristes Mexicains fut néfaste pour notre tourisme et le développement de nos relations.

Indépendants, nous pourrions doubler en quelques mois le nombre de jeunes Français qui viennent découvrir le Québec pour y séjourner et y travailler temporairement, puis s’installer durablement. Simple province, nous ne pouvons qu’attendre le bon vouloir des autres. Cette main d’œuvre qualifiée et francophone nous fait pourtant cruellement défaut.

Sachez que lorsque le Québec a sélectionné un travailleur qualifié, Ottawa le fait encore attendre entre 9 et 51 mois avant de lui permettre d’atterrir chez nous. Pour les immigrants investisseurs, entre 14 et 43 mois. Ce sont des délais qu’on pourrait réduire considérablement, si on en avait le pouvoir.

Un paradoxe

C’est le grand paradoxe de la personnalité internationale du Québec. Nous sommes davantage présents que plusieurs autres pays déjà souverains. Et s’il est vrai que nous travaillons la plupart du temps de concert avec des membres de la diplomatie canadienne coopératifs et amicaux, il reste qu’on doive de façon routinière demander la permission pour rencontrer tel ministre, signer tel accord, faire venir tel diplomate. Nous sommes à la merci de la bonne volonté canadienne sur plusieurs plans et, même dans le meilleur des cas, cette étape supplémentaire obligée grève notre efficacité.

Et lorsque cette bonne volonté disparaît, comme ce fut le cas lorsque les Libéraux de Jean Chrétien étaient au pouvoir, notre action internationale s’apparente à une course à obstacle.

Voyez aujourd’hui, le gouvernement canadien se félicite de la participation québécoise dans la négociation de l’accord Canada-Europe. Nous aussi. Jamais nous n’avons été si impliqués dans une négociation commerciale internationale.

Nous sommes donc condamnés à exceller en matière internationale, malgré les embuches que notre statut nous impose. Du moins pour l’instant.

Notre carte de visite

Heureusement, nous avons une formidable carte de visite : la créativité québécoise. Avec les Montréalais et tous les Québécois, nous voulons donner au Québec une réputation. Nous voulons que l’on sache, partout sur la planète, que le Québec est un des lieux où se prépare le 21e siècle.

Avec C2-MTL, nous voulons faire de Montréal, en mai de chaque année, le Davos de la créativité.

Dans les années qui nous séparent du grand rendez-vous de Montréal 2017, l’année, entre autres de l’anniversaire de l’Expo 67 qui avait épaté le monde par sa modernité et son inventivité, nous devons faire converger nos efforts et nos messages internationaux pour que le Québec soit perçu à la fois comme une terre de création et de récréation.

Nous voulons que, un peu partout, se pose la question : Que vont-ils encore inventer au Québec cette année ? Que vont-ils encore inventer ?

Nous voulons que les jeunes innovateurs de partout rêvent de venir participer, ici, au creuset québécois de la créativité. Parce que nous sommes un des lieux les plus intéressants, les plus stimulants du globe, en plus d’être un des plus accueillants.

Une nouvelle génération de Québécois est prête à relever ce défi. Ici et ailleurs. Et je terminerai en vous présentant quelques-uns des nouveaux visages de la diplomatie québécoise. Je leur demanderai de se lever à l’appel de leurs noms et on les applaudira ensemble :

CORIM 17

Il était journaliste économique puis éditeur du journal Les Affaires, notre nouveau délégué général à Londres, Stéphane Paquet.

Elle était chef de service aux affaires publiques et aux relations gouvernementales chez Bombardier Produits Récréatifs, notre nouvelle déléguée générale à Bruxelles, Caroline Émond

Il était directeur États-Unis au MRI, notre nouveau délégué à Boston, Jean Saintonge

Il était notre chef de bureau à Washington, notre nouveau chef de bureau à Mumbai, Alain Olivier.

Je signale aussi la présence parmi nous de notre délégué générale au Mexique, Mme Christiane Pelchat.

Mesdames messieurs, chers amis. Le Québec n’a plus, désormais, à faire sa place dans le monde. À force de volonté et d’acharnement, il a déjà sa place. Le Québec doit désormais se déployer encore davantage, faire connaître son originalité, élargir son assise, tirer profit de ses réseaux et de ses investissements et faire profiter les autres de sa contribution politique et culturelle, de sa solidarité.

Le Québec a un rôle à jouer dans le monde. Il joue, déjà, un rôle significatif. Mais ce n’est encore que le premier acte. Tous ensemble, si nous travaillons bien, si nous sommes exemplaires, nous pouvons lui faire jouer un grand rôle.

Merci.

Pour une culture de l’intégrité

J’ai prononcé ce jeudi mon premier discours à l’Assemblée nationale. (En plus j’ai fait court: 15 minutes !)

Vous pouvez le voir ici ou plus bas, le lire:

M. Lisée: Mme la Présidente. Il me fait grand plaisir de m’adresser à cette Assemblée pour discuter de la motion proposée par la première ministre à la suite de sa déclaration d’ouverture, et chacun aura remarqué que l’essentiel… du moins, la première partie de son intervention portait sur l’éthique.

Et je crois que cette Assemblée, la 40e législature, les 40e rugissants sont investis d’une mission importante, un peu comme celle dont était investi René Lévesque lorsqu’il s’est présenté en 1976 ici avec un groupe de jeunes collègues qui avaient donné au Québec une réputation qui lui manquait à l’époque, une réputation d’intégrité et d’innovation dans l’intégrité.

Il faut se souvenir que, lorsque le premier ministre Lévesque a déposé la loi sur le

Mon premier discours de ministre

Version du 21 septembre 2012, 10h

PROJET D’ALLOCUTION

DU MINISTRE DES RELATIONS INTERNATIONALES,

DE LA FRANCOPHONIE ET DU COMMERCE EXTÉRIEUR,

M. JEAN-FRANÇOIS LISÉE

À L’OCCASION DE LA

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA PAIX

 Hôtel de ville

Montréal, le 21 septembre 2012

 

Monsieur le maire de Montréal, Gérald Tremblay,

Monsieur Taminik  Rankin, Chef héréditaire Algonquin

M. Patrice Marier, représentant de Cercle de Paix

M. Richard Filion, directeur général du collège Dawson,

Distingués invités, Chers amis, amants de la paix

Une Journée internationale de la paix, donc.

N’est-ce pas là une occasion en or – une de plus – de se donner bonne conscience?

De rentrer ensuite chez soi le cœur léger, sans avoir changé les choses d’un iota, mais en se donnant rendez-vous pour l’an prochain.

De se dire qu’après tout, on fait ce qu’on peut. Et qu’à l’impossible nul n’est tenu.

Beaucoup d’entre nous, au fond d’eux-mêmes, n’ont-ils pas discrètement démissionné?

N’avons-nous pas intériorisé le fait que la guerre sera toujours parmi nous?

Beaucoup d’entre nous n’ont-ils pas été progressivement vaincus par un fatalisme qui ne dit pas son nom?

Charest (et Legault) en flagrant délit de cynisme

Tenez vous bien, pour ce premier billet de campagne, j’innove. Je vais remercier deux fois le chef du camp adverse: Jean Charest. Puis, je vais prendre un engagement, en exclusivité pour vous, chers internautes.

D’abord Charest. Vous avez peut-être lu dans les gazettes et sur les internets que je suis très monté contre le cynisme ambiant. J’estime qu’une réélection de Jean Charest serait le comble du cynisme et plongerait le Québec encore davantage dans le cynisme pour quatre longues années.

Quelques quarts d’heures à peine après que j’ai terminé mon discours de lancement de campagne sur ce thème ce samedi, Jean Charest est vaillamment venu illustrer la justesse de ma démonstration en s’adonnant, en flagrant délit, au cynisme dont je l’accuse.

Il a affirmé:

J’ai de la difficulté à m’expliquer pourquoi une personne comme M. Lisée ou toute autre personne aborderait un exercice démocratique en disant aux gens de désobéir et de prendre la rue.

Or voici précisément ce que je venais de dire, dans mon discours:

Et j’appelle les Québécois à une mobilisation générale, pas, cette fois-ci, dans la rue ou avec des casseroles, mais avec le militantisme, le crayon et bulletin de vote, dans l’action politique. Je les appelle à désobéir à Jean Charest en faisant de cette élection celle du réveil du Québec et celle de la fin du cynisme. Ça signifie prendre sa carte de membre, comme je l’ai fait hier, devenir bénévole, convaincre ses voisins et ses parents, contribuer de mille façon à la défaite du cynisme et à la victoire de l’engagement le quatre septembre. (Vérifiez vous-mêmes ici, à 1’35 »)

Donc, oui, merci à Jean Charest de démontrer sur-le-champ que son mode d’opération est le cynisme. Merci de justifier la colère des québécois envers cette forme de politique faite de manipulation et de malhonnêteté intellectuelle. (Chapeau, en passant, au blogueur de The Gazette Kevin Dougherty pour avoir précisément fait la comparaison entre les deux citations.)

Je dois maintenant m’excuser auprès de vous, chers internautes, pour vous faire subir le visionnement de cette vidéo où un Jean Charest visiblement fatigué tente de faire une autre démonstration de cynisme. La vidéo est de Taîeb Moalla, du Journal de Montréal:

Vous me connaissez, ma position est la même depuis plus de quinze ans, il ne faut pas s’engager à tenir un référendum dans le premier mandat, mais il faut souhaiter le tenir dans le premier mandat.

Ici, M. Charest, qui a pourtant fait des études de droit, fait semblant de ne pas savoir la différence entre un engagement et un souhait. Pire, il espère que son auditoire ne sait pas non plus la différence. Il insulte sa propre intelligence et celle de ses auditeurs. Je suppose qu’il croit que ce cynisme est électoralement payant.

Je veux être clair: je ne me plains pas personnellement que M. Charest déforme mes propos. Je sais qu’il le fait abondamment, avec beaucoup de gens. J’utilise mon exemple (car je suis d’assez près ce que je dis) pour démontrer combien le cynisme est maintenant la marque de commerce du chef du gouvernement.

Jean Charest: bon pour mes ventes !

J’avais déjà signalé que M. Charest avait fait la promotion de mon livre Comment mettre la droite K-O en 15 arguments, ce printemps à l’Assemblée nationale. Il a remis ça samedi, citant encore des extraits. Je le remercie pour cette promo, d’autant qu’il ouvre un tout nouveau marché pour mes ventes, celui de l’électorat libéral.

Il est vrai que M. Charest est récidiviste. Il avait parlé deux fois de mon livre Le Tricheur pendant la campagne de 1998. Je l’ai ensuite recontré dans un cocktail, et l’ai personnellement remercié d’avoir fait doubler les ventes du livre la semaine précédente. « Ah oui ? » a-t-il demandé. « Oui, on en a vendu deux ! » ai-je précisé. (transparence totale: je blaguais).

Toi aussi, François ?

Je suis en désaccord avec François Legault sur un certain nombre de questions. Mais j’ai pour lui plus d’estime que j’en ai pour Jean Charest. Et des attentes plus hautes.

C’est donc avec une certaine tristesse que j’ai constaté qu’il commençait à utiliser le même cynisme que celui qu’il veut remplacer. Encore une fois, j’ai noté un exemple me concernant.

Il y a quelques jours, il a demandé sur twitter si j’étais toujours favorable à « une fusion entre le PQ et la QS ». Des membres de la gazouillosphère lui ont immédiatement signalé qu’il faisait erreur et que je n’avais jamais proposé de fusion, seulement une alliance tactique.

Il a pourtant réitéré cette « ligne » qu’il sait factuellement fausse, sur son fil twitter ce samedi, puis en point de presse dans la journée:

«J’ai vraiment hâte de voir si M. Lisée est toujours en faveur d’une fusion avec Québec Solidaire. Est-il en faveur d’une fusion avec Amir Khadir ou non? »

Moi qui pensait qu’il voulait rétablir l’intégrité dans la politique québécoise. Allez François, ressaisis-toi, tu peux faire mieux.

Un engagement

Je suis venu en politique pour défendre des idées, des projets, une vision de ce que le Québec est et devrait être. Et j’estime que le débat politique québécois devrait être nettement distinct de ce qu’il est devenu aux États-Unis et de ce qu’il est en train de devenir au Canada-anglais: un espace où les mensonges sur les uns et les autres sont la norme, plutôt que l’exception.

Il m’arrivera d’être terrible, cassant, direct, brutal. De vouloir mettre K-O tel argument ou telle proposition que je crois nuisible au bien commun.

Mais je prends aujourd’hui l’engagement de ne pas sciemment déformer les propos de mes adversaires, de ne pas dire blanc lorsque je sais que c’est noir.

Je sais qu’en politique on force le trait, on généralise, on montre son adversaire dans la pire lumière possible. Mais il y a une frontière que je me refuse à franchir: celle du mensonge et du cynisme. La rigueur et la vérité doivent retrouver toute leur place dans le débat politique. Par respect pour les électeurs, les médias et même — oui, absolument — pour ses adversaires politiques.

Les lecteurs attentifs de ce blogue savent que je suis prompt à corriger des erreurs factuelles lorsqu’elles me sont communiquées. C’est le respect des faits, et le respect des lecteurs. C’est essentiel, il me semble, en journalisme, même pour une chronique d’opinion. C’est encore plus important, j’en suis sûr, en politique.

(On peut lire la version intégrale de mon discours de lancement ici.)