Le vrai côté obscur de Jean Charest

Il n’est absolument pas impossible que Jean Charest devienne, d’ici quatre ans, premier ministre du Canada. Oui, il a présidé à une période trouble de l’histoire récente du Québec. Oui, il a déclenché des élections en cachant aux Québécois que la Caisse de dépôt venait de perdre 40 milliards de dollars et en promettant qu’il ne ferait pas de déficit malgré la crise financière de 2008, ce qui était clairement mensonger. Oui, l’immense majorité des Québécois ont jugé que son gouvernement était corrompu. Oui, il est à ce jour le suspect numéro un dans une enquête sur la corruption menée par l’UPAC.


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Tout cela est vrai et bien plus encore. N’empêche. Les parieurs seraient bien avisés de miser sur sa candidature à la direction du Parti conservateur, puis sur ses chances de déloger un Justin Trudeau affaibli par huit ans de pouvoir maladroit.

Il y a une raison, par-dessus toutes, de redouter l’avènement d’un gouvernement canadien dirigé par Jean Charest, au-delà même de ses grands talents pour le mensonge et son absence d’atomes crochus avec l’éthique. C’est le cynisme sans nom dont il a fait preuve en 2012. Il comptait sur la violence pour se faire réélire. Cela vous surprend ?

Rappelons les faits. Son gouvernement proposait d’augmenter de 82% en quelques années les droits de scolarité des étudiants. Les associations étudiantes s’y opposaient et ont déclenché un mouvement de grève massif.

Du droit nouveau

Les gouvernements précédents avaient accepté le fait qu’il y avait un cycle dans les grèves étudiantes. Elles étaient déclenchées par les étudiants les plus revendicateurs, qui dominent les assemblées générales en début de grève. Puis les étudiants plus conservateurs se mobilisaient pour faire cesser le mouvement.

Mais le gouvernement Charest a introduit l’idée complètement neuve, et très conservatrice, du « droit individuel d’étudier ». Il a encouragé les étudiants anti-grévistes, non à participer à la démocratie étudiante, mais à contester en cour l’idée même que la grève leur enlève le droit d’entrer en classe.

Jamais l’idée d’obtenir une injonction pour aller au cours n’avait été testée. Le juge Marc-André Blanchard, de la Cour supérieure, a refusé d’accorder une des premières injonctions réclamées, jugeant que le droit de grève étudiant constitue « l’exercice d’un droit constitutionnel ou quasi-constitutionnel». Cette approche aurait pu faire école et renvoyer tous les étudiants mécontents vers leurs assemblées. Mais le juge en chef de la Cour supérieure, François Rolland, a pris sur lui de s’attribuer la totalité des demandes d’injonction et de les accepter toutes, créant du droit nouveau, imposant le primat du droit individuel sur le droit collectif.

Résultat: des étudiants grévistes outrés ont défié l’injonction, tenté de bloquer l’accès aux cours. Les policiers, c’était leur rôle, ont voulu appliquer l’injonction et disperser les lignes de piquetage. L’affrontement était inévitable. De manière répétitive, sur plusieurs campus, pendant plusieurs jours, une force policière considérable a dû être déployée, causant des dommages physiques réels et une cassure profonde entre les forces de l’ordre et une partie de la relève québécoise. Les cours ont dû être suspendus.

Ce n’était pas la première fois que des grèves étudiantes provoquaient des violences. L’approbation des gestes violents par l’organisation étudiante la plus radicale, la CLASSE, et la présence plus grande qu’auparavant des anarchistes violents et du Black Bloc ont contribué à la flambée de violence de façon évidemment complètement condamnable.

Le choix de la polarisation

Cependant c’est le gouvernement Charest, appuyé par le juge en chef de la Cour supérieure, qui a créé les conditions de l’affrontement et qui avait la responsabilité de retrouver les conditions du calme. Il pouvait le faire en misant sur la négociation, le compromis et sur l’immense majorité des étudiants et de leurs partisans qui étaient non-violents.

Il a au contraire joué sur la polarisation maximale de la situation et a assimilé toutes les associations étudiantes et leurs supporters à la violence. Sa ministre Christine St-Pierre a même accusé le conteur Fred Pellerin, qui portait comme plusieurs le carré rouge, symbole de la grève, de se faire le complice de la violence.

Analyses et récits entre vos deux oreilles: cliquez sur l’image.

M. Charest a ensuite introduit une loi qu’il a dite « fondatrice », la loi 78, forçant le retour aux études à la mi-août 2012 et menaçant de sanctions délirantes les associations étudiantes, les professeurs et les directeurs d’établissements qui refuseraient de se rendre aux cours, donc de se lancer dans la mêlée, même au risque de matraques et de gaz irritants. Notons que cette loi fut votée avec l’appui de la CAQ et de François Legault.

À l’époque, la loi sur les élections à date fixe n’existait pas. Le premier ministre choisissait la date de l’élection pour maximiser ses chances de succès. M. Charest avait affirmé qu’il était « grotesque et ignoble » qu’il choisisse la période de rentrée forcée des classes pour appeler les Québécois aux urnes. C’est pourtant précisément ce qu’il a fait.

Le tréfonds de la personnalité de Jean Charest

C’est ici qu’on entre dans le tréfonds de la personnalité politique de Jean Charest. Qu’on pénètre dans son recoin le plus obscur. À cette étape de sa vie politique, 70% des Québécois se disaient insatisfaits de son gouvernement. Ni l’économie, ni les baisses d’impôts, ni le Grand Nord ne lui offrait quelque chance de salut. Pire, dans quelques mois, à l’automne 2012, la Commission Charbonneau qu’il avait été contraint de créer allait commencer à entendre des témoins qui, peut-être, allaient éclairer les citoyens sur l’ampleur de la corruption libérale. Cela pourrait être politiquement terrible.

Mais voilà : suffisamment de Québécois tenaient les étudiants responsables de la violence, plutôt que l’État, pour offrir à Charest une chance de salut. Il représentait la loi et l’ordre. Les étudiants: l’illégalité et le désordre. S’il pouvait canaliser l’élection sur ce seul sujet, il avait une chance réelle de survivre.

Encore fallait-il que la violence soit au rendez-vous, encore fraîche à la mémoire des électeurs. D’ou son calendrier électoral: mi-août rentrée des classes, refus des associations étudiantes de laisser entrer les non-grévistes, nouveaux affrontements violents entre étudiants et policiers. Avec en vedette Gabriel Nadeau-Dubois de l’association CLASSE, alors leader étudiant radical, vu le plus souvent à la télé, haranguant les foules de jeunes.

Charest avait soigneusement choisi la date de l’élection pour que ces scènes de violence se déroulent à partir du début de la campagne. Juste avant les débats où, tel un Richard Nixon des temps modernes face aux nouveaux hippies, le chef libéral se poserait comme le vengeur de la majorité silencieuse, de la loi, de l’ordre et des visages bien rasés, contre tous ces anarchistes violents arborant carrés rouges et barbes de trois jours. Sa victoire, dans ces conditions, serait son plus grand exploit en carrière.

Restait un détail: que les étudiants jouent bien sagement la partition qui était prévue pour eux dans ce drame annoncé.

Or ils ont fait preuve d’une maturité que Charest et ses stratèges n’anticipaient pas: ils sont rentrés en classe. Ils ont voté une trêve électorale. Il y en a un — le plus populaire d’entre eux — Léo Bureau-Blouin, qui s’est présenté sous les couleurs péquistes. Il a poussé au vote, plutôt que de pousser au crime. Mais, bon, on le savait modéré.

Mais il y en avait un autre, l’épouvantail favori des Libéraux, celui qu’ils adoraient détester, Nadeau-Dubois, qui a candidement annoncé qu’il se retirerait de ses fonctions, et de la scène. Il a quitté, a-t-il dit avec sagesse, « pour enlever une cible à Jean Charest ».

Privé de son scénario de rêve, Jean Charest a mordu la poussière lors de l’élection de septembre 2012. Mais sa marge de défaite était extrêmement mince, moins de 1% d’écart avec le Parti québécois vainqueur, malgré toutes les casseroles qu’il traînait. Il est pratiquement certain que si son plan avait fonctionné, si la violence avait essaimé sur les campus en août 2012 comme il le désirait, il aurait arraché sa réélection sur le dos du poivre de cayenne, du sang et des fractures de tibias.

En 2020, à huit ans de distance, on se souvient peu de ces événements. Pas parce que Jean Charest ne les a pas voulus, organisés, prémédités. Mais parce que les étudiants ont désamorcé sa bombe.

Il faut s’en souvenir. Car il montre jusqu’où Jean Charest était prêt à se rendre pour assurer sa réélection: jusqu’à l’organisation consciente, à des fins électorales, de l’affrontement violent entre les forces de l’ordre et une partie de la jeunesse québécoise.


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La bande annonce d’une récente balado Lisée202:

Déchiffrer l’élection de 2012

Nous avons quelques éléments, à cinq jours du vote, pour dégager de la masse de données fournie par les électeurs, quelques données essentielles. Voici mon tri:

11

C’est le nombre de circonscriptions supplémentaires que le Parti québécois aurait pu emporter, n’eut été de la division du vote souverainiste. Il aurait donc obtenu un gouvernement majoritaire, avec 65 députés. Ce calcul est celui de Bryan Breguet, du site Too Close to Call:

Dans ce billet, je regarde le nombre de comtés où le PQ a perdu et l’écart a été moindre que 50% des votes QS+ON. J’y vais à 50% car c’est une bonne approximation des deuxièmes choix des électeurs de ces partis. Il serait faux d’aller à 100% car si QS et ON n’existaient pas, ce n’est pas vrai que le PQ récupérerait 100% de leurs votes.

Alors, combien? La réponse est 11! C’est très proche des simulations que j’avais faites durant la campagne. Eh oui, si QS et ON n’existaient pas (sauf dans Mercier et Gouin), il est vraisemblable que le Parti Québécois aurait remporté 65 sièges, le PLQ seulement 42 et la CAQ 16. On pourrait même ajouter 4 comtés où bien que l’avance soit supérieure à 50% des votes QS+ON, cela aurait été proche (Groulx, Mégantic, Nicolet-Bécancour et Montarville).

Les 11 comtés en questions sont: Jean-Lesage, La Prairie, L’Assomption, Laurier-Dorion, Maskinongé, Papineau, Richmond, Saint-Henri-Saint-Anne, Saint-Jérôme, Trois-Rivières et Verdun.

La division du vote a donc bel et bien nuit au PQ davantage qu’en 2008.

74,6%

C’est le taux de participation, très élevé pour une campagne estivale. Après un niveau historiquement catastrophique de 57,4% en 2008, nous sommes revenus dans la zone de bonne santé démocratique. C’est excellent. Un des principaux effets des élections à dates fixes, promises par le PQ et la CAQ, est d’habituer les jeunes électeurs à voter, pour freiner ainsi la tendance à la baisse de la participation. Les scandinaves ont beaucoup à nous apprendre là-dessus.

5 %

Ou plus précisément 5 points de pourcentage, c’est la sous-évaluation faite par les sondeurs du vote libéral. Nous avions vécu ce phénomène lors de l’élection de 1998 et, pendant la dernière campagne, je lisais avec inquiétude les analyses de Claire Durand, de l’Université de Montréal, qui estimait sur son blogue que ce vote était en effet sous-évalué. Les nombreuses corrections qu’elle a introduites n’ont pas permis de prédire avec précision le niveau de cette sous-évaluation, mais c’est elle qui s’est la plus rapprochée de la marque finale. Cette sous-évaluation est essentielle pour la suite des choses.

65/34

Le premier chiffre, 65%, est la proportion des électeurs qui ont voté pour le parti de leur choix, de celui qui répond le mieux à leurs aspirations, selon le sondage Léger/Devoir/Gazette de ce samedi. C’est même 70% chez les électeurs francophones. Mais le tiers (35%), ont voté pour empêcher un autre parti de prendre le pouvoir. Une proportion qui monte à 56% chez les anglos.

20%

Un électeur sur cinq a pris sa décision de vote soit la fin de semaine précédant le vote (5%), soit le jour de l’élection (9%) soit dans l’isoloir lui-même (6%). Dans une lutte serrée, rien n’est donc vraiment joué avant la toute fin !

Mon emploi du temps (fictif) en images !

Mes questions posées à François Legault à la Chambre de Commerce de l’Est (qui couvre le territoire de Rosemont), sur des sujets locaux ce mercredi m’a valu moultes félicitations et reproches et un important dépôt dans la colonne « autodérision ». Voici la récente moisson:

D’abord Serge Chapleau, qui exagère un peu sur le nez, quand même !

Chapleau-30-aout-2012

 

 

 

 

 

 

 

Ensuite Ygreck, qui me croque juste avant mon duo avec Madonna:

ygrec

 

 

 

 

Puis JS Bournival a déterré cette vieille photo où je faisais condamner des Nazis aux procès de Nuremberg !

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Finalement ce cliché, dont je croyais avoir la seule copie, où je conseille à Obama de donner aux Navy Seals l’ordre de donner l’assaut sur la maison d’Ossama Ben-Laden.

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Legault et la fiscalité: la « droite inefficace » !

417162-dores-avec-positions-m-legault-150x150Il y a très très longtemps, dans une galaxie politique très éloignée, François Legault se disait indépendantiste, québécois, et partisan de la « gauche efficace ».

La transformation est complète. Il est maintenant fédéraliste, « canadian », et dit « partager des valeurs avec Stephen Harper ».

Lors de son allocution à la Chambre de Commerce de Montréal ce mardi, Pauline Marois a disséqué les mesures fiscales proposées par M. Legault et a bien démontré qu’il était maintenant passé à la « droite inefficace ». J’invite mes lecteurs de centre-droit à y prêter attention, car c’est assez étonnant. Elle présente brièvement ses propositions et les compare à celles de la CAQ.

Extraits:

Globalement, notre objectif consiste à limiter la croissance des dépenses de l’État à 2,4 %. Cela veut dire qu’on va gérer de façon très serrée pour atteindre l’équilibre budgétaire. C’est un objectif très exigeant, mais j’en ai vu d’autres. Par exemple, le déficit zéro auquel j’ai participé dans le gouvernement de Lucien Bouchard. À l’époque, les dépenses ont subi une croissance négative. Je me suis fait beaucoup reprocher le déficit zéro depuis 15 ans, mais je n’ai jamais renié ces décisions qui ont demandé beaucoup de courage.

M. Legault, qui répète ce mot à toutes les deux phrases, ne manque jamais une occasion de renier le déficit zéro du gouvernement Bouchard. Cette attitude manque cruellement de courage. Pour François Legault, le courage c’est un mot, un slogan. Pour moi, c’est une réalité.

Voilà pour les dépenses : une croissance limitée à 2,4 % par année.

En matière de revenus, il y aura deux changements. Un nouveau régime de redevances minières inspiré de ce qui se fait dans plusieurs pays, comme l’Australie. Ce nouveau régime prévoit une redevance minimum liée à la valeur du minerai extrait et un impôt sur les profits excédentaires. La valeur des redevances accompagnera donc le prix du minerai sur les marchés mondiaux.

L’autre changement, c’est d’abolir la taxe santé en déplaçant les sources de revenus. On va demander aux contribuables qui gagnent 130 000 dollars et plus de faire un effort supplémentaire. On ne parle pas ici du revenu familial mais bien individuel.

Je signale que ce nouveau palier d’imposition restera moins élevé que celui d’Ottawa et à ce que je sache, personne n’accuse Stephen Harper de s’attaquer aux riches. Les gains en capital seront imposés à hauteur de 75 % au lieu de 50 %. Je ne m’en suis jamais cachée et je vous le redis très ouvertement. On va nous le reprocher dans certains milieux, mais il n’y a pas de cachette.

La CAQ dans le rétroviseur

Je vais vous surprendre. Alors que je surveillais la CAQ dans le rétroviseur de droite, figurez-vous que je me suis fait dépasser à gauche…

D’abord, M. Legault prévoit des dépenses supplémentaires de 3,6 milliards de dollars par année à terme. C’est presque quatre fois plus de dépenses que nous. Plus étonnant, M. Legault veut faire passer l’inclusion des gains en capital de 50 à 100 %. Je sais que c’est difficile à croire, mais vous pourrez vérifier à la page 4 de son cadre financier.
La totalité des dépenses fiscales de 416 millions liées aux gains en capital est soustraite. C’est une ponction deux fois plus importante que la nôtre. Ce matin, ils ont tenté de se justifier en disant que c’était 75 % comme le Parti Québécois, mais qu’ils allaient aussi imposer davantage les gains en capital des entreprises… Première nouvelle pour moi et sans doute pour toutes les entreprises québécoises.

M. Legault doit clarifier les choses aujourd’hui et nous dire où exactement il a l’intention de prendre ces 416 millions : dans la poche des particuliers ou dans celle des PME? Ce qu’on sait, c’est que la CAQ veut abolir les mesures fiscales pour les secteurs de pointe :
· 760 millions en recherche et développement;
· 233 millions pour le développement des affaires électroniques;
· 113 millions pour le multimédia.
Tous ces crédits d’impôt qui ont fait le succès économique de Montréal, la CAQ veut les faire disparaître.

Pour les PME, c’est encore pire. M. Legault voudrait abolir le taux réduit d’imposition. On parle de 468 millions de dollars en fardeau supplémentaire pour nos petites et moyennes entreprises. En tout, c’est 2 milliards en crédits d’impôt aux entreprises que la CAQ veut éliminer. Il veut prendre cet argent et le confier à Investissement Québec qui le distribuerait ensuite de façon discrétionnaire, au cas par cas. J’ai rencontré des centaines de chefs d’entreprise et jamais je ne vous ai entendus me faire une telle demande. Au contraire, vous demandez le climat d’affaires le plus compétitif possible sans avoir à défendre vos projets d’investissement au cas par cas, sans être à la merci de décisions arbitraires.

Nous sommes donc devant deux visions complètement opposées de la gestion des finances publiques et de la fiscalité des entreprises. M. Legault multiplie les promesses et les dépenses et il considère qu’il sait mieux que les dirigeants d’entreprise ou les entrepreneurs ce qui est bon pour eux. Je crois au contraire que l’État doit travailler avec les gens d’affaires et les entrepreneurs pour maximiser les politiques fiscales et vous aider à enrichir
durablement le Québec. Voilà pour les finances publiques et la fiscalité.

Étonnant, non ?

Maintenant que je vous ai mis en appétit, voici le reste du discours (sur lequel je n’ai pas travaillé, c’est pourquoi je le trouve si bon !):

L »indépendance énergétique

L’économie maintenant. Dans cette campagne, il y a un immense éléphant dans la
pièce. C’est notre déficit commercial de 25 milliards de dollars par année. Tous les
autres partis font comme s’il n’existait pas. Pourtant, on parle de 66 millions de dollars
par jour qui sortent de chez nous pour créer des emplois et de la richesse à l’étranger.

Cela représente une proportion énorme de plus de 7 % de notre PIB. On parle souvent
du déficit commercial des États-Unis qui en inquiète plus d’un. À 3,5 % du PIB, il est
deux fois moins important que le nôtre. C’est à mon sens le plus grand de nos défis
économiques. Nous devons absolument réduire ce déficit et viser à l’éliminer. C’est la
condition sine qua non de notre enrichissement.

Comment faire?
Nous proposons d’y arriver de diverses façons :
· en soutenant les secteurs de pointe qui exportent ce qui est produit ici;
· par l’indépendance énergétique;
· en investissant dans les transports en commun;
· avec une politique de souveraineté alimentaire;
· en gardant chez nous nos fleurons et leurs sièges sociaux;
· en soutenant nos PME;
· en misant sur la recherche et le développement.

Je reviendrai sur les secteurs de pointe, mais disons d’abord que le soutien le plus
puissant de l’État c’est justement les crédits d’impôt de 2 milliards que la CAQ veut faire
disparaître.

Il ne faut surtout pas faire ça, un gouvernement du Parti Québécois va les garder.
L’indépendance énergétique, maintenant. L’an dernier nous avons importé du pétrole
brut pour une valeur de 12 milliards de dollars. C’est presque la moitié de notre déficit
commercial. Nous devons remplacer ces importations de pétrole par des sources
d’énergie produite chez nous.

Ça prendra du temps, mais on doit le faire. Nous avons beaucoup d’hydro-électricité,
nous avons de l’énergie éolienne, solaire, la biomasse et un potentiel pétrolier. Nous
avons les sources d’énergie et il s’agit de voir comment nous pourrons les substituer au
pétrole importé.

Un gouvernement du Parti Québécois va donc adopter une nouvelle stratégie
énergétique. On peut imaginer les résultats si par exemple nos importations étaient
diminuées de moitié sur la base de l’année 2011 : il y aurait eu une injection de
6 milliards de dollars dans notre économie. C’est énorme.

Une des façons d’y arriver consiste à miser sur nos forces. Le transport en commun en
est une. Nous fabriquons des autobus, des voitures de train et tous nos investissements
dans le transport en commun se font chez nous.

Un bon système de transport permet d’accroître la productivité des personnes et le
mouvement des marchandises. Cela accroît notre attractivité aussi.

Comme je l’ai mentionné, un gouvernement du Parti Québécois va remettre de l’ordre
et des priorités dans les travaux d’infrastructures. Nous pourrons utiliser une partie des
immobilisations déjà inscrites au budget pour investir davantage dans le transport
collectif.
Voilà une belle façon de nous enrichir.

La souveraineté alimentaire

Je veux également qu’un gouvernement du Parti Québécois adopte une politique de
souveraineté alimentaire. En 25 ans, la proportion des aliments consommés issus du
Québec a chuté de 45 %.

En 1985, les quatre cinquièmes des aliments consommés par les Québécois
provenaient du Québec. Aujourd’hui, c’est seulement le tiers. Il faut changer ça. Si
chaque consommateur du Québec achetait 30 dollars de plus d’aliments d’ici par
année, les ventes gonfleraient de 1 milliard de dollars en cinq ans. À 90 dollars par
année, ce serait 3 milliards de dollars de plus qui demeureraient chez nous pour créer
de la richesse ici.

Si j’étais Jean Charest ce serait plus simple : je dirais aux Québécois de rajouter
50 cents par jour…

Garder nos fleurons économiques

Je me suis aussi engagée à ce que la Caisse de dépôt et placement crée un fonds
stratégique de 10 milliards pour garder nos entreprises et nos sièges sociaux chez
nous. On a encore quelques exemples récents de nos fleurons qui risquent de
disparaître.

Rona par exemple fait l’objet d’une offre d’achat hostile. Ce serait à mon avis très
dommageable de perdre le contrôle de cette entreprise, de perdre un siège social et de
mettre en péril les ventes des fournisseurs québécois de Rona. Si acheter Rona est bon
pour les Américains, pourquoi ce ne serait pas bon pour le Québec?

Tous les pays du monde prennent des mesures pour garder le contrôle de leurs
entreprises stratégiques. Même le très conservateur gouvernement de Stephen Harper
a bloqué la transaction impliquant PotashCorp en Saskatchewan. Le gouvernement
fédéral a pu le faire en opposant son veto, tout simplement.

Le Québec pourrait en faire autant s’il était un pays souverain. Ce serait beaucoup plus
facile, mais ce n’est pas une raison pour rester les bras croisés. Je veux bien que le
Québec se lance à la conquête du monde et joue le jeu du libre-échange. On est
capable de tirer notre épingle du jeu. On l’a prouvé, mais ne soyons pas naïfs et
prenons les moyens pour jouer à armes égales, soyons vigilants.

On ne voudrait pas, par exemple, perdre un de nos fleurons parce qu’un membre de la
direction déciderait de vendre son bloc d’actions sans le dire à ses associés…
M. Leblanc parle souvent des 16 grands sièges sociaux perdus à Montréal depuis
10 ans. Pour freiner cet exode, nous proposons de revoir la Loi sur les sociétés par
actions pour faire deux choses : préciser le rôle des administrateurs et dans un
deuxième temps renforcer leur pouvoir.

Les administrateurs doivent évidemment agir dans l’intérêt des actionnaires, mais
considérer aussi les intérêts plus larges de l’entreprise, comme ses employés et ses
fournisseurs. Nous voulons renforcer le rôle des administrateurs pour rendre beaucoup
plus difficiles les offres d’achat hostiles, comme cela se fait dans plusieurs États
américains qui font davantage respecter les décisions des conseils d’administration, par
exemple en Pennsylvanie.

Si nous voulons garder le contrôle de notre économie, on doit s’en donner les moyens.
C’est ce que nous allons faire!

Le fonds stratégique aura aussi pour mandat de soutenir des secteurs vitaux pour notre
avenir économique. Je veux développer une nouvelle filière industrielle porteuse
d’avenir : celle des transports propres. On a tous les éléments au Québec et dans la
région de Montréal : l’énergie propre, la fabrication de matériel de transport, la
technologie et notre grande capacité d’innovation.

Il ne faut pas délaisser les secteurs qui connaissent des difficultés et qui demeurent
névralgiques.

La science et la recherche

Malgré les mauvaises nouvelles des derniers mois, le Québec demeure un pôle
important de la recherche dans le domaine des sciences de la vie. Il est hors de
question que le Québec perde pied dans ce secteur de notre économie. Alors que se
poursuivent les négociations de libre-échange avec l’Europe, le gouvernement fédéral
doit en être bien conscient.

Pour nous, le secteur des sciences de la vie continuera d’être très important, d’autant
plus que nous pourrons miser sur deux hôpitaux universitaires à la fine pointe de la
technologie. Ça nous aura coûté assez cher, arrangeons-nous pour que ce soit
rentable!

Il y a nos fleurons, nos PME et nos entrepreneurs. J’ai annoncé qu’un gouvernement du
Parti Québécois allait créer la Banque de développement économique du Québec. Il ne
s’agit pas d’ajouter un organisme de plus. C’est le contraire : nous allons diminuer leur
nombre en créant un guichet unique de tous nos services d’investissements et de
soutien aux PME.

Nous allons aussi demander au gouvernement fédéral de nous céder les budgets de
développement économique spécifiques au Québec pour offrir un guichet véritablement
unique. Vous le savez, les PME c’est très important dans l’économie québécoise,
d’autant que nos fleurons de demain sont les PME d’aujourd’hui.

Même chose pour nos entrepreneurs. On va leur offrir un guichet unique et rajouter du
capital patient aux mesures de soutien fiscal qui existent déjà.

Voilà donc l’essentiel de notre programme économique :
· réduire puis éliminer le déficit commercial qui menace notre économie;
· investissements accrus dans les transports en commun;
· politique de souveraineté alimentaire;
· garder nos fleurons et nos sièges sociaux chez nous;
· soutenir nos PME et nos entrepreneurs;
· miser sur la recherche et le développement.

Il y a là une véritable vision à long terme pour enrichir le Québec et Montréal
durablement.

La culture

Dernier élément de notre programme qui n’est pas d’abord de nature économique, mais
qui y participe : la culture. Nous avons prévu donner un bon coup de main au secteur
culturel par diverses mesures. Par exemple, un soutien financier accru pour les
tournées à l’étranger qui permettent à nos artistes, et du même coup au Québec et à
Montréal, de rayonner dans le monde. Nous appuierons aussi davantage le Conseil des
arts et des lettres, ainsi que la SODEC. Nous mènerons à terme tous les projets
culturels déjà inscrits dans le cadre budgétaire du gouvernement.

La culture, c’est très important pour la nation québécoise et aussi pour notre économie,
notre rayonnement et notre fierté. On parle quand même de 97 000 emplois et des
retombées de 12 milliards de dollars. C’est très important pour Montréal. Tout le secteur
pourra compter sur notre appui sans faille.

Les propositions économiques de la CAQ sont différentes. Je n’ai jamais entendu M. Legault parler du déficit commercial, ce qui m’inquiète. En matière de transports en commun, il a décidé d’agir contre le consensus qui a été
patiemment forgé dans toute la région de Montréal. Tout le monde s’entend sur le plan de transport mais lui, il veut tout refaire à sa tête. Il veut aussi rejouer dans les structures de gouvernance à Montréal. Notre façon de voir les choses est complètement à l’opposé. Moi, je veux travailler avec les gens, pas contre eux. Le Plan de transport de Montréal, on va le mettre en oeuvre. Au lieu de multiplier les crises, on va aller chercher des résultats rapides et concrets pour Montréal!

Un gouvernement du Parti Québécois va créer un comité ministériel et il y aura un
ministre responsable de Montréal.

Je prends un engagement devant vous aujourd’hui : nous, Montréal, on va s’en
occuper.

En conclusion vous me permettrez de revenir sur les élections qui auront lieu dans huit
jours. Ces élections sont très importantes. Dans huit jours ce sera à nous, ce sera à
vous de choisir.

M. Charest dirige un vieux gouvernement fatigué et usé. M. Legault veut mettre le
trouble absolument partout et multiplier les crises.

Moi, je veux ramener la paix, remettre de l’ordre et obtenir des résultats pour les
Québécois. Je veux que Montréal soit une vitrine internationale pour le Québec. Je
veux que le français soit vu comme un atout, la culture comme une grande force.
Je pense à des entreprises comme Moment Factory qui nous rendent fiers. Je pense
aux avions que nous construisons, aux médicaments que nous inventons, aux jeux
vidéo que nous concevons et que nous exportons dans le monde entier.

Ce que je veux pour le Québec et pour Montréal, c’est nous affirmer, nous entraider et
nous enrichir.

Je souhaite que Montréal redevienne la métropole d’un pays riche, libre et indépendant.
Merci.

Un message d’Option Nationale: « Ça va bien, quand on y pense, PLQ ou pas! »

Je ne comptais pas revenir sur la question de la division du vote, mais je ne pensais pas non plus qu’un parti souverainiste et progressiste allait ouvertement souhaiter la réélection du PLQ. C’est pourtant ce qui s’est produit ce dimanche lorsque Option Nationale a validé, dans la Gazouillosphère, l’argumentation de sa candidate dans le beau comté de Taschereau:

ON

 

Un appui sans équivoque !

Or que dit Mme Dorion dans sa réplique ? Voici l’extrait-clé :

Et puis, je vais me faire traiter d’hérétique, mais je n’ai pas peur que le PQ ne soit pas élu. Oui, avec un gouvernement de droite, notre bien continuera à se faire piller par les lobbys et les amis des ministres. Mais a-t-on une assurance que le PQ pourra, lui qui est toujours à plat ventre devant les sondages, se tenir debout face aux lobbys de toute sorte pour protéger notre bien ? […]

C’est après dix ans de PLQ que le printemps québécois est arrivé. Nous sommes plus en santé politiquement qu’il y a cinq ans. Les choses bougent. Ça va bien, quand on y pense, PLQ ou pas. La politique ne se passe pas qu’à l’Assemblée nationale. Elle se passe surtout entre nous, et entre nous, ça vient de recommencer à vivre. Le PLQ ne nous a pas empêchés de renaître politiquement, nous les jeunes et/ou les désabusés, et de nous retrousser les manches. Peu importe le prochain gouvernement au pouvoir, nous continuerons notre éveil jusqu’à ce qu’il balaie le parlement.

Jean-Martin, je ne peux pas croire que tu vas laisser passer ça ? Que « Ça va bien quand on y pense, PLQ ou pas? » Que ça va bien pour les étudiants, pour la classe moyenne, pour la propriété de nos ressources naturelles, pour la corruption, l’éthique, la justice, la langue, la souveraineté ?

Que, pour toi, Jean-Martin, un gouvernement formé de tes anciens collègues Alexandre Cloutier, Véronique Hivon, Nicolas Marceau et tous les autres ne serait pas plus résistant aux lobbys que Tommy Tomassi ?

Je ne peux le croire. Je ne le crois pas.