Faits alternatifs

Tout le monde s’y met. Les Russes ont tenté de faire croire aux Français qu’ils devraient payer une nouvelle taxe pour financer la guerre en Ukraine. Les Chinois ont voulu faire croire à leur diaspora canadienne qu’Erin O’Toole leur enlèverait leur passeport. ChatGPT est en proie à des « hallucinations » qui le poussent à donner d’excellentes mauvaises réponses à ses crédules utilisateurs.

Alors, pourquoi des chroniqueurs du Devoir ne s’y mettraient pas aussi ? Comme l’a dit un jour un grand sage de la radio de Québec : « Mieux vaut de la mauvaise information que pas d’information pantoute. » (Merci, Éric Duhaime.) Voici donc les meilleures fausses nouvelles qui me sont passées par la tête.

Clova souhaite honorer François Legault

La population de la petite ville de Clova, en Abitibi, réunie en assemblée municipale, a résolu d’offrir au premier ministre du Québec, non une clé symbolique de la ville comme on le fait traditionnellement, mais un « boyau symbolique ». « On a l’intention de lui faire une grande fête lors de sa venue, on est tous très motivés », a déclaré le président de ce qu’il est convenu d’appeler « la fête à Legault », Sylvain Laflamme.

Contacté, le chef de cabinet de M. Legault, Martin Koskinen, a déclaré qu’aucune date n’avait encore été trouvée dans l’agenda très chargé du premier ministre. Croyant avoir correctement raccroché son téléphone, M. Koskinen a été entendu en train de dire à un collaborateur : « Ils nous prennent pour des valises à Clova ! C’est sûr qu’ils nous attendent avec des boyaux pis des fanaux ! » Juste avant que la communication soit vraiment coupée, on l’a entendu dire « oh, tab… ». Rappelons qu’en juin, M. Legault avait affirmé « on va perdre Clova », annonçant que le feu allait raser le village. Il n’est pas impossible que les habitants l’aient mal pris.

Elon Musk à la rescousse de Pierre Poilievre

Le chef conservateur canadien demande à nouveau l’aide du milliardaire américain Elon Musk, qui avait cet hiver répondu positivement à son invitation d’afficher sur le fil de sa compagnie Twitter que la CBC — que M. Poilievre veut abolir — était « financée par le gouvernement ». Cette fois, l’équipe de Poilievre s’intéresse aux implants électroniques développés par une compagnie de Musk pour ajouter de la capacité cognitive aux humains.

Les stratèges conservateurs ont demandé si la technologie pouvait être adaptée pour ajouter « une touche de convivialité et une attitude plus attachante » à la personnalité de leur chef, en déficit constant sur ce plan. « Notre équipe scientifique tente de reproduire une version numérique de l’aspect attachant des chatons, des blanchons et de Ginette Reno, a expliqué le responsable de l’innovation chez Musk, Stein Franken. Cela ne nous paraît pas impossible. »

On note qu’à Québec, Simon Jolin-Barrette a manifesté un intérêt. L’équipe du milliardaire a cependant affirmé que l’état actuel de la science ne permettait pas de répondre à une autre requête de l’équipe Poilievre : lui implanter une dose d’autodérision. « Ce serait plus facile de coloniser la surface du soleil », a déclaré Musk.

Un sentiment d’urgence anime les stratèges de M. Poilievre, car la présidente de la CBC, Catherine Tait, dont le mandat vient d’être prolongé, a commandé pour diffusion avant le prochain scrutin fédéral un téléfilm biographique sur le chef conservateur. Mme Tait a confirmé avoir approché pour le rôle-titre Joaquin Phoenix. « Quand je l’ai vu jouer le rôle du Joker, a dit Mme Tait, je me suis dit qu’il serait parfait. » Elle a aussi indiqué avoir embauché pour son projet le maquilleur du film Joker.

Le Ku Klux Klan remet un prix à Justin Trudeau

Lors de son Congrès biennal, l’organisation raciste et antisémite Ku Klux Klan, qui s’est réunie en Alabama, a décidé de remettre au premier ministre canadien Justin Trudeau son prix du « meilleur blackface de la décennie ». Plusieurs photos montrant M. Trudeau en blackface lorsqu’il était plus jeune ont fait surface lors de la campagne électorale de 2019. Il s’en est excusé à plusieurs reprises. « Nous avons été franchement impressionnés, a déclaré le grand chef du Klan, David Duke, non seulement par la qualité du blackface, mais aussi par le nombre de cas recensés pendant sa carrière. » Le président du jury, Jim Lynch-Black, a renchéri : « Il avait de loin le meilleur dossier. Nous avons particulièrement aimé la vidéo où il est en blackface et imite les mouvements d’un singe. »

Cette décision survient paradoxalement au moment où l’actrice et productrice américaine Jada Pinkett Smith affirme s’inspirer de M. Trudeau pour son prochain projet. Mme Pinkett Smith s’est illustrée en ayant choisi de présenter Cléopâtre comme une femme noire dans sa série documentaire pour Netflix, alors que les historiens affirment que la reine d’Égypte était issue d’une famille grecque. « La photo de Trudeau en Aladdin noir a été pour moi une révélation », a confié la productrice, le jeune Justin ayant en effet choisi un maquillage très foncé pour se présenter en Aladdin lors d’une soirée où il semblait être le seul invité déguisé.

Aladdin est généralement décrit comme moyen-oriental. « Mon documentaire sur Aladdin établira que sa peau était noire, comme l’a compris M. Trudeau », a-t-elle dit, « mais j’irai plus loin dans la recherche de la vérité en démontrant qu’Aladdin était une femme noire », a-t-elle ajouté. À un journaliste qui lui demandait ce qu’elle répondrait si quelqu’un osait lui faire remarquer qu’Aladdin est un personnage de fiction, elle a dit : « Mon mari le giflera ! » (Son conjoint est Will Smith.)

Mariloup Wolfe annonce une série de films

Galvanisée par le succès critique de son dernier film, Coeur de slush, Mariloup Wolfe a annoncé qu’elle allait s’inspirer de la série de films autobiographiques de Ricardo Trogi — et de la série de François Truffaut sur son alter ego Antoine Doinel — pour offrir aux cinéphiles la possibilité de suivre l’évolution de son personnage sur plusieurs années. On la verra ensuite dans Veines de réglisse, où l’héroïne (avec jeu de mots) tombe dans l’enfer de la drogue. Ensuite, dans Poignées d’amour au chocolat, elle sera aux prises avec l’embonpoint. Puis, suivra Mordre l’aile ou la cuisse, pour lequel Maripier Morin pourrait reprendre le rôle. Après, Mon foie sans alcool, sur son ascension dans l’univers impitoyable des AA. Beauté plastique couvrira la période botox, Mme Wolfe ayant pour ce volet l’embarras du choix pour les actrices. Corps de calorifère traitera de l’enfer de la ménopause. Véronique Cloutier est volontaire pour reprendre, ici, le personnage. Cerveau en Jell-O, sur le déclin cogn­itif, viendra clore la série. La réalisatrice espère que Micheline Lanctôt sera toujours parmi nous pour tenir le rôle. (Nous aussi !)

(Ce texte fut d’abord publié dans Le Devoir.)

Mes prix citron 2021

Je suis foncièrement optimiste, croyez-le ou non. Baignant ainsi dans l’illusion que les choses vont s’améliorer, il m’arrive d’être dur envers ceux qui, d’après moi, retardent le groupe.

Je vous offre donc l’occasion de maugréer avec moi contre les décisions ou les tendances qui ont testé notre optimisme au cours des 12 derniers mois.

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Le prix Woke 2021 : La récolte est abondante mais CBC Ottawa, et le réseau en entier, se distingue pour avoir mis en ligne une liste de mot à ne pas utiliser car susceptibles d’offenser. La palme va à « brainstorm », donc remue-méninge ou tempête de cerveau. Les gens à capacité cognitive réduite pourraient, selon la CBC, en prendre ombrage.

Les briseurs de promesses : Ex-aequo, François Legault qui renie sa signature et son projet de loi sur la réforme électorale (comme Justin Trudeau avant lui), Jagmeeth Singh qui rompt sa promesse aux Québécois au sujet de la non-contestation de la loi 21. Mention pour Valérie Plante sur sa volteface au sujet de l’embauche de 250 nouveaux policiers.

Le désinformateur : Justin Trudeau qui a dit des dizaines de fois qu’une enseignante voilée avait été mutée « à cause de sa religion » plutôt qu’à cause de son affichage religieux. Mention aux interviewers, y compris francophones, qui ne l’ont pas corrigé sur ce point.

Le lâche de l’année : Le député-ministre montréalais Marc Miller, grand ami de Justin Trudeau, a déclaré que la loi 21 était « lâche ». Bizarrement il n’a pas eu le courage de dire une chose aussi choquante pendant la campagne électorale d’août et de septembre dernier.

L’embarrassant de l’année : Jean Charest a doublé, à deux millions de dollars, la somme qu’il demande au gouvernement québécois qui l’a « mis dans l’embarras ». Pourquoi ? À cause de fuites sur l’enquête portant sur l’hypothèse voulant qu’il ait présidé à la plus grande opération de corruption politique du Québec moderne.

La vacherie de l’année : Maurice Duplessis avait offert en 1950 au nouveau chef libéral, Georges-Émile Lapalme, de se présenter dans une partielle sans opposition du parti de gouvernement. François Legault n’a pas eu cette élégance face à Paul Saint-Pierre-Plamondon dans Marie-Victorin.

Ailleurs, c’est pire !

Les voisins violents : Une majorité d’électeurs républicains estiment que Donald Trump a vraiment gagné l’élection de 2020. Cela n’aurait aucune importance si cette conviction était équivalente aux 15% qui croient toujours qu’Elvis est vivant. Mais les sondeurs sont allés plus loin et leur ont demandé si « l’utilisation de la force est justifiée pour remettre Donald Trump au pouvoir ». En juin, 8% ont dit oui à cette question d’un sondage du Projet sur la sécurité et les menaces de l’Université de Chicago (CPOST). Cela correspond à 21 millions d’adultes. En novembre, 12% ont dit au Public Religion Research Institute que « les vrais patriotes américains pourrait devoir user de violence pour sauver le pays », ce qui équivaut à 32 millions d’adultes. Détail aggravant : le tiers de ces répondants possèdent des armes et 15% d’entre eux ont servi dans les forces armées. Selon le chercheur Robert Pape, de CPOST, cité dans The Atlantic, ces nombres sont semblables à ceux recensés chez les Catholiques d’Irlande du Nord, favorables à la violence, juste avant la création de l’IRA et des décennies d’affrontements armés.

Le palmarès des dictateurs: Les tyrans Vladimir Poutine et Xi Jinping se sont zoomé en décembre et ils n’en revenaient pas de tout ce qui les unit. « Je considère ces relations comme le modèle véritable de la coopération interétatique au 21e siècle » a susurré Poutine, dans une portion de l’entretien retransmis à la télé. Ils se verront, évidemment, aux JO de Pékin en février avec leurs autres copains rétifs aux droits et libertés. Poutine et Xi compareront leurs notes et leurs projets. Xi veut envahir Taiwan. Poutine, l’Ukraine. L’année 2022 leur est propice. Pourquoi ne pas lancer les attaques le même jour ? Ma prédiction : celle de Taiwan se fera après le 8 novembre prochain, date à laquelle l’américain Joe Biden perdra le contrôle du Congrès, affaiblissant sa position.

Tout ça est glauque, oui. Mais, au moins, ça nous change de la pandémie.

Pendant ce temps, à Skynet

Il y a plein de petits drones dans les paquets que le père Noël apporte cette année à nos bambins. Ils sont de plus en plus légers. De plus en plus sophistiqués. On peut les équiper de minicaméras. C’est chouette. On peut aussi y mettre un petit pétard. Que l’engin peut lancer sur une cible ou qui peut exploser lorsque le drone lui-même fait mouche. Pourquoi ne pas y embarquer aussi un logiciel de reconnaissance faciale ? Ainsi, il saura qui sont vos amis et qui sont vos ennemis. Des heures de plaisir à venir dans les cours de récréation et dans les parcs.

Vous n’avez pas trouvé ces options dans vos catalogues cette année ? C’est que vous ne regardez pas au bon endroit. Elles sont dans les prospectus des fabricants d’armes. Principalement américains, chinois, israéliens et turcs. Oui, turcs. Le régime autocratique d’Erdogan est d’ailleurs ravi de l’efficacité de ces engins, qu’il utilise sur sa frontière avec la Syrie. Ils ont été testés en zone de combat. En septembre, des forces arméniennes furent décimées en Azerbaïdjan, lorsque ces drones ont reconnu la fréquence de leurs radars et ont automatiquement détruit leur équipement.

Avez-vous noté, dans la dernière phrase, le mot « automatiquement » ? Cela signifie que les drones ont agi indépendamment de la volonté humaine. Comme ce fut le cas, au printemps, en Libye. Là, les drones n’ont pas ciblé les équipements, mais les soldats d’une milice rebelle. Ils les ont poursuivis individuellement dans leur retraite. Et les ont abattus. Idem début décembre dans la guerre que mène l’Éthiopie contre les rebelles de sa province du Tigré. Là, les drones étaient fournis par la Chine, les Émirats arabes unis et l’Iran.

Des drones et des Aztèques

Bienvenue dans la nouvelle ère de la guerre cybernétique. La supériorité des drones autonomes sur toutes les technologies antérieures est similaire à l’utilisation des fusils et des canons par Cortez contre les lances et les boucliers aztèques. C’est pourquoi la course à leur production et à leur utilisation est effrénée. (Pour une démonstration à glacer le sang, voir cette fiction d’un groupe d’opposition.)

L’argument moral est évidemment que jamais une arme ne devrait être utilisée sans le contrôle humain. Il fut brandi par une coalition internationale qui a tenté, et échoué à le faire plus tôt ce mois-ci lors d’une rencontre des Nations unies à Genève, de baliser leur utilisation. Le contre-argument des militaires est bien résumé par cette déclaration du lieutenant-général John N. T. Shanahan, directeur du Centre commun de l’intelligence artificielle du Pentagone : « Nous serons vraiment désavantagés si nous pensons que ce seront purement des humains contre des machines. Si ce sont des humains avec des machines d’un côté et des machines de l’autre, le facteur temps donnera une supériorité aux machines, car les décisions [de leur côté] seront prises plus rapidement. Alors, les combats se feront probablement algorithmes contre algorithmes. »

Shanahan dispose officiellement d’un budget de 18 milliards $US pour développer ces détonants robots volants. Des sommes similaires sont investies en Chine et en Russie, pour ne rien dire de la Corée du Nord. Lorsqu’une nouvelle arme, supérieure, apparaît, la crainte de voir vos ennemis s’en procurer d’abord est une motivation irrésistible. Cela est vrai des nations, mais aussi des bandes criminelles rivales qui se disputent, par exemple, des territoires au Mexique ou ailleurs.

Ce sera, disent avec raison les inquiets, comme ceux d’Amnistie internationale, l’effet Kalachnikov. Petit, portable, abordable, on le verra partout.

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La marge d’erreur

Le risque d’erreur est majeur. Les algorithmes les mieux codés ont massivement erré dans un passé récent. En affirmant, dans le réseau hospitalier de Pittsburgh, que l’asthme réduit le risque de pneumonie, en donnant systématiquement des avis négatifs aux femmes candidates à des emplois chez Amazon, etc. Comment le drone tueur fera-t-il la différence entre un soldat et un enfant jouant au cowboy ?

Le New York Times vient cependant de mettre en doute la qualité du jugement humain en dévoilant que les soldats qui ont dirigé des milliers d’attaques américaines de drones ont fait une erreur d’identification de la cible dans 17 % des incidents, provoquant au total la mort de 1700 civils en cinq ans. Les drones intelligents seront-ils aussi poches ? (C’est la prémisse de l’excellent film Eagle Eye (L’œil du mal) de 2018. Une intelligence artificielle est choquée qu’un humain n’ait pas suivi sa recommandation pour une attaque de drone.)

À ce point, on n’est donc plus qu’à un degré de séparation du Skynet évoqué en titre. Pour les novices, il s’agit du nom du système d’intelligence artificiel à l’œuvre dans la série Terminator. Dès sa mise en ligne, Skynet prend conscience de sa propre existence. Lorsque les humains tentent de le débrancher, il riposte en décidant d’éradiquer la race humaine.

Heureusement, les algorithmes étant presque aussi faillibles que les humains, la marge d’erreur de Skynet est suffisamment grande pour laisser la résistance s’organiser.


Zombies : un sujet qui refuse de mourir

On n’en démord pas : le thème des zombies semble increvable. (Avertissement : ce texte est infecté de nombreux mauvais jeux de mots. La contagion est possible.) Et c’est pire que ce que vous craignez. Oui car, avec les zombies, le pire est toujours sur. Ils sont sortis des écrans et des bédés où ils sévissaient pour s’immiscer maintenant dans les bulletins de nouvelles, voire dans les publications savantes.

Même les nains de jardin…

Chacun a pu lire l’avis officiel publié début juin par le très sérieux Centre for Disease Control, d’Atlanta,  selon lequel  «Le CDC n’a pas connaissance d’un virus ou d’une situation qui ranimerait les morts (ou qui créerait des symptômes de type zombiesques).» Cette précision n’était pas rendue nécessaire par la sortie d’un nouvel épisode de la série de films américains « Resident Evil » mettant en vedette une hyper-résiliente Mila Jojovitch. Non, le CDC s’est fendu de ce communiqué à la suite de quelques faits divers scabreux dans lesquels des meurtriers américains avaient démontré un appétit débordant pour leurs victimes, leurs membres et leurs cerveaux.

Il est vrai que la CDC avait déjà abordé le sujet, l’année précédente, en émettant un communiqué se voulant ironique sur l’état de préparation à une attaque de zombies. Puisque les précautions sont semblables à celles requises pour un tsunami ou une attaque nucléaire (équiper la maison de provisions sèches, d’eau, de piles, etc), la CDC avait trouvé malin d’user de l’astuce zombie pour diffuser la bonne nouvelle. Une technique qui est revenue la mordre dans la nuque, pour dire ainsi, car il se trouve toujours des gens à la marge qui croient n’importe quoi. (À preuve, 2% des Québécois se disent « très satisfaits » de Jean Charest.)

Il y a aussi des gens qui s’amusent à prendre les zombies au sérieux, sous prétexte de tester des théories scientifiques. C’est le cas de chercheurs des universités Carleton et d’Ottawa qui ont fait une simulation mathématique de la progression d’une pandémie zombie. Évidemment, les morts-vivants  disposent de conditions hyper-favorables. Chaque victime devient zombie et chaque cimetière procure des troupes fraiches. Enfin…  des troupes.  Les conclusions des chercheurs est aussi claire que prévisible: la progression du mal est exponentielle et l’espèce humaine est en péril.

Ils ont testé l’hypothèse de la mise en quarantaine. Mais puisque, dans 100% des récits où la chose est tentée (Resident Evil, 28 months later, etc) les zombies finissent par s’échapper, le résultat est toujours le même. Seule une attaque agressive, combinée et précoce contre le premier groupe de zombies aurait des chances de sauver la planète.

En serions-nous capables ? C’est la question qu’a posée un sérieux professeur de politique internationale américain, Daniel Drezner, dans un livre publié en avril : Theories of International Politics and Zombies. Il passe en revue comment un gouvernement de droite ou de gauche, réaliste ou idéaliste, dictatorial ou participatif, réagirait à une crise zombiesque. (En l’espèce, croyez-moi, vous préférez avoir Arnorld Schwarzenegger en charge du processus décisionnel plutôt que Mahatma Ghandi.)

Mais pourquoi le sujet des zombies a-t-il droit à autant d’incarnations ? On sait que l’attrait pour le surnaturel et les extra-terrestres vient de notre double et paradoxale angoisse d’être seuls dans l’univers – et de ne pas l’être.

Mais des morts-vivants ? Ce n’est quand même pas parce qu’on manque de compagnie ? Une théorie que j’invente à l’instant postule que notre appétit collectif pour les zombies – et leur appétit pour nous – tient à notre conscience nouvelle d’avoir mis l’existence de l’humanité en danger ces dernières décennies.

Il s’agissait naguère de notre capacité nucléaire à nous autodétruire. Les zombies étaient en noir et blanc. Il s’agit aujourd’hui de la destruction programmée des écosystèmes. Les zombies sont en 3D.

Hubert Reeves affirme posément que si la tendance se maintient – et elle s’accélère– les insectes seront les seuls habitants de la planète dans à peine un siècle.  Nos enfants diront s’il a raison. Mais en attendant, les zombies seraient la façon trouvée par notre inconscient collectif, nourri de notre culpabilité latente, faisant elle-même ripaille de notre inaction face au danger, pour nous postillonner son virus mortel au visage, sur grand écran.

Ça, ou des troubles de digestion.

Et encore :

Dans son communiqué de mai 2011, le CDC écrivait :

Si les zombies commençaient à se balader dans les rues, le CDC conduirait une enquête, comme pour n’importe quelle épidémie. Le CDC fournirait une assistance technique aux villes, états, ou partenaires internationaux pour gérer une infestation zombie.

Tout fout le camp (encore ?)

Les scénarios catastrophe abondent. Faut-il continuer à cultiver notre jardin pendant que le ciel nous tombe sur la tête ? Réponse qui en vaut d’autres : seulement si on s’investit pleinement dans sa tâche et qu’on tient un parapluie.

Peut-être cette journée avait-elle bien commencé pour vous. À moins que vous ne tourniez immédiatement la page, c’en est fait de votre tranquillité d’esprit. Car au moment où vous lisez ces lignes s’enclenche la plus grave crise politique mondiale depuis la chute du rideau de fer, en 1989, accompagnée d’une crise économique et financière d’une ampleur comparable à celle de 1929. Je n’invente rien. Je viens de citer mot à mot le bulletin Alerte Europe 2020 / Rupture systémique globale.

Le pire, c’est que sa lecture est extrêmement convaincante. On sait que l’économie américaine se présente depuis cinq ans comme un géant aux pieds d’argile : une accumulation record de déficits, une balance commerciale outrageusement déficitaire, une croissance économique largement tributaire de la bulle immobilière, un dollar qui ne cesse de s’affaiblir. En cette semaine du 20 mars, tout va converger pour faire sauter la baraque, écrivent les auteurs – qui affirment avoir prévu l’effondrement du bloc communiste, le blocage des institutions européennes et l’échec de la ratification de la nouvelle Constitution, l’enlisement américain en Irak et la perte de crédibilité internationale des États-Unis. (Pas d’applaudissements pour ces deux dernières prédictions, Bush était le seul à ne pas faire les mêmes.)

Reste qu’ils mettent le doigt sur deux événements qui peuvent précipiter les choses. Le 20 mars, nos amis du gouvernement de Téhéran doivent lancer la première Bourse pétrolière en euros, donnant un coup d’accélérateur à un mouvement perceptible depuis deux ans : la montée de l’euro et la chute de la devise américaine. Le 26 mars, la Réserve fédérale des États-Unis va cesser, comme elle l’a déjà annoncé, de rendre publique la somme de dollars américains en circulation dans le monde. Ce recul de la transparence ne peut cacher qu’une chose : la volonté d’imprimer un plus grand nombre de billets pour doper artificiellement l’économie américaine et ainsi aider l’équipe Bush aux élections législatives d’octobre. Cependant, cela donne à tous le signal supplémentaire que le dollar américain n’est plus une devise crédible.

Ces deux éléments suffiront-ils à provoquer les cataclysmes annoncés ? Il n’y a que deux réponses possibles : oui ou non. Et on ne saura qu’à l’usage laquelle est la bonne. J’ai lu, depuis 20 ans, des dizaines de documents semblables à celui-ci et parfaitement bien étayés. La terre a continué de tourner. Pour ce magazine, j’interviewais en 1987 Paul Kennedy, historien respectable qui venait d’écrire la thèse définitive sur le déclin imminent de l’empire américain. Puis, les États-Unis ont vécu pendant les années 1990 une des périodes les plus fastes de leur existence.

Ah, mais s’il n’y avait que ça. La Chine, monsieur Lisée, la Chine ! Elle va nous engloutir tous et toutes ! Certes. (Au Cérium, nous auscultons le phénomène sous toutes ses coutures et, à vrai dire, c’est pire que vous ne le pensez.) Hier maoïste, la Chine devient une surprenante puissance néocoloniale : elle achète nos matières premières, les transforme, puis nous revend les produits finis, rasant notre industrie manufacturière au passage. La meilleure (la pire ?) citation entendue à ce sujet provient d’Avrim Lazar, président de l’Association des produits forestiers du Canada : « Il y aura une chose pire que de devenir une colonie chinoise, ce sera de ne pas en devenir une. »

Mais vous souvenez-vous que les Japonais, dans les années 1980, devaient également nous avaler tout rond ? Où sont-ils aujourd’hui ? La Chine a de meilleurs atouts, c’est sûr. Elle peut tomber plus durement aussi. Elle va nous changer, c’est sûr. On va s’adapter.

Rien de tout cela n’importe, disent les écolos, car la terre brûle, à Pékin comme à Victoriaville. Ah, le réchauffement ! Je vais régler son cas en deux phrases. Ou bien sa progression est linéaire, c’est-à-dire qu’il s’accentue un peu plus chaque année, et alors nous avons le temps d’agir, malgré la chaleur croissante, pour la faire reculer. Ou bien elle est non linéaire, c’est-à-dire que d’ici 50 ans sera franchi, à un moment imprévisible, le seuil au-delà duquel des changements brutaux surviendront (disons, 5% de ce qui arrive dans le film Le jour d’après – tourné à Montréal, vous le saviez ?), et alors rien de ce que nous pouvons faire dans l’intervalle n’aura d’importance.

Et puis, de toute façon, la grippe aviaire nous rattrapera avant. Sans compter le bogue de l’an 2000, à cause duquel nous serons tous piégés dans des ascenseurs jusqu’à ce que mort s’ensuive. Que dites-vous ? Le bogue est déjà passé ? Je ne m’en étais pas rendu compte.

Quelqu’un me demandait récemment si, devant toutes ces catastrophes imminentes, nos vies avaient encore un sens. Enseigner aux enfants. Construire des meubles. Repaver des nids-de-poule. Organiser des conférences sur la Chine. J’ai réfléchi un peu, puis ai répondu deux choses. À moins d’un danger perceptible et immédiat qui requière qu’on empile des sacs de sable ou repousse une attaque ennemie, ce que nous pouvons faire de plus utile est de nous investir dans ce que nous faisons bien et de le faire mieux (Nota bene : cette consigne ne s’applique cependant pas à ceux de nos lecteurs qui sont tueurs en série). Cela dit, si vous avez encore des actions de GM, vendez-les. Et il ne serait pas complètement imprudent d’acheter un peu d’or, avant la fin du mois, juste au cas.

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