PKP répond aux cinq questions: c’est quatre fois Non

photo : Hugo-SŽbastien AUBERTOn ne pourra pas dire de Pierre Karl Péladeau qu’il manque de répondant. Je lui posais dimanche cinq questions de fond sur la gouvernance de ses médias. Il nous répond en 48 heures.

Sa réponse éclaire plus que jamais la posture de celui qui dirige notamment deux grands quotidiens et le premier réseau d’information télé au Québec. Il persiste et signe.

Je rappelle brièvement les questions, je vous laisse lire la réponse de PKP, et je commente ensuite:

Mes questions:

#1. En 2009, PKP s’engage à ne pas réduire le nombre d’artisans de l’information pendant le conflit, s’engage-t-il à en compter autant en fin de conflit, quitte à les répartir ailleurs dans l’empire?

#2. Au moment du lock-out, les pages opinions du Journal de Montréal étaient équilibrées, de la droite à la gauche. Aujourd’hui, la droite règne. Va-t-il rééquilibrer en fin de conflit?

#3. Accepte-t-il de prendre de la distance face à la couverture médiatique et de garantir l’indépendance des salles de nouvelles ?

#4. Pourrait-il nommer un ombudsman pour recevoir les plaintes des lecteurs, en attendant de réintégrer le Conseil de presse, comme il s’y était engagé en 2001?

#5. Envisage-t-il de donner un coup de pouce à RueFrontenac, comme son père l’a fait pour Le Devoir, au nom de la diversité de l’information ?

Cher Jean-François

Mercredi dernier, le médiateur a demandé aux parties de ne pas révéler la teneur des discussions en cours, ce qui est tout à fait normal vu que le Code du travail interdit à l’employeur de négocier ailleurs qu’à la table. Toutefois, le Code ne nous interdit nullement de rectifier des faits ou éclairer des zones d’ombre, ce à quoi je me suis appliqué jusqu’ici.

Cela étant, je dois tout de même vous prévenir que certains aspects de vos questions touchent bel et bien les discussions en cours. Je ne collerai donc pas précisément au canevas de vos cinq questions mais tenterai tout de même de vous éclairer de mon mieux, dans le respect des restrictions qu’impose, à juste titre, le Code du travail.

D’entrée de jeu, aussi évidente que la chose puisse paraître, il m’apparaît essentiel de vous indiquer que toute entreprise de presse est assujettie à des impératifs de rentabilité (à moins de recevoir une subvention fédérale d’un milliard de dollars par année – tout en refusant de rendre des comptes sur l’usage qui en est fait – ou à moins de servir de courroie de transmission déficitaire à un vaste holding financier). La cogestion sans but lucratif dans les médias est une utopie dont la mise en pratique n’a guère accouché que de feux de paille bien vite oubliés et ce, peu importent les beaux grands idéaux qui avaient présidé à leur fondation.

Tout comme vous, je souhaite assurer au Québec une presse libre et forte. Or, celle-ci ne peut espérer prospérer que dans un contexte où les organisations prennent les mesures qui s’imposent pour faire partager les coûts de la cueillette de l’information et assurer la diffusion sur un plus grand nombre de canaux de distribution.

Vous avez d’ailleurs bien illustré cette problématique en décrivant les récentes modifications opérationnelles survenues au service de l’information de la SRC.  C’est la seule façon de contrer l’impact sur nos revenus de l’évolution incontournable des technologies et de la migration des lecteurs vers de nouvelles plateformes.

Chez Quebecor Media, la presse écrite constitue l’un de nos plus importants fonds de commerce, avec celui des télécommunications. Nous opérons une entreprise qui se doit d’assurer la pérennité de ses profits. Les entreprises de presse doivent prévoir à long terme, sous peine de sombrer corps et biens, comme de nombreuses publications du Québec (Montréal Matin, Dimanche Matin, The Montreal Star), mais aussi d’ailleurs en occident.

Mon père lui-même avait rapidement mis fin à l’aventure du Montreal Daily News quand la perspective de profits lui était apparue incertaine.

C’est pourquoi, depuis de nombreuses années, bien conscients du caractère débridé de l’évolution technologique, nous avons lancé de très nombreuses initiatives de modernisation partout au sein des 250 publications de Sun Media, notre filiale d’édition de journaux dont Le Journal de Montréal est partie intégrante.

Il faut comprendre que le Journal n’est pas une île et qu’il fait partie d’un vaste réseau, d’un écosystème où la production de l’information et l’effectif journalistique ne peuvent plus être considérés en silo ou en fonction de processus désormais obsolètes.

Vous avez raison de dire qu’avec le pouvoir vient la responsabilité : nous sommes responsables d’assurer la pérennité de milliers d’emplois, dont les ressources journalistiques constituent une proportion certes importante, mais elles sont loin d’être la majorité. C’est toute une machine qui permet à l’information d’exister. La force d’un tel réseau, c’est sa capacité de consolidation et le potentiel d’émulation entre ses différentes composantes. Ces dernières ont d’ailleurs fait l’objet d’une consolidation réussie au cours des trois dernières années.

Les salles de rédaction doivent aussi s’adapter à ces nouvelles façons de faire. À juste titre, vous soulignez l’embauche d’Andrew McIntosh et la mise sur pied d’une structure d’enquêtes nationales. C’est là en effet un bel exemple de ce que la souplesse opérationnelle permet comme innovation dans la configuration de nos ressources. Vous auriez pu mentionner aussi la création cette année même de nombreuses nouvelles publications et l’embauche des ressources qui s’y rattachent.

Les journalistes doivent désormais s’adapter en continu dans la mesure où rien n’est jamais figé. La réalité de 2010 n’est déjà plus celle de 2008, et encore bien moins celle de février 2001… Il leur faut vivre et travailler au diapason des nouvelles technologies et de nouveaux publics, et relever chaque jour des défis inédits.

Dans ce nouvel environnement hautement volatil, où la concurrence n’est plus seulement de l’autre côté de la rue mais aussi de l’autre côté de la planète, il est essentiel d’optimiser l’utilisation de nos ressources. Nous devons nous démarquer en offrant tout autant de l’information largement accessible que des exclusivités et des enquêtes.

Devant une uniformisation de plus en plus marquée des médias d’information, qui adoptent trop souvent un point de vue très «plateauisé » (comme nous le révélait Le Trente récemment), nous avons plutôt choisi, et depuis de nombreuses années, d’épouser le contour des préoccupations d’une plus grande partie de la population, qui désire qu’on réponde à ses attentes et non pas qu’on lui enseigne le credo d’un microcosme bien-pensant dans lequel elle se reconnaît mal.

Ce positionnement est logique : nous occupons simplement un créneau pour lequel il existe un marché bien réel, comme le prouve l’ampleur de notre lectorat. Il peut être séduisant pour certains dont les affinités penchent ailleurs d’y voir le porte-voix d’une pensée néoconservatrice, néolibérale ou néo-je-ne-sais-quoi, mais dans les faits, ce n’est là qu’une formule choc un peu creuse que ne saurait sérieusement justifier la présence de quelques chroniqueurs au verbe plus musclé.

Le rédacteur en chef Dany Doucet a déjà, et à plusieurs reprises, fort bien expliqué la position du Journal à ce sujet. Il est pour le moins étrange que vous voyiez des règlements de compte dans des enquêtes qui informent le citoyen sur l’utilisation des fonds publics ou sur les agissements de certains grands acteurs économiques. Si nous ne rapportions pas ces nouvelles, qui le ferait? Les graves accusations que vous portez  sur la foi de ouï-dire ou de préjugés tenaces mais sans fondement ne rendent certainement pas justice à notre travail et au professionnalisme de nos journalistes.

Quant à l’indépendance des journalistes, c’est un concept dont il faut bien comprendre l’application au sein d’une salle de rédaction. Un journaliste ne se loue pas un bureau dans une salle de rédaction comme un coiffeur loue une chaise dans un salon réputé où il reçoit librement sa propre clientèle, selon son humeur. Une salle de rédaction n’est pas un collectif de joueurs autonomes qui laissent libre cours à leurs envies du moment; elle possède une structure, un esprit de corps, et le journaliste y œuvre au sein d’une équipe.

L’éditeur, le rédacteur en chef ou le directeur de l’information font chaque jour des choix éditoriaux et livrent des affectations en conséquence. Il ne s’agit pas là de contrôle de l’information, comme cela s’est entendu lors d’une séance de défoulement collectif au dernier congrès de la FPJQ. Il ne s’agit là que de simples préceptes organisationnels auxquels n’échappe aucune entreprise.

Ces accusations de contrôle sont pourtant reprises à l’envi à l’endroit des médias de Quebecor et ce, depuis plusieurs années maintenant, comme si La Presse ou Le Devoir laissaient leurs propres journalistes entièrement libres de choisir les nouvelles à publier.

Un ombudsman ou une adhésion au CPQ ne changeraient rien au fait que nous devions choisir et offrir à nos lecteurs un contenu dans lequel ils se reconnaissent. Seul ce souci d’adéquation entre la nouvelle et le lecteur guide les choix de la Rédaction. L’important, c’est que le journaliste fasse ensuite son travail selon les règles de l’art, peu importe son affectation du moment.

En terminant, nous savons tous qu’aucune licence ni autorisation des pouvoirs publics n’est nécessaire au démarrage et à l’exploitation d’une publication. Si certains souhaitent se positionner ailleurs, adopter d’autres angles, s’adresser autrement à d’autres publics, mettre de l’avant d’autres préoccupations sociales ou économiques tout en consacrant des énergies à la couverture des scènes culturelles et sportives, ils sont libres de tenter leur chance.

Rue Frontenac semble vouloir se lancer dans l’aventure et nous lui souhaitons sincèrement de trouver éventuellement un équilibre viable entre ces nobles aspirations, un public cible substantiel et une masse critique d’annonceurs. Comme nous l’avons fait et le faisons toujours pour Le Devoir, il nous fera plaisir de leur fournir les prestations industrielles nécessaires pour assurer la diffusion de Rue Frontenac, s’ils veulent bien travailler avec nous.

Sur ce, laissons place aux vraies négociations. Je vous souhaite, ainsi qu’à tous vos lecteurs, de très joyeuses fêtes.

Bien cordialement,

Pierre Karl Péladeau

Mon commentaire:

Tout cela a le mérite de la clarté. Reprenons les questions et les réponses, dans l’ordre:

#1. En 2009, PKP s’engage à ne pas réduire le nombre d’artisans de l’information pendant le conflit, s’engage-t-il à en compter autant en fin de conflit, quitte à les répartir ailleurs dans l’empire?

C’est Non.

#2. Au moment du lock-out, les pages opinions du Journal de Montréal étaient équilibrés, de la droite à la gauche. Aujourd’hui, la droite règne. Va-t-il rééquilibrer en fin de conflit?

C’est Non. Il affirme au contraire vouloir faire contrepoids à la « plateauisation » de l’information et veut pour preuve de la justesse de cette stratégie le vaste lectorat du Journal. Lectorat qui était pourtant tout aussi nombreux lorsque des plumes de gauche, très « plateau » (Nuovo, Bazzo, Grey, Payette) sévissaient dans le quotidien.  (Notons pour nos lecteurs non-montréalais que le plateau est le quartier résidentiel le plus proche de plusieurs grands médias, dont TVA, Radio-Can, La Presse, Le Devoir et Astral Média.)

#3. Accepte-t-il de prendre de la distance face à la couverture médiatique et de garantir l’indépendance des salles de nouvelles ?

C’est Non. Il réaffirme le droit de l’éditeur d’intervenir dans la couverture (donc non seulement dans l’expression de l’opinion). Pour le JdeM l’éditeure est Lyne Robitaille, la vice présidente Est du Canada Sun Media. La question portait plutôt sur l’intervention du propriétaire.

Évidemment il y a des précédents. L’américain Hearst en est l’archétype. Mais la tradition québécoise récente tend à distancier le propriétaire de la direction de l’information — celle qui dirige en effet les journalistes qui, PKP a raison, ne sont pas des coiffeurs. M. Péladeau semble penser que cette courroie de transmission du propriétaire vers la couverture journalistique est courante à La Presse, ce que ne confirment pas nos informations de première main pour la période couverte par la présence de l’éditeur Guy Crevier. Il donne aussi l’exemple du quotidien Le Devoir, mais la propriété très diffuse de ce quotidien lui épargne toute pression extérieure dans la définition de sa couverture. Les éléments d’information avérés dont nous disposons permettent de conclure que le niveau d’intervention du propriétaire dans la direction de la couverture journalistique à Quebecor est, dans le Québec contemporain, exceptionnel.

#4. Pourrait-il nommer un ombudsman pour recevoir les plaintes des lecteurs, en attendant de réintégrer le Consil de presse, comme il s’y était engagé en 2001?

C’est Non. Il met d’ailleurs en doute toutes les informations qui circulent au sujet de comportements sujets à caution dans l’orientation de l’information elle-même. (Pierre Karl: je n’ai pas rapporté de « ouï dire » dans mes questions. Tel qu’indiqué, il s’agit de témoignages directs d’ex-employés crédibles non liés au conflit du Journal, soit le genre de source sûre citée chaque jour dans vos quotidiens sur divers sujets.)

#5. Envisage-t-il de donner un coup de pouce à RueFrontenac, comme son père l’a fait pour Le Devoir, au nom de la diversité de l’information ?

C’est Noui ! Évidemment, on a en tête le soutien actif de Péladeau Père au Devoir, qu’il a financé à hauteur de deux millions sur plusieurs années. Cependant, ici, PKP ouvre une porte: il offre au futur RueFrontenac, pour sa version papier, un service de diffusion selon les termes « très concurrentiels » offerts au Devoir.

Pour l’essentiel, qu’on se le dise, il y a un style, une orientation, un  élan PKP. La Une de L’actualité demandait cet automne s’il était redoutable? Le point d’interrogation est de trop. Il confirme aujourd’hui être inébranlable.

Mes cinq questions à Mme CSN

ae4886e7f896f4825e413d1af8c4e4fc2Pendant que Pierre Karl Péladeau réfléchit aux cinq questions que je lui ai posées, je récidive en tournant mes points d’interrogation vers la présidente de la CSN, Mme Claudette Carbonneau.

(Transparence totale: Mme Carbonneau m’a quelquefois invité à m’adresser à des instances de la CSN, où j’ai pu en toute liberté exprimer les défis auxquels, à mon avis, le syndicalisme est convié. C’est vrai aussi pour la FTQ.)

Comme pour PKP, je vais aborder le conflit au Journal de Montréal, mais je vais déborder sur des questions plus large d’information et de relations syndicales/patronales.

Chère Claudette,

Permettez-moi de vous appeler par votre prénom car c’est notre pratique dans la vie civile et vous faites de même avec moi. Je suis, vous le savez, un allié critique du monde syndical (comme, ajouterais-je du monde entrepreneurial). Ma liberté de ton dans cette lettre ne vous surprendra donc pas.

J’ai lu avec attention les lettres que vous m’avez fait parvenir et je vous en remercie. J’aimerais maintenant vous poser quelques questions.

Question #1 –L’appui de la CSN aux grévistes

S’attaquer à PKP, au 21e siècle au Québec, c’est affronter l’entreprise et l’équipe patronale probablement la plus redoutable. En janvier 2009, moment du lock-out, le conflit, tout juste terminé, au Journal de Québec et celui, très empoisonné, de Vidéotron auparavant offraient la bande annonce de ce qui se tramait pour Montréal.

Dès le départ, les travailleurs du JdeM se savaient en position de faiblesse et n’auraient, en aucun cas, voté pour déclencher une grève. (Le prolongement à l’identique de la convention collective précédente leur allait tout à fait.) Vrai, leur fond de grève était bien garni. Mais Quebecor, aussi, a les reins solides.

J’ai donc été un peu surpris du retard pris par la CSN à « mettre toute la gomme » contre un adversaire aussi puissant. Le communiqué annonçant votre « vaste opération de boycott » du JdeM date du… 19 octobre 2010! Plus de 22 mois après le début du conflit !

Ce n’est pas faute des journalistes en grève d’avoir réclamé, bien avant, cette action. Pourquoi un tel délai ? N’est-il pas évident qu’après 22 mois, les annonceurs et les lecteurs se sont habitués à lire le journal malgré le conflit ?

N’aurait-il pas été normal de lancer cette campagne — dont le succès est, dans le meilleur scénario, incertain — dès le lock-out ? Puis de cibler dans un second temps Quebecor « là où ça fait mal », c’est-à-dire, cette année, dans sa campagne d’abonnement au sans-fil ?

Question #2 –Le purgatoire

Est-il vrai que les journalistes en grève devaient d’abord se « faire pardonner » leurs écrits passés, pas nécessairement pro-syndicaux, ou plus simplement faire oublier leur participation à un quotidien qui fut parfois très dur pour le mouvement syndical ?

Y avait-il donc, face à ces syndiqués en particulier, déficit de so-so-solidarité?

Question #3 – Le nombre d’artisans de l’information

Je vous pose ici la version, en miroir, de la question posée à M. Péladeau. Vous avez rappelé sur ce bloque que PKP s’était engagé, au début de 2009, à maintenir le nombre d’artisans de l’information au Journal de Montréal. M. Péladeau écrivait n’avoir « aucun intérêt à réduire la qualité de l’information de sa publication dans un environnement toujours plus compétitif et où le contenu est roi » et vouloir en fait « augmenter le nombre de journalistes, d’infographistes et de professionnels de l’information au Journal. »

Les deux ans écoulés depuis cet engagement ont modifié la donne. La montée en puissance de l’agence maison de Quebecor, QMI, lui a permis de produire un journal, non sans journalistes, mais en utilisant les journalistes de ses autres médias.

Vous n’êtes pas sans savoir que Radio-Canada a également intégré ses journalistes radio, télé, web, nouvelles et affaires publiques autour de pupitres thématiques conjoints avec pour résultat que la société d’État produit désormais davantage d’information qu’avant. Comme quoi le décloisonnement des équipes de production de l’information peut être fécond. Les journalistes qui participent à cette opération sont syndiqués CSN.

Dans les lettres qu’il a publiées sur ce blogue, PKP se plaint que vous vous entêtiez à négocier comme si la situation n’avait pas changé. Je trouve intéressant que la convergence que je viens de décrire à Radio-Canada s’est produite, pour l’essentiel, au cours des deux dernières années.

D’où ma question: Plutôt que de vouloir reconstruire une salle des nouvelles du Journal de Montréal maintenant chose du passé, pourquoi ne pas exiger plutôt que Quebecor réintègre (ou embauche) autant de journalistes qu’il en avait au Journal de Montréal à la veille du lock-out, quitte à répartir ces effectifs à QMI directement où chez d’autres producteurs d’information de l’empire ?

Question #4 – Un problème de crédibilité

Vous me trouvez à vos côtés dans votre appui au projet de loi du député péquiste Guy Leclair visant à moderniser les disposition anti-briseurs de grève du Code du travail pour qu’elles s’appliquent aux « scabs virtuels ». Il est clair, dans mon esprit, que la montée en puissance de l’agence QMI pendant le lock-out fut la version moderne, internet, de l’embauche de briseurs de grève.

Vous avez raison de dénoncer la volonté rétrograde du Conseil du patronat de rouvrir le Code du travail, non pour le moderniser, mais pour y extraire toutes les dispositions anti-briseurs de grève et tenter d’y démanteler plusieurs acquis du monde syndical québécois qui contribuent pourtant à l’existence, au Québec depuis maintenant 30 ans, d’un climat de travail enviable.

Cependant, permettez-moi de vous suggérer que d’autres éléments de modernisation permettraient de colmater de réelles brèches dans la crédibilité syndicale au Québec. Elles ne sont pas le fait de votre seule centrale — loin s’en faut — mais votre ouverture d’esprit sur ces points démontrerait clairement votre caractère de pionnière.

L’interdiction faite à un employeur de communiquer directement avec ses employés pendant un conflit apparaît, à l’heure de la communication instantanée et de wikileaks, proprement ubuesque. Le décalage horaire avec la société de l’information est d’autant plus choquante, il me semble, lorsqu’il s’agit d’un conflit avec des… travailleurs de l’information.

Ne serait-il pas temps de modifier le Code du travail au moins sur un point: Que la partie patronale, lorsqu’elle présente une offre significative que la partie syndicale souhaite soumettre à ses membres, puisse se prévaloir de la possibilité:

1) de remettre à la partie syndicale, pour distribution aux salariés, sa propre présentation des offres;
2) de se présenter à l’assemblée syndicale pour expliquer ses offres, répondre aux questions, puis se retirer ?

Je dis « se prévaloir », car cela créerait une dynamique où le refus de la partie patronale de venir présenter ses offres serait une indication, peut-être, de leur caractère peu acceptable (ou de l’absence de civilité des uns et des autres). A contrario, ce dispositif n’inciterait-il pas les patrons à bonifier leurs offres, s’ils savaient qu’ils doivent aller les défendre devant les syndiqués ?

Par ailleurs, une des raisons pour lesquelles le mouvement syndical souffre d’un déficit de crédibilité est la perception que la démocratie n’y est pas toujours une vertu cardinale. Le Code du travail oblige aujourd’hui des votes secrets pour la tenue de votes de grève et de votes sur les dernières offres patronales (le patron peut même exiger un vote via la Commission des relations du travail).

Cependant, un refus syndical de tenir ces votes secrets ne prête flanc à aucune sanction sérieuse.

Pour assurer un regain de confiance dans la démocratie syndicale, pourquoi ne pas introduire dans le Code du travail une disposition prévoyant qu’un agent de la Commission des relations de travail (CRT) sera présent lors de chacun de ces votes, de façon à pouvoir juger de leur bonne tenue ? S’il constatait une infraction (que sa seule présence rendrait rarissime), il en référerait à la Commission qui, après avoir entendu les parties, pourrait ordonner la tenue d’un nouveau vote, organisé celui-là par la CRT.

À l’heure où les actionnaires militants participent aux assemblées d’actionnaires des grandes entreprises, à l’heure où les observateurs pullulent dans les processus démocratiques aux quatre coins du monde, la présence, discrète, d’un représentant de la CRT lors de ces votes importants ne serait-elle pas l’expression de la maturité démocratique du mouvement syndical ? De sa confiance en soi ? De son acceptation d’une transparence qu’elle réclame chez les autres ? D’une saine absence d’inhibition face aux contre-pouvoirs ?

Question #5 – L’avenir de RueFrontenac.com

Chère Claudette, je vous sais préoccupée par le problème de la concentration de la presse au Québec. Or il se trouve que le trop long conflit du Journal de Montréal a produit un nouveau média: RueFrontenac.com. Près de 300 000 visiteurs uniques par semaine vont y trouver de l’information (c’est beaucoup plus que sur mon blogue).

Ses artisans ont élaboré un projet qui, croient-ils, tiendrait la route après le conflit, sous forme, peut-être, de coopérative. J’ai demandé à Pierre Karl Péladeau s’il était disposé à mettre l’épaule à la roue pour assurer la pérennité de RueFrontenac.  Je me tourne vers vous pour vous poser la même question.

Je ne peux croire les mauvaises langues qui me rapportent que la couverture de RueFrontenac n’est pas suffisamment pro-syndicale au goût de certains de vos collègues. Vous admettrez au contraire avec moi que la liberté retrouvée de ses journalistes leur confère, certes, une sensibilité envers les autres combats de grévistes et, a fortiori, de lock-outés, mais ne doit induire aucune disparition de leur esprit critique envers toutes les institutions québécoise, y compris celle que vous dirigez.

Puis-je vous faire une suggestion ? Pouvez-vous vous engager à assurer, dans la mesure de vos moyens, un soutien significatif au futur RueFrontenac, par exemple en payant pour que sa version papier comporte chaque mois votre souvent très informatif magazine Perspectives CSN et en invitant les autres centrales syndicales à faire de même, peut-être, avec leurs publications ou autrement ?

RueFrontenac ne sera peut-être pas, demain, ce qu’était Quebec Presse dans les années 1970, un hebdo progressiste et indépendantiste.  Mais ce sera une voix de plus, indépendante du capital et des agendas corporatifs, sur la place de l’information québécoise.

Finalement, chère Claudette, permettez-moi d’exprimer à votre endroit le même voeux que celui destiné à M. Péladeau:

Vous engagez-vous à faire un ultime effort de négociation pour que le conflit au Journal de Montréal soit terminé avant le réveillon de Noël ?

Bien cordialement,

Votre correspondant,

Jean-François

Mes cinq questions à PKP

20101111-192912-gC’est bien beau, jouer au facteur. Mais est-ce que ça fait vraiment avancer les choses ? Sur ce blogue, depuis quelque temps, Pierre Karl Péladeau et Claudette Carbonneau font mine de s’écrire. En fait, ils écrivent aux internautes et, à travers eux, à l’opinion — syndicale, patronale et publique.

Je ne suis pas dupe : mes correspondants ont un pied dans l’information et un pied dans la communication. L’employeur, en particulier, est content d’avoir trouvé une façon détournée de communiquer directement avec ses salariés. (Note : Le Code du travail empêche le patron de s’adresser directement aux salariés pendant un conflit. Une clause anachronique et infantilisante.)

Cette soif de transparence nous sourit, à Lactualite.com, qu’un collègue a récemment surnommé « la Suisse des médias québécois ». La Suisse ? Cela fait un peu neutre, non ? Or mes lecteurs savent que la neutralité n’est pas ma tasse de thé. Je vais donc relever le degré de difficulté en me réinsérant dans la discussion. Je poserai, aujourd’hui, cinq questions à Pierre Karl Péladeau et, demain, autant à Claudette Carbonneau.

Cher Pierre Karl,

Permettez-moi de vous appeler par votre prénom, car nous sommes depuis récemment correspondants, donc de moins en moins étrangers, et vous faites de même avec moi.

D’abord un mot sur mes motivations : comme journaliste, je souhaite l’existence d’une presse forte, libre, diverse. Comme tout Québécois, j’aime une bonne bagarre, mais je préfère qu’elle se termine rapidement et, si possible, en recollant le maximum de morceaux.

J’ai lu avec attention les lettres que vous m’avez fait parvenir et je vous en remercie. J’aimerais maintenant vous poser quelques questions. Sur le conflit, certes. Mais également sur votre rôle dans le monde des médias. En plus — je vous avertis tout de suite –, je vais parfois introduire des sous-questions, pour gagner du temps. On a tous des cadeaux de Noël à aller acheter.

Question n°1 – Le nombre d’artisans de l’information

Dans une lettre que vous avez envoyée au début de 2009 et dont Mme Carbonneau nous rappelait l’existence sur ce blogue, vous affirmiez ce qui suit :

« [Certains ont] indiqué que nous voulions réduire 75 postes de journalistes. C’est complètement inexact. Au contraire, le Journal de Montréal n’a aucun intérêt à réduire la qualité de l’information de sa publication dans un environnement toujours plus compétitif et où le contenu est roi. Dès le début des négociations, nous avons indiqué que nous voulions augmenter le nombre de journalistes, d’infographistes et de professionnels de l’information au Journal. »

N’est-il pas vrai que, compte tenu de votre dernière offre, Le Journal de Montréal compterait désormais moins de journalistes qu’au moment où vous vous êtes engagé à vouloir en augmenter le nombre ?

Vous me direz : j’ai changé le modèle d’affaires depuis. Je sais, je sais. Vous avez monté le régime de production de l’agence QMI, donc de réutilisation d’informations de vos autres médias. Vous avez aussi créé une cellule enquête à QMI, en embauchant l’excellent journaliste Andrew McIntosh pour la diriger (ce que j’ai applaudi ici.)

Mais je retiens votre affirmation, parfaitement exacte, selon laquelle vous n’avez « aucun intérêt à réduire la qualité de l’information […] dans un environnement toujours plus compétitif et où le contenu est roi ». Dans votre nouveau modèle d’affaires, je saisis que peu importe dans quelle branche de l’empire l’information est produite, l’important est qu’elle soit abondante et de qualité. Je note que Radio-Canada a également intégré ses journalistes radio, télé, Web, nouvelles et affaires publiques autour de pupitres thématiques communs avec pour résultat que la société d’État produit désormais davantage d’information qu’avant. Comme quoi le décloisonnement des équipes de production de l’information peut être fécond.

D’où ma sous-question : dans ce nouveau modèle d’affaires, pourquoi ne pas vous engager à respecter l’esprit, sinon la lettre, de votre engagement de 2009 en récupérant (voire en embauchant) autant de journalistes que vous en aviez au Journal de Montréal à la veille du lockout, quitte à répartir ces effectifs à QMI directement ou dans d’autres producteurs d’information de l’empire ?

Question 2 – L’avenir de RueFrontenac.com

Oui, cher Pierre Karl, je reviens avec ce sujet abordé dans ma première missive, car j’y tiens. J’ai applaudi votre décision de retirer votre exigence de fermeture de RueFrontenac.com en cas de règlement. Vous précisez vouloir le faire à « certaines conditions », dont j’ignore pour l’instant la teneur. Vous admettez d’ailleurs volontiers que la situation de RueFrontenac est différente de celle des lockoutés du Journal de Québec, qui publiaient un quotidien pendant le conflit, car vous avez réintégré beaucoup plus de ces journalistes à Québec que ce que vous proposez pour votre quotidien de Montréal.

Vous n’êtes pas sans savoir que la concentration de la propriété de la presse entre les mains de Gesca et de Quebecor fait de notre pays, le Québec, le lieu où la concentration est la plus forte, à l’exception probable (mais je m’avance un peu) de la Corée du Nord. Un peu d’air ne ferait de mal à personne. Dans l’esprit de favoriser une diversité de la presse au Québec, êtes-vous d’accord avec le principe d’épauler, après le conflit, la survie de RueFrontenac.com, ce média que j’ai appelé l’enfant illégitime, mais l’enfant tout de même, de Quebecor ? Êtes-vous prêt à faire avec RueFrontenac le même beau geste que celui que votre prédécesseur a fait avec Le Devoir ?

Question 3 – L’équilibre des points de vue

Je sais, ce n’est pas votre faute. Avec le lockout, vos chroniqueurs de centre et de gauche ont quitté le navire du Journal — les Julius Grey, Marie-France Bazzo, Bernard Landry –, laissant derrière eux les chroniqueurs de droite. Pour remplacer les partants, vous avez puisé chez les libertariens, notamment mon ami Éric Duhaime et autres David Descoteaux. L’impact : une dose de sarahpalinisation des pages opinions.

Ma question : une fois le conflit terminé, allez-vous faire en sorte de rétablir l’équilibre idéologique dans vos pages opinions, ou êtes-vous satisfait que Le Journal de Montréal soit devenu un porte-voix de la pensée néoconservatrice au Québec ?

Question 4 – L’indépendance de l’information dans les salles

Acceptez-vous qu’on se parle franchement ? Je vous l’ai dit d’entrée de jeu : avec le pouvoir vient la responsabilité. C’est encore plus vrai lorsqu’on contrôle des médias.

Pendant la période d’ascension, lorsqu’on est l’underdog et qu’on combat les géants d’un ordre médiatique établi, la tentation est forte d’utiliser ses médias, même hors des pages d’opinions, pour vendre sa propre salade (sinon, qui le fera?), mener ses combats, régler ses comptes.

Vous savez ce qu’on voit. Des papiers d’informations très durs contre vos concurrents d’hier et d’aujourd’hui, par exemple contre ceux qui ont participé au rachat des Canadiens par les frères Molson. Je ne dis pas que les faits relatés dans les articles sont faux. Mais je constate qu’il y a beaucoup de « d’une part » et presque jamais de « d’autre part » lorsque vos concurrents sont en cause.

J’ai par exemple écrit ici qu’il appartenait aux journalistes de Gesca d’enquêter sur Quebecor et à ceux de Quebecor d’écrire sur Gesca (et au Devoir d’écrire sur les deux). Mais je dois à la vérité de vous indiquer, en tant que lecteur, que l’ampleur de la couverture critique — des doubles pages — consacrée à l’empire concurrent et, ajouterais-je, au détail des comptes de dépenses de Sylvain Lafrance, de Radio-Canada, ne semble pas découler d’une décision journalistique indépendante, mais plutôt répondre à vos batailles du moment.

Vous savez ce qu’on raconte. Tel ancien employé m’assure qu’on lui commandait des papiers orientés et que, s’il affirmait avoir une conclusion inverse, on lui disait de laisser tomber. Tel autre affirme qu’il faut se lever de bonne heure pour pouvoir dire du bien, dans vos pages ou sur vos ondes, de quelque société d’État québécoise que ce soit, sauf Loto-Québec. Ni l’un ni l’autre ne sont liés au conflit en cours. Je les crois. On me raconte aussi qu’il vous arrive d’intervenir directement dans la couverture, suggérant des angles, des critiques, des questions, notamment lorsque vos concurrents sont en cause. Est-ce anecdotique ? Est-ce systémique ? Difficile à dire.

Je vous le répète, car je crains que vous ne le saisissiez pas encore complètement : vous n’êtes plus l’homme qui monte. Vous êtes l’homme au sommet. Vous êtes à l’heure de vous méfier de votre propre pouvoir. À l’heure d’ériger, vous-même, des remparts et des contre-pouvoirs. Et de vous consacrer, non aux combats quotidiens et aux escarmouches, mais aux grands projets de développement économique dont vous êtes capable.

Ma question : une fois le conflit au JdeM derrière vous, et ayant établi votre modèle d’affaires de partage d’information via QMI et d’entreprises journalistiques communes entre vos salles, vous engagez-vous à établir une indépendance journalistique complète de la direction de vos salles de nouvelles, envers vous et entre elles  ?

Vous engagez-vous, donc, à nommer entre vous et le contenu journalistique une personnalité coupe-feu, garante de cette indépendance ? Quelqu’un qui aura le droit — non, le mandat — de vous dire non ?

Question 5 – Regagner en crédibilité

Vous allez me trouver dur. Mais je dois à la vérité de vous dire les choses telles qu’on les perçoit de l’extérieur. La crédibilité de l’indépendance de l’information dans vos médias n’atteint pas le niveau d’excellence auquel vous devez tendre.

Certes, cela n’a pas d’impact sur les cotes d’écoute et les tirages. Du moins, pas encore. (Mais un analyste me disait ces jours derniers que le conflit au JdeM freinait les ventes de votre sans-fil, chez des clients qui, sans être hostiles, ressentent une petite gêne.) Laissons cela. Vous connaissant un peu, cher correspondant, je sais que vous visez l’excellence. Or, en matière de qualité de l’information, on n’est jamais totalement bien servi par soi-même.

J’ai noté, avec d’autres, que vos représentants Luc Lavoie et Pierre Francoeur s’étaient engagés en votre nom, devant une Commission de l’Assemblée nationale, en février 2001, à ce que Quebecor Media intègre le Conseil de Presse du Québec et participe à son renforcement.

Les rapports difficiles entre Quebecor et le Conseil ne sont pas nouveaux. Mais en retirant du Conseil TVA en 2009, puis vos journaux en juin dernier, vous n’avez pas respecté votre engagement, c’est la seule lecture possible.

Le fait que vous soyez insatisfait du traitement qu’a fait le Conseil de presse des plaintes parfois dirigées contre vos quotidiens, ou que vous soyez irrité du mode de fonctionnement de l’organisme dirigé hier par Michel Roy, aujourd’hui par John Gomery, n’est pas une défense réconfortante pour les personnes qui, comme moi, jugent important l’existence de contre-pouvoirs.

Votre attitude dans l’affaire du Conseil de presse me semble symptomatique d’une sous-estimation de votre importance dans la société. On a l’impression que vous et votre entourage vous sentez personnellement pris à partie si le Conseil de presse, ou un  média, critique un reportage, une couverture, une décision. Un Lilliputien, oui, risque de tomber au moindre coup porté. Mais vous êtes un géant. Vous êtes désormais en position d’encaisser, sans broncher, la critique malvenue ou malveillante. Vous êtes — ou devriez être — désormais en position de profiter de la critique constructive (même si parfois, à la première lecture, on ne l’estime pas telle).

Je conçois que vous ne puissiez faire rapidement marche arrière. Mais puisque, j’insiste, vous êtes à une nouvelle étape de la consolidation et de la légitimation de votre pouvoir, ma question sera formulée sous forme de suggestion.

Si vous acceptez d’établir le coupe-feu dont je parle plus haut, et que vous prenez donc de la distance par rapport à la couverture, pourquoi ne pas annoncer que vous allez reconsidérer votre participation au Conseil de presse dans, disons, 18 mois, et que dans l’intervalle vous allez nommer un ombudsman indépendant pour Quebecor Media ?

Voilà, mon cher Pierre Karl, les questions qui me viennent en tête. Je sais les avoir formulées sans fard, comme il se doit lorsqu’on s’adresse à un homme de valeur. Je vous quitte sur un dernier mot. Plus un voeu qu’une question :

vous engagez-vous à faire un ultime effort de négociation pour que le conflit au Journal de Montréal soit terminé avant le réveillon de Noël ?

Bien cordialement.

Votre correspondant,

Jean-François

(demain : Mes cinq questions à Mme CSN)

Pourquoi la CSN ne répondra pas à PKP

csn350-150x150Chers internautes, comme on se dit tout, je vous informe que la CSN ne répondra pas à la missive que M. Pierre Karl Péladeau nous a envoyée ce jeudi.

Voici pourquoi, selon les termes de M. Luc Bessette, du services des communications de la centrale:

Suite a la dernière rencontre avec le médiateur, mercredi, le médiateur a informé les deux parties qu’il souhaitait pour la relance de la négociation que les parties ne commantent plus dans les médias la négociation. Vous comprendrez que nous ne souhaitons pas nuire a la négociation ou au médiateur.

Est-ce donc la fin de la relation épistolaire triangulaire entre ce blogue et les principaux protagonistes de la saga du journal ? Oh que non, comme dirait MC Gilles !

Car j’avais déjà décidé de prendre la plume électronique à dix doigts pour me réinsérer dans cette conversation. La preuve ? C’est dans La Presse de ce matin, sous la signature de Nathalie Collard, qui consacre un papier, Échange patronal-syndical 2.0,  à l’activité postale qui a cours sur ce blogue depuis le 29 novembre.

Donc, rendez-vous ce dimanche à 20h pour Mes cinq questions à PKP
et ce lundi à 20h pour Mes cinq questions à Mme CSN

Conflit JdeM : PKP contre-attaque !

205176-pierre-karl-peladeau-300x200Pierre Karl Péladeau est en verve. Il nous écrit ce jeudi pour jeter, à nouveau et avec plus de détails, son éclairage sur l’état du conflit qui l’oppose à la CSN.

Ce n’est pas exactement ce que j’avais souhaité, mais on n’a pas toujours ce qu’on veut dans la vie. À l’origine, dans ma Lettre à PKP: Étonnez-nous ! Je demandais au président de l’empire Quebecor de prendre de la hauteur. Il a décidé à la place de nous conduire dans les sous-sols de la négociation entre lui, les journalistes du Journal de Montréal et la CSN. Ce n’est pas inintéressant, au contraire. Nous pensons, à Lactualite.com, faire œuvre utile en ouvrant nos pages virtuelles à ces échanges d’arguments et d’informations.

M. Péladeau révélait dans sa réponse l’existence d’une entente paraphée avec le syndicat du Journal en décembre 2008. La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, nous a appris dans sa propre missive qu’elle n’avait été mise au courant de cette entente que plusieurs mois après le début du lockout.

Mme Carbonneau avait sa propre citation à mettre dans la besace de notre information : une copie d’une lettre envoyée par M. Péladeau à plusieurs personnalités au début de 2009, où il affirmait « complètement inexact » qu’il veuille abolir 75 postes de journalistes. Au contraire, écrivait-il, « nous avons indiqué que nous voulions augmenter le nombre de journalistes, d’infographistes et de professionnels de l’information au Journal ».

Dans la lettre qu’il nous adresse aujourd’hui, M. Péladeau donne son compte du nombre de postes qui seront abolis, en vertu de la dernière offre patronale. Il conteste les chiffres avancés par la CSN. Mais lisez, et faites vous-même vos calculs :

Cher Jean-François,

 

J’ignore si je vous étonnerai cette fois-ci, mais avouons que l’existence même de ce canal d’échange plutôt inédit est en soi étonnante. Il est rafraîchissant de pouvoir exposer les faits et nos positions sans filtre médiatique. Je suis heureux par ailleurs de voir que Madame Claudette Carbonneau ait à son tour choisi d’intervenir pour contribuer à cette discussion. Je me dois tout de même, par souci de vérité, de rectifier certains des faits allégués par Mme Carbonneau.

Je trouve pour le moins déroutant que celle-ci voit comme une « maladresse effectuée par un syndicat local confronté à un premier conflit de travail en 40 ans d’histoire » l’entente du 29 décembre 2008 (dont je vous informais de l’existence dans ma première lettre), conclue entre des membres élus du syndicat local et l’employeur. Je trouve évidemment étrange qu’elle n’en ait pas été informée plus tôt, considérant que la CSN était bel et bien partie prenante aux discussions et qu’il est somme toute faux de prétendre que l’entente n’avait pas été « portée à la connaissance de la CSN ». En effet, le conseiller syndical de la CSN André Forté était présent lors de la première séance de négociation du 6 janvier 2009, où l’entente a été déposée.

 

L’entente a même à cette occasion fait l’objet d’une discussion afin d’entamer la poursuite de la négociation selon le cadre qu’elle établissait. On peut donc raisonnablement supposer que les membres du syndicat local légitimement élus pour négocier se trouvaient satisfaits d’un cadre de négociation établi de bonne foi entre les deux parties, soit l’employeur et ses employés, et ce, au vu et au su du conseiller de la CSN.

 

J’ai bien du mal à concevoir que Mme Carbonneau n’ait été informée de l’existence de cette entente que « plusieurs mois plus tard ». Bien sûr, elle est présidente d’une centrale qui a à gérer plusieurs conflits concomitants chaque jour de chaque semaine et, entendons-nous, je ne lui demande pas de les connaître tous par le menu détail. Je m’attendrais par contre à ce qu’elle s’informe correctement avant d’en commenter un sur la place publique, et elle a certainement commenté profusément le conflit qui nous occupe dans la foulée immédiate de son déclenchement. Si ses prises de position d’alors ne tenaient véritablement pas compte d’un document aussi fondamental, on est en droit de la soupçonner d’avoir induit en erreur le public et les syndiqués concernés, bien involontairement sans doute, par ignorance, mais le mal est fait.

 

Elle avance aussi avoir dégagé les mandats nécessaires au respect de cette entente, plusieurs mois plus tard par ailleurs, lors de l’assemblée du 7 octobre 2009. Or, personnellement, je juge sur pièces et son allégation à cet égard ne résiste pas aux faits. Le 11 novembre 2009, plus d’un mois après cette fameuse assemblée, le syndicat mettait plutôt de l’avant la position suivante :

 

1.      Sur les abolitions de postes, le syndicat continuait à exiger qu’elles soient exclusivement volontaires, avec interdiction au recours à la sous-traitance et impossibilité de fermer quelque service que ce soit;

2.     Sur les heures de travail, le syndicat refusait encore la notion, pourtant déjà acceptée antérieurement, des 37,5 h travaillées;

3.     Sur la récupération monétaire, il refusait de reconnaître son caractère nécessaire, ce qui était irrecevable à sa face même.

 

Quant aux prétentions de Mme Carbonneau au sujet de la recommandation du comité de négociation à l’assemblée du 12 octobre 2010, nous avions de notre côté décidé d’accepter la notion de plancher d’emploi, alors même que nous y étions opposés, et ce, dans le seul but d’obtenir enfin le règlement du conflit. C’était là un compromis, et un compromis de taille. Nous avions également à cette occasion bonifié les indemnités de départ à 20M $, somme plus que substantielle qui devait alors être distribuée par le syndicat, à sa discrétion, sans même exclure de la liste des bénéficiaires potentiels les employés congédiés à la suite de leur condamnation par la Cour Supérieure du Québec pour outrage au tribunal. De plus, il est utile de répéter que l’employeur s’était montré prêt à consentir des augmentations de salaire aux employés demeurant à l’emploi du Journal, déjà parmi les mieux rémunérés de l’industrie.

 

Dans la lettre qu’elle vous adressait le 6 décembre, peut-être toujours mal informée par ses camarades, Mme Carbonneau parlait au départ du maintien de 42 postes avant de corriger le tir et d’avancer un nouveau nombre erroné, soit 49 postes. Ce sont plutôt 52 postes dont il s’agit; pas bien grave, me direz-vous, mais quand ça devient chronique, on peut s’inquiéter. Ce « 42 » sans fondement a fait un millage impressionnant ces dernières semaines avant que l’erreur soit relevée et corrigée tout récemment. Sans crier d’emblée à la mauvaise foi, on peut se questionner.

 

Remarquez que nous n’en sommes plus à un épisode près au chapitre des nombres quasi-mythiques élevés arbitrairement au rang d’icône. J’en veux pour preuve cette fixation malsaine sur le fameux 253, constamment brandi par le syndicat. Il inclut en fait les surnuméraires, les retraités et les invalides permanents tout comme les ex-employés ayant quitté pour d’autres motifs. Au final on est très loin du compte en termes de postes permanents toujours occupés.

 

Il semble bien qu’on ait choisi à la CSN de faire l’épargne d’un recensement rigoureux. Pour l’anecdote, précisons que, ces chimériques 253 employés, désormais aussi symboliques que les héroïques 300 de Léonidas aux Thermopyles, et qu’on nous accuse d’affamer cruellement, incluent, pour diverses raisons, Franco Nuovo, qu’on n’associe plus guère au Journal de Montréal actuel, Fabrice de Pierrebourg, passé depuis à La Presse sans pour autant avoir rompu son lien d’emploi avec le Journal, et Jean-Maurice Duddin, désormais attaché de presse au cabinet du maire de Laval. Et ce ne sont là que les plus connus.

 

Le nombre de syndiqués permanents touchés par l’entente est donc beaucoup plus bas : moins de 180 dans les faits (179 au dernier décompte), pas 253. Encore une fois, de ces 179, 52 demeuraient à l’emploi du Journal. Donc, la réalité toute nue, c’est que nous sommes en présence de 45 surnuméraires, de 29 personnes ayant pris leur retraite ou quitté leur emploi pour diverses raisons, de 52 personnes conservant leur poste et de 127 personnes dont le poste serait aboli, mais, de ces 127 personnes, 31 sont admissibles à leur pleine retraite sans pénalité.

 

Sans vouloir en ajouter, il semble aussi qu’on ait omis du côté syndical d’informer Mme Carbonneau que c’est son comité de négociation lui-même qui avait négocié les termes de la clause de non-concurrence lors des séances de négociation devant le médiateur. Ce n’est que lorsque la négociation fut terminée qu’on a logé du côté de la CSN un appel afin de rouvrir les négociations sur ce front. Or, selon nous, si on veut rouvrir les discussions après qu’elles soient clairement terminées, la partie se joue alors à deux, et c’est donnant-donnant.

 

De plus, il est faux de prétendre que nous n’avons toujours pas répondu au syndicat cinq semaines après le dépôt de la contre-offre syndicale du 27 octobre. Dès le lendemain, soit le 28, le Journal a fait connaître sa position par voie de communiqué, y indiquant clairement que nous la considérions comme une négation de tous les efforts consentis jusque-là par l’employeur. Nous avions depuis, je le rappelle, abandonné la clause de non-concurrence et agréé au maintien de Rue Frontenac sous certaines conditions, répondant ainsi directement aux attentes des syndiqués qui disaient voir dans ces deux conditions la cause réelle du rejet de l’offre. Ces irritants disparus, on aurait certes pu espérer un règlement éclair plutôt qu’une surenchère syndicale complètement irréaliste.

Pour illustrer le caractère déraisonnable de cette contre-offre syndicale pour le moins gourmande, mentionnons les exigences suivantes, qui défient le bon sens chacune à leur façon :

 

●          Maintien d’un effectif trois fois supérieur à celui réellement requis, y compris la conservation (presque au sens muséal) de plusieurs postes qui n’existent déjà plus aujourd’hui dans les faits;

●          Versement d’indemnités de départ d’au minimum dix-huit (18) mois de rémunération et pouvant totaliser jusqu’à trois (3) ans de rémunération y compris aux salariés pourtant admissibles à une pleine retraite sans pénalité actuarielle;

●          Sécurité d’emploi et impossibilité de faire des mises à pied durant la durée de la convention collective;

●          Bonification du régime de retraite pour un montant estimé à entre 7 et 8 millions de dollars;

●          Maintien d’un carcan opérationnel obsolète empêchant la flexibilité nécessaire à la saine gestion de l’entreprise;

●          Maintien de toutes les fonctions du service local de comptabilité alors que le Journal, à l’instar de tous les autres journaux de Corporation Sun Media, s’est presque complètement retiré de ce secteur d’activités depuis fort longtemps afin de centraliser ces opérations au sein de centres administratifs et financiers qui permettent des gains d’efficacité essentiels;

●          Remboursement des frais de scolarité encourus depuis le début du conflit de travail jusqu’à concurrence de 10 000$.

 

Voilà, Jean-François, les racines de cette triste réalité dans laquelle l’intransigeance du leadership de la CSN fait stagner les employés du Journal de Montréal, utilisés ni plus ni moins comme chair à canon pour faire avancer l’agenda sociopolitique syndical. C’est d’ailleurs cet agenda que le projet de loi du député péquiste Leclair a propulsé à l’avant-scène, projet qu’il a déposé devant l’Assemblée nationale du Québec la semaine dernière. Le geste de Monsieur Leclair est d’autant plus étonnant que lui-même avait été informé par le soussigné autant de l’existence de l’accord du 29 décembre 2008 que de l’évolution tortueuse de la négociation.

 

J’ose croire que les employés syndiqués du Journal et d’ailleurs, désormais mieux informés de certaines tractations de coulisse, comprendront mieux que l’entêtement de leur centrale à placer ses propres intérêts au-dessus des leurs sert mal les syndicats locaux, ces derniers étant habituellement plus pragmatiques et bien moins idéologiques (comme en témoigne l’entente du 29 décembre 2008). Sans la malheureuse volte-face « stratégique » de la CSN de janvier 2009, ce conflit aurait pu être évité et les intérêts réels des membres du STIJM auraient prévalu.

 

Je suis quant à moi toujours aussi heureux d’avoir la chance de me trouver à la tête d’une entreprise d’ici, dont les succès profitent aux gens d’ici, et c’est toujours dans le sens de l’enrichissement collectif du Québec que j’agis. C’est d’un pays non plus de quêteux accros aux acquis de jadis dont je rêve, mais plutôt d’une nation fière, forgée dans l’effort et l’innovation, pétrie de dignité et confiante en l’avenir. Soyez assuré que nous œuvrons chaque jour à faire de ce rêve une réalité, avec l’aide de toutes les équipes énergiques et dévouées de Quebecor, syndiquées ou non.

Bien cordialement,

Pierre Karl Péladeau

Conflit JdeM: Mme CSN répond à M. PKP

carbonneauPostes Canada doit être en rogne. D’abord, j’utilise le blogue, plutôt que d’acheter un timbre, pour ma Lettre à PKP: Étonnez-nous ! En retour, M. Péladeau me répond en levant un coin du voile sur le début du conflit au Journal de Montréal.

Voilà maintenant que la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, boycotte les postes et livre sa propre lettre ouverte par mes bons soins. Je ne m’en plains pas. Vous non plus, chers internautes, du moins je le présume.

Résumé des épisodes précédents: dans ma missive, je demandais à PKP de se montrer généreux dans la phase finale du conflit, y compris en contribuant à la survie de RueFrontenac.com. Dans sa réponse, M. Péladeau éludait ce sujet mais affirmait que son syndicat et lui-même avaient signé une entente il y a deux ans, et se demandait pourquoi elle n’a pas été suivie d’effets, ce qui aurait évité tout conflit.

Dans sa réponse envoyée ce dimanche, Mme Carbonneau révèle n’avoir été informée de l’existence de cette entente que plusieurs mois après le début du conflit. Cette signature constitue, selon son terme, une « maladresse » du syndicat des journalistes. Elle contredit par ailleurs PKP sur d’autres points du déroulement du conflit. Jugez vous-mêmes:

Cher Jean-François,

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt vos derniers blogues où vous appeliez PKP à étonner, notamment en réglant le conflit au Journal de Montréal, mais aussi celui où monsieur Péladeau répond. Vous avez raison de souligner que la lettre de monsieur Péladeau appelle une réponse de la CSN. En effet, nous ne pouvons pas appeler à une large solidarité comme nous l’avons fait en invitant le public au boycottage et à manifester dans la rue, sans être transparents sur nos faits et gestes qui pourraient faire obstacle, comme Quebecor l’allègue, à un règlement. Le règlement de ce conflit, qui approche les 23 mois, dépasse largement les enjeux liés à un conflit privé et interpelle les valeurs collectives de justice sociale, de paix industrielle et de démocratie des Québécoises et Québécois.

Oui, il y a eu, dans les jours qui ont précédé le déclenchement du conflit au Journal de Montréal, conclusion d’une entente qui constituait un cadre de règlement entre le syndicat local et le Journal, sans que celle-ci soit portée à la connaissance de la CSN. Toute dérogation à cette entente, bien que formulée en termes de pétition de principe, constitue assurément une maladresse effectuée par un syndicat local confronté à un premier conflit de travail en 40 ans d’histoire.

Lorsque plusieurs mois plus tard, la CSN fut informée de cette situation, elle a fait ce qui devait être fait, c’est-à-dire aller jusqu’en assemblée générale pour dégager tous les mandats nécessaires au respect de cette entente. Ça s’est passé le 7 octobre 2009. Or, 14 mois plus tard, il n’y a toujours pas de règlement ! Voilà dit et avoué en toute franchise et simplicité.

Là où je ne marche plus, c’est quand monsieur Péladeau prétend que le syndicat a renié sa parole devant le médiateur spécial, Jean Poirier, en soumettant, contre toute attente, les offres à son assemblée générale sans aucune recommandation. Cette présentation, la plus neutre possible de la dernière offre patronale, émanait précisément d’une recommandation du médiateur faite au vu et au su de tous et sans aucune objection des représentants de Quebecor à la table de négociation.

C’est, entre autres, parce que Quebecor refusait de discuter de sa position de mettre à pied plus de 80 % de son personnel (maintien de [49*] postes permanents sur 253) et d’assortir le tout d’une clause de non-concurrence, que ce compromis sur la façon de consulter l’assemblée générale a été établi visière levée, en toute transparence et sans la moindre fausse note.

J’ai moi-même téléphoné à monsieur Péladeau au lendemain de son communiqué de presse le 28 octobre dernier, où il criait, une fois de plus, à l’imposture. Je refusai que les parties s’enferment dans des frustrations sans fondement qui créent de la diversion et nous éloignent du fond du litige. De plus, j’ai informé monsieur Péladeau de notre volonté de régler et que les clefs d’un règlement passaient par l’emploi et la clause de non-concurrence. L’assemblée générale avait été claire, l’une ne va pas sans l’autre, sans se fermer, loin de là, à d’importants compromis en vue de régler.

Vous me permettrez, monsieur Lisée, à ce moment-ci, de commenter votre appel au règlement en assurant une diversification des sources d’information, donc une qualité de l’information disponible aux citoyens. Nous pensons respectueusement que le droit du public à l’information ne peut faire l’impasse sur la capacité future du Journal de Montréal d’assumer sa mission. Le plus grand quotidien francophone d’Amérique ne peut être à la hauteur des défis citoyens, avec la plus petite salle de nouvelles au monde et avec une équipe de salariés et d’artisans réduite comme une peau de chagrin.

Facile de reprocher au syndicat d’avoir changé d’idée plus d’un an après qu’il ait courageusement nettoyé l’ardoise ! Monsieur Péladeau devrait certainement se souvenir du commentaire envoyé à Gérald Larose, Anne-Marie Dussault, Bernard Landry et Franco Nuovo où il affirmait dans les jours suivants le début du lock-out :

« Vous avez indiqué que nous voulions réduire 75 postes de journalistes. C’est complètement inexact. Au contraire, le Journal de Montréal n’a aucun intérêt à réduire la qualité de l’information de sa publication dans un environnement toujours plus compétitif et où le contenu est roi. Dès le début des négociations, nous avons indiqué que nous voulions augmenter le nombre de journalistes, d’infographistes et de professionnels de l’information au Journal. »

Peu active à la table de négociation depuis le déclenchement du conflit, Quebecor n’y est souvent venue que pour ajouter des propositions à la baisse !

Depuis plus de 5 semaines, le STIJM a déposé une proposition très ciblée en vue d’un règlement, laquelle reste toujours sans réponse. Je mets monsieur Péladeau au défi de démontrer que cette dernière proposition ne respecte pas en tout point l’entente convenue et qu’elle ne présente pas de surcroît des ouvertures jamais faites. J’affirme que la CSN, la FNC et le CCMM ont non seulement la volonté de régler, mais aussi toute l’expertise pour ce faire comme en font foi, entre autres, les règlements à La Presse, à Radio Canada, pour ne nommer que ceux-là.

Enfin, Quebecor se plaint d’un prétendu agenda caché de la CSN en vue d’obtenir une modernisation des dispositions anti-briseurs de grève. Ces trous dans la loi sont intimement liés à la durée et à la dureté du conflit. Mais qu’est-ce qui empêche donc Quebecor de régler sans y être obligée par des amendements à la loi ? Je l’invite à le faire.

Nous aussi nous demandons à être étonnés par monsieur Péladeau.

Claudette Carbonneau

Présidente de la CSN

(*Correction du chiffre 42 par la CSN depuis la première publication.)

À la suite de la publications de nombreux commentaires, Mme Carbonneau a ajouté quelques précisions dans la section commentaires, que je reproduis ici pour plus de facilité de lecture:

Claudette Carbonneau :
décembre 7, 2010 à 15:07

Bonjour,

J’aimerais apporter quelques précisions :

1- Jamais la CSN ne s’est objectée à l’entente signée au plan local. Le vrai pouvoir appartient aux travailleuses et aux travailleurs concernés.

2- Les difficultés d’application de cette entente relèvent du plan local, pour l’employeur comme pour le syndicat. Peut-être tiennent-elles, en partie, du fait que l’entente était rédigée en termes de principes. « Le diable est dans les détails », nous disent nos amis anglophones. Quant à la CSN, elle a plaidé, jusque devant l’assemblée générale, l’importance du respect des engagements pris.

3- À l’évidence, Quebecor n’accorde pas la même importance à la parole donnée. Un jour, monsieur Péladeau nie vouloir abolir des postes de journaliste. Il disait même vouloir en ajouter. Le lendemain, il propose de réduire, de plus de la moitié, sa salle de nouvelles ! Chercher l’erreur. Je trouve néanmoins notre position plus porteuse pour l’avenir des relations de travail. Qu’en pensez-vous ? Quant à moi, j’ai fait le tour, le reste nous appartient.

Claudette Carbonneau

PKP nous répond, mais ne nous étonne pas…

20090330-videotron_027_800pxVous avez été un grand nombre à lire ma lettre ouverte à Pierre Karl Péladeau, Lettre à PKP : étonnez-nous ! Le blogue a, en fait, connu sa plus grande fréquentation en carrière. C’est signe que le personnage — et le conflit au Journal de Montréal — intéresse. M. Péladeau nous répond (voir plus loin).

Essentiellement, je tentais de le convaincre qu’il devait dorénavant prendre de la hauteur et assumer la responsabilité qui vient avec la — grande — place qu’il occupe dans la société québécoise. Concrètement, je lui suggérais de conclure un gentlemen’s agreement dans l’affaire qui l’oppose à Sylvain Lafrance de Radio-Canada et de faire un geste de générosité envers les ex-artisans du Journal en participant activement à la survie de RueFrontenac. Il n’aborde malheureusement pas ces sujets dans sa réponse.

J’avoue avoir été surpris de la lecture attentive faite de ma lettre ouverte dans les hautes sphères de Quebecor. M. Péladeau, que je n’avais rencontré auparavant que brièvement dans une soirée, m’a appelé, très courtois, essentiellement pour me donner sa version du conflit qui l’oppose à la CSN.

Comme vous le verrez dans la lettre qu’il nous envoie, il précise avoir négocié des ententes avec les représentants des journalistes, seulement pour constater ensuite leur rejet, ce qu’il s’explique mal. Il verse une pièce au dossier: l’entente paraphée par tous, sauf le représentant de la CSN, avant le lock-out en décembre 2008.

Comme plusieurs, j’ai critiqué sa volonté de provoquer la fermeture de RueFrontenac et l’interdiction qu’il voulait imposer aux nombreux journalistes licenciés de travailler pendant plusieurs mois pour la concurrence. Quebecor a retiré ces demandes à la fin d’octobre. Ce développement positif m’avait échappé. J’en ai fait part aux internautes quelques heures après la première mise en ligne. (Ah, la beauté du dialogue entre le blogueur et ses alertinternautes!)

C’est donc la version du patron que PKP nous livre dans sa lettre, pas celle du grand dirigeant citoyen qu’il est devenu. Elle n’est pas inintéressante et pose à la CSN des questions qui méritent des réponses. Mais on aurait souhaité être étonnés. Une autre fois, peut-être…

Cher Jean-Francois,

J’ai lu avec intérêt votre texte publié sur votre blogue.

D’entrée de jeu, je suis heureux de constater que certaines omissions ont été corrigées dans une récente version de votre texte intitulé « Lettre à PKP : étonnez-nous! ». En effet, suite à l’assemblée générale du syndicat des employés du Journal de Montréal du 12 octobre dernier, nous avons très rapidement pris acte que certaines conditions du règlement étaient inacceptables pour nos employés et avons corrigé le tir en conséquence.

C’est la raison pour laquelle seulement quelques jours après cette assemblée, nous avons avisé le médiateur que nous étions disposés à renoncer à nos demandes relatives à la clause de non-concurrence.  De plus, nous avons clairement indiqué notre intention de permettre le maintien du site syndical RueFrontenac.com sous certaines conditions, et ce, malgré la nature de ce site qui, de l’aveu même du syndicat, constitue un moyen de pression.

Afin de bien faire connaître notre position suite à l’assemblée générale du syndicat, Le Journal de Montréal a diffusé un communiqué de presse à cet effet le 28 octobre dernier.

J’ai eu l’occasion de dire à plusieurs reprises et notamment à Mme Claudette Carbonneau que la direction du Journal n’a jamais souhaité ce conflit.  Il faut savoir que nous en sommes venus à cette mesure extrême étant donné la décision du comité de négociation de déchirer l’entente de principe signée par l’ensemble de ses  membres — à l’exception curieuse du représentant de la CSN —, entente conclue à la suite d’une rencontre que j’ai eue personnellement avec le président du syndicat, M. Raynald Leblanc, le 24 décembre 2008.

Vous trouverez d’ailleurs ci-joint  le contenu de cette entente, qui indique clairement l’accord des parties sur des départs négociés accompagnés d’indemnités équivalentes à celles que les employés du Journal de Québec ont obtenues.  Au terme de la convention collective venue à échéance le 31 décembre 2008, à la reprise des négociations en janvier, les représentants syndicaux ont refusés de reconnaître cette entente en exigeant dorénavant des départs volontaires.  Il nous est paru évident que les représentants syndicaux voulaient voir dérailler la négociation.  Est-il nécessaire d’ailleurs de rappeler que le président du syndicat déclarait sur toutes les tribunes que le syndicat disposait d’un fonds de grève leur permettant de « durer » deux années.  Belle façon de négocier.

À cet égard, rappelons qu’effectivement, diverses sources confirment que les employés du Journal reçoivent jusqu’à 850$ par semaine non imposable, soit près de 44 000$ par année, le tout financé en partie par la FNC et la CSN.

S’en est suivi une rhétorique de diabolisation de l’employeur accompagnée de prétentions à l’effet que nous refusions de  négocier de bonne foi, alors que dans les faits, c’est l’exécutif syndical qui  a refusé pendant 18 mois d’accepter, contre toute logique, la nécessité de quelque départ que ce soit…

Lorsqu’on évalue la situation actuelle du conflit, il faut se rappeler que devant le médiateur M. Jean Poirier, toutes les questions relatives à la négociation avaient été réglées à la satisfaction des parties à la table.  Encore une fois, le comité de négociation syndicale est revenu sur la parole donnée pour tenter de rouvrir l’entente et, devant notre refus, soumettre les offres à son assemblée syndicale sans aucune recommandation.  Qui plus est, suite à l’assemblée syndicale, nous avons modifié nos offres pour en retirer les aspects qui semblaient inacceptables à nos salariés et dont il a été fait état dans les médias.  Dans ce contexte, nous ne comprenons pas qu’un règlement ne soit pas encore intervenu et nous souhaitons ardemment la résolution de ce conflit le plus rapidement possible.

D’ailleurs, nous sommes en droit de nous demander, à la lumière de ce qui précède, si le CSN et ses plus hautes instances ne tentent pas de récupérer ce conflit de travail pour faire avancer d’autres causes empreintes d’idéologie syndicale qui n’ont rien à voir avec le sort de nos employés.  Cette question m’apparaît des plus légitimes.

Soyez par ailleurs assurés que je suis sensible à la responsabilité qui incombe au chef d’une entreprise importante comme celle que j’ai le privilège de présider et que je n’ai d’autre souhait que ce conflit se termine le plus rapidement possible suivant les compromis qui ont déjà été faits par les parties et les aménagements que nous avons accepté d’ajouter suite à l’assemblée syndicale.

Bien cordialement,

Pierre Karl Péladeau

Voici l’entente du 20 décembre 2008 dont M. Péladeau nous a envoyé une copie :

(cliquez sur les images pour les agrandir)

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Lettre à PKP : étonnez-nous !

PKP-CouvertureCher PKP,

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi, j’estime que le juge Claude Larouche, qui préside votre procès en diffamation contre Sylvain Lafrance, se comporte en voyou.

Lui qui doit être impartial se permet de se moquer de vous et du nombre de vos amis. Il insiste pour affirmer qu’aucun autre juge ne voulait de votre cause. Il ajoute l’avoir acceptée lui-même à son corps défendant, comme s’il devait s’abaisser pour entendre votre recours. De plus, il apporte lui-même de la preuve — de la mauvaise preuve — au procès, croyant que Claude J. Charron et Carole Beaulieu sont vos employés !

Comprenons-nous bien. Je ne dis pas  que le juge Larouche est un voyou. Mais, dans ce cas en particulier, il a des comportements qui, dans le feu du commentaire, pourraient nous porter à dire qu’un voyou ne se comporterait pas autrement.

Vous voyez où je veux en venir. Vous avez demandé au juge de se récuser. Il a refusé. Vous portez son refus en appel. Vos avocats, puisqu’ils sont compétents, ont dû vous aviser que vous alliez perdre votre cause sur le fond — car la liberté d’expression et de commentaire est en vogue, aujourd’hui, dans la magistrature.

Grâce au comportement, disons, voyou de ce juge, vous pourrez arguer que le jugement est vicié et le porter en appel, puis recommencer.

Mettez le juge en lockout

Est-ce bien nécessaire ? Le Québec — peut-être en avez-vous entendu parler ? — est « dans le rouge ». Les dépenses augmentent, y compris dans un système judiciaire surchargé. Les listes d’attente sont longues. Les injustices tardent à être sanctionnées.

Un geste citoyen de votre part ne serait-il pas de mettre un terme aux procédures et de laisser le juge Larouche sévir dans d’autres dossiers ? Vos arguments contre les propos choquants tenus par M. Sylvain Lafrance à votre égard ont été entendus par le public, grâce à votre témoignage et à celui de votre conjointe. Vous avez au moins obtenu de vous défendre, et votre honneur avec vous, sur les premières pages.

Un geste citoyen de la part de M. Lafrance, de Radio-Canada, serait d’admettre par écrit qu’il n’a jamais cru ni affirmé que vous étiez un voyou. Il pourrait même ajouter, sans se dédire, qu’il souhaiterait, avec le recul, avoir mieux choisi ses mots pour critiquer votre attitude, dont il maintient qu’elle est hautement critiquable.

Par cette entente de gentlemen, vous enlèveriez au juge Larouche la possibilité d’écrire dans son jugement le mal qu’il pense de vous. En un sens, vous le mettriez en lockout avant qu’il ne puisse déclencher contre vous son moyen de pression juridique.

Vous tourneriez ainsi la page. Et pourriez faire un autre geste, encore plus important, pour votre réputation et pour le Québec.

Vous avez gagné, assumez

Vous ne laissez personne indifférent, c’est entendu. Vous avez la réputation du bagarreur, fonceur et pugnace, qui ne craint pas de casser un certain nombre d’œufs pour cuisiner ses omelettes médiatiques. Davantage même, pense-t-on en plusieurs milieux, que la recette n’en nécessitait.

Le succès est évidemment la meilleure revanche contre les critiques. Outre votre déconvenue, majeure, dans l’imprimerie, vous avez confondu les sceptiques. Maintenant que vous avez accompli la transition voulue vers la convergence de vos médias, que vous avez mis la géante Bell sur la défensive dans le marché du sans-fil et que vous vous êtes mis en piste pour assurer la résurrection des Nordiques à Québec, vous n’êtes plus un battant. Vous n’êtes plus le fils qui émerge.

Vous êtes l’homme qui est arrivé. Un personnage. Un acteur majeur du Québec moderne. Vu l’ombre portée par votre pater familias, c’est un exploit de vous être forgé un tel prénom — ou une telle série d’initiales.

Mais cela vous porte à un nouveau seuil. Un seuil où on vous sent en quête de respectabilité — d’où votre procès contre Sylvain Lafrance. Un seuil aussi qui vous impose une nouvelle responsabilité. Qui vous impose un comportement qui ne prête pas (ou plus) flanc à des accusations de comportement voyou.

Un geste surprenant

Tout le monde le sait, vous avez remporté votre bras de fer avec le syndicat du Journal de Montréal. Il s’agit maintenant de mettre fin au conflit, non dans l’enthousiasme, et peut-être même pas dans l’honneur. Mais, au moins, pas dans le déshonneur.

une-rf-25-11-10Votre dernière offre aux lockoutés mettait définitivement à la porte beaucoup d’ex-artisans du Journal. Vous demandiez de plus à ces futurs chômeurs de s’engager à ne pas travailler pour la concurrence et de mettre un terme à leur expérience de RueFrontenac.com. Donc, vous les condamniez à la rue (avec une prime de départ, s’entend)*.

Cette offre, inacceptable, fut spectaculairement inacceptée.

Faites maintenant un geste surprenant. Un geste digne du personnage que vous êtes devenu. Dans une nouvelle offre de sortie de crise, retirez toute interdiction de travailler pour la concurrence — ce qui est la moindre des choses. Retirez votre demande de fermeture de RueFrontenac, ce qui va de soi. (Vous avez déjà indiqué votre volonté d’aller en ce sens, mais sans en préciser les conditions.)*

Mais faites davantage. Vous avez été accusé d’avoir contribué à une importante concentration de la presse au Québec (pas seulement vous, Gesca aussi, évidemment). Permettez une légère diversification de la presse.

Non seulement offrez  à vos ex-employés de continuer à travailler à RueFrontenac, mais donnez-leur un coup de pouce en leur offrant d’acheter de la publicité sur leur site au rythme de, disons, 200 000 $ par an sur trois ans. Une décimale dans le budget de pub de l’empire.

Pourquoi ? Votre père n’a-t-il pas porté Le Devoir à bout de bras, pour une somme qu’il a estimée à deux millions, dans ses années difficiles ? Or, RueFrontenac n’est-il pas un peu Le Devoir de la Toile québécoise ?

Il mordra à peine sur votre trafic de Canoë et de votre Journal en ligne. De plus, si vous leur offrez de la publicité, voire de la visibilité croisée, vous susciterez des allers-retours chez les internautes.

RueFrontenac, l’enfant d’ex-artisans du Journal de Montréal, le média créé contre vous, survivrait aussi grâce à vous. Et c’est un peu de l’ex-Journal qui survivrait avec lui. Un cousin éloigné. Un enfant, illégitime peut-être, mais un enfant tout de même.

Impensable ? Cette idée ne s’inscrit pas dans votre logique ? Elle ne fait pas partie de votre univers mental ? Voilà exactement pourquoi vous devriez la considérer.

Puisque vous avez gagné, il vous revient de sortir de la crise et d’en sortir par le haut. C’est ce qu’on appelle la grandeur. Aucun voyou ne s’aventure dans ces hauteurs.

Signé,
Un blogueur qui veut du bien à la presse québécoise

* Ajouts subséquents à la première publication.

La soudaine fortune (présumée) de Mme Courtemanche

Mise-en-demeure-150x150« Je suppose que dans la nuit de vendredi à samedi, sans qu’elle le sache, l’épouse de Gil Courtemanche est devenue propriétaire de la maison, de la voiture, des comptes de banques et des droits d’auteurs ».

C’est un avocat — une des centaines employés par l’empire Quebecor — qui rigole ainsi devant moi, samedi, informé de la chronique publié ce matin-là par le téméraire chroniqueur du Devoir. (Du calme, Gil, il n’est pas au dossier. Il ne faisait que rigoler!)

Intitulée Le « voyou » et le « parrain », la chronique prend un malin plaisir à utiliser les épithètes « voyou »,  « casseur », « hooligan », « meurtrier » pour décrire le comportement de quelqu’un que je ne nommerai pas parce que je ne tiens pas à transférer ma maigre fortune à qui que ce soit — et il ajoute que cette personne a une attitude « assassine » et est — c’est la finale — un « criminel social ».

C’est un peu pire que ce qu’il dit à propos d’un élu québécois que je ne me résous pas à nommer mais dont les initiales d’acte de naissance sont JJC, affirmant à son sujet qu’il est un « parrain » qui pratique « l’omerta ».

Courtemanche n’est évidemment ni chef de parti, ni cadre supérieur d’une grande société de radio-télé-diffusion. Peut-être l’utilisation de ces synonymes ne lui vaudront pas une des nombreuses mises-en-demeure qui font ces temps-ci la fortune des huissiers.

Je remarque cependant qu’il s’est davantage exposé que Jean-René Dufort qui, dans le dernier Infoman (émission, je tiens à le dire, qui est un constant bijou d’irrévérence politique et parfois, comme récemment dans ses visites de sites de gaz de schistes, bigrement informative) ne s’aventure pas aussi loin.

Jeudi soir, habillé comme un lugeur et casqué, de peur de recevoir des mises-en-demeures sur la tête, il s’est permis quelques critiques assez molles de JCC, qui ne lui vaudront pas de problèmes légaux. Les avocats de la SRC avaient-ils revu le texte  à la baisse? Mystère !

Le Quebecor dans le rouge !

Rassurez-vous, l’empire Quebecor se porte économiquement fort bien. C’est sa crédibilité qui en prend un coup, dans le dernier (et l’avant-dernier) baromètre des médias publié par département des communications de l’Université d’Ottawa. Voyez cette question et cette réponse:

quebecor

On a comme l’impression que les lecteurs/téléspectateurs se doutent de quelque chose. (Cliquez pour agrandir.)

Commentaire de l’auteur du rapport, Marc-François Bernier, titulaire de la Chaire de recherche en éthique du journalisme, qui ne sera pas cité de sitôt dans l’empire Quebecor :

On peut constater que la moitié des répondants partagent le point de vue de bon nombre de journalistes québécois quand ils soutiennent que c’est Quebecor Media qui utilise le plus ses journalistes pour servir les intérêts économiques et politiques de ses dirigeants.[…]

À la majorité (51,7 %) de ceux qui considèrent que les médias de Quebecor offrent la meilleure qualité d’information croient néanmoins que c’est aussi ce conglomérat qui utilise le plus ses journalistes pour servir les intérêts économiques et politiques de ses dirigeants. Cette majorité augmente chez ceux qui estiment que ce sont les médias de Radio-Canada qui offrent la meilleur qualité d’information (53,7 %), puis elle passe à 56,5 % pour ceux qui estiment plutôt que ce sont les médias de Gesca qui offrent la meilleure qualité d’information.

En somme, le fait d’être un fidèle des médias de Quebecor influence légèrement le jugement à ce sujet. […]

Finalement, la majorité de ceux qui estiment que la concentration de la presse au Québec nuit, un peu ou beaucoup, au droit du public à une information de qualité sont aussi d’avis que c’est Quebecor Media qui utilise le plus ses journalistes pour servir les intérêts économiques et politiques de ses dirigeants, contre moins de 45 % chez les répondants qui croient que la concentration favorise un peu ou beaucoup le droit du public à une information de qualité.

Il faut préciser que le sondage du Baromètre des médias 2010 a été réalisé alors que les journalistes du Journal de Montréal se trouvaient en lock-out depuis plus de 600 jours, ce qui constitue le conflit de travail le plus long de l’histoire des médias québécois. Mais il a été réalisé avant le rejet, très médiatisé et très commenté, des offres patronales par les journalistes, le 12 octobre 2010.

Par ailleurs, Quebecor est étroitement associé au projet de ramener à Québec le club de hockey Les Nordiques, ce qui nécessite la construction d’un amphithéâtre au coût estimé de 400 millions $ d’argent public exclusivement. Ces deux dossiers ont à la fois des supporteurs mais aussi des critiques, et d’aucuns ont déjà soulevé le fait que les médias de Quebecor seront mobilisés afin d’influencer l’opinion publique, tel le président de la Centrale des syndicats du Québec.

Ces nuances étant apportées, il serait étonnant que l’opinion manifestée massivement par les répondants de notre sondage repose simplement sur ces deux dossiers. Il semble plutôt vraisemblable que le jugement populaire se soit progressivement élaboré, et peut-être sédimenté pour longtemps, à partir d’un ensemble d’événements tels la couverture que des journalistes de Quebecor ont accordé, ou accordent toujours, aux produits de divertissement mis en ondes par le réseau TVA (Star Académie, Le Banquier, Occupation double, etc.).

On sait que des journalistes du Journal de Montréal ont déjà porté plainte au Conseil de presse du Québec à ce sujet, sans compter la multitude de commentaires et de critiques alimentés par la stratégie de convergence de Quebecor Media.

On peut lire le rapport complet ici.