À lire: Les coulisses secrètes de l’Europe


Varoufakis, Conversatins entre adultes
Qu’est-ce que le pouvoir ? Ou plutôt qui détient, en définitive, le pouvoir de décision ? Après plusieurs décennies à naviguer dans les arcanes du parti démocrate américain, l’organisateur devenu éminence grise du parti, Robert Strauss, a décrit ainsi sa lente découverte de la réponse à cette question:

« Le pouvoir est une chose intéressante. Au début, je pensais que le pouvoir politique consistait à assister à un dîner réunissant des politiciens. Puis, j’ai pensé que le pouvoir politique consistait à organiser un dîner avec des politiciens. Puis, j’ai pensé que ça consistait à se faire inviter à loger au même hôtel qu’un candidat à l’investiture présidentielle, au moment de la convention. Je me tenais dans le couloir à la sortie de la suite de Sam Rayburn [figure politique démocrate des années 50] et j’étais très impressionné. Puis, j’ai été admis dans le salon d’une de ces suites, et j’étais très impressionné. Puis, je me suis rendu compte que toutes les décisions étaient prises, avec le candidat à la présidence, derrière la porte de la chambre à coucher. Finalement, j’ai été invité dans la chambre à coucher avec les derniers 8 ou 10 individus les plus proches du candidat. Là, je pensais que j’étais arrivé dans le cénacle — jusqu’à ce que j’apprenne que le candidat et ses plus proches conseillers disparaissaient parfois dans la salle de bain. A la fin, il n’y avait plus que [l’alors candidat] Jimmy Carter, [son chef de cabinet] Hamilton Jordan et moi, dans la salle de bain. C’est là que la vraie décision se prenait. »

J’ai retrouvé cette citation après voir lu l’excellent bouquin « Conversations entre adultes » de l’ancien ministre des Finances de la Grèce. Il pose une question finalement bien simple: qui détient le réel pouvoir en Europe ? Je vais vous gâcher la fin (mais ce n’est pas grave). La réponse est: le ministre allemand des Finances et ses adjoints.

Aucune démonstration théorique ne vaut le récit, au quotidien, d’une négociation. Varoufakis est élu ministre, donc homme fort, du gouvernement de gauche élu au plus fort de la crise de la dette grecque en janvier 2015. Les pressions exercées par l’Union Européenne pour un remboursement à marche forcée de sa dette considérable fait subir au peuple grec des privations inconnues depuis la seconde guerre. Comme le ferait le comptable de toute entreprise endettée, Varoufakis se tourne vers sa banque (l’Europe) pour restructurer sa dette et permettre un remboursement plus lent qui n’étouffe pas toute possibilité de croissance économique, tout en proposant des réformes réelles d’une fiscalité grecque pleine de trous.

Contrairement à d’autres membres du gouvernement de gauche, Varoufakis n’est pas un radical. Économiste ayant enseigné aux États-Unis, il s’entoure de certains des meilleurs experts américains pour établir ses propositions. Il estime que la Grèce n’aurait jamais du entrer dans l’Euro et que cette entrée est une des causes du déséquilibre. Mais il estime que sortir de l’Euro serait pire encore.

Dans ce bouquin remarquablement écrit (et traduit) il nous entraîne avec lui dans chacune de ses découvertes des dédales du pouvoir européen. Tous les alliés politiques qu’il croit être en train de se faire en France, au Royaume-Uni ou ailleurs se liquéfient littéralement devant les vrais détenteurs du pouvoir, que j’ai nommés plus haut.

Puis, l’affaire devient shakespearienne lorsque, petit à petit, son propre parti, son propre premier ministre, cèdent sous la pression européenne, isolant Varoufakis.

Complètement ? Pas tout à fait. Le premier ministre, Alexis Tsipras, est convaincu que le peuple grec acceptera, par référendum, de céder aux diktats de l’Europe. Il organise donc un référendum, officiellement pour demander aux Grecs de rejeter les demandes de l’Europe, mais en souhaitant qu’ils les acceptent. Ainsi, ayant perdu son référendum, il pourra accepter, officiellement à contre-coeur, de céder.

Mais à sa grande surprise, les Grecs rejettent à 61% les exigences européennes – comme le souhaitait, dans son cas réellement, Varoufakis.

Malgré ce vote, le gouvernement Tsipras cède, donc tourne le dos à son propre peuple. Varoufakis démissionne et fonde son propre parti, qui n’emporte que 3,5% du vote à l’élection de juillet dernier.

Le livre est éclairant à plusieurs égards – économique, politique, sur le rôle des réseaux, sur le double langage, la relative absurdité de positions dogmatiques, sur la force des faibles et la faiblesse des forts — mais aussi sur la force des forts et la faiblesse des faibles.

C’est aussi un cri pour le volontarisme pragmatique, pour le respect de la parole démocratique et des peuples.

Je le recommande chaudement.

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Les bande annonces de mes deux dernières balados:

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Dette: le plan de 400 ans de François Legault

C’est un plaisir d’entendre Bernard Drainville démonter les chiffres du chef de la CAQ:

C’est aussi éclairant de lire ce qu’en écrit Nicolas Marceau:

Ainsi, la CAQ promet de ramener la dette du Québec au même niveau que celui des autres provinces canadiennes en une dizaine d’années. Pour réaliser cette promesse, François Legault devrait rembourser un montant de 81,5 milliards de dollars au cours des dix prochaines années. Il prétend pouvoir le faire en versant la totalité des redevances perçues sur les ressources naturelles non renouvelables, qu’il ne prévoit pas hausser. Les revenus miniers sont évalués à quelque 4 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie. Le chef de la CAQ prévoit aussi affecter des hypothétiques redevances perçues sur le pétrole au remboursement de la dette alors qu’aucune entreprise pétrolière ne prévoit verser de redevances avant 2015, et ce, dans le meilleur des cas.

En outre, comme le Québec fait toujours partie du Canada, la moitié des redevances perçues par le gouvernement du Québec est retenue par le gouvernement fédéral par le biais du système de péréquation. Il est donc techniquement impossible de promettre d’affecter plus de la moitié de ces redevances avec la formule de péréquation actuelle. Pour réaliser son engagement de ramener la dette du Québec au même niveau que celui des autres provinces en affectant la totalité des redevances perçues sur les ressources non renouvelables, il lui faudrait plus de 400 ans. […]

Le chef de la CAQ entend aussi dépenser plus de 2 milliards de dollars pour des baisses d’impôt, en prétendant pouvoir dégager cette somme simplement en faisant du ménage dans l’État. Rappelons-nous que c’est le même François Legault qui, en 2007, lorsque le gouvernement libéral proposait de baisser les impôts de 950 millions de dollars, était le premier à dire qu’il s’agissait d’un geste irresponsable de Jean Charest parce que le Québec n’avait pas les moyens. Cinq ans plus tard, la situation des finances publiques s’est détériorée : il y a un déficit à résorber et la dette a augmenté de 42 milliards de dollars depuis 2007.Afin de dégager la marge de manœuvre nécessaire pour payer cette mesure, il faudrait couper 50 000 des 63 000 fonctionnaires du gouvernement du Québec. Abolir les commissions scolaires, les agences de santé et 7000 postes à Hydro-Québec ne suffirait pas pour défrayer le coût de cette promesse.

On n’a d’autres choix, en entendant de pareilles énormités, que de conclure que François Legault n’a pas l’intention de tenir ses engagements. Il fait des promesses illusoires pour se faire élire et, une fois élu, il trouvera toutes les excuses pour justifier son inaction. Voilà le type de comportement qui suscite le cynisme et qui nuit à l’image de la classe politique.

Ce n’est pas le François Legault rigoureux qu’on avait connu à l’époque…

Dette: l’erreur de calcul qui tue

Dette_publique1(Notez l’ajout à la fin)
Vous le savez, l’Occident est aux prises avec un grave problème d’endettement. Les néo-libéraux ayant convaincu les gouvernements de déréglementer les marchés financiers, ces derniers ont créé des produits toxiques dont l’explosion a failli nous entrainer dans une dépression, ce qui a forcé tous les gouvernements à s’endetter pour relancer l’économie. Il est bon de le rappeler toujours.

Le Québec étant en Occident, il a accumulé une dette préoccupante, dont il faut se préoccuper. (Je propose d’ailleurs depuis 2006 un plan de réduction de la dette, actualisé ici en 2008.) Mais est-elle aussi préoccupante que celle de, disons, la Grèce ?

C’est ce que certains économistes de droite tentent de nous faire croire. D’abord, et j’en ai parlé abondamment ici, en brandissant constamment la dette brute, comme si le Québec ne possédait pas d’actifs importants, comme Hydro-Québec.

Ce message ayant apparemment fini par passer, du moins dans l’opinion informée, voici que Martin Coiteux, des HEC, met en ligne un calcul affirmant que la dette nette du Québec était proche de celle de la Grèce.

Toute une nouvelle, contredisant les calculs faits depuis des années par le ministère des Finances du Québec, les économistes de l’assez conservateur CIRANO et les fiscalistes de l’Université de Sherbrooke.

Pour Martin Coiteux, ci-devant Directeur de la recherche pour le think-tank l’Idée fédérale, un Québec souverain aurait une dette nette de 94% de son PIB (contre 133% pour la Grèce). C’est, selon le titre de son billet Le chiffre qui tue.

Et il conclut:

Un Québec indépendant demain matin porterait la quatrième dette nette la plus lourde de l’OCDE. Il ne serait devancé à ce chapitre que par l’Italie, le Japon et la Grèce. Si j’étais indépendantiste, je serais inquiet, très inquiet même.  Avez-vous pourtant entendu de leurs porte-paroles les plus en vue autre chose à ce sujet que des paroles jovialistes et rassurantes?

Je connais un indépendantiste qui a à ce sujet autre chose à dire que des paroles, car il calcule depuis des années le poids relatif de la dette québécoise, canadienne et de l’OCDE. Il s’agit de Stéphane Gobeil, ex-conseiller de Gilles Duceppe aujourd’hui chez Pauline Marois.

Il a immédiatement perçu l’erreur de calcul de Martin Coiteux et lui a demandé, via la gazouillosphère, s’il allait la corriger. A l’heure d’écrire ces lignes, on attend toujours.

Gobeil indique que l’application de la méthode Coiteux à la dette nette du Canada la ferait doubler ! Et passer de 33 à 63% de son PIB.

En fait, même en utilisant les derniers chiffres du Vérificateur Général, qui corrige à la hausse le niveau d’endettement du Québec, et qui donne à Coiteux une raison de refaire le calcul, la dette nette québécoise est, non de 94% comme l’affirme Coiteux, mais selon les calculs de Gobeil, de 53%. (Ce qui est dans la zone de tous les calculs précédents.)

Ce qui, dans le tableau de Coiteux, fait passer le Québec de son faux niveau de 4e le plus endetté à son juste niveau de 14e (sur 34). Donc derrière les États-Unis, la France, la moyenne de l’OCDE et juste devant la très solide Allemagne.

(Ajout: Plusieurs internautes s’interrogent sur la part de la dette fédérale qu’on doit utiliser pour calculer la dette d’un Québec souverain. La Commission Bélanger-Campeau avait établi ce niveau à 18%, soit l’équivalent de la part d’actifs fédéraux présents sur le territoire québécois.

 

En effet, au-delà de 18%, il faudrait qu’Ottawa nous donne la propriété d’autres actifs: le Parlement canadien ? les ambassades ? les sous-marins ?

Martin Coiteux utilise le chiffre de 23%, mais sans nous indiquer à quels actifs hors-Québec cela nous donnera droit. )

Un malaise

Martin Coiteux s’est donné le mandat de démontrer, partout et toujours, que le Québec est un cancre en économie. Il sera d’ailleurs sous peu invité d’honneur du groupe libertarien Liberté-Québec et sa conférence portera spécifiquement sur une critique de mon récent livre, Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments.

C’est évidemment son droit le plus strict et je l’invite avec joie dans mon espace promotionnel.

Cependant on me permettra d’exprimer un certain malaise à constater que cette volonté de montrer le côté sombre du tableau économique québécois peut parfois déraper dans des calculs douteux dont les résultats, à leur simple lecture, aurait du faire comprendre qu’une erreur majeure s’était introduite.

PS1: Au sujet de la Grèce, je conseille au Pr Coiteux la lecture de cet excellent billet de mon collègue Pierre Duhamel: Peut-on comparer le Québec à la Grèce?

PS2: Voici, pour les mordus, les calculs préliminaires de Stéphane Gobeil:

Son 94,8% du PIB (315) donne un total de 302 milliards de dette nette.

D’abord, pour ce qui est de la dette nette du Québec, il reprend le chiffre du VG, Tableau 1 du Chapitre 2 : 159 milliards. Pour se conformer à la méthodologie de l’OCDE, il faudrait soustraire à cette somme les actifs du RRQ, soit autour de 30 milliards et le FARR, soit 42 milliards. Cela donne 87 milliards.

Pour ce qui de notre part de la dette fédérale, il reprend le ration de la population de 23%. Il nous renvoie à un document fédéral: RAPPORT SUR LA GESTION DE LA DETTE 2010-2011 – PARTIE 2. Le 2e tableau montre une dette nette de 617 milliards x .23 = 142 milliards comme part du Québec.

Il faudrait plutôt prendre la dette brute de 921 milliards et soustraire le passif des régimes de retraite de 211 milliards, ce qui ramène la dette brute à 710 milliards. On soustrait ensuite les actifs financiers de 304 milliards, ce qui ramène la dette nette à 406 milliards. 406 x .195 = 79 milliards.

Au total, donc, la dette nette du Québec souverain serait environ à 166 milliards, soit 52,8 % du PIB

À titre de comparaison, les É-U sont à 73,8% – la moyenne de l’OCDE à 62,5%. La Grèce est à 133%, la Norvège à – 162% !

Pour finir:

– Si on suivait la méthodologie fautive de Coiteux, la dette nette du Canada serait à environ 63% du PIB, alors que selon l’OCDE, elle atteint 33,6 % du PIB (et cela inclut la situation exceptionnelle de l’Alberta saoudite)

Youpi ! La dette canadienne va disparaître!

Le Département des bonnes nouvelles est heureux de vous annoncer que la dette canadienne va fondre entièrement bien avant la fin du siècle, grâce à la gestion prudente de l’actuel premier ministre Stephen Harper;

Le Département des mauvaises nouvelles a le regret de vous annoncer que les provinces vont devoir déclarer faillite d’ici quelques décennies, mais pour des raisons étranges probablement liées à leur mauvaise gestion.

L’évolution comparée des deux dettes est illustrée dans ce graphique provenant du Bureau du directeur parlementaire du budget à Ottawa:

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La cause de cet extraordinaire déséquilibre fiscal en préparation: la décision unilatérale d’Ottawa de réduire sa contribution aux dépenses de santé à compter de 2017.

Le rapport complet est en ligne ici.

Endettement: avant la panique !

surendettement-150x150Je lis comme vous depuis quelques temps des articles très pessimistes sur le niveau d’endettement de nos concitoyens. En 20 ans, de 1990 à 2010, l’endettement par rapport au revenu annuel est passé de 70% du revenu à 120 % du revenu.

Comme l’endettement de nos voisins américains a été le précurseur de la crise économique de laquelle la planète n’arrive pas à se dépatouiller, nous avons des raisons d’être inquiets.

Mais, comme pour les nations, il faut toujours avoir en tête son endettement brut (ce que l’on doit) et son endettement net (ce que l’on doit, moins ce que l’on possède). C’est ce qui fait, par exemple, que le Québec a l’air d’un cancre en endettement brut, mais s’en tire assez bien en endettement net.

L’indispensable Pierre Fortin, dans sa récente chronique de L’actualité, fait ce calcul pour ce qui est de l’endettement des ménages québécois. Je le cite:

Globalement, la situation financière des ménages ne s’est pas détériorée au cours des dernières décennies et n’est pas inquiétante pour l’avenir. Au Québec, un million de foyers n’ont aucune dette. Les deux autres millions et demi en ont, mais ils détiennent aussi des actifs, comme une maison, une voiture, des obligations, des fonds communs de placement et des actions boursières.

Ma consœur Hélène Bégin, économiste chez Desjardins, a récemment démontré qu’en 2010 les ménages endettés du Québec détenaient en moyenne 380 dollars d’actifs pour couvrir chaque tranche de 100 dollars de dette. Elle a aussi constaté que les actifs sont plus abondants pour couvrir la dette aujourd’hui qu’il y a 10 ans, et ce, malgré la crise financière de 2008-2009, qui les a dévalués. La dette s’est bien accrue, mais les actifs encore plus.

Difficile à croire pour ceux qui affirment que le Québec est dans un cycle permanent d’appauvrissement, mais selon les chiffres, en 2000, 8% des ménages étaient à risque (valeur des actifs moitié moindre que la dette) alors qu’en 2010, seulement 4% sont à risque.

Bref, je résume: les ménages québécois sont plus endettés qu’avant. Mais comme ils sont plus riches qu’avant, au net, ils sont plus riches qu’avant.

Notre dette est brute, mais moins brutale qu’ailleurs

tobinNous interrompons (comme chaque vendredi) le lancinant commentaire anti-modèle québécois des plumes économiques locales pour vous transmettre ce bref message d’intérêt public.

Le taux d’endettement du Québec est, on le sait, préoccupant. La pire des mesures possibles pour en faire état est la « dette brute » (qui fait comme si nous n’avons aucun actif, comme Hydro Québec).

Le budget québécois déposé ce jeudi offre une comparaison de l’évolution de la dette brute chez nos principaux partenaires.

Ailleurs, le budget estime notre propre dette brute. Pour rendre service au ministre, j’ai réuni ces deux informations dans un même graphique, que voici:

dettebrute1

Pas exactement le pire… (Cliquez pour agrandir)

Il convient d’ajouter à la dette du Québec sa portion de dette fédérale — un calcul que les Finances n’ont pas refait pour 2010. Mais les différentes évaluations pour 2008 plaçaient la dette brute québécoise entre 80 et 95% du PIB (selon que l’on exagère, ou non, la part de la dette canadienne à prendre en compte) ce qui nous mettrait, en 2011, entre la Zone Euro et les États-Unis. Donc en très bonne compagnie.

On nous répète à satiété que le « Québec fonce dans le mur » avec son endettement. C’est possible. Mais à voir la vitesse avec laquelle nos partenaires accélèrent leur endettement, m’est avis que lorsque nous arriverons sur le mur, on y trouvera d’abord les corps de plusieurs autres pays, ce qui amortira peut-être le choc.

Mais trêve de facéties, voici comment le budget compare aussi la lutte au déficit entre nous, l’Ontario et le Canada:

déficits

Ne manquez pas le Québec: c’est le petit, en noir. (Cliquez pour agrandir)

Les Finances n’ont pas osé mettre sur le même graphique le déficit américain, que voici:

usa

Un peu affolant… (Cliquez pour agrandir)

Les Finances ont aussi mis le déficit québécois en perspective avec les autres nations industrialisées:

deficitmonde

Avec les Suédois, parmi les premiers de classe. (Cliquez pour agrandir)

Résumons-nous: la dette du Québec est la plus élevée des provinces canadiennes, mais, même la brute est loin d’être la plus élevée parmi les pays industrialisés.

Nous avons raison d’être parmi les premiers de classe au monde dans la réduction de notre déficit, pour ainsi pouvoir mieux réduire notre dette. Autrement dit, nous sommes parmi les champions mondiaux du freinage de l’endettement (hors investissements en infrastructure, ce qui est de la « bonne » dette).

Est-ce que quelqu’un, quelque part, pourrait applaudir ?

(Source: le plan budgétaire du budget Bachand (pdf))

Nous retournons maintenant à notre programme régulier.

Note en petits caractères :

Les billets « Temps durs pour les détracteurs du modèle québécois » ne prétendent pas que tout est parfait au Québec, tant s’en faut. L’auteur a d’ailleurs proposé, dans ses ouvrages et sur ce blogue, des réformes nombreuses et importantes visant à surmonter plusieurs des importants défis auxquels le Québec est confronté. Cependant, la série permet de percer quelques trous dans le discours ambiant qui tend à noircir la situation globale du Québec qui, pourtant, affiche d’assez bons résultats comparativement aux autres sociétés semblables.

Tir groupé sur la dette nette : le Québec, cigale ou fourmi ?

Je ne comptais pas revenir sur le sujet de sitôt mais, comme Michael Corleone dans le Parrain III : they pull me back in…  They ? Les économistes et spécialistes intéressés à donner l’heure juste sur l’endettement réel du Québec et qui sont, comme moi, outrés par la propension de notre gouvernement à noircir un tableau qui est déjà, en soi, préoccupant. Je présente ici leurs principaux résultats.

Vous connaissez la rengaine: le Québec a une dette brute (votre hypothèque) préoccupante et qui, si elle n’est pas contenue, va peser de plus en plus sur nos finances, surtout lorsque les taux d’intérêt vont — ce qui est inévitable — remonter.

Sommes-nous donc parmi les plus irresponsables des peuples industrialisés ? C’est ce qu’on essaie de nous faire croire. Or, trois récents calculs de la dette nette (votre hypothèque moins vos épargnes et investissements) offrent un portrait tout autre.  Le Québec/cigale frivole de la dette brute se transforme en Québec/fourmi industrieuse.

Tous les calculs se fondent sur le calcul comparatif de l’OCDE, mais chacun utilise des subtilités différentes, propres aux entités sous-nationales, comme le Québec. Prenons-les par ordre chronologique de résultats.

1) 2006/2007, Marcelin Joanis

D’abord Marcelin Joanis, économiste de l’Université de Sherbrooke lié au CIRANO, me signale qu’il a procédé à un calcul de la dette (brute et nette) pour son chapitre du livre Le Québec économique 2009. Ses chiffres datent de 2006.

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Farr: Fonds d’amortissement des régimes de retraite du Québec, qu’on peut ajouter ou retrancher, selon les théories

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Donc, en 2006, la dette nette québécoise en relation avec son PIB était, au moins, de 3,6 points de moins que la moyenne de l’OCDE.

Depuis la publication de ce billet, M. Joanis m’a fait parvenir une mise à jour de 2007:

Donc, en 2007, la dette nette du Québec avait augmenté son écart positif par rapport à la moyenne de l’OCDE: de 3,6 à 4,3 points.Commentaire général de Joanis:

Le résumé de ma position sur la question: le Québec (comme d’autres provinces canadiennes) fait partie du groupe des juridictions les plus endettées de l’OCDE, mais le Québec (comme les provinces canadiennes en général) dispose d’actifs élevés selon les standards internationaux qui compensent en partie son imposant passif. Le Québec a donc, selon moi, un problème d’endettement auquel il doit s’attaquer. Mais ce problème est, heureusement, un problème gérable, ce qui me permet de penser que des mesures énergiques mais raisonnables peuvent être adoptées.

2 ) 2008/2009, Louis Gill

Dans un texte publié le 10 avril dernier, l’économiste de l’UQAM Louis Gill s’amuse d’abord en appliquant à l’Ontario le catastrophisme ambiant servi au Québec :

Si on compare cet endettement brut [de l’Ontario] de 80 % du PIB en date du 31 mars 2009 avec celui des pays membres de l’OCDE pour l’année 2008, comme le fait le ministère des Finances, on constate que l’Ontario se situe au 7e rang des entités économiques les plus endettées du monde, derrière le Japon, l’Italie, l’Islande, la Grèce, le Québec et la Belgique, et au-dessus de la moyenne de l’OCDE de 78,4 %. Cela devrait calmer les élans des prophètes de malheur qui vouent le Québec aux gémonies pour la place qu’il occuperait au sommet du palmarès de la dette excessive.

Gill a raffiné son calcul de la dette nette pour l’Ontario et le Québec. Voici son résultat :

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Donc, selon Gill, en 2009, l’écart de la gravité de la dette nette par rapport à la moyenne de l’OCDE est de 9,7 points au profit du Québec.

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3) 2010, Jacques Léonard et Stéphane Gobeil

Finalement, l’ex président du Conseil du Trésor Jacques Léonard et l’ex-membre du cabinet Duceppe Stéphane Gobeil ont présenté leur propre mise à jour le 15 avril dernier. Ils portent leur regard sur les prévisions existantes pour l’année en cours, 2010.

Ici, selon Léonard et Gobeil, l’écart entre le Québec et la moyenne de l’OCDE est de 8,1 points au profit du Québec.

Le résultat est assez net : au palmarès de la dette nette, celle du Québec est inférieure à celles de tous les pays du G7, sauf le Canada.

Résumons-nous :

1. En matière de dette, le Québec n’est pas la Grèce. C’est déjà bon à savoir par les temps qui courent.
2. En matière de dette, l’Ontario est presque le Québec. Au moins, on a de la compagnie près de chez soi.
3. En matière de dette, la situation de la plupart des pays industrialisés se détériore plus rapidement que la nôtre. Cela ne réduit pas les paiements que l’on doit faire, mais relativise le procès qu’on nous fait.
4. Notre dette est trop lourde et il faut s’y attaquer, intelligemment.

Note en petits caractères :

Les billets « Temps durs pour les détracteurs du modèle québécois » ne prétendent pas que tout est parfait au Québec, tant s’en faut. L’auteur a d’ailleurs proposé, dans ses ouvrages et sur ce blogue, des réformes nombreuses et importantes visant à surmonter plusieurs des importants défis auxquels le Québec est confronté. Cependant, la série permet de percer quelques trous dans le discours ambiant qui tend à noircir la situation globale du Québec qui, pourtant, affiche d’assez bons résultats comparativement aux autres sociétés semblables.

Vive la dette nette ! En Ontario…

Ils vous l’ont tous dit : la dette du Québec est horrible ! À 94,5 % de dette en proportion de son PIB, le Québec est, comme la Grèce à 103 %, au bord de la faillite. C’est le calcul, que j’ai sévèrement critiqué, proposé en janvier par le ministère des Finances. Il s’agit d’un calcul exagéré de la dette brute, donc de tout ce qu’on doit (votre hypothèque, par exemple). *

On aurait espéré que cette malinformation soit corrigée dans le budget Bachand, mais ce fut une déception de plus. Les Ontariens, cependant, ont eu droit, dans leur document budgétaire, à l’intéressant tableau suivant :

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Wow ! La dette nette de l’Ontario placerait notre voisine en meilleure posture que tous les pays du G7, sauf le Canada. (Je n’ai cependant pas pu trouver, dans les documents budgétaires ontariens, le calcul de la part canadienne de la dette ontarienne, nécessaire pour cette comparaison).

On trouve bien, dans un document du ministère québécois des Finances, comme me l’on fait remarquer plusieurs alertinternautes, un tableau comparatif indiquant qu’avec une dette nette (gonflée à mon avis) à 55,9 %, le Québec était toujours parmi les cancres. (Selon le calcul de l’économiste Louis Gill  de février dernier, elle serait plutôt de 41%).

C’est que dans un monde en endettement extrêmement rapide, les Finances ont comparé (et gonglé) la dette québécoise de 2009 et l’ont comparé aux dettes étrangères de 2008. En Ontario, ils ont eu la compétence voulue pour comparer les dettes de 2009 pour les pays du G7.

Mais quelle que soit le ratio dette nette/PIB retenue, celle de 55,9% des Finances ou de 41% de Louis Gill, le report sur le tableau ontarien montre que le Québec se situe toujours à un niveau plus faible que celui de 6 des pays du G7.

Connaître l’ampleur relative de notre dette nette ne nous dispense pas de payer l’intérêt sur la dette, c’est sûr. Et cela ne nie pas l’importance du problème, ni le fait que la dette soit préoccupante. (J’ai commis tout un chapitre de Pour une gauche efficace sur la nécessité de la rembourser de façon équitable.) Mais cette information permet de mieux juger notre richesse — ou pauvreté — réelle, et de voir comment on s’en tire comparativement aux autres.

Même Desjardins s’y met

Le 23 mars dernier, le service des Études Économiques de Desjardins ajoutait sa pierre à l’édifice dans son document : La taille de la dette du Québec est très préoccupante.

Les auteurs affirmaient très justement que :

Il est reconnu que la mesure de la dette nette donne habituellement une meilleure indication de l’ampleur réelle de l’endettement d’un gouvernement. Par exemple, l’Alberta dispose d’actifs financiers importants au sein de son Heritage Fund. Ainsi, même si sa dette contractée sur les marchés est non négligeable, l’ampleur de ses actifs financiers fait que sa dette nette devient négative, ce qui correspond à un avoir net pour la province et change considérablement le portrait de son endettement.

Enfin, un peu de clarté dans les concepts ! Cela ne nous surprend pas de Desjardins, qui avait publié en 2006 un document qui calculait la dette nette québécoise et en faisait une comparaison internationale, que voici :

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Sous la moyenne de l’OCDE, en 2004 (cliquez pour voir l’image)

Donc, les gars, qu’est-ce que ça donne en 2010 ? On vous écoute. Et ils poursuivent :

Cela dit, nous retiendrons surtout la dette brute dans notre analyse pour la simple raison qu’elle facilite les comparaisons avec les autres gouvernements du Canada, mais aussi d’ailleurs dans le monde.

Arrgh ! Bref, Desjardins affirme que ce serait mieux de calculer la dette nette — qui indiquerait que la dette du Québec est légèrement au dessous de la moyenne de l’OCDE et sous 6 des sept pays du G7 — mais reprend simplement le calcul fautif du ministère des Finances, qui n’a pas calculé la dette nette. Mais Desjardins prend soin au passage d’indiquer que ce calcul de la dette nette est très favorable à l’Alberta, mais se tait sur le Québec…

Heureusement, ce blogueur a au moins un allié dans son combat pour que les chiffres de la dette nette et brute soient également présentés aux Québécois : Jean Charest.

En effet, lors d’une entrevue pré-budgétaire au Devoir, M. Charest a dit ce qui suit :

Quant à la dette, elle n’est pas aussi lourde qu’une certaine « campagne de presse », celle menée par Quebecor, veut bien le montrer. La dette du Québec se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE, a-t-il rappelé.

Il ne pouvait évidemment parler que de la dette nette, car son propre ministère des Finances venait de dire le contraire au sujet de la dette brute.  (Le lendemain, le bureau du PM faisait savoir au Devoir qu’il n’avait pas spécifiquement visé Quebecor — qui avait fait une série Le Québec dans le rouge.)

Alors, M. le Premier ministre, encore un effort. Peut-être que, l’an prochain, vous réussirez à convaincre votre ministre des Finances de faire aussi bien que l’Ontario et de donner aux citoyens québécois une lecture complète et à jour de leur endettement.

Note en petits caractères :

Ce billet fut modifié après que plusieurs alertinternautes aient attiré mon attention sur le tableau comparatif publié par les Finances en annexe du budget. Merci pour votre vigilance.

Note en petits caractères :

Les billets « Temps durs pour les détracteurs du modèle québécois » ne prétendent pas que tout est parfait au Québec, tant s’en faut. L’auteur a d’ailleurs proposé, dans ses ouvrages et sur ce blogue, des réformes nombreuses et importantes visant à surmonter plusieurs des importants défis auxquels le Québec est confronté. Cependant, la série permet de percer quelques trous dans le discours ambiant qui tend à noircir la situation globale du Québec qui, pourtant, affiche d’assez bons résultats comparativement aux autres sociétés semblables.