Combien de femmes musulmanes voilées étaient-elles prêtes à quitter leur emploi plutôt que de se conformer à la nouvelle loi sur la laïcité interdisant, pour les nouvelles embauchées, le port de signes religieux dans les services de garde et de soutien scolaires ? Les chiffres varient. En haut de la fourchette, « au moins 500 emplois » étaient menacés, seulement dans la métropole, selon l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire. Cette hémorragie a été évitée, grâce à l’assouplissement récent du règlement (traduction : l’État laïque a reculé). Mais, nous apprend-on, des centaines de cessations d’emploi sont à prévoir dans la grande région de Montréal.
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Nonobstination
Je ne serais pas surpris que l’Ordre des contorsionnistes dépose sous peu plusieurs plaintes pour « pratique illégale de la contorsion » contre plusieurs de nos politiciens. La semaine qui vient de se terminer lui a procuré plusieurs cas de flagrant délit.
Mercredi matin, Pablo Rodriguez s’est présenté en point de presse à Québec sans rien avoir à annoncer sauf que, contrairement à la Coalition avenir Québec, ses députés allaient « travailler ». Comblant le vide ainsi créé, les journalistes ont voulu lui faire préciser sa pensée face à un thème clivant, la Loi sur la laïcité de l’État québécois.
On a ainsi appris que le Parti libéral du Québec (PLQ) sous Pablo Rodriguez était désormais favorable à la loi 21, que ses prédécesseurs avaient combattue bec et ongles. « Moi, je ne touche pas à 21. Il y a comme un genre d’équilibre ou de paix sociale autour de ça. C’est là », a-t-il dit. Wow. Et encore : « On a passé à autre chose puis on va débattre d’autre chose. » Re-wow. Donc, le PLQ, héraut des libertés individuelles, dont religieuses, renonce à défendre le droit des enseignantes musulmanes à porter le voile dans le cadre de leurs fonctions. Ça, c’est nouveau. Si Philippe Couillard était mort (il ne l’est pas), il se retournerait dans sa tombe.
Mais pas si vite, Philippe, car c’est ici que Pablo-le-contorsionniste fait son numéro. La « clause dérogatoire » s’applique à la Loi sur la laïcité de l’État. Ce recours a été renouvelé en mai 2024 pour cinq ans, c’est-à-dire jusqu’en mai 2029. Mais si M. Rodriguez devient premier ministre en octobre 2026, il changera la loi pour en retirer la disposition de dérogation. Idem pour la loi 96 sur la langue française.
Donc, « ça irait en cour, puis, ensuite, la cour décidera ». Ensuite ? La cour ne va-t-elle pas invalider la loi ? a demandé un scribe. « C’est possible, c’est possible. Puis, à ce moment-là, on décidera… Par la suite, on pourrait décider de reconduire la clause nonobstant ou non ou bien on… en fonction de ce qui sera déterminé par la cour. Mais, à ce moment-là, je ne peux pas prédire ce qu’elle dira. »

C’est beau, la contorsion. Le chef libéral fait semblant de ne pas savoir ce qui arriverait si la « clause nonobstant » ne protégeait pas la loi 21. Or, la Cour supérieure du Québec s’est déjà prononcée sur le sujet en 2021, écrivant que la loi « empiète lourdement sur les droits à la liberté de conscience et de religion ». Le juge Marc-André Blanchard avait même écrit que l’interdiction des signes religieux atteignait « l’âme ou l’essence même » de la personne touchée. Si ce n’était de la disposition de dérogation, il aurait lancé la loi caquiste aux poubelles juridiques de l’histoire.
Et que ferait M. Rodriguez s’il obligeait une autre cour à répéter ce qui a été dit en 2021 ? « On pourra décider de reconduire la clause ou non. » C’est ici que les applaudissements fusent.
Tout se passe comme si M. Rodriguez souhaitait devenir coach de l’équipe de hockey de la laicité. « J’adore l’équipe, l’équilibre est parfait, je ne veux rien changer » nous dit-il. Sauf une chose: dès son arrivée, il va enlever le gardien de but. Y aura-t-il des rondelles dans notre but ? « c’est possible, c’est possible ». Si oui, va-t-il rétablir le gardien ? Peut-être que oui, peut-être que non. Mais ses patrons (ses électeurs anglophones) sont férocement opposés à l’existence des gardiens de but.
Une fois que, disons, la Cour suprême confirmerait que la loi 21 contrevient à la version canadienne des droits de la personne (je rappelle que les cours européennes disent l’inverse), le premier ministre Rodriguez convaincrait le PLQ de voter en faveur de l’utilisation de la disposition de dérogation pour enlever aux enseignantes musulmanes les voiles qu’elles auraient eu le droit de porter dans l’attente de la décision de la cour ? C’est tordant.
L’après-midi même, c’est le premier ministre Mark Carney qui a fait son numéro. En déposant le mémoire du Procureur général du Canada devant la Cour suprême, il a réussi à la fois à valider et à attaquer la disposition de dérogation.
Il l’a validée en abandonnant l’idée de son prédécesseur Justin Trudeau de contester son utilisation à des fins préventives. C’est un recul capital, vécu tel par tous les opposants à la loi 21, car les juristes trudeauistes estimaient que c’était là le meilleur argument à leur disposition pour faire échec à la Loi ainsi qu’à toute autre tentative d’autres provinces (ou d’un éventuel premier ministre Pierre Poilievre) de contourner la Charte canadienne des droits et libertés.
Il suffisait de convaincre la Cour que ses juges, il y a quarante ans dans l’arrêt Ford, n’avaient pas eu tort de déclarer que la clause permettait une utilisation préventive (car elle ne l’interdit pas), mais que le Charte étant « un arbre vivant », selon une expression trudeauiste fameuse, de nouvelles branches et de nouvelles feuilles avaient poussées, et recouvert cette clause qu’on ne saurait plus voir.
Mais M. Carney ne pouvait politiquement abandonner cet argument sans en trouver un autre. Je dis bien « politiquement ». Car, juridiquement, rien n’interdisait à Ottawa de dire que la clause était simple et claire dans la Constitution, qu’elle avait eu raison il y a 40 ans de l’affirmer, et qu’il ne fallait toucher à rien. Politiquement, donc, toute la gauche libérale et néodémocrate, toute l’intelligentsia bien-pensante de Toronto ainsi qu’une bonne partie du caucus et des membres du Conseil des ministres estiment qu’il faut à tout prix empêcher le Québec d’entacher l’âme canadienne en violant allègrement les droits.
Les avocats fédéraux ont donc inventé un nouvel argument, très faible, selon lequel l’utilisation de la disposition pouvait à la longue nier irrévocablement un droit, ce qu’il faut éviter, au cas par cas.
Je prévois depuis longtemps que la Cour suprême ne donnera pas aux nationalistes et aux indépendantistes québécois l’argument massue de l’invalidation de la disposition de dérogation et de la Loi sur la laïcité de l’État. Elle exclura probablement les commissions scolaires anglophones de son application en s’appuyant sur un autre article de la Charte canadienne des droits et libertés. Cette décision sera annoncée après l’élection éventuelle, en octobre 2026, du Parti québécois.
Le ressac ne sera donc pas celui qu’on attendait. La gauche canadienne, y compris libérale et néodémocrate, sera furieuse contre la Cour suprême, car elle aura rendu légaux la xénophobie et le racisme québécois (à leurs yeux, on s’entend). Le seul remède à cet affront sera de proposer un amendement constitutionnel pour baliser ou, mieux, abolir la disposition de dérogation. Il sera divertissant de voir MM. Carney et Rodriguez trouver de nouvelles contorsions pour survivre à cette tempête.
(Une version légèrement plus courte de ce texte a d’abord été publiée dans Le Devoir.)
Lire la suite →Le défroqué de la laïcité
François Legault avait une décision lourde de sens à prendre cette semaine. Son parti allait-il garder le flambeau de la laïcité, dans la foulée de l’adoption il y a cinq ans de la loi sur ce sujet, ou allait-il signifier aux Québécois que sa soif de laïcisation était étanchée et qu’il n’irait pas plus loin ?
L’occasion est belle. Le Québec de 2024 continue à financer une cinquantaine d’écoles primaires et secondaires qui offrent, entre les mathématiques et le français, des cours où la religion — une religion, la bonne, évidemment — est inculquée aux enfants. Les traités internationaux protègent le droit des parents d’envoyer leurs enfants dans une école religieuse. Rien n’oblige cependant les États à les financer. Elles ne peuvent cependant ouvrir, au Québec, que si elles obtiennent une homologation, démontrant qu’elles offrent correctement le curriculum normal, avec des professeurs qualifiés, en plus de leur enseignement religieux. C’est pourquoi des écoles hassidiques à Montréal, ou une école catholique intégriste à Lévis, par exemple, font l’objet d’enquêtes et, parfois, de sanctions.
Dans la foulée du scandale de l’école Bedford, une école publique, donc laïque, qui, pendant sept ans, fut la cible d’entrisme religieux, le Parti québécois a présenté une motion offrant de franchir un nouveau pas dans la sécularisation de la nation : mettre fin aux subventions aux écoles privées religieuses. Que dit le ministère québécois de l’Éducation sur l’ampleur du phénomène ? Rien du tout. Il n’en tient pas le compte. Le dernier relevé crédible fut produit l’an dernier par la journaliste radio-canadienne Laurence Niosi : c’est à hauteur de 60 % que sont financées, selon son décompte, 27 écoles catholiques, 14 écoles juives, 4 écoles musulmanes, 2 écoles protestantes évangéliques, 2 écoles arméniennes et 1 école grecque orthodoxe. Pour un coût de 161 millions de dollars par an.
On savait Québec solidaire partant, depuis sa création, pour cette étape de la laïcisation. Le Parti libéral du Québec, lui, était réticent. Mais il a saisi l’occasion et a déclaré jeudi : « On est rendus là. » Il y aurait du Marwah Rizqy dans cette évolution que je ne serais pas surpris. Restait la Coalition avenir Québec (CAQ). Pensez-vous un instant qu’en leur for intérieur, Bernard Drainville et Jean-François Roberge, pour ne nommer qu’eux, souhaitent retarder le groupe ? À l’interne, à la CAQ, une source explique qu’on en a déjà assez sur le dos avec les cas comme ceux de Bedford, qu’on n’a pas un vrai portrait de la situation de ces autres écoles, qu’on ne veut pas ouvrir le débat plus large sur l’école à trois vitesses et que, si elles enseignent correctement le curriculum, pourquoi en vouloir aux écoles religieuses visées par la motion ?
Euh, parce qu’on est rendus là ? La CAQ n’avait qu’à se dire d’accord avec le principe : à l’avenir, les fonds publics ne seront pas utilisés pour des écoles inculquant une religion. Ensuite, un gouvernement réellement intéressé par la laïcité aurait : 1) réclamé de son ministère un état des lieux ; 2) écrit un projet de loi prévoyant les modalités ; 3) proposé, par exemple, un échéancier de retrait des subventions sur trois, cinq ou huit ans ; 4) décidé s’il permettait l’enseignement religieux en programme parascolaire, facturé aux parents, mais au sein de l’école, comme c’est le cas dans des écoles juives.
La commission parlementaire aurait ensuite entendu les différents acteurs du dossier et fait les arbitrages appropriés. On se serait rapidement rendu compte que l’existence même du projet de loi conduirait plusieurs des écoles visées à modifier leur statut pour devenir pleinement laïques et ainsi garder leurs subventions.
Cette réouverture de la Loi sur la laïcité et de la Loi sur l’instruction publique aurait permis au Parti québécois de ramener ses amendements refusés au moment de l’adoption du projet de loi 21 : étendre l’interdiction des signes religieux à toute l’école, y compris au service de garde et au personnel (avec droit acquis, évidemment) ; l’étendre aux écoles privées subventionnées, désormais toutes non religieuses.
Mais qu’a fait, plutôt, le gouvernement de la CAQ ? D’abord, Bernard Drainville est allé dire à Tout le monde en parle qu’il existait un « compromis historique » au sujet des écoles religieuses subventionnées. Si ce compromis existait dimanche soir, ce qui est douteux, il s’était évanoui jeudi matin. Ensuite, le premier ministre François Legault, répondant au front commun des trois partis d’opposition en la matière, a choisi en période de questions de répondre ceci : « Je prends note que le Parti libéral du Québec, Québec solidaire et le Parti québécois veulent couper, veulent couper le financement au collège Brébeuf, au collège Notre-Dame, au collège de Montréal, au collège Jésus-Marie, au collège Regina Assumpta, au Petit Séminaire de Québec, au collège de Lévis. »
Tous ces établissements sont évidemment laïques et ils ne seraient pas touchés par l’initiative des partis. Nous sommes donc contraints de poser un jugement sur la réponse erronée du premier ministre. De deux choses l’une : ou bien, en la matière, il est incompétent, ou bien il fait semblant de l’être. Aucune de ces réponses ne le grandit.


L’étoile laïque de la CAQ pâlit alors même que la demande de laïcité au Québec est en hausse. Les mois qui viennent peuvent aggraver le problème. Car plus on en apprendra sur le nombre d’écoles publiques qui, comme celle de Bedford, ont subi de l’entrisme religieux, plus on posera cette question : qui était responsable de l’enseignement au Québec ces dernières années ?
Si seulement la CAQ pouvait blâmer le laxisme des satanées commissions scolaires. Elle les a abolies pour les remplacer par les centres de services scolaires, désignant directement leurs directeurs généraux et même les tuteurs du CSS de Montréal, où le problème est le plus aigu. Ce qui nous ramène à cette question : en matière d’application concrète de la laïcité dans les écoles publiques, la CAQ fut-elle incompétente ou fit-elle semblant de l’être ?
(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)
Lire la suite →Le tabou
Cela s’est passé dans une école secondaire, publique et francophone, du quartier Côte-des-Neiges, à Montréal. En consultant les réponses données à un questionnaire en ligne envoyé à ses élèves, l’enseignant Francis Richer, gai et fier de l’être, a lu ce qui suit : « vive les génocides envers les lgbtq », « francis le gay vas mouriir », « francis nest pas un bon prof il ma agresser dans le lit ». Ces réponses, anonymes, provenaient de 10 de ses 75 élèves de 2e secondaire, âgés de 13-14 ans.
Richer s’était fait avertir : certains des parents étaient très réactifs et il serait préférable de faire attention à ce qu’il disait. Après l’incident, qu’il a rapporté à la direction et à la police, on lui a conseillé de cesser d’avouer qu’il est homosexuel lorsque la question lui est posée. C’est la vielle politique de l’armée américaine : « don’t ask, don’t tell ». Le problème est que les étudiants posent toujours la question, et que Francis Richer croyait que la société québécoise avait évolué suffisamment pour qu’il puisse s’afficher sans provoquer une vague d’intolérance.
« D’habitude, avec la façon dont je parle et comment je bouge, ça arrive plus vite. Je peux cacher que je suis souverainiste, mais pas que je suis homosexuel, » a-t-il confié à Mylène Moisan, du Soleil et des Coops de l’information, qui a mis au jour cette affaire, mardi dernier.
Richer avait raison. La société québécoise avait évolué. Mais désormais, elle recule. Le cas de Richer « est la pointe de l’iceberg », affirme au Devoir Raphaël Provost, directeur général du groupe Ensemble pour le respect de la diversité, dont les formations scolaires rejoignent 30 000 élèves par an. « Des profs homosexuels qui ont peur de se déclarer, Francis n’est pas le seul. Nous, on le voit chaque semaine dans les commentaires qu’on reçoit des élèves. » Si on compare à la situation d’il y a cinq, dix ou quinze ans, « il y a un retour. C’était beaucoup plus viable, on était beaucoup plus — je ne dirais pas tolérant — mais indifférent envers des profs LGBTQ ». La parole anti-gais est désormais décomplexée.
Lorsqu’on veut scruter la source de ce regain homophobe, et parfois misogyne, tout le monde marche sur des oeufs. Au micro de Patrick Lagacé, au 98,5, le professeur Richer a admis que, ses classes étant très majoritairement formées de jeunes issus de l’immigration, cela a pu jouer.
Alors, on fait de grands détours. Les causes sont multiples. Il y a des garçons Tremblay et Béliveau qui sont des adeptes d’Andrew Tate et d’autres influenceurs misogynes. C’est certain. D’autres sont issus de familles évangélistes et affirment que Jésus est contre l’homosexualité. Absolument. Et puis il y a tous ces musulmans d’origine qui sont parfaitement intégrés et qui ne jurent que par l’ouverture à l’autre et aux valeurs québécoises. Bien sûr, j’en connais.
Mais lorsqu’on ose poser la question qui fâche : l’augmentation dans nos classes d’enfants provenant de familles où règne une culture du patriarcat et un refus de l’homosexualité, comme c’est le cas dans certaines familles musulmanes pratiquantes, n’est-il pas un facteur significatif? — on tombe devant des regards d’orignaux tétanisés par les phares d’une voiture.
« Il y a une corrélation », admet Raphaël Provost, lorsqu’on le pousse dans ses derniers retranchements. « Si dans leur famille et leur propre culture, si de leur côté, c’est encore dans leur tête et dans leur esprit, que c’est criminel, que c’est interdit ou que ça n’existe pas, ou que c’est parfois la première fois qu’ils en entendent parler… » Mais, mais, mais, ne généralisons pas.
Fort bien, ne généralisons pas, mais ne nous aveuglons pas.
Les sondeurs nous le disent depuis des décennies: même comparés aux Canadiens anglais, les Québécois sont plus tolérants sur les questions de choix personnels, d’orientation sexuelle, de permissivité envers les adolescents. Comment penser qu’une immigration importante provenant de pays où la culture locale est immensément moins tolérante, et fondée sur le dogme religieux, pourrait s’insérer dans notre vision des choses sans qu’on en sente des effets concrets ?
Il y a la famille, il y a la pression des pairs. Rien n’est plus fort, dans la formation des valeurs à l’adolescence, que la pression de l’entourage. Comment peut-on penser qu’une classe formée d’une forte proportion d’enfants provenant de familles où prévalent des notions patriarcales va être magiquement enchantée d’adopter les valeurs des préados provenant de familles ayant, elles, depuis 25 ans pratiqué la tolérance et l’ouverture ?
Il faut rappeler les chiffres du dernier Portrait socioculturel des élèves inscrits dans les écoles publiques de l’île de Montréal pour mesurer l’ampleur du défi : 56 % de la totalité des élèves sont soit nés à l’étranger, soit nés ici de deux parents étrangers. Dans 38 % des écoles publiques, primaires ou secondaires, plus des deux tiers des élèves sont de ces catégories ; 25 % en accueillent 75 % ou plus ; 10 % en accueillent 85 % ou plus.
Évidemment, beaucoup de ces parents étrangers viennent de pays où la tolérance envers les femmes et les homosexuels est équivalente à la nôtre. De 2019 à 2023, 14 % des nouveaux arrivants venaient de France, 19 % de pays arabes — 12 % des élèves à Montréal ont l’arabe comme langue maternelle. Et parmi les néo-Québécois venus du Maghreb ou d’Iran, plusieurs nous ont choisis précisément pour trouver chez nous une société plus libre.

Cette chronique me vaudra les insultes habituelles, mais la vérité a ses droits. Avoir dans sa population une grande communauté ukrainienne pèse dans le débat public sur notre position face à l’Ukraine. Avoir dans notre population une grande communauté juive pèse dans le débat public sur notre position face à Israël. Avoir dans notre population une grande communauté musulmane a des conséquences sur le débat public au sujet du dossier palestinien, oui, et sur les valeurs propagées, au sein de cette communauté, par des promoteurs actifs, notamment et pas uniquement en ligne, d’homophobie, de misogynie et d’antisémitisme.
Nous ne possédons malheureusement pas de sondage québécois sur l’opinion de nos différentes communautés religieuses ou des athés sur l’homosexualité. Ce sondage réalisé en 2019 en France laisse cependant songeur.

Ce courant, réel, s’additionne aux autres. La parole patriarcale musulmane est désinhibée par la dissémination des propos misogynes des tenants d’Andrew Tate et des évangélistes, et vice versa. Nous sommes donc en présence d’un cocktail d’intolérance qui se mélange et se renforce sous nos yeux, dans nos écoles. J’aimerais pouvoir vous dire comment renverser la tendance. Je ne sais pour l’instant qu’une chose : refuser de nommer ses sources, c’est s’interdire d’agir.
(Une version légèrement plus courte de ce texte a d’abord été publiée dans Le Devoir.)
Lire la suite →Suprême compte à rebours
Enfin, on arrive en finale. Quelqu’un finira par avoir la coupe. On saura qui mène en ce pays : les élus de l’Assemblée nationale, utilisant les règles qui leur ont été imposées en 1982 par le reste du pays et la reine Élisabeth II en personne, ou alors des juges qu’on aura convaincus de changer ces règles en cours de partie et a posteriori pour déclarer nuls et non avenus les buts comptés par les Alain Côté du Québec, ces cocus de la Constitution ?
Fin février, en demi-finale, les choses se présentaient pourtant bien. Trois juges de la Cour d’appel du Québec avaient alors déclaré qu’ils savaient lire, et que le texte fondamental du pays stipule en toutes lettres qu’une assemblée parlementaire a le droit, à sa guise, d’utiliser la disposition de dérogation pour faire son propre arbitrage entre droits collectifs et droits individuels. Lorsqu’elle le fait, a tonné leur jugement, les magistrats n’ont d’autre choix que d’accepter la prérogative démocratique. Et de se taire.
Ce serait trop beau. Au contraire, parlez, parlez, supplient les opposants à la laïcité et au pouvoir législatif à l’adresse des juges de la Cour suprême, qu’ils souhaitent faire sortir de leur mutisme pour pondre du droit tout nouveau — du droit qui écraserait la tyrannie de la majorité parlementaire québécoise pour la remplacer par, bien, la tyrannie de neuf juges.
Pourquoi les défenseurs du droit des enseignantes à porter des signes religieux misogynes devant leurs élèves, pourquoi ces apôtres du pouvoir absolu des juges non élus ont-ils des raisons d’espérer ?
D’abord parce que les juges ne sont pas issus de la cuisse de Jupiter. Ils sont sortis de la cuisse du premier ministre. Et cela change tout de savoir de quel premier ministre ils surgissent. Le constitutionnaliste Guillaume Rousseau a mesuré le parti pris trudeauiste des juges. Dans un petit livre publié il y a un mois, La pensée des Trudeau, le Québec et le pouvoir judiciaire (édité par l’Institut de recherche sur le Québec), il a compulsé les traces laissées derrière eux par les magistrats : leurs décisions. Il a choisi les sujets les plus importants de la pensée trudeauiste : une propension pour le bilinguisme symétrique, pour le multiculturalisme, pour le primat des droits individuels, pour un État central et un pouvoir judiciaire fort. Une aversion pour tout ce qui va en sens inverse.
Pour savoir si les juges nommés par la dynastie Trudeau sont fidèles aux préceptes de leurs géniteurs — car l’évasion est toujours possible —, Rousseau et son recherchiste Sébastien Bouthillier ont fouillé une trentaine de jugements rendus sur ces enjeux cruciaux. Au total, ces juges tombent du bon côté du trudeauisme 6 fois sur 10. Lorsqu’il est question de droits individuels — le sujet qui nous concerne —, c’est 7 fois sur 10.
Combien des trois juges de la Cour d’appel qui se sont prononcés pour le droit de l’Assemblée à affirmer sa souveraineté parlementaire, combien avaient été nommés par un Trudeau ? Zéro. Et combien chez les neuf suprêmes ? Six.
Les zélotes de la Fédération autonome de l’enseignement, du Conseil national des musulmans canadiens (CNMC) et de la Commission scolaire English-Montréal ont une autre raison d’espérer vaincre au sommet de l’édifice judiciaire canadien. Les juges ne vivent pas dans un Olympe de la pensée pure (rappel : on reste sur la métaphore des dieux grecs), mais dans le pays réel. Ils entendent les arguments savants présentés devant eux, certes, mais savent aussi jauger l’air du temps.
Au parlement fédéral, tous les partis politiques (hormis le Bloc québécois) — et en particulier le procureur général du gouvernement Trudeau — leur enjoignent de resserrer l’étau légal sur les élus de l’Assemblée nationale, ces impétrants incapables de poser un jugement lucide sur leur société. Certes, leurs décisions sont soumises au test électoral tous les quatre ans. Certes, lorsqu’ils utilisent la disposition de dérogation, ils doivent la réitérer tous les cinq ans, et donc après un possible changement de gouvernement. Mais, bon, ils n’ont pas tous fait leur droit. Surtout, ils ne sont pas membres de l’association Lord Reading.
Qu’est-ce ? Une influente confrérie de juristes montréalais, farouchement opposée à la loi 21 et qui attire les juges de la Cour suprême comme le miel, Winnie l’ourson. Le regretté Frédéric Bastien nous avait appris que deux juges de la Cour suprême, qui l’ont quitté depuis, devaient s’adresser en février 2020 aux membres de la Lord Reading, lors d’un événement de financement notamment commandité par un cabinet représentant le CNMC dans la contestation de la loi 21. L’intervention de Frédéric avait gâché l’événement, qui fut annulé nonobstant l’intérêt qu’il suscitait.
« Comment deux juges de la Cour suprême peuvent-ils, dans un tel contexte, aider au financement de Lord Reading et prétendre être neutres et impartiaux dans les décisions qu’ils auront à prendre ? » avait-il demandé. « Viendrait-il un seul instant à l’esprit des juges d’accepter de donner une conférence organisée par le Mouvement laïque dans le but de l’aider à se financer ? »
Il a aussi soulevé le cas du juge Nicholas Kasirer, toujours en exercice et nommé par Trudeau à la Cour suprême après que Lord Reading, dont il était membre, eut déposé à l’Assemblée nationale un mémoire contestant non seulement la loi 21, mais également l’utilisation de la disposition de dérogation.
Voici maintenant la liste des juges de la Cour suprême qui furent associés à des groupes de défense de la laïcité et de la souveraineté parlementaire prévue par la clause de dérogation. Attendez, je cherche… J’ai dû l’égarer. L’espace me manque. Dès que je la retrouve, je vous fais signe.
(Ce texte fut d’abord publié dans Le Devoir.)
Lire la suite →Laicïté, deuxième tour
Il est formidable, ce délai de cinq ans. Il y a des contraintes comme ça, qui nous semblent excessives au premier abord, mais qui nous rendent service à l’usage. Cinq ans, c’est le délai après lequel les législateurs, comme les nôtres à l’Assemblée nationale, doivent décider s’ils renouvellent ou non la disposition de dérogation. Celle qu’ils ont attachée à une loi pour dire aux juges : « Pas touche. Nous avons décidé qu’en ce cas précis, les élus, plutôt que les juges, vont rendre un arbitrage entre les droits individuels et les droits collectifs. »
Le sens des mots est important, et le fait que l’on « déroge » à une charte des droits est très négativement connoté. C’est pourquoi le gouvernement de la Coalition avenir Québec tente d’y substituer l’expression « clause de souveraineté parlementaire ». Une autre vraie façon de voir la chose. Un peu comme la séparation et l’indépendance.
Il y a cinq ans déjà que la Loi sur la laïcité de l’État québécois a été adoptée. Notez que le système juridique canadien n’a même pas été capable, pendant cet assez long délai, de donner son dernier mot sur la constitutionnalité de ce texte législatif. On a eu un jugement de la Cour supérieure en avril 2021. Prenant son temps, la Cour d’appel a entendu les parties en novembre 2022. Prenant encore plus son temps, elle n’a pas donné signe de vie depuis. Et quoi que disent ces augustes juges, on ira ensuite en Cour suprême, chez des gens qui ne sont pas non plus connus pour leur célérité.
Cette révision à pas de tortue donne raison aux parlementaires qui ont voté pour la loi et pour sa clause de souveraineté parlementaire, et donc son application immédiate dans le réel, soit ceux de la Coalition avenir Québec et du Parti québécois (PQ). Sinon, on n’aurait vraisemblablement jamais pu appliquer les aspects de la loi qui interdisent le port de signes religieux chez les policiers, les gardiens des prisons provinciales et les enseignants du primaire et du secondaire. (La loi prévoyait de l’interdire aux juges québécois, mais ces derniers ont usé d’entourloupes pour s’en exempter.)
Le ministre de la Langue française, Jean-François Roberge, a déposé un projet de loi qui ne contient qu’une clause : celle qui renouvelle la disposition de dérogation/souveraineté parlementaire pour cinq ans. Ne faudrait-il pas, au contraire, refaire le point et franchir des pas de plus ? C’est en effet graduellement, une ou deux fois par décennie, qu’on a fait avancer ce principe clé depuis 1960.
D’abord, on a constaté l’an dernier qu’il manquait une disposition à la loi lorsqu’un mouvement pas tout à fait spontané de prières à l’école a poussé le gouvernement à décréter qu’il y avait des temples pour cette activité et que les écoles n’en étaient pas. Même la députée Marwah Rizqy et tout le Parti libéral du Québec ont exprimé leur accord avec cette interdiction. Le Conseil national des musulmans canadiens poursuit l’État québécois à ce sujet et pourrait convaincre le premier juge trudeauiste venu de la qualité de ses arguments. D’où l’intérêt de colmater la brèche, sous le parapluie de disposition de dérogation/souveraineté parlementaire, dans une modification à la loi qu’on pourrait baptiser du nom de Rizqy.
On entend aussi le péquiste Pascal Bérubé et la solidaire Ruba Ghazal pester contre les subventions accordées à des écoles qui imposent à leurs élèves un enseignement religieux. La journaliste radio-canadienne Laurence Niosi a fait le compte l’an dernier : c’est à hauteur de 60 % que sont financées 27 écoles catholiques, 14 juives, 4 musulmanes, 2 protestantes évangéliques, 2 arméniennes et 1 grecque orthodoxe, au coût de 161 millions de dollars. Je verrais d’un bon oeil une modification Bérubé-Ghazal ordonnant une élimination graduelle de ces subventions.
Puis il y a la question des exemptions fiscales accordées aux immeubles religieux. Les fouineuses Sylvie Fournier et Jo-Ann Demers, de l’émission Enquête, ont révélé que l’Église catholique, qui plaide l’indigence en cour pour éviter de dédommager ses nombreuses victimes d’agressions sexuelles, a au moins 1,8 milliard de dollars dans ses coffres. Ces bidous ne sont pas apparus par l’effet de la bonté divine. Pendant des générations, nos aînés versaient régulièrement à l’Église catholique la dîme, une fraction de leurs revenus, en plus de la quête remise chaque dimanche. Ce n’était pas obligatoire, mais Dieu avait bien prévenu que, pour un chrétien, ne pas la payer équivalait à le voler personnellement.
L’existence de ce pactole rend parfaitement faisable l’abolition des exemptions fiscales pour les biens religieux, qui privaient en 2019 les villes et le Trésor québécois de 180 millions de dollars par an, selon le calcul des collègues Stéphane Baillargeon et Magdaline Boutros. Les fruits de cette fiscalisation devraient être d’abord consacrés à la sauvegarde du patrimoine religieux et à la reconversion des églises, comme l’a récemment suggéré mon estimé collègue chroniqueur de La Presse Maxime Pedneaud-Jobin.
L’étape quinquennale de la Loi sur la laïcité de l’État devrait aussi être le moment d’adopter la proposition, faite il y a cinq ans par le PQ, d’étendre l’interdiction des signes religieux à tout le personnel des écoles, y compris celui du service de garde scolaire et de la direction. Puisque le droit acquis s’applique, cet élargissement tombe sous le sens, et il n’aurait pas d’effet notable sur la pénurie de main-d’oeuvre. La vraie étape à franchir à ce chapitre devrait être l’interdiction du port de signes religieux par les fonctionnaires en contact avec la clientèle, avec respect des droits acquis, bien sûr. Pour le reste, on verrait dans cinq ans.
La combinaison de ces avancées aurait un avantage majeur. Par la force des choses, l’ensemble des mesures toucherait bien davantage le catholicisme que les autres confessions. Cela ficherait un pieu dans l’objection centrale des critiques de la loi, qui évoquent avec effroi le spectre de la catho-laïcité. On en aurait fini avec cette calomnie, Dieu merci.
Lire la suite →La (détestable) méthode Mulcair
« Avant l’arrivée de Tom Mulcair à sa tête, le NPD était à la pointe de la bataille pour l’égalité des sexes. Élu chef en 2012, Mulcair a enlisé son parti dans un bourbier d’intolérance patriarcal. Prenant fait et cause pour les religions qui traitent les femmes comme des citoyennes de seconde zone, il a défendu comme admirable l’imposition du voile intégral – symbole ultime de l’oppression. C’est un lamentable retour à la rhétorique patriarcale contre les femmes, prises pour cible à des fins électorales et c’est abject. Pas étonnant 52% de ses militants l’aient expulsé. »
Je viens d’appliquer à Tom la méthode Mulcair. Celle qu’il a utilisée envers moi et PSPP dans sa chronique, Paul St-Pierre Poilievre ou l’intolérance comme arme politique. Comme lui, j’ai fait une fausse comparaison : Lévesque défendait les homosexuels, PSPP non. C’est aussi faux que de dire que le NPD défendait les femmes, Mulcair non. J’ai utilisé son expression « enlisé dans le bourbier de l’intolérance ». J’ai fait un raccourci entre sa défense du droit du port d’un signe religieux et le fait qu’il soit lui-même misogyne, exactement comme il l’a fait en disant que la mise en cause par PSPP de l’enseignement de la théorie du genre à l’école signifiait qu’il était intolérant envers les gais. Je lui ai prêté une intention : vouloir se faire du capital politique sur le dos des femmes, comme il en prête à PSPP sur la question du genre. J’ai même repris son « c’est abject ». J’ai tordu la signification de son vote de non confiance.
Le Code de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes prescrit que, même dans « les chroniques et les billets ou dans le journalisme engagé, où l’expression des opinions prend une large place, les journalistes doivent tout autant respecter les faits ».
Or Tom trahit les faits. Selon lui, j’ai «affirmé que les musulmanes qui portaient le voile intégral constituaient une menace pour la sécurité.» C’est faux. J’ai affirmé qu’il n’était qu’une question de temps avant qu’un terroriste ou un criminel n’utilise le voile intégral pour commettre un crime. J’avais raison. Des criminels l’ont porté au Canada pour des vols et pour une tentative de meurtre, aux États-Unis pour des vols et pour une agression sexuelle. Aux prises avec de nombreux attentats commis avec ce vêtement, une douzaine d’États africains l’ont interdit.
Il écrit: «du bon travail journalistique avait vite permis de débusquer cette supercherie. Aucun corps de police n’était d’accord avec cette affirmation.» C’est faux. L’article auquel il réfère indique que la GRC a refusé de commenter et que la SQ et la SPVM ont affirmé ne pas avoir de «document» ou de «rapport» sur la question.
Puis il y a la question du savoir-vivre. Je passe une quinzaine de minutes tous les matins avec Tom sur les ondes de Qub. Même si je suis en désaccord avec lui sur des sujets importants, il ne me serait jamais venu à l’esprit de l’embrocher violemment dans une chronique, encore moins de le diffamer. Chacun son style.
Jean-François Lisée
RÉPONSE DE THOMAS MULCAIR
On peut différer d’opinions et avoir une lecture différente des faits. –Thomas Mulcair
Écoutez en balado la Rencontre de Jean-François Lisée et Thomas Mulcair où les deux hommes s’expliquent en direct lors de l’épisode de Richard Martineau disponible sur la plateforme audio et vidéo QUB radio.
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Torpille intersectionnelle
Comment faut-il s’y prendre pour transformer une cause immensément consensuelle, comme la volonté de progrès vers l’égalité des femmes, en foire d’empoigne ? Il suffit d’insister pour y insérer un concept nouveau, apparemment anodin, et exiger que tous y adhèrent, sous peine d’être suspects de n’être pas de vrais féministes, à quelques jours de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars.
Le mot du mois est « intersectionnalité », depuis que la députée solidaire Ruba Ghazal a tenté, sans succès, d’en faire reconnaître l’existence par l’Assemblée nationale. Les caquistes, qui ont refusé de consentir à la motion, sont-ils réfractaires aux mots de plus de quatre syllabes ? À première vue, on ne voit pas où est le problème, car il s’agit de reconnaître que, souvent, un malheur ne vient pas seul. On peut être triplement marginalisée parce que femme, noire et handicapée (sauf pour obtenir une chaire de recherche du Canada, car si vous présentez ces caractéristiques et détenez les diplômes requis, les universités se battront pour vous embaucher). Songez aussi aux perspectives d’emploi d’un unilingue francophone gai affichant son macaron de Greenpeace dans l’industrie du pétrole en Alberta ou encore à l’environnement hostile dans lequel devrait vivre un salarié de la CBC de Toronto blanc, conservateur, pro-vie et pro-armes à feu. Ce serait le septième cercle de l’enfer intersectionnel, si le concept ne s’appliquait pas qu’aux minorités protégées par la Charte, ce qui exclut par définition les hommes blancs.
Autre exemple, pris celui-ci pas du tout au hasard : une femme, d’origine arabe, voilée, employée de l’État québécois en situation d’autorité. Voilà qu’on s’approche d’un beau cas concret où on découvre que l’intersectionnalité n’est pas qu’un terme descriptif, un outil pourrait-on dire, mais un argument juridique détonnant.
Il fait partie de l’arsenal des opposants à la loi québécoise sur la laïcité. La Fédération des femmes du Québec (FFQ) l’utilise dans son mémoire à la Cour d’appel, notamment dans cet extrait : « L’approche intersectionnelle doit ainsi guider l’analyse que la Cour entreprend sur la portée de l’article 28 », lit-on. C’est l’article de la Charte canadienne des droits qui favorise une interprétation des droits identique aux hommes et aux femmes. C’est fameux, car la disposition de dérogation utilisée par la loi sur la laïcité pour se soustraire à la Charte ne s’applique pas à cette disposition interprétative. La Cour pourrait, selon les plaideuses, l’utiliser pour invalider l’interdiction des signes religieux. La FFQ poursuit : « Autrement, l’on risquerait de mettre en oeuvre une protection qui n’est pas inclusive et donc incomplète, en ce qu’elle autoriserait un législateur à adopter une loi dont l’effet réel est de compromettre les droits et libertés de groupes minoritaires d’un sexe. »
Puisque le groupe minoritaire d’un sexe est doublement ou triplement frappé, il devrait jouir d’une protection supplémentaire. Dans cette logique, on pourrait conclure que les femmes blanches catholiques ne pourraient pas porter de signes religieux ostentatoires à l’école, mais les musulmanes d’origine arabe, oui. Pour les Blanches converties à l’islam, on est en zone grise. Mais on peut penser que des Québécoises noires ferventes catholiques pourraient porter une croix bien visible.
Sous des allures de promotion de concepts progressistes, nous sommes donc en présence d’une stratégie concertée pour introduire ce concept dans le droit québécois — une motion de l’Assemblée nationale étant un acte du Parlement, pas aussi fort qu’une loi, mais suffisamment probant pour être cité en cour. La Cour d’appel s’intéresse à cet argument entre mille, car une des plaideuses pro-loi 21, Christiane Pelchat, m’informe que la Cour a spécifiquement interrogé les plaidants à ce sujet. Bref, c’est l’intersectionnalité féministe au service du droit des religions d’afficher au sein de l’État des symboles de soumission des femmes.
Mais ce n’est peut-être qu’un malentendu. Ruba Ghazal savait-elle que sa motion aurait cet impact juridique ? J’ai posé la question à Québec solidaire et j’attends toujours la réponse. Si elle le savait, elle s’est bien gardée d’en informer les autres parlementaires. La FFQ, elle, en était évidemment consciente et, sur son site Internet, annonce que « nous avons déposé, avec le Collectif 8 mars et Québec solidaire, une motion ». C’est novateur. J’ai été membre de l’Assemblée nationale pendant six ans et c’est la première fois que je vois un groupe externe se vanter d’avoir déposé une motion.
Force est de constater que mes amis du Parti québécois sont tombés dans le panneau, appuyant la motion par réflexe progressiste sans avoir la moindre idée de son impact juridique. (À mon avis, ils ne se méfient pas assez du Politburo de QS.) Ce n’est pas la première fois qu’ils baissent la garde, ils l’avaient fait aussi dans des motions solidaires dénonçant « l’islamophobie », un mot chargé qui cumule à la fois le sentiment antimusulman (condamnable) et toute critique de la religion musulmane. Cet amalgame sulfureux n’est pas soutenu que par les despotes iraniens, mais par la nouvelle conseillère de Justin Trudeau en islamophobie et par la conseillère de Valérie Plante en matière d’antiracisme.
Dans les deux cas — islamophobie et intersectionnalité —, la Coalition avenir Québec a appliqué les freins. Est-ce par refus instinctif de toute cette novlangue diversitaire ou parce qu’elle est consciente des pièges juridiques qu’ils contiennent ? Mes sources à la CAQ se contredisent à ce sujet.
Pour QS et les néoféministes de la FFQ, une ligne rouge a été franchie. « Le fait que la CAQ n’ait pas appuyé la motion, dit Marie-Andrée Gauthier, porte-parole du Collectif 8 mars, sera un moteur de résistance féministe. » C’est, ajoute-t-elle, de « l’aveuglement volontaire ». Et si c’était au contraire un refus de se laisser aveugler ? Un sain scepticisme face à des concepts de velours dissimulant des torpilles favorables à des religions campant précisément à l’intersection de l’obscurantisme, de l’homophobie et de la misogynie ?
Lire la suite →Réplique: Le jeu des erreurs de Frédéric Bérard
Frédéric Bérard m’a rendu un grand service ce mercredi en regroupant dans un seul article la plupart des faussetés et demi-vérités qui circulent sur mon compte au sujet de la laïcité (Lisée, Kaboul et St-Jérôme). Les lecteurs de Métro méritant mieux, je corrige la copie du chroniqueur.
VRAI : Il écrit : « avant que le débat sur le voile ne soit élevé au rang d’obsession médiatico-politique, le chroniqueur écrivait: « Le voile? Franchement, je m’y suis habitué et ce qu’on met sur sa tête ne devrait pas soulever l’ire nationale. »» C’était il y a 15 ans, avant qu’on discute spécifiquement des signes religieux dans l’État. C’est en 2010, à l’occasion d’une pétition lancée par le grand Guy Rocher, que je me suis rangé au principe que les employés de l’État ne devaient afficher aucune conviction. Je m’en suis alors expliqué sur mon blogue, toujours en ligne et n’ai jamais changé d’avis depuis.
FAUX : J’aurais erré, écrit-il, en « associant fallacieusement Alexandre Cloutier à Adil Charkaoui » pendant la course au leadership de 2016. La réalité est que l’Imam toxique a écrit sur sa page Facebook le bien qu’il pensait d’Alexandre et le mal qu’il pensait de moi. Un journaliste a attiré mon attention sur ce fait, désagréable. Attaqué frontalement par l’équipe Cloutier au sujet de la laïcité, j’ai répliqué en attirant l’attention sur ce fait. J’ai aussi précisé qu’évidemment, Alexandre n’avait jamais voulu de cet appui gênant, mais l’Imam a récidivé.
FAUX : Bérard me décrit « accusant son rival d’avoir souhaité une «bonne fin de ramadan à [ses] amis musulmans». Cette citation n’existe pas. J’ai écrit au contraire au sujet des fêtes religieuses qu’il « n’est pas interdit de les souligner mais, à mon humble avis, il est préférable que l’État ne s’en mêle pas. Ce serait, en tout cas, ma pratique comme chef. » Signaler systématiquement les fêtes religieuses contribue, il me semble, à définir les communautés par la religion, plutôt que par leurs autres attributs.
FAUX : Le chroniqueur me cite ayant dit : «en Afrique, les AK47 sous les burqas, c’est avéré là». Il prétend qu’il n’y a « aucun cas recensé, ici comme ailleurs ». En fait, les cas sont à ce point recensés que plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, victimes d’attentats terroristes ainsi commis, ont interdit le voile intégral, ce que Google lui aurait facilement appris (lire ici). J’avais aussi écrit qu’il n’était qu’une question de temps avant qu’on vive une situation semblable chez nous. Mais en Amérique du Nord, l’usage criminel, (par des bandits, pas des dévots), du voile intégral fut relevé au Canada dans un meurtre, une tentative de meurtre, un vol, et aux États-Unis par plusieurs vols (le plus récent ici) et un enlèvement/agression sexuelle d’une fillette à Philadelphie.
FAUX. Il déclare ceci : « en feu lors d’une activité partisane péquiste, le politicien-scorpion hurle au micro, à répétition: « Y a des hidjabs partout… ça suffit! », enjoignant à la foule de se joindre à lui.» La vidéo existe. On n’y voit ni répétition ni hurlement. Ma position est que les éducatrices en garderies subventionnées ne devraient porter aucun signe, religieux ou autre. Dans les garderies à Montréal, le signe le plus visible – en fait le seul signe de conviction perceptible – est un symbole qui signifie spécifiquement modestie et soumission des femmes, exactement le contraire de ce que l’on veut enseigner à nos enfants.
FAUX : Bérard m’accuse de ne pas voir que l’analogie entre l’Arabie Saoudite et Montréal est « nulle, absurde et non avenue ». Samedi dans Le Devoir, j’ai écrit que « La situation est évidemment complètement différente à Montréal, où le voile, selon une intervenante interrogée dans ces pages, peut être un symbole féministe. Je n’en doute pas. »
FAUX : Bérard affirme au sujet du voile le « caractère volontaire du port en question chez la femme du Québec » et que « les illustrations, tristes et délétères, issues d’autres coins du globe n’ont aucune chance de résonance, ici. » Aucune chance ? L’an dernier, un père montréalais d’origine algérienne reconnu coupable d’avoir voulu tuer ses quatre filles car elles souhaitaient « s’habiller comme des québécoises ». Un écho de l’assassinat de trois jeunes Montréalaises (et de leur belle-mère) en 2009 par leurs parents d’origine afghane, les Shafia, mécontents des comportements insuffisamment islamiques de leurs filles. Bérard devrait avoir honte d’ignorer l’existence du voile contraint à Montréal, même s’il est, on l’espère, minoritaire.
Finalement Frédéric, homme sympathique pour lequel je n’ai aucune animosité, attaque mon honnêteté intellectuelle en prétendant que je suis trop « intelligent et cultivé pour (sincèrement) croire » à mes arguments laïques. Je ne lui rends pas la pareille. J’estime au contraire que, malgré son intelligence, Frédéric voit (sincèrement) comme une preuve de modernité et d’ouverture la normalisation dans des publicités gouvernementales de symboles de religions indubitablement inégalitaires, misogynes et homophobes, perçues par plusieurs québécoises, y compris d’origine arabe, comme les étendards de l’oppression.
Lire la suite →Petite semaine (intégral)

Comment a été votre semaine ? Tranquille ? Moi aussi. Enfin presque. J’étais en vacandes à la plage à Old Orchard avec mes filles et j’ai momentanément mis de côté le roman que je lisais (Mille Secrets, Mille Dangers, d’Alain Farrah, très bon) pour fureter un instant sur Twitter. J’y ai vu que HEC a choisi de montrer une jeune femme voilée pour promouvoir une maîtrise conjointe avec l’Algérie.
Dans l’univers publicitaire canadien, la femme voilée est désormais la norme lorsqu’on veut affirmer diversité et ouverture. Le gouvernement canadien le fait systématiquement. Même dans une récente pub à la gloire des vétérans, une silhouette sur quatre était celle d’une femme strictement voilée. Le quart des vétéranes canadiennes étaient voilés ? Je l’apprends. C’est bizarre puisque les musulmans représentent tout au plus 4% de la population canadienne, donc les musulmanes 2%, les voilées moins de 1%.
La vogue s’étend au secteur privé, y compris au Québec, Une lectrice m’écrit: « je suis graphiste, et il m’arrive de me faire demander d’ajouter de la « diversité » dans des rapports annuels sur lesquels je travaille. Souvent, on veut des musulmans. Je tente ma chance, et je propose des femmes à la peau un peu plus foncée, mais sans voile. Cela ne passe pas, malgré que je dise à mon client qu’il s’agit d’une musulmane non voilée. »
C’est au point où, à part le rare turban Sikh, le voile musulman est la seule conviction affichée dans ces pubs. On ne voit aucun anarchiste, aucun écologiste, aucun athée, aucun partisan des gaz bitumineux, voire des Maples Leafs de Toronto, de Raël ou de la religion majoritaire des canadiens, le protestantisme, ou de la minoritaire, les anti-vax. Seul Allah a droit à son affichage, à même nos impôts.
Il m’arrive de dénoncer cette prime à l’Islam sur Twitter lorsque je la vois passer. (Remarquez, je ferais de même si on montrait un Curé dans une pub de Santé Canada, mais ils se font rares.) Mais je n’avais encore jamais vu une institution québécoise francophone tomber dans ce panneau. Que des Algériennes voilées fassent une maîtrise à HEC, bravo. Qu’on en voie dans une photo de classe, certes. Mais qu’une institution laïque, scientifique, vouée à l’égalité des sexes, choisisse sciemment une femme voilée pour se représenter, non. La jeune femme existe, je lui souhaite beaucoup de succès. Elle n’est pas en cause. HEC l’est.
HEC: un facteur aggravant
C’est répréhensible en soi. L’Institution est laïque, elle n’a à normaliser dans ses pubs aucune conviction, politique ou religieuse. Le facteur aggravant en l’espèce est que la pub soit destinée à l’Algérie, où l’imposition du voile par les intégristes a laissé des traces. Parlez-en à Leila Lesbet, enseignante et féministe québécoise qui a quitté son Algérie natale en 2002 lorsque les intégristes l’ont menacée de mort. Elle dénonce « l’ignorance abyssale » de HEC face à l’histoire algérienne récente. « Des milliers de femmes, de jeunes filles et d’adolescentes ont été violées, tuées, égorgées, éventrées, mutilées de la façon la plus barbare qui soit et c’est ce symbole, dont nous gardons les stigmates à jamais et qui fait partie nos plus douloureux cauchemars, qui a été choisi par HEC Montréal. » Cette « décennie noire » s’est terminée en 2002 et le voile n’est pas légalement obligatoire en Algérie. Mais il y a trois ans, 10 jeunes algériennes se sont suicidées, ne laissant qu’un message: au lieu d’une corde pour se pendre, elles avaient utilisé leurs hijabs. Cela a lancé un mouvement, « les prisonnières du hijab », des femmes affirmant que la pression pour son port est omniprésente, emprisonnante.
Un enseignant de HEC me fait parvenir ce témoignage:
J’enseigne depuis plus de 6 ans en Algérie dans les villes d’Alger, d’Oran et de Sétif et je peux dire que la majorité de mes étudiantes du niveau BAA ne portent pas de hijab. Ce qui n’est pas évident en Algérie.
J’ai créé une académie (Académie Evidencia) qui offre des formations professionnelles (MBA Corporate) en Algérie et plusieurs de nos participantes ne portent pas le hijab, surtout provenant du monde des affaires.
Après avoir donné plus de 200 cours à HEC dans différents programmes à plus de 9 000 étudiant(e)s, je peux compter sur les doigts de mes deux mains, le nombre d’étudiantes qui portaient un hijab. Par contre, j’ai eu des centaines d’étudiantes musulmanes qui ne le portaient pas. Je ne vois donc pas le but de faire un lien entre nos étudiantes musulmanes et le fait de porter un hijab.
Contrairement à la situation algérienne, à Montréal le voile, selon une intervenante interrogée par Le Devoir, peut être « un symbole féministe ». Je n’en doute pas un instant. Des femmes peuvent porter le voile pour se distinguer, pour fuir l’hypersexualisation, pour faire un pied de nez à l’Occident, à François Legault, à leur famille non pratiquante, parce qu’elles trouvent ça beau, pratique, ou plus simplement parce qu’elles sont dévotes. Tous les cas de figure existent. Y compris celui du père montréalais d’origine algérienne reconnu coupable l’an dernier d’avoir voulu tuer ses quatre filles car elles souhaitaient « s’habiller comme des québécoises ». Ce despote domestique était d’avis que le voile signifiait, comme le disent les Imam, modestie et soumission. Un écho de l’assassinat de trois jeunes Montréalaises (et de leur belle-mère) en 2009 par leurs parents d’origine afghane, les Shafia, mécontents des comportements de leurs filles. Bref, le voile choisi — féministe ou religieux — et le voile contraint — y compris violemment — cohabitent à Montréal. On entend des professionnelles en hijab nous dire combien elles sont libres et heureuses de le porter. La raison pour laquelle celles qui le portent contre leur gré ne sont pas citées dans les médias est évidemment parce qu’elles craignent les représailles de leurs tourmenteurs.
Mon estimée collègue Pascale Navarro estime que chaque fois qu’on soulève cette question, ce sont les femmes qui trinquent. Elle n’a pas tort. Mais si on ne dit rien alors qu’on assiste à la généralisation du voile dans des publicités gouvernementales (et privées), ne donnons-nous pas aux intégristes des outils supplémentaires ? En faisant une norme publicitaire de la musulmane voilée ne mettons-nous pas l’épaule à la roue du voile contraint ? Ne permettons-nous pas à l’Imam, au père ou au grand frère de dire aux musulmanes: tu vois, même la CBC, même la Banque, même HEC disent que c’est bien, le voile !

Un tweet, une nouvelle, des insultes
Alors, bon, comme je vous le disais, j’étais en vacances et j’ai écrit un tweet. Un excellent quotidien montréalais a décidé d’en faire une nouvelle. Cela m’a un peu étonné, mais, bon, pourquoi pas ? Mon tweet a ainsi été vu 300 000 fois. Non, mais, rendez-vous compte: c’est autant que les cotes d’écoute de L’île de l’amour.
Quoi d’autre ? Ah oui, j’ai été insulté par quatre plumes du quotidien La Presse. Pas contredit, ce serait normal. Mais insulté. C’est beaucoup. D’abord, Yves Boisvert a affirmé dans un gazouillis que ma position « subodore l’opportunisme politique ». D’ordinaire champion de la présomption d’innocence pense que je ne crois pas vraiment ce que je dis. Comme j’aime débattre mais pas insulter, j’ai répondu que je lui reconnaissais « le droit de choisir d’être mesquin ». Suis-je allé trop loin ?
Sa collègue Rima Elkouri a eu la bonne idée de consacrer une chronique à la jeune femme sur la photo de HEC ; elle est super sympathique. Rima m’a aussi mis en contradiction avec une citation de mon livre Nous de 2007 où je me disais non préoccupé par la présence du voile ; c’est de bonne guerre. C’est en 2010, à l’occasion d’une pétition lancée par le grand Guy Rocher, que je me suis rangé au principe que les employés de l’État ne devaient afficher aucune conviction. Je m’en suis alors expliqué sur mon blogue, toujours en ligne.
Maniant l’ironie, Rima m’a écrit : « Votre féminisme m’émeut. » J’ai répondu que son « absence de compassion pour les femmes victimes du voile contraint en Algérie et à Montréal me désole ». Elle a attiré mon attention sur le livre, La liberté n’est pas un crime (disponible ici), qu’elle a coécrit pour dénoncer le voile contraint en Iran ; je l’en ai félicitée. Mais elle m’a accusé « d’instrumentaliser » les femmes voilées ; je n’ai pas compris en quoi je les instrumentalisais davantage qu’elle, puisqu’on écrit tous les deux sur le sujet.
Puis, le chroniqueur Marc Cassivi m’a aussi accusé « d’opportunisme ». Détail amusant: il ne m’a pas nommé, mais a parlé de « s’enliser ». C’est comme un jeu de mots, voyez-vous ? Mais je passe l’éponge car il est le conjoint de Rima et on sait que la solidarité du couple nous pousse parfois à surréagir. Parlez-en à Will Smith !
Le quatrième est un collaborateur régulier du grand journal de la rue Saint-Jacques : Jocelyn Maclure. Homme brillant, il dirige une chaire de philosophie à McGill. Lui m’a traité d’islamophobe ; je lui ai demandé s’il comprenait que c’était un synonyme de raciste et qu’il qualifiait ainsi quelqu’un qui a simplement un point de vue sur la laïcité différent du sien. Il ne s’est pas rétracté. Remarquez, je prends la chose avec philosophie.
Je vous raconte tout ça parce que je lis tous ces gens avec intérêt et suis d’accord avec leurs écrits, selon les signatures, entre, disons, 51 et 95% du temps. En particulier lorsqu’ils dénoncent la montée de l’invective sur les réseaux sociaux.
Ah, j’oubliais. Le député fédéral de Rosemont et no 2 du NPD, Alexandre Boulerice, m’a demandé dans un gazouillis si j’étais parano, ou catho. Il m’a appris qu’il avait apostasié. Je lui ai confié que j’étais athée. Puis il s’est étonné que j’affirme que les religions ne sont pas fondées sur la science. Il semblait en douter, en tout cas dans le cas de l’Islam. Pour finir, je lui ai demandé ce qu’il pensait de deux publicités canadiennes récentes, dont une de la Commission des droits, qui montrent de façon positive des fillettes voilées. J’ai posé la même question à Rima.

J’attends leurs réponse. Je comprends que ça demande réflexion. Tiens, j’ai une idée. Le sept septembre se tiendra à Montréal le lancement du livre « Lever le voile » de Yasmine Mohammed, la canadienne forcée de porter le voile intégral par son mari et qui dirige maintenant un réseau de femmes libérées du voile contraint, y compris chez nous, « Forgotten Feminists ». Ce lancement serait une chouette occasion pour qu’Alexandre, Yves, Jocelyn et Rima viennent célébrer avec moi le courage de ces femmes et qu’on en profite pour définir une position commune sur l’opportunité de montrer des petites filles voilées dans des pubs gouvernementales. Je suis certain qu’on peut s’entendre.
Marc: tu peux venir aussi.
(Une version plus courte de ce texte a été publiée dans Le Devoir.)










