Le chiffre : Monsieur 1 %

1 %

C’est la proportion de Québécois qui se disent « très satisfaits » du gouvernement de Jean Charest, dans le dernier sondage Léger mise-en-marché (ma traduction) pour Le Devoir et The Gazette. Ils étaient 6 % de très satisfaits en décembre, 4 % en février, 3 % en avril. Notre premier ministre réussira-t-il l’exploit historique de réduire ce chiffre à 0 % ?

La course est rude car Stephen Harper est également de la partie, la proportion de ses « très satisfaits » au Québec est passée de 4 % en décembre à 3 % en avril à 2 % aujourd’hui.  Le suspense est à couper au couteau !

Ma collègue blogueuse Chantal Hébert parle ce matin d’un score digne de Mulroney. Il y a quelques semaines, lors de l’excellente table ronde du jeudi soir au National de la CBC, elle parlait de Mulroneyisation du Parti libéral du Québec. Pour mémoire, Mulroney avait remporté à l’élection de 1984 la plus forte majorité de l’histoire canadienne. Quelques mois après son départ, à l’élection de 1993, son parti n’avait plus que deux députés… dont Jean Charest !

Bien qu’il soit mathématiquement impossible que le PLQ n’ait plus que deux députés au Québec, à cause de la concentration du vote non-francophone pro-libéral dans l’Ouest de l’île de Montréal, si la tendance se maintient, le PLQ court en effet vers une défaite historique.

Songeons que 68 % des Québécois ont une mauvaise opinion du premier ministre Charest, soit davantage que les 59 % qui ont une mauvaise opinion de son ex-ministre Tomy Tomassi ! (Soit dit en passant, 4 % des sondés ont une bonne opinion de l’ex-ministre. La famille élargie, sans doute.)

De plus, lorsqu’on cherche à savoir qui ferait le meilleur premier ministre du Québec, Pauline Marois reste à 25 %, mais Jean Charest, à 18 %, n’est plus qu’un écart de 8 points avec… Amir Khadir !

Alors, qu’arrivera-t-il d’abord: 0 % de popularité ou être doublé par Amir ?

Les paris sont ouverts !

PPP : les coût$ de l’idéologie

10,4 millions $

C’est ce que le Québec économiserait, au moins, s’il confiait au secteur public, plutôt qu’à un Partenariat Public Privé, la construction des deux Centres hospitaliers universitaires.

Cette conclusion, tirée par le Vérificateur général du Québec ce mercredi, n’est pas l’élément le plus préoccupant de son rapport.

Dans le tableau qui suit, le Vérificateur indique que le bras pro-PPP du gouvernement est récidiviste. Malgré les remontrances précédentes, il n’arrive toujours pas à calculer correctement le coût de ce méga-projet sans PPP. Le Vérificateur avait déjà jugé en 2009 que Québec avait une propension à ne pas donner l’heure juste — ou plutôt à toujours donner l’heure injuste, injustement favorable aux PPP.

L’ex agence des PPP, devenue Infrastructure-Québec, proteste de sa bonne foi, affirmant que tout ça est bien compliqué et que beaucoup de monde tient la calculette (voir sa réponse à la fin du rapport). Mais c’est bizarre que l’erreur penche toujours du même côté.

Le gouvernement libéral et son bras pro-PPP aurait-il un a priori idéologique ?

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Des «lacunes» à répétition. (Cliquez pour agrandir)

30 ans après : le Canada, « qu’ossa donne » ?

13 %

C’est la remarquablement faible proportion de Québécois francophones qui estiment que « le développement du Québec a été facilité par son appartenance à la fédération canadienne ». Le double, 26 %, croient au contraire que ce développement a été ralenti par cette appartenance ; 41 % croient que cela n’a fait aucune différence et 20 % ne savent tout simplement pas quoi en penser.

Ces chiffres sont tirés du sondage CROP réalisé pour le compte de nos amis de l’Idée fédérale et dont les médias ont fait état ce mercredi. Le projecteur fut mis sur le fait que 58 % des Québécois estimaient le débat sur la souveraineté « dépassé ». Une proportion similaire aurait pu être trouvée en 1972, 1983, 1987, 2000. Chaque fois, ensuite, la souveraineté est redevenu d’actualité, puis majoritaire, brièvement en 1980, puis de 1989 à 1994, puis en 1996 et 2005. D’autres réponses attestent de l’indécision des Québécois et de leur propension légendaire pour l’entre-deux-chaises.

Mais à mon avis, ce sondage apporte un nouvel indice de la lente mais sûre désagrégation du lien canadien des Québécois. Que seulement 13 % des francohones (et 20 % de l’ensemble) affirment que le lien canadien fut une bonne chose pour le Québec est un terrible échec pour la cause fédéraliste. Que 67 % des francophones (62 % de l’ensemble) croient que ce lien fut néfaste ou sans effet atteste du découplement en cours dans les esprits entre le parcours québécois et le parcours canadien*.

L’an dernier, 55 % des répondants affirmaient à l’Idée fédérale que le Québec aurait fait mieux ou aussi bien que le Canada dans la crise économique. C’était déjà une nouvelle.

Une certitude : la décision de mai 1980 de rester au Canada et l’appartenance à la fédération n’a rien fait, selon les répondants, pour assurer l’avenir du français : 57 % de l’ensemble — et 67 % des francophones — estiment que l’avenir du français est moins bien assuré qu’il y a 30 ans.

Le reste du sondage, produit pour le 30e anniversaire du référendum de 1980, mesure la résignation des Québécois face à une situation qu’ils croient durablement bloquée. S’ils ne croient pas voir la souveraineté d’ici 30 ans, ils ne croient pas non plus voir un Canada réformé.

Mais les prédictions des uns et des autres nous disent toujours moins de choses sur l’avenir que l’évolution des tendances plus lourdes, comme j’en ai discuté ici, sur l’identité, l’estime de soi et, dans ce dernier sondage, sur l’état anémique de l’importance accordée à l’appartenance canadienne par les Québécois.

Bref, les Québécois ne voient plus très bien à quoi leur sert le Canada.

***

*Merci à l’alertinternaute J. Côté-Paré pour avoir repéré une erreur de calcul, maintenant corrigée.

Ces parias qui ne paient pas d’impôt

45 %

C’est la proportion d’Américains qui ne paient pas d’impôts, selon un récent rapport du Tax Policy Center de Washington. Pourquoi cette statistique est-elle intéressante ? Parce qu’un des arguments les plus souvent entendus pour souligner le dysfonctionnement du Québec est le fait que 42% des Québécois ne paient pas d’impôt québécois. Cette statistique est utilisée comme si elle singularisait le Québec en Amérique du nord, en faisant un lieu où pullulent les assistés et ceux qui ne contribuent pas à la société.

De plus, c’est le genre d’argument qui sou-tend l’imposition à tous les Québécois, riches et pauvres, de la même taxe régressive de $200 pour la santé, et à la future franchise santé de 25$ par visite médicale.

Qui sont les non-payeurs ?

Aux États-Unis, de qui s’agit-il ?

La moitié d’entre eux ont trop peu de revenus, l’autre moitié — principalement des ménages de revenus faibles ou moyens — ont recours aux crédits d’impôts pour enfants ou frais de garde, pour le paiement des frais de scolarités ou d’épargne-retraite.

En détail, le Tax Policy Center explique que 55% des retraités et des familles ne paient pas d’impôt, ce qui fait déjà beaucoup de monde.

Au Québec, mon collègue l’économiste Pierre Fortin avait consacré une chronique, dans L’actualité en 2007, pour souligner notamment que la proportion de 42% de non-payeurs québécois était identique à la moyenne canadienne (en 2004), et légèrement inférieure à ce que l’on retrouve dans l’Ouest canadien (43%).

Ils ne paient… rien ?

C’est l’impression qui nous reste, lorsqu’on entend dénoncer ces 42% de non payeurs. Ils ne contribueraient pas.

C’est faux aux USA, dit le Tax Center :

Chaque citoyen qui ne paie pas d’impôt paie toutes sortes de taxes. Ils paient des prestations de sécurité sociale et d’assurance-maladie vieillesse lorsqu’ils travaillent, les taxes de vente et de propriété, les taxes sur l’essence, le tabac et l’alcool. Selon nos recherches, 75% des citoyens contribuent d’une façon ou d’une autre au trésor fédéral.

C’est faux au Québec, écrit Pierre Fortin:

Ils paient la taxe de vente du Québec (TVQ) sur leurs biens de consommation, les taxes sur l’essence et les cigarettes, les droits d’immatriculation des véhicules, et ainsi de suite. Ils ajoutent aussi au revenu des entreprises d’État par leurs achats auprès d’Hydro-Québec, de Loto-Québec, de la Société des alcools, etc. Enfin, ceux qui ont un emploi cotisent au Régime des rentes du Québec. On peut ainsi estimer qu’en 2004 les personnes qui n’ont pas payé d’impôt ont en fait versé trois milliards de dollars en taxes, achats et cotisations à l’État. En gros, un dollar sur chaque tranche de huit dollars récoltés par le Trésor québécois provient de leurs goussets.

Donc, trop d’impôt pour les autres ?

Vous aurez peut-être remarqué que si plus de 40% des Américains et Québécois ne paient pas d’impôts, mais que seulement entre 6 et 9% d’entre eux sont au chômage, c’est qu’il y a énormément de gens qui ont des emplois très peu payés — en plus des retraités pauvres qui ne sont plus dans la population active.

Non, le vrai scandale ne réside pas dans le fait qu’une proportion significative de la population ne paie pas d’impôts. Il réside dans le fait que l’évolution du marché de l’emploi, et des inégalités de revenus, fait en sorte que l’écart se creuse sans cesse entre l’emploi de base, peu rémunéré, et les salaires de plus en plus importants des hauts salariés, pour ne rien dire des cadres supérieurs d’entreprise.

Le Québec, comme plusieurs pays européens, résiste plus que le reste de l’Amérique du Nord à ce phénomène — surtout aux USA où ces inégalités de revenus sont aujourd’hui revenus à ses niveaux des années folles, avant la crise de 1930.

Plusieurs mécanismes sont à l’œuvre dans ces écarts grandissants, entre gens qui travaillent. Mais un mécanisme a été prévu, justement pour corriger ces écarts: l’impôt sur le revenu.

Plus les écarts entre salariés sont grands, plus la redistribution devrait être forte et plus, donc, devrait être importante la proportion de citoyens qui ne paient pas d’impôts.

C’est ce principe élémentaire qui semble en voie de disparition, par les temps — et les budgets — qui courent.

(Voir aussi ici, le  blogue de Darwin sur le même sujet. )

Merci à l’alertinternaute Simon pour ce signalement.

Note en petits caractères :

Les billets « Temps durs pour les détracteurs du modèle québécois » ne prétendent pas que tout est parfait au Québec, tant s’en faut. L’auteur a d’ailleurs proposé, dans ses ouvrages et sur ce blogue, des réformes nombreuses et importantes visant à surmonter plusieurs des importants défis auxquels le Québec est confronté. Cependant, la série permet de percer quelques trous dans le discours ambiant qui tend à noircir la situation globale du Québec qui, pourtant, affiche d’assez bons résultats comparativement aux autres sociétés semblables.

Ce qui ne sera pas dans le budget québécois

50 %

C’est le nouveau niveau d’imposition supérieur, introduit mercredi dernier par le gouvernement britannique, au moment du dépôt de son budget. Le maximum précédent était de 40 %. Le changement est important car la Grande Bretagne est, hors Amérique du Nord et même sous le gouvernement travailliste, fiscalement très conservateur. (Les pays scandinaves ont des niveaux de 52 à 59 %.)

Dans son discours, le Chancelier de l’Échiquier (ministre des Finances), Alistair Darling, a ainsi présenté les choses :

Le taux d’imposition de 50 % sera introduit le mois prochain, mais n’affectera que ceux dont les revenus sont de plus de 230 000 $ par an, soit le 1 % supérieur des revenus. Ceux dont les revenus sont de 150 000 $ par an, les 2 % supérieurs, se verront retirer graduellement leur déduction personnelle de base. […]

Si on observe toutes les augmentations de taxes appliquées [par Londres] depuis le début de cette crise globale, 60 % d’entre elles seront assumées par les citoyens qui sont forment les 5 % des plus importants revenus.

Nous n’avons pas augmenté ces taxes par dogme ou idéologie. Nous sommes déterminés à nous assurer que notre régime fiscal global reste compétitif. Mais je crois que ceux qui ont bénéficié le plus de la forte croissance de revenus au cours des dernières années, devraient maintenant contribuer leur juste part.

Le Québec est à 48 % (lorsqu’on combine Ottawa et Québec), l’Ontario à 46 %, l’Alberta à 44 %, le Nouveau-Brunswick à 43 %, l’Alberta à 39 %, les États-Unis à 35 %. Il ne s’agit pas de l’impôt payé sur tout le revenu, mais sur le revenu qui excède, dans le cas des britanniques, 230 000 $, dans le cas des Québécois, 127 000 $.

Si l’on se fie à ce que l’ancien président de la Banque centrale du Canada, David Dodge, a annoncé aux Libéraux fédéraux ce week-end (et ce que tous les gens sérieux savent), le temps des baisses d’impôts est révolu. Celle des hausses est au coin de la rue.

La question est de savoir : qui paiera ? Les néo-libéraux ont réussi le tour de force, depuis un quart de siècle, de nous faire croire qu’il est impossible de hausser significativement le niveau d’imposition des plus riches, alors même que les inégalités de revenus explosent. Il n’y a qu’une faille à leur argument : l’histoire.

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Le message de ce petit tableau est on ne peut plus clair. Dans les 80 années qui nous séparent de 1930, le taux marginal d’imposition aux USA — qui donne le ton à tout l’Occident — fut entre 79 et 91 % pendant plus de la moitié de la période (44 ans) ; de plus de 60 % pendant près des deux tiers (50 ans) et de plus de 50 % pendant plus des deux tiers (55 ans).

Le taux était à son plus haut sous Eisenhower, Kennedy et Nixon. Pendant, donc les « trente glorieuses », soit les années de 1945 à 1974 qui ont vu, non pas le déclin de l’entrepreneurship et du travail du à une imposition trop lourde. Mais au contraire l’explosion de la richesse occidentale et, grâce à une vigoureuse redistribution des richesses via la fiscalité et une présence syndicale forte, l’apparition d’une vaste classe moyenne.

Je ne crois pas qu’on puisse revenir un jour à ces niveaux, et j’explique dans Imaginer l’après-crise qu’il faudra utiliser un autre moyen (la fiscalité sur la consommation) pour rétablir la justice économique. Mais il est bon de se rappeler, à l’heure des grands choix, que ce qu’on nous dit aujourd’hui impossible était, hier, parfaitement normal.

Santé aux États-Unis : entre colère et soulagement

50 % / 40 % – ou l’inverse

Voici ce que donne la moyenne des quatre sondages tenus depuis l’adoption, il y a une semaine, de la réforme de la santé américaine : 50 % contre, 42 % pour. Mais lorsque Gallup demande aux Américains si l’adoption de la réforme par le Congrès est « une bonne chose », la réponse s’inverse : 49 % oui, 40 % non.

Bref, comme les Québécois et la souveraineté. Ils se disent contre, mais croient que ce serait une bonne chose si ça arrivait ! Tout à coup, on se sent moins seuls…

Un quart de colériques

Le sondage du Washington Post de ce dimanche illustre à merveille le marais dans lequel se situe l’opinion publique. On y découvre que 26 % des Américains sont « en colère » contre l’adoption de la réforme, contre seulement 15 % d’« enthousiastes ». Il y a donc un bassin considérable de colère (un Américain sur quatre) qui explique les inexcusables menaces proférées, et les actes de vandalisme perpétrés, contre des élus démocrates ces derniers jours.

Les Républicains sentent d’ailleurs d’où vient le vent en promettant de renverser la réforme, soit au Congrès après la prochaine élection s’ils en sont capables, soit par la voie judiciaire : 46 % des Américains sont avec eux. Mais on est sur le fil du rasoir car en additionnant les partisans de la réforme (46 %) aux opposants qui ne veulent quand même pas d’un retour en arrière (5 %) la réforme retrouve, comme dans Gallup, sa majorité (51 %). C’est la force d’inertie au travail. (Notons qu’il est irréaliste de penser que les Républicains pourraient faire suffisamment de gains en novembre pour renverser la réforme aux deux chambres du Congrès — et obtenir la signature du président !)

Une opinion incrédule

On est cependant frappé de constater le niveau d’appui, même si ténu, à la réforme d’Obama lorsqu’on constate qu’aucun des messages favorables à la réforme n’est passé dans l’opinion.

*Obama (et le crédible Congressionnal Budget Office) affirment que la réforme va réduire le déficit : 65 % des sondés pensent le contraire.

*Obama jure — et c’est une certitude — que la réforme va améliorer la couverture des assurés privés actuels, car leurs compagnies ne pourront plus leur refuser des traitements : 80 % des assurés n’y croient pas.

*Pire encore, Obama promet — autre certitude — que la réforme va permettre aux non-assurés d’avoir enfin une couverture : 50 % d’entre eux refusent d’y croire.

En fait, le seul message à avoir été entendu 5 sur 5 est le refus des Républicains de faire des compromis : 63 % jugent qu’ils n’ont pas été de bonne foi dans le débat.

La réalité à la rescousse

Bref, la faiblesse de l’appui à la réforme tient pour beaucoup au refus de l’opinion de croire à ses bienfaits. C’est là que la réalité, du moins sur les nouveaux droits des assurés et des futurs assurés, peut livrer aux démocrates un regain de soutien. Si, dans les sept mois qui nous séparent de l’élection de novembre, le changement réel vient au secours de la réforme en en validant les promesses, les démocrates auront vraiment gagné leur pari politique. D’autant qu’ils ont maintenu la faveur de l’opinion pour les élections de mi-mandat (48 % Démocrates / 43 % Républicains chez les électeurs inscrits).

Sinon, ils auront — seulement — fait faire à l’Amérique un progrès majeur.

Nouveau club politique : les « très satisfaits » de Jean Charest

3 %

Proportion de Québécois, qui, selon le dernier sondage Le Devoir, Léger mise-en-marché (ma traduction) se disent « très satisfaits » du gouvernement de Jean Charest (sur un total de 24 % de satisfaits, -9 points  en un mois, et 70 % d’insatisfaits, +8 points en un mois, dont 32 « pas du tout » satisfaits.)

Qui sont donc les 3 % de très satisfaits ? Puisque, sur un échantillon de 1000 répondants, 3 % = 30 répondants, il serait complètement démagogique de conclure qu’il s’agit des Fabulous 14 — le groupe d’entrepreneurs en construction qui se partagent les contrats à Montréal — et de leurs épouses.

En effet, cela ne ferait que 28. Manquerait M. Charest et son épouse.

Sérieusement, il s’agit de 3 % d’un électorat de 5 630 000 personnes, donc de 170 000 personnes. Il serait complètement démagogique d’affirmer qu’il s’agit des membres de la FTQ-construction. En effet, avec leurs épouses, ils ne sont que 140 000.

Chers internautes, comment arrivez-vous, de votre côté, à ce chiffre de 170 000 ?

Officiel : L’inégalité tue !

1,4 million

Nombre de morts, par année, attribuables à l’inégalité de revenus dans les 30 pays les plus industrialisés. Cette statistique proprement abasourdissante est tirée d’une méta-recherche publiée en novembre dernier dans le British Medical Journal, et qui fait tranquillement son chemin dans les cercles des sciences sociales.  Combinaison de 28 études antérieures couvrant 60 millions de personnes, l’étude fait faire un bond en avant à la connaissance du sujet.

Selon les auteurs, de Harvard et de l’Université japonaise de Yamanashi, l’inégalité devient mortifère lorsque l’indice Gini, qui mesure le niveau d’inégalité, dépasse les 0,3 points. Dans le tableau qui suit, on voit que le risque, et la proportion, de morts prématurées augmente avec l’importance de l’inégalité.

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On note que le Canada se situe parmi les moins touchés par le phénomène et (attention, défense du modèle québécois imminent) il est intéressant de noter que

le coefficient Gini du Québec est systématiquement plus faible que celui du Canada. Il se maintient donc sur la ligne du 0,30 (pour les familles). Le niveau d’inégalité des pays non présents sur le tableau est évidemment préférable : l’Allemagne, la France, la Suède et les Pays Bas, par exemple, ont des coefficients Gini allant de 0,28 à 0,23.

Mais au-delà du ratio de 0,3, chaque augmentation d’inégalité de 0,05 fait augmenter la mortalité de 8 %. Vu autrement, si les pays industrialisés qui ont un niveau trop élevé d’inégalité réussissaient à le réduire au niveau québécois, chaque année, 1,4 millions de leurs citoyens, au lieu de mourir, vivraient plus longtemps. Pourquoi ?

Il y a deux façons d’appréhender l’impact de l’inégalité, notamment sur la santé publique, donc sur les décès prématurés. La première est toute simple : si la richesse est mal distribuée, les pauvres sont trop pauvres, donc leur santé est déficiente. La réponse est toute trouvée : un système qui fait monter les revenus de tous réduit la pauvreté réelle, donc la mauvaise santé, et alors on se fiche du niveau d’inégalité. C’est la situation actuelle en Chine : le niveau d’inégalité augmente rapidement, mais, simultanément, des centaines de millions de Chinois sortent de la pauvreté.

Mais une seconde approche, dite contextuelle, validée par cette étude, est plus lourde de sens. Elle affirme que, quelle que soit la quantité de richesse distribuée, le simple fait d’une trop forte inégalité dégrade la santé publique — tenez-vous bien — de toutes les strates sociales.

L’explication contextuelle soutien que l’inégalité est en soi un facteur de division et de corrosion sociale. Ce que nous savons maintenant de l’importance sur la santé des facteurs psychologiques — incluant le statut social, l’amitié, le capital social, le sens du contrôle de sa vie — rendent les explications contextuelles de plus en plus plausibles.

C’est ce qu’écrivent les épidémiologistes et éditorialistes du British Medical Journal, Kate Pickett et Richard Wilkinson, mettant la méta-étude dans le contexte des progrès du savoir dans ce domaine. Ils poursuivent :

Il est maintenant clair que les sociétés inégales souffrent d’une incidence supérieure d’un grand nombre de problèmes sociaux, incluant un niveau plus élevé de violence, de taxage, de filles-mères, d’incarcération, d’heures travaillées et un niveau inférieur de résultats scolaires, de mobilité sociale et de confiance. Ces conséquences dans les comportements offrent une preuve forte que les phénomènes psychosociaux sont associés à l’inégalité. Les bénéfices d’une plus grande égalité sont plus grand chez les plus pauvres mais ont un impact sur presque tous les membres de la société.

Bref, nous savions que l’inégalité, du moins aux niveaux maintenant connus aux États-Unis et ailleurs, était moralement inacceptable. Nous savions qu’elle suscitait envie et cynisme. Nous savions qu’elle était un facteur essentiel dans le cycle de la surconsommation, chacun voulant imiter la consommation de son voisin plus fortuné. Nous savons maintenant qu’elle est funeste.

*   *   *

Ajout à la suite des commentaires :

J’ai été moi-même étonné du niveau de Gini utilisé pour le Canada dans l’étude. Il me semble trop faible par rapport aux statistiques généralement utilisées. Quant au taux de Gini pour le Québec, il est en effet à 0,300 pour les familles, mais plus élevé pour les personnes seules. Voici le tableau compilé par l’économiste Pierre Fortin dans son texte de janvier dernier, dont je vous reparlerai, Quebec is fairer : there is less poverty and less inequality in Quebec

Tiré du dernier Inroads

Tiré du dernier Inroads

 

Le chiffre: Des non-francophones peu accommodants

49%

C’est la proportion de non-francophones qui estiment que le gouvernement du Québec est trop accommodant face aux demandes d’accommodements raisonnables pour des motifs religieux.  C’est ce que révèlent les tableaux détaillés du sondage Léger mise-en-marché (ma traduction) publié jeudi dernier dans Le Devoir et dont votre blogueur favori a obtenu copie.

Le chiffre est intéressant car il permet de mesurer dans quelle mesure les non-francophones sont, ou non, en phase avec la majorité. L’échantillon est plus faible et la marge d’erreur plus élevée, mais les proportions sont très tranchées.  Un sur deux, donc, estime le gouvernement trop accommodant, 24% croit que la situation actuelle est la bonne et seulement 9% désire davantage d’accommodements.

Le refus du régime actuel des accommodements (donc le statu quo et la position du Manifeste des pluralistes) par les non-francophones est donc net, même s’il n’est pas aussi massif que chez les francophones (82%).  Sur la question de l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique, l’intensité de la revendication est clairement majoritaire, quoique moins unanime, chez les francophones (63% contre 27%) et minoritaire chez les non-francophones (35% contre 49%). Minoritaire, mais significatif.

Ces chiffres devraient suffire à indiquer que le malaise envers l’attitude actuelle face aux phénomènes religieux dans l’espace public n’est pas limité à la majorité francophone. Elle traverse la québécitude dans toute sa pluralité. Cela est à la fois sain et rassurant pour notre capacité à dégager un autre équilibre, nettement plus rassembleur que la position actuelle.

Le radicalisme des libéraux

Les tableaux révèlent également une autre intéressante réalité : l’opinion de l’électorat libéral.

Sur la question de l’interdiction des signes religieux, 48% des électeurs libéraux y est favorable, contre 40%.

Interrogés sur l’attitude du gouvernement en matière d’accommodements religieux, les deux-tiers des libéraux trouvent leur gouvernement trop accommodant ! Oui, oui, 65% trop, 5% pas assez et 19% trouve les choses juste bien.

L’effet Bouchard

Le gouvernement Charest souffre donc d’une grave vulnérabilité sur ce thème dans son propre électorat, y compris chez la moitié des non-francophones.  Malheureusement pour lui, s’il avait une quelconque velléité d’infléchir sa position pour se rapprocher de son électorat, l’intervention de Lucien Bouchard contre le «radicalisme» lui a enlevé sa marge de manoeuvre.

Pendant qu’on est sur le sujet de l’effet Bouchard, on a vu son impact dans le caucus péquiste: il a suscité une grande cohésion autour de la chef et une volonté de défense nouvelle du thème de la souveraineté.

Il y en a un troisième. En dramatisant comme il l’a fait la situation du Québec, à quelques semaines d’un budget, M. Bouchard a placé bien haut la barre pour le ministre des Finances Bachand et son premier ministre. Si le budget, comme c’est probable, n’accouche que de demi-mesures et refuse d’appliquer avec fougue les remèdes de cheval que demandent les lucides, M. Charest n’aura même pas l’excuse de prétexter qu’il était trop occupé à promouvoir la souveraineté pour s’attaquer aux «vrais problèmes» !

Le monde selon les Républicains

63%

Proportion d’électeurs républicains qui estiment que Barak Obama est socialiste. Ce chiffre est tiré d’un sondage Daily Kos réalisé fin janvier auprès d’électeurs républicains. Les résultats sont (au choix) affligeants, divertissants. Voici les faits saillants:

À la question: le président Obama devrait-il être destitué (impeached) ?

39% disent oui (dont 42% des hommes)
32 % disent non
29% sont indécis !

A la question: Sarah Palin est-elle davantage qualifiée que Barack Obama pour présider le pays ?

53% disent oui (dont 55% des hommes)
14 % disent non (14% !)
22% ne savent pas

Les Républicains sont divisés sur la question de savoir si Barack Obama est un raciste qui déteste les blancs.

31% disent oui (35% des sudistes)
33% disent non
36% ne savent pas !

Tout ceci expliquant cela, si la primaire pour le choix d’un candidat présidentiel républicain était tenue aujourd’hui, les favoris seraient:

16% Sarah Palin
11% Mitt Romney (qui fut candidat sérieux en 2008)
10% Dick Cheney
(42% d’indécis)

Ils sont bien sûr opposés au mariage gay, mais aussi au fait que des homosexuels puissent enseigner dans des écoles (73% non). Ils croient (77%) que le récit biblique de la Genèse doit être enseigné dans les écoles, pensent que seule la foi en Jésus Christ ouvre la porte du paradis (67%) — les autres religions n’y donnant pas accès. Ils sont évidemment favorables à la peine de mort (91%).

Seule idée progressiste à avoir percé dans ces milieux, ils croient que les femmes ont leur place sur le marché du travail (86%) et on ne trouve que 13% (15% des hommes) affirmant que l’homme doit diriger dans un couple.

Quand même, on n’ est pas sortis du bois !

Merci à l’alertinternaute Pierre F. pour ce signalement