Salaires des cadres de l’État: La culture du trop

À l’heure où on apprend que le futur « Top Gun » de l’Agence Santé Québec aura un salaire de base — de base ! — de plus d’un demi-million, je me permets de reposer ma question habituelle: Ce serait combien, trop ?

Quand j’étais député de l’opposition, c’était une de mes questions favorites. Au premier ministre qui défendait la scandaleuse augmentation de rémunération des dirigeants qui avaient lancé Bombardier dans le mur. Au ministre des Finances qui justifiait les millions en primes accordées au président de la Caisse de dépôt. À celui de l’Énergie qui applaudissait le doublement de la rémunération du président d’Hydro. Ils étaient toujours d’accord avec ces hausses. Ils avançaient même qu’ailleurs, en Ontario, à New York, pour des postes équivalents, c’était davantage encore. Ah oui ? Alors, dites-moi, ce serait combien, pour vous, trop ?

Je n’ai jamais eu de réponse. Car dans la spirale ascendante des salaires gonflés à l’hélium, comme ils disent à Wall Street, « sky is the limit ! ». Ou comme le disait Alphonse Allais, « une fois qu’on a passé les bornes, il n’y a plus de limites ! ». Alors pourquoi ne fait-on que doubler, à 1,1 million, le salaire du président d’Investissement Québec ? Ne sommes-nous pas à risque de nous le faire piquer par la société de gestion d’actifs BlackRock, dont le président a fait 25 millions $ US l’an dernier ? Ou plus proche de nous par la Banque Nationale, dont le président a empoché 8,3 millions ? Et puis, si on double son salaire, cela signifie-t-il que, jusqu’ici, il ne donnait que son 50 % au travail ? Si on le quadruplait, n’obtiendrait-on pas un rendement de 200 % ? Pourquoi s’en priver, puisqu’on n’est pas à un million près ?

Il y a quand même des détails qui clochent. Pour retenir à la tête de la Caisse un homme de la compétence de Michael Sabia, on a craché jusqu’à 4 millions par an. Mais il a ensuite accepté un salaire 10 fois inférieur pour devenir pendant plusieurs années sous-ministre des Finances à Ottawa. Est-il trop tard pour demander un remboursement ? Puis, on l’a attiré à la tête d’Hydro Québec, mais en remultipliant son salaire. Pourquoi ?

Débattant récemment de ces questions avec un collègue conservateur, je l’ai entendu me demander « sur quelle planète » je vivais, moi qui mettais en cause la pertinence même de ces rémunérations. La meilleure question aurait été « dans quelle décennie » ? Car l’explosion des rémunérations des dirigeants d’entreprises, privées et publiques, est essentiellement une question de date, et non d’économie.

Jusqu’aux années 1980, les p.-d.g. du privé ne touchaient que 20 à 30 fois la rémunération du salarié moyen de leurs entreprises. L’ère Reagan-Thatcher a fait doubler cet écart pendant les années 1980, puis quintupler pendant les années 1990. On est désormais à 200 à 300 fois la rémunération du salarié moyen. Vous voyez, ce n’est jamais trop. Et cela n’a évidemment rien à voir avec l’économie, le talent, la croissance.

Une fois qu’on a retiré toutes les variables possibles de l’analyse, comme a tenté de le faire le Prix Nobel d’économie et chroniqueur Paul Krugman, on ne peut diagnostiquer qu’une cause à cette folie : un changement de culture en haut de l’échelle, la disparition de toute inhibition face à l’accumulation de richesse. La disparition de la notion de « trop ». Hier journaliste économique, l’actuelle ministre des Finances du Canada, Chrystia Freeland, décrit brillamment dans son ouvrage Plutocrats comment ces super-riches se sont convaincus que toute atteinte à leurs rémunérations extravagantes serait un crime contre le sens commun. Sur quelle planète vivent-ils ? La leur, de toute évidence.

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Une distinction s’impose ici entre, d’une part, la richesse accumulée par un entrepreneur qui crée un nouveau produit ou service et qui mérite les fruits de son labeur (il paiera des impôts en conséquence) et, d’autre part, les cadres supérieurs qui n’ont rien inventé, mais sont des administrateurs interchangeables et surpayés, dont certains sont certes plus doués que d’autres.

Le salaire des grands employés de l’État présente un cas à part, quoi qu’en pensent MM. Legault et Fitzgibbon. D’abord, l’idée que leur rémunération doit s’apparenter à celle du privé est récente. Je propose depuis un certain temps qu’aucun salarié de l’État québécois ne puisse empocher davantage, primes incluses, que le premier ministre du Québec, soit environ 250 000 $ l’an, ce qui est cinq fois le salaire industriel médian.

Pourquoi suis-je certain que nous pourrions facilement pourvoir avec cette offre les directions d’Hydro, de la Caisse, d’IQ de très grands talents ? D’abord parce que ce fut le cas pendant des décennies. Ensuite parce que ces postes sont en soi extraordinairement attractifs. Dans une carrière québécoise, diriger la plus grande entreprise hydroélectrique en Amérique, ou un des plus grands fonds d’investissement au monde, ou coordonner la totalité de l’action économique gouvernementale, constitue soit le couronnement d’une carrière, soit une étape incomparable vers, ensuite, les fauteuils les plus rémunérateurs du privé.

J’aimerais pouvoir dire que l’appel du service public compte dans la balance, mais j’entends d’ici le ricanement des cyniques. Plus prosaïquement, des gens de talent sont disposés à réduire leurs attentes salariales pour détenir, pendant quelques années, le pouvoir de décision que confèrent ces postes. Ils ont ainsi l’occasion de laisser leur marque sur tout un secteur d’activité. Pourquoi pensez-vous que Michael Sabia est sous-ministre des Finances plutôt que banquier ces jours-ci ? Pour le pouvoir d’influencer l’économie de tout un pays.

Paradoxalement, à vouloir rendre immédiatement millionnaires les dirigeants de nos sociétés d’État, on sape le statut de leurs fonctions elles-mêmes. On laisse entendre qu’il n’y a pas de différence de nature entre diriger Hydro ou Walmart, entre gérer la Caisse ou KPMG. Ce faisant, on dévalorise certaines des fonctions les plus prestigieuses de la nation. On annonce que l’appât du gain doit déterminer le choix du dirigeant, plutôt que l’appel du défi, le goût du dépassement et, oui, la volonté de contribuer au service public et au bien commun.

(Une première version de ce texte a été publié dans Le Devoir.)


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Le paradis inflationniste de votre épicier

Les temps sont durs. Heureusement, nous sommes un peuple de débrouillards. De ratoureux, même. L’inflation alimentaire nous tombe dessus comme les oiseaux d’Hitchcock dans The Birds ? Regardez-nous slalomer dans les rangées des supermarchés, d’un prix coupé à l’autre, tenant notre circulaire telle une carte codée pour une palpitante chasse au trésor. Et si, hier, il nous arrivait de nous délecter à la vue du brocoli, aujourd’hui, notre goût pour la pomme de terre en vrac atteint des sommets.

Nous portons sur nous, en permanence, notre propre bouclier anti-inflation. Le phénomène n’est pas passé inaperçu chez un des membres les plus perspicaces de notre 1 % national, le p.-d.g. de Metro, Eric Richer La Flèche.

En entrevue au Journal de Montréal cette semaine, Monsieur Metro-Super C nous a révélé l’existence d’une nouvelle unité de mesure de l’inflation, intégrant notre débrouillardise dans l’équation, et donc plus proche du réel que ne l’est l’indice de Statistique Canada. Il s’agit, nous apprend-il, de « l’inflation interne ». Elle ne mesure pas l’évolution du prix des produits, mais l’évolution des produits achetés. Vous me suivez ? Je sens que non. Alors voici. Puisque l’an dernier, vous achetiez des brocolis et que cette année, vous préférez les patates, le prix de vos achats a moins augmenté. N’est-ce pas fantastique ? M. Laflèche explique : « Les gens ajustent leur comportement. Ils achètent des denrées moins dispendieuses, des produits de marques privées, ils achètent en spécial. Tout ça fait en sorte que l’inflation réelle que nous vivons, elle est moindre que l’inflation publiée » par Statistique Canada.

Le remplacement du poulet par le baloney est certes une stratégie anti-inflationniste gagnante. Le p.-d.g. tient une bonne piste. Mais il ne va pas au bout de sa logique. Aidons-le. Plus d’un de ses clients sur dix s’approvisionne désormais aux banques alimentaires. Voilà un coût évité qui fait aussi, indubitablement, baisser la facture d’épicerie. Il y a aussi la décision de ne plus manger de poisson du tout. Y avez-vous pensé, M. Laflèche ? Ça compte ! L’air de rien, sauter un ou deux repas par semaine contribue puissamment à contenir l’inflation interne.

Je ne sais pas pour vous, mais depuis quelques mois, les algorithmes des réseaux sociaux ont décidé que j’étais un candidat tout désigné pour m’adonner au jeûne intermittent et me bombardent de pubs à ce sujet. S’y adonner, c’est jouer un tour pendable à l’inflation alimentaire. Elle ne s’en remettra pas.

Une stratégie moins rude est d’aller moins souvent au restaurant, ou plus du tout, et de se replier sur le fait-à-la-maison. Une aubaine pour les enseignes. Les ventes chez Metro ont augmenté de presque 7 % en un an (et de 5 % chez le concurrent Loblaw, propriétaire de Maxi et Provigo). Voyez, l’inflation, c’est le paradis des épiciers.

Heureusement, les petits consommateurs peuvent se rabattre sur un outil salvateur : la carte de crédit. Equifax nous apprend que, sans même calculer la dette hypothécaire et la hausse faramineuse des taux, l’endettement moyen des utilisateurs de crédit a atteint le record de 21 131 $. Par personne. Cette somme équivaut à plus du tiers du revenu médian des ménages québécois. Ce nouveau sommet, explique la firme, n’est pas principalement attribuable à l’augmentation de la dette des détenteurs actuels de cartes plastifiées. Non. Le gonflement est produit par l’afflux de nouveaux porteurs de cartes. Ceux qui, malgré l’inflation interne réduite, la fréquentation des banques alimentaires et, peut-être, la pratique du jeûne intermittent, doivent quand même chercher un appel d’air dans le vortex de la vie à crédit.

Heureusement, les grands épiciers n’ont pas un coeur de pierre. Conscients de l’urgence et sachant que leur propre bien-être économique dépend de leur réputation auprès d’une clientèle essentiellement captive d’un oligopole, ils ont spontanément décidé de limiter leurs profits — en forte augmentation — à leur niveau prépandémique et de verser le pactole supplémentaire en rabais sur les produits alimentaires essentiels. Leurs directions ont de même procédé à un gel de leur salaire et à l’abolition de leurs primes jusqu’à ce que l’inflation alimentaire officielle revienne autour de 2 %.

Avez-vous autant ri en lisant le paragraphe précédent que moi lorsque je l’ai écrit ? En réalité, les profits bondissent allègrement de trimestre en trimestre, comme la rémunération des géants de l’épicerie. M. La Flèche avouait cette semaine qu’il lui arrivait de faire lui-même ses achats. Conscient de la hausse scandaleuse du prix du beurre, il lui arrive d’en acheter plusieurs livres lorsque des soldes en ramènent le prix sous les cinq dollars et de les congeler pour les consommer lorsque les prix dépassent les huit dollars. Une précaution nécessaire puisque, l’an dernier, il a encaissé une rémunération totale de 5,4 millions de dollars, en augmentation de 6,8 % sur l’année précédente. Sa prime annuelle a aussi bondi de 15 %, à 1,5 million.

Lui et ses amis du 1 % sont donc aux prises avec des décisions difficiles. Puisque leurs revenus augmentent, comment peuvent-ils modifier leurs comportements pour éviter de se retrouver avec un trop-plein d’épargne ? Leur propre inflation interne les pousse-t-elle à faire des substitutions ? Au lieu de la Lexus, la Porsche ? Au lieu de l’hôtel cinq étoiles, l’île privée ? Au lieu de la croisière en yacht de luxe, un petit tour en orbite ?

Mais je leur fais confiance.
Face à l’inflation, ce sont les plus débrouillards de tous.

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Le virus de l’inégalité

Au début, il semblait y avoir une justice dans notre infortune collective. Lorsque les marchés ont compris que l’économie allait trinquer, ce n’est pas que le pétrole qui a perdu sa valeur. Tous les REERs du monde ont plongé, presque toutes les actions de presque toutes les compagnies.

Comme une immense marée basse, emportant avec elle tout ce qui flotte, les bateaux de croisière, bien sûr, les petites chaloupes et les yacht de luxe. On annonçait la baisse de valeur des fortunes des grands milliardaires. Ils n’étaient pas dans la misère, certes. Mais leur étoile pâlissait.

Ce n’était que temporaire. L’Institute for policy studies américain vient de publier [en mai] une étude comptabilisant les pertes et les gains des milliardaires depuis le début de la crise. Son titre: Billionnaire Bonanza 2020 !

Résultat: la richesse collective des milliardaires américains a augmenté de près de 10% entre mars et avril de cette année. 10%. Pendant ce temps, le chômage a bondi chez les gens ordinaires, qui font maintenant la queue pendant des heures aux banques alimentaires.

Un virus économique

Le covid-19 est une saloperie à plusieurs égards. On savait qu’il s’attaquait surtout aux plus faibles, aux plus âgés, à ceux qui sont déjà malades de quelque chose. On savait qu’il avait un impact plus grave dans les quartiers plus densément peuplés, donc en bas de l’échelle, qu’il mettait à risque des catégories de salariés mal payés, dans les services de santé, dans les épiceries, dans la livraison.

Mais voilà que son impact économique pousse à l’inégalité. Seul le vaccin permettra à la vie de reprendre son cours normal et de tourner la page sur la distanciation. Entre temps, la distance nécessaire entre les clients va pousser à la faillite un très grand nombre de petits restaurants et de petits commerces de détail qui vivotaient déjà juste au-dessus de leur point de rentabilité. Réduire de moitié, ou même du tiers, le nombre de clients va les faire tomber au combat économique. Seules les grandes chaînes pourront résister, en se réorganisant. On assistera donc à une nouvelle poussée de la concentration de la propriété. Des milliers de petits propriétaires devront se résigner à devenir des salariés.

Car des emplois sont disponibles, pour eux, et pour beaucoup d’autres, aujourd’hui même, en pleine crise. Les pires. La livraison à domicile. L’explosion de l’achat en ligne signifie une augmentation de la main-d’oeuvre dans ce secteur. Avant la crise, l’achat en ligne progressait d’un pour cent par année. Le virus l’a fait bondir de 15 à 25% d’un coup.

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Instacart, la compagnie d’origine californienne qui livre l’épicerie à la maison, y compris à Montréal, cherche à employer 300 000 personnes, à contrat, en trois mois. Amazon, évidemment, en cherche 175 000. Les compagnies de ventes à bas prix qui livrent sont preneuses. Dollar General en veut 50 000 ce mois ci, comme Wall Mart. FedEx en veut 35 000 et Pizza Hut 30 000.

La plupart de ces entreprises n’offrent que le salaire minimum. Pour Uber Eats et autres, les livreurs sont souvent poussés à mettre leur sécurité à risque pour augmenter leur cadence. Les emplois sont précaires, mal rémunérés, avec un minimum de protection sociale.

Enrichir les plus riches

On comprend mieux, dans ces conditions, pourquoi l’homme le plus riche du monde, le créateur d’Amazon Jeff Bezos, a augmenté sa fortune de 25 milliards de dollars US depuis le début de l’année. Amazon a bien sûr augmenté ses parts de marché et profite de la fermeture des petits commerces.

Le créateur de Zoom, Eric Yuan, a vu sa fortune augmenter cette année de $2.6 milliards. Aucune explication n’est nécessaire. Le cofondateur de Netflix, Reed Hastings, qui possède à peine 1,3% de sa compagnie, a tout de même vu la valeur de son portefeuille bondir de près d’un demi-milliard.

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La valeur des actions de WallMart, par exemple, a augmenté de 15% depuis le début de l’année. Je me permets ici une petite digression: dans l’ensemble de la gestion de la crise au Québec, la décision du gouvernement Legault de laisser les géants comme l’américaine WalMart vendre la totalité de leur marchandise, y compris non essentielle comme des vêtements ou des télés, alors que les petits commerces québécois étaient fermés, est incompréhensible. Le Parti québécois avait réclamé que WalMart ne puisse vendre que de l’épicerie. Legault a dit non. C’est beau le Panier Bleu, mais un peu de cohérence aurait été bienvenue. [Le gouvernement Legault a corrigé le tir pour la seconde vague, heureusement.]

Ces exemples de la nouvelle richesse de WalMart, Amazon et Zoom ont le mérite de suivre une logique de marché. Voilà des industries qui sont devenues plus utilisées pendant la crise. On comprend moins pourquoi des géants de l’immobilier ou de la finance ont aussi vu leur fortune grimper pendant la crise, pour permettre un bond global de 10% de leurs avoirs.

Casser une dynamique profitable au bas de l’échelle

Le virus a comme impact économique de casser une dynamique qui commençait à profiter aux plus pauvres et de propulser une dynamique qui profitait déjà aux plus riches.

Depuis la fin de la crise de 2008, l’économie a créé de nouveaux emplois pendant 100 mois consécutifs. Avec des taux de chômage historiquement bas, y compris pour les membres des minorités, les salariés étaient enfin du bon côté du rapport de force. Les salaires commençaient à augmenter. Le virus vient de mettre fin à ce processus. Et en un seul mois de pandémie, 10 ans de progrès ont disparu. Le chômage ne va certes pas rester longtemps aux niveaux actuels, mais il faudra longtemps avant qu’il ne se contracte complètement.

Pour les milliardaires, c’est le contraire. Les années post 2008 ont été pour eux extraordinairement payantes et la pandémie, après avoir provoqué un bref hoquet en bourse en mars, leur donne des ailes.

Juste aux États-Unis, l’avoir global des milliardaires qui était de mille milliard sept cents millions en 2010 est actuellement de près de trois mille milliards. Le nombre de membres du club des milliardaires a également augmenté. Ils n’étaient que 66 en 1990, 300 en 2000. Ils sont plus de 600 actuellement. Un bonheur ne venant jamais seul, depuis le début de l’administration Trump, leur taux de taxation a chuté de 79%.

Pendant ce temps, la proportion d’américains qui n’ont aucun avoir, aucun patrimoine, aucune richesse, donc qui vivent d’une paye à l’autre, a augmenté, passant de 15% à 20%, malgré une décennie de croissance économique.

Le virus aura mis en lumière combien des catégories de travailleurs du bas de l’échelle: ceux qui s’occupent des aînés, qui travaillent à l’épicerie, qui nettoient, qui livrent, ont une valeur beaucoup plus grande que le salaire qu’on leur octroie en ce moment.

Les débats parlementaires à venir et les rendez-vous électoraux à venir devraient être consacrés à un rééquilibrage des rémunérations.

Il n’y a pas que la courbe de la contagion qu’il faut aplatir. Il faut s’attaquer avec force, aussi, à la courbe des inégalités.


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À voir: Voyage dans le gâchis brésilien / La valeur de l’excès

Brésil, LulaSi vous êtes comme moi, vous n’avez suivi que d’un oeil, mais d’un oeil attristé, les péripéties politiques brésiliennes des dernières années.

La destitution de la présidente Dilma Rousseff, l’emprisonnement de Lula. L’arrivée au pouvoir d’un Donald Trump local.

Comment le parti des travailleurs de Lula a-t-il pu sombrer dans la corruption au point de perdre la présidence et d’ouvrir la voie à la droite ?

Le documentaire « Une démocratie en danger », de la journaliste Petra Costa, revient sur ces événements et les remet dans le contexte politique plus global de l’histoire moderne du Brésil. Il s’agit d’un récit personnel et national d’une gigantesque perte d’innocence et de division du pays, sur fond d’entourloupes à répétition. Il n’y a aucun doute que les accusateurs de droite de Lula et de Rousseff sont plus corrompus que leurs victimes, mais également que le Parti des travailleurs a commis la double faute paradoxale de 1) ne pas casser le système de financement illégal des partis à son arrivée au pouvoir et d’en profiter lui-même, puis de 2) voter des lois anti-corruption qui allait le faire tomber, lui, mais pas les plus corrompus que lui.

La documentariste ne va pas dans le détail de la qualité des accusations et de la défense du PT. On reste sur sa faim à cet égard. Elle nous conduit plutôt dans les montagnes russes émotives qu’elle, sa famille et les partisans de Lula et de Dilma ont vécu pendant ces années.

Sur Netflix


La valeur de l’excès

La première partie du documentaire de Lauren Greenfield, « Generation Wealth », vous donnera des hauts-le-coeur. La description de l’excès d’avidité et de richesse dans l’Amérique d’aujourd’hui dépasse l’imagination. Documentariste et photographe, Greenfield fait le bilan d’un quart de siècle d’observation de la montée de l’appât du gain comme moteur de la vie de trop d’Américains.

Mais elle les observe depuis assez longtemps pour offrir une seconde partie du documentaire où certains des protagonistes, s’étant rendus au bout de leur quête folle, retrouvent un meilleur sens des valeurs.  Il est question de richesse mais aussi de quête de la performance et Greenfield, workaholic, se met en scène, elle et sa famille, pour illustrer le coût de cet autre excès.

Cela fait du documentaire, au delà du voyeurisme, une réelle réflexion sur la recherche d’équilibre dans nos vies. Un délice.

Disponible sur Prime Video, le premier mois est gratuit.


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Lire: Stiglitz et les ratés de la concurrence

Joseph Stiglitz, People Power ProfitsDans cet ouvrage écrit avec pédagogie, pour un public vaste, le Nobel Joseph Stiglitz examine les maux qui minent le capitalisme au XXIe siècle… et propose des remèdes.

Son diagnostic n’est pas qu’économique. Il est à bon droit troublé par la montée de l’avidité, de la cupidité et de l’absence de scrupules maintenant visibles dans presque tous les cercles de pouvoir aux États-Unis.

Le témoignage du président de la grande et influente banque Goldman-Sachs, affirmant après la crise de 2008 qu’il ne voyait pas de problème à proposer à ses clients d’acheter des produits financiers dont sa banque souhaitait la débâcle est la partie émergée de l’iceberg. Lorsque même le banquier trouve normal de tromper son client, il y a un cancer dans le système.

Stiglitz est en terrain connu lorsqu’il décrit la montée des inégalités depuis Reagan jusqu’à Trump, lorsqu’il dénonce le pouvoir de l’argent et des lobbies dans la politique américaine.

Ce qui j’ai appris de plus nouveau dans son ouvrage est l’identification de l’affaiblissement de la concurrence entre entreprises comme facteur essentiel du dysfonctionnement du système.

Il cite un des trois américains les plus riches, l’investisseur Warren Buffet, qui donnait en 2011 sa recette du succès:

« Le facteur le plus important dans l’évaluation que vous devez faire d’une entreprise avant d’y investir est sa capacité de fixer les prix. Si l’entreprise a le pouvoir d’augmenter ses prix sans perdre de parts de marché à son compétiteur, alors c’est une très bonne entreprise. Si vous êtes devant une bonne entreprise, si vous avez un journal quotidien en position de monopole ou une chaîne de stations de télé, alors votre neveu le plus idiot pourrait le gérer avec succès. »

Dans une conférence à son équipe d’investisseur, il donnait ce conseil:

Il faut penser en termes de « fossé » qu’on érige autour d’une entreprise. Il faut l’élargir et faire en sorte qu’il soit impossible de le franchir. On dit à nos gestionnaires qu’on souhaite que ce fossé s’élargisse chaque année.

Notez que le milliardaire-investisseur ne propose pas d’investir dans le meilleur produit, dans la meilleure innovation. Il insiste sur la capacité des entreprises à dominer le marché, à imposer des prix, à écarter toute concurrence.

Pour Stiglitz, qui ensuite fait la démonstration de ce processus dans plusieurs secteurs de l’économie, l’affaiblissement de la concurrence entre entreprises mine le tissu même du capitalisme. Les entreprises, libérées de la tension créée par la concurrence, innovent moins, prennent moins de risques, sont en situation défensive plutôt qu’offensive. Face aux travailleurs, leur rapport de force augmente, ce qui explique en partie la stagnation des revenus des salariés depuis quelques décennies.

L’économiste voit même dans cette atrophie de la concurrence la source du ralentissement de la croissance économique depuis les années 1980. Moins de compétition, moins d’innovation, moins de création de richesse.

 

 Les banques, de pire en pire

Portant son regard sur le monde des banques, Stiglitz est impitoyable. Leur responsabilité dans la crise de 2008 est totale. Pourtant, elles n’ont rien payé, elles n’ont rien appris. Leur cupidité est pire qu’avant la crise. L’économiste, ex-conseiller de Bill Clinton qu’il critique au passage, en veut à Barack Obama d’avoir  »sauvé » les banques sans imposer une réforme majeure et salutaire, comme l’avait fait Franklin Roosevelt après la crise de 1929.

Son analyse de la montée des Facebook, Amazon et Huawei donne froid dans le dos. Il estime d’une part que la technologie, y compris l’Intelligence Artificielle, va accentuer les inégalités déjà observées, à moins qu’on n’érige des garde-fous essentiels.

Il évoque le concept du  »splinternet »: le fait que les entreprises de haute technologie chinoises (ou russes) n’ont pas à se soumettre à des contraintes de protection de la vie privée pousseront toujours les compagnies américaines à réclamer un traitement équivalent, sous peine de perte de compétitivité.

La seconde partie de l’ouvrage porte sur les remèdes qu’il faudrait apporter à chacun des problèmes identifiés. On y retrouve, pour l’essentiel, les propositions de la gauche pragmatique démocrate. Les solutions sont connues, martèle Stiglitz. Ne manque que la volonté politique de les mettre en oeuvre.

C’est tout l’enjeu de l’élection présidentielle de 2020 !


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Le futur chemin de croix vert de la CAQ

En voici un extrait:

Comment faire des milliards à la mode Albert Frère et Desmarais ?

Comment s’enrichir, lorsqu’on est déjà riche, en siphonnant des centaines de millions à des institutions publiques ? Denis Robert (qui a mis au jour le scandale Clearstream) et Catherine Le Gall démontent patiemment le mécanisme privilégié par Albert Frère (principalement) et son partenaire de longue date Paul Desmarais.

À travers quatre transactions économiquement inexplicables réalisées pendant les années 2000, les journalistes d’enquête ouvrent le sac à outils de ceux qu’ils appellent des prédateurs – car ils ne créent pas de produit, de service, de valeur, seulement des échafaudages financiers qui leur rapportent gros et qui vident les caisses d’institutions publiques.

Des questions sans réponse

Pourquoi l’équivalent français de la Caisse de dépôts achète-t-elle à Albert Frère sa chaîne de fast-food Quick et, surtout, pourquoi l’achète-t-elle plus de deux fois sa valeur ?

Pourquoi la brésilienne Pétrobras achète-t-elle pour 1,5 milliards de dollars US une raffinerie texane vétuste achetée peu avant par Albert Frère pour… 42 millions ? Une culbute de 1590% ?

Pourquoi la compagnie publique française de l’uranium Areva achète-t-elle pour 2,5 milliards d’euros une nouvelle entreprise d’uranium qui ne possède que des terrains inexploitables ? Mais dont les financiers sont liés à Frère et Desmarais ?

Pourquoi, finalement, le gouvernement français pousse-t-il le joyaux public Gaz de France dans les bras de l’entreprise chevrotante Suez, contrôlée par le couple Frère-Desmarais ?

Ces États en avaient-ils vraiment besoin ?

La logique économique est complètement absente de chacune de ces transactions. Chaque fois, il s’agit de colossaux transferts de richesse d’institutions publiques vers des coffres privés.

Chaque fois, les bénéficiaires des transactions ont placé au sein des institutions publiques visées des gens qui leur sont proches et qui vont diriger la manœuvre de l’intérieur. Chaque fois, des consultants externes, parfois anonymes et toujours opaques, vont grossièrement surévaluer l’entreprise sur le point d’être achetée à prix d’or. Chaque fois, des clauses étranges sont placées dans les contrats pour faire pencher la balance en faveur des spoliateurs.

Impossible que ces transactions aient lieu sans que plusieurs acteurs politiques ferment les yeux.

Dans le cas de Pétrobras, il est avéré que Frère a généreusement contribué à la caisse électorale de Dilma Roussef, alors présidente du CA de Pétrobras, future présidente brésilienne qui sera accusée de corruption et destituée.

Dans le cas de l’uranium, la présence de la présidente du CA de la compagnie publique Areva sur des CA de compagnies de Frère et Desmarais est notable.

Dans le cas de GDF, l’ami intime des Frère et Desmarais, Nicolas Sarkozy, hier défavorable à la privatisation, en est devenu un des principaux héraults !

Touffu mais loufoque

À travers ces récits parfois touffus et techniques, on voit aussi comment la justice (sauf brésilienne) est parfois hésitante à remonter les filières de ces scandales et semble muselée à des moments cruciaux.

On voit surtout comment ceux qui tirent les ficelles, en haut de la pyramide de la prédation, semblent parfaitement intouchables, tellement ils manipulent avec talent les rouages compliqués des montages financiers, des corporations écrans, des consultants conciliants et des avocats aguerris.

L’enquête n’est pas seulement une accusation contre les prédateurs mais une mise en cause de tous les facilitateurs et de l’échec des garde-fous qui auraient du, qui auraient pu, dans chaque cas, faire échec à la prédation.

Un livre très très éclairant.

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Lettre au Conseil du patronat : les vertus de la tempérance

Chers patrons,

Vous m’avez écrit récemment pour me dire, essentiellement, de me taire. Oui, vous êtres très préoccupés du fait que, chef de l’Opposition, je sois comme 93% des Québécois scandalisé par les hausses de rémunération indécentes qu’ont décidé de s’octroyer les dirigeants de Bombardier. Devant des hausses de 48% de rémunération, pour une entreprise que les Québécois viennent de sauver de la faillite à grands frais (et à grands risques) et qui a mis à pied 5 000 travailleurs, vous exprimez votre vive inquiétude en ces termes:

« En entretenant la controverse trop longtemps, le risque est élevé de venir porter un dommage réputationnel et commercial considérable à une entreprise œuvrant dans un marché féroce. Au plan politique, ce serait comme de mettre de l’huile sur le feu et il y a risque réel que le brasier enflamme aussi l’écosystème aéronautique. »

Bref vous m’appelez, sans rire, au « calme et à la tempérance ».

Il me semble que vous vous trompez de destinataire. Car on décrit la Tempérance comme suit : « opposée aux excès, la tempérance implique l’idée d’une Vertu dans le sens le plus absolu du terme, vertu qui impose une règle de retenue, de discrétion et de modération dans nos choix face à la convoitise. » C’est donc aux dirigeants de Bombardier, et aux autres PDGs, que vous devriez plaider la retenue et la modération, eux qui ont clairement cédé à la convoitise, alors que le Parti Québécois et les citoyens qui ne font que réclamer, eux, cette modération.

Jusqu’aux années 1970, ces dirigeants se contentaient de rémunérations qui étaient de 20 fois supérieures à celles de leurs salariés. Cela n’a pas empêché une des plus grandes périodes de création de richesse de l’histoire (appelée les « trente glorieuses »). Aujourd’hui, ils en réclament 200 fois, parfois 360 fois le salaire moyen. C’est une dérive insupportable. Elle doit être insupportée. Y compris par le Conseil du Patronat.

À plus petite échelle, nous avons permis au Québec que des mandarins de société d’État augmentent substantiellement leur rémunération, alors même que le rendement des sociétés dont ils ont la charge a déçu. Rien ne peut le justifier.

Chef du PQ, je souhaite que le Québec s’inscrive clairement dans un mouvement maintenant mondial — une « controverse » pour reprendre votre mot — qui vise à réclamer la tempérance aux dirigeants de grandes entreprises.

Des investisseurs institutionnels, et parmi les plus importants, ont décidé de mettre le frein. Le plus grand investisseur au monde, le groupe BlackRock, gérant 6000 milliards de dollars de fonds, a décidé en janvier de limiter les augmentations de rémunération de dirigeants de compagnies dont il est actionnaires en les alignant sur les augmentations des salaires …des employés de l’entreprise en question.

Ce mois-ci, le plus grand fonds souverain au monde, le fonds pétrolier de l’État norvégien, qui gère plus de mille milliards de dollars, a annoncé qu’il s’opposerait désormais aux programmes lucratifs d’achats d’option pour les dirigeants (qui constitue plus de la moitié de leurs revenus) et ferait la promotion de plafonds salariaux.

Il ne vous a peut-être pas échappé, aussi, que la direction de Crédit Suisse a réduit de 40%, ces jours-ci, les hausses de rémunération qu’elle s’était votée. Au Royaume Uni, la révolte des actionnaires a forcé le géant du tabac Imperial Brands et le géant du tourisme Thomas Cook à annuler des hausses prévues.

Les parlements britanniques, français, allemands, néerlandais s’intéressent activement à ces questions et proposent des leviers pour contenir la spirale. Même la première ministre conservatrice Theresa May songe à rendre les votes des actionnaires décisionnels sur les questions salariales, alors que la chancelière Angela Merkel veut freiner les hausses en haussant le fardeau fiscal des entreprises trop généreuses pour leurs dirigeants.

Le Globe and Mail signale même que les rémunérations des nouveaux dirigeants de quatre grandes banques canadiennes sont en retrait d’un tiers sur leurs prédécesseurs.

En nous écrivant pour nous sommer de renoncer à dénoncer les hausses scandaleuses, vous nous invitez à ne pas être ouverts aux courants mondiaux qui plaident, justement, pour la modération.

Beaucoup grâce aux politiques économiques et sociales des gouvernements du Parti Québécois, le Québec est une des sociétés occidentales qui souffre le moins de grandes inégalités de revenus, inégalités désormais identifiées par l’OCDE et d’autres organismes non suspects de gauchisme comme une entrave à la fois à la prospérité et à la cohésion sociale.

Si les électeurs nous portent au pouvoir en octobre 2018, notre gouvernement voudra prolonger cette action à la fois en déployant une action forte pour soutenir l’entrepreneuriat et la PME et en ouvrant une discussion sur une société plus éthique et plus équitable.

Cela signifiera convier les acteurs économiques à l’engagement dans leurs communautés et à la modération salariale, aviser les habitués des paradis fiscaux que la récréation fiscale est terminée, appeler  tous les citoyens à tourner le dos au travail au noir, promouvoir plus que jamais le bénévolat et la philanthropie.

Au cours des dix dernières années, le Québec a fait un gigantesque effort pour faire reculer la corruption et la collusion en son sein et pour assainir le financement de ses partis, nationaux et municipaux. Il reste beaucoup à faire mais il faut savoir reconnaître nos succès et construire, sur cette lancée, une société encore plus juste.  Je suis au regret, cher Conseil du patronat, de vous dire que la pire chose à faire pour y arriver serait de suivre votre conseil et de nous taire.

Jean-François Lisée
Député de Rosemont, chef du Parti Québécois

On peut lire ici la lettre du Conseil du Patronat.
Pour les mandarins de l’État, c’est ici

Source: Journal de Montréal, 17 avril 2017

Source: Journal de Montréal, 17 avril 2017

 

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Leadership : Inégalités sociales : Un Québec riche de son équité

Proposition #4 du candidat Jean-François Lisée

Le Québec fait plutôt bonne figure en matière d’équité et de justice sociale, surtout lorsqu’on le compare à ses voisins. Pourtant, il n’a pas été épargné par la hausse des inégalités qui a marqué les sociétés avancées depuis trente ans. Et il est encore loin derrière les pays qui font le mieux (par exemple, la Suède, le Danemark ou la Finlande) !

En tant que Premier ministre du Québec, je m’attaquerai aux inégalités en m’y prenant par les deux bouts : d’abord, en améliorant substantiellement la situation économique de ceux qui se trouvent au bas de l’échelle, puis en luttant contre la concentration de la richesse au sommet. Je veux que nous nous fixions un objectif constant, celui de faire du Québec une société qui figure parmi les plus dynamiques, les plus entreprenantes, les plus innovantes et les plus égalitaires en Occident.

Rehausser le bas de l’échelle

Rehausser l’aide de dernier recours : Aujourd’hui, une personne seule ayant des contraintes à l’emploi reçoit de l’État 25% de moins que ce qu’on considère être le seuil de la pauvreté. Une personne apte à l’emploi : 50% de moins. On ne peut pas et on ne doit pas se résigner à maintenir ces personnes dans la pauvreté. Je présenterai dans cette campagne une proposition de sortie graduelle de la pauvreté pour tous nos concitoyens les plus défavorisés.

Un salaire minimum à 15$ : À 10,75$, le salaire minimum ne suffit plus à sortir les travailleurs de la pauvreté. Je m’engage à l’augmenter à 15$ d’ici octobre 2022[1]. Cette augmentation est ambitieuse mais le moment est opportun pour minimiser l’impact sur nos PME: nos entreprises manufacturières profitent depuis deux ans d’une devise qui s’est dépréciée d’un quart face au dollar de notre principal client, les États-Unis, ce qui leur offre une marge significative. Quant à nos entreprises du domaine du commerce au détail, elles évoluent dans une économie où l’inflation est très faible. Le transfert de ces coûts sur les prix est donc plus facile à opérer qu’en période d’inflation forte, pour eux et pour les clients, tout en conservant le niveau d’emploi.

Un mécanisme d’évaluation continue de la mesure sera institué pour nous assurer que ses effets positifs dépassent nettement ses effets négatifs. D’autant que ces mesures combinées auront un impact positif sur la consommation, donc sur l’économie québécoise.

Pour une vraie protection des salariés non-syndiqués: Chaque mois, en ce moment au Québec, plus d’un salarié non-syndiqué sur trois se fait littéralement voler par des employeurs qui ne respectent pas les normes du travail. La Commission des normes du travail estime que 37 % des travailleurs n’ont pas été payés adéquatement pour leurs heures supplémentaires. En chiffres réels, cela signifie que 100 000 salariés québécois se font escroquer, chaque mois, d’une somme de 20 millions de dollars[2] ! Mon gouvernement agira de façon résolue afin de faire appliquer la Loi sur les normes du travail. Il le fera par une surveillance et des pénalités très strictes.

Prioriser l’insertion : Une cinquantaine d’entreprises du Québec ont pour vocation d’aider les gens les plus éloignés du marché du travail à trouver leur place. Chaque année, elles forment plus de 3000 personnes, dont les trois quarts sont des jeunes entre 16 et 35 ans. Ces entreprises d’insertion sont une telle réussite, avec 80% de taux de réinsertion, qu’elles ne répondent plus à la demande. En 2013, près de 900 personnes attendaient pour une place, un nombre assurément sous-évalué. Je propose qu’un gouvernement du Parti Québécois fasse disparaître les listes d’attente dans les entreprises d’insertion, afin que l’on puisse offrir des places à tous les décrocheurs qui veulent raccrocher !

Ramener le haut de l’échelle à la raison

Une rémunération équitable des médecins : J’ai brisé un tabou plus tôt cette semaine en affirmant qu’il était impératif de geler dès notre élection la rémunération des médecins. Cette mesure est non seulement essentielle pour assurer la viabilité des finances publiques, mais aussi pour réduire les inégalités économiques. Avec un salaire moyen dépassant les 300 000$, l’écrasante majorité des 22 000 médecins du Québec fait maintenant partie du 1 % des Québécois les plus fortunés (en fait, près du tiers du 1 % est constitué de médecins). Lutter pour une rémunération équitable des médecins, c’est lutter pour davantage d’égalité.

Le secteur public doit donner l’exemple : Le secteur public doit être irréprochable et dire « non » à la spirale des hauts salaires. Sous mon gouvernement, la rémunération de tous les employés de l’État sera limitée à un montant fixé 10 % en-dessous de la rémunération du Premier ministre (qu’on évalue à environ 250 000$ en incluant les avantages). Cette norme s’appliquera aux hauts fonctionnaires, mais aussi aux PDG d’Hydro-Québec, d’Investissement Québec, de la SAQ, de Loto-Québec, etc. Il est complètement faux de prétendre que les dirigeants des sociétés d’État seront happés par la concurrence internationale si on limite leur rémunération. Cela ne s’est jamais produit. D’ailleurs, si cela devait se produire, ce ne serait pas une mauvaise nouvelle pour le rayonnement du Québec.

(Je ferai une exception, la seule, pour le PDG de la Caisse de dépôt et de placement du Québec, puisque l’expérience montre qu’il est recruté dans les milieux financiers locaux, où les salaires sont plus élevés.)

Les recteurs et les cadres supérieurs des universités : Depuis des années, la rémunération des recteurs et cadres supérieurs des universités soulève à très juste titre l’indignation des Québécois. Ce n’est pas le cas dans le réseau de l’Université du Québec, où elle est étroitement encadrée, mais dans les « universités à charte ». Ces universités prétendent que ces rémunérations exagérées sont motivées par la compétition entre grandes universités nord-américaines pour les talents des gestionnaires. Or il n’existe pas un seul cas où un de nos recteurs a été happé par une grande université américaine.

Mon gouvernement exigera que ces universités se plient aux mêmes règles que le reste du secteur du public. Une pénalité financière sera imposée aux établissements qui persistent à offrir de très hauts salaires à leurs cadres supérieurs.

Les coopératives : En tant que membre de Desjardins, je suis choqué de voir ses hauts dirigeants toucher des millions de dollars en rémunération, empruntant ainsi les mauvaises pratiques du secteur bancaire. La rémunération de la dernière présidente du mouvement, Monique Leroux, est passée de quelques années de 700 000 $ à 4 millions de dollars deux ans plus tard. Cela dépasse, de loin, les bornes de l’indécence.

Le statut de coopérative étant un privilège accordé par l’État pour des raisons précises, je modifierai la Loi sur les coopératives afin que la rémunération des hauts dirigeants ne puisse dépasser un multiplicateur raisonnable par rapport au salaire médian au sein de la coopérative.

Et le secteur privé ? La réussite doit être valorisée au Québec, plus encore qu’aujourd’hui. Qu’un entrepreneur crée une entreprise de toutes pièces et devienne milliardaire grâce à son travail et son inventivité va de soi. Il paiera ses impôts en conséquence.

Mais la dérive en cours vers un absurde déplacement de la richesse vers l’ensemble des cadres supérieurs de la société est un non-sens qui mine le tissu social et le vivre-ensemble.

Au privé comme au public, une des principales raisons qui expliquent la croissance des inégalités est la perte de repères éthiques et l’affaiblissement des normes sociales en vigueur jusque dans les années 1980. Le gouvernement du Parti québécois que je dirigerai contribuera à établir un nouveau consensus sur ce qui est socialement préférable et ce qui ne l’est pas. Je m’engage à établir un dialogue constructif avec les experts, les partenaires sociaux et patronaux afin de définir un cadre de référence, non contraignant mais socialement influent, pour encadrer les hautes rémunérations dans le secteur privé. Cette initiative s’insèrera dans le cadre d’une campagne plus large en faveur d’une culture de l’intégrité.

Contre l’évasion et l’évitement fiscal : Depuis des années, le Canada multiplie les conventions fiscales et les accords d’échange de renseignement fiscaux (AÉRF) avec des paradis fiscaux notoires. Ces accords permettent à ceux qui « investissent » dans ces législations de complaisance de rapatrier au Canada des bénéfices en payant peu ou pas d’impôt. Le pire cas est celui de la Barbade, où les Canadiens ont « investi » pour 71 G$ au cours des ans, ce qui représente 15 fois la taille de l’économie de ce pays. Le portrait est également troublant aux Îles Caïmans (où les Canadiens ont investi 37 G$ pour un PIB de 5 G$) ou aux Bermudes (18G$ pour un PIB de 5G$). Ces montants ne sont souvent que des transferts au sein de filiales dans le seul but d’éviter de payer sa juste part d’impôt au Québec et au Canada.

Historiquement, Québec a pris la très mauvaise habitude d’appliquer aveuglément les conventions fiscales canadiennes. Pourtant, aucune contrainte légale ne l’oblige à le faire.

Sous ma gouverne, le Québec cesserait immédiatement d’appliquer les conventions fiscales conclues entre le Canada et une dizaine de paradis fiscaux notoires et considérerait comme imposables les revenus et dividendes provenant de ces juridictions. Il est possible que les fraudeurs parviennent de nouveau à masquer ces sommes, mais la première étape dans la lutte contre les paradis fiscaux est de s’assurer que la fraude est bel et bien déclarée illégale par l’État et traitée comme telle.

Finalement, je mettrais fin à la pratique insensée de n’imposer aucune amende aux contribuables qui font des déclarations volontaires après avoir caché de l’argent au fisc. Cette pratique encourage les fraudeurs à tenter de cacher leur argent dans les paradis, sachant qu’ils pourront obtenir une amnistie sans amende si le risque devient trop grand !

Une politique générale, cohérente et patiente de lutte aux inégalités

Ces mesures formeront le cœur d’une politique de lutte aux inégalités de revenus au Québec. Elles accompagneront un effort dynamique de création de richesse, de soutien aux entrepreneurs. Un gouvernement du Parti québécois doit donner un signal fort quant à sa volonté de contenir les écarts de richesse dans des limites socialement équitables.

[1] C’est le calendrier adopté en Californie et proposé partout sur le continent.

[2] Enquête de 2010 de la CNT:http://www.cnt.gouv.qc.ca/fileadmin/pdf/enquetes-et-recherches/2010/ENQUETE-EVALUATION-CERTAINES-DISPOSITIONS-LNT-EDITION2010.pdf

Vous êtes plutôt d’accord ?
Joignez-vous à ma campagne

Voici les propositions que j’ai mise de l’avant
depuis mon entrée dans la campagne, le 16 mai dernier.

Proposition #1: Chasser les libéraux. Réussir l’indépendance. Dans cet ordre.

Proposition #2: Immigration : Le chemin du succès

Proposition #3: Santé : Gel de l’enveloppe de rémunération des médecins

Proposition #4: Inégalités sociales : Un Québec riche de son équité

Proposition #5: Sièges sociaux : Miser sur la Caisse de dépôt et le développement régional

Proposition #6: Identité : La concordance culturelle

Proposition #7: Priorité PME : Moins de paperasse, plus d’entrepreneuriat

Proposition #8: Laïcité – une approche résolue et responsable

Proposition #9: Compte à rebours 2022 !

Proposition #10: Anticosti – Enfin sortir des faux-fuyants !

Proposition #11: Incarner la laïcité et l’ouverture

Proposition #12: Le pipeline Énergie Est: Pourquoi il faut dire Non et Non !

Proposition #13 : Pour un processus d’évaluation et de consultation « digne du 21e siècle »

Proposition #14 : Développement régional : rétablir les budgets et reconstruire les outils de développement dans le respect des régions

Couillard et les frais de garde: Touche pas à mon 1%

Les mots ne sont évidemment pas assez forts pour condamner la fraude électorale dont le PLQ de Philippe Couillard s’est rendu coupable en promettant, en campagne électorale, de ne pas augmenter le coût des frais de garde au-delà de l’inflation et en faisant le contraire, six mois plus tard.

Ce mépris du contrat démocratique que constitue une élection justifie, à lui seul, la motion de censure que le PQ présentera la semaine prochaine.

Mais même si on admettait le principe d’une modulation selon le revenu (pour compenser notre incapacité à augmenter le taux marginal d’imposition aux niveaux des années 1950 à 1980), une chose est frappante dans les données rendues publiques ce jeudi: on module, certes, mais pas au point de faire payer le 1% les plus riches au Québec.

Voyez ce graphique de la nouvelle contribution proposée:

image

La contribution, c’est net, est plafonnée à 20$ par jour, quel que soit le revenu au-delà de 200 000$ de revenu par ménage. Pourquoi ? Le coût réel du service de garde est de 60$ par jour. Pourquoi ne pas prolonger la courbe pour que le couple de — disons, au hasard — neurochirurgiens paie le coût réel du service ? C’est pourtant ce que paient leurs collègues de New York ou de Toronto. Ils n’en meurent pas. Ils ont les moyens, eux.

On retrouve dans ce refus libéral d’aller au bout de la modulation le même réflexe que pour les compressions demandées au réseau de l’éducation. Pour les écoles publiques, on passe la gratte, heurtant au passage l’aide aux devoirs. Pour les écoles privées ? On les épargne. Pourquoi ? Esprit de classe ?

Les 1% semble devenir les intouchables des réformes Couillard. La classe moyenne écopera, y compris dans la hausse des frais de garde scolaire et de taxes scolaires et municipales.

Le 1%, lui, est traité avec des gants blancs. Bizarre.

De bonnes nouvelles pour « Notre » 1%

Pendant l’été, quelques billets de blogue choisis, en rappel.

notre1Les nouvelles sont bonnes pour le 1%. Notre 1%. Oui, je sais, je ne cesse de vous dire que notre 1% québécois n’empoche chaque année que 11% de l’ensemble des revenus produits au Québec, une misère comparé aux 24% captés par le 1% de nos voisins américains.

Reste que notre 1% travaille fort pour ne pas avoir l’air trop fou, lors des rencontres internationales dans les palaces. La médaille d’or revient à l’ex-PDG de SNC-Lavalin, Pierre Duhaime, qui quitte la compagnie en plein scandale, qui a fait chuter la valeur pour tous les actionnaires et entaché la réputation internationale de la compagnie. Punition : il a droit à près de 5 millions de dollars pour amortir sa chute.

Avec Duhaime, le Québec entre donc dans le club sélect des PDGs qui partent avec la caisse, après avoir fait plongé la valeur de l’entreprise.

Pierre Duhaime est donc, pour 2012, le meilleur candidat à notre futur Prix de reconnaissance du 1%.

Il rejoint ainsi les anciens dirigeants de l’Université Concordia qui cumulaient les primes de départ (2,5 millions pour cinq personnes) comme s’ils voulaient absolument prouver que : la séparation, c’est payant !

D’autres PDG qui font simplement leur travail de gérer une entreprise font cependant monter les enchères et leurs CA travaillent fort pour que nos membres du 1% puissent avoir la tête haute.

Ainsi, le président de la Banque Nationale, Louis Vachon, vient d’empocher une hausse de salaire de 32%. Il passe ainsi d’un maigre 5,7 millions en 2010 à 8,5 millions en 2011. Que lui vaut cette extraordinaire progression ? Une année record pour la Banque Nationale ? Non.

Le Conseil d’administration explique la chose très clairement dans un document:

« Les membres du Conseil ont jugé qu’il ne serait pas dans l’intérêt à long terme de la Banque, eu égard notamment à sa capacité d’attirer les meilleurs candidats, de maintenir la rémunération de son plus haut dirigeant au bas de l’échelle de son groupe de référence »

Bref, le CA a jugé que, puisque les 1% dans les autres banques sont mieux payés, le 1% dans notre banque doit être mieux payé. Et vous savez quoi ? Maintenant que Louis Vachon est mieux payé, la moyenne du « groupe de référence » va monter. Une autre banque s’en saisira pour augmenter le salaire de son propre PDG. Ce qui augmentera la moyenne. Ce qui poussera d’autres banques…

C’est beau la finance, non ?

Ne croyez pas que le PDG est le seul en cause. Toute la troupe des hauts dirigeants suit la mouvance:

La chef des finances, Patricia Curadeau-Grou, voit sa rémunération croître de 35 % pour atteindre 3,2 M$
Luc Paiement, premier vice-président à la direction, 3,3 M$, une hausse de 15 %;
Ricardo Pascoe, premier vice-président à la direction, Marchés financiers, touche 5,5 M$, un gain de 10 %.

Heureusement, nous, au Québec, nous avons notre propre modèle. Et notre première institution financière est une coopérative. Oui monsieur ! Et dans les coopératives, on n’imite pas les salaires extravagants du privé, on n’embarque pas dans la construction d’une oligarchie coupée du peuple, des salariés, des membres des Coops.

Pardon — nous interrompons ce couplet coopérat0-lyrique pour vous livrer une nouvelle de dernière minute:

La PDG du Mouvement Desjardins, Monique F. Leroux, a touché l’an dernier 3,1 millions, une augmentation de seulement 3,4%.

Desjardins a plusieurs fois eu ce débat sur la rémunération de ses hauts dirigeants. Doivent-ils être détachés de la course à l’enrichissement des big boss de la finance, ou non ?

La réponse donné est Oui, mais à la traine.

La rémunération de notre coopératrice-en-chef est fondée sur la spirale ascendante des salaires du 1% financiers, mais seulement à 75% de la médiane des patrons des banques et des PDG de fonds financiers. Mme Leroux touche seulement 63% de cette médiane (elle est donc en retrait) mais sa rémunération est comparable à celle des autres PDG de coopératives de même taille.

Évidemment, la totalité de ces salaires sont proprement indécents.

Ils sont indécents en soi, aujourd’hui. Mais ils sont indécents historiquement. Des personnes identiques, dans les mêmes positions, et avec les mêmes responsabilités touchaient dans les années 1950, 1960, 1970 des sommes considérablement moindres, en ajustant bien sûr pour l’inflation.

Pire, ces prédécesseurs qui en plusieurs cas ont construit ces empires financiers, pour ne parler que d’eux, et qui étaient payés beaucoup moins étaient… imposés beaucoup plus ! Qu’on songe que le taux d’imposition marginal aux États-Unis sous Richard Nixon était de 75%. C’est dire que sur le second million empoché, 750 000$ retournait à l’État et à la solidarité.

Et pourtant, le monde tournait. La classe moyenne croissait. La croissance était au rendez-vous. Et les patrons patronnaient.

Ils ne pouvaient évidemment pas concevoir que leur salaire pourrait un jour être multiplié par cinq, dix, trente. Ils savaient que seuls ceux qui inventaient la poudre, ou découvraient du pétrole, ou lançaient une toute nouvelle entreprise devenue florissante, pouvaient connaître un tel enrichissement.

Mais être pour ainsi dire un fonctionnaire de la grande entreprise, monter les échelons, gérer correctement, voire brillamment, et être payé comme si on était un prix Nobel (en fait, beaucoup plus) ? Jamais. Faire plonger sa compagnie, puis être récompensé comme si on n’avait rien fait de mal ? Impensable.

La progression insensée des hauts salaires dans les années 1980, 1990, 2000 et depuis tient à une cause principale. Pas la compétition effrénée pour les « meilleurs joueurs ». Pas l’augmentation du degré de difficulté des tâches. Pas l’augmentation relative des sommes sous gestion.

Non: une seule. La progressive désinhibition des hauts salariés. Ils se sont auto-convaincus que ce qui était anormal était normal. Ils ont quitté le monde de la rémunération réelle, raisonnable. Ils sont entrés dans une bulle d’auto-référence. La bulle du 1%. Les nôtres comme les autres.

Billet d’abord publié en avril 2012.

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