Salaires des cadres de l’État: La culture du trop

À l’heure où on apprend que le futur « Top Gun » de l’Agence Santé Québec aura un salaire de base — de base ! — de plus d’un demi-million, je me permets de reposer ma question habituelle: Ce serait combien, trop ?

Quand j’étais député de l’opposition, c’était une de mes questions favorites. Au premier ministre qui défendait la scandaleuse augmentation de rémunération des dirigeants qui avaient lancé Bombardier dans le mur. Au ministre des Finances qui justifiait les millions en primes accordées au président de la Caisse de dépôt. À celui de l’Énergie qui applaudissait le doublement de la rémunération du président d’Hydro. Ils étaient toujours d’accord avec ces hausses. Ils avançaient même qu’ailleurs, en Ontario, à New York, pour des postes équivalents, c’était davantage encore. Ah oui ? Alors, dites-moi, ce serait combien, pour vous, trop ?

Je n’ai jamais eu de réponse. Car dans la spirale ascendante des salaires gonflés à l’hélium, comme ils disent à Wall Street, « sky is the limit ! ». Ou comme le disait Alphonse Allais, « une fois qu’on a passé les bornes, il n’y a plus de limites ! ». Alors pourquoi ne fait-on que doubler, à 1,1 million, le salaire du président d’Investissement Québec ? Ne sommes-nous pas à risque de nous le faire piquer par la société de gestion d’actifs BlackRock, dont le président a fait 25 millions $ US l’an dernier ? Ou plus proche de nous par la Banque Nationale, dont le président a empoché 8,3 millions ? Et puis, si on double son salaire, cela signifie-t-il que, jusqu’ici, il ne donnait que son 50 % au travail ? Si on le quadruplait, n’obtiendrait-on pas un rendement de 200 % ? Pourquoi s’en priver, puisqu’on n’est pas à un million près ?

Il y a quand même des détails qui clochent. Pour retenir à la tête de la Caisse un homme de la compétence de Michael Sabia, on a craché jusqu’à 4 millions par an. Mais il a ensuite accepté un salaire 10 fois inférieur pour devenir pendant plusieurs années sous-ministre des Finances à Ottawa. Est-il trop tard pour demander un remboursement ? Puis, on l’a attiré à la tête d’Hydro Québec, mais en remultipliant son salaire. Pourquoi ?

Débattant récemment de ces questions avec un collègue conservateur, je l’ai entendu me demander « sur quelle planète » je vivais, moi qui mettais en cause la pertinence même de ces rémunérations. La meilleure question aurait été « dans quelle décennie » ? Car l’explosion des rémunérations des dirigeants d’entreprises, privées et publiques, est essentiellement une question de date, et non d’économie.

Jusqu’aux années 1980, les p.-d.g. du privé ne touchaient que 20 à 30 fois la rémunération du salarié moyen de leurs entreprises. L’ère Reagan-Thatcher a fait doubler cet écart pendant les années 1980, puis quintupler pendant les années 1990. On est désormais à 200 à 300 fois la rémunération du salarié moyen. Vous voyez, ce n’est jamais trop. Et cela n’a évidemment rien à voir avec l’économie, le talent, la croissance.

Une fois qu’on a retiré toutes les variables possibles de l’analyse, comme a tenté de le faire le Prix Nobel d’économie et chroniqueur Paul Krugman, on ne peut diagnostiquer qu’une cause à cette folie : un changement de culture en haut de l’échelle, la disparition de toute inhibition face à l’accumulation de richesse. La disparition de la notion de « trop ». Hier journaliste économique, l’actuelle ministre des Finances du Canada, Chrystia Freeland, décrit brillamment dans son ouvrage Plutocrats comment ces super-riches se sont convaincus que toute atteinte à leurs rémunérations extravagantes serait un crime contre le sens commun. Sur quelle planète vivent-ils ? La leur, de toute évidence.

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Une distinction s’impose ici entre, d’une part, la richesse accumulée par un entrepreneur qui crée un nouveau produit ou service et qui mérite les fruits de son labeur (il paiera des impôts en conséquence) et, d’autre part, les cadres supérieurs qui n’ont rien inventé, mais sont des administrateurs interchangeables et surpayés, dont certains sont certes plus doués que d’autres.

Le salaire des grands employés de l’État présente un cas à part, quoi qu’en pensent MM. Legault et Fitzgibbon. D’abord, l’idée que leur rémunération doit s’apparenter à celle du privé est récente. Je propose depuis un certain temps qu’aucun salarié de l’État québécois ne puisse empocher davantage, primes incluses, que le premier ministre du Québec, soit environ 250 000 $ l’an, ce qui est cinq fois le salaire industriel médian.

Pourquoi suis-je certain que nous pourrions facilement pourvoir avec cette offre les directions d’Hydro, de la Caisse, d’IQ de très grands talents ? D’abord parce que ce fut le cas pendant des décennies. Ensuite parce que ces postes sont en soi extraordinairement attractifs. Dans une carrière québécoise, diriger la plus grande entreprise hydroélectrique en Amérique, ou un des plus grands fonds d’investissement au monde, ou coordonner la totalité de l’action économique gouvernementale, constitue soit le couronnement d’une carrière, soit une étape incomparable vers, ensuite, les fauteuils les plus rémunérateurs du privé.

J’aimerais pouvoir dire que l’appel du service public compte dans la balance, mais j’entends d’ici le ricanement des cyniques. Plus prosaïquement, des gens de talent sont disposés à réduire leurs attentes salariales pour détenir, pendant quelques années, le pouvoir de décision que confèrent ces postes. Ils ont ainsi l’occasion de laisser leur marque sur tout un secteur d’activité. Pourquoi pensez-vous que Michael Sabia est sous-ministre des Finances plutôt que banquier ces jours-ci ? Pour le pouvoir d’influencer l’économie de tout un pays.

Paradoxalement, à vouloir rendre immédiatement millionnaires les dirigeants de nos sociétés d’État, on sape le statut de leurs fonctions elles-mêmes. On laisse entendre qu’il n’y a pas de différence de nature entre diriger Hydro ou Walmart, entre gérer la Caisse ou KPMG. Ce faisant, on dévalorise certaines des fonctions les plus prestigieuses de la nation. On annonce que l’appât du gain doit déterminer le choix du dirigeant, plutôt que l’appel du défi, le goût du dépassement et, oui, la volonté de contribuer au service public et au bien commun.

(Une première version de ce texte a été publié dans Le Devoir.)


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Les vendeurs de REM

Vous avez trouvé l’appartement de vos rêves, en ville. Reste à choisir votre mode de transport. Devez-vous acheter une voiture, vous fier au transport en commun, utiliser ponctuellement des taxis ou Communauto, marcher ou pédaler, ou alors moduler vos choix en fonction des usages ?

Impatient de trouver des réponses, vous vous présentez chez un spécialiste des transports. Votre choix : un concessionnaire Ford spécialisé dans la vente de camions F-150. Après avoir soigneusement étudié votre cas, il a trouvé une solution faite sur mesure pour vous : l’achat d’un Ford F-150 ! Peut-être deux, d’ailleurs.

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Si vous estimez que la démarche ici décrite est absurde, sachez que c’est précisément celle qu’ont utilisée nos deux derniers gouvernements pour décider des investissements les plus massifs consentis depuis 50 ans dans les transports en commun à Montréal.

Plutôt que de réunir des experts pour déterminer le meilleur cocktail de solutions apte à déplacer le plus de gens possible au meilleur coût possible, le libéral Philippe Couillard, puis le caquiste François Legault, sont allés cogner à la porte — et seulement à la porte — d’un vendeur de Réseau express métropolitain (REM) : la Caisse de dépôt. Elle avait développé le concept à Vancouver, souhaitait amortir son investissement et en faire un produit d’exportation. Après avoir soigneusement écouté le client potentiel, le vendeur a eu cette idée géniale : vendre des REM.

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Les désavantages du REM. Par où commencer ?

Je ne blâme pas la Caisse ni le concessionnaire Ford. Il ne leur appartient pas de nous dire qu’on trouverait mieux ailleurs. Que leur produit est presque aussi lourd qu’un métro là où un tramway suffirait. Que sa consommation de ciment est telle que les GES utilisés pour le produire réduisent significativement les gains induits par l’utilisation de son mode de transport. Que le nombre d’automobilistes attiré par sa technologie est minime comparé à d’autres solutions. Qu’il est quasi-certain que ses wagons seront construits en Inde plutôt qu’au Québec. Que ses structures en hauteur en milieu urbain vont défigurer le paysage, quels que soient nos efforts pour y mettre de la couleur ou des plantes grimpantes. Et qu’alors que le transport en commun, comme d’ailleurs les routes, est par définition déficitaire, le REM, lui, réclame un rendement annuel d’au moins 8 % pour l’éternité. Il est possible que le BAPE dise un jour ces choses. Mais comme le remarquait avec aplomb Denis Coderre au temps de ses rondeurs, « le BAPE, c’est pas le pape ! » Ce qui, évidemment, clôt la discussion.

Quand M. Couillard a commandé son premier REM, il était question de relier le centre-ville à l’aéroport, une revendication forte des gens d’affaires et des hôteliers, dont l’absolue priorité par rapport à d’autres besoins n’a jamais pu être établie et dont l’absence n’a empêché aucun voyageur de s’y rendre ni n’a freiné les travaux permanents d’agrandissement de l’aérogare. (Des lignes de bus ordinaires transportent jusqu’à 30 000 passagers par jour. Le REM de l’aéroport coûte plus d’un milliard et transportera moins de 6000 passagers par jour.)

Si on tenait vraiment à s’y rendre, le tramway qui sera un jour construit pour relier le centre-ville à Lachine aurait très bien pu y conduire les passagers, dans exactement le même minutage (car le REM fait un grand détour par le nord). Cette solution moins coûteuse aurait aussi offert un service à plusieurs dizaines de milliers de passagers supplémentaires. Aéroports de Montréal avait d’ailleurs construit sa gare pensant que les rails arriveraient de ce côté. Le choix des vendeurs de REM oblige à casquer 500 millions de plus. Le mot gabegie vient à l’esprit.

La future cicatrice sur René-Lévesque

Pensez-vous un instant que la mairesse Valérie Plante souhaitait qu’un train surélevé vienne bloquer le paysage sur René-Lévesque et dans des quartiers densément peuplés comme le prévoit le nouveau projet de REM de l’Est ? Jamais. Ancien député de Rosemont, je me suis époumoné à réclamer un tramway dans l’Est. Nous avons toujours su que ce mode de transport pouvait conduire les passagers jusqu’au bout des lignes de métro verte et bleue, ou encore plus loin vers le centre-ville. Mais pourquoi nous retrouvons-nous avec un mastodonte sur pattes jusqu’à Place Ville-Marie ? Parce que le modèle d’affaires du vendeur du REM l’impose. Alors que n’importe quel planificateur de transport en commun prévoit que le passager peut changer de mode de transport, ce qui optimise le trajet et l’investissement, le vendeur de REM, lui, ne fait des sous que si le passager est dans son wagon à lui, et dans ceux de personne d’autre. L’horreur surélevée qui nous est promise ne sert qu’à ça : brancher le REM de l’Est au REM de l’Ouest, ce que personne n’avait demandé, simplement pour que le passager reste captif du choix de la Caisse.

Pourquoi, au moins, ne pas faire rouler le REM au sol sur René-Lévesque ? Peut-être parce que le modèle d’affaires de la Caisse exclut l’idée que des chauffeurs, qui ont la mauvaise habitude de se syndiquer, conduisent ses trains, ce qui est indispensable pour faire des arrêts au sol.

Un « projet signature »

Le grand argument est financier : avec la Caisse, on a accès à des milliards qui, sinon, ne seraient pas disponibles. Un avantage qui se dépréciera au cours de décennies de surcoût de 8 %. Mais admettons. Pour les projets de REM de l’Ouest et de l’Est dont le coût réel dépassera les 20 milliards, la Caisse en investit 7. Avec les 13 milliards restants, sans les contraintes du REM, on aurait fait immensément mieux.

Mais puisque nos premiers ministres nous ont plongés dans ce tunnel financier, ne boudons pas notre plaisir d’en faire, comme le veut le mot à la mode, un « projet signature ». Oui, que la station outrageusement coûteuse de l’aérogare porte le nom « Philippe-Couillard », et que la monstruosité surélevée qui déparera René-Lévesque s’appelle « François-Legault ». Ils persistent ? Eh bien qu’ils signent !


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Hommage à Monsieur Parizeau

Il nous a quittés il y a quatre ans. Il habite encore notre détermination à faire du Québec un pays.

En rappel, l’hommage que je lui ai rendu à l’assemblée nationale au lendemain de son décès.

De René Lévesque, Camille Laurin écrivait ceci : «[Il] me paraît comprendre et ressentir dans [ses chairs] ces contradictions de l’homme québécois qui tout à la fois lui imposent de se libérer et l’empêchent d’y parvenir. C’est pourquoi [Lévesque] oscille lui-même entre la nuit et la lumière… Il est pour chacun un signe de contradiction. »

Le bon Dr Laurin aurait dû tirer un diagnostic complètement opposé de l’autre incarnation du mouvement indépendantiste. Jacques Parizeau ne reflétait pas, comme Lévesque, les Québécois tels qu’ils étaient. Il les représentait tel qu’il voulait qu’ils deviennent, désinhibés, décomplexés, déjà indépendants dans leur tête et dans le monde.

C’est parce qu’il était né dans l’argent que Jacques Parizeau n’était pas intimidé par les forces de l’argent. C’est parce qu’il avait obtenu — premier Canadien français, disait-on alors — un doctorat de la London School qu’il ne s’en faisait pas imposer par les financiers anglo-montréalais de la colonie, de l’empire, finalement. Ceux-là entendaient-ils bloquer depuis ce qu’on appelait à l’époque la rue Saint-James le financement de la nationalisation de l’hydroélectricité, l’économiste Parizeau allait forcer le blocus en parlant directement aux vrais argentiers à Wall Street.

Jacques Parizeau avait l’assurance qu’il fallait, l’audace qu’il fallait pour faire lever de terre les grands instruments de développement économique de la Révolution tranquille. Il avait la confiance qu’il fallait envers les siens pour les initier à l’aube des années 80 aux actions en bourse grâce au Régime d’épargne-actions, qui allait transformer les actions des moyennes entreprises québécoises en géants mondiaux. C’était pour lui une grande fierté, 10 ans plus tard, de constater qu’on désignait spontanément le lieu où se brassent les affaires à Montréal la rue Saint-Jacques plutôt que la Saint-James. C’était beaucoup plus qu’un symbole, c’était le marqueur d’une transformation dont il avait été l’accoucheur.

Référendum octobre 1995

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Mais ses empreintes digitales sont aussi visibles partout ailleurs sur le territoire. Le projet de loi sur l’équité salariale, c’est lui; la perception automatique des pensions alimentaires, c’est lui; la reconnaissance des groupes communautaires, la création des carrefours jeunesse-emploi, c’est lui; la réintroduction des cours de métier dans les écoles secondaires, la formation professionnelle en entreprise, c’est lui; l’embellissement spectaculaire du pourtour de l’Assemblée nationale, c’est lui, le grand amant de la ville de Québec. La plus grande coalition politique de notre histoire, en 1995, c’est aussi Jacques Parizeau. Porter une nation à quelques millimètres de la souveraineté, ce ne pouvait être que Jacques Parizeau.

J’emprunte à Guy Breton, le recteur de l’Université de Montréal, les mots qu’il a employés en novembre dernier, lors du dernier hommage public rendu à M. Parizeau de son vivant, lors de la remise d’un doctorat honoris causa : «Par votre engagement universitaire, politique, patriotique, vous avez été, Jacques Parizeau, dans le poste de pilotage du Québec pendant plus de 60 ans. Vous avez été de ceux qui ont guidé le Québec depuis la « grande noirceur » jusqu’à la mondialisation. Le Québec n’est pas encore le pays dont vous rêvez, mais, beaucoup grâce à vous, les Québécois savent qu’ils peuvent le faire, ce pays. Une chose est sûre, M. Parizeau, très cher M. Parizeau, vous avez amené les Québécois à l’indépendance d’esprit.»

Merci.


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Le futur chemin de croix vert de la CAQ

En voici un extrait:

Leadership : Sièges sociaux : Miser sur la Caisse de dépôt et le développement régional

Proposition #5 du candidat Jean-François Lisée

Les deux dernières années ont montré l’existence d’une faille importante dans la gestion économique du gouvernement libéral. Ce dernier a été complètement pris au dépourvu par la vente de Rona, de Saint-Hubert, du Cirque du Soleil.

Le départ des sièges sociaux a des conséquences néfastes nombreuses pour l’emploi. Les décideurs emportent avec eux à l’étranger une partie de leur contrat d’approvisionnement, au détriment des producteurs locaux. Les services financiers, juridiques, informatiques sont déplacés ailleurs, provoquant des pertes d’emploi chez nous. Les entreprises enracinées localement contribuent souvent aux initiatives locales, aux grandes causes charitables, sans compter leur contribution aux projets collectifs de développement économique. Une fois partis, les décideurs font peu de cas de nos priorités et de nos besoins.

Le Québec est évidemment une économie ouverte et le demeurera. Si je suis Premier ministre, il arrivera que des entreprises québécoises soient acquises par des sociétés étrangères et, plus souvent encore, que des entreprises québécoises fassent des acquisitions à l’étranger. Mais contrairement à la situation actuelle, il y aura un pilote dans l’avion. Les Québécois n’auront plus l’impression que le gouvernement se fait prendre les culottes à terre à chaque transaction importante.

Mon approche: je donnerai aux acteurs du développement économique les outils et les ressources nécessaires pour travailler en amont et voir venir les coups. Mon gouvernement ne se contentera pas de réagir en apprenant par les médias le départ d’un nouveau siège social.

1) Voir venir les coups

D’abord, je constituerai au ministère de l’Économie une équipe de veille dotée d’analystes de haut niveau. Cette équipe aura pour mandat d’identifier en permanence les entreprises à risque de faire l’objet d’une prise de possession étrangère, mais aussi les entreprises étrangères susceptibles d’établir leur siège social au Québec. Cette équipe identifiera les situations à risque, de même que les opportunités à exploiter. Le ministre de l’Économie sera ainsi en mesure de mobiliser en amont les acteurs du développement économique plutôt que de rester passif ou simplement réactif, dans l’urgence.

L’équipe de veille aurait également pour mandat de déposer un rapport annuel de suivi des engagements d’emploi ou d’investissement pris par les entreprises qui ont bénéficié de l’aide gouvernementale. Trop souvent, des entreprises encaissent des aides de l’État en échange d’engagement qui sont par la suite peu ou pas réalisés, sans pénalités aucune. Un suivi rigoureux et public de ces engagements créerait une pression tangible pour le respect des engagements par les entreprises.

2) Le mandat d’Investissement Québec

Pour m’assurer que tous les acteurs travaillent dans le même sens, je modifierai la mission d’Investissement Québec afin d’ajouter à son rôle actuel un mandat explicite dans l’attraction et la rétention des sièges sociaux stratégiques et structurants.

3) Le mandat de la Caisse de dépôt et de placement

La Caisse de dépôt et de placement est, de très loin, notre principal outil économique. Son indépendance est essentielle et le gouvernement ne peut pas et ne doit pas dicter ses décisions d’investissement.

Il appartient cependant aux élus de définir le mandat général de la Caisse. Jusqu’en 2004, ce mandat se trouvait dans le discours de fondation de la Caisse, livré par Jean Lesage. Le père de la Révolution tranquille confiait à la Caisse une « double mission » : offrir un rendement sur les épargnes et contribuer au développement économique du Québec.

En 2004 le gouvernement libéral a introduit une hiérarchie dans ce mandat : le rendement d’abord, le développement économique ensuite. Cette décision s’est soldée par une ralentissement des investissements de la Caisse dans l’économie québécoise, puis a pavé la voie au plus grand fiasco financier de son histoire: 38 milliards perdus en 2008 dans des placements risqués dans le papier commercial américain.

De 2008 à 2015, les engagements directs de la Caisse dans des entreprises québécoises sont repartis à la hausse, passant de 4,8 milliards à 9,5 milliards. C’est une progression importante, mais ce montant demeure une fraction modeste des actifs de la Caisse (248 milliards). Et malgré ces progrès, la Caisse investit encore peu dans les PME québécoises (1,7 milliards), notre principal vecteur de croissance, notamment parce qu’il faut beaucoup de travail pour y dénicher les bonnes occasions d’affaires.

Un gouvernement du Parti québécois que je dirigerais respecterait le vœu de Jean Lesage et préciserait le mandat de la Caisse :

  1. en rétablissant, sur un pied d’égalité, la « double mission » voulue par Jean Lesage ;
  2. en précisant le rôle de la Caisse en ces termes : « contribuer au développement économique national, régional et sectoriel du Québec ». Cette précision conduira la Caisse à être plus active face aux occasions d’investissements dans les régions – y établissant si elle le juge opportun des antennes régionales – et plus structurantes dans ses stratégies de soutien aux filières économiques porteuses;
  3. en ajoutant, comme mandat supplémentaire mais subordonné à la « double mission », l’attraction et la rétention de sièges sociaux stratégique et structurant.

Ces orientations données à la Caisse feront en sorte que ses analystes accompagneront plus qu’auparavant les projets porteurs de PME dans toutes les régions du Québec, y créant richesse et emploi. Elles feront en sorte que la Caisse soit attentive à toute stratégie visant le départ d’un siège social (exactement le scénario qu’on a vécu avec Rona), pour le déjouer lorsque c’est possible. En lui donnant un mandat de développement sectoriel, la Caisse verra à identifier des locomotives qui peuvent avoir un effet d’entraînement sur un secteur d’activité, pour le renforcer et y créer excellence et emploi.

De tous les leviers économiques à la disposition du Québec, la Caisse de dépôt reste le plus important et le plus puissant. Malgré les progrès enregistrés récemment, le potentiel d’investissement de la Caisse au Québec reste largement inexploité. La Caisse peut, tout en offrant des rendements excellents à ses épargnants, faire beaucoup plus pour notre richesse collective.

  1. Mettre l’excellence de la Caisse à la disposition de tous

En ce moment, la Caisse peut recevoir l’épargne de toutes les institutions du secteur public et parapublic. Certaines universités ou municipalités, par exemple, lui ont confié la gestion de leurs fonds de pension. C’est un excellent choix puisque les frais de gestion de la Caisse sont très bas (environ 0,18$ par 100$ d’actifs) et les rendements très compétitifs. Comme Premier ministre, je modifierai la Loi de la Caisse afin de lui permettre de recevoir également les placements privés, notamment d’entreprises qui souhaiteraient lui confier la gestion de leurs fonds de pension.

Je ferai aussi en sorte que les citoyens individuels puissent confier leurs épargnes à moyen et long terme à la Caisse de dépôt. Il n’y a aucun doute dans mon esprit qu’un grand nombre de Québécois voudront se prévaloir de cette option supplémentaire pour leur épargne.

En choisissant la Caisse, ces citoyens et ces investisseurs contribueraient à maintenir au Québec une expertise en Finance, alors que de plus en plus d’institutions financières transfèrent leur expertise à Toronto.

  1. Revoir la loi des compagnies et la fiscalité pour protéger nos sièges sociaux

Pour préserver les sièges sociaux, je modifierais la Loi sur les compagnies à capital-actions afin que les conseils d’administration prennent leurs décisions en fonction de  »toutes les parties prenantes » et non des seuls actionnaires. Cela signifie que les CA peuvent rejeter une offre d’achat, même amicale, même si l’intérêt financier strict des seuls actionnaires pourrait le justifier.

C’est déjà la norme dans 24 États américains et la Cour suprême du Canada a indiqué à deux reprises que les CA doivent travailler pour l’ensemble des parties prenantes, donc y compris la communauté, les consommateurs, les fournisseurs.

Je m’engage également à revoir les règles fiscales qui font obstacle à la transmission des entreprises d’une génération à l’autre ou au transfert d’actions aux employés. Ce problème a été relevé par le Groupe de travail sur la protection des entreprises québécoises (http://www.groupes.finances.gouv.qc.ca/GTPEQ/index.asp) qui avait été formé par mon collègue Nicolas Marceau alors qu’il était ministre des Finances.

Les règles actuelles font en sorte qu’il est souvent plus avantageux pour le propriétaire d’une entreprise de vendre à des inconnus plutôt que de la transférer à ses enfants ou à ses employés (par exemple, en les rémunérant sous forme d’actions). En ce moment, les héritiers ou les employés doivent acquitter immédiatement l’impôt sur la valeur accumulée sur les actions qui leur sont transférées, ce qui est souvent impossible faute de liquidités ou ce qui pourrait mener à une perte de contrôle de la société (ou à sa dévaluation). J’assouplirai ces règles fiscales en permettant sous certaines conditions aux nouveaux actionnaires de reporter l’impôt sur les gains en capital au moment où les actions sont ultimement vendues.

Cet assouplissement permettrait un transfert de propriété à la relève familiale ou aux cadres et employés, donc le maintien sur place du siège social et de ses emplois.

D’autres engagements économiques

Ces propositions constituent la première d’une série d’engagements forts pour relancer l’économie québécoise. Au cours de la campagne, j’aurai l’occasion de dévoiler d’autres volets de mon projet, notamment pour les PME, les régions, l’innovation et l’exportation.

Vous êtes plutôt d’accord ?
Joignez-vous à ma campagne

Voici les propositions que j’ai mise de l’avant
depuis mon entrée dans la campagne, le 16 mai dernier.

Proposition #1: Chasser les libéraux. Réussir l’indépendance. Dans cet ordre.

Proposition #2: Immigration : Le chemin du succès

Proposition #3: Santé : Gel de l’enveloppe de rémunération des médecins

Proposition #4: Inégalités sociales : Un Québec riche de son équité

Proposition #5: Sièges sociaux : Miser sur la Caisse de dépôt et le développement régional

Proposition #6: Identité : La concordance culturelle

Proposition #7: Priorité PME : Moins de paperasse, plus d’entrepreneuriat

Proposition #8: Laïcité – une approche résolue et responsable

Proposition #9: Compte à rebours 2022 !

Proposition #10: Anticosti – Enfin sortir des faux-fuyants !

Proposition #11: Incarner la laïcité et l’ouverture

Proposition #12: Le pipeline Énergie Est: Pourquoi il faut dire Non et Non !

Proposition #13 : Pour un processus d’évaluation et de consultation « digne du 21e siècle »

Proposition #14 : Développement régional : rétablir les budgets et reconstruire les outils de développement dans le respect des régions

Proposition # 21: Pour une vraie culture de la culture au Québec

Proposition # 22: 8 propositions pour oser réussir la Métropole

Proposition # 23: L’information, un service essentiel