Boîte à idées, boîte à outils, à textes, livres, balados, documentaires, conseils, conférences et entrevues, La boîte à Lisée est au service de l’audace, du débat et du sens de l’humour.
Chaque soir à 19 h, une alarme se fait entendre sur le téléphone de Lisette Lapointe. C’est le rappel d’une habitude qu’avait prise pendant 23 ans son mari, Jacques Parizeau, de l’appeler chaque soir à cette heure précise lorsqu’ils étaient éloignés l’un de l’autre.
On retrouve dans les pages de son livre publié cette semaine, De combats et d’amour (Éditions de l’Homme), la description d’un conjoint aimant, disponible malgré ses responsabilités, attentionné, protecteur, friand de sorties avec son épouse à l’opéra, au musée, aux bonnes tables, aux escapades et aux voyages.
Si on veut savoir pourquoi le Non l’a emporté, le 30 octobre 1995, le mieux n’est-il pas de le demander au vainqueur ? Le premier ministre canadien de l’époque, Jean Chrétien, est heureux de nous éclairer sur ce point. Dans ses Mémoires, Passion politique, publiées en 2007, il raconte posément comment il s’y est pris. Il avait décidé qu’il refuserait de reconnaître une éventuelle victoire du Oui. Ce soir-là, il affirmerait plutôt qu’il avait le mandat de défendre la constitution qui, elle, ne permet pas l’indépendance d’une province. Sa conviction était si forte que ses adjoints avaient empêché la présidente du comité fédéral du Oui, la ministre Lucienne Robillard, d’être présente devant les micros le soir des résultats. Ils craignaient qu’elle commette un irréparable impair: reconnaître la légitimité d’une victoire du Oui.
Préparant son discours à la nation, il ne voulait pas « me piéger moi-même” écrit-il. S’il disait la vérité, ne risquait-il pas de pousser davantage de gens à voter Oui ? Il souhaitait au contraire « encourager les nationalistes mous et les indécis à voter Non en leur signalant les dangers tangibles d’un Oui ».
Jean Drapeau en avait fait une obsession. Il était convaincu que Charles de Gaulle ne pouvait en aucun cas avoir dit ce qu’il avait dit, ou tout au moins avoir voulu dire ce qu’il avait semblé dire. Cela avait été, au mieux, pensait le maire de Montréal, un « accident ». Nommé ambassadeur à l’UNESCO en 1987, Drapeau réunit un jour plusieurs collègues pour leur poser cette question : Si un chef d’État vient chez vous et dit « Vive (votre pays) libre », il veut dire qu’il est déjà libre, non ? C’était un peu pathétique, m’a raconté un témoin de la scène, et suscita les regards médusés des autres ambassadeurs.
Drapeau avait tout fait pour éviter l’accident, en juillet 1967. Se rendant au balcon de l’hôtel de ville quelques heures avant l’arrivée de son hôte, Drapeau est choqué de voir qu’on y a installé un micro. Il demande qu’on le désinstalle. Il semble vouloir réserver la parole présidentielle aux notables de la ville qu’il a conviés sur la terrasse située à l’arrière du bâtiment.
Lorsque l’illustre invité arrive à l’hôtel de ville, le maire lui demande s’il est fatigué. « Pas du tout ! » lui répond-il. Le maire l’emmène vers son bureau. Dehors, la foule scande « On veut de Gaulle ! » Le général dit au maire : « Il faut que je salue la foule ! »
Le diplomate français Bernard Dorin, présent, raconte que le général se déplace alors au pas de charge vers le balcon. Le maire Drapeau, beaucoup plus petit, doit presque courir pour le rejoindre. « C’était une scène comique », dit Dorin.
Au balcon, de Gaulle salue la foule. Elle crie : « Un discours ! Un discours ! »
« Il faut que je leur parle », dit le général au maire.
« C’est impossible, M. le Président, il n’y a pas de micro », plaide Drapeau.
Drapeau raconte la suite : « Par infortune, le technicien du matin était de nouveau là, et il dit : “Je l’ai caché derrière le rideau, mais je peux le remettre en marche” ; et, en deux gestes, il le fait, avant que j’aie eu le temps de réagir. » Bon prince, Drapeau aide même le technicien à déplacer le micro vers le centre du balcon.
Après le discours, le maire a le cran de dire au président : « Vous savez, mon général, que Vive le Québec libre ! est un slogan employé par les séparatistes. » De Gaulle réplique : « Mais on s’en fout, monsieur le maire ! »
L’idée que le président français, héros de la Seconde Guerre, géant de l’histoire moderne, vienne d’appeler à l’indépendance du Québec n’arrive pas à entrer dans les têtes. Dans Le Devoir du lendemain, Claude Ryan titre son article « Qu’a voulu dire le général ? ». Comme beaucoup d’autres commentateurs, et comme 65 % des Québécois le diront au sondeur CROP, il n’a pas pu appuyer l’indépendance. Seulement la volonté d’affirmation des Québécois au sein du Canada, ce que désirent alors autant le gouvernement de Daniel Johnson que l’opposition libérale de Jean Lesage.
Le diplomate canadien Lionel Chevrier a l’occasion de vérifier la chose, le lendemain, car il accompagne dans sa voiture le président pour sa visite à l’Expo. Il lui dit que sa déclaration du balcon est bienvenue, si elle implique que le Québec reste dans le Canada.
« Mais, monsieur, réplique le Général, il ne peut en être question ! »
Pour bien clarifier les choses, lors de son retour en France, lors de sa première conférence de presse en novembre, de Gaulle affirme qu’il est dans l’ordre des choses que le Québec devienne « un État souverain, maître de son existence nationale, comme le sont par le monde tant et tant d’autres peuples, tant et tant d’autres États, qui ne sont pourtant pas si valables, ni même si peuplés, que ne le serait celui-là ».
* * *
François Legaulta déclaré ces jours derniers : « Je pense que René Lévesque l’a pris au premier degré, c’est correct, mais c’était aussi pour dire que le peuple [québécois], la nation québécoise doit s’affirmer dans le Canada. » Il aurait été acceptable de l’entendre, en juillet 1967, douter que de Gaulle ait vraiment parlé d’indépendance au balcon. Il aurait été étrange qu’il répète cette sornette après la conférence de presse du Général de novembre, mais une partie de l’élite fédéraliste, dont Jean Drapeau et Gérard Pelletier, a longtemps insisté pour dire qu’il y avait de l’ambiguïté là où tout était clair.
La publication par le ministre gaulliste Alain Peyrefitte, en 2000, des carnets où il avait noté les déclarations de de Gaulle sur une foule de sujets, dont le Québec, y compris lors des rencontres des conseils de ministres, est venu faire éclater la vérité sur la précocité et la constance avec laquelle, depuis 1960, de Gaulle s’était convaincu que l’indépendance du Québec était souhaitable et inévitable. (J’ai offert la dernière synthèse disponible de l’évolution de la pensée du général dans mon De Gaulle, l’indépendantiste.)
Que François Legault, 25 ans après notre connaissance complète des faits, assis dans le bureau du grand homme, ait eu l’audace de travestir sa pensée, alors même que son fantôme rôdait aux alentours, est à la fois une insulte à de Gaulle et, en prime, à René Lévesque, accusé d’avoir mal interprété le général. Dans l’affaire du Québec, de Gaulle avait un grand regret. Que Daniel Johnson n’ait pas eu le cran, après la visite de juillet 1967, de faire l’indépendance. Johnson n’était, a-t-il dit avec dédain, qu’un « politicien de province ». C’est sans doute ce qu’a pensé aussi son fantôme, entendant Legault médire de lui et de l’histoire.
Fut un temps, où Dollard était, sur son char allégorique, une des stars du défilé de la Saint-Jean-Baptiste. Il avait sa journée bien à lui. Des célébrations lui étaient spécifiquement dédiées, fin mai, d’Edmonton à la Nouvelle-Angleterre. Le maire, l’évêque, les députés prononçaient des discours, déposaient des gerbes de fleurs, bénissaient des drapeaux. Des soldats de l’armée canadienne y étaient au garde à vous, les chorales entonnaient des chants patriotiques, le tout arrosé, à la nuit tombée, de feux d’artifices. On était dans les années 1920. Dollard des Ormeaux, mort au combat pour défendre en mai 1660 la petite colonie montréalaise contre l’assaut de 800 Iroquois, faisait l’unanimité. (Sauf chez les Mohawks, descendants des Iroquois qui, invités à une des cérémonies, se portèrent pâles.)
Fut un temps où on se battait pour que cesse la célébration de Dollard. Pas moins de 85 manifestants du Rassemblement pour l’indépendance nationale, outrés et par la fête de la Reine et par Dollard, sont arrêtés devant un monument à sa mémoire en 1964, 213 en 1965. Même le Front de libération du Québec, l’année suivante, lui consacre une bombe ! De consensuel, Dollard devenait polarisant. Au point où en 2002, il fut expulsé du calendrier, remplacé par la Journée nationale des Patriotes.
Les montagnes russes identitaires dans lequel fut plongé le défunt sont presque aussi fascinantes que le combat auquel il participa. L’historien Patrice Groulx raconte cette histoire dans Pour en finir avec Dollard (Boréal). J’en retiens que ce pauvre Dollard ne méritait ni la vénération dont il fut l’objet, ni l’opprobre dont on l’accable. Tout bien considéré, il n’est même pas la figure centrale du combat auquel il participa.
En quoi est-il méritant ? Une affiche de recrutement de l’armée canadienne pour la première guerre résume la chose: “Canadiens, suivez l’exemple de Dollard des Ormeaux. N’attendez pas l’ennemi au coin du feu, mais allez au devant de lui”. À 25 ans, Dollard était militaire, fraîchement arrivé dans la petite colonie montréalaise de 400 habitants, désigné par Maisonneuve comme commandant d’une garnison. La rumeur voulait que les Iroquois préparent une offensive totale sur la colonie. On ne savait où, on ne savait quand. Dollard et 16 de ses soldats décident de faire “la petite guerre”, rapporte une source, donc une attaque ciblée, en embuscade, comme le leur ont appris leurs alliés Hurons et Algonquins. Ce qu’on n’appelle pas encore la guérilla. Comme tout le monde, les Iroquois reviennent de leur hiver de chasse, canots remplis de peaux, donc plus difficilement manoeuvrables, poudre de canon épuisée, donc en situation de faiblesse. Dollard souhaite ainsi affaiblir l’ennemi, pas le prendre de front. Se serait-il approprié les peaux ? C’était la pratique.
Il choisit un endroit qu’il croit propice, au Long-Sault, sur la rivière des Outaouais. Mais le sort veut qu’au lieu d’y surprendre un groupe de chasseurs isolés venus du Nord, il tombe sur 300 guerriers venus du Sud, préparant un réel assaut sur la colonie française.
Il participe aussi à une autre guerre que la sienne. Dans l’affrontement, participent 40 Hurons. Ils ont leur propre objectif: éviter l’annihilation des leurs. Dans la décennie précédente, les Iroquois les avaient presque tous exterminés ou faits prisonniers, puis intégrés de force parmi les leurs. Les survivants de ces assauts avaient été regroupés à l’Ile d’Orléans par les Jésuites. Mais craignant une nouvelle offensive, peut-être finale, leur chef Annaotaha part de Québec avec 40 guerriers pour, lui aussi, aller au devant de l’ennemi.
Les rumeurs étaient fondées. L’attaque iroquoise était planifiée. Les 300 guerriers arrivés au Long-Sault demandent renfort à 500 autres, campés dans les îles du Richelieu, prêts à passer à l’offensive. Devant ces 800 guerriers réunis, Annaotaha connaît l’issue de la bataille: ils mourront tous ou seront faits prisonniers. Il décide de négocier sa reddition avec les vainqueurs, dans l’espoir de sauver la vie de ses plus jeunes guerriers. Les captifs des Iroquois étaient parfois torturés et tués, d’autres adoptés, d’autres enfin conservés comme otages en vue d’une future négociation. (La totalité du récit provient de Hurons faits prisonniers par les Iroquois puis évadés.) Malgré la féroce rivalité, ce type de négociation était courante. Annaotaha dira même qu’il envisageait de demander, en échange de sa reddition, que les Iroquois laissent les Français repartir. Rien ne laisse penser que ce résultat eut été atteint. Les Français, non informés du projet d’Annaotaha, voient des Iroquois s’approcher de leur position et convaincre des Hurons de déserter sur-le-champ. Se sentant à bon droit trahis, ils ouvrent le feu. S’ensuit l’inévitable carnage.
Voulant leur éviter des tortures, un des français achève à la hache certains de ses compatriotes blessés. Annaotaha, mourant, demande qu’on lui brûle la chevelure, pour que les Iroquois n’en fassent pas un trophée.
Les hagiographes de Dollard font état d’une défaite glorieuse, provoquant un grand nombre de morts iroquoises. Les sources disponibles font plutôt état d’une vingtaine de pertes de vie chez l’ennemi. Sur 800, c’est peu. Cette bataille est en fait le point culminant du génocide des Hurons par les Iroquois, et c’est là qu’elle trouve sa réelle signification historique. Des quelques centaines de Hurons restants à l’Île d’Orléans, descend la vibrante communauté actuelle de Wendake.
Dollard a-t-il vraiment sauvé la colonie ? Oui, mais à la façon qu’avait l’Inspecteur Clouseau de résoudre les crimes: par hasard, sans le vouloir, grâce à des circonstances qui lui échappaient. Après la bataille, les Iroquois retournent vers leurs villages, car ils doivent y ramener leurs prisonniers et intégrer dans leurs communautés ceux à qui ils laisseront la vie sauve. Ce retrait sonne la fin de leur campagne anti française et anti huronne du printemps 1660. La colonie est sauvée. Ce n’est qu’un sursis. Les Iroquois reviendraient dès l’automne, forts de 600 guerriers. Mais le sort sourit encore aux Français car le commandant Iroquois meurt avant même la bataille. Y voyant une mauvaise augure, les guerriers rentrent bredouille. En 1661, ils reviennent à la charge, tuant 100 français, mais sans décrocher une victoire totale. Les tentatives ne cesseront qu’en 1667, avec l’arrivée des 1 300 soldats et officiers du régiment Carignan-Salières. Le rapport de force s’inverse. Les Iroquois sont prêts à négocier. Ce sera la grande paix de 1701.
Pourquoi en a-t-on fait un héros ? Parce que c’en était un. Volontaire pour aller au devant d’un danger réel, au péril de sa vie. L’église a beaucoup aimé savoir (par les évadés Hurons) que lui et les Français étaient pieux, priant matin et soir. Les élites coloniales voyaient en lui un combattant de la civilisation européenne contre “les sauvages”, les récits, biaisés, successifs, évacuant le courage des alliés Hurons.
Pourquoi en a-t-on fait un pestiféré ? Pour les nationaliste québécois modernes, notamment Jacques Ferron, Dollard était le symbole du statu quo, du colonialisme, de l’obscurantisme religieux, du Canada même. Il faisait écran à ceux qu’on devait vraiment célébrer: les Patriotes, modernes, démocrates, anticoloniaux, dénoncés par le haut clergé car rebelles et – sacrilège – prônant l’école laïque. Le combat pour remplacer la fête de Dollard par celle des Patriotes procède de cette logique.
Que faudrait-il en dire aujourd’hui ? Ce qui frappe est la conjonction d’intérêt et de valeur des Français et des Hurons, représentés par Dollard et Annaotaha. Ils ont chacun risqué leur vie pour protéger leurs peuples respectifs contre un ennemi qui souhaitait leur disparition. Ce couple improbable, plongé dans un destin commun, trouvant la mort à quelques mètres l’un de l’autre, ne représente-t-il pas une même volonté, autochtone et québécoise, de résister, se battre et survivre aux plus terribles intempéries de l’histoire ? Et d’y réussir ? N’y a-t-il pas là, au fond, un beau récit binational ?
(Une version légèrement plus courte a été publiée dans Le Devoir.)
Avertissement : ceci est un communiqué fictif. Québec (Québec), le 7 mai 2034 — L’Assemblée nationale du Québec tient à rappeler à l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador que l’histoire de l’occupation du territoire sur le cadran nord-est du continent ne peut faire abstraction de l’arrivée des colons français et de leur impact considérable sur le développement du Québec.
L’annonce par l’Assemblée des Premières Nations de l’ouverture d’un musée de l’histoire des Premières Nations uniquement destiné, a déclaré son président, « à retracer l’histoire des 11 nations actuellement présentes sur le territoire » est de nature à invisibiliser la présence et la contribution des millions de Québécois qui, depuis la Nouvelle-France jusqu’à aujourd’hui, ont eu un impact majeur.
Les propos de l’historien autochtone chargé du projet de musée, Ghislain Sioui-Saganash, selon lequel « la présence de colons étrangers n’est qu’une péripétie d’un récit beaucoup plus riche » contribuent à l’effacement systématique de notre passé commun, a déclaré Catherine Dorion, ministre de la Culture du gouvernement d’Éric Duhaime. « Les propos tenus sont inacceptables, a-t-elle dit. Nous sommes indissociables de l’histoire de cette terre. Nous sommes présents ici depuis un demi-millénaire. Suggérer que nous sommes une péripétie revient à nous reléguer à un rôle secondaire, alors que notre contribution à la formation du Québec moderne est fondamentale. Ce nationalisme autochtone étroit ne représente pas l’histoire du Québec. »
« Afin d’éviter de commettre de nouveaux impairs envers les Québécois et d’assurer qu’ils occupent la place qui leur revient dans l’histoire du territoire, il est impératif pour les responsables du projet de musée d’impliquer activement des historiens québécois reconnus, » a conclu Mme Dorion. Fin de la fiction.
Vous venez de lire un décalque fidèle du communiqué émis la semaine dernière par l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), au sujet du futur Musée national de l’histoire du Québec. La prise de position de Ghislain Picard est caractéristique d’une confusion qui n’en finit pas de polluer la discussion entre Autochtones et Québécois.
Je suis de ceux qui croient que les nations autochtones du Québec devraient disposer d’exactement autant d’autonomie qu’elles le désirent. C’est pourquoi je suis heureux de leur victoire — et de la défaite du gouvernement du Québec, qui menait un combat douteux — dans la détermination de leur autonomie en matière de protection de la jeunesse. Au-delà de la dette que nous avons envers ces nations — provenant essentiellement de la spoliation de leur territoire par l’industrialisation depuis le début du XXe siècle —, notre voisinage sur notre territoire commun ne peut s’apaiser d’abord, fleurir ensuite, que dans la reconnaissance que nous formons des nations distinctes, autonomes les unes des autres, qui se doivent respect et, si possible, reconnaissance.
L’APNQL a refusé que l’Assemblée nationale du Québec légifère en matière de soutien aux langues autochtones, affirmant que c’est leur affaire. Parfait. De même, elle a refusé la désignation d’un commissaire autochtone, qui aurait été associé au commissaire national, au bien-être et aux droits des enfants. C’est son droit. Mais pourquoi certains souhaitent-ils que le Québec adopte comme langues officielles les langues autochtones ? Ce serait comme demander aux Mohawks d’adopter l’inuktitut ou le cri, sans compter le français, comme l’une de leurs langues officielles. Chacun sa nation, chacun sa langue officielle. Que les Autochtones vivant hors réserve votent aux élections québécoises, c’est normal. Mais pourquoi ceux qui vivent au sein de leur propre nation, qui ont leur propre gouvernance, votent-ils également dans la nôtre ? Il faut un aggiornamento de notre coexistence.
Le débat entourant le Musée national de l’histoire du Québec est le parfait moment pour commencer à clarifier ces choses. Avant l’arrivée de Champlain, il n’y avait pas d’histoire « du Québec ». Ce mot algonquin signifie « passage étroit », et il ne serait venu à aucun groupe autochtone l’idée saugrenue de nommer une ville ou un territoire par ce terme. L’histoire nationale que le musée veut raconter concerne la nation québécoise. Or, puisque les nations autochtones affirment haut et fort qu’elles ne font pas partie de la nation québécoise — ce qui est parfaitement exact —, le récit qui doit s’y tenir doit être celui, bref, des Québécois.
On suppose que le premier arrêt de la visite portera sur l’environnement dans lequel Champlain arrive, un environnement dominé par les nations autochtones. Toute la première partie de cette histoire, la Nouvelle-France, est celle de l’interaction entre colons et autochtones, entre alliances et rivalités, jusqu’à la Grande Paix, événement exceptionnel de conciliation qui, s’il avait lieu aujourd’hui, vaudrait à tous ses signataires le prix Nobel. La seconde partie, je suppose, portera principalement sur la conquête anglaise et ses suites, alors que les Autochtones sont en effet invisibilisés par le nouveau régime.
Je serais extrêmement heureux de visiter un jour un Musée de l’histoire des nations autochtones. Ce serait fascinant. Il faudrait assurément passer par un grand nombre d’étapes avant d’aborder le moment où les premiers bateaux européens apparaissent dans le Saint-Laurent. L’histoire de l’interaction, de l’oppression, puis du réveil moderne des nations autochtones serait narrée de leur point de vue. Je suppose que les débats seront épiques, entre historiens autochtones, sur la meilleure façon de parler des rivalités entre leurs nations.
Il se trouvera, j’en suis certain et c’est normal, des historiens québécois pour critiquer la façon dont Champlain et les autres sont traités dans ce musée. Comme il est normal que les historiens autochtones soient attentifs et critiques de la description que fera de leurs nations le musée québécois.
Mais, pour utiliser une expression à la mode, que chacun gère à sa façon sa fougère historique. Le jardin n’en sera que plus vert.
Les parlementaires québécois suivaient avec attention, jeudi, le discours du premier ministre français. Les mots choisis étaient forts, offrant aux liens franco-québécois une couleur d’éternité, de jeunesse éternellement renouvelée. Il se passa quelque chose lorsque l’invité d’honneur déclara ce qui suit : « Certains pensaient sans doute que le français avait pour vocation à disparaître de la carte de l’Amérique du Nord. Ils ne connaissaient pas les Québécois… »
Il ne put finir sa phrase tant les parlementaires exprimèrent spontanément, et bruyamment, leur accord. On n’en parle jamais, mais tapi au fond de la conscience québécoise se cache le sentiment profond d’être des rescapés de l’histoire, des évadés de la disparition, des survivants. Il suffit que quelqu’un nous le rappelle pour que jaillisse une fierté venue du fond des temps.
De Gaulle avait soulevé une foule de 10 000 personnes réunie à la grande place d’Expo 67 en usant de mots semblables, sur le risque de défaite définitive auquel ont fait face les habitants de la Nouvelle-France, une fois soldée la conquête anglaise. « On pourrait croire que ce passé ayant été marqué d’une telle douleur, Montréal aurait perdu son âme française dans le doute et dans l’effacement, a-t-il dit. Miracle ! Il n’en a rien été. »
L’amitié de la France, la fraternité, le commerce et tout ça, c’est bien, c’est bien. Mais il y a mieux. Beaucoup mieux. Avant de Gaulle, aucun chef d’État étranger n’avait démontré autant d’égard envers les représentants des Canadiens français — Jean Lesage, Daniel Johnson — que lui. Sa venue au Québec en 1967 représentait pour les francophones, au complexe d’infériorité patent, économiquement dominés, linguistiquement opprimés, politiquement marginalisés, l’inédite reconnaissance, par un géant de l’histoire, de leur valeur.
À Québec, puis tout le long du Chemin du Roy, il a vanté à chaque discours la résilience canadienne-française — « une persévérance inouïe », disait-il — à travers deux siècles d’isolement. De Gaulle venait dire aux Québécois qu’il reconnaissait non seulement la force dont ils avaient fait preuve dans l’histoire, mais l’éclat de leur renaissance, depuis le début des années 1960. Il allait jusqu’à leur dire que, si la France voulait se tenir aux côtés de ce nouveau Québec, c’est aussi qu’elle avait besoin de lui, de sa modernité, de sa jeunesse, de son énergie, pour construire de concert un avenir francophone commun. Bref, le général offrait aux Québécois ce dont ils étaient le plus assoiffés : le respect.
Le discours de Gabriel Attal a repris ces thèmes, vantant en particulier la jeunesse québécoise, le sang des jeunes soldats, notamment du 22e Régiment, versé pour contribuer, deux fois, à sauver la France. Du respect, et de la reconnaissance. Voilà encore, pour les Québécois de 2024, des denrées rares.
Ce serait déjà beaucoup. Mais il y a aussi, plus rare encore, la contrition. Lorsqu’avec « Vive le Québec libre ! », de Gaulle a commis, du balcon de l’hôtel de ville de Montréal, une des plus grandes ingérences dans la vie d’un pays allié de l’histoire des démocraties, il en était à sa troisième visite. Il était d’abord venu après la libération, en 1944, puis en 1960, juste avant l’élection qui allait porter au pouvoir les révolutionnaires tranquilles.
Ce séjour l’emmena devant le monument des plaines d’Abraham qui commémore le combat de 1759, celui qui fera qu’on ne parle plus de la Nouvelle-France qu’au passé. Alors que le grand Charles tenait la pose pendant les discours d’usage, revenant sur le récit des combats, son aide de camp, François Flohic, entendit l’aide de camp du lieutenant-gouverneur du Québec, le colonel Martin, lui glisser à l’oreille : « C’est alors que vous autres, maudits Français, vous nous avez abandonnés ! » Flohic, sonné, relata peu après l’anecdote à son président.
Il ne le prend pas mal, car il partage cet avis. « Louis XV avait bien les moyens d’envoyer d’autres troupes après la mort de Montcalm, pour permettre à Lévis de l’emporter sur les Anglais, confia-t-il à un diplomate en juillet 1967. Il a eu la légèreté de céder à la dérision de la Cour, qui se moquait, comme Voltaire, de “quelques arpents de neige vers le Canada”. Il a abandonné nos soixante mille colons à leur sort. C’est une action peu honorable, il fallait l’effacer. »
Gabriel Attal a entamé son discours en évoquant Cartier et Champlain. Prisonnier de la chronologie, il ne pouvait éviter ce moment douloureux. Il le fit en citant René Lévesque, qui parla « de deux siècles où se construisit un fossé d’ignorance et de méconnaissance ». Attal a enchaîné : « Une éclipse, de deux siècles. Une éclipse coupable. » La beauté de cette prise de culpabilité tient au fait qu’elle n’était ni attendue ni nécessaire. Donc, généreuse. Une vieille querelle, une vieille rancoeur, oubliée en 2024, mais toujours vivace en 1967. Le maire Jean Drapeau avait fait preuve d’un cran surhumain en répliquant à de Gaulle, le surlendemain de son envolée du balcon : « Nous avons appris à vivre seuls pendant deux cents ans d’abandon. » Il rappela que, dans l’élite française, le sort du peuple québécois « n’a jamais fait, jusqu’à vous, Monsieur le Président, l’objet d’un intérêt particulier ». Donc, « il n’y a pas de gratitude à souligner envers les gouvernements français successifs ». Dur.
Les vérités ont donc toutes été dites il y a bientôt 60 ans. Il fallait au plus jeune premier ministre de l’histoire de la République française — à ses conseillers et à ses scribes — une profondeur de vue, une volonté d’aller au fond des choses, une connaissance fine, peut-être, de la psyché québécoise, pour choisir d’insérer dans un discours par ailleurs très moderne ces balises historiques qui ont peu à voir avec les transactions, contrats ou bonnes manières, et tout à voir avec l’ancrage historique qui font que deux nations ont forgé ensemble, à travers drames, déchirements et raccommodements, une relation d’une épaisseur telle qu’elle permet à M. Attal d’annoncer que « rien ni personne ne pourra la rompre », car cette éclipse ancienne, « je le crois très profondément, jamais ne se reproduira ». Le Général serait fier de lui.
Robert Bourassa avait rendu l’âme. Des funérailles nationales avaient été organisées. Mon patron Lucien Bouchard en revenait. Dans son bureau alors juché dans les hauteurs de l’immeuble d’Hydro-Québec, on lui passait l’appel d’André Bérard, président de la Banque Nationale, en déplacement en Asie. Bérard était un acteur clé du grand sommet sur l’économie qu’on préparait. Entre autres sujets, j’entendis M. Bouchard lui dire : « Il a eu une excellente semaine. » L’appel terminé, je lui demandai : « L’excellente semaine, c’était celle de Bourassa ? » Bouchard opina. « Vous vouliez dire, à part pour le décès ? »
Brian Mulroney est en train de passer une excellente semaine. On ne tarit pas d’éloges, mérités, sur ses tentatives de réintégrer le Québec dans le giron canadien, sur son opposition à l’apartheid, sur son combat gagné contre les pluies acides et sur le libre-échange canado-américain, entre autres.
Ayant participé, dans ces pages et sur les ondes, à vanter ses nombreux mérites, puis-je me permettre de conclure que son bilan était globalement positif ? Ce qui signifie qu’il ne l’était pas totalement. Les privatisations d’Air Canada et du Canadien National ont-elles vraiment été bénéfiques ? On dit beaucoup de bien de ses initiatives environnementales, mais le feu vert donné à l’expansion de l’extraction pétrolière dans l’Ouest a-t-il vraiment rendu service à la planète ?
La principale tache qui devrait apparaître au passif de Brian Mulroney concerne les droits des femmes. Deux fois il a tenté de recriminaliser l’avortement. S’il a échoué, c’est bien malgré lui.
En campagne, Mulroney s’était déclaré contre « l’avortement sur demande ». Il était élu depuis quatre ans lorsque la Cour suprême, dans la cause Morgentaler en janvier 1988, affirma sans détour que « forcer une femme, sous la menace d’une sanction criminelle, à mener le foetus à terme, à moins qu’elle ne remplisse certains critères indépendants de ses propres priorités et aspirations, est une ingérence profonde à l’égard de son corps et donc une atteinte à la sécurité de sa personne ».
On s’est habitués depuis à vivre avec la décision de la Cour comme seule boussole en matière d’avortement, mais il semblait à l’époque inconcevable que le Parlement ne balise pas la chose par une loi. Mulroney en faisait une priorité et déposa un projet qui interdisait l’avortement en fin de grossesse. Le texte fut défait par une majorité de députés composée de ceux qui jugeaient le texte trop restrictif et d’autres, surtout conservateurs, qui le trouvaient trop permissif. Mulroney revint l’année suivante avec un texte plus dur, interdisant tous les avortements sauf si le médecin traitant jugeait que la vie ou la santé de la mère était en danger. Les médecins contrevenants seraient passibles de deux ans de prison.
Cette fois, la mesure fut adoptée par la Chambre, Mulroney et ses ministres étant parmi les 140 députés ayant voté pour, 131 ayant voté contre. Ne restait que l’étape du Sénat, où une majorité favorable au projet semblait acquise. Mais Mulroney y avait entre autres nommé son ancienne ministre Pat Carney, dont les convictions pro-choix étaient bien connues. Carney se souvient d’avoir reçu avant le vote des « pressions très, très fortes » lui enjoignant, au moins, de s’abstenir. Ordre alphabétique oblige, elle fut la première représentante du Parti conservateur du Sénat à s’exprimer. Elle se leva et vota non. Contre toute attente, quelques autres sénateurs conservateurs suivirent son exemple. « Plusieurs hommes sénateurs estimaient que l’avortement était un enjeu concernant les femmes, a-t-elle raconté. Ils m’ont dit qu’ils pensaient s’abstenir, jusqu’à ce qu’ils me voient voter non. » Une fois compilé l’ensemble des votes, le président du Sénat, le sénateur conservateur Guy Charbonneau, constate l’égalité. Il a le pouvoir de la briser. Posant le geste le plus important de sa carrière, il s’abstient. Le projet de loi recriminalisant l’avortement ne s’en relèvera pas.
« Après le vote, raconte Carney, je suis retournée à mon bureau pour siroter du thé et attendre de connaître mon sort. Au cours des jours qui ont suivi, je fus démise de fonctions clés au sein de comités sénatoriaux et fus l’objet de rumeurs malveillantes. » Le signe transparent de la mauvaise humeur du premier ministre, humilié par ses propres sénateurs — et sa sénatrice.
Comment Brian Mulroney relate-t-il ce grave échec dans sa biographie de 1300 pages publiée en 2007 ? On n’y trouve que deux références à l’avortement. La première mentionne une lettre que le premier ministre d’alors Pierre Elliott Trudeau avait envoyée à l’archevêque de Toronto, le cardinal Gerald Carter, pour l’assurer qu’il n’hésiterait pas à utiliser la disposition de dérogation de la Constitution pour empêcher l’établissement d’un droit à l’avortement au Canada. La seconde indique simplement que, pendant son mandat, Mulroney a entre autres « procédé à une législation sur l’avortement ».
On comprend que le mémorialiste n’ait pas voulu attirer l’attention sur un passage aussi peu reluisant. S’il l’avait fait, il aurait pu nous apprendre ce que les documents de son Conseil des ministres allaient nous révéler en 2013 : si on juge son projet résolument anti-femmes, il a au moins eu le mérite d’avoir bloqué les pires pulsions de son ministre de la Santé, Jake Epp. Ce dernier souhaitait envoyer en taule les femmes pratiquant l’auto-avortement et prolonger à 10 ans les peines des médecins avorteurs. À sa décharge aussi : sa ministre de la Condition féminine, Barbara McDougall, et sa ministre de la Justice, Kim Campbell, étaient également, à l’époque, favorables à l’interdiction partielle de l’avortement.
Mulroney aurait aussi pu écrire qu’ayant échoué, il démontra hors de tout doute qu’il était impossible de restreindre le droit à l’avortement au Canada. Une victoire historique que les femmes lui doivent bien.
« Parfois, on lit ça dans un livre, me dit-il, déconfit. On lit que M. Untel a regardé le mur et ne savait pas quoi faire. Tu te dis : “C’est juste dans les livres…” Ben, c’est vrai. Je le faisais. Je savais pas comment j’allais m’en sortir. » Ces semaines de juillet 1992 constituent, confie-t-il, « la période la plus difficile de [sa] vie politique ».
Brian Mulroney me tenait en otage à la petite table de réunion attenante à son grand bureau d’avocats de Montréal. Les murs étaient ornés d’innombrables photos de lui avec tous les grands de la Terre, poignées de mains viriles, sourires en position maximale, postures d’un fils d’électricien de Baie-Comeau qui se pince de s’être hissé à ces sommets.
Pendant 18 heures étalées sur quatre ou cinq rencontres, Mulroney déployait devant moi son talent de conteur, revivant les enthousiasmes et les douleurs qui l’avaient habité le long du chemin de croix qui s’était conclu par son plus grand échec : l’incapacité à réparer l’erreur de Pierre Trudeau et de mettre fin à l’isolement du Québec dans le texte fondamental du Canada, sa constitution. Son récit, haut en couleur, était fréquemment ponctué par l’expression « quelle médiocrité ! » qu’il réservait aux journalistes qui ne comprenaient jamais rien ou — pire — qui ne voulaient jamais rien comprendre.
Il m’interdisait d’enregistrer les sessions, ce qui me posait un énorme problème. Je peinais à écrire sur mes feuilles la totalité des anecdotes, dialogues et jugements qui sortaient de sa bouche, d’autant qu’il s’emportait parfois, accélérant le rythme, mimant la gestuelle, le ton et la parlure des uns et des autres. Je m’en voulais de l’interrompre. Attendez, attendez, je ne voulais pas en perdre une miette.
L’homme qui regardait le mur contemplait un dilemme enveloppé dans un paradoxe. Lors de son élection, en 1984, il s’était engagé à réintégrer le Québec dans la famille canadienne « dans l’honneur et l’enthousiasme ». (On attribue à tort la formule à Lucien Bouchard, qui avait écrit le reste du discours. Mais c’est un autre proche Jean Bazin, amant de l’emphase, qui avait ajouté ces mots.) Une première entente, dite du lac Meech, s’était fracassée en 1990 sur le refus de deux provinces, le Manitoba et Terre-Neuve, elles-mêmes aiguillonnées par la campagne d’un Pierre Elliott Trudeau sorti de sa retraite pour traiter les partisans de l’accord de « pleutres » et d’« eunuques ». Un amant de l’insulte.
S’était ensuivi un festival de consultations et de négociations menées par son ministre et ancien rival Joe Clark. Mulroney souhaitait — et, en fait, avait exigé — qu’à cette étape, les discussions ploient sous le poids de leur propre complexité. Cette démonstration faite, il allait ramasser les morceaux qui lui plaisaient, essentiellement les éléments de Meech, dans un amendement constitutionnel qu’il allait faire adopter grâce à sa majorité parlementaire, puis soumettre à un référendum pancanadien qu’il pensait pouvoir gagner. Ainsi, il aurait le dernier mot. Un amant de l’optimisme.
« On avait une stratégie, tonne-t-il. Elle était peut-être mauvaise, mais nous en avions une. »
Il est donc livide quand il apprend que, de ce magma, une entente unanime a surgi. Tout est maintenant gâché par ce Clark qui n’a pas suivi ses ordres, car « il se prend pour Thomas Jefferson », l’un des pères fondateurs des États-Unis. Mais Clark ne pouvait y arriver que si le Québec disait oui. Ou plutôt Robert Bourassa, avec qui Mulroney avait pourtant privément dessiné son plan. Avec Robert, confie-t-il, « on ne se parlait pas tous les jours, mais il arrivait qu’on se parle plusieurs fois par jour ».
Ce qui fait particulièrement rager Mulroney est la concession faite aux petites provinces de leur donner un poids égal aux autres au Sénat, ce qui rend l’Île-du-Prince-Édouard aussi puissante que le Québec, qui disposait jusque-là de 25 % des banquettes sénatoriales. Il estime que cette concession, sans contrepartie pour le Québec, est une monstruosité politique que les Québécois n’accepteront jamais — quoi qu’en dise leur premier ministre — et qui conduira à l’isolement du Québec. « Moi, en tant que Québécois, j’aurais jamais voté pour ça. Jamais ! »
Dès lors, un curieux scénario se déroule. Le Québécois qui dirige le Canada va forcer le Québécois qui dirige le Québec à être plus ambitieux pour son peuple.
Il prend les choses en main et, pour la phase finale, réunit les premiers ministres et réussit à colmater plusieurs brèches que, comme Québécois, il jugeait intolérables. Puis il y a retournement de situation. L’équipe de négociation du Québec, dont son ministre de la Justice, Gil Rémillard, insiste pour refermer davantage de trous. Dans une scène qu’on rêve de voir mise en images sur pellicule, Mulroney vient arracher à Rémillard le texte qu’il a entre les mains, le plaque ni plus ni moins vers l’extérieur d’un bureau, et lui lance une invitation à pratiquer sur lui-même un acte sexuel. Bourassa laisse faire. Mais, pris d’un soudain regain d’autonomisme, le premier ministre québécois s’avise, dans les derniers jours, de réitérer une demande historique : le retrait du fédéral de tous les champs de compétence québécois. Mulroney le largue, les autres premiers ministres bondissent sur la proie. À la fin, dit l’un d’eux à la CBC, « il y avait du sang sur le sol ».
Sonné et conscient que ces résultats ne peuvent être vendus aux Québécois par référendum, Bourassa plaide en privé avec son ami pour éviter ce calvaire et procéder simplement par votes dans les assemblées législatives. Mulroney l’avertit : « Je sais quoi faire ! Moi, je m’en vais à la Chambre des communes, et il y aura un référendum sur le paquet [de réforme], et le référendum sera pancanadien. » Bourassa est piégé par l’autre premier ministre venu du Québec. Condamnés à perdre ensemble.
C’est simple, chaque fois que Mulroney apparaît dans les livres que j’ai consacrés à l’affaire (Le tricheur et Le naufrageur), il vole la scène. Comme dans la vie. Il était très curieux de savoir comment il apparaîtrait dans les ouvrages et s’en informait. « Tu as parlé aux autres premiers ministres ? » me demandait-il. Oui. « Que disent-ils de moi ? » Je le lui disais. « Alors, sur 10, tu me donnes combien dans ton livre ? » Euh, je dirais 8 sur 10. Il demandait : « J’ai perdu mes deux points où ? » Ben, M. Mulroney, balbutiais-je, ça n’a pas marché. « Ouin. »
En échange de sa franchise, il avait requis l’anonymat. J’ai dû me replier sur la mention que Mulroney avait raconté tout ça « à un confident ». Puis, lorsque j’ai publié en 2012 une synthèse de l’enquête (Le petit tricheur), je lui ai demandé si, le temps s’étant écoulé, je pouvais enfin lui attribuer toutes ces extraordinaires anecdotes. Il n’y était pas disposé. Mais, osais-je demander, après votre mort, qu’on souhaite le plus tard possible, ce sera envisageable ? Sa réponse : « Tu m’appelleras à ce moment-là. » Un amant de l’humour.
(Une version de ce texte a d’abord été publiée dans Le Devoir.)
(Pour ses 90 ans, en janvier 2023, une soirée hommage est organisée à Ottawa pour Jean Chrétien. Personne ne mentionnera ceci.)
Nous avons été trop durs avec ce pauvre Pierre Trudeau. Nous l’avons accablé. Simplement parce qu’en mai 1980, à la veille du premier référendum sur la souveraineté, il a solennellement promis que si les Québécois votaient non, il y aurait « du changement ».
L’ayant applaudi ce soir-là, le chef québécois du camp du Non, Claude Ryan, comme un jeune conservateur nommé Brian Mulroney affirment avoir compris que ces «changements » offriraient au Québec davantage d’autonomie.
Trudeau allait au contraire lui en enlever, dans une Constitution écornant le pouvoir des Québécois de gérer à leur guise leur système scolaire et leur langue. Ryan et le chef du camp du Non de 1995, Daniel Johnson, allaient par écrit utiliser le mot « trahison » pour caractériser l’écart entre la promesse de Trudeau et sa conséquence.
Rétrospectivement, j’affirme qu’ils ont été trop durs. Car nous avons maintenant un point de comparaison qui rend bien timide l’ambiguïté coupable de Trudeau par rapport à la brutale clarté de son successeur, Jean Chrétien. Il y a 15 ans, cinq jours avant le référendum de 1995, l’élève a dépassé le maître.
Et grâce aux mémoires publiés ainsi qu’aux entrevues offertes depuis par les principaux protagonistes, nous savons maintenant comment a été conçu et exécuté un des grands mensonges de notre histoire.
Dans la semaine précédant le référendum, Jean Chrétien et son entourage sont inquiets. Eux qui croyaient asséner aux souverainistes une défaite historique — et les pousser en deçà de leur score de 40 % de 1980 — s’éveillent à la possibilité d’une courte victoire du Oui. Dans l’urgence et dans plus d’un brin de panique, Chrétien et ses ministres entrent dans la campagne du Non comme un éléphant dans une partie de quilles en train d’être perdue.
Le premier ministre décide de parler fort et de parler deux fois. D’abord lors d’un grand rassemblement à Verdun, au sud-ouest de Montréal. Puis dans un solennel discours à la nation. Il ne doit pas manquer son coup. Selon la phrase célèbre d’un de ses conseillers : « Il faut tirer pour tuer la proie, sinon à quoi bon ? » Ces deux discours doivent ramener les indécis dans le camp du statu quo. Mais comment s’y prendre ?
L’aveu du conseiller
Dans The Way It Works, ses mémoires publiés en 2006, le conseiller de Chrétien Eddie Goldenberg révèle que le débat sur l’opportunité de mentir aux Québécois a eu lieu au moment de la rédaction des textes. Jean Chrétien, le conseiller Patrick Parisot (maintenant chez Ignatieff) et Eddie Goldenberg scrutent le dilemme.
Si Chrétien, raconte Goldenberg,
« disait brutalement qu’un vote pour le Oui signifiait l’éclatement du Canada, comment pourrait-il affirmer la semaine suivante que le référendum était illégitime parce que la question n’était pas claire ? D’autre part, s’il ne disait pas qu’un vote pour le Oui signifiait l’éclatement du pays, alors les forces du Oui avaient une bien meilleure chance de gagner. »
Ce dilemme existe parce que le premier ministre a déjà décidé qu’il ne reconnaîtra pas la légitimité d’une victoire du Oui. Il l’a affirmé en privé à plusieurs proches, il le confirmera au lendemain du vote, déclarant qu’il aurait « défendu la Constitution », qui ne prévoit pas de sécession possible. Il le redit dans ses propres mémoires.
L’enjeu étant clairement posé dans la rencontre entre les conseillers et le chef, le premier ministre Chrétien, l’enfant de Shawinigan, trancha ainsi, selon Goldenberg :
« Faisons tout ce qu’on peut faire pour gagner cette semaine. Si on perd quand même, cela ne m’empêchera pas d’affirmer que la question était trop ambiguë pour être prise comme un mandat de se séparer. Écrivez-moi un discours précisant que l’enjeu du référendum est de rester dans le Canada ou de le quitter. Mettez cette déclaration dans mon discours pour Verdun, puis dans mon message télévisé. »
Intéressant que Goldenberg reporte la responsabilité d’un tel non-respect de l’éthique sur Chrétien, en le citant aussi longuement. Mais qu’en dit le principal intéressé ?
L’aveu de Chrétien
Il confirme. Dans sa biographie, Passion politique, publiée en 2007, il explique :
« J’étais dans une situation très difficile. D’un côté, je voulais encourager les nationalistes mous et les indécis à voter Non en leur signalant les dangers tangibles d’un Oui.
D’un autre côté, je devais éviter de me piéger moi-même en donnant à entendre qu’un Oui gagnant enclencherait inévitablement et irréversiblement la mécanique de la séparation.
J’ai alors décidé qu’il était plus important de ne pas parler de ces conséquences que personne ne pouvait prédire et de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour assurer tout de suite la victoire du Non. »
L’important pour lui était donc de duper les indécis et les nationalistes modérés avec cette stratégie lui permettant d’être gagnant quoi qu’il arrive : s’il faisait assez peur, il gagnerait ; si ça ne marchait pas, il refuserait de perdre.
Que dit-il cinq jours avant le référendum du 30 octobre ? Alors que les sondages oscillent autour de 50 % (pas de 55 %, ni de 60 %, ni de 66 %) et alors que la question posée est celle que l’on sait, Jean Chrétien donne à la nation le sens du vote : « Demeurer canadiens ou ne plus l’être, rester ou partir, voilà l’enjeu du référendum. »
Puis, il indique au pays à qui appartient la décision. Au premier ministre ? À la Chambre des communes ? Aux articles de la Constitution ? Non : « D’un bout à l’autre du Canada, les gens savent que cette décision est entre les mains de leurs concitoyens du Québec. » Finalement, et plus fondamentalement encore, il décrit ce qui se passera, cinq jours plus tard, si le Oui l’emporte : l’indépendance du Québec est une « décision sérieuse et irréversible ». Irréversible.
Chrétien ne dit pas qu’il ne reconnaîtra cette victoire du Oui que si elle franchit une barre plus élevée que celle des 50 %. Il ne dit pas qu’il se réserve le droit de juger de la qualité de la majorité. Il ne dit pas que le libellé de la question le laissera songeur. Au contraire, chacun comprend qu’il s’apprête à respecter les règles et que pour cette raison, ainsi que parce qu’il craint une courte victoire du Oui, il s’astreint à en expliquer clairement, froidement, brutalement les conséquences.
Bref, à la télévision, Jean Chrétien a menti de manière préméditée, délibérée et assumée à la nation québécoise (dont il ne reconnaît pas l’existence). Toujours dans ses mémoires, il attribue à cette stratégie le mérite d’avoir « renversé la vapeur et d’avoir donné la victoire au Non ».
Le suivre dans ce raisonnement c’est admettre que la survie du Canada repose sur un mensonge.
La longue entrevue accordée en 2009 par son chef de cabinet, Jean Pelletier, confirme l’esprit qui régnait alors autour du premier ministre. À l’éditorialiste Gilbert Lavoie, qui lui demande s’il s’était inquiété du respect de la loi référendaire dans les opérations fédérales au Québec, Pelletier répond : « Non. Il y en a peut-être qui se sont posé ces questions-là, mais pas moi. Quand on est en guerre, on va-tu perdre le pays à cause d’une virgule dans la loi ? »
Le palmarès des mensonges
Il est trop tôt pour situer définitivement ce mensonge dans le palmarès québécois. Est-il équivalent à celui de George-Étienne Cartier, qui promettait en 1867 une consultation populaire sur l’entrée du Québec dans la Confédération, puis refusait de la tenir ? Où de Mackenzie King, qui s’engageait devant les Québécois à ne pas recourir à la conscription pendant la Deuxième Guerre, puis demandait par plébiscite à tous les Canadiens de le relever de sa promesse ? Ou du Terre-Neuvien Clyde Wells, qui s’engageait par écrit à faire « tout en son pouvoir » pour tenir un vote sur l’accord du lac Meech, puis refusait de tenir ce vote ? Ou de Robert Bourassa, qui affirmait que « le statu quo est la pire solution pour le Québec », puis s’épuisait à faire triompher le statu quo ?
Difficile à dire. Sans pouvoir déterminer si tôt où placer le mensonge de Jean Chrétien dans le palmarès historique, on peut dire qu’il surpasse nettement celui de Pierre Trudeau. Et que de toutes les déclarations condamnables prononcées lors des deux campagnes référendaires, celle de Jean Chrétien est de loin la plus déshonorante.
Moi, je la trouve magnifique, l’avenue Christophe-Colomb. Et avec les pistes cyclables permanentes, elle deviendra plus invitante encore. Elle s’appelait le « boulevard des Ormes » jusqu’en 1897. Doit-on revenir à l’appellation d’origine et ainsi investir dans l’industrie du changement d’adresse et de l’imprimerie de cartes de visite ?
Rien ne sert de discourir sans comparer froidement les atouts de chacune des candidatures. Il y a du pour et du contre. Voici ma tentative de synthèse.
L’orme. Prisé des châtelains français pour son élégance, ce grand arbre de 30 mètres ou davantage a un cousin, l’Orme d’Amérique, superbement adapté à notre climat . Son fruit, précoce au printemps, attire et nourrit les oiseaux, dont la présence et les chants sont reconnus comme rehaussant l’indice de bonheur de ceux qui sont dotés, dans leurs environs, d’yeux et d’oreilles. Son feuillage participe à la baisse des températures, donc à la réduction de la mortalité pendant les canicules.
Tout n’est pas rose. Il attire et nourrit les écureuils, dont on pourrait se passer. Chaque automne, ses feuilles tombent et doivent être ramassées, un cauchemar. Par grands vents ou verglas, des branches tombent sur des passants et des voitures, ce qui peut gâcher leur journée. L’orme souffre de la « maladie hollandaise » — sans rapport avec la surévaluation de la monnaie causée par la surchauffe pétrolière, du même nom. Mais l’orme, coupé, est un excellent bois d’oeuvre, très résistant à l’eau et excellent dans la production de bâtons de hockey.
Christophe Colomb. Il en fallait, de l’audace, du charme, du sens de l’entreprise et de l’organisation, pour mettre sa vie à risque et traverser l’océan en quête de découvertes. Les Vikings et les Basques avaient fait la traversée avant lui, mais il fut le premier, non à découvrir, mais à conquérir. Il cherchait les épices et les soies d’Asie. Il s’est rabattu sur l’or.
Sur Hispaniola (aujourd’hui Haïti et la République dominicaine), il allait assujettir, puis annihiler, les quelques centaines de milliers de Taïnos et établir le système ainsi décrit par son fils Ferdinand : « Toute personne de 14 ans ou plus devait remplir une grande cloche de faucon de poussière d’or ; tous les autres devaient chacun payer 25 livres de coton. Chaque fois qu’un Indien rendait son tribut, il recevait un jeton de cuivre qu’il devait porter autour du cou comme preuve qu’il avait effectué son paiement ; tout Indien trouvé sans un tel jeton devait être puni. » On leur coupait les mains. Ils en mourraient. Puisqu’il n’y avait pas suffisamment d’or pour respecter le quota, des milliers d’indigènes, selon des sources contemporaines, se sont simplement suicidés.
N’allez pas croire que Colomb n’était cruel qu’envers les autochtones. Non. Il était à ce point mesquin qu’il a poussé 50 de ses marins à mourir de faim, même si des vivres étaient disponibles. Une douzaine d’Espagnols ayant échangé de l’or contre des vivres sans sa permission ont été fouettés. Colomb avait un penchant pour le nombre de cent coups de fouet, de préférence sur une victime nue, homme ou femme. C’est généralement fatal. Il lui arrivait aussi de couper la langue de ceux qui, croyait-il, l’insultaient. Des enfants, espagnols et indigènes, faisaient partie des victimes.
Oui, mais, bon, il ne faut pas le juger selon les normes éthiques du XXIe siècle, mais selon celles de l’époque, non ? Excellent argument. Ces derniers exemples sont tirés du procès qui lui a été fait, à l’époque, par ses contemporains horrifiés. La reine Isabelle (dont il fut, ou non, l’amant) était outrée qu’il torture les indigènes et en fasse des esclaves. Comment allait-on les convaincre ensuite de devenir de bons chrétiens ? Même le pape a pris leur défense. En pleurs devant la reine et le roi, Colomb a reconnu ses fautes et demandé pardon. Il ne fut emprisonné que six semaines.
Nous sommes donc en présence, avec Colomb, non d’un homme portant les imperfections de son époque et qui a fait ce qu’il a pu pour le bien commun, mais d’un personnage d’une exceptionnelle cruauté. Parmi les explorateurs, il ne figure pas dans le petit groupe des bienveillants, comme Champlain, mais dans celui des barbares, avec Cortès, pour ne pas dire des sauvages, au sens brut.
Doit-on lui imputer toutes les victimes de « l’échange colombien », c’est-à-dire de l’introduction dans les Amériques des virus et des maladies courants en Europe, mais inconnus des autochtones ? Cette hécatombe est certainement la pire de l’histoire humaine. L’hypothèse haute chiffre à cent millions le nombre de décès attribuables à ce choc biologique, ce qui équivaudrait au cinquième de l’humanité existante à l’époque. (On ne parle pas ici des maladies volontairement transmises, comme par le Britannique Jeffery Amherst, qui distribuait des couvertures infectées au virus de la variole.)
Comme l’explique superbement Charles C. Mann dans ses livres 1491 et 1493 sur l’avant et l’après-Colomb, rien ni personne n’aurait pu empêcher ce désastre, sauf en inventant la pénicilline 500 ans plus tôt. Cette tragédie sans nom était aussi inévitable que la transhumance humaine et n’est certainement pas une preuve de l’existence d’un Dieu infiniment bon.
Mais pour ceux qui tiennent à en vouloir personnellement à Colomb, Mann rapporte ce détail. Sur Hispaniola, il aurait bu avec l’eau des rivières la shigellose, maladie causée par une bactérie inconnue des Européens et provoquant le syndrome auto-immunitaire de Reiter, dont la douleur est intense et peut être mortelle. « Si, comme des scientifiques le soupçonnent, écrit Mann, le syndrome de Reiter a provoqué le décès de l’amiral, Colomb lui-même fut ainsi une des premières victimes de l’échange colombien. »
Verdict ? Ainsi mieux renseigné sur les avantages comparatifs des ormes et de Christophe Colomb, je me sens tout à coup pris d’un fort penchant pour l’arboriculture et les trésors sylvestres. Vous ?
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