Enfance: l’insondable sans-gêne des Libéraux (texte)

Venons tout de suite à l’essentiel. Chaque jour, au Québec en ce moment, la Direction de la protection de la jeunesse reçoit 20 signalements de maltraitance seulement pour des enfants de 0 à 5 ans. 20 par jour. C’est insoutenable. Et ça augmente depuis plusieurs années. Et on le sait depuis plusieurs années. Et on le dit depuis plusieurs années. On le crie.


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Tiré du dernier rapport annuel des directrices de la DPJ

Une nuance, avant d’aller plus loin. Le décès d’une petite fille à Granby semble être le fruit de mauvaises recommandations de la Direction locale de la protection de la jeunesse et de la mauvaise décision d’un juge de remettre la jeune fille dans son milieu familial toxique. Laissons l’enquête publique faire toute la lumière.

On ne peut cependant passer sous silence l’extraordinaire toupet des membres de la députation libérale du Québec dans le nouveau et nécessaire débat sur la protection de la jeunesse vulnérable. Pendant leur dernier passage au pouvoir ils ont été les artisans conscients de l’affaiblissement constant des services rendus à nos jeunes.

Sans être un spécialiste de la question, j’ai été témoin de cette entreprise de sape car j’ai été pendant près de deux ans le porte-parole de l’opposition en matière de protection de l’enfance.

Rafraîchir la mémoire des Libéraux !

Laissez-moi vous rafraîchir la mémoire à ce sujet, et du même coup rafraîchir celle des ex-membres du gouvernement Couillard qui semblent découvrir aujourd’hui avec effroi comment les choses se sont dégradées, alors qu’ils y ont participé en toute connaissance de cause.

Un des premiers gestes du ministre Barrette fut de couper de 20 millions le budget de la DPJ en 2014. Pour la première fois de leur existence, les directeurs régionaux de la DPJ ont tenu une conférence de presse pour lancer un grand signal de détresse.

Ils affirmaient que réduire les budgets alors que le nombre de signalement d’enfants en difficulté augmente est un non sens. Ils s’inquiétaient aussi que les autres compressions budgétaires libérales dans les écoles, dans les garderies, dans les Carrefours jeunesse emploi allaient provoquer une augmentation encore plus grande du nombre de signalement et une surcharge intenable pour la DPJ.

Quelle fut la réponse de M. Barette et des membres du gouvernement libéral ? Ils ont démantelé l’Association des directeurs de la DPJ pour leur enlever la parole et la capacité d’intervenir dans le débat. Puis, dans le grand projet de loi de réforme global des structures, ils ont posé un geste lourd de sens.

Lorsqu’il avait créé la Protection de la jeunesse, il y a 30 ans, René Lévesque avait pris soin de lui donner une réelle autonomie pour que se crée une réelle culture de la protection de la jeunesse et que la DPJ en fasse un combat permanent. Gaétan Barrette allait détruire cette autonomie pour fusionner sa direction et ses services avec celles de ses nouvelles méga-structures de santé. Avec Diane Lamarre et tout le milieu de la DPJ, nous nous sommes battus pour préserver l’autonomie et les budgets de la DPJ. Le ministre Barrette est resté de marbre.

Ces derniers jours l’ancienne directrice régionale de la DPJ du Saguenay, Danielle Tremblay, a fait le bilan de cette catastrophique décision:

« Par un certain soir de mars 2015, à l’instar de 1300 gestionnaires du réseau de la santé et des services sociaux, [j’ai appris] que mon poste était aboli […] Des gestionnaires compétents, engagés, experts dans leurs domaines respectifs ont été massivement écartés et ont dû, en l’espace de quelques semaines, quitter leurs fonctions, choisir de partir définitivement ou de postuler ailleurs, avec comme résultat une perte d’expertise généralisée […]

 Tout cela a laissé des intervenants désemparés, en manque de repères, d’orientations cliniques, de soutien et de direction. »

Elle continue:

« les mesures d’austérité ont empiré la situation en coupant des postes et des ressources, tant dans les services de première ligne offerts en CSSS que dans les services de protection de la jeunesse, ainsi que ceux relevant des milieux scolaires et des services de garde. Le filet de protection sociale que le Québec avait construit au fil des ans pour les enfants s’est progressivement et tristement effiloché. Les mailles sont devenues de plus en plus larges alors que les problèmes sociaux n’ont pas cessé de s’aggraver. »

Un signal clair de la surcharge de travail causé par les libéraux dans les Centres de protection de la jeunesse a surgi dès l’année suivante, en 2015. avec la crise des fugueuses de Laval. Un rapport alors commandé par le gouvernement libéral et rédigé par l’expert André Lebon tirait clairement, en mars 2016,la conclusion appropriée:

 » il serait illusoire de penser. écrivait-il, qu’on peut respecter les conditions de succès de ces projets en même temps qu’on réduit les engagements financiers. Il est futile de penser réduire les fugues ou mieux accompagner les jeunes filles en cause s’il y a, en même temps, fugue/fuite du financement et des compétences. »

 

Les ministres libéraux ont reçu ce rapport, adopté les changements les moins coûteux, mais ont continué à faire semblant qu’il ne fallait pas augmenter les ressources.

Puis l’année suivante, en 2017, ce fut une juge de la Cour du Québec, qui a directement blâmé la réforme Barrette d’avoir provoqué dans le cas d’un enfant de 5 ans en détresse des « délais déraisonnables » dus au « désordre administratif  » engendré par la réforme. Dans un jugement cinglant, la juge Mélanie Roy a écrit que  « le décalage entre les objectifs de la réforme […] et la réalité vécue par l’enfant est d’une parfaite ironie ».

 

Nous avons constamment livré le combat, interpellé les ministres et le premier ministre pour pousser le gouvernement libéral à revenir à la raison. En rétablissant le budget coupé de 20 millions de dollars et en augmentant les budgets au rythme de l’augmentation des besoins. En redonnant son autonomie à la DPJ. Malgré tous nos appels face à ce que la journaliste de La Presse Katia Gagnon a appelé une « tempête parfaite¨ » à la DPJ, le gouvernenent Couillard est resté glacé dans son insensibilité.

Où étaient les autres Libéraux ? Muets ? Complices !

Lorsque nous demandions cela, à l’Assemblée nationale et en commission parlementaires, étaient assis devant nous l’actuel chef de l’opposition officielle Pierre Arcand, l’actuelle critique en matière de jeunesse Hélène David, en tout 13 membres du gouvernement qui a tourné le dos à la jeunesse vulnérable québécoise et qui sont maintenant députés libéraux. Ils ne furent d’aucun secours. Même en fin de mandat, alors que les surplus budgétaires leur sortaient par les oreilles, ils n’ont jamais rétabli le budget de la DPJ à son niveau antérieur. C’est proprement scandaleux.

La réalité sur le terrain après l’ère libérale a été décrite par une intervenante dans Le Soleil. Je la cite:

«La réalité, c’est qu’on en a chacun 18 enfants à suivre, 20, 22, et parfois même 25. Calculez : 25 enfants, 50 parents. Que l’on doit tous voir régulièrement. Sachez que notre travail d’intervention ne constitue qu’environ 40 % de nos tâches réelles, puisque nous avons des suivis à rédiger, des rapports, des auditions au tribunal à préparer, des consultations cliniques […] bref, le temps manque».

On sait aussi que l’épuisement professionnel et le roulement de personne, d’environ 10%, sont des facteurs aggravants. Alors qu’une intervention auprès d’un enfant en difficulté réclame d’établir un lien de confiance entre l’intervenant et l’enfant, il est fréquent qu’un enfant change plusieurs fois d’intervenant, car l’épuisement et les départs sont nombreux.

Un grand débat ?

Faut-il avoir un grand débat sur la protection de la jeunesse ? Oui, bien sûr. Des états généraux sur la question étaient réclamés dès 2016 par plusieurs, avec l’appui du Parti québécois.

Mais est particulièrement absurde d’entendre aujourd’hui les libéraux réclamer ce débat. Pourquoi ? Parce que le calendrier a fait en sorte que leur gouvernement avait la responsabilité de faire ce débat.  Oui, la loi réclame une mise à jour de la protection de la jeunesse, donc une consultation, des amendements, une commission parlementaire, tous les cinq ans. Les libéraux ont donc tenu ce débat, déposé et adopté un projet de loi, en 2016. Ils n’ont fait que des aménagements à la marge, en ne corrigeant pas leurs propres dégâts. Mais ils se sont déclarés parfaitement satisfaits de leur travail !

Ils sont donc parmi les plus mauvais juges et tout membre du gouvernement Couillard devrait se sentir disqualifié d’intervenir sur ce sujet.

Que faire ?

Nous avions beaucoup réfléchi à cette question, notamment avec le grand spécialiste Camil Bouchard, qui me conseillait en matière de jeunesse.

Maintenant que le gouvernement Legault, et toute l’Assemblée nationale, semblent prêts à se relever les manches, il n’est pas inutile de rappeler nos propositions phares.

D’abord redonner son autonomie à la Direction de la protection de la jeunesse. En réformant les structures actuelles, la DPJ doit retrouver sa marge de manoeuvre et surtout retrouver un porteur de drapeau au Conseil des ministres qui ne soit pas le ministre de la santé ou son ministre délégué. Le meilleur scénario serait de créer un grand ministère de la jeunesse, regroupant éducation pré-scolaire, primaire et secondaire et Protection de la jeunesse.

Simultanément redonner ses moyens à la DPJ en rehaussant son budget de base (le premier budget Legault a livré un premier effort significatif) et en l’ajustant par la suite à la hausse du nombre de signalements. Seul moyen d’assurer en permanence une bonne qualité d’encadrement.

Lancer une Politique nationale de bienveillance envers les enfants qui se donnera un objectif national ambitieux de réduction de la maltraitance sur un horizon de 4, puis de 8 ans. Pour assurer son succès, il faudra mobiliser les meilleures équipes de recherche et d’intervention préventive en matière de maltraitance envers les enfants et les jeunes.

Nommer au bureau du Premier ministre un Chargé de mission pour l’enfance, qui verra au suivi des recommandations et à la cohésion de l’action gouvernementale.

Que devraient faire les Libéraux ?

Ils forment l’opposition officielle et ont donc un rôle à jouer dans les débats à venir. Mais pour retrouver une crédibilité quelconque dans le débat sur l’enfance, le premier geste à poser serait de reconnaître leur lourde part de responsabilité.

De tous les députés libéraux actuels, Marwah Rizqy fut la seule à émettre la possibilité que son parti présente des excuses aux Québécois pour l’ampleur des compressions de l’ère Couillard. Elle fut sévèrement remise à l’ordre par des artisans de ces compressions, dont Pierre Arcand et Pierre Moreau, deux de ceux qui, au Conseil du Trésor, serraient la vis.

S’excuser auprès des enfants du Québec serait un bon début. Puis, de toute urgence, confier le dossier à un(e) député qui n’était pas présent, ou du moins pas ministre, au moment de la prise de ces très mauvaises décisions.

Finalement, interdire aux ex-ministres libéraux de venir verser devant les caméras des larmes de crocodile.


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Laïcité: Guy Rocher ose utiliser le « M Word » – MAJORITÉ 

En voici un extrait:

Bombardier : La pire décision possible…encore une fois

Monsieur le premier ministre,

comme chef de l’opposition officielle, je suis pour ainsi dire payé pour m’opposer à vous. Je vous écris cependant aujourd’hui, non pour m’opposer, mais pour supplier. Arrêtez. Arrêtez de nous faire honte au sujet de Bombardier. Ne faites plus rien. Ne dites plus rien. Nous n’en pouvons plus.

Le comble a été atteint ce mardi. Vous étiez aux côtés du PDG d’Airbus auquel, dans un moment de panique injustifiée, vous avez accepté de donner – oui de donner – 50,01 % du joyau de technologie québécoise qu’est la Série C. Ce PDG, qui a reçu gratuitement la perle technologique des avions mi-courrier et qui peut désormais en piller la technologie pour ses propres appareils, n’était pas rassasié. Il en a rajouté en affirmant devant vous que les fournisseurs québécois de Bombardier devaient se serrer la vis pour que lui, qui sera le grand gagnant de toute l’affaire, fasse encore davantage de profits !

On vous sait généralement calme en toutes circonstances et on ne s’attendait pas à vous entendre l’interrompre pour lancer : « Ben là, ça va faire ! ». Mais vous entendre dire au contraire que la prise de contrôle de la Série C par Airbus est l’une « des meilleures nouvelles depuis presque des décennies » dépasse les bornes.

Vous savez très bien que le don de 50,01 % à Airbus en octobre dernier était un geste désespéré posé alors que vous avez présumé à tort que la Commission du commerce international des États-Unis allait confirmer l’imposition de droits compensateurs de 300 % sur les appareils, nous fermant ainsi le marché américain.

Erreur gigantesque, puisque trois mois plus tard, la menace était complètement écartée. Il aurait suffi d’être patient. Vous ne l’avez pas été. Et vous nous avez fait perdre gros.

Le mal est fait. Dans cette entente grotesque, Bombardier s’est engagée à éponger 700 millions supplémentaires pour garder l’entreprise à flot si nécessaire. En contrepartie, Airbus avance… 0 $.

Pire : alors que sans cette entente, la totalité des avions commandés par Delta seraient construits à Mirabel, nous devons en ce moment financer la construction d’une usine d’assemblage d’Airbus à Mobile, Alabama, qui coûtera 300 millions. Bombardier en finance la moitié et nous, M. le premier ministre, 19 % – la hauteur de ce qui reste de notre participation dans l’aventure.

Donc, dans cette « meilleure nouvelle depuis presque des décennies » nous avons donné notre technologie, nous avons délocalisé nous-mêmes la production de nos propres avions et nous contribuons à financer l’usine où nous délocalisons.

En fait, vous avez pris quatre fois en quatre ans la pire décision possible au sujet de Bombardier. Celle d’Airbus, celle de l’investissement initial, celle de la rémunération des dirigeants de Bombardier et celle du contenu local dans le train du REM.

Nous étions nombreux à vous dire dès le tout premier épisode de cette comédie d’erreurs à l’automne 2015 qu’il ne fallait pas investir dans une compagnie dédiée à un seul appareil, ce que vous avez fait, mais dans la compagnie mère. Avec le recul, on constate que ç’aurait été le bon choix, car notre investissement, au lieu de perdre de sa valeur, aurait doublé.

Votre attitude au moment où la haute direction de Bombardier s’est voté des hausses de rémunération scandaleuses de 50 % fut lamentable. Vous aviez la légitimité morale pour modérer leurs transports, à l’heure où ce type de rémunération est remis en cause à Londres, Paris, Berlin et même aux États-Unis. Vous vous êtes rangés du côté des gloutons.

Finalement, il y a ce gâchis dont vous êtes encore plus personnellement responsable : celui d’avoir écarté la condition de contenu local dans l’achat du train électrique du REM, votre bébé. Je vous ai entendu dire, il y a deux semaines, que si le gouvernement avait à lancer un appel d’offres sur du matériel roulant, il fixerait le plancher minimum de contenu québécois à 25 %. C’est ce qu’on vous demandait de faire, dès l’adoption de la loi qui a créé CDPQ-Infra spécifiquement pour réaliser le REM, en 2015. Insérer cette condition dans la loi n’aurait pas été de l’ingérence dans le fonctionnement de la Caisse, mais un élément parmi d’autres de son encadrement législatif. Vous avez refusé – et François Legault a voté la loi avec vous. On vous l’a redemandé avec insistance pour la seconde loi du REM, en 2017. C’était encore le temps. Vous avez refusé – et François Legault a voté la loi avec vous.

Ce seuil n’aurait pas garanti que Bombardier décroche le contrat, mais aurait fait en sorte de donner un avantage comparatif à Bombardier et aux installations locales d’Alstom, face à leurs concurrents étrangers. Mais non, n’écoutant que votre naïveté économique, vous avez refusé d’agir, avec pour résultat d’exporter en Inde – oui, en Inde ! – la construction du train électrique qui est censé être votre legs.

Non, monsieur le premier ministre. Arrêtez. On a honte pour vous.

Je vous en supplie.

Le bilan de fin de session de Philippe Couillard – Revu et corrigé

Voici le texte lu par notre Premier ministre hier, et présentant l’éclatant bilan de la session. Je me permets de le commenter:

M. Couillard: Je voudrais faire un retour aujourd’hui sur le chemin que nous avons parcouru au cours des derniers mois. Il y a beaucoup de bonnes nouvelles au Québec. On a une vision, un plan, une équipe solide…

Mon commentaire: Bon, là, « équipe solide », à sa place j’aurais pas dit ça. Sam Hamad sur le banc des punitions, Lise Thériault qui a eu une maladie bizarre, le ministre de la culture qui a eu un burn-out dès sa nomination, et un joueur étoile (Pierre Moreau) toujours hors-jeu (prompt rétablissement, Pierre !), c’est pas solide solide. Et remarquez que je n’ai même pas mentionné Jacques Daoust. Ou Rita de Santis. Ou David Heurtel. Etc.

bilan

 

M. Couillard:  …et surtout des résultats concrets qui font avancer le Québec. Je dirais, tout commence par la base, par la fondation, tout commence par nos finances publiques. On se souvient qu’en mai 2014, deux rapports avaient montré la présence d’une impasse budgétaire de plus de 7 G$ au Québec.

Mon commentaire: Wo ! Alerte mensonge maximale ! Ces deux rapports n’existent pas. Il n’existe aucun document non signé par le PLQ qui fasse état d’une impasse budgétaire de 7 milliards. C’est une invention pure, dénoncée à répétition par les chroniqueurs économiques et par des économistes.

M. Couillard: Deux ans plus tard, voici le portrait de la situation : on a présenté notre deuxième budget équilibré.

Mon commentaire: Wo ! C’est faux. Le dernier budget présentait un déficit, le nouveau budget n’en présente pas. C’est pas deux ça, M. Couillard, c’est un.

M. Couillard: En soi, c’est une bonne nouvelle. Ça fait longtemps que ce n’était pas arrivé.

Mon commentaire: C’est vrai ça. Mais pourquoi le PM omet-t-il de dire depujis quand ? Depuis Lucien Bouchard et Bernard Landry, dont la ministre des Finances était Pauline Marois ! Puis, pouf !, les Libéraux sont arrivés et on est retombé en déficit. Donc, c’est la première fois depuis les péquistes !

M. Couillard: En fait, depuis 2008, le gouvernement du Québec n’avait pas présenté de budget équilibre consécutif.

Mon commentaire: C’est ça. 2008, qui était premier ministre donc ? Ah oui ! Jean Charest. Et son ministre de la santé ? Un certain Philippe Couillard !

M. Couillard: C’est l’accomplissement,

Mon commentaire: Alerte anglicisme ! Accomplissement, c’est accomplishment prononcé à la française. On dit « réalisation », monsieur le « Premier ministre de l’éducation ».

M. Couillard: …pas uniquement du gouvernement, mais de l’ensemble des Québécoises et Québécois, des gens des services publics qui ont participé à cet exercice

Mon commentaire: Vrai ! Les Québécois ont payé cher en hausses de tarif de toutes sortes, les enfants ont perdu 400 professionnels pour les aider à réussir, les CPE ont mis à pied des éducatrices (et c’est pas fini), les budgets de développement régional ont été sabrés. Au moins, M. Couillard a eu le bon sens de ne pas dire que les médecins ont participé à l’effort.

M. Couillard: …qui était essentiel et qui nous a permis de réussir là où plusieurs avaient échoué.

Mon commentaire: Des noms, des noms ! Robert Bourassa avait échoué, votre grand ami Daniel Johnson avait échoué, et votre pas si grand ami Jean Charest aussi.

M. Couillard: C’est un engagement que tous les partis avaient pris à la dernière élection et nous sommes ceux et celles qui ont été choisis pour le mener à bien et on a accompli cet engagement.

Mon commentaire: Enfin, à mon avis, vous avez été choisi parce que vous promettiez de ne pas tenir de référendum. Mais bon, on aura peut-être une occasion, dans 24 mois, de tester ma théorie.

M. Couillard: Il y a deux choix dans la vie : on accepte les choses telles qu’elles sont, ou on accepte la responsabilité de les changer.

Mon commentaire: Ben oui. C’est comme l’idée de faire réintégrer le Québec dans la constitution du Canada l’an prochain, année du 150e. Il faut accepter les choses telles qu’elles sont. On est exclu, ils veulent pas nous inclure, c’est tout !

M. Couillard: Ce principe s’applique dans plusieurs secteurs, mais certainement à question des finances publiques et de l’avenir du Québec. On a pris nos responsabilités, on tient nos engagements et on le confirme. L’agence Standard’s & Poors a renouvelé la perspective de crédit de notre cote pour la première fois depuis la récession de 2008-2009. Plusieurs observateurs, dont le journaliste Francis Vailles note que ça fait très longtemps que ce n’était pas arrivé.

Mon commentaire: C’est vrai. Et si au lieu de couper 400 professionnels de l’éducation, on en avait coupé 800, ou 1200, et si on avait augmenté encore plus les tarifs de garderie, et si on avait éliminé complètement les budgets de développement régional, Standard’s & Poors aurait été encore plus contente !

M. Couillard: Notre situation financière s’améliore, mais si on a l’a fait, c’est pour nous donner les moyens de réinvestir dans des secteurs qui nous tiennent à cœur : l’éducation, la santé,

Mon commentaire: Oh boy ! Donc, si on a coupé plus d’un milliard dans l’éducation et presque autant dans la santé, c’est précisément pour avoir des sous pour… réinvestir des sommes nettement moindres dans l’éducation et la santé…

M. Couillard: …l’économie, la création d’emploi.

Mon commentaire: Oups ! Le PM a complètement oublié de nous parler de sa promesse de créer 250 000 emplois. Pourquoi ? Manque de temps, sûrement !

M. Couillard: Au cours des prochaines semaines, je rencontrerai M. Trudeau

Mon commentaire: Bon, il va parler au vrai patron !

M. Couillard: …pour discuter des grands projets de transport collectif. Outre le projet de Montréal, il y a celui du SRB Québec-Lévis.

Mon commentaire: Quand même dommage que ces projets aient été complètement omis du budget fédéral, qui avait cependant de la place pour aider l’Alberta souffrant d’un dégonflement du prix du baril.

M. Couillard: On va faire la promotion de notre stratégie aérospatiale en Angleterre avec nos PME et nos grandes entreprises.

Mon commentaire: Oups ! Rewind ! Vous allez voir M. Trudeau mais sans lui parler de Bombardier ? Ni du scandaleux traitement fait au chantier naval de Lévis, qui ne recevra que 700 millions des 100 MILLIARDS de dollars de contrats fédéraux ? Allo !

M. Couillard : On sera en Allemagne pour parler de la stratégie maritime avec une délégation économique, on sera au Conseil de la fédération au Yukon.

Mon commentaire: OK, voyages en perspective. C’est la saison.

M. Couillard: Cet automne, Sébastien lance les consultations pour la première politique gouvernementale pour la réussite éducative.

Mon commentaire: La réussite ? Pourquoi ne pas y avoir pensé avant ! Bilan du mandat: deux ans pour nuire à la réussite, suivi d’un sommet pour se dire que ce serait une bonne chose, puis un an et demie pour tenter de réparer les pots cassés. Mamma mia !

M. Couillard: On aura un sommet sur l’emploi avec nos partenaires gouvernement, patronaux et syndicaux, et un sommet sur la forêt.

Mon commentaire: Excellent lien. Parce qu’en termes de création d’emploi, avec les Libéraux, on n’est pas sortis du bois !

M. Couillard: On avait dit ce qu’on ferait et on a fait ce qu’on avait dit qu’on ferait.

Mon commentaire: Ben non ! Vous aviez dit que ce n’était pas nécessaire de tenir un sommet économique quand Pierre Karl n’arrêtait pas de le demander. Il aurait fallu dire « On avait dit le contraire de ce qu’on ferait et on fera ce qu’on avait dit qu’on ne ferait pas ».

M. Couillard: Ce n’a pas été facile.

Mon commentaire: À qui le dites-vous !

M. Couillard: On sait qu’il faut reconnaitre la volonté profonde du gouvernement et de tous les Québécois d’aller de façon encore plus dynamique vers la prospérité pendant que d’autres cherchent d’autres moyens de se définir,

Mon commentaire: Bon, le rédacteur du discours fatigue, là, ça paraît !

M. Couillard: …que ce soit par la question référendaire ou d’autres questions qui témoignent d’une difficulté à trouver son identité, comme la CAQ, par exemple.

Mon commentaire: Non mais, personne n’a relu le texte avant de le donner au PM ? Ou la bonne version a-t-elle été effacée avec les courriels de Mme Boily dans la clé USB (par Jacques Daoust qui essayait de comprendre comment fonctionne Word ?)

M. Couillard: Dans les deux cas, il est de bon ton de mettre de l’ombre sur les bonnes nouvelles que je viens de vous signaler.

Mon commentaire: C’est la pire chute de discours de toute l’histoire des discours de Phillippe Couillard.

L’année noire des Québécois les plus vulnérables, les lunettes roses de la ministre Charlebois

Pendant plusieurs heures jeudi et vendredi derniers, j’ai eu l’occasion d’interroger la ministre responsable des services sociaux, Lucie Charlebois, sur l’état désolant de l’action gouvernementale envers les Québécois les plus vulnérables.

La ministre porte d’énormes lunettes roses. Pour elle tout va bien. Pourtant, la réalité terrain dit autre chose. Voici l’essentiel des échanges:

Un bilan global, couleur glauque

Centres jeunesse: des coupures de 14 à 20 millions qui n’ont « aucune conséquence » (insérer rires ici)

Pendant que je posais les questions, ses fonctionnaires ont trouvé en catastrophe la fiche sur les coupes au Centre jeunesse de Chaudière-Appalaches. Cela prouve donc qu’ils détenaient ces informations alors que le ministère avait répondu le contraire à notre demande d’accès à l’information. Autre remarque: sur le document que nous a transmis le centre, on ne trouve aucune indication que ces coupes n’ont pas eu d’impact sur les services (car ce serait absurde de le prétendre). Sur le document du ministère, quelqu’un a inséré cette absurdité.

La réduction programmée des budgets pour les ressources intermédiaires. La ministre tombe des nues !

Vous avez entendu ? Elle affirme qu’ « Aucune baisse significative des services ne sera acceptée ». Donc OK pour les baisses non-significatives. Mais au-delà de cette commande faite aux DG des Centres de santé, la ministre ne comprend pas que le réseau est placé devant une impossibilité. On leur impose, année après année, des coupes significatives de budget et on les enjoint de ne pas couper les services. Leur réponse : faire semblant de ne pas les couper, mais les couper quand même.

Des coupures en santé publique qui font mal à la prévention

Autisme : Où le député de Rosemont force la ministre à prendre un engagement chiffré de réduction de l’attente

Ce sera une affaire à suivre. Au moins, la ministre fixe un objectif. Encore faudrait-il que nous ayons la capacité de le suivre à la trace. Où sont publiés ces indicateurs ? Et dans quel délai compte-t-elle atteindre cet objectif ? Mystêre.

Prévention du suicide : Le budget de formation des intervenants a disparu à Montréal à cause d’une réorganisation «géniale», selon la ministre

Ici la mauvaise foi crève les yeux. Le programme demande une formation continue d’interventants dont le taux de roulement est important. Toute interruption de la formation est une bourde. Il s’agit clairement, ici, d’un impact des restrictions budgétaires à Montréal.

Réforme des centres de désintox : 900 prestataires ont fui leur traitement. Où sont-ils? la ministre n’en a aucune idée

Ce qui frappe, ici, c’est le manque d’information de la ministre. Elle ne sait pas que 900 prestataires ont quitté leur traitement à cause de la réforme. (Nous l’avons pourtant clamé à plusieurs reprises dans des questions à l’Assemblée). Elle ne sait pas s’ils sont revenus. C’est pourtant facile à calculer.

Itinérance: la ministre Charlebois complètement conquise par la doctrine Harper 

Les réponses de la ministre semblent frustrantes. Cependant l’exercice permet d’exercer une forte pression sur elle pour qu’elle accepte d’utiliser les 10 millions pour réparer ses dégâts. Si elle est la seule à s’y opposer (alors que le milieu le demande et que le fédéral n’y fait pas obstacle) elle cédera sans doute.

Mon avis sur: Marine LePen, Bernie Sanders, l’UPAC et les seuils d’immigration

J’ai pris l’habitude de mettre directement sur ma page Facebook de courts textes pendant la semaine. Les voici:

Entrevue:

J’ai répondu aux excellentes questions de Guy Perkins

perksPour ne rien manquer, suivez-moi directement sur ma page Facebook

Palmarès de mes coups de gueule 2015 !

Mon équipe a choisi pour nous un palmarès des coups de gueule 2015 du député de Rosemont.

Les voici, dans l’ordre qu’ils ont choisi:

# 1 : Le ministre Barrette promet d’abolir les frais accessoires, sauf une fois au chalet !


# 2 : Pénurie de seringues ? Le ministre de la santé est parti avec le cash !


# 3 : Quand Phillip Morris fait des clins d’œil aux dépanneurs


# 4 : Payer les médecins, faire payer les pharmaciens


# 5 : Un autre lobby qui ne sait pas combien il touche des cigarettiers


# 6 : Pourquoi le PLQ n’aime pas la Santé publique


# 7 : Le PLQ optimise les aînés de 650%


# 8 : Hommage à Jacques Parizeau


# 9 : Le PLQ et les coûts des débarbouillettes


# 10 : Pour le PLQ, les enfants autistes veulent… le déficit zéro


Bonus : Sur une échelle de 0 à 10, quelle crédibilité a Imperial Tobacco ?


Dites-moi si vous en voulez d’autres !

On est toujours le xénophobe de quelqu’un, M. Couillard

Voici le texte publié jeudi dernier par Le Devoir, le Journal de Montréal et de Québec et par le site du Soleil (Seul La Presse a décliné.) On peut entendre aussi l’entrevue que j’ai accordée à ce sujet à Richard Martineau.

Cher Premier Ministre,

Votre prédécesseur, Robert Bourassa, a déclaré un jour qu’« en politique, on dit parfois n’importe quoi ». C’est donc dans cette catégorie de déclarations que j’ai d’abord classé vos propos de dimanche dernier, quand vous affirmiez que le PQ et la CAQ avaient « soufflé sur les braises de l’intolérance » et portaient « un lourd passif en matière d’intégration ».

Vous avez été fort critiqué pour avoir fait preuve de partisanerie mesquine, alors que l’heure était à l’unité face aux barbares qui venaient de mitrailler nos frères Français, après avoir semé la mort au Liban et en Égypte. À l’heure où des obscurantistes tuaient pour leur idéal d’un État dictatorial religieux (Bernard-Henri Lévy propose le terme « fascislamisme »), j’estimais que vous aviez erré en blâmant ceux qui, à la CAQ et au PQ, proposent des mesures de francisation et de laïcisation plus ambitieuses que les vôtres.

Mais non. Ce mardi, vous avez récidivé. En pleine Assemblée nationale, vous avez affirmé que « ce discours, que [vous] refer[iez] encore aujourd’hui », reflétait votre dégoût réel pour des « messages qui vont à l’encontre de l’accueil et de l’intégration ». Il faut donc bien vous comprendre. Entre votre vision et celles des deux principaux partis d’opposition, il n’y a pas à votre avis de différence de degrés entre propositions dignes de respect. Non. Il y a la vôtre, juste et bonne. Il y a les nôtres, intolérantes.

Il était savoureux de vous entendre quelques minutes plus tard, mardi, vanter dans un discours d’assez bonne tenue la République française, qui, dites-vous avec raison, « porte les armes de la civilisation contre l’ennemi de l’humanité tout entière », car « frappée pour une deuxième fois cette année dans sa chair et ses symboles les plus précieux : la liberté d’expression et de pensée, la tolérance », etc.

Certes. Mais quelqu’un aurait pu vous glisser à l’oreille que la France pratique depuis un siècle l’interdiction des signes religieux dans le secteur public, que vous voyez comme une verrue purulente du « lourd passif » péquiste. Et ne savez-vous pas qu’au cours de la dernière décennie, la France, tous partis confondus, a interdit le hidjab dans ses écoles et le niqab dans l’espace public, sous peine d’amende ? Vous avez heureusement omis de traiter les Français d’intolérants, même si on sent que vous n’en pensez pas moins. Merci pour eux.

Accusations à venir

Mais je voudrais, cher Premier Ministre, être le premier à vous aviser que vous serez bientôt la cible d’accusations d’intolérance. Oui, car, voyez-vous, on est toujours le xénophobe de quelqu’un.

Et il se trouve que vous avez récemment introduit à l’Assemblée le projet de loi 62, qui prévoit interdire aux employés de l’État québécois de travailler à visage couvert, donc en portant un niqab ou une burka. Vous voulez même interdire aux citoyens de réclamer des services publics ainsi accoutrés.

Et cela, cher Premier Ministre, ne passera pas comme une lettre à la poste chez les débusqueurs d’ethnocentristes. Déjà, mardi, la ministre canadienne de la Justice a appelé, pour la féliciter et lui souhaiter la bienvenue, une dame devenue célèbre pour avoir insisté de porter, lors de sa récente cérémonie d’obtention de la citoyenneté, le symbole extrême de soumission de la femme à l’homme et à l’islam. Une victoire célébrée de concert par les libéraux fédéraux et les plus radicaux des islamistes.

Attendez un peu que vous fassiez voter votre projet de loi. Qu’en dira cette ministre de la Justice, qu’en dira le premier ministre canadien, pour lesquels le droit au niqab est la nouvelle frontière de la défense des droits ? M’est avis qu’ils vont vous accuser de vouloir fouler aux pieds la Charte léguée par Trudeau père, de marginaliser une communauté entière, de faire des amalgames coupables et démagogiques, de stigmatiser des femmes et de les rejeter en marge de la société.

Société distincte

Ils pourraient ajouter que vous avez un « lourd passif » et qu’il fallait s’attendre à ce que vous succombiez, vous aussi, à cette dérive. Oui, oui. Ils rappelleront que vos prédécesseurs libéraux du Québec, avec l’accord du lac Meech, avaient voulu assujettir les femmes québécoises aux rigueurs de la « société distincte » (vérifiez : les féministes canadiennes avaient très peur pour nos conjointes). Pierre Trudeau accusait l’alors chef du PLQ de vouloir ainsi « déporter des anglophones ». Et que n’ont-ils pas dit de la loi 22, lorsque votre parti a institué le français « langue officielle » et restreint l’accès à l’école anglaise ? Je n’ose pas le répéter ici.

Mais pourquoi remonter si loin ? Relisez simplement ce que la presse bien pensante d’outre-Outaouais a écrit sur votre prédécesseur immédiat Jean Charest lorsque, en mai 2010, il s’est aventuré à vouloir légiférer sur le niqab. Tout y est.

Vous serez, cher Philippe Couillard, le xénophobe de quelqu’un. Vous aurez beau dire que votre position est légitime, argumentée, modérée même. Vous aurez beau dire que vous respectez les opinions contraires, sans les partager. Mais voilà. L’opinion contraire ne vous respectera pas, vous. Elle dira qu’il n’y a pas entre eux et vous une différence de degré. Ils diront que vous avez franchi le Rubicon de l’intolérance. Que vous soufflez sur les braises. Que vous faites le jeu des racistes.

Je n’ai pas hâte pour vous, Monsieur le Premier Ministre. Peut-être, ainsi averti, déserterez-vous le champ de bataille, en laissant mourir au feuilleton votre projet de loi, s’il doit vous causer tant de chagrins. Je vous laisse y réfléchir. Mais ça ne m’étonnerait qu’à moitié.

Comme le PQ, la Protectrice dit Non à une autre Taxe santé libérale

Ce matin, la Protectrice du citoyen fait entendre la voix de la raison en réclamant, comme on le fait au Parti québécois, l’interdiction des frais accessoires de santé,  imposés à des patients incrédules par certains (une minorité) de médecins spécialistes.

Pour l’instant, la décision de médecins de facturer quelques dizaines ou quelques centaines de dollars à des patients pour des services qui sont gratuits à l’hôpital (mais la plupart du temps qui demandent beaucoup d’attente) est réduite à un millier de médecins. La facture globale est estimée à au moins 50 millions de dollars par an.

En légalisant et normalisant la pratique, le gouvernement libéral donnerait le signal aux 19 000 autres médecins qu’ils ont eu tort de ne pas facturer leurs patients et qu’ils peuvent désormais ouvrir ce robinet, supplémentaire, de revenu. Alors que le rémunération des médecins a monté en flèche ces dernières années, notamment grâce aux efforts du Dr Barrette, alors président des spécialistes.

Voici ce qu’écrit la Protectrice du citoyen ce matin:

Pour le Protecteur du citoyen, une facturation directe aux usagers des frais accessoires aux services assurés compromet les principes d’universalité et d’accessibilité à la base du régime public. On introduirait ici, en effet, des barrières financières qui limiteraient l’accès aux services assurés médicalement requis.

Affectant l’ensemble de la population, ces contraintes pénaliseraient davantage certains segments de la population.

Il importe ici de nommer des groupes de personnes qui seraient parmi les plus touchés par les changements envisagés, soit des personnes :

– à revenu moyen, en particulier celles qui n’ont pas d’assurance privée;
– sans emploi;
– au travail, mais à faible revenu;
– en difficulté ou en perte d’autonomie;
– aux prises avec une maladie chronique;
– victimes d’abus et d’agressions graves;
– aux prises avec un problème de santé mentale;
– avec un handicap physique, intellectuel ou un trouble du spectre de l’autisme;
– avec une dépendance (alcool, drogues, jeux);
– itinérantes.

En matière de protection des droits fondamentaux des usagers, le Protecteur du citoyen est d’avis que réglementer l’imposition de frais accessoires aux services assurés médicalement requis [note: la position du gouvernement libéral] entraînerait des difficultés d’accès, que rencontreraient alors les personnes vulnérables.

Cette situation, conséquente de l’imposition de frais accessoires, ne respecterait pas le droit à la sécurité des Québécois, en plus d’ignorer deux principes qui sont l’essence même du régime public, l’universalité et l’accessibilité.

La Cour Suprême l’a confirmé, être privé de l’accès aux services médicalement requis viole le droit à la vie et le droit à l’intégrité, tous les deux protégés par l’article 1 de la Charte des droits et libertés de la personne.[…]

L’esprit et l’objectif de la législation en la matière sont de promouvoir, pour tous les Québécois, l’accès à des soins de santé de la meilleure qualité possible, sans égard à leur capacité de payer.
L’imposition de frais accessoires aux services assurés, donc médicalement requis, entraîne la réalité suivante : les personnes qui bénéficient d’une assurance privée ou de revenus élevés peuvent s’offrir des services sans se soucier outre mesure des coûts. Plusieurs parmi les autres ne pourront s’offrir ces services ou, pire, y renonceront au détriment de leur état de santé. L’impact délétère sur la santé des frais imposés aux points de services est solidement démontré, au Québec comme ailleurs.
C’est pourquoi cette formule de financement, qui s’est développée au cours des dernières décennies, ne fait pas preuve d’équité entre les individus.

Cette façon de faire risque de contribuer à l’émergence d’un système à deux vitesses : une voie rapide en clinique pour ceux qui ont les moyens de payer et une voie lente menant à l’hôpital pour les autres.

En commission parlementaire ces derniers jours, le PQ a tenté de faire voter un amendement au projet de loi 20 qui aurait, justement, interdit les frais accessoires. Les libéraux ont voté contre et, inexplicablement, la CAQ s’est abstenue (prétextant qu’elle souhaitait plus de débats sur la question).

Voici une intervention où j’explique pourquoi les frais sont une nouvelle taxe santé:

Et voici un échange question-réponse assez serré entre le ministre et moi sur la question:


 

On peut lire le rapport complet de la Protectrice du citoyen sur son site, ici.

Soins à domicile: l’ère du ministre du rationnement

La Protectrice du citoyen a mené l’enquête. Elle est formelle. Le gouvernement Couillard ne donne pas suffisamment de ressources au système de santé pour couvrir les besoins en soins en domicile. En fait, c’est au point où les soins sont rationnés.

Elle n’utilise pas le terme, m’a rétorqué à l’Assemblée le ministre Barrette. En effet. Mais voici ce qu’elle dit en citant des cas qui, précise-t-elle, « illustre le problème de l’insuffisance des ressources »:

Dans le cas d’une dame de 84 ans prenant soin de son mari handicapé, le CSSS ne lui offrait que le tiers des heures nécessaires. Pourquoi ? « L’enquête du Protecteur du citoyen a démontré que le CSSS ne disposait pas des ressources nécessaires. » Qu’a-t-il fait ? « Il a choisi de partager les services disponibles entre tous loes usagers. »

Cela consiste à « donner un peu à chacun, tout en ne donnant assez à aucun. »

Un autre cas est cité où « faute de moyens pour répondre à l’ensemble de la demande, le CSSS a établi un maximum d’heures par personnes. »

Sans égard aux besoins de chacun. Les personnes « dont la condition nécessite plus de soutien doivent donc payer elles-mêmes les services additionnels requis ou, comme cette dame, se résoudre à aller vivre en CHSLD. » Là, donc, où elle coûtera plus cher à l’Etat que si on lui avait prodigué les soins à domicile.

Le gouvernement du PQ était conscient de l’absolue nécessité d’investir dans les services à domicile. Le PLQ avait promis d’injecter 150 millions par an, promesse qu’il a brisée dès son élection.

Aujourd’hui, la protectrice est limpide: « les plaintes reçues au cours de la dernière année confirment que les usagers restent aux prises avec des problèmes de réduction de services

L’approche est non seulement mesquine, mais contreproductive. Les soins à domicile sont indispensables pour désengorger les urgences et réduire la pression sur les centres hospitaliers de longue durée. Malgré ses demandes, elle « déplore » que le ministère de la santé ne soit « toujours pas en mesure de statuer sur l’offre réelle de services à domicile pour une population des plus vulnérables. »

Tout occupé à fusionner les structures, augmenter les enveloppes des médecins, leur garantir leurs primes inutiles et les frais accessoires, le ministre Barrette a laissé tomber les aînés et les personnes handicapées qui ont des besoins à domicile.

Comme sorti de sa torpeur par la brique que lui a lancé en plein visage la Protectrice (et que votre humble serviteur lui a re-lancé en période de question) il parle maintenant d’un futur et « Plan d’action ». Ce que nous voulons, c’est de l’action. Donc, l’arrêt des compressions.