L’amnésie prévisible de Dominique Anglade (intégral)

On ne peut pas dire qu’elle ne donne pas son 110 %. Dominique Anglade joue toutes les touches du clavier politique pour imposer sa présence dans le paysage médiatique. Parfois, elle se fait outrageusement optimiste : « Je vais gagner en 2022 ! » Parfois, elle semble tirer son texte de la pancarte d’un manifestant antivaccin : « Legault a plongé le Québec dans la noirceur ! » Parfois, comme au début janvier, elle réclame qu’on l’écoute et demande un débat d’urgence à l’Assemblée. Parfois, elle affirme qu’on l’écoute, mais qu’on ne l’entend pas, et elle se retire de la consultation hebdomadaire des chefs d’opposition, organisée précisément par le premier ministre pour faire semblant qu’il écoute.

Dimanche, elle a sorti sa planche de surf pour tenter de s’installer sur la vague qui déferle sur le Québec. La vague d’impatience relative aux mesures sanitaires. On comprend la cheffe de ne pas laisser le couple Éric Duhaime-Anne Casabonne occuper seul cette part de marché politique en croissance. Elle nous apprend que sous une première ministre Anglade, on aurait de la prévisibilité. Ah bon ? Dans les lettres de l’alphabet grec, désormais utilisées pour désigner les variants, il y aura, après Omicron, la lettre Pi (qui annonce le titre « Un variant encore, Pi ? »), puis il y aura Rho (et le titre  On en reprend pour son Rhome ! »). Sait-on, au quartier général libéral, si ces variants seront plus ou moins contagieux que les précédents, plus ou moins virulents, nécessiteront un vaccin nouveau, une période de quarantaine différente, s’attaqueront davantage aux enfants qu’aux vieillards ? Je suppose que non.

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Promettre aux Québécois de la prévisibilité libérale, c’est aussi leur rappeler que Jean Charest avait promis (prévu ?) pendant la campagne de 2003 de « faire en sorte que les listes d’attentes disparaissent » rapidement, ou qu’en 2014, Philippe Couillard avait promis (prévu ?) que presque chaque Québécois aurait un médecin de famille avant la fin du mandat. Il serait cruel de rappeler ici où ces prévisions nous ont menés.

Les libéraux auraient fait mieux ?

Lors d’une des nombreuses conférences de presse qu’elle a tenues depuis le début de l’année, Mme Anglade a affirmé que pour la gestion de la pandémie, les libéraux auraient fait mieux. Incrédule, je suis allé lire le verbatim. Il ne s’agit pas de n’importe quels libéraux. Mme Anglade, qui ne prend pas, heureusement, toutes les vessies pour des lanternes, ne dit jamais au grand jamais que le Québec aurait été mieux servi si le Parti libéral avait remporté les dernières élections.

Elle a raison de ne pas vouloir faire surgir dans notre esprit l’image d’un gouvernement Couillard réélu en 2018 et qui serait, en ce moment, à sa huitième année de mandat. Un gouvernement dont l’homme fort serait Gaétan Barrette, passé selon la promesse de M. Couillard de la Santé au Conseil du trésor. Il aurait donc dû renégocier avec les infirmières et les préposés aux bénéficiaires et admettre ne pas avoir été suffisamment généreux avec eux dans le passé. Un gouvernement qui aurait eu le réflexe, avant et pendant la pandémie, de défendre sa réforme de la santé, notamment sa décision de réduire de 30 % les budgets de la Santé publique.

Puisque les libéraux avaient aboli le poste de commissaire à la santé pendant leur premier mandat (M. Barrette dit que c’était « une commande » du bureau du PM), nous n’aurions pas pu prendre connaissance du jugement que porte la commissaire Joanne Castonguay sur l’œuvre libérale. Elle tranche globalement : « des intentions liées à la dernière réforme du système de santé de 2015, telles l’intégration des soins et des services ainsi que l’amélioration des systèmes d’information, n’ont pas généré les résultats espérés ». Dommage. Une réforme pour rien. Mais il y a pire, du moins dans les CHSLD, car, écrit-elle, des problèmes « ont été exacerbés par cette même réforme, notamment la diminution de l’encadrement, la pénurie et la mobilité de la main-d’œuvre ».

Le gouvernement Legault n’avait aucun scrupule à contredire la réforme Couillard-Barrette en redonnant aux CHSLD, en catastrophe dans la première vague, le gestionnaire réservé par établissement que les libéraux avaient dégommé. Un gouvernement libéral aurait montré une réticence beaucoup plus grande à marcher sur la peinture Barrette.

Quelle aurait été la réaction du gouvernement libéral, dont on suppose que Mme Anglade aurait toujours été la vice-première ministre, à la réception du rapport sur la pandémie rédigé par la protectrice du citoyen ? On y lit que la réforme Barrette « a généré une certaine paralysie des milieux de vie, constamment bombardés d’orientations revues et modifiées », et une « désorganisation dans de nombreux CHSLD ». Sans compter un « coup dur pour la gestion et l’expertise en PCI », soit la prévention et le contrôle des infections.

Le rapport Laurent aurait-il existé ?

Puis il y a la jeunesse. Le gouvernement Couillard venait, en 2017, de procéder à une refonte de la loi sur la protection de la jeunesse et en semblait très satisfait. On peut donc s’interroger : le drame de la fillette de Granby l’aurait-il convaincu que son travail n’était pas parfait ? Si oui, il est douteux que Régine Laurent ait été à la barre de la commission sur l’enfance. Une autre aurait-elle écrit comme elle l’a fait cette condamnation sans appel de la réforme Barrette sous la rubrique : « Après la réforme de 2015, des professionnels épuisés et des délais accablants ». On lit : « quelques mois après la fusion » des DPJ avec les CIUSS, des établissements « ont commencé à signaler le déclin de la qualité des services prodigués aux jeunes et à leurs familles, et la détérioration des conditions de travail » . Et ceci: «  En 2017, nos membres [du réseau anglophone de la DPJ] faisaient état d’une situation de crise dans le réseau de la protection de la jeunesse. » Les réformes précédentes, dont la réforme Couillard,  sont aussi pointées du doigt. Mais « la réforme de 2015 est le point de rupture dans la dispensation et l’organisation des services sociaux ».

Voilà pourquoi vous n’entendez jamais Dominique Anglade se désoler de la défaite de son parti en 2018. Vous ne l’entendez jamais dire du bien des actions libérales en santé, pour la jeunesse (ou même pour l’éducation ou la langue et, désormais, du troisième lien). Je ne m’attends pas à la présence de MM. Couillard ou Charest, et surtout pas de Gaétan Barrette, sur les tribunes libérales pendant la campagne qui vient. S’il existe un chemin menant Mme Anglade au poste de première ministre un soir d’octobre prochain, il passe nécessairement par une amnésie collective. Une opération chirurgicale qui sépare le passé libéral de l’avenir, qui dissocie dans nos esprits Mme Anglade du gouvernement qu’elle a servi et qui l’a mise au monde politiquement. Peut-être espère-t-elle que le prochain variant aura cet effet sur notre intelligence collective. Ou qu’à force de la voir pointer le doigt vers l’inaccessible étoile de la prévisibilité sanitaire, nous ne portions plus aucune attention à notre rétroviseur, où on voit tout notre système de santé qui pleure.

(avec mes excuses aux Cowboys Fringants)

(Une version légèrement plus courte de ce texte a été publié dans Le Devoir.)


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Message (à peine fictif) des médecins à François Legault: Mille fois merci !

Francois Legault, Gaétan Barrette(Pour illustrer mon propos, je vais me mettre dans la peau de médecins qui écrivent au premier ministre. Cette lettre est donc fictive ou, au choix, un exercice de « réalité augmentée »)

Très cher premier ministre,

Alors que s’achève l’année politique moi et mon groupe d’amis médecins spécialistes et généralistes tenons à vous exprimer notre profonde reconnaissance.


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Comme vous le savez, la dernière décennie fut pour nous une période bénie des Dieux. Nos revenus ont augmenté, pour les médecins de famille, d’environ 50%. Pour les spécialistes, de 60%. Sans que notre charge de travail augmente !

Avant, nous étions la risée du 1% de la population la plus riche. Désormais, on est en affaires ! Songez qu’il y a dix ans, il n’y avait pas plus de 500 d’entre nous qui gagnions un demi-million par an. Une misère. Aujourd’hui, nous sommes plus de 3 500 à faire partie du club des 500 000 $ ! C’est la fête permanente.

Rémunération des médecins

Et puis, cher M. Legault, j’ai un message spécial de la part de nos amis radiologues. Leur rémunération était il y a deux ans de 715 000 $ par an, maintenant ils sont à 835 000 $. C’est pas beau ça ! Et c’est juste la moyenne. Je ne vous parle pas des millionnaires, qui sont nombreux et qui vous embrassent comme si vous étiez leur sœur.

Bon, c’est vrai, on sait que vous n’êtes pas personnellement responsable de notre nouvelle richesse. On le doit surtout aux libéraux et à notre ancien président de syndicat Philippe Couillard. Ah, non, je me trompe, ce n’était pas plutôt Gaétan Barrette ? Enfin, on les confond.

La fenêtre fermée

La raison pour laquelle nous vous sommes reconnaissant, à vous, personnellement, M. Legault est qu’on a bien cru, il y a un an, que nos revenus et nos augmentations scandaleux étaient à risque. Nous avions négocié avec nos amis libéraux une entente qui allait ajouter 7 milliards de dollars à nos revenus d’ici 10 ans. On a négocié ça en vitesse avant l’élection car on avait très peur que quelqu’un d’autre prenne le pouvoir.

L’immense majorité de la population québécoise était contre ces augmentations. Nos primes ridicules, qu’on perçoit pour arriver à l’heure, inscrire un patient sans le voir, mettre un sarrau, n’ont pas cessé de braquer les projecteurs sur notre avidité, alors même que les conditions se dégradaient dans les CHSLD, dans les hôpitaux, dans le personnel de la santé.

Nous savons que nous sommes le lobby le plus puissant au Québec. Nous avons fait plier plusieurs gouvernements. Mais l’an dernier, on se sentait pour la première fois en situation de faiblesse. Pour l’opinion, on avait dépassé toutes les bornes. Les trois partis d’opposition disaient non. L’ancien ministre de la Santé, Claude Castonguay, répétait que le temps était venu de corriger les erreurs du passé, dont celle de nous avoir laissé à nous le contrôle sur notre masse salariale. (On s’en pince depuis 1970, un syndicat qui contrôle la distribution de la paie, c’est fameux !)

Notre refus de céder des actes médicaux aux autres professionnels de la santé, ou aux médecins venus de l’étranger, commençaient à déranger beaucoup de monde.

Même dans nos propres rangs, on sentait l’opposition monter. Pas moins de 1000 médecins et étudiants en médecine avaient signé une pétition pour refuser complètement les nouvelles augmentations. Des médecins altruistes. On n’avait pas vu ça depuis le départ à la retraite du docteur Welby. À les écouter, il aurait fallu mettre cet argent-là dans les soins. Incroyable !

Vous nous faisiez peur

Vous même nous faisiez un peu peur. Lorsque vous étiez dans l’opposition, M. Legault, vous n’arrêtiez pas de dénoncer les libéraux pour leur manque de courage. Et vous répétiez ce mot avec emphase. Le COURAGE. Puis, pendant la campagne, vous êtes allé jusqu’à dire que vous alliez déchirer notre entente. Pire, vous avez promis à tous les Québécois de nous enlever 1 milliard de dollars par année. On ri pu. Un milliard, ça aurait paru !

On avait bien compris que si vous faisiez ça, vous auriez un appui massif des Québécois. À l’Assemblée nationale, le Parti québécois et QS allait vous appuyer et demander d’aller plus loin encore. Jamais les conditions n’avaient été aussi bien réunies pour faire voter une loi spéciale qui allait nous remettre à notre place.

On se préparait à passer un très mauvais moment. On savait qu’il faudrait lâcher quelques gros morceaux, pour préserver l’essentiel. On avait tellement peur qu’on avait embauché Lucien Bouchard pour nous représenter.

On a eu vraiment chaud, peu après votre élection. Vous étiez majoritaire et en début de lune de miel. C’est le moment le plus dangereux pour les privilégiés comme nous. Car c’est en début de mandat qu’un gouvernement courageux peu prendre de front un lobby puissant comme les médecins. Justement, en octobre, vous avez annoncé que vous alliez geler nos augmentations. C’était ce que le Parti Québécois avait prévu de faire. On s’est dit, ça y est, l’heure de vérité est venue.

Heureusement, vous avez reculé en quelques jours seulement. On s’est énervé pour rien !

Vous avez accepté d’attendre jusqu’en septembre prochain (2019), pour voir une étude qui va dire si oui ou non on est payés plus cher qu’en Ontario. En plus, vous nous avez laissé négocier les variables de l’étude. On peut pas perdre quand on écrit soi-même les règles du jeu.  Et seulement si l’étude devait, malgré tout, indiquer qu’on est payés un peu plus plus cher, on va commencer à discuter d’ajustements potentiels. Comptez sur nos négociateurs pour trouver des solutions qui vont nous plaire !

Un premier bilan en janvier 2019 a indiqué que, tous comptes faits, l’écart entre les ontariens et nous n’était pas si grand. Puis, un bonheur ne venant jamais seul, en février les médecins ontariens ont obtenu des augmentations importantes ! Si ça se trouve, on va pouvoir dire qu’on n’est pas encore assez payés !

Nos amis les Ontariens

On est vraiment contents, cher François Legault, de vous avoir convaincu, quand vous étiez ministre de la santé en 2003, que les médecins devaient être un des seuls corps d’emploi au Québec à être payé aussi cher qu’en Ontario. Ça c’est la médaille d’or. Peu importe que nos droits de scolarité soient plus faibles, peu importe que le coût de la vie soit plus faible, peu importe que la charge de travail soit plus faible, peu importe que notre mobilité, comme francophones, soit plus faible. On vous a fait signer une lettre d’entente acceptant ce principe maintenant sacré.

Comme on sait que l’Ontario est plus riche que le Québec, ça nous assure d’être toujours beaucoup plus riches que les autres Québécois. On avait peur que le Québec déclare son indépendance par rapport à l’Ontario. C’est ce que proposait le PQ. Heureusement, avec vous, on est rassurés.

Aussi, bravo à votre ministre, qui limite les dégâts. Quand Diane Lamarre et le PQ avait proposé un « big bang » des actes médicaux pour en déléguer à une douzaine de professionnels, dont les paramédics, les pharmaciens, les physiothérapeutes, les ergo et les autres, comme cela se fait ailleurs dans le monde, on a vraiment craint que vous leur piquiez leur idée (elle est ici).

Heureusement, votre ministre s’est limité à élargir le rôle des infirmières spécialisées, mais sans leur donner le rôle central que le PQ proposait (ce qui existe en Ontario et ailleurs), qu’on craignait par dessus-tout, alors on respire.

Aussi, on vous remercie d’avoir remis au calendes grecques l’idée de nous retirer un des plus beaux cadeaux des libéraux, l’incorporation. On fait environ 150 millions par an, juste avec ça. C’est pas beaucoup dans tous les milliards qu’on fait, mais on y tient. C’est comme une cerise sur notre énorme sundae.

Alors voilà, cher premier ministre. On sent que, grâce à vous, la fenêtre d’opportunité pour une vraie réforme du rôle des médecins au Québec se referme. Vos promesses électorales de déchirer notre entente ou de faire preuve de courage sont maintenant loin derrière nous. Nos privilèges sont intacts. Notre rémunération est à l’abri.

Alors merci, François Legault, d’avoir non pas incarné le changement, mais de nous avoir épargné le changement.

C’est avec le sourire aux lèvres qu’on se reverra cet été, comme vous l’avez si bien dit, sur les terrains de golf.

Signé: des médecins reconnaissants


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Laicité: Seulement un (mais tout un) B- pour la CAQ

Enfance: l’insondable sans-gêne des Libéraux (texte)

Venons tout de suite à l’essentiel. Chaque jour, au Québec en ce moment, la Direction de la protection de la jeunesse reçoit 20 signalements de maltraitance seulement pour des enfants de 0 à 5 ans. 20 par jour. C’est insoutenable. Et ça augmente depuis plusieurs années. Et on le sait depuis plusieurs années. Et on le dit depuis plusieurs années. On le crie.


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Tiré du dernier rapport annuel des directrices de la DPJ

Une nuance, avant d’aller plus loin. Le décès d’une petite fille à Granby semble être le fruit de mauvaises recommandations de la Direction locale de la protection de la jeunesse et de la mauvaise décision d’un juge de remettre la jeune fille dans son milieu familial toxique. Laissons l’enquête publique faire toute la lumière.

On ne peut cependant passer sous silence l’extraordinaire toupet des membres de la députation libérale du Québec dans le nouveau et nécessaire débat sur la protection de la jeunesse vulnérable. Pendant leur dernier passage au pouvoir ils ont été les artisans conscients de l’affaiblissement constant des services rendus à nos jeunes.

Sans être un spécialiste de la question, j’ai été témoin de cette entreprise de sape car j’ai été pendant près de deux ans le porte-parole de l’opposition en matière de protection de l’enfance.

Rafraîchir la mémoire des Libéraux !

Laissez-moi vous rafraîchir la mémoire à ce sujet, et du même coup rafraîchir celle des ex-membres du gouvernement Couillard qui semblent découvrir aujourd’hui avec effroi comment les choses se sont dégradées, alors qu’ils y ont participé en toute connaissance de cause.

Un des premiers gestes du ministre Barrette fut de couper de 20 millions le budget de la DPJ en 2014. Pour la première fois de leur existence, les directeurs régionaux de la DPJ ont tenu une conférence de presse pour lancer un grand signal de détresse.

Ils affirmaient que réduire les budgets alors que le nombre de signalement d’enfants en difficulté augmente est un non sens. Ils s’inquiétaient aussi que les autres compressions budgétaires libérales dans les écoles, dans les garderies, dans les Carrefours jeunesse emploi allaient provoquer une augmentation encore plus grande du nombre de signalement et une surcharge intenable pour la DPJ.

Quelle fut la réponse de M. Barette et des membres du gouvernement libéral ? Ils ont démantelé l’Association des directeurs de la DPJ pour leur enlever la parole et la capacité d’intervenir dans le débat. Puis, dans le grand projet de loi de réforme global des structures, ils ont posé un geste lourd de sens.

Lorsqu’il avait créé la Protection de la jeunesse, il y a 30 ans, René Lévesque avait pris soin de lui donner une réelle autonomie pour que se crée une réelle culture de la protection de la jeunesse et que la DPJ en fasse un combat permanent. Gaétan Barrette allait détruire cette autonomie pour fusionner sa direction et ses services avec celles de ses nouvelles méga-structures de santé. Avec Diane Lamarre et tout le milieu de la DPJ, nous nous sommes battus pour préserver l’autonomie et les budgets de la DPJ. Le ministre Barrette est resté de marbre.

Ces derniers jours l’ancienne directrice régionale de la DPJ du Saguenay, Danielle Tremblay, a fait le bilan de cette catastrophique décision:

« Par un certain soir de mars 2015, à l’instar de 1300 gestionnaires du réseau de la santé et des services sociaux, [j’ai appris] que mon poste était aboli […] Des gestionnaires compétents, engagés, experts dans leurs domaines respectifs ont été massivement écartés et ont dû, en l’espace de quelques semaines, quitter leurs fonctions, choisir de partir définitivement ou de postuler ailleurs, avec comme résultat une perte d’expertise généralisée […]

 Tout cela a laissé des intervenants désemparés, en manque de repères, d’orientations cliniques, de soutien et de direction. »

Elle continue:

« les mesures d’austérité ont empiré la situation en coupant des postes et des ressources, tant dans les services de première ligne offerts en CSSS que dans les services de protection de la jeunesse, ainsi que ceux relevant des milieux scolaires et des services de garde. Le filet de protection sociale que le Québec avait construit au fil des ans pour les enfants s’est progressivement et tristement effiloché. Les mailles sont devenues de plus en plus larges alors que les problèmes sociaux n’ont pas cessé de s’aggraver. »

Un signal clair de la surcharge de travail causé par les libéraux dans les Centres de protection de la jeunesse a surgi dès l’année suivante, en 2015. avec la crise des fugueuses de Laval. Un rapport alors commandé par le gouvernement libéral et rédigé par l’expert André Lebon tirait clairement, en mars 2016,la conclusion appropriée:

 » il serait illusoire de penser. écrivait-il, qu’on peut respecter les conditions de succès de ces projets en même temps qu’on réduit les engagements financiers. Il est futile de penser réduire les fugues ou mieux accompagner les jeunes filles en cause s’il y a, en même temps, fugue/fuite du financement et des compétences. »

 

Les ministres libéraux ont reçu ce rapport, adopté les changements les moins coûteux, mais ont continué à faire semblant qu’il ne fallait pas augmenter les ressources.

Puis l’année suivante, en 2017, ce fut une juge de la Cour du Québec, qui a directement blâmé la réforme Barrette d’avoir provoqué dans le cas d’un enfant de 5 ans en détresse des « délais déraisonnables » dus au « désordre administratif  » engendré par la réforme. Dans un jugement cinglant, la juge Mélanie Roy a écrit que  « le décalage entre les objectifs de la réforme […] et la réalité vécue par l’enfant est d’une parfaite ironie ».

 

Nous avons constamment livré le combat, interpellé les ministres et le premier ministre pour pousser le gouvernement libéral à revenir à la raison. En rétablissant le budget coupé de 20 millions de dollars et en augmentant les budgets au rythme de l’augmentation des besoins. En redonnant son autonomie à la DPJ. Malgré tous nos appels face à ce que la journaliste de La Presse Katia Gagnon a appelé une « tempête parfaite¨ » à la DPJ, le gouvernenent Couillard est resté glacé dans son insensibilité.

Où étaient les autres Libéraux ? Muets ? Complices !

Lorsque nous demandions cela, à l’Assemblée nationale et en commission parlementaires, étaient assis devant nous l’actuel chef de l’opposition officielle Pierre Arcand, l’actuelle critique en matière de jeunesse Hélène David, en tout 13 membres du gouvernement qui a tourné le dos à la jeunesse vulnérable québécoise et qui sont maintenant députés libéraux. Ils ne furent d’aucun secours. Même en fin de mandat, alors que les surplus budgétaires leur sortaient par les oreilles, ils n’ont jamais rétabli le budget de la DPJ à son niveau antérieur. C’est proprement scandaleux.

La réalité sur le terrain après l’ère libérale a été décrite par une intervenante dans Le Soleil. Je la cite:

«La réalité, c’est qu’on en a chacun 18 enfants à suivre, 20, 22, et parfois même 25. Calculez : 25 enfants, 50 parents. Que l’on doit tous voir régulièrement. Sachez que notre travail d’intervention ne constitue qu’environ 40 % de nos tâches réelles, puisque nous avons des suivis à rédiger, des rapports, des auditions au tribunal à préparer, des consultations cliniques […] bref, le temps manque».

On sait aussi que l’épuisement professionnel et le roulement de personne, d’environ 10%, sont des facteurs aggravants. Alors qu’une intervention auprès d’un enfant en difficulté réclame d’établir un lien de confiance entre l’intervenant et l’enfant, il est fréquent qu’un enfant change plusieurs fois d’intervenant, car l’épuisement et les départs sont nombreux.

Un grand débat ?

Faut-il avoir un grand débat sur la protection de la jeunesse ? Oui, bien sûr. Des états généraux sur la question étaient réclamés dès 2016 par plusieurs, avec l’appui du Parti québécois.

Mais est particulièrement absurde d’entendre aujourd’hui les libéraux réclamer ce débat. Pourquoi ? Parce que le calendrier a fait en sorte que leur gouvernement avait la responsabilité de faire ce débat.  Oui, la loi réclame une mise à jour de la protection de la jeunesse, donc une consultation, des amendements, une commission parlementaire, tous les cinq ans. Les libéraux ont donc tenu ce débat, déposé et adopté un projet de loi, en 2016. Ils n’ont fait que des aménagements à la marge, en ne corrigeant pas leurs propres dégâts. Mais ils se sont déclarés parfaitement satisfaits de leur travail !

Ils sont donc parmi les plus mauvais juges et tout membre du gouvernement Couillard devrait se sentir disqualifié d’intervenir sur ce sujet.

Que faire ?

Nous avions beaucoup réfléchi à cette question, notamment avec le grand spécialiste Camil Bouchard, qui me conseillait en matière de jeunesse.

Maintenant que le gouvernement Legault, et toute l’Assemblée nationale, semblent prêts à se relever les manches, il n’est pas inutile de rappeler nos propositions phares.

D’abord redonner son autonomie à la Direction de la protection de la jeunesse. En réformant les structures actuelles, la DPJ doit retrouver sa marge de manoeuvre et surtout retrouver un porteur de drapeau au Conseil des ministres qui ne soit pas le ministre de la santé ou son ministre délégué. Le meilleur scénario serait de créer un grand ministère de la jeunesse, regroupant éducation pré-scolaire, primaire et secondaire et Protection de la jeunesse.

Simultanément redonner ses moyens à la DPJ en rehaussant son budget de base (le premier budget Legault a livré un premier effort significatif) et en l’ajustant par la suite à la hausse du nombre de signalements. Seul moyen d’assurer en permanence une bonne qualité d’encadrement.

Lancer une Politique nationale de bienveillance envers les enfants qui se donnera un objectif national ambitieux de réduction de la maltraitance sur un horizon de 4, puis de 8 ans. Pour assurer son succès, il faudra mobiliser les meilleures équipes de recherche et d’intervention préventive en matière de maltraitance envers les enfants et les jeunes.

Nommer au bureau du Premier ministre un Chargé de mission pour l’enfance, qui verra au suivi des recommandations et à la cohésion de l’action gouvernementale.

Que devraient faire les Libéraux ?

Ils forment l’opposition officielle et ont donc un rôle à jouer dans les débats à venir. Mais pour retrouver une crédibilité quelconque dans le débat sur l’enfance, le premier geste à poser serait de reconnaître leur lourde part de responsabilité.

De tous les députés libéraux actuels, Marwah Rizqy fut la seule à émettre la possibilité que son parti présente des excuses aux Québécois pour l’ampleur des compressions de l’ère Couillard. Elle fut sévèrement remise à l’ordre par des artisans de ces compressions, dont Pierre Arcand et Pierre Moreau, deux de ceux qui, au Conseil du Trésor, serraient la vis.

S’excuser auprès des enfants du Québec serait un bon début. Puis, de toute urgence, confier le dossier à un(e) député qui n’était pas présent, ou du moins pas ministre, au moment de la prise de ces très mauvaises décisions.

Finalement, interdire aux ex-ministres libéraux de venir verser devant les caméras des larmes de crocodile.


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Laïcité: Guy Rocher ose utiliser le « M Word » – MAJORITÉ 

En voici un extrait:

Leadership: Santé : Gel de l’enveloppe de rémunération des médecins

Proposition #3 du candidat Jean-François Lisée

« Les gouvernements essaient de ne pas affronter la médecine, ou de ne pas trop l’indisposer. On l’a vu lorsqu’on a accepté le principe du rattrapage par rapport à l’Ontario. On sait que c’est un non-sens. 

Si on essayait de rehausser la rémunération de toutes les professions et tous les métiers au niveau de l’Ontario, ce serait la faillite parce qu’on n’a pas le même niveau de richesse. On reconnaît aujourd’hui que dans un cadre normal, où les relations auraient été plus équilibrées, on n’aurait jamais consenti à une entente comme celle-là.[…] » 

«Notre système de santé n’est pas la propriété des médecins, mais des Québécois. Il devrait être vu, analysé et géré en fonction des besoins des Québécois et des patients. C’est un aspect qui m’apparaît fondamental.
Et on ne progresse pas dans ce sens-là parce que tout ce qui touche le moindrement aux médecins doit toujours être négocié avec les deux fédérations médicales. »

 -Claude Castonguay, père de l’Assurance-maladie, 24 février 2016

Aucune décision prise au cours des dernières décennies n’a causé autant de tort aux finances publiques que l’augmentation de la rémunération des médecins négociée par les docteurs Philippe Couillard et Gaétan Barrette. À ce jour, cette décision a mené au transfert de 3 milliards de dollars vers le 1% des citoyens les plus riches, compromettant l’équilibre déjà fragile des finances publiques, forçant des compressions dans tous les autres domaines d’intervention de l’État, et ce, sans gain pour les citoyens.

De 2006 à 2016, la rémunération totale des médecins (services médicaux payés par la RAMQ) est passée de 3,3 à 7,1 milliard de dollars. Si elle avait cru à la même vitesse que l’inflation (+18%) et que la population du Québec (+9%), cette rémunération se chiffrerait plutôt aujourd’hui à 4,2 milliards de dollars, soit presque 3 milliards de moins que ce nous paierons cette année.

L’augmentation de la rémunération des médecins ne s’est pas traduite par de meilleurs soins offerts à la population. Le nombre d’actes médicaux a légèrement augmenté (suivant l’augmentation générale de la population, +10%), mais le nombre d’actes par médecin a diminué, notamment parce que ces derniers sont parvenus à augmenter substantiellement leur revenu tout en réduisant leur charge de travail.

Comment un prochain gouvernement du Parti québécois pourrait-il reprendre le contrôle face à un tel gâchis ?

Geler l’enveloppe de la rémunération

Il m’apparaît impératif de contenir la valeur totale de l’enveloppe de la rémunération des médecins. Politiquement et financièrement, la croissance de la rémunération est insoutenable et injustifiable, au regard de l’état des finances publiques et de la rémunération des autres Québécois.

C’est pourquoi je propose que le Parti québécois demande en octobre 2018 aux Québécois un mandat électoral fort de geler dès sa prise du pouvoir l’enveloppe de rémunération des médecins, spécialistes et omnipraticiens.

Jusqu’à quand ? Jusqu’à ce que la rémunération globale se rééquilibre autour d’une norme québécoise de la part de la richesse que la société consent à verser à ses médecins – une norme qui n’est pas et ne doit pas être la moyenne canadienne.

De plus, un gouvernement du Parti québécois abolirait dès son premier budget le droit à l’incorporation des médecins et des autres professionnels dont la rémunération est entièrement liée à la dispensation de services publics payés par l’État. (Une mesure qui, à elle seule, pourrait générer des économies allant jusqu’à 150 millions de dollars par an.)

Il ne s’agit évidemment pas de sous-payer les médecins, mais leur rémunération doit s’insérer dans un continuum incluant les autres professionnels du réseau de la santé, et plus largement l’ensemble des travailleurs et des travailleuses du Québec. Les médecins ne doivent pas constituer une caste à part. Cet exercice de rééquilibrage devrait raisonnablement prendre de cinq à dix ans.

Cette proposition soulève quelques enjeux importants:

Les ententes existantes : Malgré les augmentations gigantesques déjà réalisées, les ententes existantes prévoient que la rémunération des médecins augmente encore de 2,3 milliards de dollars d’ici 2021-2022, en raison de l’étalement des hausses convenu avec les fédérations médicales. Cette hausse supplémentaire est insoutenable pour les finances publiques et injustifiable à tout point de vue.

Fort d’un mandat électoral et de l’appui d’un grand nombre de médecins qui s’oppose à la dérive dans laquelle leurs fédérations les ont entraînés, un gouvernement du Parti québécois rouvrirait ces ententes avec les Fédérations pour annuler ces augmentations. D’où l’importance que cet enjeu fasse partie de la discussion lors de la prochaine campagne électorale.

Sait-on que la seule augmentation de 568 millions de dollars par an liée à la clause remorque consentie par le gouvernement libéral aux médecins suffirait pour mettre à niveau en moins de trois ans toutes les écoles vétustes de la Commissions scolaire de Montréal ?

Une nouvelle négociation s’enclencherait sur de nouvelles bases. Il ne fait aucun doute qu’un grand nombre de médecins membres de leurs fédérations, et qui ont à cœur leur rôle de service public et les notions d’équité, seront des alliés précieux dans cette renégociation.

Un « big bang » de la répartition des tâches : Les pharmaciens, les infirmières et les autres professionnels de la santé doivent être beaucoup plus présents pour dispenser les soins. En ce moment, les spécialistes consacrent une trop grande part de leur temps à réaliser des actes qui pourraient être assumés par les omnipraticiens et les omnipraticiens à réaliser des actes qui devraient être délégués notamment aux infirmiers ou aux pharmaciens.

La clinique d’infirmières de la Coopérative de solidarité SABSA à Québec est l’exemple d’une complémentarité réussie au bénéfice d’une clientèle vulnérable. Les infirmières et travailleuses sociales de SABSA ont pu répondre à 95% des besoins en santé des patients. Seuls 5% ont du ensuite voir un autre professionnel de la santé. Des cliniques semblables existent en Ontario depuis des années, et ces infirmières praticiennes n’exercent pas sous la gouverne de médecins.

Pour arriver à une offre optimale de soins, la RAMQ devrait pouvoir réduire périodiquement le financement de certains actes afin d’encourager la hiérarchisation et la pertinence des services rendus, ce qui pourrait être compensé par une augmentation du financement d’actes plus spécialisés ou de la prise en charge des patients.

L’abandon de la norme canadienne : L’augmentation de la rémunération des médecins s’est faite en vertu de l’atteinte de la moyenne canadienne. Pourtant, contrairement aux prétentions du docteur Barrette alors qu’il était président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ, l’écart salarial avec le reste du Canada n’a jamais conduit à un exode des médecins. Les départs pour le Canada ont toujours été peu nombreux et principalement motivés par des raisons linguistiques.

En fait, selon les calculs effectués le mois dernier (avril 2016) par l’économiste Pierre Fortin, la hausse excessive de rémunération accordée par le gouvernement libéral procure aux médecins un avantage de pouvoir d’achat de 19 à 34% par rapport à leurs confrères ontariens !

Fortin écrit : « Seulement en 2013-2014, l’excès de générosité envers les médecins du Québec a coûté 838 millions de dollars aux contribuables québécois. L’austérité imposée dans les années récentes aux autres secteurs de l’activité gouvernementale afin de parvenir à l’équilibre budgétaire s’explique en bonne partie par la nécessité d’absorber cette énorme facture annuelle supplémentaire de 838 millions. »

Les redressements budgétaires successifs imposés au réseau de la santé, largement dus aux sommes qu’il a fallu dégager pour assumer les augmentations des médecins, ont entraîné l’abolition de nombreux postes, la réduction de services à la population, la centralisation à outrance, tout cela au détriment du patient.

Je propose donc d’abandonner la norme canadienne et de la remplacer par une norme québécoise, tenant compte de plusieurs facteurs : le coût de la vie inférieur au Québec, la rémunération moindre des médecins dans les pays ayant une meilleure performance en santé et l’équité générale de la rémunération avec les autres travailleurs des secteurs public et privé.

L’impact sur le volume de soin : En ce moment, la rémunération des médecins est un bar ouvert, tout acte médical est remboursé. Cette situation a mené sur deux ans à un dépassement de 800 millions de dollars de la rémunération prévue. Fermer l’enveloppe de la rémunération des médecins devra se doubler d’une meilleure gestion des sommes disponibles, par l’introduction d’un mécanisme d’évaluation continue de la rémunération des médecins afin d’assurer l’optimisation des services médicaux offerts.

Passer de la rémunération à l’acte à une rémunération mixte digne du XXIe siècle : Il est grand temps de revoir le mode de rémunération des médecins, codifiés dans pas moins de  874 pages d’actes médicaux du manuel de la RAMQ.

Comme l’indiquait récemment Claude Castonguay : « La rémunération à l’acte est mal adaptée à la rémunération de gens qui fonctionnent en équipe. Cette approche individuelle ne permet pas de développer la  nécessaire vision d’ensemble permettant de mettre efficacement en réseau toutes les ressources. Les solutions doivent passer non pas par l’ajout de ressources financières supplémentaires, mais par une réallocation à l’intérieur de la masse financière déjà consentie. L’octroi d’une augmentation aux omnipraticiens pour qu’ils acceptent des infirmières praticiennes en première ligne constitue un exemple d’une approche totalement injustifiée. »

Un programme santé beaucoup plus large

Ces éléments ne portent que sur le cadre financier général de mes propositions en santé.

Comme porte-parole du Parti québécois en matière de Services sociaux, de Santé publique, de Protection de la jeunesse et de Soins à domicile, j’ai développé un grand intérêt pour l’ensemble de ces questions, ainsi que celles de la prévention et des saines habitudes de vie.

J’interviendrai sur ces autres volets pendant le déroulement de la campagne à la direction du Parti.

Vous êtes plutôt d’accord ?
Joignez-vous à ma campagne

Voici les propositions que j’ai mise de l’avant
depuis mon entrée dans la campagne, le 16 mai dernier.

Proposition #1: Chasser les libéraux. Réussir l’indépendance. Dans cet ordre.

Proposition #2: Immigration : Le chemin du succès

Proposition #3: Santé : Gel de l’enveloppe de rémunération des médecins

Proposition #4: Inégalités sociales : Un Québec riche de son équité

Proposition #5: Sièges sociaux : Miser sur la Caisse de dépôt et le développement régional

Proposition #6: Identité : La concordance culturelle

Proposition #7: Priorité PME : Moins de paperasse, plus d’entrepreneuriat

Proposition #8: Laïcité – une approche résolue et responsable

Proposition #9: Compte à rebours 2022 !

Proposition #10: Anticosti – Enfin sortir des faux-fuyants !

Proposition #11: Incarner la laïcité et l’ouverture

Proposition #12: Le pipeline Énergie Est: Pourquoi il faut dire Non et Non !

Proposition #13 : Pour un processus d’évaluation et de consultation « digne du 21e siècle »

Proposition #14 : Développement régional : rétablir les budgets et reconstruire les outils de développement dans le respect des régions

 

Comme le PQ, la Protectrice dit Non à une autre Taxe santé libérale

Ce matin, la Protectrice du citoyen fait entendre la voix de la raison en réclamant, comme on le fait au Parti québécois, l’interdiction des frais accessoires de santé,  imposés à des patients incrédules par certains (une minorité) de médecins spécialistes.

Pour l’instant, la décision de médecins de facturer quelques dizaines ou quelques centaines de dollars à des patients pour des services qui sont gratuits à l’hôpital (mais la plupart du temps qui demandent beaucoup d’attente) est réduite à un millier de médecins. La facture globale est estimée à au moins 50 millions de dollars par an.

En légalisant et normalisant la pratique, le gouvernement libéral donnerait le signal aux 19 000 autres médecins qu’ils ont eu tort de ne pas facturer leurs patients et qu’ils peuvent désormais ouvrir ce robinet, supplémentaire, de revenu. Alors que le rémunération des médecins a monté en flèche ces dernières années, notamment grâce aux efforts du Dr Barrette, alors président des spécialistes.

Voici ce qu’écrit la Protectrice du citoyen ce matin:

Pour le Protecteur du citoyen, une facturation directe aux usagers des frais accessoires aux services assurés compromet les principes d’universalité et d’accessibilité à la base du régime public. On introduirait ici, en effet, des barrières financières qui limiteraient l’accès aux services assurés médicalement requis.

Affectant l’ensemble de la population, ces contraintes pénaliseraient davantage certains segments de la population.

Il importe ici de nommer des groupes de personnes qui seraient parmi les plus touchés par les changements envisagés, soit des personnes :

– à revenu moyen, en particulier celles qui n’ont pas d’assurance privée;
– sans emploi;
– au travail, mais à faible revenu;
– en difficulté ou en perte d’autonomie;
– aux prises avec une maladie chronique;
– victimes d’abus et d’agressions graves;
– aux prises avec un problème de santé mentale;
– avec un handicap physique, intellectuel ou un trouble du spectre de l’autisme;
– avec une dépendance (alcool, drogues, jeux);
– itinérantes.

En matière de protection des droits fondamentaux des usagers, le Protecteur du citoyen est d’avis que réglementer l’imposition de frais accessoires aux services assurés médicalement requis [note: la position du gouvernement libéral] entraînerait des difficultés d’accès, que rencontreraient alors les personnes vulnérables.

Cette situation, conséquente de l’imposition de frais accessoires, ne respecterait pas le droit à la sécurité des Québécois, en plus d’ignorer deux principes qui sont l’essence même du régime public, l’universalité et l’accessibilité.

La Cour Suprême l’a confirmé, être privé de l’accès aux services médicalement requis viole le droit à la vie et le droit à l’intégrité, tous les deux protégés par l’article 1 de la Charte des droits et libertés de la personne.[…]

L’esprit et l’objectif de la législation en la matière sont de promouvoir, pour tous les Québécois, l’accès à des soins de santé de la meilleure qualité possible, sans égard à leur capacité de payer.
L’imposition de frais accessoires aux services assurés, donc médicalement requis, entraîne la réalité suivante : les personnes qui bénéficient d’une assurance privée ou de revenus élevés peuvent s’offrir des services sans se soucier outre mesure des coûts. Plusieurs parmi les autres ne pourront s’offrir ces services ou, pire, y renonceront au détriment de leur état de santé. L’impact délétère sur la santé des frais imposés aux points de services est solidement démontré, au Québec comme ailleurs.
C’est pourquoi cette formule de financement, qui s’est développée au cours des dernières décennies, ne fait pas preuve d’équité entre les individus.

Cette façon de faire risque de contribuer à l’émergence d’un système à deux vitesses : une voie rapide en clinique pour ceux qui ont les moyens de payer et une voie lente menant à l’hôpital pour les autres.

En commission parlementaire ces derniers jours, le PQ a tenté de faire voter un amendement au projet de loi 20 qui aurait, justement, interdit les frais accessoires. Les libéraux ont voté contre et, inexplicablement, la CAQ s’est abstenue (prétextant qu’elle souhaitait plus de débats sur la question).

Voici une intervention où j’explique pourquoi les frais sont une nouvelle taxe santé:

Et voici un échange question-réponse assez serré entre le ministre et moi sur la question:


 

On peut lire le rapport complet de la Protectrice du citoyen sur son site, ici.

Soins à domicile: l’ère du ministre du rationnement

La Protectrice du citoyen a mené l’enquête. Elle est formelle. Le gouvernement Couillard ne donne pas suffisamment de ressources au système de santé pour couvrir les besoins en soins en domicile. En fait, c’est au point où les soins sont rationnés.

Elle n’utilise pas le terme, m’a rétorqué à l’Assemblée le ministre Barrette. En effet. Mais voici ce qu’elle dit en citant des cas qui, précise-t-elle, « illustre le problème de l’insuffisance des ressources »:

Dans le cas d’une dame de 84 ans prenant soin de son mari handicapé, le CSSS ne lui offrait que le tiers des heures nécessaires. Pourquoi ? « L’enquête du Protecteur du citoyen a démontré que le CSSS ne disposait pas des ressources nécessaires. » Qu’a-t-il fait ? « Il a choisi de partager les services disponibles entre tous loes usagers. »

Cela consiste à « donner un peu à chacun, tout en ne donnant assez à aucun. »

Un autre cas est cité où « faute de moyens pour répondre à l’ensemble de la demande, le CSSS a établi un maximum d’heures par personnes. »

Sans égard aux besoins de chacun. Les personnes « dont la condition nécessite plus de soutien doivent donc payer elles-mêmes les services additionnels requis ou, comme cette dame, se résoudre à aller vivre en CHSLD. » Là, donc, où elle coûtera plus cher à l’Etat que si on lui avait prodigué les soins à domicile.

Le gouvernement du PQ était conscient de l’absolue nécessité d’investir dans les services à domicile. Le PLQ avait promis d’injecter 150 millions par an, promesse qu’il a brisée dès son élection.

Aujourd’hui, la protectrice est limpide: « les plaintes reçues au cours de la dernière année confirment que les usagers restent aux prises avec des problèmes de réduction de services

L’approche est non seulement mesquine, mais contreproductive. Les soins à domicile sont indispensables pour désengorger les urgences et réduire la pression sur les centres hospitaliers de longue durée. Malgré ses demandes, elle « déplore » que le ministère de la santé ne soit « toujours pas en mesure de statuer sur l’offre réelle de services à domicile pour une population des plus vulnérables. »

Tout occupé à fusionner les structures, augmenter les enveloppes des médecins, leur garantir leurs primes inutiles et les frais accessoires, le ministre Barrette a laissé tomber les aînés et les personnes handicapées qui ont des besoins à domicile.

Comme sorti de sa torpeur par la brique que lui a lancé en plein visage la Protectrice (et que votre humble serviteur lui a re-lancé en période de question) il parle maintenant d’un futur et « Plan d’action ». Ce que nous voulons, c’est de l’action. Donc, l’arrêt des compressions.

 

L’austérité sélective des médecins qui gouvernent le Québec

La journée d’hier fut très instructive. Pour tous les Québécois qui sont victimes de l’austérité libérale, notamment dans le système de santé.

Nous avons appris qu’alors que le gouvernement propose d’abolir les primes des infirmières et de soutirer 90 000 $ des poches de chaque pharmacien du Québec, il n’a rien demandé — mais alors, absolument rien — aux médecins en échange de la levée des sanctions prévues dans le projet de loi 20.

J’ai voulu m’en assurer dans mon échange avec le président de la Fédération des médecins omnipraticiens, le Dr Louis Godin, hier:

Comprenons-nous bien: ma collègue Diane Lamarre et moi serions ravis d’avoir au Québec les médecins les mieux payés au monde ! Mais puisque le gouvernement Couillard fait les poches des autres artisans de la santé, on s’étonne qu’il soit aussi gentil avec les médecins.

C’était l’objet de notre point de presse:


Bref, a fait valoir Diane, plus on lit l’entente conclue avec les omnipraticiens, mieux on comprend les gains financiers que le ministre leur a accordés. L’article 21 vient exaucer un souhait de longue date des médecins : recevoir un supplément pour travailler avec d’autres professionnels. Déjà, Yves Bolduc leur avait donné un boni de 60 000 $ par année pour chaque infirmière praticienne spécialisée supervisée au sein des GMF. Or, dans l’entente conclue, il est question d’élargir cette façon de faire à d’autres catégories de professionnels.

« Dans le contexte budgétaire actuel, où chaque dollar compte, dit-elle, comment le ministre peut-il faire le choix de verser un supplément aux médecins pour le simple fait de travailler en collaboration avec d’autres professionnels? Tous les professionnels de la santé qui veulent plus d’interdisciplinarité souhaitent que ce soit le patient qui sorte gagnant de cette meilleure collaboration ».

Il faut savoir que le gouvernement propose d’abolir les primes de rétention pour les infirmières en région, et d’autres primes actuellement en vigueur, réclame 177 M$ aux pharmaciens, veut appauvrir tous les salariés de la santé en n’indexant même pas leur salaire au cours des prochaines années, mais il offre davantage aux médecins. Le ministre Barrette avait un énorme rapport de force avec son projet de loi 20 qui menaçait les médecins, mais il n’a rien obtenu en échange de son abandon. Contrairement à ce qu’on pensait, il a été un très mauvais négociateur.

Que le premier ministre, en plus, ait entériné cette entente est tout simplement aberrant.

Peut-être est-ce une mauvaise idée de laisser des médecins négocier, entre eux, l’avenir du système de santé. Ils ne doivent pas être exclus, bien évidemment. Mais c’est une erreur d’exclure les autres artisans de la santé de la définition des réformes qui nous affectera tous.

 

 

Le plan Barrette face aux jeunes en détresse ? Couper de 20 millions !

Chaque jour, au Québec, 227 signalements sont faits à la direction de la protection de la jeunesse, 227 enfants potentiellement à risque de négligence, de maltraitance, de violence. Le nombre de signalements augmente chaque année.

Quelle est la réponse du gouvernement libéral? Est-ce de soutenir les intervenants de la DPJ dont la charge de travail augmente? Non. La réponse libérale est de réduire de 20 millions de dollars le budget. Jamais la DPJ n’avait subi une coupure aussi importante.

Il y a 10 jours, les directeurs régionaux de la DPJ ont réagi. Leur constat est troublant:

Caroline Brown, directrice de la DPJ de Chaudière-Appalaches (dans La Presse):

Le Québec doit placer ses enfants au sommet de ses priorités, réclame Mme Brown. «Ce sont les êtres les plus vulnérables de notre société.» L’amaigrissement des subsides étatiques engendrera d’autres dépenses pour la collectivité, selon elle. «On est confronté à des coupes importantes. On est préoccupé.» Moins de services dans les garderies, moins de budget dans les centres de santé, moins d’argent pour les organismes communautaires, moins de fonds pour les centres jeunesse. Si les enfants et les adolescents des familles dysfonctionnelles ne sont plus supportés par ces organisations tout au long de leur cheminement, il y aura inévitablement une augmentation des signalements à la DPJ, analyse Caroline Brown. «Il faut s’assurer que les enfants n’en payent pas le prix.»

Jacques Dubé, directeur de la DPJ de Laval (dans La Presse):

Les impacts des diminutions des services chez les jeunes se font sentir pendant des années, selon Jacques Dubé. «Chaque dollar investi dans l’enfance apporte 4$ à la société à long terme», a-t-il illustré, avant de souligner que la clientèle des centres jeunesse subit des compressions en double, étant donné les coupes budgétaires prévues dans l’aide alimentaire et l’aide aux devoirs. «Les plus vulnérables sont les plus touchés», s’est désolé Jacques Dubé.

Danielle Tremblay, directrice de la DPJ du Saguenay-Lac-Saint-Jean (à Radio-Can):

« Pour la première année, je me présente lors du bilan des DPJ en manifestant cette inquiétude-là face à ce qui s’en vient. »

Elle craint particulièrement l’impact des réformes à venir sur les liens établis entre le Centre jeunesse, les Commissions scolaires et les CLSC.

Line Beaulieu, de la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN (à La Presse):

Les DPJ et leurs employés souhaitent que le gouvernement «comprenne» les nombreux impacts de ces compressions, sur les employés comme sur les enfants. «Près d’un employé sur trois quitte son travail après un an en centre jeunesse», a déploré Line Beaulieu, en évoquant des conditions de travail difficiles. Résultat: les enfants vivent des changements d’intervenants «de manière continue», a-t-elle poursuivi. «Leur situation se détériore, ils finissent dans des ressources qui ne sont pas adaptées à eux. Il y a plus d’itinérance, de fugues, d’exposition à la prostitution.»

J’ai interrogé le ministre Barrette ce mercredi à l’Assemblée nationale. Pour lui, les directeurs régionaux de la DPJ ne connaissent pas le sujet !

Voici la vidéo de la FSSS de la CSN qui jette un bon éclairage sur la question:

Je vous laisse sur un extrait de l’opinion publiée ce dimanche dans Le Soleil par Marie-Hélène Gagné, titulaire à l’Université Laval de la Chaire de partenariat en prévention de la maltraitance:

La recherche montre que le fait d’investir dans les services aux enfants et aux parents en difficulté est associé à une réduction du taux de maltraitance et à des économies importantes. À l’heure actuelle, on connaît des interventions non seulement efficaces, mais qui présentent en plus un rapport coûts-bénéfices intéressant. Par exemple, le programme de soutien au rôle parental Triple P, actuellement expérimenté au Québec grâce à la collaboration de nombreux partenaires du domaine enfance-famille (centres de la petite enfance (CPE), commissions scolaires et écoles, organismes communautaires, centres de santé et de services sociaux (CSSS / CLSC) et centres jeunesse) s’est avéré efficace à prévenir la maltraitance et permettrait d’économiser six dollars pour chaque dollar investi. En matière de retour sur l’investissement, c’est majeur!

Pourtant, cette innovation sociale est fragilisée par l’austérité budgétaire annoncée, parce que les partenaires impliqués font face à une incertitude financière sans précédent. Ils ne voient plus comment ils vont arriver à maintenir la qualité de leurs services, quoi que nos dirigeants en disent. Au cours des dernières années, j’ai eu le privilège de les côtoyer sur leur terrain. J’ai été témoin de la tension qu’ils vivent entre leur désir d’innover, de collaborer et de perfectionner leurs pratiques, et leur réflexe de se replier sur leurs bases pour faire face à l’adversité. J’ai une immense admiration pour ces personnes et ces organisations qui choisissent de persévérer malgré ce qui s’annonce.

On ne saurait mieux dire.

Gaétan Barrette et Québec solidaire, même combat !

Monsieur le Ministre,

Ce ne sont pas les idées qui manquent pour vous aider à redresser les finances publiques du Québec. La semaine dernière, tout un débat a entouré la décision de la Fédération des médecins spécialistes de diffuser une série de publicités sur des sources de revenus supplémentaires, sans indiquer que la Fédération en était le commanditaire. Plusieurs ont jugé la chose condamnable. Je juge, au contraire, ce découplage excellent. Il vous permet d’appliquer plusieurs des suggestions faites par Gaétan Barrette et cie, (taxe sur la malbouffe, sur l’eau embouteillée, tarif sur les entreprises énergivores) de prendre l’argent, puis de le découpler des médecins spécialistes, en refusant leurs demandes exagérées d’augmentation salariale.

Cela ferait déjà quelques centaines de millions, peut-être un milliard, sur les 5 que vous cherchez. Pour l’instant, vous semblez vouloir vous diriger vers une version allégée du rapport de vos quatre économistes conseils, qui vous proposent d’aller chercher la moitié de la somme en augmentations de tarifs, et la moitié en réduction à 2,5% par an des dépenses de l’État. Ils affirment que cela est possible sans toucher au panier de services, c’est à dire en revoyant le fonctionnement interne de l’État. Si une partie du chemin peut certes être accompli, vous doutez, comme nous tous, et du réalisme d’atteindre une telle cible en période de forte augmentation des dépenses de santé, et de la volonté politique de votre chef Jean Charest de revivre une année de turbulence en pleine négociation avec les employés de l’État.

Québec Solidaire à la rescousse

Heureusement, Québec Solidaire vient à votre rescousse.  Sur le site couragepolitique.org, le parti de Françoise et d’Amir offre des mesures parfaitement modérées pour vous trouver cinq milliards en neuf coups de cuiller à pot:

775 millions $ En faisant payer aux entreprises minières et industries manufacturières un maigre 1cent par litre d’eau utilisée. Vous allez y venir de toutes façons.

503 millions $ En rétablissant la taxe sur le capital sur les institutions financières qui n’avaient vraiment pas besoin de ce cadeau, comme l’affirme le PQ depuis des années. Je ne serais pas surpris que vous ayez de tout temps jugé cet allégement abusif. Les banques ont les moyens de le payer (elles le faisaient avant), le Québec n’a pas les moyens de s’en passer.

1 203 millions $ Réduction de 20% des subventions et exemptions fiscales aux entreprises. Intéressant, on trouve ici totale convergence entre Québec Solidaire et l’Institut économique de Montréal. L’économiste Marcel Boyer réclamait en janvier une diminution presque identique (1 250 millions) mais sur quatre ans.

433 millions $ En introduisant un nouveau palier d’imposition (28 %, au lieu des 24% actuels) pour les personnes avec un revenu supérieur à 115 000 $. Pour l’instant, avec le jeu des déductions, ces personnes paient en fait une plus faible proportion de leurs revenus en impôt (29%) que les ménages qui gagnent entre 50 et 100 mille (39%). Cette mesure — et quelques autres énoncées plus bas — n’auraient que pour effet de rétablir la progressivité de l’impôt.

90 millions $ Plafonner à 10 000$, plutôt qu’à 21 000$  la somme à verser dans un REER. Qui, autour de vous, a les moyens de mettre 21 000$ dans son REER chaque année ? Il s’agit clairement d’un cadeau aux plus fortunés.

818 millions $ En imposant le gain de capital comme le revenu, pour les individus et pour les entreprises (sauf pour les résidences principales et les entreprises agricoles). À l’origine, on arguait que le capital accumulé avait déjà été imposé, une fois, au moment où il était du revenu. D’où la décision de ne l’imposer qu’à 50% lorsqu’on le faisait fructifier. Mais avec l’augmentation des valeurs boursières, la bulle de capital est maintenant telle et prend une place si forte dans les revenus individuels et corporatifs qu’il faudra en revenir à un traitement égal avec le revenu. Cette proposition, de bon sens, se heurte cependant au problème de la mobilité du capital.

880 millions $ Surseoir au paiement de 880 millions de $ prévu au Fonds des générations. Québec Solidaire affirme que ce dépôt n’est pas nécessaire car le poids relatif de la dette face au PIB se réduit, ainsi que le montant du service de la dette. C’est vrai, mais ce service de dette est très vulnérable à une augmentation inexorable des taux d’intérêts. Comme je l’ai expliqué dans Pour une gauche efficace, je suis très favorable à la constitution, équitable, d’un Fonds des générations, car il faut appliquer face à notre dette le principe de précaution. Cependant, je pense comme QS qu’on pourrait très bien sauter un paiement justement parce que les taux d’intérêts actuels sont tellement bas que cette cagnotte est de l’argent qui dort. Elle pourrait être employée de façon plus productive en investissement public. (Ou en remboursement direct de la dette, voir à ce sujet le texte de Jean-Paul Gagné sur Les malheurs du Fonds.)

340 millions $ La Fédération des médecins spécialistes propose d’appliquer avec plus de force l’impôt sur les exploitations minières. Plus habile, QS estime qu’il faut s’y prendre autrement et retenir annuellement 10% de la valeur brute de la production minière, tout en diminuant les mesures d’aide fiscale. Certes, la crise de 2008 a mis certaines minières en difficulté. Mais l’extraordinaire reprise chinoise (16% de croissance cette année) et la bonne tenue des économies indienne et brésilienne annonce une forte reprise de la demande en métaux. La conjoncture est donc bonne pour serrer la vis.

5 000 M$, c’est le total auquel en vient Québec Solidaire

Monsieur le Ministre, quelque chose me dit que vous n’allez pas adopter cette liste dans votre prochain budget. Mais il serait parfaitement raisonnable d’appliquer la moitié de ces mesures pour combler la moitié de vos besoins de retour à l’équilibre budgétaire. Libre à vous, ensuite, de combler l’autre moitié en économies de gestion gouvernementale et en augmentations plus légères de la TVQ et de la tarification, de manière à protéger au maximum le revenu disponible de la majorité des ménages.

Bien cordialement,

Un citoyen intéressé

Pénurie de sous-questions à TLMP ?

barette-150x150Je ne suis pas un détracteur de Tout le monde en parle. Je l’enregistre et écoute ensuite les moments qui m’intéressent.

(Transparence totale: je fus un invité bien traité lors de la sortie de mon livre Nous, sur l’identité.) J’ai noté comme plusieurs une baisse d’énergie chez l’animateur depuis un an. Il met de moins en moins en boîte, ou en difficulté, ses invités.

Je crois cependant que l’émission a franchi un seuil, ce dimanche, avec l’entrevue de Gaétan Barrette, président des médecins spécialistes. L’homme, on le sait, réclame pour ses membres des augmentations d’au moins 5 à 6% par an, après avoir obtenu pour eux une correction de 25% en 2007.

Guy A. lui a bien demandé s’il était sage de demander autant d’argent que les spécialistes torontois, alors que ces derniers ont payé beaucoup plus cher pour leurs études et que le coût de la vie en Ontario est beaucoup plus élevé qu’ici  (bref, à salaire égal, les spécialistes peuvent se payer, au Québec, une résidence 30% plus grande que leurs collègues ontariens).

Barrette est un excellent communicateur chez qui Dany Turcotte a vu de la « graine de politicien ». (Barrette n’a d’ailleurs pas fermé la porte à une candidature. Tous aux abris !) Il a écarté les questions de Guy A. d’un revers de sophisme, puis a chargé avec ses arguments comme si l’antenne avait été réservée et payée par son organisme. Il a joué son rôle et a superbement mérité son mirobolant salaire.

Mais l’animateur s’est laissé roulé dans la farine, emportant son auditoire avec lui. D’où mon interrogation: y a-t-il pénurie de sous-questions à TLMP ? Est-il interdit à un recherchiste de souffler dans l’oreillette de Guy A. un ou deux chiffres qui auraient éclairé le public et mis l’invité devant des faits gênants ? Et si Guy A. ne se sent pas outillé pour ce genre de confrontation, pourquoi ne pas inviter un contradicteur (Michel David aurait fait l’affaire, lui qui a écrit une chronique assassine sur la question dans Le Devoir la semaine dernière), pour que du choc des idées jaillisse la lumière.

Tout compte fait, Tout le monde en parle est devenu un rendez-vous important des grands sujets québécois. Il n’est pas le seul rendez-vous et n’a pas à répondre à toutes les exigences d’une émission d’information régulière. Cependant , sa place dans la grille horaire et son impact sur l’auditoire l’oblige, à mon humble avis, à faire preuve d’un peu plus de mordant lorsqu’un invité tente de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.