Des électeurs adéquistes surréalistes !

La lecture des sondages révèle toujours la diversité des opinions des citoyens. Des libéraux indépendantistes. Des Québec Solidaire qui flirtent avec Legault, etc.

Mais il est rare de trouver, comme dans le sondage Léger réalisé pour Le Devoir de ce lundi, la perle rare: une majorité d’égarés.

En fin de sondage, l’équipe Léger a demandé ceci:

Si un Nouveau parti démocratique existait sur la scène provinciale au Québec, est-ce que vous voteriez pour un tel parti?

Les électeurs Adéquistes se sont montrés particulièrement intéressants.

12% ont juré fidélité à leur parti.
42% ont dit qu’ils ne savaient pas s’ils voteraient, ou non, pour le NPD
et
46% ont dit que, oui, ils voteraient pour le NPD.
Donc pour un parti officiellement « socialiste ».

Si Mario Dumont était mort, il ferait un 360 dans sa tombe !

A la défense de Sylvie Roy

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D’accord, elle n’est ni ne sera notre Hillary Clinton (dommage) notre Margaret Thatcher (heureusement) ou notre Ségolène Royal (?!?). Si elle quitte la politique le canal V lui offrira peut-être d’animer Sylvie Roy 26 ou 47, mais certainement pas 360. N’empêche. Elle est aujourd’hui victime d’une stratégie politique que les auditeurs de l’excellente ex-série américaine The Practice connaissent sous le nom de « Plan B ». Les protagonistes, avocats de la défense, utilisaient cette technique lorsqu’ils savaient que leur client était sur le point d’être condamné (souvent à mort). Alors, avec toute la mauvaise foi dont ils étaient capables, ils choisissaient un des témoins et l’accusaient, lui, sans la moindre preuve, d’être une crapule. Le but: insérer un doute dans l’esprit d’au moins un membre du jury.  Ça marche à Québec aussi.Englué dans un contexte de scandales de collusion et de corruption, complètement réfractaire à l’idée de tenir une commission d’enquête publique, assommé par une jugement surréaliste de la Cour suprême sur la langue, en chute dans les sondages, l’équipe Charest choisit de changer le sujet. Le prétexte, la question que la chef intérimaire de l’ADQ a posée en chambre. La voici:  «Est-ce que le ministre de la Sécurité publique, dans ses vérifications, a appris que le premier ministre sait qu’il y a trois ministres qui ont été sur le bateau d’Accurso?» Maintenant, les faits avérés: Benoit Labonté croyait savoir que trois ministres y étaient allés et en a informé Jean Charest. Sylvie Roy n’a pas nommé les ministres, mais Labonté l’avait fait dans sa conversation à Charest. Ce dernier a vérifié auprès des ministres, qui ont nié. Puis, M Charest  a révélé leurs noms. Sylvie Roy, jamais. Pourtant, le gouvernement veut adopter une motion de blâme contre Mme Roy, ce qui ne s’est pas fait en vingt ans.

Vous le savez peut-être, j’ai été de 1994 à 1999 au cabinet du premier ministre et ai pu entendre des milliers de questions posées par l’opposition — en l’occurence libérale. Eut-elle été péquiste que je tirerais la même conclusion. Sur une échelle de 0 à 10, zéro étant une question de bonne foi et 10 étant une question de mauvaise foi, tordant les faits pour atteindre un but partisan, la moyenne des questions se situent, à mon avis, à 7,5, soit précisément la note que je donne à celle de la député Roy. (Je dois dire que la note 10 était le domaine quasi exclusif de Thomas Mulcair et Pierre Paradis.)

Dernier commentaire sur cette triste affaire: on a entendu hier le ministre Jacques Dupuis affirmer qu’un des ministres (je répète: non nommés par Roy) avait eu les « larmes aux yeux » d’être ainsi injustement accusés. S’ils ont si peur qu’on puisse penser qu’ils aient fréquenté un grand entrepreneur québécois comme Tony Accurso, est-ce parce qu’ils savent des choses sur son compte que même Alain Gravel ne nous a pas révélées ? Ok, j’avoue, c’est une question qui atteint 8 sur 10.

Sylvie Roy. (Photo: PC)

(Pas toutes) Mes excuses

Le Devoir

samedi 13 décembre 2008

Jean Charest était fidèle à lui-même au lendemain d’une élection boudée par 43 % des électeurs — une catastrophe démocratique. Il n’y est pour rien, dit-il. Il ne connaît ni regret, ni excuses, jamais, sur aucun sujet. C’est sa ligne de conduite. On trouve parfois le travers inverse, soit le cas où, pour reprendre la fulgurante expression d’Yves Boisvert au sujet d’un chef forcé de se dédire, « ses excuses ont dépassé sa pensée ». Je vais tenter de naviguer entre ces deux écueils en présentant ici mes excuses mesurées à Jean Charest, à Françoise David et Amir Khadir, puis à Mario Dumont.

À l’ex-et-de-nouveau-premier-ministre d’abord. J’ai douté de l’opportunité de tenir cette élection. Je m’en accuse et je me rends : rétrospectivement, d’un point de vue souverainiste, c’était exactement la chose à faire. Primo, M. Charest est majoritaire. Lui et son parti seront les seuls responsables de l’ensemble des mesures prises (et non prises) pour atténuer les impacts d’une crise qui fera naître mille mécontentements. D’ici quatre ans, donc après deux mandats libéraux et demi, au moment où la force naturelle de l’alternance sera la plus grande, M Charest (ou, comme je le crois, son successeur) aura à survivre ou à mourir sur la foi de son bilan, sans la moindre échappatoire. Secundo, l’élection enlève à l’ADQ tout pouvoir de faire ou de défaire le gouvernement libéral, donc elle le marginalise au-delà même de son recul électoral. Tertio, on savait que l’élection allait faire de Pauline Marois la chef de l’opposition. On ne savait pas qu’elle allait consolider son leadership, modifier son image (finie la snob-sans-sens-de-la-répartie-au-bout-de-ses-forces), élargir son équipe, lui donner un élan salutaire. Au total, cette élection positionne le PQ vers le pouvoir mieux que toute autre configuration de forces depuis 1994.

Amir Khadir et Françoise David m’en ont voulu d’avoir prévu qu’ils allaient « passer une mauvaise soirée » le 8 décembre. Ils en ont passé une fort bonne, grâce à l’élection d’Amir Khadir dans Mercier, et je me mords évidemment la langue. N’eût été l’élection d’Amir, ma langue se porterait mieux. Car au total, dans ce contexte d’abstention historique, alors que les deux « vieux partis » ont péniblement fait progresser leur électorat (PQ : + 1,3 %, PLQ : +3,7 %), Québec solidaire, jeune parti, a perdu, lui, 20 000 voix, donc 15 % de son total.

Mes excuses les plus senties vont à Mario Dumont. J’avais connu le militant de 20 ans à l’admirable force de caractère, face à l’éteignoir puissant et retors qu’était Robert Bourassa. Je l’ai retrouvé dans la coalition souverainiste de 1995. Au début de la campagne référendaire, l’échec du OUI, sinon sa déroute, semblait certain. Il lui aurait été facile de se défausser et de s’en tirer indemne. Il a choisi d’assumer son choix jusqu’au bout, stoïque, déterminé et solidaire. Dans Le Naufrageur, en 1990, je prédisais à son parti un décès rapide. J’avais gravement sous-estimé la capacité de Mario Dumont de percevoir, d’aviver et de canaliser le mécontentement d’une partie de la classe moyenne pour faire de l’ADQ une force réelle qu’il a portée, en avril 2007, jusqu’aux portes du pouvoir. C’est le drame de sa vie qu’il n’ait su, ensuite, lui faire franchir le dernier pas. Nous sommes donc face au parcours flamboyant d’une figure politique ayant marqué le Québec mais n’ayant pu réaliser son rêve. Voilà qui le met en fort bonne compagnie, dans le club des anciens chefs de parti.

Montée de l’ADQ: Enfin de l’action

Disons-le autrement : la promotion des intérêts de la société francophone qu’est pour l’essentiel le Québec est la raison d’être du PQ, le souveraineté étant le moyen proposé pour le mieux y arriver. Se déconnecter de cette raison d’être, c’est se couper de son énergie vitale et de l’électorat francophone.

L’actualité, vendredi 11 mai 2007

(Version intégrale)

L’incertitude. Nous y voilà, dans l’incertitude politique. Pour plusieurs années. Et je dois avouer qu’à première vue, je m’y plais. Parce que récemment – depuis, disons, 2000 – nous vivions dans la certitude, et cela me lassait. La certitude qu’il ne se passerait rien, sur le plan de l’avenir du Québec. Pas de réconciliation avec la grande famille canadienne. « Le fruit n’est pas mûr » répétait Jean Charest. Pas mûr après un quart de siècle sur la branche, 25 ans après l’exclusion du Québec du traité de mariage qui le lie à son voisin, la Constitution. Pas même encore verdâtre. Ce fruit, celui de la reconnaissance, symbolique ou concrète, de la différence québécoise par le Canada, ne mûrit pas. Il s’évide. On peut même en mesurer la cavité. L’automne dernier, lorsque la Chambre des communes a voté une motion reconnaissant l’existence de la nation québécoise, nos voisins canadiens, sondés par Léger Marketing, ont exprimé leur désaccord à hauteur de 72%. Acide, le fruit.

Certitude aussi que rien ne se passerait du côté de la souveraineté. Environ 45% des Québécois, dont une petite majorité de francophones, croient toujours, moi inclus, que l’objectif est admirable, souhaitable. Mais nous avons compris des épisodes précédents qu’il faudrait, pour surmonter les obstacles, un élan et un timonier qui, pour l’instant, manquent à l’appel. Le 26 mars, le PQ au pouvoir, même majoritaire, n’aurait pu présenter une trajectoire crédible. Je peux me tromper, mais c’était et c’est toujours ma conviction.

Grâce à Mario, nous sommes dans l’incertitude. C’est un progrès. Il ne s’est pas fait tout seul. Il a eu beaucoup d’aide. Ce n’est pas rien de faire sauter des embâcles. Il faut une corvée – à la québécoise. Tous s’y sont mis. D’abord Jean Charest, qui a dirigé le gouvernement le plus impopulaire de tous les temps et a libéré, non seulement les modérés qui passent régulièrement d’un côté à l’autre, mais une partie non négligeable de l’électorat traditionnel libéral francophone. A preuve : la prime de l’urne est passée à l’ennemi. Elle est constituée d’électeurs âgés qui ne parlent pas aux sondeurs mais qui, le jour du vote, penchent du côté de la feuille d’érable. Cette fois, sans tambour ni trompette, ils ont choisi le p’tit-gars de Rivière-du-Loup. C’est majeur. Jean Charest est toujours au pouvoir. C’est heureux pour lui. Car il vient de présider au plus important dégonflement électoral de son parti depuis la confédération.

L’autre grand participant à la corvée fut André Boisclair. Chef de l’opposition officielle, il devait être l’harnacheur du mécontentement. Au moment de son choix à la direction péquiste, en novembre 2005, 56% des membres du PQ et des « Québécois-Québécoises » en général l’appuyaient. Il y eu donc un moment de grâce, où le Québec s’est miré dans l’image de ce jeune leader urbain, décomplexé, post-moderne, leur envoyant le visage du succès et de la confiance en soi. Des traits, non du Québec d’hier ou d’aujourd’hui, mais d’un Québec de demain. Une promesse.

Cet engouement était-il nécessairement éphémère ou André Boisclair aurait-il pu le chevaucher jusqu’aux portes du pouvoir ? Difficile à dire. Mais la décision du nouveau chef de consacrer ses premières saisons à des tournées régionales qui l’évacuaient des grands débats, plutôt qu’à une démarche où il aurait présenté ses convictions, son programme, son étoffe, à un public qui ne connaissait que sa coquille extérieure, a tôt fait de convaincre qu’il n’était qu’un beau parleur. Entré ensuite à l’Assemblée comme pour excuser sa trop grande absence, il n’y cassa aucune brique, pour dire le moins. La campagne électorale déclenchée, il était trop tard pour se réinventer. Sondée, l’opinion lui préférait et Mario Dumont et Jean Charest comme meilleurs premiers ministres, ce qui était terrible, et comme meilleurs convives à table, ce qui était fatal.

Les circonstances ont participé, aussi, à la corvée qui nous a conduit à Mario. Et elles ont transformé le post-modernisme de Boisclair d’atout en boulet. Comme les Français ont rejeté en 2005 le nouveau traité européen, se sentant dépossédés de la maîtrise de leur destin, le tiers des électeurs Québécois (et environ 40% des francophones) ont voulu en 2007 mettre le pied sur le frein et dire leur mauvaise humeur. D’abord face aux autres : l’affaire des accommodements raisonnables a suscité d’abord malaise, puis rébellion, finalement volonté de marquer sa présence et la prédominance de ses valeurs. Réflexe sain – surtout venant d’un peuple habitué à s’écraser – exprimé parfois gauchement, comme à Hérouxville. Politiquement, il fallait comprendre et ressentir l’inquiétude, pour mieux l’accompagner et la conduire dans les chemins de la raison. Le Parti québécois, jusqu’à hier porteur du combat pour la langue et l’identité des francophones québécois, a complètement raté ce bateau. Il était traumatisé par la déclaration référendaire de Jacques Parizeau sur « des votes ethniques » et venait de se choisir un chef qui ne voyait pas où était le problème. Qui était, comme on dit maintenant, « ailleurs ». Il n’y était cependant pas en assez forte compagnie. Ajoutez un grognement sourd contre une réforme de l’éducation imposée par des pédagogues qui se croient sortis de la cuisse de Charlemagne, un désamour pour les responsables de la fusionnite-défusionnite, et un recentrage d’une partie de l’électorat sur l’unité familiale (avec une production record de bébés), la vie de banlieue, la planification de la retraite, autant de thèmes sur lesquels la présence d’André Boisclair ressemble à une grave erreur de casting, quelles que soient ses qualités par ailleurs. Mario Dumont, lui, fut complètement connecté sur la grogne et avait la tête de l’emploi, sans compter la famille et le franc-parler. Ne lui restait qu’à entonner les grands succès du populisme de ligne ouverte – faire travailler les assistés-sociaux, virer des bureaucrates, abolir des structures – pour faire le reste.

Le détournement des énergies politiques vers des thèmes de confort personnel a plusieurs sources, dont celle-ci : la chute des libéraux fédéraux. Pendant 14 ans, avec les trudeauistes au pouvoir, le Québec était pour ainsi dire en permanence dans le ring. Mais voilà le boxeur adverse renvoyé aux douches. Cela provoque, dans tout le système politique québécois, une chute d’agressivité, d’adrénaline, qui se répercute dans les attitudes. La cicatrice canadienne est toujours aussi profonde, bien sûr. Mais le premier ministre canadien ne met plus quotidiennement de sel sur la plaie. Il applique au contraire un peu de baume et beaucoup de dollars. Ça ne guérit pas. Mais ça permet de penser à autre chose. Pour une partie de l’électorat, il ne devient plus essentiel de taper sur l’adversaire trudeauiste en votant PQ (l’adversaire est au tapis) ou de sauver le Canada en votant PLQ (il n’est plus en danger).

Voilà pour les causes. Quels beaux effets : le Québec est divisé en trois. Remettons les choses à plat : le PLQ a eu 1,3 millions de voix. L’ADQ : 1,2. Le PQ : 1,1. Moins de 5% de l’électorat séparent le premier du troisième. Et je déclare que le vainqueur est le plus grand perdant. En quatre ans de pouvoir, Jean Charest a réussi à égarer presque un demi-million d’électeurs francophones. Reviendront-ils ? Rien n’est moins sûr, car ils ont quitté un parti nationaliste modéré de centre droit (le PLQ) pour aller vers un parti nationaliste modéré de centre droit (l’ADQ). Si Dumont est moitié aussi habile demain qu’hier, il peut non seulement les conserver, mais puiser encore dans les 24% de francophones libéraux qui ont raté l’autobus adéquiste du 26 mars et qui se demandent encore pourquoi.

Jean Charest aura beau remanier cabinet et discours, le pli est pris. Le PLQ risque de devenir le troisième parti politique au Québec, de se voir repoussé plus encore dans ses bastions non-francophones et d’être durablement remplacé par l’ADQ comme, disons, le parti-des-Québécois-pas-pressés-pas-syndiqués-payant-des-impôts. D’autant que l’ADQ est en position idéale. Il aurait été catastrophique qu’il prenne le pouvoir le 26 mars avec une équipe aussi faible et un aussi grand état d’impréparation. Mais le voici investi du titre d’opposition officielle, du temps de tester ses nouvelles recrues et d’en faire le tri pour la suite, de l’attractivité requise pour recruter des talents. Ce sera presque irrésistible, pour les Québécois la prochaine fois, de le porter au pouvoir. Peu importe le slogan de l’équipe Dumont, le maître mot sera : « Il faudrait bien essayer Mario ». Sauf événement extraordinaire (mais il y en a souvent) rien ne bloquera ce mouvement. Et ce sera peut-être une bonne chose pour mes amis péquistes. Car pour faire descendre l’ADQ de son nuage, il faudra que Mario Dumont, devenu premier ministre, fasse la démonstration qu’il n’a de potion magique ni pour la santé, ni pour la taille de l’État.

Si les migrateurs libéraux accueillis à l’ADQ peuvent s’y sentir chez eux, il n’en est pas de même pour les migrateurs péquistes, qui ont commencé leur périple à l’élection de 2003 et ne sont toujours pas de retour (Bernard Landry n’avait pu retenir un demi-million d’électeurs en 2003, puis Boisclair en a échappé 145 000 de plus, beaucoup au profit de Québec solidaire). Mais qu’on en juge, le Québec compte 40% de syndiqués (1,3 millions de personnes, en hausse) et environ, on l’a dit, 45% de souverainistes. Cela ne suffit pas à définir leur personnalité politique, comme viennent de le démontrer deux élections. Mais cela indique que la greffe avec la culture anti-syndicale et résolument non-souverainiste de l’ADQ est problématique. Pour le PQ, ils sont éminemment rattrapables.

Comment ? Patience, j’y viendrai. Un parti politique se bat pour gagner, c’est certain. Et le PQ doit définir une position qui le mènerait au pouvoir. Cependant il faut savoir que l’heure des grands nombres est derrière nous. Avec une tarte en trois parts, fini les résultats à 44 ou 59% connus par les grands partis. Toute victoire sera mince, pour l’avenir prévisible. Et mort le rêve d’une élection-tremplin vers un référendum gagnant. La nouvelle donne de l’incertitude politique québécoise présente désagréments et avantages. L’avantage premier est que deux des trois partis, donc une forte majorité des membres de l’Assemblée nationale, n’ont désormais pas de loyauté envers le Canada. Le PLQ voulait évoluer dans l’équipe canadienne, en être le joueur vedette. L’ADQ ne roule que pour le Québec. Les Rocheuses, le rêve canadien, la charte, Trudeau, même l’assurance-maladie, rien qui résonne, rien qui attache. Eux qui furent du camp du Oui en 1995 veulent aujourd’hui que le Québec s’affirme « dans le Canada » parce que c’est rentable, parce que c’est jouable, parce que c’est la seule structure politique disponible. Pas étonnant qu’un commentateur comme Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, rage et leur préfère, à tout prendre, les indépendantistes.

Fondamentalement, donc, la présence désormais majoritaire de l’ADQ et du PQ à l’Assemblée et leur domination de l’électorat francophone est un déchirement politique de plus entre le Canada et le Québec. Lorsqu’on embrasse du regard la décennie à venir, on ne sait quelle crise provoquera un nouvel affrontement entre le Canada et le Québec. (Les prochaines crises en banque ? La loi sur les langues officielles ne pourra survivre longtemps au fait que le chinois, plutôt que le français, est désormais la première langue minoritaire hors Québec ; l’évolution démographique va nécessairement réduire le poids québécois à Ottawa, l’Ouest et l’Alberta prenant une part croissante ; la Cour suprême va continuer à accommoder plus raisonnablement que ce que souhaitent les Québécois ; la structure fiscale du pays va continuer à favoriser le pouvoir fédéral, etc.)

Avec l’ancienne formule PLQ/PQ du Québec divisé en deux, la crise aurait, comme les précédentes, conduit à l’impasse. Avec la nouvelle donne, et le recul du PLQ, rien n’est certain, mais rien n’est interdit. La capacité de mobilisation d’un tandem ponctuel ADQ/PQ est beaucoup plus vaste, donc beaucoup plus efficace. Comment former ce tandem ? A quelle occasion ? De quelle façon ? À quelles conditions ? Avec quel résultat ? La stratégie d’un référendum sur les pouvoirs essentiels pour le Québec (comme je l’ai proposé dans Sortie de secours) est-elle envisageable ? Mystère. Mais comme le disait un vieux militant de gauche le jour de l’élection du socialiste français Léon Blum en 1936 : « Enfin, les difficultés commencent ! »

On est loin, donc, de la notice nécrologique du PQ. Pour peu qu’il sache rebondir, au moins vers l’opposition officielle la prochaine fois, pour faire de l’alternance ADQ/PQ le nouveau système principal de notre vie politique. Je ne prétends pas savoir tout ce qu’il faut faire. J’ai quelques idées de ce qu’il ne faut pas faire. S’enfermer, comme le propose mon ami Louis Bernard, dans un chantage à l’indépendance (vous êtes d’accord avec nous sinon on refuse de gouverner) mène non seulement à une marginalisation du PQ, mais fait en sorte que le Québec soit gouverné à droite pour des lustres. Non merci. A l’inverse, abandonner l’objectif de la souveraineté serait à la fois absurde et suicidaire. Absurde, car voilà une grande idée, toujours réalisable et actuelle, et nous sommes un grand nombre à y tenir – à des degrés d’intensité divers. Suicidaire, car on ne joue pas impunément avec son identité fondamentale. On ne change pas de conviction profonde après chaque revers. Le Parti québécois est social-démocrate et souverainiste. Ceux qui veulent l’autonomie et des politiques conservatrices ont leur propre véhicule et leur propre chauffeur.

Le référendum ? Oui, nous y sommes. Et je répète après l’élection ce que j’en disais auparavant : rendre automatique la tenue d’un référendum après l’élection du PQ était un passeport pour un second mandat Charest. Après quarante ans de débats sur la question, les Québécois ne veulent pas se faire brusquer sur un sujet qu’ils jugent (qu’ils savent) très difficile. Le PQ doit réaffirmer que la souveraineté est son objectif premier, constater que la question n’est pas à l’ordre du jour dans l’immédiat (sans préciser de date ou de délai, de grâce !), et s’engager à ne déclencher de processus référendaire que lorsque la volonté populaire sera manifeste ou que les circonstances l’exigeront. Ce n’est pas se renier, ce n’est pas s’enfermer. Si le chef et l’équipe péquiste inspirent confiance, l’électorat acceptera ces assurances. Sinon ? Sinon, non.

Si la souveraineté n’est pas à l’ordre du jour, les attentes des Québécois, eux, le sont. Et le Parti québécois doit y apporter sa propre réponse. D’abord, le PQ doit avoir les deux pieds bien plantés sur ses valeurs sociales-démocrates, d’égalité des chances et de solidarité. Mais ses mains doivent toucher tous les instruments : on doit le découvrir réellement préoccupé de création de richesse, d’amélioration de la productivité, d’entrepreneurship, de bonne gestion de l’État et des services publics. François Legault avait proposé il y a quelques années la formule de « la gauche efficace ». Il y a là un concept prometteur, qu’il faut décliner concrètement. Il y a là un concept porteur, qu’il faut décliner concrètement : le PQ a le cœur à gauche mais aborde sans dogmatisme les méthodes servant le mieux à répondre aux besoins de santé, d’environnement, de famille, d’éducation (petit rappel : je propose un moratoire de 10 ans sur l’application de la réforme au secondaire). Ensuite, le PQ doit redevenir le porteur des valeurs de la majorité francophone, reconnaître qu’il y a, au cœur du nouveau Québec pluriel que l’on célèbre depuis 20 ans, une prédominance de la langue, de l’histoire, de la culture et des repères de cette majorité qui vit toujours dangereusement sur un continent anglophone. Disons-le autrement : la promotion des intérêts de la société francophone qu’est pour l’essentiel le Québec est la raison d’être du PQ, le souveraineté étant le moyen proposé pour le mieux y arriver. Se déconnecter de cette raison d’être, c’est se couper de son énergie vitale et de l’électorat francophone.

Avec la démission d’André Boisclair, le PQ a l’occasion de choisir, non seulement un chef, mais un programme de sortie de crise. A éviter à tout prix : le couronnement. Il faut une course, pour départager non seulement les personnalités mais les projets, pour mettre la vision du futur vainqueur à l’épreuve de la contradiction, pour que les vaincus se comptent. Le (la ?) futur chef a besoin de légitimité. Personnelle et programmatique. Cette légitimité ne se trouve que dans le vote, pas dans une unanimité factice qui s’efface au premier coup de vent. En quittant aussi tôt, André Boisclair donne à son parti du temps. Pour faire le débat, et faire son choix. Pour prendre les virages nécessaires, puis renouer le dialogue avec le Québec, à temps pour le prochain rendez-vous, pour le commencement des difficultés.

The Odd Couple: Mario Dumont’s ADQ and the “Québec Model”

(Published in Inroads, Spring 2003 Issue.)

How are we to account for last year’s sudden ascendance of Mario Dumont, the young leader of Québec’s third party, the Action démocratique du Québec? There is, of course, the man himself: he has style, energy, determination. He comes across as sure of himself but not arrogant. He calls for dramatic changes, yet his style is anything but that of a damn-the-torpedoes radical. An experienced political tactician despite his age, he has a good timing and a developed ear for popular sentiment and for what will or will not play in the media. Above all, and contrary to his Parti québécois and Parti liberal foes, he doesn’t seem torn, anguished, burdened by Québec politics and his place in it. He seems at ease, like a fish in water. In Québec, a complex place that breeds inferiority complexes, this is a refreshing posture.

Yet Mario Dumont had all these qualities two, four, six years ago. Yet he rose to prominence only last year. And although his star has waned since garnering more than 50 percent of the votes in four by-elections in June of 2002, and ended up, despite a rather strong team of candidates including the former mayor of Montreal, with only four seats in the April 14 election, he garnered almost 20% of the vote and has made an important impact in the Québec political landscape.

George Bush Sr. used to say:  “90% of politics is showing up”, and there are indeed times when persistence pays; but here, it is the Québec landscape that shifted to make Dumont man of the hour, not the other way around. In early 2002, what seemed to be an endless series of ethical and patronage blunders tarred the PQ leadership and – at a higher level of magnitude – the Chrétien liberals, with serious overspill on their Québec cousins. All of a sudden, every incumbent politician seemed on the take, passé, good for retirement. Dumont was alone – literally a single-member caucus – not to suffer from the alienation, his own previous considerable legal problems with political party financing apparently having left no trace in the electorate.

The general consensus that sovereignty – though supported by over 40% of the electorate – is not an issue to be revived in the foreseeable future, helped Dumont by blurring an essential political divide. His having been in the sovereigntist camp in the 1995 referendum, while today proclaiming – being careful not to fully reject the notion – that the issue is “no longer on the radar screen” allowed former PQ voters to join him without renouncing their ideal. At the same time, Jean Charest’s initial failure to win acceptance as an alternative premier among Francophones served to temporarily redirect the malcontent Liberal voters to the rising ADQ. A key moment was when Dumont seized upon an early spring by-election in 2002 in a riding in the Saguenay region and campaigned as though he was running himself. People came out to “vote for Mario” (his name is always on the ballot, since the official name of his party is: “Action démocratique du Québec, équipe Mario Dumont”). Then it was no longer just Mario: the Saguenay victory broke the dike. Now other victories could ensue.

Moreover, Dumont paradoxically benefited from the very thing he attacked: the so-called “Québec model”.  He repeatedly insisted – as did Charest – that Québec is poorly managed, smothers initiative and entrepreneurship, confiscates productive capital and discourages individual success. And he promised to take the government “out of the way” of job-creating enterprises, cut red tape, trim the Québec state, lower taxes – the ADQ toyed, for a while, with the flat tax – and bring the private sector into health care. A Dumont government would not follow the lead of the unions, social advocates, and civil-society summits that were the trademark of the PQ government. And business (which has flocked to his side, wallet in hand, in the last few months) would at last take its rightful place.

The irony is that, if elected, as if by magic, he would have inherited the most buoyant economy in North America, in fact the fastest growing economy among the seven most industrialized nations for five long years. He would also have inherited a healthy business climate, reflected by the fact that production costs in its metropolis of Montreal are lower than in other large cities on the continent or in Europe, even when taxes and regulation costs are factored in[1].

Quebeckers are not accustomed to being on top of these charts. They know that Montreal’s economy is going well – even Dumont acknowledges that. They see their purchasing power growing – indeed it has grown over 7 percent in real terms during the last 1989-2000 economic cycle, while it remained static in Ontario[2]. They can see that more Quebeckers are working than before (more than at any other time in recorded statistical history). But they are absolutely convinced that they are lagging behind! They feel richer than before, but not as rich as the Joneses and, for the first time, they feel they can reasonably ask: why not?

It is these feelings that have turned some of them towards Mario Dumont. Quebeckers, a notoriously prudent lot, feel economically confident enough to consider gambling on a leader with no managerial experience whatsoever. If times were bad, with deficits and unemployment growing, they would never have been so brash. But because public finances are sound, deficits are gone, investment and employment are up, they can afford to have a political affair with that bright young man. Dumont’s rise is a symptom of Québec’s newfound wealth, of, indeed, the success of the Québec model as it has developed in the past decade.

It is also a sign of impatience towards the state. Why are taxes higher in Québec? Why are salaries higher in New York? Something is wrong, claims Dumont, with Jean Charest, most of the media, the business class and economic analysts in tow. The Parti québécois government (full disclosure: I was an advisor for PQ premiers Parizeau and Bouchard from 1994 until the fall of 1999) which climbed aboard the tax-reduction wagon for a while, has helped fuel this perception, and only recently has come around to defending more forcefully the Québec model’s cost/benefit package against that of its neighbours. Quebeckers still perceive that they have the wrong package. There is, however, mounting evidence to the contrary.

Wealth and growth, some facts and figures

What is the “Québec model”? Definitions, accusatory and laudatory, abound. We can start with one crafted in 1998 under premier Bouchard. We honed-in on four basic elements:

A premium put on solidarity as a central value of our collective life, expressed as a more robust social safety net and lower income inequality than elsewhere on the continent ;

  • A consensus-building approach that seeks to unite labour, business, government, and, more recently, community groups in setting national goals and be involved in local development;
  • An economy in which the government takes a more active role, and of which cooperatives, employee investment funds and the social economy take a greater share;
  • Finally, Québec’s special responsibility as the only state representing a majority of Francophones on the continent.

Much of what one finds in the specific policy proposals of the ADQ or the Liberal party is compatible with this definition. It does not preclude more private sector intervention in health care, more individual choice in day care, lower taxes or outsourcing. The level of state intervention in the economy can and has varied significantly over the years, now taking, as it should, a back seat to a very healthy, and rather recent, home-grown business class. Yet it seems that the particular dosage attained in the last decade pays off.

Look at the numbers: growth in Québec was stronger than in the United States for each of the four last years and stronger than in each of the G7 countries for at least three of the past five years. In all, over the last five years, growth in Québec, at 19.6%, has been more than double the G7 average of 9.5%.The difference is even greater per capita. On this basis, Québec grew by 250 percent the G7 average.[3]

According to November 2002 forecasts by the Bank of Montréal for North America and by the European Commission for Europe and Japan, Québec will still be leading the pack in 2003 and 2004. In gross figures, Québec is expected to grow at a rate 10 percent above the average of its American neighbours and 60 percent above that of the G7. Taken individually, no country will perform better than Québec.

Population growth in Québec during these same five years was exactly equal to the G7 average. And since the birth rate has been falling faster in Québec than elsewhere, this growth is even more dependent on its ability to attract and retain immigrants. Despite what is commonly believed, the Québec economy exerts a stronger attraction on immigrants than is the case for the average industrialized country. Canada, and in particular Ontario, shows an attractiveness far above the norm, which makes Québec look bad in comparison. Yet over the last decade, Québec had almost twice the population growth of Northeastern US states like New York or Massachusetts.

This does not mean that Québec is richer, per capita, than each of these countries. Québec has been poorer than Ontario, Canada, the G7 and OECD average since these statistics have been gathered.

The right question about Québec’s current model of development is whether it is causing Québec to lose ground, falling further behind, as Dumont and Charest state, or whether it is closing the historic gaps. The critics routinely use gross GDP figures to claim that Québec is losing ground in North America. Yet when using per capita figures based on purchasing power parities (PPPs), as is now the rule at the OECD, the World Bank and the IMF, the results are stunning.

If placed among the 30 members of the OECD, Québec went from 17th place in 1992 to 10th place 2002 in wealth per capita in PPPs. Only Ireland climbed higher faster. It did so because the “Québec model” was able to evolve from its 1960s form, to reengineer itself, especially since the mid-eighties

Specifically, Québec has been steadily narrowing the gap with its closest neighbours, Canada and the US. And this does not take into account the greater inequality of income in the latter. The obscene accumulation of wealth of late, by the top 1 percent of US earners (almost 20 percent of after-tax income), makes averages less than meaningful. As stated by economist Paul Krugman in his New York Times column earlier this year, when Bill Gates enters a bar at which 40 workers are seated, all patrons automatically become, on average, billionaires.

Québec’s compared to the OECD, Canada and USA, 1992-2004

GDP per person and in PPP

1992

1998

2000

2002

2004

Québec/OECD

101%

102%

107%

111%

114%

Québec/Canada

89%

89%

91%

92%

93%

Québec/USA

74%

71%

74%

79%

81%

Sources : 1992-2001 : OECD and  Institut de la Statistique du Québec; Estimates 2002 and  forceasts 2004 : StatsCan, OECD, Bank of Montreal.

There can be no doubt: the top 10 percent of earners in Ontario, BC and, especially, the US are much richer than in Québec. If that is the objective, Québec, with the lowest Gini[5] on the continent, is out of the game. If, instead, greater wealth for the whole population is the objective, then, we need note that the 25 percent of the population with the lowest income live better in Québec than in Canada as a whole, who, in turn, have it better than those in the US.

What of the middle class?  Québec economist Pierre Fortin used the landmark study of Michael Wolfson and Brian Murphy on incomes in North America in 1997[6], adding PPP differentials for Québec that the study did not take into account, and came up with the figures of median income set out below:

 

Median earnings, 1997, (in PPPs) in US (1995)$

Canada

20 300

Québec

20 500

Ontario

21 600

Etats-Unis

21 700

 

Two facts stick out: First, the Québec figure is slightly higher than that of Canada, no doubt a recent development. Second, the differential with the US is less than 6 percent, far from the 20 plus percent gap arrived at when using non-PPP adjusted average figures. Since growth has been significantly higher in Québec than in the US since 1997, and much more evenly distributed, it is a good bet that more recent data will show the gap disappearing[7].

Taxes, services and the weight of the Québec state

Mario Dumont also expresses a strong distaste for the state and for civil servants. The state is too heavy, he argues, too intrusive, too all-encompassing. Dumont is the freshest face on a very old right-wing talk-show rant against civil servants’ cushy jobs and security. There is ample room for debate on the nature of state intervention in Québec life; but the numbers don’t quite add up.

Comparison with Ontario – the rich cousin who, Quebeckers all assume, knows how to handle things – doesn’t quite buttress the Dumont prima facie case. According to comparisons compiled by Québecs Conseil du Trésor this February, and essentially drawn from Statistics Canada, it is true that Ontario has 8 civil servants per 1000 citizens, and Québec 12. A huge gap, except that many civil-service tasks have been devolved to Ontario city workers, who are more numerous there. When this is taken into account, Québec has 22 civil servants per 1000 inhabitants, Ontario 20. Not quite worth storming the Bastille over.

Furthermore, Québec carries out tasks that Ontario leaves to the federal government: Manpower training, immigration selection and integration, GST management, the Québec pension board. Québec has also a Revenue Department, State Auto Insurance and Pharmacare, a more robust presence in child care, culture, social housing, international relations… the list goes on. One can argue that Québec should not be in these fields – something neither Dumont nor Charest do since both demanding even more decentralisation from Ottawa to Québec, ergo more work for Québec civil servants. When Quebec’s Conseil de Trésor factors this in, it finds the ratio for Québec to fall to 20.3 per 1000 in Québec, just above Ontario’s 20.[8]

We thus come to the bottom line, the costs. To hear Dumont and friends, Quebeckers live in a “fiscal hell”. Again, one can argue on the merits of lower taxation per se. But the critics assume that Quebeckers get nothing in exchange for their tax dollars, that this money is somehow dumped into a great bureaucratic black hole. One Dumont electoral ad went as far as to claim that “50% of our tax dollars are wasted”. “Do we get better health care for this money? asks one of his star recruits, fiscal advisor Yvon Cyrenne. Shorter waiting lists? Better education?”  (In fact we do get better overall education and health, and under Canadian average waiting lists, but Cyrenne, like most Quebeckers, doesn’t believe so.)

I have not found a scholarly comparison of taxes and services collected and provided by the governments of Québec and Ontario, and thus rely on the Québec Finance department’s computation of what it would look like if the Ontario tax structure had been applied in Québec in the 2001-2002 fiscal year. On the tax side, Quebeckers would have paid 4.2 billion less in taxes; but Québec businesses would have paid 1.4 billion more. So the net extra burden is of 2.8 billion.

On the expenditure side, a simple perusal of the spending reports of both governments in 2001-2002 visualized in the table below shows some of the services provided by the Québec government but not by Ontario. Two big ticket items, 5$ a-day daycare and Pharmacare, bring us to $2.7 billion. Add Québec’s supplement to the federal child benefit, its generous student grants program (Ontario provides only loans), its grants to private education (nonexistent in Ontario and very much middle-class oriented), its strong involvement in local development and its larger investment in culture, and the sum climbs over $4 billion. And this does not include additional administrative activities related to the Québec pension plan, the Revenue department (which also handles the GST), immigration selection and integration, and foreign delegations.

Expenses and services available only in Québec, 2001-2002

(partial list)

Amount

(in millions$)

5$ a day daycare

1020

Supplementary child benefit

565

Pharmacare

1686

Student grants

177

Private school grants

307

Local and regional development

219

Supplementary effort in Culture

155

Total  

4139 

Supplementary fiscal load  

(2800)

 

The conclusion in inescapable. Not only do Quebeckers get their money’s worth in terms of services, but they actually get considerably more bang out of each tax buck than Ontarians.

Dumont, a pre-Reagan Republican

If Mario Dumont had a clear neo-conservative vision of where he wants to go, it would at least allow for a well-drawn electoral debate between social-democrats and conservatives. Unfortunately he does not walk the talk. Last fall, after calling for deregulation in well-attended speeches before businessmen and women in Toronto and Montreal, he voted in the December in the National Assembly for a bill extending labour regulation and worker protection in Québec to a level unmatched on the continent. Not an exception, since he voted in favour of Québec’s 1996 ground-breaking equity pay law, that imposes pay hikes for women in the public and the private sector over 10 years as well as a burdensome assessment process on businesses. And in 1998, he pushed the Bouchard government to craft Québec’s distinctive law banning dual pay scales, thus protecting younger workers against this discriminatory practice.

Similarly, last December, after having denounced the tax burden, and vowing to lower upper tax brackets, he voted in favour of the Law against poverty and social exclusion, which commits the government to provide funds – tax funds – to lift poor citizens out of poverty.

His team of star candidates hardly complemented his ideological stance. Former Montreal mayor Pierre Bourque talked of wealth redistribution at every turn, and didn’t seem to have read the party platform. Diane Bellemarre, who used to head the board of Québec’s labour-training agency on which sit union, business and community representatives, was a  symbol of the Québec corporatist culture that Dumont publicly loathes. His health critic, Joëlle Lescop, contradicted him on the ability of patients to pay for care – the private sector can deliver the service, but the state should pay, she argues, her approach rooted in mainstream thinking. The list goes on. (None of the above were elected on April 14.)

When questioned about his values, Dumont’s ‘small c’ conservatism emerges. He’s not keen on abortion, though he would not act to restrict access to it. Gay marriage is not his thing, though he voted in 2002 for Québec’s very progressive law on the issue. He would not legalize marijuana — a federal responsibility. He clearly doesn’t like unions, and pledges to repeal the section of the Québec labour code that gives unionised workers some protection where their employer sells his business. All this summit/partnership/let’s get-together-and-have-a-consensus business would go; instead he would represent the “silent majority” who are not invited to these gatherings, though is not clear on how he would have consulted them – though he attended every summit to which he was invited since his election in 1994.

He never comments on international affairs. Globalisation doesn’t seem to bother him, as long as we can trade with the US. Québec’s delegation network should stay, he says, but get behind our entrepreneurs and cut down on petits-fours. We can get better policy pronouncements from taxi drivers.

Overall, we are in the presence of a pre-Reagan republican. A soft reactionary, not a feisty revolutionary.  If elected, it is doubtful that he would have succeeded in turning the Québec model upside down, though his proposal to import US-style education vouchers could have wreaked havoc on a Québec education system, which, according to the OECD’s PISA survey[9], has been producing the best high school results in science, math and reading in the West, overall and especially among economically disadvantaged students.

The pace of reform has been extremely brisk since the PQ election in 1994 and re-election in 1998, as manifested in particular in decentralisation in education and economic development and in enhanced performance in the public sector. The rise of the ADQ gave impetus to reformers within the PQ, which found its way both into social policy plans, like the right to a 4-day week for parents of young children, and efficiency oriented ones, like further reduction of the corporate tax burden, more pruning of the civil service and more devolution of power to regions. This did give a boost to the PQ fortunes and made possible a come back that, for a while in the spring of 2003, seemed to point to a re-election. The outgoing Landry government actually ended the campaign with a 50% plus satisfaction rating, and lost.

The ADQ rise also forced the Charest liberals to redraw new policy positions without trying to outflank Dumont’s boldness. At first, their decision to be mild seemed risky. But a series of Dumont blunders and reversals got a number of Quebeckers into rethinking their choices. Yes, a majority of them were satisfied of the government, but a bigger majority yet was ripe for a change, and with Charest’s personal performance at his best since the 1995 referendum days, change without radicalism was back in style.

If nothing else, then, Mario Dumont and the ADQ will leave their mark in further changes in the Québec model. The election has allowed voters to set the direction of these changes, and the place of individualism in it. On  the PQ side lied a balance between social and economic development with an eye on social cohesion, on the ADQ side, a gradual weakening of the state and of civil organisations to accommodate a more individual approach, creating a more unequal society than Quebeckers have known. By choosing the Charest liberals, Quebeckers decided to try and have both.

Jean-François Lisée is a guest researcher at the Centre d’études et de recherches internationales in Paris, and a member of the Centre d’études sur les politiques et le développement social, de Montréal.

 

 


[1] See the latest: KPMG report, Competitive alternatives – Comparing business costs in North America, Europe and Japan,  January 2002 , at www.competitivealternatives.com

[2] For a detailed Québec/Ontario comparison, see Lisée (2001), Stubborn myths about the Québec economy, at http://www.vigile.net/ds-lisee/docs/01-12-6-news-myths.html, or the more complete French piece, (2002) Les dix mythes de l’économie québécoise, at http://www.vigile.net/ds-lisee/docs/02-2-mythes.html

[4] For a discussion of these issues, see Pierre Fortin (2002) Has Québec’s Standard of Living Been Catching Up?, Université du Québec à Montréal and Canadian Institute for Advanced Research Revised, January 2002, 22 pages. http://www.crde.umontreal.ca/cneh/fortin-txt.pdf. and Quynh-Van Tran et Henri-Claude Josep (2001) Regard sur la compétitivité de l’économie québécoise,  Institut de la statistique du Québec, Extrait de la publication L’Écostat, juin 2001, 9 pages, at http://www.stat.gouv.qc.ca/bul/economie/pdf/eco2_01.pdf and my April 2003 How Québec became a North-American Region-State at http://www.vigile.net/ds-lisee/docs/Quebec-Region-State-06-2002.doc

[5] The Gini coefficient measures income inequality. The possible minimum Gini is 0.0, i.e. all income equally distributed; the possible maximum is 1.0, i.e. all income going to the 10 percent of households receiving the most income.

[6]  Wolfson M. and B. Murphy, Income Inequality in North America : Does the 49th Parallel still Matter?, in the Canadian Economic Observer, Statistics Canada, August 2000, Ct 11-010-XPB, 24 pages. At: http://www.statcan.ca/francais/indepth/11-010/feature/eo2000_aug_f.pdf

[7] These figures are not adjusted for time spent at work. We know for a fact that, like Europeans, Quebeckers choose to take more leisure time than English-Canadians, and much more than Americans.

[8] These numbers are drawn from Comparaison des effectifs Québec/Ontario, Conseil du Trésor du Québec, February 17, 2003.

[9] In 2000, on three tests among 30 countries, Quebeckers held places 2 to 3 for results and 1 to 3 for inequality, Ontarians held places 4 to 10 for results and 2 to 3 for inequality. The US held places 16 to 21 for results and 8 to 12 for inequality. Quebeckers were also among the top three for the only two other previous surveys, in 1994 and 1997. See Conseil des ministres de l’Éducation (Canada), À la hauteur : La perfomance des jeunes du Canada en lecture, en mathématiques et en sciences; Étude PISA de l’OCDE – Premiers résultats pour les Canadiens de 15 ans, 2001, 97 pages. See www.cmec.ca/pisa/2000/rapportcanada.fr.pdf

Envol de l’ADQ : Comment le PQ peut réagir


L’actualité – 16 août 2002


Qui est responsable de l’ascension de Mario Dumont ? Il serait normal de répondre : « Mario Dumont ». Il ne manque pas de qualités en effet. Homme politique patient, davantage attentif aux humeurs de l’électorat que fidèle à une vision politique interne et malgré tout cohérent dans sa communication, il dégage un sentiment absent chez Jean Charest et chancelant chez les principaux leaders péquistes : il semble bien dans sa peau, content d’être là. Ni angoissé, ni tourmenté, il est rafraîchissant. Il est surtout remarquablement habile. En témoigne la façon dont il a géré, pendant tout le printemps, l’hypothèse de former un gouvernement. Il l’a joué modeste, ne s’engageant que très graduellement dans cette hypothèse – comme à reculons – laissant l’opinion et les chroniqueurs le précéder.

Reste que, toutes ces qualités, Mario Dumont les avait il y a six mois. Il les avait il y a un, deux, trois, cinq ans. Mais c’est maintenant qu’il monte. Il arrive que le temps, bien sûr, récompense la constance. « 90% de la politique, disait George Bush le père, c’est d’être là. » Certes.

Les affaires de lobbying, les maladresses du PQ face à ses élus âgés – démissions de Chevrette et de Brassard, départs de Jolivet et de Rioux – la déclaration désastreuse de Dionne-Marsolais sur la « génération égoïste », la faiblesse chronique de Jean Charest comme solution de rechange, l’atténuation du sentiment d’urgence sur la question nationale, tout semble avoir convergé pour déblayer l’entrée au chef adéquiste.

Paradoxe : même les succès du gouvernements profitent à l’ADQ. L’audace n’est pas la caractéristique principale du peuple québécois. Il ne viendrait pas à l’esprit de près de la moitié de l’électorat de voter, comme il l’a fait aux quatre partielles du 17 juin, pour un parti inexpérimenté si nous étions en période de crise économique, de montée du chômage, de déficits croissants et de marasme gouvernemental. C’est parce que l’emploi se porte remarquablement bien, que l’enrichissement du Québécois moyen est palpable, que les finances de l’État sont en ordre – merci MM Bouchard et Landry –, que l’électorat peut se payer un flirt avec Mario Dumont. C’est un signe, non de maturité, mais de sécurité. Le parallèle entre Dumont et le jeune Bourassa de 1970 ne tient d’ailleurs pas. À l’époque, une population économiquement analphabète et insécure face au changement votait pour un jeune économiste terne, dirigeant un parti de gouvernement. Aujourd’hui, une population économiquement plus aguerrie et désireuse de changement n’est nullement impressionnée par le bac en économie de Mario Dumont. Ils ont envie d’une nouvelle tête, ils peuvent se la payer, voilà tout.

C’est d’ailleurs pourquoi le programme de l’ADQ n’a presque pas eu d’importance. L’électeur québécois veut changer pour changer, presque pour le plaisir. Il traite PQ et PLQ comme deux vieilles séries télé qu’on a longtemps suivies et aimées, mais qui ont perdu leur charme, malgré l’arrivée de nouveaux personnages. Les tentatives désespérés des scénaristes pour multiplier les nouvelles intrigues en fin de saison peuvent être perçues comme autant de signaux que les séries ont fait leur temps. On les aime bien, on reprendra de leurs nouvelles dans quelques années mais, pour l’instant, on les a assez vues. Puis il y a cette nouvelle émission, sur l’autre chaîne. Un peu brouillonne peut-être, pas tout à fait au point. Mais ça fait changement.

Mario Dumont sera-t-il premier ministre du Québec à l’automne 2003 ? Si le PQ continue à lui faire la courte-échelle, si des ministres s’entêtent à dire du mal de leur propre programme, de leurs propres engagements sociaux, des aînés et des jeunes, si on persiste à diluer l’objectif indépendantiste dans le concept flou « d’Union confédérale », c’est probable, avec l’effet secondaire de fragiliser l’identité du parti de René Lévesque pour des années à venir. Rien n’est définitivement joué, cependant.

D’abord, il est plausible que l’étoile de Mario Dumont commence à pâlir quelque peu. Son score des partielles fait penser au jour où l’action de Nortel a atteint 123 $. Priced for perfection, disaient les experts, ce qui signifiait que l’action ne pouvait se maintenir à ce niveau que si tout se déroulait parfaitement pour la compagnie, facteurs externes et internes compris. L’ADQ ne descendra pas aussi bas que le titre de Nortel, mais ne peut se maintenir longtemps dans la stratosphère politique. Lucien Bouchard avait visité ces hauteurs en 1995 et après le verglas à l’hiver de 1998, puis y avait été immédiatement remplacé par Jean Charest au printemps 1998.

Pour peu que la force nouvelle de l’ADQ se stabilise à un niveau respectable, la prochaine élection se fera vraiment à trois partis, ce qui réduira le degré de difficulté. En clair, il ne faudra plus 44% des voix pour gagner, mais entre 35 et 40, selon la répartition géographique des voix. Si le Parti Québécois se ressaisit, recentre son discours et son action, il peut se présenter aux urnes avec une chance de gagner et la certitude de durer.

« Le Parti Québécois est le seul parti souverainiste et progressiste au Québec. » Depuis mai, Bernard Landry répète cette phrase comme un leitmotiv. C’est un énorme progrès. D’abord notons la disparition bienvenue du concept « d’Union confédérale ». Paix à ses cendres. Applaudissons ensuite la profession de foi de l’ancien ministre des Finances en faveur de la social-démocratie. Le gouvernement du Parti Québécois, qui a cumulé depuis sept ans plus de mesures progressistes que tout autre gouvernement de centre-gauche en Occident, avait une étrange pudeur à afficher ses couleurs, donc à en tirer un bénéfice électoral.

Ce n’est pas le seul signe encourageant. Pendant la dernière semaine de session parlementaire, donc dans les jours précédant les élections partielles, le gouvernement Landry a déposé un projet de loi sur la lutte contre la pauvreté dont l’adoption permettrait de franchir une nouvelle étape dans le progrès social; a donné à l’environnement un coup de pouce salutaire dans son match jusqu’ici perdant avec le lisier de porc; a fait voter à l’unanimité une loi sur l’encadrement du lobbyisme. Un rétablissement remarquable, compte tenu de la série de tuiles éthiques encaissées par le gouvernement Landry pendant l’hiver. On n’est pas près de voir l’équivalent de ce dénouement à Ottawa. Ces mesures sont arrivées trop tard pour avoir un impact sur le vote aux partielles et rien ne pouvait, à ce stade, endiguer la vague adéquiste. Mais à moyen terme, c’est là qu’on doit trouver une partie de la solution. Le simple retrenchement péquiste sur ses terres souverainistes et progressistes ne suffira pas. Il y a des choses à ne pas faire. Il y a des choses à mieux faire. Il y a des choses à faire.

À ne pas faire
+ Ne pas céder à la panique

Pendant la phase de flirt, rien ne sert d’ailleurs de critiquer à l’excès le nouveau prétendant. Lorsque Lucien Bouchard fut désigné négociateur en chef pendant la campagne référendaire, le camp du Non avait mesuré cette imperméabilité à la critique. Montrant à un groupe d’indécis le texte d’une déclaration malhabile de M. Bouchard sur les coûts de la souveraineté, les électeurs répondaient : « il n’a pas dit ça ». Après avoir fait visionner le vidéo confirmant hors de tout doute l’existence de la citation, les électeurs affirmaient : « ce n’est pas ce qu’il voulait dire ». Mario Dumont est dans cette phase. Elle durera plusieurs mois. Elle n’est pas éternelle. (Il semble que Jean Charest soit victime du phénomène inverse. Rien de ce qu’il fait ne l’aide. Et lorsqu’il répète 22 fois en une heure « déclenchez des élections générales », il faut décoder : «élisez-moi ou achevez-moi, mais qu’on en finisse ! »)

L’acharnement sur le programme adéquiste est également peu productif pour l’instant. Parmi ceux qui en connaissent des éléments, certains adhèrent à ses aspects racoleurs. Ils sont contre « l’emploi à vie » des fonctionnaires, vieux thème populiste un peu démago. Il y a un marché pour des propositions de droite, comme la santé à deux vitesses, même si la chose est en fait illégale en vertu de la loi canadienne sur la santé –un détail. Et pour ceux que les propositions adéquistes pourraient choquer, il y a un antidote : Mario Dumont lui-même. On le voit lancer joyeusement un pavé dans la mare et tout le monde rigole de voir les notables éclaboussés. Mais on sait Dumont foncièrement prudent. Il ne se jettera pas à l’eau, ni nous avec lui. Rebelle, il est le contraire d’un radical. Si le programme est trop audacieux, le chef a les deux pieds sur terre. En recul déjà sur la réduction de la fonction publique, on le verra bientôt promettre projets pilote, consultations, études de faisabilité et autres coussins gonflables pour amortir les chocs, gommer les aspérités de ses propositions. Il en restera l’impression de l’audace, sans l’odeur.

+ Ne pas toucher à l’article 1

Il faut éviter l’énorme gaspillage de temps et d’énergie que serait la réécriture du programme du Parti québécois. Ce document n’a jamais empêché la publication ponctuelle de manifestes du Parti, modernisant et adaptant la vision aux nécessités du jour. Ces manifestes sont un peu plus lus que le programme, c’est-à-dire presque pas.

Il est impératif de ne pas toucher à l’article 1 du programme . Faire du Québec un pays aussi indépendant que la France l’est en Europe, dans un marché commercial unique avec le voisin canadien, était, est et sera la meilleure proposition pour le Québec. Les souverainistes savent que cet excellent projet n’est pas, aujourd’hui, à l’ordre du jour. Il faut que les choses changent, percolent, se présentent autrement, dans l’électorat québécois et à Ottawa, pour que le projet souverainiste reprenne son essor. Lorsqu’il le fera, il sera préférable que les souverainistes soient au pouvoir. En certaines conjonctures, un gouvernement péquiste peut tenter de réunir une majorité de Québécois sur un projet de réforme de la fédération susceptible de faire progresser le Québec, ou dont l’échec pourrait mener à la souveraineté. Une telle Sortie de secours était jouable en 2000, car on aurait pu compter sur la crédibilité rassembleuse de Lucien Bouchard et une élection fédérale imminente nous aurait donné la réponse du Canada. Ces conditions ne sont plus réunies. Espérons qu’elles le seront encore un jour. En attendant, il ne sert à rien d’introduire ces scénarios dans un programme et de se déchirer sur des hypothèses. Et il ne faut jamais confondre l’objectif indépendantiste avec le gain, bienvenu mais incomplet, d’une autonomie accrue au sein de la fédération.

À mieux faire
+ Défendre la social-démocratie existante

Il ne faut pas espérer que la promotion de la social-démocratie devienne, en soi, mobilisatrice chez les contribuables (c’est-à-dire la moitié des citoyens qui paient des impôts au Québec). Beaucoup de Québécois sont aujourd’hui convaincus qu’ils paient plus d’impôts que les autres Nord-américains (c’est vrai) et qu’ils n’ont rien en retour (c’est faux). Ainsi désinformés, la perspective de davantage de social-démocratie peut être vue, non comme une promesse, mais comme une menace.

Cette vision néo-libérale, portée par le PLQ et l’ADQ, est devenue dominante au Québec en partie parce qu’elle n’a pas trouvé de contradicteurs conséquents chez les leaders du Parti Québécois eux-mêmes, mais a été au contraire partiellement relayée, dans le discours et dans l’action, par le gouvernement péquiste.

Qu’on me comprenne bien : l’élimination du déficit, la gestion plus serrée de la performance de nos services publics, une baisse raisonnée des impôts des particuliers, tout cela était, dans l’ordre, indispensable, nécessaire et utile. La réduction constante, amorcée dès 1995 et poursuivie chaque année depuis sous différentes formes, du fardeau fiscal des PME et des entreprises en expansion (fardeau qui frôle désormais, pour dire vrai, l’impôt zéro), contribuent à ce que le PIB par habitant ait progressé plus rapidement au Québec qu’au Canada-anglais depuis 1998, et même qu’en Ontario en 2000, 2001, 2002 et pour l’avenir prévisible.

L’application de ces politiques a permis au gouvernement péquiste de ravir aux libéraux, pour la première fois, la palme de la bonne gestion de l’économie. Cependant en termes de perception, cette approche qui n’était pas traditionnellement de gauche aurait à elle seule suffi à brouiller l’image social-démocrate du PQ.

Le discours gouvernemental a ajouté à cette confusion. Tout en critiquant les politiques sociales de la droite ontarienne, on a, par exemple, cautionné l’idée que l’impôt québécois devrait être ramené au niveau de l’impôt ontarien. La rengaine des « contribuable les plus taxés du continent» sans contrepartie apparente est devenue dogme. La table fut ainsi mise pour la promesse du « moins d’État » de Mario Dumont.

L’écart de fardeau fiscal entre l’Ontario et le Québec est de cinq milliards par an. Or qu’est ce que les Québécois obtiennent, avec cet argent, que les Ontariens n’ont pas ? La réponse est simple : Il suffit d’additionner les budgets des garderies à cinq dollars, le financement des établissements scolaires privés, les bourses aux étudiants et les coûts induits par le maintien des droits de scolarité les plus faibles du continent, l’aide à la culture (toutes ces dépenses profitant essentiellement à la classe moyenne, grande bénéficiaire du modèle québécois, contrairement aux idées reçues); y ajouter les budgets de développement local, l’aide juridique et les logements sociaux, et on comble — au million près — l’écart entre les deux provinces. Et on n’a pas encore épuisé la liste des services disponibles au Québec et non en Ontario. Les Ontariens de la classe moyenne ne font que payer, au privé, et parfois plus cher, les services que les Québécois reçoivent de l’État. Et lorsqu’on ajoute la subvention permanente et universelle que l’État accorde à chaque Québécois en vendant son électricité 38% moins cher qu’en Ontario, le fardeau bascule allègrement sur l’épaule de l’Ontarien, pauvre, moyen ou riche. Il est donc paradoxal que des membres éminents du PQ s’évertuent aujourd’hui à faire croire à la classe moyenne qu’elle ne profite pas de l’État québécois.

Dans les faits, le niveau de vie du Québécois, à tous les niveaux de revenu, est supérieur à celui de l’Ontarien. Quoiqu’en disent les palmarès souvent cités et qui ne calculent que les coûts de la social-démocratie québécoise sans en quantifier les bénéfices, le niveau de vie québécois est comparable à celui de nos voisins américains, dès lors qu’on tient compte du nombre d’heures travaillées. Les Américains travaillent désormais davantage que les Japonais. Les Québécois, non. Comme les Français et les Allemands, ils profitent du temps : pour la famille, les amis, les loisirs. Chaque semaine, le salarié québécois dispose d’une heure de plus que les Ontariens, de trois heures de plus que les États-Uniens. Une richesse que les néo-libéraux, stakhanovistes de l’accumulation brute de PIB, ne calculent jamais et qui fait pourtant partie de la qualité de la vie.

Bref, plutôt que de participer à la diabolisation de l’impôt (que Tony Blair vient d’augmenter pour financer ses services de santé), il aurait fallu – il faudrait – dire aux Québécois qu’ils en ont pour leur argent. Voilà pour l’intérêt, disons, égoïste, du contribuable. Il aurait fallu – il faudrait – en appeler également à son altruisme. On n’a pas fait savoir qu’avec leurs impôts et leurs institutions, les Québécois obtiennent une société plus juste. Le taux de pauvreté au Québec est plus faible qu’en Ontario et qu’aux États-Unis et il est en baisse, comme l’indiquait une récente étude de l’Institut de la Statistique du Québec passée inaperçue et celle du Fraser Institute de l’an dernier. Sur tout le continent, c’est au Québec que les inégalités sociales sont les plus faibles, c’est au Québec qu’elles ont le moins progressé depuis 10 ans. Voilà une grande réalisation social-démocrate, un grand succès de la solidarité québécoise. Qui le sait ? Qui en a félicité le Québec ? Qui a dit qu’il faudrait en faire un objectif ?

Payant davantage d’impôt, nous avons davantage de services et davantage de justice. Tant que ce message n’est pas correctement assumé, véhiculé et compris, on ne peut pas être crédible pour la suite. On ne peut pas dire avec force : « Si vous voulez moins de services et moins de justice, allez frapper à la porte adéquiste ou libérale. » Tout de même, un sondage publié par La Presse fin juin démontrait que les Québécois en sont partiellement conscients, 53% d’entre eux refusant le troc « moins d’impôts pour moins de services ». Un chiffre étonnant, compte-tenu du matraquage idéologique des dernières années, mais en retrait par rapport aux résultats obtenus en 1996 ou 1997. Comme quoi le message néo-libéral progresse, sans encore triompher. Il faut s’appuyer sur cette conscience de l’utilité de l’État et la renforcer, plutôt que la fragiliser.

L’augmentation des inégalités de revenus est la résultante directe des changements technologiques dans l’économie (les travailleurs qualifiés prennent de la valeur, les non qualifiés en perdent) et de l’intensification du commerce international (les travailleurs non qualifiés du sud font baisser la valeur des nôtres). Nous sommes donc entrés dans une période où les écarts vont se creuser, générant davantage d’injustice sociale. Pour maintenir le niveau actuel d’inégalités, donc le niveau actuel de cohésion sociale, il ne faudra pas moins de transferts, mais plus.

Sur sa gauche, le Parti québécois doit, à mon avis, assumer ses succès passés et annoncer sa détermination future à lutter contre l’accroissement des inégalités sociales. Il doit également se porter garant de la solidarité et de services publics dont les Québécois bénéficient. Il devrait abandonner à ses adversaires de droite la surenchère des promesses de réduction de l’impôt des particuliers. Il faut les laisser nager dans leur contradiction : ou bien le Québec souffre de déséquilibre fiscal face à Ottawa et n’a pas l’argent nécessaire pour la santé, ou bien il en souffre si peu qu’il peut renoncer à une partie de l’impôt. Le PQ devrait s’extraire de cette contradiction et annoncer plutôt qu’il va maintenir le niveau d’imposition pour le prochain mandat et utiliser les revenus supplémentaires en santé, en éducation et contre la pauvreté. S’il le peut, il réduira la dette.

Dans l’année qui vient, le gouvernement Landry doit dépenser beaucoup d’énergie sur le chantier qu’il vient d’ouvrir sur la pauvreté. S’il le mène bien, il contribuera à définir l’identité sociale du parti pour les batailles électorales à venir. Les décisions qui seront prises pour l’extension des droits des travailleurs non syndiqués, qui forment les deux-tiers des travailleurs du secteur privé, dans la réforme des normes minimales du travail sont également cruciales. En ces temps de prospérité retrouvée, il est temps de donner leur part à ces citoyens qui ne peuvent compter sur aucun corporatisme.

À faire
+ Une vraie synthèse entre l’entreprenariat et la solidarité

Il est normal que les sociaux-démocrates québécois, ayant pour la première fois de leur histoire assumé les tâches de rigueur budgétaire et de relance de l’économie, ayant pour la première fois tissé des liens avec les milieux d’affaires et la PME, n’aient encore qu’imparfaitement fait la jonction entre leur vieille pratique du cœur et leur nouvel entendement du portefeuille.

On peut cependant dessiner les contours d’un pacte québécois entre les deux. Le Québec est, pour l’instant, l’endroit où les coûts de production sont les plus bas en Occident. La faiblesse du dollar y est pour beaucoup, comme la structure des coûts. L’allégement fiscal québécois pour les entreprises, qui ont payé l’an dernier 1,4 milliard $ de moins que si elles avaient été en Ontario, fait le reste. Le Parti Québécois devrait prendre l’engagement de maintenir, voire de creuser cet avantage. La réduction programmée de la taxe sur le capital doit se poursuivre, la réglementation administrative doit encore considérablement s’alléger. Une nation qui, comme le Québec, exporte 60% de sa production hors de ses frontières doit s’astreindre à la compétitivité de ses entreprises et de ses produits.

Partout, le gouvernement québécois doit encourager l’entrepreneuriat, la création d’entreprises et de richesses, le succès individuel. Une façon supplémentaire d’y arriver pour les individus serait de défiscaliser le revenu personnel ou familial consacré à l’investissement direct dans une petite entreprise, par le biais d’un Régime d’épargne entreprenariat, s’apparentant aux REER.

De même, puisqu’il canalise davantage de richesse collective dans la livraison de services publics plutôt que privé, le modèle québécois doit devenir exemplaire dans l’efficacité de ses services publics. Les contrats de performance et les plans de réussite instaurés par le ministre François Legault en éducation, qu’il veut maintenant appliquer en santé — où Pauline Marois avait enclenché le mouvement —, doivent marquer, non la fin, mais le début d’un virage. S’il veut se distinguer comme le seul véritable défenseur du service public, comme il le devrait, le PQ doit devenir encore plus exigeant pour en accroître la qualité, la rapidité, l’efficacité et la souplesse.

Le modèle québécois doit s’appuyer sur ses deux pieds. D’une part, faire mieux que ses voisins pour libérer le capital nécessaire à l’investissement productif et à la création de richesse. En contrepartie, exiger plus que ses voisins en termes de droits et normes minimales pour ses travailleurs, continuer à redistribuer davantage la richesse collective ainsi créée et offrir des services de qualité.

+ L’environnement et la langue

Moins exigeant sur les coûts de production, le modèle québécois doit être plus exigeant également pour l’environnement. Le ministre André Boisclair est en train de redonner au ministère de l’Environnement un tonus qui lui a trop longtemps manqué. Là encore, l’engouement du Parti Québécois pour le développement économique lui a fait, un temps, perdre son engagement environnemental. Il est temps de lui redonner sa place, en agriculture comme en forêt et en gestion de l’eau. Qu’on laisse le ministre franchir encore les pas nécessaires à la reconstruction de la réputation verte du PQ, il en résultera un développement politique durable.

Une dernière tâche : l’équilibre linguistique. D’ici quelques mois, Statistique Canada nous dira si le recensement de 2001 confirme, tempère ou infirme les prévisions du Conseil de la langue française sur la mise en minorité des francophones sur l’île de Montréal d’ici 14 ans. Si la tendance se maintient, comme c’est probable, le gouvernement du Parti Québécois, ayant créé la nouvelle entité politique « une Île/une Ville », aura contribué à ce que ce déséquilibrage linguistique prévisible se traduise en un clivage politique lourd de conséquences entre la nouvelle et puissante municipalité majoritairement non-francophone et le reste du Québec. Responsable d’avoir introduit cette bombe à retardement dans notre système politique, il incombe au PQ d’agir vite et bien pour la désamorcer à temps. L’étalement urbain étant essentiellement dû à des francophones (à 82%) et majoritairement à des jeunes familles achetant un logis en banlieue, on peut freiner le phénomène en rendant le logement sur l’île plus attrayant et en épaulant spécifiquement l’accès des jeunes parents à la première propriété sur l’île. Il faut cesser d’avoir peur des édiles municipaux de la couronne montréalaise lorsqu’on veut atteindre un objectif national raisonnable, celui d’empêcher une coupure linguistique et culturelle entre le cœur de la métropole et le reste du Québec.

+ Penser au moyen terme

Il se peut fort bien qu’il soit déjà trop tard pour faire marche arrière et que l’échec du PQ aux urnes soit déjà programmé. Il se peut que rien de ce que je propose ne soit suffisant pour conserver une pluralité de sièges, l’élection venue. Que les Québécois préfèrent aller voir ailleurs, pour quatre ou huit ans, ne serait-ce que pour changer d’air. Mais la direction péquiste doit penser aussi à moyen terme. En ces matières, la persévérance paie. Un gouvernement adéquiste ou libéral qui démantèlerait des pans du modèle québécois sans se soucier de l’impact sur les inégalités sociales se heurterait à de graves difficultés. Cela ne rendrait que plus nécessaire le retour au pouvoir d’un Parti Québécois resté fidèle à ses convictions. De même, on sait que la ligne de fracture entre le Québec et le Canada s’aggrave, ce que l’arrivée d’un Paul Martin plus diplomate que son prédécesseur ne pourrait occulter que temporairement. C’est en restant résolument souverainiste que le PQ pourra crever l’abcès, le temps venu.