Op-ed in the Guardian: Well done, Britain, for a fair referendum – it’s a shame Canada didn’t manage it

(Voici le texte d’opinion que m’a demandé le quotidien The Guardian, de Londres. En ligne ici.)

Boy, would I have loved to have had the Scottish referendum before the one we had in Quebec in 1995, for which I was strategist for the yes campaign. I am sure those who are for an independent Scotland have lots to say against the tactics and arguments of Better Together, but we in Quebec would have given an arm and a leg for the fair play and adult behaviour displayed so far by the British government. This is why:

1. The UK recognised that it was for the Scottish parliament to decide on the referendum question, but both parties chose an independent, agreed upon third party to pass judgment on its fairness. Not so in Canada, where Ottawa refused the Quebec parliament’s legitimacy in the matter.

2. Britain implicitly accepts that if yes wins with 50%+1, the Scots will have a mandate for independence and that negotiations, though as they may be, will commence. You will find it hard to believe, but if yes had won in Quebec in 1995, the head of the no camp admitted that even “with 52% or 53% we would not have accepted”. Current Canadian law stipulates that even if the Canadian parliament were to agree to the question, it would sit again after a majority yes vote to “evaluate” whether or not it is sufficient. No threshold is given. Kafka lives in Canadian law.

The only plan contemplated in Ottawa in case of a yes vote in 1995 was to try to organise another Ottawa-led referendum, two months hence, to try and reverse the vote. Markets would have had a field day with the Canadian dollar over this attempt.

3. No one of importance in Britain has tried to put at risk the territorial integrity of Scotland in case of independence. In Canada, the prime minister, Jean Chrétien, was eager to play this card – although the international reaction would have been brutal.

4. The British Treasury took pains in reassuring international borrowers that it would honour the entirety of the British debt, whatever the outcome of future negotiations on debt repartition with an independent Scotland. In Canada, the Central Bank was barred from making any such preparations or comments, for fear that it would legitimise the possibility of a yes victory. “We were very vulnerable,” the Canadian finance minister admitted later, talking about the debt refinancing schedule.

5. The UK agreed to play by the rules of Scotland as far as campaign spending is concerned. I wouldn’t be surprised if we ultimately find some infractions to this rule, but never on the scale of the Canadian government’s efforts to at least triple the funding of the no side, without any inhibition. “When you go to war,” the prime minister’s chief of staff said, “you don’t ask if the bullets are legally paid-for, you simply shoot them”.

Voters have decided on giving Britain – and the world – a cliffhanger for the referendum finale, exactly like the one we had in Quebec in 1995. Then, a late yes surge brought elation to our camp; panic and last minute promises of change in the no camp. On voting day, we knew that if participation reached 80% that the youth vote was out, and that was good for us. If it went to 85%, better yet. But 90% was uncharted territory; we didn’t know what to think. It reached 94%. The results were 49.42% voting yes and 50.58% no: half a percentage would give no the last word. Promises for significant recognition of the Quebec nation and of further devolution were not kept.

It Scots choose a different path than that of Quebecers, even with the slimmest of margins, the world needs the UK to keep cool in case of a yes vote. Nations that have been through this wrenching debate recently or who, especially in Catalonia, will navigate these waters soon, need the British government to keep offering a template of fair play and respect for democracy.

If yes wins, it means recognising immediately the political fact that Scots have chosen independence. It means having quick meetings of officials to send reassuring signals to both markets and workers that an orderly, negotiated process will begin to examine every outstanding issue.

It would not be an pleasant time for Britain. Divorce is never easy. It is often messy, nasty, petty. That’s when we need Britain to rise to the occasion, keep cool, and be, again, an example to the world.

Chrétien à Londres: Les mauvais conseils de M. Non

Jean Chrétien montrant aux britanniques comment prendre un séparatiste !

Jean Chrétien montrant aux britanniques comment s’y prendre avec les séparatistes !

Jean Chrétien fut invité à Londres pour donner quelques conseils au camp du Non, pour le référendum à venir sur l’indépendance de l’Écosse.

Il a donné de forts mauvais conseils. Il vaut la peine, pour nos lecteurs britanniques, d’en prendre note.

1) Ne pas respecter la règle démocratique

L’ex premier-ministre canadien a invité les britanniques à rejeter la règle du 50% +1, qu’ils ont pourtant accepté. M. Chrétien a invoqué le problème qui serait posé si ce +1 était constitué d’un électeur ayant oublié ses lunettes et qui aurait voté Oui par erreur. N’ayant pas indiqué quel était son estimation du pourcentage de malvoyants, il n’a pu fixer un seuil raisonnable. (Il n’explique pas non plus pourquoi la proportion de malvoyants pour le Non ne serait pas égale à la proportion de malvoyants pour le Oui.)

En fait, selon QMI, « Pour lui, le vote ne devrait pas être ouvert uniquement aux habitants de l’Écosse. Il a dit regretter que ce n’ait pas été le cas lorsque les deux référendums sur l’indépendance du Québec ont eu lieu. «Tous ces gens auraient voté non», a-t-il souligné. »

Cela vous semble loufoque ? C’est pourtant ce qu’il a proposé avec sa loi C-20 sur la clarté. En cas de victoire du Oui au Québec, l’indépendance ne serait reconnue par le Canada que si chaque province accepte d’amender la constitution. Pour y arriver, il faudrait un référendum dans plusieurs provinces anglophones.

Voilà donc ce qu’il a dit en public. Mais il a aussi donné des conseils en privé au ministre britannique responsable de l’Écosse, Michael Moore (non, ce n’est pas le documentariste américain du même nom).

Selon le Financial Times:  » Mr Chrétien a dit en privé à M. Moore qu’il avait cédé trop de pouvoir au Scottish National Party en leur laissant décider du moment du référendum et de la question ».

Bon départ ! Tentons maintenant d’imaginer ce que M. Chrétien a dit d’autre à M. Moore en privé:

2) Enfreignez toutes les règles

Pendant la campagne référendaire de 1995, le gouvernement fédéral a fait fi des limites de dépenses imposées pour équilibrer le camp du Non et le camp du Oui et a dépensé sans compter pour aider le camp du Non.

Le chef de cabinet de M. Chrétien, Jean Pelletier, a d’ailleurs déclaré: « Dans la guerre, on ne se demande pas si les munitions sont payées, on les tire ». Interrogé sur la conformité de l’action fédérale avec la loi référendaire, il a ajouté: « Il y en a peut-être qui se sont posé ces questions-là, mais pas moi. Des ordres de marche, puis salut! Quand on est en guerre, on va-tu perdre le pays à cause d’une virgule dans la loi?

Une enquête conduite à la demande du Directeur général des élections a démontré que le camp du Non avait enfreint la loi québécoise.

3) Ouvrez une usine à citoyens

Les immigrants récents sont davantage loyaux au pays hôte qu’à une de ses provinces, c’est normal. Il faut donc naturaliser un maximum d’immigrants pour faire pencher la balance.

Dans le mois précédant le vote québécois, en octobre 1995, la bureaucratie fédérale de l’immigration a fait des miracles,  naturalisant 11 500 personnes en quatre semaines, un bond de 250% par rapport au mois précédent, de 300% par rapport au même mois de l’année précédente, de 440% par rapport au même mois de 1993.

4) Mentez

À quelques jours du référendum, Chrétien a fait un discours à la nation affirmant qu’une victoire du Oui allait irréversiblement faire du Québec un pays. Mais il savait qu’il refuserait de reconnaître la légitimité du Oui.

Il le raconte dans sa biographie, Passion politique, publiée en 2007 :

« J’étais dans une situation très difficile. D’un côté, je voulais encourager les nationalistes mous et les indécis à voter Non en leur signalant les dangers tangibles d’un Oui.

D’un autre côté, je devais éviter de me piéger moi-même en donnant à entendre qu’un Oui gagnant enclencherait inévitablement et irréversiblement la mécanique de la séparation.

J’ai alors décidé qu’il était plus important de ne pas parler de ces conséquences que personne ne pouvait prédire et de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour assurer tout de suite la victoire du Non. »

L’important pour lui était donc de duper les indécis et les nationalistes modérés avec cette stratégie lui permettant d’être gagnant quoi qu’il arrive : s’il faisait assez peur, il gagnerait ; si ça ne marchait pas, il refuserait de perdre.

Voyez cet extrait du documentaire de la CBC Point de rupture, où on voit votre futur blogueur, imberbe mais déjà outré…
http://www.youtube.com/watch?v=pp7RHTHLFqI

(Je raconte cette anecdote en détails dans Des histoires du Québec.)

5) Bref, n’ayez aucun scrupule et aucun remord

Les conseils de Jean Chrétien ne seront heureusement pas suivis par les Britanniques, qui semblent vouloir faire preuve, dans l’affaire écossaise, d’un fair-play qui les honore et qui est aux antipodes des tactiques des fédéralistes canadiens de 1980 et de 1995.

Jean Chrétien et Stéphane Dion ne feront donc probablement pas beaucoup de dommages dans le débat écossais. Leur influence pourrait cependant être beaucoup plus néfaste en Espagne, où on trouve des responsables fédéraux qui ont, envers le processus catalans, des réflexes proches de l’expérience canadienne et qui pourraient être confortés dans leur intransigeance par les mauvais conseils venus de notre camp du Non.

Nous nous excusons donc d’avance auprès de nos amis démocrates catalans et espagnols.

Suggestion de lecture à Justin T.

Il y a quand même du progrès.

Récemment, Justin Trudeau prétendait que c’était un « mythe » de dire que le Québec n’avait pas signé la constitution de son père.

Ce mercredi, le nouveau chef libéral admet que cette signature n’a pas eu lieu. Bravo. Il prétend cependant que c’est la faute du gouvernement souverainiste québécois de l’époque.

Il lui reste à apprendre que le chef libéral de l’époque, Claude Ryan, ne voulait pas la signer non plus, ni ses successeurs Robert Bourassa ou Jean Charest. (Pour Philippe Couillard, c’est moins clair pour l’instant.)

M. Trudeau 2 a besoin de lire encore un peu, c’est certain. Notamment au sujet de René Lévesque, l’homme qu’il tient pour responsable de la non-signature du Québec.

Il me fait plaisir de lui suggérer l’extrait suivant d’un livre récemment publié, La bataille de Londres, de Frédéric Bastien, qui met en parallèle l’approche Trudeau-père et l’approche Lévesque:

La Bataille de Londres par Frédéric Bastien

Irascible, intraitable, Trudeau multiplie les attaques contre Lévesque dans les discussions subséquentes, à tel point que ce dernier apparaît soudainement comme un modéré aux yeux de plusieurs de ses collègues provinciaux. Le chef péquiste négocie de bonne foi, déclare Sterling Lyon, premier ministre du Manitoba. Vous avez transformé le débat constitutionnel en vendetta contre Lévesque, ajoute Bill Bennett, Premier ministre de la Colombie-Britannique.

Entre la vision que présente René Lévesque du Canada et la vôtre, je préfère la sienne, enchaîne le Premier ministre de Terre-Neuve, Brian Peckford. « As-tu un petit sac, je crois que je vais vomir », chuchote Chrétien à l’oreille de Trudeau.

Angus Mac Lean, premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, explique :

« Au fil des discussions, mon respect pour le premier ministre québécois, René Lévesque, n’a fait que croître et mon estime pour Trudeau s’est effritée. J’ai vu en Lévesque quelqu’un de raisonnable, d’absolument pas guindé ou rigide. J’ai eu le sentiment que, si les politiciens fédéraux avaient eu avec lui le même type de rapport que moi, nous serions parvenus à un compromis quelconque au sujet de la Constitution. Trudeau a fait preuve d’une grande hostilité. »

Comme le notera (le Haut commissaire britannique à Ottawa) John Ford dans une dépêche pour Londres, « galvanisé par des sondages qui font état d’un appui dans tout le pays pour des changements constitutionnels, M. Trudeau vise à dépeindre les premiers ministres provinciaux comme des politiciens non représentatifs, égoïstes et assoiffés de pouvoir, sans vision d’un Canada uni, ainsi qu’à fixer le cadre d’une action unilatérale. »

 

Mes débats publics avec Justin T m’ont valu cette caricature d’Ygreck:

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La diplomatie, internet, et l’Empire britannique

La nouvelle entente Canada-Royaune Uni, selon Aislin de la Gazette.

J’ai réagi ce mercredi à la décision du gouvernement canadien de choisir systématiquement de partager des locaux diplomatiques avec le Royaume-Uni.

Vous trouverez un fidèle compte-rendu de mes propos dans cette dépêche d’Alexandre Robillard de la Presse Canadienne, mais en voici les principaux extraits:

«Dans le contexte de la remonarchisation de l’identité canadienne, que M. Harper est en train de faire, ça a des relents de retour à l’Empire britannique», a-t-il dit.

M. Lisée n’est pas opposé à l’idée du partage d’ambassades pour diminuer les coûts des représentations, mais le choix de la Grande-Bretagne comme partenaire s’ajoute à une «accumulation de signaux».

«Si ce n’était pas dans ce contexte-là, je trouverais simplement que c’est une entente de bonne gestion des finances publiques au moment où on repense la façon de faire la diplomatie internationale à l’ère d’Internet, a-t-il dit. Mais parce que c’est dans ce contexte-là, c’est plus irritant.»

Loin de voir là un recul de la souveraineté du Canada

Notre amie la Reine. Notre patron le peuple

C’est vrai, nous étions 54 hier, à prêter serment à Élisabeth II. Dans le salon bleu, avant de se rendre à cette cérémonie, les petits nouveaux — dont je suis — demandaient aux anciens pourquoi et comment.

La cérémonie du serment, selon Garnotte, du Devoir. (Voir ici les autres dessins de Garnotte)

Pourquoi, c’est facile: nous sommes dans un pays d’où suintent de partout les archaïsmes de l’impérialisme britannique. Un « chef d’État », le Gouverneur général et ses lieutenant-gouvernaux, désignés par la seule volonté du Premier ministre canadien. Un Sénat à l’avenant. Une Cour suprême qui doit arbitrer les différends au sein d’une fédération, mais dont les membres sont désignés seulement par l’entité centrale. Un non sens dans une fédération, surtout bi-nationale (ou supposée telle) !

Monarchie vs présidentielles: le Super Bowl politique

Plusieurs d’entre vous ont trouvé l’auteur de la citation monarchiste d’hier — et merci à ceux qui ont pratiqué la transparence totale en avouant avoir simplement placé la phrase dans Google.

C’est donc George-Étienne Cartier qui disait ceci, en 1865, lors du débat parlementaire sur la Confédération. Écoutez bien Stephen Harper pendant le Jubilée de la Reine cette année, il pourrait bien en citer une partie:

Comment le chef du gouvernement des États-Unis est-il choisi ? Des candidats se mettent sur les rangs, et chacun d’eux est vilipendé, conspué par le parti opposé. L’un d’eux triomphe et arrive au fauteuil présidentiel ; mais même alors, il n’est pas respecté par ceux qui ont combattu son élection et qui ont essayé de le faire passer pour l’homme le plus corrompu et le plus méprisable qui existe au monde.

Sous le système anglais, les ministres peuvent être censurés et insultés, mais les insultes n’atteignent jamais la souveraine.

La citation est tirée du livre Les 50 discours qui ont marqué le Québec, des historiens Charles-Philippe Courtois et Danic Parenteau. J’y signe une brève préface.

La Reine possède-t-elle des droits sur Ottawa?

Élisabeth II possède-t-elle des droits d’auteurs sur les publications du gouvernement canadien ? Et si oui, combien cela lui rapporte-t-elle ?

La question se pose car on retrouve mention de son droit d’auteur au bas de deux bulletins d’information récents de Ressources Naturelles Canada.

En anglais:

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La Reine en droit. C’est clair !

Et en français:

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La Reine du Chef ? Mais pas du sous-chef ?

Appel aux internautes, sujets de la Reine, et mieux informés que moi. Est-ce récent ? Ancien ? Inopiné ?

Merci à l’alertinternaute Pierre Hamel pour ce signalement.

La monarchie décorative

Je ne vous laisserai pas me dire que mon propos est politiquement incorrect. D’abord, j’ai des chiffres. De plus, j’ai des photos. J’ose affirmer qu’il y a un lien de causalité entre les photos et les chiffres.

(Pendant les vacances, votre blogueur favori vous ressert quelques billets dans le but de vous divertir en faisant semblant de vous informer)

Voici les photos:

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Voici les chiffres:

47 % des Canadiens veulent le couple de gauche.

Seulement 18% veulent celui de droite.

Même les Québécois, qui à 58% affirment vouloir couper tous les liens avec la monarchie britannique (et qui à 70% aboliraient les reliquats monarchistes au Canada) se font tirer l’oreille, lorsqu’un choix est disponible.

Leur dédain pour la monarchie chute de 15 points lorsqu’on leur offre de choisir entre William et Kate (31%) ou Charles et Camilla (11%). Imaginez si Angelina Jolie et Brad Pitt avaient été de la course !

Ma conclusion: la survie de la monarchie repose essentiellement sur la beauté de la descendance, en particulier de la descendante.

Institutionnellement, la monarchie ne fait que représenter, en chair et en os, la permanence de l’État. Si ce n’est que cela, n’importe quel Charles ferait l’affaire. Mais il ne s’agit plus d’instituti0n, de monarchie constitutionnelle. Il s’agit de monarchie télévisuelle, de monarchie décorative.

Dans cette nouvelle ère, laiderons et bègues sont priés de s’abstenir. Et si les Québécois n’avaient d’autre choix que Charles et Camilla, leur volonté de se départir de la monarchie serait assurément plus forte encore.

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Comment sauver le Canada

Je propose, à l’inverse, un test. Les fédéralistes pensaient avoir frappé un véritable coup de circuit en choisissant Michaëlle Jean comme Gouverneure générale. « J’ai été choisie — a-t-elle admis lors d’un discours célèbre — parce que je suis ‘hot’. »

Ce qui ne l’a pas empêché, ensuite, de faire un excellent travail — et de faire suffisamment d’ombre au Premier ministre pour qu’il ne souhaite pas renouveler son mandat et trouve à sa place un homme encore plus ennuyeux que lui.

Mais si les fédéralistes souhaitaient réellement moderniser leur pays et faire faire un pas au Canada dans le cœur des Québécois, ils annonceraient leur intention de modifier la constitution canadienne pour nommer reine du Canada… Michaëlle Jean.

Ils s’assureraient ensuite que chaque Reine suivante ait d’égales qualités esthétiques. Plus tard, peut-être, on pourrait changer le mot « Reine » pour le mot « Présidente », un poste honorifique comme il en existe en plusieurs pays.

Des rénovateurs sensés étendraient cette formule aux lieutenant-gouverneurs des provinces.

Que Stephen Harper ait l’intelligence de nommer Marina Orsini prochaine lieutenant-gouverneur du Québec (vous avez remarqué que je n’ai pas dit Caroline Néron — il faut un peu de profondeur quand même) et les ministres et députés, les maires et les gens d’affaires seront beaucoup plus enclins à aller la rencontrer. Même les souverainistes ne seront pas si pressés d’abolir le poste.

La visite de monsieur Rien

Le Prince Charles est une publicité ambulante. Homme à la fois sandwich et orchestre, il incarne plusieurs messages à la fois. D’abord, le manque de jugement. La plus grande décision de sa vie a été de saboter son mariage avec Diana pour lui préférer la sémillante Camilla. C’est original, mais assez troublant pour ne lui confier aucune fonction qui suppose une dose de bon sens.

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Sa plus grande décision: larguer Diana pour Camilla. (Photo PC)

Ensuite, l’abolition de la monarchie. En ces temps démocratiques, on ne comprend vraiment pas pourquoi cet homme beige, incolore et inodore, devrait, plutôt que 100 000 plus brillants et intéressants que lui, devenir le symbole d’un État, même si le symbole confine à l’inutilité.

Et en ces temps de vieillissement de la population, il incarne finalement le caractère hyper-archaïque de la succession héréditaire. Quand les parents mourraient à 45, 50 ans, de jeunes rois pouvaient, sur le trône, représenter la force du présent et la promesse de l’avenir. Mais maintenant qu’une saine alimentation et qu’un régime strict de crumpets et de boeuf bouilli maintient votre mère, la Reine, en vie et encore fringante à 83 ans, l’attente de la succession gruge de l’intérieur quelque promesse de renouveau interne que vous puissiez encore détenir.

Charles a déjà 61 ans et il atteindra certainement l’âge de la retraite avant de pouvoir aspirer à son premier et seul emploi: Roi.  Or la mère de sa mère lui a longtemps projeté une éprouvante bande-annonce de son avenir. Elle est morte, en 2002. Elle avait 101 ans. Si Elizabeth II tient aussi longtemps, Charles ne sera Roi qu’à 79 ans. Vous avez bien lu: premier jour de travail à 79, juste à temps pour célébrer ses 80 !

Qui dit Monarchie dit guerres de successions, tous les lecteurs des Rois Maudits vous le diront. Or on nous rapporte que même la maman de Charles pense qu’il serait bon qu’on lui fasse sauter son tour. Dans Le Devoir de jeudi dernier, Norman Spector rapportait ceci:

Dans les pages intérieures du Telegraph, le journaliste Andrew Pierce expliquait que Sa Majesté mise désormais sur le prince William — un jeune homme qui ressemble fort à sa mère, feue la princesse Diana — pour assurer l’avenir de la monarchie. De plus, M. Pierce y remarquait le contraste entre la popularité du fils et l’impopularité du père.

Mais pour sauter de Charles à son fils William, il n’y a, écrit Spector, que deux manières: que le premier meure — mais ils sont tous en bonne santé– ou que…

le Parlement de Westminster et les Parlements des 15 autres monarchies du Commonwealth, y compris celui du Canada, légifèrent pour modifier l’ordre de succession.

Spector affirme que le prince William, 26 ans, est plus populaire au Canada que son père. Je veux bien le croire. Et il n’est pas certain que l’apparition sur internet et dans les gazettes de son membre viril lui nuisent dans toutes les couches de la population.

A mon avis, le principal argument favorable au remplacement de Charles par William est cosmétique. En effet, vous n’y aviez pas pensé, mais lorsque Elizabeth nous quittera, nous devrons remplacer son effigie sur nos cents et sur nos billets de 20 dollars. L’idée de se promener les poches pleines de photos de Charles constituera une forte motivation pour se débarrasser de la monarchie. Au contraire, si la Princesse Diana était devenue Reine, je gage que plusieurs pays auraient voulu se joindre au Commonwealth pour mettre la photo de la déesse/reine sur leur monnaie et lui faire ainsi prendre de la valeur.

Mais si nous sommes pris avec Charles, et ne voulons pas de l’image de Monsieur Rien dans nos porte-feuilles, reste la rupture: la fin de notre lien avec la maison d’Angleterre. Pas si vite ! Entre autre legs admirables, le grand démocrate Pierre Elliot Trudeau a reconduit dans la constitution de 1982 (jamais ratifiée par le Québec) l’article nommant le détenteur du trône d’Angleterre chef d’État du Canada. Pour se débarrasser de Charles, explique encore Spector, il faut l’accord d’Ottawa et de toutes les provinces. Toutes ? Toutes !

Revenons au Québec. Que faut-il faire, pour la visite royale de Charles ? Pour le RRQ, manifester contre ce représentant du reliquat de l’empire ? Certes. Il n’y a pas de mauvaise occasion d’exprimer son rejet de la monarchie. Mais à l’Assemblée nationale, un parti en phase avec l’opinion pourrait profiter du passage du prince-aux-grandes-oreilles pour annoncer 1) (s’il s’agit d’un parti souverainiste) qu’un Québec souverain élirait démocratiquement son propre chef d’État; 2) (dans tous les cas) que s’il est au pouvoir au moment du décès d’Elizabeth, il déposera dans les 10 jours un amendement constitutionnel abolissant le lien monarchique entre nous et le trône d’Angleterre.