Si Tump était futé

Les diplomates canadiens à Washington aimeraient bien savoir qui se cache derrière le pseudonyme « Mukden ». Ce personnage a publié il y a deux semaines un texte informé et argumenté sur ce que devrait être la stratégie de Donald Trump pour arriver à ses fins : avaler le Canada. Ils voudraient savoir s’il s’agit d’un étudiant brillant et retors ou d’un membre du gouvernement Trump, également brillant et retors, qui souhaite faire avancer ses thèses sous couvert de l’anonymat.

Le monde tel qu’il est

L’attaque sur l’Iran est-elle conforme au droit international ? Absolument pas. C’est à partir de ce principe que le premier ministre socialiste espagnol l’a fermement dénoncée et a refusé à l’armée américaine d’utiliser ses bases militaires en sol espagnol pour son attaque. Il a même réclamé le départ de 11 avions ravitailleurs jusqu’alors logés sur son sol.

Le putchiste incompétent

Synchronisons nos montres. Dans 266 fois 24 heures, donc au soir du 3 novembre prochain, nous saurons si notre voisin américain est encore une démocratie. On sait que l’enfant-roi qui dirige les États-Unis n’a jamais reconnu la légitimité d’une élection qu’il a perdue. On sait aussi qu’il commence à comprendre que les électeurs s’apprêtent à lui infliger un revers important, lui enlevant le contrôle de la Chambre des représentants et, peut-être, mais c’est moins sûr, du Sénat.

En attendant Donald

On ne pourra pas dire qu’on ne nous a pas avertis. Pour le président Trump, l’hémisphère en entier est son terrain de jeu, du pôle Nord à la Terre de Feu. Et puisque l’appétit impérial vient en mangeant, on ne peut prévoir, d’une semaine à l’autre, quel pays des Amériques il voudra acheter, avaler ou occuper.

Concernant les 55 695 habitants du Groenland, on entend dire que Trump serait prêt à leur envoyer, chacun, entre 10 000 $ et 100 000 $. Cela fait au maximum moins que 5,57 milliards de bidous, une aubaine. Appliqué aux 41 millions de Canadiens, ce même taux ferait quand même 4100 milliards de dollars. Alors je ne pense pas que nous recevrons nos chèques de sitôt.

Merci Donald !

Cher président américain, jusqu’à présent, nous, Québécois, avions de bonnes raisons d’être fâchés contre vous. Vous avez frappé notre industrie du bois et de l’aluminium de tarifs absurdes et vous nous avez conduits, pour nous protéger contre vous, à élire comme premier ministre canadien quelqu’un que l’on connaissait à peine, Mark Carney. Nous commençons à douter de la qualité de notre choix.

L’obséquieux et le malotru

Ces dernières semaines ont été pourries pour le savoir-vivre dans une partie non négligeable de la classe politique canadienne. Et je ne parle même pas de Pierre Poilievre et de son fantasme de voir Justin Trudeau derrière les barreaux.

La palme de l’obséquiosité revient à celui dont on pensait qu’il était rompu aux usages et aux codes, ayant fréquenté la royauté à Londres, les diplomates à l’Organisation des Nations unies (ONU) et la haute fonction publique à Ottawa. Je suis convaincu que Mark Carney a une intelligence vive, une connaissance fine des enjeux. Je vois dans ses petits sourires qu’il compense par un humour pince-sans-rire sa certitude d’être toujours, partout, le premier de la classe.

Je ne veux en rien diminuer la difficulté de la tâche qui lui incombe et pour laquelle il a postulé : composer avec l’enfant-roi qui préside la superpuissance mondiale voisine et qui peut, d’un coup de mauvaise humeur, faire plonger notre économie dans une récession. Comme vous, je l’observe, composant avec Donald Trump en le flattant dans le sens du poil, mais généralement sans quitter le cercle de la raison. « Vous êtes un président transformateur », lui a-t-il dit l’autre fois dans le Bureau ovale. Oui, mais c’est vrai aussi d’un ouragan. Vous avez « un focus implacable sur l’économie, sur le travailleur américain ». Vrai, mais il n’a pas dit que l’économie, ou le travailleur, s’en sortiraient ragaillardis ou déconfits.

Coucher de démocratie

Le président Frank Underwood se dirigeait vers une défaite électorale certaine. Il ne pourrait se maintenir au pouvoir que si surgissait, dans la nation, une situation d’urgence. Et comme il n’y en avait pas, il en a créé une. Il a suspendu le vote dans plusieurs États pivots, puis traficoté avec le Congrès pour se faire réélire. C’était dans la cinquième saison de House of Cards. Et ce pourrait être dans le second mandat de Donald Trump.

La transformation d’une démocratie en autocratie est une chose tragique, mais pas inédite. Dans leur livre de 2018, La mort des démocraties, les politologues américains Steven Levitsky et Daniel Ziblatt ont dégagé un mode d’emploi de l’ascension de la tyrannie en distillant les méthodes utilisées par les dictateurs en herbe d’Allemagne, d’Italie, du Venezuela, de Hongrie, de Turquie et de Pologne.

Du bon usage des martyrs

Rien n’est plus profitable, pour une cause, qu’un martyr. Parlez-en au Vatican. Leur crucifié est mort depuis bientôt 2000 ans et, pourtant, son message continue de résonner sur la planète entière. La chrétienté serait-elle aussi forte si son fondateur avait vécu une sage retraite, taquinant le poisson du lac Tibériade, et avait péri dans le sommeil du juste?

La droite américaine vient de trouver son martyr. Elle compte en tirer un profit considérable.  Ce n’est que justice. La gauche avait trouvé le sien, il y a cinq ans le 25 mai 2020, George Floyd. S’en était suivi le plus grand mouvement de protestation depuis les années soixante, des manifestations souvent émaillées de violence,  mais débouchant à la fois sur une salutaire revue des pratiques policières et sur l’absurde revendication de « définancer la police ». Les Républicains allaient tirer de ce dernier slogan un argument apte à mobiliser en leur faveur une partie des habitants de banlieue tenant à leur sécurité.

Charlie Kirk n’est pas la seule victime récente du recours à l’assassinat comme moyen d’expression. Davantage d’élus démocrates que de républicains en ont été victimes, y compris depuis deux ans. Et le plus grand mouvement politique violent du siècle aux États-Unis fut la prise du Capitole par les troupes mobilisées par Donald Trump en janvier 2021.

Si Kirk est aujourd’hui le Floyd de la droite, c’est qu’il présente des caractéristiques idéales. Il s’agit d’un homme jeune, père de famille, profondément chrétien, aussi éloquent que sympathique, et qui incarnait une valeur cardinale de l’Amérique, la liberté d’expression. Se déplacer de campus en campus – donc en territoire parfois woke – non pour discourir, mais pour débattre avec chaque personne souhaitant confronter son opinion avec la sienne témoignait à la fois de son cran et de son goût du débat. Il était au surplus un proche de Donald Trump, de ses fils, et de sa garde rapprochée. Il faisait partie du premier cercle. On lui prévoyait un grand avenir.

L’équipe présidentielle a donc des raisons personnelles et politiques d’ériger autour de Kirk un mouvement qui dépasse l’évocation mémorielle pour propulser plus avant encore l’agenda conservateur. Pour réussir, il faut d’abord faire de son décès une affaire nationale, qui dure dans le temps. Le Vice-président J.D. Vance comme porteur du cercueil, des drapeaux en berne dans tout le pays pendant plusieurs jours, l’organisation, ce dimanche, d’une cérémonie dans le gigantesque State Farm Stadium à Glendale, dans l’État de l’Arizona d’où Kirk est natif. Le sate peut recevoir 63 000 personnes. Y participeront Donald Trump et plusieurs de ses ministres. Simultanément, des activités de prières auront lieu à Washington, Dallas et… Londres.

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La question est de savoir comment le pouvoir trumpiste utilisera l’énergie tirée de cette célébration du martyr pour modifier des lois. On connaît déjà la direction qu’il compte emprunter. Dans les heures et les jours qui ont suivi l’assassinat, Donald Trump a clairement établi que les coupables étaient « la gauche radicale », un terme qu’il utilise pour décrire la totalité de ses adversaires de gauche. Lui qui, pendant la campagne, traitait Kamala Harris de « communiste » et de « fasciste ». Lui qui a offert son pardon à 1500 condamnés de l’assaut du Capitole, dont 750 coupables d’avoir agressé des policiers et infligé des blessures, qui les a qualifiés de « patriotes », estime que s’il existe, à droite, des gens radicalisés, ils le sont pour de bonnes raisons. « Ils sont contre le crime » a-t-il expliqué.

Il n’est pas question pour lui d’apaiser le débat. « I couldn’t care less » (je n’en ai rien à cirer) est-il allé dire à l’émission matinale de Fox News. L’important est de sévir contre la gauche radicale. Comment ? Il avait déjà ouvert une enquête sur l’organisation du milliardaire George Soros, Open Foundations. Soros est connu pour financer des organisations de gauche, comme les milliardaires de droite le font pour la droite. Trump veut maintenant démontrer que Soros finance « davantage que des manifs, il s’agit d’agitation, d’émeutes dans les rues. »

Un intéressant glissement sémantique a eu lieu ce lundi, alors que JD Vance animait le célèbre balado de feu Kirk. « Il faut parler de l’extraordinairement destructeur d’extrémisme de gauche qui s’est développé ces dernières années et qui est une des raisons, je crois, de l’assassinat de Charlie. » Son invité Stephen Miller, conseiller du président, a fait un pas de plus. « Nous allons canaliser toute notre colère contre ces campagnes organisées qui ont conduit à cet assassinat et démanteler ces organisations terroristes. » C’est ainsi qu’on est passé de gauche radicale, à extrémiste, à terroriste. Notons qu’il n’y a pour l’instant pas la moindre preuve que l’assassin de Kirk ait été lié à une quelconque organisation.

Miller dit tenir ses ordres de marche du martyr lui-même : « Le dernier message que Charlie Kirk m’a laissé avant qu’il ne rejoigne son Dieu au ciel est qu’il fallait que nous démantelions les organisations de la gauche radicale dans ce pays qui fomentent la violence » a-t-il dit à Fox News. « Alors, c’est ce qu’on va faire.”

En détail il dit vouloir s’attaquer bien sûr à la violence, mais aussi  « aux campagnes organisées de déshumanisation, de dénigrement », ce qui peut couvrir assez large.

La cheffe de cabinet du président, Suzie Wiles,  a levé le voile, en entrevue, sur le véhicule législatif envisagé. « On est en train de travailler sur un plan complet sur la violence en Amérique, l’importance de la liberté d’expression et de la civilité, les façons de composer avec ce qu’on ne peut désigner que comme des groupes haineux qui peuvent susciter ce genre de comportement. »

On sent donc une double volonté. S’en prendre aux organisations de gauches, suspectées d’induire la violence par leur comportement, s’en prendre aussi à l’expression « haineuse » qui en découle. Voilà pourquoi l’expression Wokisme de droite est désormais en vogue. Les Guerriers sociaux wokistes voulaient interdire les propos offensant leurs convictions. Les wokistes trumpistes semblent vouloir faire de même avec les propos qui critiquent leur vision du monde. Car comme le dit Stephen Miller, « le sort de millions de personnes dépendent de la défaite de cette idéologie maléfique. »

Le sang du martyr n’aura donc pas coulé en vain. Le pasteur Luke Barnett, de Phoenix où Kirk produisait sa balado,  déclarait au New York Times :. « Je peux maintenant envisager 10 000 Charlie King se dressant dans les campus partout en Amérique, proclamant la vérité de Jésus Christ. »

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Jusqu’au Trump peut-il aller ? Loin !

Lors du prochain affrontement, rituel et annuel, entre policiers et Black Blocs lors de la manifestation contre la violence policière à Montréal, imaginez que le premier ministre du Canada envoie l’armée. « Quoi ? diraient la mairesse de Montréal et le premier ministre du Québec. On n’a rien demandé ! On a des émeutes comme ça de temps à autre, on s’en occupe. »

« Non, dirait le premier ministre canadien. Je ne tolère plus ce genre de désordre dans mon pays. En plus, vous êtes des incompétents. Vous avez mal géré les inondations et les feux de forêt, alors le gouvernement fédéral menace de vous couper les vivres. Plus de transferts, plus de financement ! » Jusqu’à quand ? Mystère.

C’est à peu près ce qui est en train de se passer chez nos voisins du Sud. Des émeutes ayant éclaté lorsque les agents de l’immigration ont arrêté des immigrants en situation irrégulière sur leur lieu de travail, Donald Trump a signé un décret lui donnant le droit de mobiliser directement la Garde nationale de l’État de Californie, sans obtenir la demande, voire le consentement, du gouverneur de l’État et de la mairesse de la ville.

Que cette décision ait, ou non, alimenté les émeutiers est secondaire. L’important est que le président américain normalise l’utilisation des pouvoirs d’exception qui sont à sa disposition. C’est un peu comme s’il avait attendu impatiemment le premier prétexte disponible. Il a ensuite déployé 700 marines, légalement, en soutien aux forces de l’ordre. Il l’avait déjà fait pour appuyer les agents d’immigration à la frontière, y dépêchant plus de 10 000 soldats en quelques mois, du jamais vu.

On s’extasie souvent, avec raison, devant le système de « freins et de contrepoids » (checks and balances) introduit dans la démocratie américaine par ses fondateurs. Le bras de fer actuel entre Trump et les juges démontre que, même sous pression, le contrepoids toussote, mais fonctionne. Au cours des décennies et à l’occasion des crises multiples, le Congrès américain a toutefois voté pas moins de 137 articles de loi donnant au président des pouvoirs extraordinaires, pour peu qu’il déclare l’état d’urgence, ce qu’il peut faire en toute discrétion.

Chacune de ces dispositions spéciales, écrivait au moment de leur utilisation pour interner des citoyens américains d’origine japonaise en 1944 le juge dissident Robert Jackson, « équivaut à une arme chargée, disponible pour la main de toute autorité invoquant un motif plausible ».

Elizabeth Goitein, directrice du Liberty and National Security Program au Brennan Center for Justice, a faiten 2019, dans The Atlantic, une revue saisissante de tout ce qu’un président mal intentionné aurait le droit de faire.

Il n’y a pas que les troupes. Il peut saisir des véhicules, geler des comptes bancaires, prendre le contrôle d’Internet et de tout autre moyen de communication. Des décrets adoptés après l’attaque du 11 Septembre sur les tours jumelles, et toujours en vigueur, permettent au gouvernement de « désigner » quelqu’un de complicité avec le terrorisme sans devoir le démontrer.

Depuis le gouvernement de Dwight Eisenhower, explique Goltein, existent des directives appelées Presidential Emergency Action Documents (PEAD). Conçues pour parer à une attaque nucléaire soviétique, elles consistent en une série de décrets, de décisions et de messages à utiliser en cas d’urgence. Y compris des listes de gens à arrêter. Ces PEAD ont été constamment mis à jour. Pendant les années 1970, la liste comptait 10 000 noms. Sauf de savoir que les listes existent toujours, rien d’autre n’a filtré.

La question est de savoir comment utiliser ces pouvoirs, dans quel ordre et sous quel prétexte. Surtout, dans quel but. Donald Trump et ses partisans ont amplement démontré leur dégoût pour la démocratie, sauf lorsqu’ils gagnent. La perspective de perdre les élections de mi-mandat de novembre 2026 se profile à l’horizon. Une reprise par les démocrates de la Chambre des représentants serait une catastrophe. Le programme législatif présidentiel serait mort et enterré. Des enquêtes sur la corruption du président s’ouvriraient, avec, à la clé, pourquoi pas, une procédure de destitution. Des efforts considérables sont déployés par les républicains pour établir un énorme trésor de guerre — mais la défection d’Elon Musk complique les choses.

Un plan B semble donc nécessaire. Si une situation d’urgence apparaissait, notamment dans un État démocrate comme la Californie, si on pouvait y susciter un mécontentement tel qu’une partie de la population en veuille aux élites démocrates locales et vote pour des républicains. Ou encore, si la situation était à ce point grave qu’on doive arrêter des gens, contrôler l’information, mettre le vote sous tutelle. Ce ne sont pas les scénarios qui manquent. Les autocrates, souvent, agissent d’instinct. Avancent un pion, puis un autre, créent une occasion, qu’ils saisissent.

Les fondateurs de la République américaine avaient une obsession : empêcher que leur président ne devienne un roi, un dictateur. C’est pourquoi ils n’ont nulle part prévu dans la Constitution de pouvoir d’urgence. « Ils savaient ce qu’étaient les urgences, a écrit le juge Jackson. Ils connaissaient les pressions qu’elles engendrent pour une action autoritaire, savaient aussi comment elles fournissent un prétexte facile à l’usurpation. » Ils voyaient même peut-être plus loin, ajoute-t-il : « […] nous pouvons également penser qu’ils soupçonnaient que les pouvoirs d’urgence tendraient à déclencher des urgences. »

(Ce texte fut d’abord publié dans Le Devoir.)

Les 100 jours de Poutine

Le président américain affirme avoir parlé récemment au président chinois, Xi Jinping. Ce dernier dément l’information. Il s’agirait donc d’un appel imaginaire. En voici un autre, entre Donald Trump et le président russe. Le dialogue est peut-être fictif. La liste des mesures mentionnées par Trump ne l’est malheureusement pas.

***

Vladimir : Bon, Donald, c’est le temps de faire notre bilan des 100 jours.

Donald : J’ai eu 100 %, c’est plus que n’importe quel président de l’histoire de l’univers !

Vladimir : On se calme ! Passons en revue les tâches dont on avait discuté l’an dernier.

Donald : J’ai la liste devant moi.

Vladimir : Nos interventions sur Facebook t’avaient beaucoup aidé pour ton élection en 2016, mais Joe Biden avait monté des équipes qui bloquaient notre travail.

Donald : C’était ma priorité. Dans un de mes premiers décrets, j’ai démantelé le groupe spécial du FBI qui avait la tâche précise d’empêcher tes influenceurs d’opérer sur notre territoire. J’ai aussi démantelé l’unité de cybersécurité qui s’occupait d’empêcher tes pirates d’interférer dans le processus électoral. J’ai suspendu tout le financement qui coordonnait la sécurité électorale entre les villes, les États et Washington. Vous avez le champ libre.

Vladimir : C’est important, car on va devoir faire le maximum pour faire élire tes candidats aux élections de mi-mandat à l’automne de l’an prochain. Tes tarifs — d’ailleurs, merci de nous avoir épargnés — sont très bons pour détruire la réputation des États-Unis dans le monde, mais ça peut te faire perdre la Chambre des représentants.

Donald : Tu vas voir, d’ici là, ça va si bien marcher qu’ils vont me remercier.

Vladimir : On s’en reparlera. Tu as aussi démantelé les machins qui font la promotion du virus de la démocratie, comme le National Endowment for Democracy, l’International Republican Institute, le National Democratic Institute et le bureau des droits de la personne au sein du département d’État ?

Donald : Absolument, tout ça est mort ou moribond. Et j’ai aussi fermé notre instrument de propagande, Voice of America, et coupé 9 milliards de dollars par an d’aide au développement international.

Vladimir : Oui, j’ai vu, et ça nous aide beaucoup à susciter l’antiaméricanisme dans tous les pays du Sud qui comptaient sur cette aide médicale et alimentaire. Mais vous y êtes allés fort en coupant aussi les programmes de prévention des épidémies. Ça pourrait se propager jusque chez nous !

Donald : On n’a plus aucun problème de santé aux USA, Robert Kennedy Jr. s’en occupe. Tu veux que je te le prête ?

Vladimir : Surtout pas ! Mais continuons la liste. On fait d’énormes progrès dans nos programmes de désinformation, partout sur la planète, mais Biden nous nuisait.

Donald : Les 40 spécialistes qui travaillaient au Counter Foreign Information Manipulation and Interference Hub ont été virés et on a déchiré les 80 contrats des personnes qui leur prêtaient main-forte. Tes influenceurs — et ceux de la Chine et de l’Iran — ont maintenant le champ libre, chez nous comme ailleurs.

Vladimir: C’est parfait. J’ai aussi vu que ton secrétaire à la Défense avait mis fin à votre programme de cyberdéfense et de cyberattaque envers nous. C’est un désarmement unilatéral américain, j’aime ça.

Donald : Oui, c’était sur la liste. J’ai aussi fermé le bureau qui s’occupait de saisir les avoirs de tes amis oligarques russes, j’ai retiré les États-Unis du groupe qui enquêtait sur tes militaires responsables de l’invasion en Ukraine et sur tes crimes de guerre en Ukraine, et j’ai gelé les fonds du projet qui tentait de retrouver les dizaines de milliers d’enfants ukrainiens que tu as kidnappés et disséminés en Russie.

Vladimir : Pas mal, pas mal. Notre plan de match pour la victoire en Ukraine se déroule très bien. Tu as malmené Zelensky dans le Bureau ovale, tu l’as traité de dictateur, tu as établi que son pays ne serait jamais dans l’OTAN et ne retrouverait jamais les territoires que j’ai conquis. On avance.

Donald : Oui, on est dans la phase finale. Comme prévu, je fais semblant d’être mécontent qu’on ne puisse en arriver à un cessez-le-feu, alors je me retire de la discussion et feins de m’en désintéresser. Alors, on passe à autre chose, donc à la normalisation de mes rapports avec toi.

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Vladimir : Exact. Et comme tu retires ton aide militaire à l’Ukraine et que les Européens ne peuvent pas totalement compenser, je vais pouvoir progresser de quelques kilomètres par an, jusqu’à Kiev. Maintenir mon pays en état de guerre permanent est la meilleure façon d’assurer mon pouvoir, comme le fait Bibi en Israël.

Donald : Comme on se retire du dossier, on va pouvoir lever nos sanctions contre toi et reprendre notre commerce et nos investissements dans tes champs de pétrole, ça va augmenter considérablement tes revenus. Mais n’oublie pas : comme on en discutait en 2016, tu me laisses ouvrir une Trump Tower à Moscou.

Vladimir : C’est ça, c’est ça, on regarde les plans. Mais toi, tu t’es engagé à me faire inviter au G7.

Donald : Je ne pense pas réussir à te faire inviter au G7 cette année, c’est au Canada. Je n’ai pas l’impression qu’ils seront un État américain d’ici juin.

Vladimir : C’est sûr. Mais, l’an prochain, c’est à ton tour d’inviter, non ?

Donald : Oui, et je vais faire ce qu’on m’a empêché de faire pendant mon premier mandat et tenir la rencontre à Mar-a-Lago.

Vladimir : Si les autres membres du G7 refusent de venir ?

Donald : On sera sept : toi, moi, le Chinois Xi, l’Argentin Milei, le Hongrois Orbán, le Turc Erdogan, et mon grand ami nord-coréen, Kim Jong-un !

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)