La stratégie de l’Alberta, de l’ouvrage bien fait

Le discours à la nation prononcé lundi soir dernier par la première ministre albertaine était en tous points remarquable. Bon, elle n’a pas dit « nation », car il est compliqué d’inventer une « nation » provinciale qui rendrait les Albertains distincts de la plupart des autres Canadiens anglais. Retirez le pétrole de l’équation, vous n’aurez plus de point d’appui pour un mouvement autonomiste albertain.

Mais il est là, tout ce pétrole, et il constitue le carburant de la crise d’unité canadienne que la première ministre est en train d’organiser, dans les 18 mois qui viennent. Décomposons sa posture stratégique et son message.

1. Un statu quo déclaré intolérable. Danielle Smith normalise et renforce le discours voulant que la province soit victime d’une énorme injustice. « Au cours des dix dernières années, les gouvernements libéraux successifs à Ottawa, appuyés par leurs alliés néodémocrates, ont déclenché un raz-de-marée de lois, de politiques et d’attaques politiques ciblant directement l’économie de l’Alberta. » Ces « attaques » et ces « politiques destructrices » sont désormais « insupportables ». Aux dernières élections, le parti et les ministres responsables de cette agression ont été reconduits au pouvoir, contre le vœu des Albertains.

2. Des exigences claires et ambitieuses. L’Alberta exige la négociation bilatérale avec Ottawa d’un accord contraignant qui doit inclure : la garantie d’obtenir un oléoduc vers les Maritimes, un autre vers un port d’eau salée en Colombie-Britannique et un accès à l’Arctique ; le retrait de toutes les lois fédérales sur l’environnement qui ont une incidence sur le pétrole, ou sur le plastique ; une réforme de la péréquation pour que l’Alberta en reçoive, par personne, autant que le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique (on suppose une moyenne des trois).

3. Un délai serré. Parallèlement, une consultation démarrera sous peu pour définir un cahier d’objectifs pour l’avenir de la province. Ces propositions seront soumises à un référendum au cours de 2026. Il est impossible de prévoir la demande qui sera formulée, mais deux choses sont claires : le gouvernement ne proposera pas, lui, la souveraineté ; il est certain qu’il s’agira d’une forme d’autonomie plus grande au sein du Canada, nécessitant un changement constitutionnel quelconque.

4. Un second référendum, simultané. Le parti de Mme Smith a toujours promu la démocratie directe. Il vient de modifier la loi qui permet aux citoyens de déclencher un référendum sur la question de leur choix. Il fallait précédemment 600 000 signatures pour y arriver, il en faut maintenant 177 000, sur près de trois millions d’électeurs inscrits. Un sondage Angus Reid publié jeudi révèle que si 37 % des Albertains votaient aujourd’hui Oui à la souveraineté de leur province — un record historique —, 48 % souhaitent la tenue d’un tel référendum. Il est donc hautement probable qu’un référendum sur l’indépendance de l’Alberta aura lieu en 2026.

5. Normaliser les indépendantistes. Mme Smith le fait de deux façons. D’abord en ayant intégré le mot « souveraineté » dans la législation albertaine avec sa « Loi sur la souveraineté » et en disant faire la promotion d’une « Alberta souveraine dans un Canada uni ». Ensuite en dédiabolisant les indépendantistes : « Des milliers d’Albertains sont tellement frustrés par les attaques d’Ottawa contre le gagne-pain de leurs proches depuis dix ans qu’ils pensent que l’Alberta serait plus forte et plus prospère en tant que nation indépendante. C’est un sentiment compréhensible et justifié, même si nous divergeons sur la marche à suivre. Ces Albertains ne sont pas des traîtres et ne devraient jamais être traités comme tels. Ils aiment simplement leur province et leur famille et aspirent à un avenir meilleur que celui qu’Ottawa leur offre actuellement. »

6. Faire semblant qu’il y a de l’espoir. Devant ce tableau glauque et le niveau irréaliste des demandes albertaines (il faudrait que le gouvernement libéral renonce à la totalité de ses convictions environnementales et impose au Québec et à la Colombie-Britannique des pipelines contre leur gré), Mme Smith fait semblant qu’il est possible que sa province ait gain de cause. La popularité des pipelines augmente dans le pays, note-t-elle, et le nouveau premier ministre semble plus ouvert que le précédent. Elle dit choisir l’espoir plutôt que l’indépendance. On a clairement l’impression qu’il s’agit d’une étape préalable, avant de devoir constater que l’espoir est déçu.

Notons qu’il y a une importante variable québécoise dans l’équation. Angus Reid a voulu savoir si les Albertains seraient plus ou moins enclins à voter pour l’indépendance selon certains scénarios. Parmi les électeurs albertains plutôt enclins à voter Non à l’indépendance, un refus du Québec de laisser passer un oléoduc sur son sol pourrait en pousser 79 % à considérer voter Oui.

7. S’en laver les mains. Elle n’a pas été élue avec le mandat de tenir un référendum sur l’indépendance. Le programme de son parti jure fidélité au Canada. Elle se pose donc en spectatrice de la montée du sentiment souverainiste et de l’organisation de ce référendum dont, dit-elle, elle « respectera le résultat ». Pour l’instant, il n’est pas question qu’elle fasse campagne pour le Oui, encore moins qu’elle en dirige les troupes. Il faudrait pour cela, on le suppose, qu’un congrès de son parti, après l’échec des négociations, l’an prochain, lui en donne le mandat. Cela peut s’organiser. Elle incarnerait et accompagnerait ainsi les Albertains fédéralistes dans leur deuil de « la dernière chance » donnée au Canada et elle tirerait, avec eux et à contrecœur, la conclusion qu’il n’y a plus qu’un choix, l’indépendantisme.

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En conférence de presse, mercredi, elle était remarquablement préparée pour répondre aux questions posées sur les conséquences d’une indépendance albertaine sur les droits des Premières Nations. Elle n’avait que des réponses rassurantes. Je n’ai jamais entendu, au Québec, de politiciens fédéralistes aussi zen face aux conséquences de l’indépendance québécoise.

Je me souviens d’une remarque que m’avait faite Jacques Parizeau au sujet d’une stratégie tordue, mais efficace, de Robert Bourassa : « Ça, c’est de la belle ouvrage ! » On peut en dire autant de la construction stratégique de Mme Smith… mais seulement si elle veut conduire sa province à l’indépendance. Car sinon, l’échec des négociations avec Ottawa — ou l’obtention d’une décevante fraction de ses demandes — ne pourra que nourrir la frustration des Albertains qui, s’ils ne peuvent se venger en sanctionnant le Canada, trouveront un autre bouc émissaire, plus près de chez eux. Danielle Smith joue donc simultanément l’avenir de sa province, l’avenir du Canada et son avenir personnel. Elle le fait avec un impressionnant aplomb. Avec l’étoffe des faiseurs (et des faiseuses ?) d’histoire. 

(Ce texte fut d’abord publié dans Le Devoir.)

Mark Carney, menace à l’unité canadienne?

Avertissement : cette chronique n’est pas un appel au vote. Elle n’offre que des constats. Mais ceux de mes lecteurs qui souhaitent maximiser les chances que le Canada reste uni devraient voter pour Pierre Poilievre. Et ceux de mes lecteurs qui souhaitent maximiser le risque de fragmentation du Canada devraient voter pour Mark Carney.

Ce n’est évidemment pas dans le programme du chef libéral de présider au départ d’une ou de plusieurs provinces canadiennes. Cependant, les partisans de l’indépendance de l’Alberta, et plus généralement des provinces des prairies, voient en l’élection de Carney la principale condition gagnante de la réalisation de leur projet.

L’affaire ne serait qu’anecdotique s’ils n’avaient pas trouvé en la première ministre albertaine une femme d’une farouche détermination qui a entrepris de tout mettre en œuvre pour provoquer, a-t-elle écrit, « une crise d’unité nationale sans précédent ».

Je vous ai avisés dans une chronique antérieure de la liste de demandes qu’elle a envoyée aux deux partis fédéraux qui, en comparaison, rend celle livrée cette année par François Legault on ne peut plus pâlotte. Danielle Smith donne six mois au futur premier ministre canadien pour se rendre à ses exigences (en résumé : bar ouvert pour le pétrole), sinon… elle « jugera » de l’humeur des Albertains. Non sans les avoir crinqués dans l’intervalle avec une commission de consultation appelée Next Steps, avec une promesse de référendum, et avec la prédiction qu’envers l’Ouest, « Carney est pire que Trudeau ».

Hier comme aujourd’hui, une majorité massive d’Albertains souhaite rester canadienne. Mais alors que, sous le dernier premier ministre conservateur, issu de l’Alberta, Stephen Harper, seulement 10 % des citoyens de la province pétrolière souhaitaient voir leur drapeau flotter aux Nations unies, aujourd’hui, dans l’hypothèse de l’élection de Carney, un tiers est partant. L’idée est donc sortie de la marge.

Le vieux sage albertain Preston Manning, ex-fondateur du Reform Party dont la devise était « The West Wants In » — l’Ouest veut être présent dans les décisions, s’est transformé en partisan du « Wexit » — aucune traduction nécessaire. Dans un texte publié dans le Globe and Mail la semaine dernière, il a lancé un avertissement aux électeurs du centre du pays (il parle de nous et des Ontariens) et de l’Atlantique. Nous devons « reconnaître qu’un vote pour les libéraux de Carney équivaut à un vote pour la sécession de l’Ouest ».

Il s’explique : « Si les préoccupations ou les actions de l’Ouest canadien vous importent peu, ignorez ce conseil non sollicité. Mais comprenez que la séparation du moteur économique de l’Ouest canadien, basé sur les ressources, aura sur le reste du Canada des conséquences économiques et sociales désastreuses ». Bref, il nous enjoint de rejeter Carney, non pour le seul bien de l’Alberta, mais pour nous éviter les conséquences désastreuses que le départ de la poule aux œufs pétroliers infligerait.

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Manning prévoit d’ailleurs que d’autres provinces de l’Ouest quitteraient la fédération, en cas de départ de l’Alberta. Un député du Nouveau Parti démocratique (NPD) a voulu en avoir le cœur net en posant directement cette semaine la question à Scott Moe, premier ministre de la Saskatchewan. Sans succès. Moe refuse d’exclure clairement un avenir indépendant à sa province. Les questions d’aliénation de l’Ouest et d’indépendance sont sérieuses, dit-il. Mais encore ? « Si c’est la voie qu’ils continuent à suivre [les politiques environnementales libérales], et si cette politique non consentie nuit à la façon dont nous créons de la richesse, des emplois et des opportunités dans cette province, alors nous allons avoir un problème important dans le futur. »

La machine à problèmes

Un problème, c’est vite dit. Je connais des souverainistes québécois qui leur diraient, à Smith et à Moe, qu’il faut de méchants problèmes pour convaincre 50 % d’une population plus une personne de dire adieu au Canada. Smith a eu une idée riche : s’associer au Québec pour multiplier les problèmes avec Ottawa. J’aimerais rencontrer le conseiller albertain qui s’est donné la peine de lire les 108 pages du rapport publié en novembre par le Comité consultatif sur les enjeux constitutionnels du Québec au sein de la fédération canadienne.

Avant même que le gouvernement Legault ne se prononce sur ses recommandations, Danielle Smith les a trouvées excellentes, et a proposé dans une lettre à son homologue québécois que les deux provinces appuient de concert sur l’accélérateur des revendications autonomistes. Accorder aux lois provinciales sur la propriété la préséance sur les lois fédérales, avoir son mot à dire dans la nomination des juges (Simon Jolin-Barrette a bougé là-dessus cette semaine), réduire le pouvoir fédéral de dépenser, désigner soi-même son lieutenant-gouverneur, participer directement aux négociations internationales et soumettre leur application à une ratification des provinces, la liste est longue.

Cela embêterait un gouvernement Poilievre, c’est certain, car ces réformes excèdent de loin la flexibilité provincialiste conservatrice. Il s’agirait plus assurément d’une série de drapeaux rouges agités devant un gouvernement libéral peu enclin à démanteler l’œuvre de Trudeau père.

Il est tout à fait possible que l’ensemble de la manœuvre soit une entreprise classique d’augmentation du rapport de force de l’Alberta pour arracher davantage d’autonomie au sein de la fédération et faire déboucher ses projets de pipeline. Mais je pense subodorer qu’il y a davantage. On a vu Danielle Smith évoluer comme un poisson dans l’eau de la droite républicaine, y compris à Mar-a-Lago, dans un rassemblement MAGA (Make America Great Again) en Floride et sur les ondes trumpistes. Il est aisé de conclure qu’elle s’imagine demain gouverneure du 51e État américain. Puis, pourquoi pas, première sénatrice de l’Alberta à Washington. Elle n’a que 54 ans après tout.

Que signifierait, pour les indépendantistes québécois, le scénario d’une Alberta quittant le Canada ? Rien de moins qu’une aubaine. D’abord, le départ de la province baliserait la voie de sortie de la fédération, en traversant toutes les étapes nécessaires : reconnaissance de la question et du résultat référendaires par le Parlement fédéral, négociation d’une juste répartition de la dette et des actifs, ratification canadienne de son départ. En cas de succès — mais en ce cas seulement —, les Québécois anxieux seraient rassurés. Non seulement une indépendance négociée est possible, se diraient-ils, mais elle vient d’arriver. Si la Saskatchewan puis le Manitoba prenaient la même procédure à sa suite, ce serait encore mieux.

Et puisqu’on s’aventure assez loin sur le chemin des possibles, quittons la zone du vraisemblable pour badiner un peu. Si, après l’Ouest, l’Atlantique et l’Ontario décidaient de quitter le Canada, le Québec se retrouverait… tout seul. Nous obtiendrions l’indépendance par défaut, tous les autres s’étant séparés de nous. Nous pourrions alors reprendre le Ô Canada, que nous avions inventé pour parler de nous. Reprendre aussi la feuille d’érable, qui nous appartient. Même le mot « Canada », utilisé à l’origine pour parler de notre coin de continent, deviendrait disponible. C’est un mot iroquois ou wendat qui signifie « village ». On pourrait le leur redonner, tout simplement.

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Et le gagnant est… l’Alberta ! (intégral)

Je vous le jure, il n’est pas trop tôt pour déclarer un gagnant dans la campagne électorale. Avant même son déclenchement, la tendance était forte. Depuis, c’est dans la poche : l’industrie du pétrole canadien et son égérie Danielle Smith ont emporté la mise.

Que Marc Carney ou Pierre Poilievre soient choisis par l’électorat, le 28 avril prochain, les intérêts albertains seront mieux promus que jamais. Les deux partis s’engagent désormais à ce que de nouveaux pipelines, gazoducs et oléoducs, soient de toute urgence remis sur la table à dessin – même si pour l’instant aucun promoteur privé n’a levé la main. Les deux candidats affirment que l’intérêt national, l’urgence nationale, sinon la sécurité nationale, exigent que ces tubes d’acier soient rapidement déployés. Carnet et Poilievre promettent de modifier règlements et lois pour  en accélérer (précipiter ?) la réalisation. Le chef libéral parle de désigner un « corridor stratégique » pan canadien pour l’énergie et autres ressources. S’il nous en donnait tout de suite le tracé, cela ajouterait du piquant dans un certain nombre de circonscriptions.

Oui mais, les évaluations environnementales ? Carney et Poilievre ont la solution : il y en aura moitié moins. On peut compter sur l’Alberta et la Saskatchewan pour faire l’évaluation environnementale de l’expansion de leur propre production en toute indépendance d’esprit. L’affaire est ketchup. Puis, il reviendra au gouvernement conservateur ontarien et caquiste québécois de décider, ou non, d’approuver les projets en faisant fi, si nécessaire, des recommandations de leur propre BAPE. François Legault dit subodorer une augmentation de l’acceptabilité sociale pour ces mastodontes, ce qu’attestent des sondages récents. Sait-il que ceux qui sont favorables aux pipelines en général le sont moins lorsqu’ils passent dans leur cour ? Remarquez, comme le tracé du défunt Énergie-Est devait traverser le Saint-Laurent juste en amont de la ville de Québec, pourquoi ne pas le faire passer par le futur tunnel du troisième lien, et faire d’une pierre deux trous ? Ou un seul.

Le chef conservateur a annoncé cette semaine qu’il comptait financer sa baisse d’impôts en sabrant notamment dans le « BS Corporatif », c’est-à-dire dans les subventions versées par le Trésor canadien aux entreprises, surtout à celles qui n’en ont pas besoin. Or l’industrie pétrolière canadienne a vu ses profits croître chaque année depuis 2021, elle ne doit pas avoir besoin d’aide, non ? En fait, elle reçoit chaque année environ 18 milliards de dollars d’aide fédérale de toutes sortes. Contrairement à plusieurs autres secteurs, il ne s’agit pas pour le Canada de copier les États-Unis. Nous sommes les plus grands subventionneurs de pétrole au monde, après la Chine. Selon les données de l’organisme Oil Change International, nous versons à notre industrie 370 $ par habitant, alors que les étasuniens n’en versent que 67$ par habitant. Donc, il y a de la marge. Le fait qu’aucun des deux grands partis ne proposent d’y toucher est une autre grande victoire albertaine.

Dans le bras de fer tarifaire avec les États-Unis, chacun a immédiatement compris que la meilleure façon de faire comprendre aux américains l’état de notre colère était de surtaxer, nous-mêmes, le prix de notre pétrole exporté, pour que cela fasse mal à la pompe, et que nous ayons des citoyens yankees bien pompés contre Trump. Danielle Smith a fait comprendre qu’elle n’accepterait en aucun cas une telle mesure – qui peut être imposée par Ottawa sans son consentement. Tout le monde s’est plié à sa volonté. Il n’en est plus question. Les tarifs de 10% imposés par Trump au pétrole n’a pour l’instant aucunement fait fléchir le flux des ventes albertaines au sud. Au contraire, puisque l’Alberta vend son pétrole en dollars américains, et que la valeur du dollar canadien s’est déprécié, les producteurs albertains peuvent augmenter leur marge de profit.

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Toujours plus !

Vous pourriez penser que lorsqu’on rafle la mise d’une façon aussi éclatante, on fait profil bas. Vous ne connaissez pas Danielle Smith. Juste avant l’élection, elle a fait connaître une liste de demandes, « auxquelles le prochain premier ministre, quel qu’il soit, doit répondre au cours des six premiers mois de son mandat pour éviter une crise d’unité nationale sans précédent ».

Ouch ! Il s’agit de « garantir à l’Alberta un accès complet aux corridors pétroliers et gaziers au nord, à l’est et à l’ouest ». Le mot clé ici est « garantir ».  Il y a aussi l’abrogation de la loi fédérale d’évaluation environnementale (c’est dans la poche), la levée de l’interdiction des pétroliers au large de la côte de la Colombie-Britannique (plus compliqué); éliminer le plafond des émissions pétrolières et gazières, qui est un plafond de production (avec Poilievre, ça ira); mettre fin à l’interdiction des plastiques à usage unique (elle veut dire, même au Québec ?).

Il y a aussi ceci : « notre province n’accepte plus de subventionner d’autres grandes provinces qui sont tout à fait capables de se financer ». Je pense qu’elle parle de la péréquation.

Le compte-à-rebours est donc commencé. Il nous reste six mois pour dire oui à cette liste et éviter une « crise d’unité nationale sans précédent ». Remarquez, « sans précédent » signifie que ce serait pire que la crise référendaire de 1995. De quoi serait faite la crise albertaine, au juste ?

Ces derniers jours, la première ministre a donné des indices pour le cas ou, dans six mois, elle n’aurait pas gain de cause. “Je crois à la démocratie directe » a-t-elle dit. « Les décisions importantes doivent être soumises à un referendum ouvert à tous les Albertains ». Oui mais, quelle serait la question ? “Y a-t-il une question que les Albertains aimeraient que je leur pose ? » a répondu la pas-tout-à-fait Sphinx d’Edmonton.

Elle veut préparer le terrain. Lancer une consultation publique. “Il s’agit d’un sujet dans lequel les Albertains doivent être très engagés au cours des prochaines semaines et prochains mois.”

Les derniers sondages montrent qu’on ne trouve pas plus d’un Albertain sur quatre favorables à l’indépendance de la province ou à son rattachement aux États-Unis. Mais la première ministre voudrait faire monter la pression et convaincre une majorité des Albertains de sortir leur province du giron canadien, qu’elle n’agirait pas autrement.

C’est la lecture qu’en fait l’ancien chef de cabinet de Brian Mulroney, Norman Spector. Parlant au Toronto Star, il affirme que Smith peut transformer la question de l’urne en celle-ci : « Qui est le mieux placé pour empêcher l’Alberta de faire sécession du Canada et d’être reconnue par les États-Unis ?» Dans ce scénario catastrophe, ajoute-t-il, la Saskatchewan « serait la deuxième à tomber ». Et on sabrerait le champagne (et le Coke diète) à la Maison-Blanche.


Deux ajouts à ce texte, publié dans Le Devoir dans une version un peu plus courte. Un lecteur m’a demandé: oui mais, la péréquation. Voici les chiffres:

Via la péréquation fédérales, les Albertains nous envoient environ 2 milliards/an.
Via les subventions fédérales, les Québécois envoient à l’Alberta environ 4 milliards/an
Les Québécois achètent pour 11 milliards de produits albertains par an, principalement de pétrole.
Les Albertains n’achètent que pour 4,4 milliards de produits québécois par an.
Bref, au total, dans la relation Québec/Alberta, les Albertains s’en sortent avec 8 milliards de plus, par an, que nous.

Autrement dit, si on abolissait la péréquation et les subventions aux pétrolières, les Québécois auraient 2 milliards de plus dans leurs poches, par an.

Et si on achetait notre pétrole et autres produits albertains ailleurs et que les albertains cessaient d’acheter des produits québécois, c’est l’économie albertaine qui souffrirait davantage, à hauteur de 7 milliards de dollars, par an.

Deuxièmement, un sondage publié ce mercredi dans le Western Standard montre que l’appui potentiel à l’indépendance de l’Alberta est de 36%, ce qui montre une augmentation.

Ce que nous doit l’Alberta (texte intégral)

Cher Jason Kenney,

Nous avons pris bonne note du message envoyé hier par vos citoyens qui, à 61,7 %, veulent mettre fin au programme de la péréquation. Vous estimez ce programme injuste envers vous et trop généreux envers nous. Vous avez raison. Nos propres calculs (de Francis Vailles, de La Presse) indiquent que, par ce programme, vos citoyens nous envoient chaque année environ deux milliards de dollars. Cela doit cesser.

(Une version plus courte de ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Le moment est donc venu de faire nos comptes et nous avons chargé nos économistes de mettre à jour la facture que nous vous ferons parvenir avec plaisir.

C’est pour moitié avec l’argent des Québécois que le territoire de l’Alberta a été racheté aux Britanniques par le Canada en 1870. C’est pour moitié avec notre argent que l’ensemble des investissements fédéraux ont été effectués, notamment l’arrivée du chemin de fer à Calgary en 1883, indispensable à vos exportations de grain. C’est pour moitié avec notre argent que votre territoire s’est développé jusqu’à votre première découverte importante de pétrole, en 1943. Avec les intérêts composés, cela doit faire un joyeux pactole.

Pour assurer la rentabilité de vos sables bitumineux, selon un décompte de la Bibliothèque du parlement fédéral, Ottawa a investi environ 70 milliards de dollars, seulement entre 1970 et 2015. Puisque, à cette étape, le Québec contribuait pour 20 % aux dépenses fédérales, nous avons donc déboursé 14 milliards en 45 ans dans votre industrie.

On pense cependant être en deçà de la vérité avec ces chiffres. Dans un moment de grande franchise alors qu’il n’était plus premier ministre, Jean Chrétien a déclaré à votre Edmonton Journal : « Si j’avais offert au Québec ce que j’ai donné à l’Alberta en termes d’aide gouvernementale aux sables bitumineux, j’aurais remporté tous les sièges au Québec ! »

Stephen Harper et Justin Trudeau pourraient dire de même. Chaque année depuis 2006, leurs gouvernements consacrent chaque année 10 milliards de dollars aux compagnies pétrolières, majoritairement installées chez vous. Puisque nous assumons 20% de cette facture, c’est donc dire que les Québécois contribuent pour 2 milliards de dollars par an à votre industrie favorite, soit l’équivalent de la péréquation que vous nous envoyez. Et c’est sans compter notre part de l’investissement fédéral de 4,75 milliards dans l’achat du pipeline TransMontain.

(Le texte se poursuit après la pub.)

Il faut être de bon compte, cher Jason Kenney, et admettre que vous n’êtes pas seul en cause. Les contribuables québécois ont participé aux investissements fédéraux considérables de soutien à l’industrie nucléaire de l’Ontario, aux projets off-shore de Terre-Neuve et, récemment, au sauvetage fédéral de Muskrat Falls. Mais pour en revenir à votre cas, il faut soustraire de la facture qu’on vous prépare les sommes investies par les Albertains au cours des dernières décennies dans nos gigantesques travaux de barrages et de lignes électriques longue distance. Facile : les Albertains, comme les autres Canadiens, y ont contribué zéro dollar.

Investir en Alberta, puis s’appauvrir

Notre calcul doit inclure ce que l’Alberta nous a coûté en matière de perte d’emplois. Lorsque le prix de votre pétrole est élevé, cela pousse à la hausse la valeur du dollar canadien par rapport au dollar américain. Au début des années 2000, lorsque vous étiez en plein boum pétrolier, le dollar est devenu un pétrodollar. Bravo pour vous, mais cela signifiait que notre industrie manufacturière à nous, qui exporte ses produits aux États-Unis en dollars canadiens, voyait ses prix augmenter de façon complètement artificielle et devenait, par conséquent, moins concurrentielle.

Des chercheurs de l’Université d’Ottawa, du Luxembourg et d’Amsterdam nous permettent d’estimer qu’entre 2002 et 2007, votre prospérité a détruit chez nous pas moins de 55 000 emplois manufacturiers bien rémunérés. Bref, les milliards que nous avons investis chez vous pour rentabiliser votre pétrole bitumineux ont supprimé nos propres emplois. À force d’enrichir l’Alberta, nous avons appauvri le Québec.

Mais on n’a pas encore abordé la grande question de l’heure : le coût environnemental qu’impose l’Alberta au reste du Canada, donc au Québec, en produisant ce que François Legault a très justement, mais peu diplomatiquement, appelé du « pétrole sale ». Pourquoi sale ? Parce que la quantité d’énergie nécessaire pour sortir le pétrole des sables est beaucoup plus importante que la quantité d’énergie pour un gisement traditionnel de pétrole, comme ceux au large de Terre-Neuve, en mer du Nord ou en Algérie.

Selon l’inventaire fédéral de l’émission par province des gaz à effet de serre (GES), l’Alberta émet par année 55 tonnes de GES par habitant de plus que le Québec. Je répète : de plus que le Québec.

Vous vous plaignez souvent, Monsieur le Premier Ministre, que nous préférons acheter du pétrole de pays dictatoriaux, comme l’Arabie saoudite, plutôt que de vous, nos compatriotes canadiens. Ça n’a jamais été vrai. Mais depuis quelques années, et grâce à la décision du gouvernement souverainiste de Pauline Marois et de son ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, d’inverser le flot d’un pipeline existant, 53 % du pétrole consommé au Québec vient de chez vous.

Selon un calcul de la Fondation Suzuki, nous vous achetons ces années-ci pour trois milliards de dollars de pétrole par an. Soit une fois et demie ce que vous nous envoyez en péréquation. Nous attendons toujours l’érection, à Edmonton, de statues en l’honneur de Mme Marois et de M. Blanchet.

Mais en achetant le pétrole albertain, le Québec contribue au désastre écologique en cours. Des experts nous indiquent qu’il sera impossible de maîtriser le réchauffement climatique sans se résoudre à garder dans le sol 84% de vos réserves de pétrole bitumineux. Maintenant que vous nous avez signifié, par référendum, la fin de la péréquation, les écologistes que nous sommes devraient décréter la fin de notre participation à ce désastre.

Si nous taxions le pétrole que nous importons en fonction de son empreinte carbone, le pétrole albertain sera immédiatement non concurrentiel par rapport à celui, moins nocif, de Terre-Neuve ou de la mer du Nord. Cela vous fera trois milliards de ventes de moins chaque année, cher Jason Kenney, mais nous sommes certains que vous aviez mis cette perte dans la balance en lançant votre référendum.

Cordialement, les Québécois qui savent compter.


La réplique albertaine

Sonya Savage

J’aimerais pouvoir vous dire que quelqu’un, en Alberta, a répondu point par point à mon argumentaire. Ce n’est pas le cas. Un chroniqueur du Calgary Sun a pour l’essentiel traduit mon texte, entrelardant les paragraphes avec des expressions de son incrédulité. (À lire ici.) Il cite la ministre de l’énergie de l’Alberta, Sonya Savage, qui a répondu, en ces mots:

“Where I grew up, they called it heifer dust, a polite word for B.S.” She talks about him just throwing numbers around.

“They could get off the gravy train really easily. If Quebec wanted to stop being a have-not province they could easily do it by developing their own natural gas resources.

“They have an abundant supply and they’ve chosen not to develop it. Instead, they put a ban on it and take the money from Alberta instead.”

Savage says the separatist scribe should be careful what he wishes for, not having Alberta oil. If Line 5 in the east was shut down, Savage says Quebec would be very cold in the winter. Where would they get their oil and at what price?

If the natural gas to Quebec was shut down and Quebec wasn’t producing its own natural gas “where are they going to source from and at what cost?”

Malheureusement, la ministre albertaine a très peu de mémoire, car nous avons jusqu’à récemment réussi à nous approvisionner en pétrole sans avoir recours à l’Alberta. J’ai soumis la citation de la ministre au spécialiste de l’énergie des HEC Pierre-Olivier Pineault, qui me répond ceci:

« Les raffineries du Québec ont été alimentés pendant longtemps par les pétroliers et la ligne Portland (Maine) – Montréal… jusqu’à ce que le sens de circulation de  la ligne 9 de Enbridge soit inversé (en 2015). La ligne 9 est elle-même alimenté par la ligne 5. Si ces pipelines étaient fermés,  pour une raison ou une autre, alors les raffineries québécoises (Suncor et Valero) reprendraient leurs pratiques d’avant : pétrolier des É-U et d’outre-mer.

Le prix serait sensiblement le même pour le Québec (personne n’a vu de différence dans les prix quand la ligne 9 a transporté le pétrole vers le QC, plutôt que de réacheminer du pétrole d’outre-mer vers l’Ontario). »

Autrement dit, les arguments de la ministre albertaine sont, selon une expression que j’ai apprise récemment, équivalent à du « heifer dust ».


Feu le bénéfice du doute (version intégrale)

À 36 ans, j’avais déjà beaucoup de débats derrière la cravate. Indépendantiste face à des mononcles fédéralistes, militant étudiant chantant L’Internationale, j’étais toujours partant pour une bonne discussion. Journaliste, j’avais ensuite assisté à des empoignades sévères au Québec, à Paris et à Washington.

Pourtant, lorsque j’ai assisté à ma première période de questions, à l’Assemblée nationale à l’automne 1994, je n’étais pas psychologiquement préparé au condensé d’énergie négative qui occupe ces 45 minutes d’affrontements quotidiens. Un étranger qui devrait juger de l’état de notre nation à partir des seules questions de l’opposition serait convaincu que tous les Québécois sont gravement malades et que les ministres en sont personnellement responsables, que les citoyens n’ont aucun service adéquat et sont clairement sur le point d’ériger des barricades et, surtout, que les membres du gouvernement sont, tous, non seulement des incapables, ce qui serait déjà grave, mais activement engagés dans un processus volontairement maléfique de destruction de tout ce qui est bon dans notre société.

(Une version plus courte de ce texte a été publiée dans Le Devoir.)

Tous les députés ne sont pas également experts en ce domaine mais, à l’époque, j’étais soufflé par les performances exceptionnelles de Pierre Paradis et Thomas Mulcair, des orfèvres de la mauvaise foi.

On se fait, à la longue, à ce type d’agression verbale et, le parti au pouvoir ayant pour vocation de retourner un jour dans l’opposition, les rôles s’inversent. Je me suis néanmoins demandé en quoi cette polarisation était qualitativement distincte du reste du débat public de l’époque.

(Le texte se poursuite après la pub.)

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J’identifiai le procès d’intention permanent comme une caractéristique forte. Rien ne pouvait être jugé comme anodin par l’opposition. Une déclaration ambiguë était nécessairement le reflet d’une incompétence crasse. Il ne pouvait y avoir de malentendus, seulement des cover-up. Toute peccadille était par définition scandaleuse. La règle était immuable : toujours donner de chaque événement la pire interprétation possible.

Un dénominateur commun traversait (et traverse toujours) cet exercice de torture politique : ne jamais, en aucun cas, accorder à son adversaire le bénéfice du doute.

Observant aujourd’hui la teneur d’un certain nombre de nos débats, je constate que cette détestable technique s’est largement répandue. C’est crucial, car le bénéfice du doute est le lubrifiant indispensable de la civilité et du savoir-vivre. Présumer que son interlocuteur est bien intentionné et interpréter ses paroles ambiguës, jusqu’à mieux informé,comme probablement anodines ou simplement maladroitesoffre aux interactions un pare-chocs qui minimise le conflit. Considérer au contraire son interlocuteur comme nécessairement malveillant, prendre chaque remarque au pied de la lettre ou, pire, traquer l’occasion de se dire offensé produit un climat anxiogène d’affrontement général qui peut rendre intolérable la vie en société.

À qui la faute ? Aux réseaux sociaux, le suspect numéro 1. En donnant une tribune à des milliers de personnes qui, hier, déversaient leur fiel en petit comité, ils ont fait surgir dans l’espace public une intransigeance préexistante, mais auparavant inaudible. Cela a eu un effet d’entraînement en normalisant, sur Twitter et Facebook, l’insulte et l’invective. Les algorithmes polarisants en ont décuplé l’impact. Le problème est suffisamment prégnant pour qu’un logiciel créé par Microsoft en 2016 et devant avoir le comportement d’une jeune américaine de 19 ans a été retiré après 16 heures d’activité seulement. S’adaptant progressivement aux tendances observées après 40 millions d’interactions, elle était devenue raciste, misogyne et niait l’existence de l’Holocauste !

La bonne nouvelle est que seulement 11% de la population québécoise utilise Twitter et que parmi les 77% qui utilisent Facebook, une très grande proportion le font pour s’échanger des nouvelles personnelles et des photos de chatons, pas pour s’enguirlander.

Deux autres facteurs importants sont en jeu, importés de la droite et de la gauche américaine. On peut dater de l’automne 1988 le début de l’ère moderne de la publicité politique négative américaine. Une culture de l’attaque vicieuse, au besoin mensongère, a envahi l’espace occupé par les républicains, puis a essaimé au Canada, surtout anglais, balayant le respect mutuel du débat partisan, diabolisant l’adversaire, rendant tout compromis suspect.

Il faut souligner la contribution de Jean Charest à cette montée du volume au Québec. Venu des conservateurs fédéraux, il a enjoint son caucus de « détester l’adversaire », ce que je n’avais jamais entendu de notre côté. Dans l’opposition, il consacrait beaucoup d’énergie à diminuer personnellement son adversaire. Mario « la girouette » Dumont fut sa cible favorite, il tenta ensuite de définir Pauline Marois comme « vulgaire » (?!). Au pouvoir, il allait associer à la violence tout porteur de carré rouge.

De la gauche militante sont arrivés plus récemment une série de concepts apparemment imaginés pour maximiser l’opprobre. On savait ce qu’était le harcèlement sexuel. On savait ce qu’était le viol. Mais tous les comportements sexistes, du plus bénin jusqu’à l’agression caractérisée, doivent désormais faire partie de la « culture du viol ». Un continuum qui nie l’existence même de la nuance dans ce qui est répréhensible.

Plutôt que de parler de comportements racistes à éradiquer, il faut désigner la totalité des institutions comme coupables de racisme systémique. Plutôt que de promouvoir l’égalité et le respect mutuel, il faut convaincre l’ensemble des Blancs, même les plus défavorisés, qu’ils sont porteurs de privilèges. Surtout, chaque propos jugé indélicat doit être vu comme une micro-agression et dénoncé comme telle.

La spirale de l’exagération a atteint son apogée dans la lettre signée en décembre dernier par 200 auteurs, poètes, libraires et étudiants outrés que l’Association des libraires ait permis à François Legault d’indiquer sur son site qu’il avait apprécié un ouvrage de Mathieu Bock-Côté. Ils y ont vu (cramponnez-vous) « une banalisation du racisme qui donne lieu à des violences envers nos camarades racisés. Ces violences affectent l’ensemble de la société et nourrissent un climat général hostile et violent ».

Bref, le fait qu’un élu apprécie un livre dont les thèses déplaisent est assimilé à de la violence. Le bénéfice du doute, dans cet exemple, est mort et enterré. Avec lui la nuance, le sens de la mesure, le respect du désaccord, la civilité même. Ceux qui, à droite, dénoncent la « dictature sanitaire » ne font pas autre chose.

Les députés de l’Assemblée nationale savent qu’ils font du théâtre. Après la période de questions, ils se serrent la main, discutent, s’excusent même parfois d’être allés trop loin. « Ne le prends pas personnel, c’est de la politique », entend-on. Cela ne rend pas la chose plus agréable. Malheureusement, les nouveaux guerriers du débat extrême, de droite comme de gauche, ne semblent pas même conscients de l’énormité de leurs propos. Enfin, du moins, j’en ai l’impression. Car j’aimerais tant pouvoir leur laisser le bénéfice du doute.


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(Texte) Pourquoi le Québec devrait taxer l’Alberta


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Les chiffres sont clairs, 80% des Albertains pensent que le Québec vit à ses crochets. Leur nouveau premier ministre, le fringant Jason Kenney, a été élu sur une vague de ressentiment contre tous ceux qui refusent de voir les bienfaits du pétrole albertain et en particulier ces Québécois qui se paient des programmes sociaux haut de gamme avec l’argent de la péréquation albertaine.

Mais si c’était le contraire ? Si, malgré l’absolue certitude des Albertains d’être floués par les Québécois, c’était les Québécois qui étaient floués par les Albertains.

Cela va vous surprendre, et cela risque de provoquer une rupture d’anévrisme chez Jason Kenney, mais les pièces au dossier sont considérables. Prenons-les une à une.

La fameuse péréquation: Elle existe !

Le Québec reçoit-il, chaque année, de l’argent puisé dans les goussets de l’Alberta ? Oui. La péréquation fonctionne comme suit. Le gouvernement canadien prend une partie des impôts payés par tous les Canadiens, y compris les Albertains, y compris les Québécois, puis le redistribue en fonction d’un calcul compliqué. Les Albertains ne reçoivent pas un sou de ce magot. Parmi les provinces qui obtiennent ces fonds, le Québec reçoit, par personne, le montant le moins généreux de toutes les provinces qui en touchent mais, puisqu’il a une population plus grande, il encaisse globalement le plus gros chèque, soit 13 milliards.

Quelle partie de cette somme vient de l’Alberta ? Francis Vailles, de La Presse, a récemment fait le calcul. Ces années-ci, les contribuables albertains versent chaque année environ deux milliards de dollars, via la péréquation, au Québec.

Donc, à ce stade de notre calcul, nous leur devons 2 milliards par an. Pas 13, pas 6, 2.

Achetons-nous notre pétrole de l’Arabie ? Non !

Maintenant, l’Alberta se plaint que nous préférons acheter du pétrole de pays dictatoriaux, comme l’Arabie Saoudite, plutôt que de nos compatriotes canadiens. Ça n’a jamais été vrai, mais depuis quelques années c’est le contraire. Désormais, 53% du pétrole consommé au Québec provient de l’Alberta et un autre 40% provient des États-Unis. De l’Arabie Saoudite ? 0%

Tiré de L’État de l’énergie au Québec 2019, Chaire de gestion du secteur de l’énergie HEC

Alors, si nous achetons du pétrole albertain, nous ouvrons nos portefeuilles. À quelle hauteur ? Karel Mayrand, de la fondation Suzuki, estime que nous avons envoyé l’an dernier environ 3 milliards de dollars à l’Alberta. Donc ils nous envoient 2 millliards, on leur en envoie trois. Nous menacer comme le fait Jason Kenney est donc, selon l’expression de Karel Mayrand, « une drôle de façon de traiter un client ».

Quand le contribuable québécois investit dans le pétrole albertain

On pourrait ajouter beaucoup d’autres éléments à notre calcul. Par exemple, le fait que les Québécois ont énormément contribué aux investissements fédéraux pour rendre le pétrole de l’Alberta rentable. Le calcul est simple. Chaque fois que le fédéral dépense 100$ quelque part, les Québécois ont contribué 20%, donc 20 dollars, par leurs taxes et impôts fédéraux.

Combien le Canada a-t-il dépensé ces dernières décennies pour rendre rentable le système québécois d’hydro-électricité ? Facile: 0$. Donc les Albertains ont contribué à 0% pour la construction de nos barrages et de nos lignes de transmission.

Bien. Combien le Canada a-t-il dépensé ces dernières décennies pour rendre rentable l’industrie albertaine des sables bitumineux ? Entre 1970 et 2015, environ 70 milliards de dollars. Comme le Québec contribue pour 20% aux dépenses fédérales, nous avons donc déboursé 14 milliards en quarante ans dans l’industrie des électeurs de Jason Kenney.

On est certain d’être en deçà de la vérité avec ces chiffres. Un jour, dans un moment de grande franchise alors qu’il n’était plus premier ministre, Jean Chrétien a déclaré  à l’Edmonton Journal: «Si j’avais offert au Québec ce que j’ai donné à l’Alberta en termes d’aide gouvernementale aux sables bitumineux, j’aurais remporté tous les sièges au Québec !»

On pourrait aussi calculer ce que l’Alberta nous a coûté en termes de perte d’emplois. Lorsque le prix du pétrole est élevé, cela pousse à la hausse la valeur du dollar canadien par rapport au dollar américain. Au début des années 2000, en plein boum du pétrole albertain, le dollar est devenu un pétrodollar. Bravo pour l’Alberta mais cela signifiait que notre industrie manufacturière à nous, qui exporte ses produits aux États-Unis en dollars canadien, voyait ses prix augmenter de façon complètement artificielle et devenait moins concurrentielle.

Grâce à une étude d’économistes de l’Université d’Ottawa, du Luxembourg et d’Amsterdam on peut estimer qu’en seulement cinq ans, entre 2002 et 2007, 55 000 emplois manufacturiers ont été perdus au Québec à cause de la montée du dollar provoquée par le pétrole. Donc les milliards que nous avons investis en Alberta pour rendre rentable le pétrole bitumineux a détruit nos propres emplois. À force d’enrichir l’Alberta, nous avons appauvri le Québec.

Et le coût environnemental ?

Mais on n’a pas encore abordé la grande question de l’heure. Le coût environnemental qu’impose l’Alberta au reste du Canada, et au reste du monde, en produisant ce que François Legault a très justement, mais peu diplomatiquement appelé, du « pétrole sale ». Pourquoi sale ? Parce que la quantité d’énergie nécessaire pour sortir le pétrole des sables est beaucoup plus importante que la quantité d’énergie nécessaire pour un gisement régulier de pétrole, comme en Mer du Nord en Algérie ou au large de Terre-Neuve.

Je reviens à Francis Vailles, de La Presse, qui a fait le calcul pour nous.

Selon l’inventaire fédéral de l’émission par province des GES (les Gaz à effet de serre), l’Alberta émet par année 55 tonnes de GES par habitant de plus que le Québec. Je répète: de plus que le Québec.

Pour compenser la pollution générée par une tonne de GES, en plantant des arbres, par exemple, il faudrait investir 200$ par tonne. Donc, pour polluer aussi peu que les Québécois, le gouvernement albertain devrait investir chaque année 47 milliards de dollars. Cela fait beaucoup d’arbres à planter.

En fait, il faudrait ajuster ce chiffre à la hausse car on vient d’apprendre que les GES albertains ont été sous-évalués d’environ 30%. Mais, je ne fais même pas ce calcul, je n’en jette plus, la cour déborde.

Alors, la péréquation versée par les Albertains au Québec, c’est une goutte d’eau dans un océan de pollution.

Rendre service, taxer le pétrole albertain

Mais, vous savez que j’aime rendre service. Alors réfléchissons ensemble sur ce qui va se passer. Jason Kenney propose d’abolir la péréquation. S’il réussissait, le Québec perdrait 2 milliards par an. Bon. Évidemment, on pourrait décider de ne plus acheter de pétrole d’Alberta, ce qui les priverait d’environ 3 milliards par an. Mais ce ne serait pas, comme le disent les stratèges militaires, une réponse proportionnée.

Restons sur la question environnementale. Kenney va abolir la taxe carbone que les néo-démocrates avaient imposé sur le pétrole albertain et il s’oppose à la taxe carbone fédérale. Donc, il veut avoir le droit de polluer gratuitement.

Je propose qu’on prenne le relais, qu’on le fasse à sa place ! Que le Québec impose lui-même une taxe carbone sur chaque baril de pétrole importé de l’Alberta. On taxe déjà le raffinage, mais désormais on taxerait la pollution produite au moment de la production. Pour 2018, cela signifie qu’on aurait perçu sur chaque baril de pétrole albertain importé une somme équivalente au coût de la pollution.À 200 $ la tonne, qui est le vrai coût de la pollution, la taxe sur le pétrole sale albertain serait de 16$ le baril et nous rapporterait… un milliard par an.

Avec un milliard on pourrait planter chaque année dans les villes du Québec un million d’arbres. Ce serait un projet massif. Le projet écologique que cherche le gouvernement Legault pour redorer son image verte. On pourrait l’appeler: la grande forêt urbaine albertaine du Québec.


Note pour les lecteurs avertis: le calcul de la taxe/baril m’est soufflé par le spécialiste de l’énergie Pierre-Olivier Pineau. Il suggère, pour prélever les GES de la production albertaine non taxée à la source, une somme de 1,60 $ par baril, si on estime le coût de la tonne de GES à 20 $, comme l’indique actuellement la bourse du carbone. Cela donnerait au Québec 100 millions de $ de revenu par an.

Si on prend la mesure de 200$, la taxe monte à 16,00 $ le baril, pour un revenu théorique de 1 milliard. Évidemment théorique car, à ce prix, le baril albertain ne serait plus concurrentiel et on lui préférerait d’autres sources d’approvisionnement. Donc j’admets être facétieux avec cette proposition.

Mais si on revient sur le plancher du réel, la proposition de taxer le pétrole importé ou en transit sur le territoire québécois est très alléchante. Je l’avais élaboré au moment de ma première course au leadership en 2014, au lendemain de la tragédie de Lac Mégantic.

Une politique de taxe carbone à l’importation et au transit s’appliquerait donc au pétrole de toutes provenances (et devrait aussi s’appliquer aux autres hydrocarbures) où des taxes carbones ne sont pas appliquées aux lieux de production. Cela aurait évidemment un impact sur les prix :  les compagnies québécoises achèteraient le pétrole le moins taxé, donc le plus propre.

Je n’ai pas insisté pour inscrire cette proposition dans le programme du PQ lorsque j’en suis devenu chef, car je voulais d’abord en tester l’applicabilité. Une fois au pouvoir, j’aurais demandé à nos experts de voir comment ce système pourrait être mis en oeuvre, compte tenu de la difficulté à toujours bien évaluer la provenance des hydrocarbures, qui se mélange parfois dans le transit.

On peut lire ma proposition intégralement ici, mais voici l’extrait pertinent:

Le pétrole qui transite par le Québec

 

Le Québec est devenu, en quelques années, un lieu stratégique pour l’exportation de pétrole provenant de l’Ouest canadien, principalement des gisements de sables bitumineux, parmi les plus polluants au monde.

Les producteurs de ce pétrole ne participent pas à un marché du carbone et ne paient donc pas le juste prix pour l’impact environnemental de leurs considérables émissions de GES, pour ne rien dire de l’empreinte écologique colossale laissée sur les territoires exploités et affectant les populations locales, y compris des Premières nations.

Le pétrole provenant de l’Ouest canadien traverse actuellement le Québec par rail, avec une augmentation fulgurante des volumes et des risques, comme on l’a vu à Lac Mégantic et ailleurs en Amérique du nord. Son exportation suscite également une forte augmentation du trafic maritime de superpétroliers sur le Saint-Laurent.

Une partie de ce pétrole s’acheminera sous peu dans le pipeline d’Enbridge, pour transformation et consommation québécoise. [Note de 2019: C’est ce qui s’est produit et explique l’augmentation fulgurante de nos importations de pétrole albertain.]

Puis il y a le méga-projet de pipeline Énergie Est, de Transcanada, qui traverserait le Québec pour embarquer ensuite le pétrole par bateau au port de Cacouna, et pour approvisionner les raffineries Irving au Nouveau-Brunswick. [Note de 2019: Kenney et le chef conservateur Andrew Scheer veulent relancer le projet.]

Ces transits sont problématiques à plusieurs égards. Plutôt que de proposer des solutions à la pièce il convient d’établir des principes clairs.

a) Le pouvoir québécois de décider

 

Dans tous les cas – rail, bateau et pipeline, pour transit, transformation ou importation – le Québec doit affirmer sa capacité d’émettre ou de refuser d’émettre des permis de transit s’il juge que le risque environnemental est trop grand.

Dans l’état actuel de nos connaissances concernant le pipeline Énergie Est de Transcanada, et sa volonté de traverser plusieurs cours d’eau, dont le Fleuve Saint-Laurent, avec des techniques nulle part éprouvées, le projet est, à sa face même, en contradiction avec nos principes de prudence environnementale, pour ne rien dire de l’exigence d’acceptabilité sociale. En tant que candidat, je m’y oppose formellement.

 

Le Québec devrait également se réserver le droit de limiter et, le cas échéant, d’interdire non la totalité mais certains transits par rail ou par bateau si les conditions de transit excèdent ses exigences de prudence environnementale.

b) Poser des conditions

Pour ce qui est des volumes d’hydrocarbures autorisés, pour transit, importation ou transformation, le Québec devrait poser les conditions suivantes :

 

Les entreprises pétrolières devront verser au gouvernement québécois, pour chaque baril ou équivalent, une somme calculée selon trois critères :

 

  1. Le prix au marché pour chaque tonne de carbone (GES) émise lors de la production de l’hydrocarbure, si ce prix n’a pas déjà été payé par l’émetteur au point d’origine. (L’Alberta n’a pas de marché du carbone, devrait donc payer. Le pétrole de Mer du nord est assujetti à une taxe carbone.)Les sommes ainsi récoltées seraient versées au Fonds Vert du gouvernement du Québec, et utilisé pour la transition écologique, notamment mais non seulement pour les politiques d’efficacité énergétique et une robuste politique d’électrification des transports.
  2. Une contribution à un Superfond québécois pour défrayer les coûts de déversement potentiels et autres impacts écologiques;Les sommes accumulées dans le Superfond seraient principalement investies dans des entreprises québécoises vertes. Le rendement du fonds serait versé au Fonds Vert.
  3. Une compensation pour le Mal Hollandais. L’augmentation de la production pétrolière canadienne exerce une pression à la hausse sur la valeur du dollar canadien, devenu pétrodollar. La surévaluation du dollar canadien détruit l’emploi manufacturier québécois et nuit à notre économie. Un tarif compensatoire serait donc imposé, par baril ou équivalent, au pétrole canadien transitant sur notre territoire. (…)Le fruit de ces compensations serait versé dans les outils de soutien au secteur manufacturier québécois, à l’innovation, à la hausse de la productivité dont la formation et aux programmes de soutien à l’exportation.

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Pourquoi le Québec devrait taxer l’Alberta (extrait de ma nouvelle balado)

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Jason Kenney veut polluer gratuitement. Cela me donne une idée…

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Le pipeline Énergie Est: pourquoi il faut dire Non et Non !

Proposition #12 du candidat Jean-François Lisée

En tant que Québécois, nous avons une double responsabilité face au projet de pipeline Énergie Est, qui traverserait de part en part notre territoire pour vendre à l’étranger un des pétroles les plus polluants au monde.

1) Notre responsabilité envers l’eau de nos rivières, de nos lacs et envers le fleuve Saint-Laurent

Si ce pipeline devait être construit, il traverserait pas moins de 860 de nos cours d’eau, de nos plans d’eau et le fleuve Saint-Laurent lui-même.

La question n’est pas de savoir s’il y aura des déversements: tous les pipelines en produisent. La question est de savoir quand et de quelle ampleur ces déversements seront.

Le pétrole bitumineux qui se déverserait serait mélangé à un diluant chimique qui rendrait le nettoyage encore plus difficile que pour un déversement pétrolier normal. Une fuite pendant les mois d’hiver poserait un défi environnemental quasi insoluble.

Le Québec est dépositaire d’une des plus grandes réserves d’eau douce au monde. Nous avons le devoir de la préserver. Nos cours d’eau et notre approvisionnement en eau potable doivent tout simplement primer sur la volonté commerciale d’exporter du pétrole depuis l’Alberta vers l’étranger.

énergieest2) Notre responsabilité envers la planète, pour freiner le réchauffement

Il y a une certitude : si toutes les réserves de pétrole des sables bitumineux étaient exploitées, la quantité de gaz carbonique produit rendrait simplement impossible l’atteinte des cibles internationales de réduction des gaz à effet de serre. Impossible. Permettre à ce pétrole de sortir de terre, en lui offrant un point de passage vers l’Est, contribuerait à faire échouer l’effort international de maintenir à moins de 2 degrés d’ici la fin du siècle le réchauffement de la planète.

Ce pétrole est quatre fois plus polluant que le pétrole actuellement importé par le Québec depuis la Mer du Nord, Terre-Neuve ou l’Algérie. Accepter de le laisser passer, c’est provoquer une émission annuelle de GES plus importante que celle émise par les sept millions de voitures et de camions que compte le Québec.

Le plus grand service que nous, Québécoises et Québécois, pouvons rendre à la planète sera de contribuer à ce que ce pétrole reste dans le sol pour toujours.

Comment un gouvernement du Parti québécois s’y prendrait-il ?

Un gouvernement du Parti québécois que je dirigerais utiliserait tous les leviers légaux, réglementaires,  judiciaires et  politiques pour faire échouer le projet de pipeline de Transcanada.

J’annonce à l’avance à nos voisins canadiens que mon gouvernement serait impitoyable dans l’application zélée de nos règles québécoises et municipales existantes ou à venir. À tel point qu’il serait vraiment préférable que ce projet soit abandonné, comme ont été abandonnés des projets semblables vers les États-Unis ou vers la Colombie-Britannique.

Tous devraient savoir que l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez-vous. Les municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal, notamment Laval, Lévis et un grand nombre d’autres ont exprimé leur opposition. Les Premières Nations sont également opposées.

Les forces en présence

Le nouveau premier ministre Justin Trudeau a laissé entendre, pendant la campagne électorale de l’an dernier, que cette acceptabilité était nécessaire pour donner le feu vert au projet. Certains ont pu croire qu’il se rangerait ainsi du côté des opposants.

Depuis qu’il est élu, il a ouvert son jeu. Dans une entrevue à La Presse en février, il a été on ne peut plus clair:

« Une responsabilité fondamentale de n’importe quel premier ministre canadien, c’est de permettre à nos ressources de se rendre vers les marchés », a affirmé M. Trudeau, soulignant les efforts au tout début de la colonisation pour exporter la fourrure des castors et les poissons, les efforts subséquents des gouvernements pour faciliter l’exportation du blé ou du bois.

« Il n’y a personne au Canada qui veut voir du développement économique qui va bousiller l’avenir de nos enfants, de nos communautés, de notre monde. Mais en même temps, on sait qu’on a besoin de développer l’économie, on a besoin d’exporter nos ressources de façon responsable », a-t-il dit.

Le pipeline sera donc un enjeu majeur des relations entre le Québec et Ottawa pendant les années qui viennent. Au Québec, le pipeline a des alliés:

Le premier ministre libéral Philippe Couillard a sans doute révélé le fond de sa pensée en début de mandat, lors qu’interrogé sur cette question par le chef du Parti québécois Stéphane Bédard en septembre 2014:

« si le pétrole, au Canada, peut circuler d’est en ouest, ce qu’il fait depuis des décennies, il faut également qu’il circule d’ouest en est. […]

Le gouvernement fédéral dépense 16 milliards de plus qu’il ne perçoit au Québec et une grande partie de cette richesse provient de l’exploitation des hydrocarbures dans l’ouest du pays […]

[La] protection de l’environnement est inégalée au Canada par rapport à ce qui se fait dans d’autres pays.

Maintenant, je voudrais bien qu’on laisse penser aux Québécois qu’ils sont dans un autre pays, mais ils sont Québécois, ils sont Canadiens, et il faut qu’on participe à l’économie canadienne.

Bref, selon notre premier ministre, « il faut » que le pétrole circule d’ouest en est. Le reste est, finalement, une question de détails. Et il se fie sur le gouvernement fédéral pour bien protéger nos lacs, rivières et villes, comme il l’a si bien fait dans le contrôle du transport ferroviaire du pétrole à Lac-Mégantic !

Le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, a une autre approche. Il veut mettre nos lacs et nos rivières aux enchères:

«Si l’Alberta fait passer des milliards de dollars de baril de pétrole pour l’exportation, je pense que ce serait normal que le Québec obtienne des milliards de dollars de redevances. »

Bref, en bon comptable, François Legault veut avoir son prix. Lui premier ministre, si l’Alberta fait un assez gros chèque, il sera prêt à mettre en péril notre eau douce, notre eau potable, notre fleuve. Si l’Alberta fait un assez gros chèque, il sera prêt à contribuer au réchauffement climatique.

Ma position

Si je suis choisi chef du Parti québécois puis premier ministre, ma position sera claire et déterminée. Pendant le premier mandat du Parti québécois, mon gouvernement mettra tout en oeuvre, dans le cadre de la loi, pour rendre la vie impossible aux promoteurs du pipeline.

Et en obtenant en 2022 le mandat de réaliser l’indépendance, le Québec pourra, souverainement, dire un non définitif à ce projet insensé.

PipelineNonNon

Vous êtes plutôt d’accord ?
Joignez-vous à ma campagne

Voici les propositions que j’ai mise de l’avant
depuis mon entrée dans la campagne, le 16 mai dernier.

Proposition #1: Chasser les libéraux. Réussir l’indépendance. Dans cet ordre.

Proposition #2: Immigration : Le chemin du succès

Proposition #3: Santé : Gel de l’enveloppe de rémunération des médecins

Proposition #4: Inégalités sociales : Un Québec riche de son équité

Proposition #5: Sièges sociaux : Miser sur la Caisse de dépôt et le développement régional

Proposition #6: Identité : La concordance culturelle

Proposition #7: Priorité PME : Moins de paperasse, plus d’entrepreneuriat

Proposition #8: Laïcité – une approche résolue et responsable

Proposition #9: Compte à rebours 2022 !

Proposition #10: Anticosti – Enfin sortir des faux-fuyants !

Proposition #11: Incarner la laïcité et l’ouverture

Proposition #12: Le pipeline Énergie Est: Pourquoi il faut dire Non et Non !

Proposition #13 : Pour un processus d’évaluation et de consultation « digne du 21e siècle »

Proposition #14 : Développement régional : rétablir les budgets et reconstruire les outils de développement dans le respect des régions

Pipeline: Infoman et Sol Zanetti parodient Rick Mercer

Cela s’appelle un Rant. Un monologue polémique sur une question d’actualité. Disons, un Cri. L’homoriste Rick Mercer, l’Infoman du ROC, s’en est fait une spécialité. Il marche dans une ruelle, interpelle la caméra, gesticule abondamment.

Cette semaine, il a fait la leçon aux Québécois, qui ne veulent pas laisser passer dans leur cour un gros tuyau avec du pétrole qui réchauffe la planète. Il a eu deux réponses, celle de Sol Zanette et celle d’Infoman. Les voici:

https://youtu.be/QT25AJm0Pi8

Pour voir infoman, il faut aller sur leur page en cliquant sur l’image:

infomanMercer

Pétrole albertain: 14 milliards de dollars québécois plus tard

Le débat surréaliste qui fait rage au Canada anglais contre la décision de Denis Coderre et de la CMM de prendre position contre le pipeline Énergie Est vaut qu’on s’y arrête.

Dans La Presse, Yves Boisvert résume la question:

Tout se passe comme si le fait d’être une province « pauvre » rendait nulle et non avenue toute réserve sur un projet d’oléoduc.

Il y aurait d’un côté des objections nobles et raisonnables en Colombie-Britannique – les droits des Premières Nations, la préservation de la Nature et David Suzuki.

Et de l’autre, au Québec, un océan de pure mesquinerie et le marchandage politique de bas étage – d’ailleurs, ils ont rejeté leurs égouts dans le fleuve, ces gens-là…

M’est avis que ce qui menace le plus l’unité nationale, ce ne sont pas des objections à un projet mal vendu, mais l’expression enthousiaste de mépris au parfum néocolonial qu’on pourrait traduire par « Vos gueules, les pauvres ».

Mais les Canadiens anglais sont surs de leur bon droit. Ils nous envoient des milliards, donc on devrait accepter et ne pas mordre la main qui nous nourrit. J’avais abordé la question dans plusieurs billets de blogue qui méritent peut-être qu’on y revienne:

Pétrole albertain: 14 milliards de dollars québécois plus tard

L’emploi québécois dans les sables mouvants albertains

Pétrole: Haro sur la province pauvre !

Comment le Québec a financé, via Ottawa, le pétrole Terre-neuvien