La politique du Québec envers le pétrole doit être sans équivoque et fondée sur trois principes :
- Faire du Québec une nation exemplaire dans l’effort planétaire de notre génération pour éviter la catastrophe humaine, écologique et économique qui serait provoquée par le réchauffement climatique;
- Engager le Québec dans une transition écologique visant à réduire graduellement puis éliminer l’utilisation du pétrole et autres hydrocarbures.
- Affirmer que le Québec, actuel ou indépendant, doit avoir le dernier mot en matière de production ou de transport d’hydrocarbures sur son territoire.
Ces principes nous conduisent à prendre des positions fortes sur plusieurs dossiers d’actualité concernant le pétrole et les hydrocarbures, ceux présents sur le territoire québécois et ceux qui transitent ou comptent transiter par notre territoire.
Après consultation d’experts, de collègues et de nombreux citoyens, militants et membres de ma campagne, je prends, comme candidat à la direction du Parti québécois, les engagements suivants :
1 . La transition écologique et les hydrocarbures québécois
Le Parti québécois devrait développer à temps pour l’élection de 2018, avec tous les partenaires intéressés au développement durable au Québec et en s’inspirant d’exemples internationaux, un plan et un calendrier de transition vers un Québec sans pétrole.
Ce plan intégrerait notamment l’écofiscalité, dont des bonus-malus à l’achat de véhicules, la mobilité durable, l’émergence d’énergies de remplacement, le bâtiment vert et l’aide à l’innovation environnementale.
Pendant la période de transition, la question de l’exploitation de gisements de pétrole et de gaz existants sur le territoire québécois devrait répondre à plusieurs impératifs, cohérents avec les principes énoncés ci-haut.
Une question centrale déterminerait nos décisions :
L’exploitation de pétrole ou de gaz québécois qui remplacerait, pendant la transition, le pétrole et le gaz importés générerait-il, depuis l’exploitation jusqu’à la consommation, plus ou moins de gaz à effet de serre (GES), que le pétrole ou le gaz importés ? Laisserait-il une empreinte écologique plus ou moins importante ?
Si le pétrole ou de le gaz québécois produit moins de GES et laisse une plus petite empreinte écologique que le pétrole importé, on peut envisager son exploitation. Sinon, cette exploitation serait en contradiction avec nos objectifs généraux de lutte aux changements climatiques.
Le Bureau d’audience publique en environnement (BAPE) aurait pour mission de développer une expertise spécifique pour les hydrocarbures et serait appelé à faire ces évaluations.
Cependant nous savons déjà que plusieurs gisements existants ou présumés au Québec ne répondent pas à ces critères.
a) La fracturation hydraulique
Dans l’état actuel de nos connaissances, la fracturation hydraulique comporte pour nos napp.es phréatiques, donc pour nos réserves d’eau potable, un risque inconsidéré et potentiellement irréversible. C’est le cas, quelles que soient les avantages économiques qu’on pense pouvoir en tirer.
Je propose donc d’imiter l’Assemblée nationale française, l’Allemagne et d’autres élus qui ont, de l’Espagne jusqu’au Texas, interdit toute fracturation hydraulique sur notre territoire. Si un jour une nouvelle technologie permet l’exploitation de ces ressources sans risque pour l’environnement et avec une émission de GES moindre que les hydrocarbures importés, alors une nouvelle discussion pourra avoir lieu et les autres variables, favorables et défavorables, pourront être examinées. Pas avant.
b) Le cas Anticosti
La fracturation hydraulique est la seule méthode proposée pour explorer l’été prochain, puis exploiter le cas échéant le pétrole qui dort sous l’île d’Anticosti. L’interdiction générale que je propose concernant la fracturation s’appliquerait donc aussi dans ce cas, mais n’est pas la seule raison justifiant une opposition au projet.
Dans l’état actuel de nos connaissances, le pétrole d’Anticosti, s’il existe en quantité significative, ne peut être exploité sans utiliser une grande quantité d’énergie pour son pompage, puis sans brûler dans l’atmosphère une quantité significative de méthane, qui produit à lui seul 25 fois plus de gaz à effet de serre qu’un volume équivalent de carbone.
Il est probable que plusieurs milliers de puits, donc plusieurs milliers de torchères au méthane, soient nécessaires pour obtenir le pétrole en quantité économiquement satisfaisante.
Chacune de ces conditions d’exploitation contrevient aux principes édictés plus haut.
Cette exploitation de ce qui est appelé avec raison le « pétrole extrême » met à risque la réserve d’eau potable, augmente nos émissions de gaz à effet de serre, détruit un espace naturel dont nous avons la garde pour les générations à venir.
Je proposerais donc, pour Anticosti, la fin immédiate de l’exploration et la tenue d’un Bape pour nous éclairer sur les données actuellement connues, sans plus.
c) Le cas Old Harry
Notre connaissance du potentiel pétrolier de Old Harry, au large des Îles-de-la-Madeleine et de Terre-Neuve, est encore fragmentaire. Nous savons cependant qu’un déversement, semblable à celui qui a eu lieu dans le Golfe du Mexique, y serait beaucoup plus dommageable car le fond marin est plus élevé, la zone de déversement plus restreinte et les eaux plus froides.
De plus il est probable que le pétrole et le gaz potentiellement présents dans le gisement soient davantage producteurs de GES que le pétrole en ce moment importé au Québec depuis la Mer du Nord ou l’Algérie. Il semble acquis que l’empreinte écologique et le risque écologique de Old Harry soit plus élevé que ceux du pétrole importé.
Il me semble par conséquent peu probable que l’exploitation de ce gisement, dans l’état actuel de nos connaissances, soit cohérent avec les positions de principe qui doivent guider notre action.
Un argument invoqué est à l’effet que Terre-Neuve pourrait décider d’exploiter son segment de Old Harry, obtenir ainsi un gain économique, tout en faisant peser un risque écologique réel sur le golfe du Saint-Laurent. Certains affirment que cela justifierait le Québec d’imiter Terre-Neuve et d’exploiter son propre segment de Old Harry.
Cet argument est fallacieux. D’abord il n’est pas acquis que le gisement est d’un seul tenant et que l’exploitation terre-neuvienne siphonnerait le pétrole de propriété québécoise. Dans le cas de figure où Terre-Neuve irait de l’avant avec son exploitation, notre décision de les imiter, donc de doubler l’exploitation, donc d’augmenter les GES, puis de doubler le risque environnemental, n’est pas cohérente avec nos objectifs premiers.
Il est préférable, en ce cas, d’exiger de Terre-Neuve qu’il assume les risques environnementaux, y compris pour les impacts potentiels côté québécois.
d) Le pétrole de Gaspésie
S’il existe sur le territoire québécois des gisements de gaz et de pétrole conventionnels, dont l’exploitation génère moins de GES et d’empreinte écologique que le gaz et le pétrole importés, leur production devrait être autorisée.
Cela semble être le cas pour le pétrole trouvé en Gaspésie. En ce cas, l’exploration et l’exploitation doivent se faire dans le respect des bassins versants et de la nappe phréatique, selon les dispositions, parmi les plus sévères en Occident, proposées par le dernier gouvernement du Parti québécois.
- Le pétrole qui transite par le Québec
Le Québec est devenu, en quelques années, un lieu stratégique pour l’exportation de pétrole provenant de l’Ouest canadien, principalement des gisements de sables bitumineux, parmi les plus polluants au monde.
Les producteurs de ce pétrole ne participent pas à un marché du carbone et ne paient donc pas le juste prix pour l’impact environnemental de leurs considérables émissions de GES, pour ne rien dire de l’empreinte écologique colossale laissée sur les territoires exploités et affectant les populations locales, y compris des Premières nations.
Le pétrole provenant de l’Ouest canadien traverse actuellement le Québec par rail, avec une augmentation fulgurante des volumes et des risques, comme on l’a vu à Lac Mégantic et ailleurs en Amérique du nord. Son exportation suscite également une forte augmentation du trafic maritime de superpétroliers sur le Saint-Laurent. Une partie de ce pétrole s’acheminera sous peu dans le pipeline d’Enbridge, pour transformation et consommation québécoise.
Puis il y a le méga-projet de pipeline Énergie Est, de Transcanada, qui traverserait le Québec pour embarquer ensuite le pétrole par bateau au port de Cacouna, et pour approvisionner les raffineries Irving au Nouveau-Brunswick.
Ces transits sont problématiques à plusieurs égards. Plutôt que de proposer des solutions à la pièce il convient de revenir aux trois principes évoqués plus haut.
a) Le pouvoir québécois de décider
Dans tous les cas – rail, bateau et pipeline, pour transit, transformation ou importation – le Québec doit affirmer sa capacité d’émettre ou de refuser d’émettre des permis de transit s’il juge que le risque environnemental est trop grand.
Dans l’état actuel de nos connaissances concernant le pipeline Énergie Est de Transcanada, et sa volonté de traverser plusieurs cours d’eau, dont le Fleuve Saint-Laurent, avec des techniques nulle part éprouvées, puis sa volonté d’établir son port d’exportation à proximité d’une pouponnière de Bélugas, le projet est, à sa face même, en contradiction avec nos principes de prudence environnementale, pour ne rien dire de l’exigence d’acceptabilité sociale.
En tant que candidat, je m’y oppose formellement.
Le Québec devrait également se réserver le droit de limiter et, le cas échéant, d’interdire non la totalité mais certains transits par rail ou par bateau si les conditions de transit excèdent ses exigences de prudence environnementale.
b) Poser des conditions
Pour ce qui est des volumes d’hydrocarbures autorisés, pour transit, importation ou transformation, le Québec devrait poser les conditions suivantes :
Les entreprises pétrolières devront verser au gouvernement québécois, pour chaque baril ou équivalent, une somme calculée selon trois critères :
- Le prix au marché pour chaque tonne de carbone émise lors de la production de l’hydrocarbure, si ce prix n’a pas déjà été payé par l’émetteur au point d’origine. (L’Alberta n’a pas de marché du carbone, devrait donc payer. Le pétrole de Mer du nord est assujetti à une taxe carbone.)
Les sommes ainsi récoltées seraient versées au Fonds Vert du gouvernement du Québec, et utilisé pour la transition écologique, notamment mais non seulement pour les politiques d’efficacité énergétique et une robuste politique d’électrification des transports.
- Une contribution à un Superfond québécois pour défrayer les coûts de déversement potentiels et autres impacts écologiques;
Les sommes accumulées dans le Superfond seraient principalement investies dans des entreprises québécoises vertes. Le rendement du fonds serait versé au Fonds Vert.
- Une compensation pour le Mal Hollandais. L’augmentation de la production pétrolière canadienne exerce une pression à la hausse sur la valeur du dollar canadien, devenu pétrodollar. La surévaluation du dollar canadien détruit l’emploi manufacturier québécois et nuit à notre économie. Un tarif compensatoire serait donc imposé, par baril ou équivalent, au pétrole canadien transitant sur notre territoire. (Jusqu’à ce qu’un Québec indépendant adopte sa propre devise.)
Le fruit de ces compensations serait versé dans les outils de soutien au secteur manufacturier québécois, à l’innovation, à la hausse de la productivité dont la formation et aux programmes de soutien à l’exportation.
Une autre condition serait posée, en ce qui concerne la sécurité d’approvisionnement du Québec pendant la période de transition énergétique. Ainsi, en cas de rupture d’approvisionnement en pétrole pour le Québec, les entreprises dont les hydrocarbures transiteraient par le Québec serait tenues de répondre aux besoins québécois.
Conclusion
Cet encadrement strict des hydrocarbures au Québec ne constitue qu’un aspect – mais peut-être le plus urgent – de la politique écologique que j’entends proposer, comme candidat, pour faire du Québec une nation exemplaire en cette matière.
Notre parti a trop souffert, ces dernières années, de politiques écologistes parfois excellentes, parfois contradictoires.
Il me semble essentiel d’insérer l’ensemble de nos actions dans un cadre général clair, volontaire et désinhibé, d’abord sur la question du pétrole, ensuite, sur l’ensemble des questions environnementales.
J’estime que le Parti québécois doit afficher son caractère progressiste, écologiste, humaniste et indépendantiste.
J’invite ceux qui partagent cet objectif à se joindre à ma campagne.





