Le Québec et le pétrole : pour une position claire, cohérente, verte

La politique du Québec envers le pétrole doit être sans équivoque et fondée sur trois principes :

  • Faire du Québec une nation exemplaire dans l’effort planétaire de notre génération pour éviter la catastrophe humaine, écologique et économique qui serait provoquée par le réchauffement climatique;
  • Engager le Québec dans une transition écologique visant à réduire graduellement puis éliminer l’utilisation du pétrole et autres hydrocarbures.
  • Affirmer que le Québec, actuel ou indépendant, doit avoir le dernier mot en matière de production ou de transport d’hydrocarbures sur son territoire.

Ces principes nous conduisent à prendre des positions fortes sur plusieurs dossiers d’actualité concernant le pétrole et les hydrocarbures, ceux présents sur le territoire québécois et ceux qui transitent ou comptent transiter par notre territoire.

Après consultation d’experts, de collègues et de nombreux citoyens, militants et membres de ma campagne, je prends, comme candidat à la direction du Parti québécois, les engagements suivants :

1 . La transition écologique et les hydrocarbures québécois

Le Parti québécois devrait développer à temps pour l’élection de 2018, avec tous les partenaires intéressés au développement durable au Québec et en s’inspirant d’exemples internationaux, un plan et un calendrier de transition vers un Québec sans pétrole.

Ce plan intégrerait notamment l’écofiscalité, dont des bonus-malus à l’achat de véhicules, la mobilité durable, l’émergence d’énergies de remplacement, le bâtiment vert et l’aide à l’innovation environnementale.

Pendant la période de transition, la question de l’exploitation de gisements de pétrole et de gaz existants sur le territoire québécois devrait répondre à plusieurs impératifs, cohérents avec les principes énoncés ci-haut.

Une question centrale déterminerait nos décisions :

L’exploitation de pétrole ou de gaz québécois qui remplacerait, pendant la transition, le pétrole et le gaz importés générerait-il, depuis l’exploitation jusqu’à la consommation, plus ou moins de gaz à effet de serre (GES), que le pétrole ou le gaz importés ? Laisserait-il une empreinte écologique plus ou moins importante ?

Si le pétrole ou de le gaz québécois produit moins de GES et laisse une plus petite empreinte écologique que le pétrole importé, on peut envisager son exploitation. Sinon, cette exploitation serait en contradiction avec nos objectifs généraux de lutte aux changements climatiques.

Le Bureau d’audience publique en environnement (BAPE) aurait pour mission de développer une expertise spécifique pour les hydrocarbures et serait appelé à faire ces évaluations.

Cependant nous savons déjà que plusieurs gisements existants ou présumés au Québec ne répondent pas à ces critères.

a) La fracturation hydraulique

Dans l’état actuel de nos connaissances, la fracturation hydraulique comporte pour nos napp.es phréatiques, donc pour nos réserves d’eau potable, un risque inconsidéré et potentiellement irréversible. C’est le cas, quelles que soient les avantages économiques qu’on pense pouvoir en tirer.

Je propose donc d’imiter l’Assemblée nationale française, l’Allemagne et d’autres élus qui ont, de l’Espagne jusqu’au Texas, interdit toute fracturation hydraulique sur notre territoire. Si un jour une nouvelle technologie permet l’exploitation de ces ressources sans risque pour l’environnement et avec une émission de GES moindre que les hydrocarbures importés, alors une nouvelle discussion pourra avoir lieu et les autres variables, favorables et défavorables, pourront être examinées. Pas avant.

b) Le cas Anticosti

La fracturation hydraulique est la seule méthode proposée pour explorer l’été prochain, puis exploiter le cas échéant le pétrole qui dort sous l’île d’Anticosti. L’interdiction générale que je propose concernant la fracturation s’appliquerait donc aussi dans ce cas, mais n’est pas la seule raison justifiant une opposition au projet.

Dans l’état actuel de nos connaissances, le pétrole d’Anticosti, s’il existe en quantité significative, ne peut être exploité sans utiliser une grande quantité d’énergie pour son pompage, puis sans brûler dans l’atmosphère une quantité significative de méthane, qui produit à lui seul 25 fois plus de gaz à effet de serre qu’un volume équivalent de carbone.

Il est probable que plusieurs milliers de puits, donc plusieurs milliers de torchères au méthane, soient nécessaires pour obtenir le pétrole en quantité économiquement satisfaisante.

Chacune de ces conditions d’exploitation contrevient aux principes édictés plus haut.

Cette exploitation de ce qui est appelé avec raison le « pétrole extrême » met à risque la réserve d’eau potable, augmente nos émissions de gaz à effet de serre,  détruit un espace naturel dont nous avons la garde pour les générations à venir.

Je proposerais donc, pour Anticosti, la fin immédiate de l’exploration et la tenue d’un Bape pour nous éclairer sur les données actuellement connues, sans plus.

c) Le cas Old Harry

Notre connaissance du potentiel pétrolier de Old Harry, au large des Îles-de-la-Madeleine et de Terre-Neuve, est encore fragmentaire. Nous savons cependant qu’un déversement, semblable à celui qui a eu lieu dans le Golfe du Mexique, y serait beaucoup plus dommageable car le fond marin est plus élevé, la zone de déversement plus restreinte et les eaux plus froides.

De plus il est probable que le pétrole et le gaz potentiellement présents dans le gisement soient davantage producteurs de GES que le pétrole en ce moment importé au Québec depuis la Mer du Nord ou l’Algérie. Il semble acquis que l’empreinte écologique et le risque écologique de Old Harry soit plus élevé que ceux du pétrole importé.

Il me semble par conséquent peu probable que l’exploitation de ce gisement, dans l’état actuel de nos connaissances, soit cohérent avec les positions de principe qui doivent guider notre action.

Un argument invoqué est à l’effet que Terre-Neuve pourrait décider d’exploiter son segment de Old Harry, obtenir ainsi un gain économique, tout en faisant peser un risque écologique réel sur le golfe du Saint-Laurent. Certains affirment que cela justifierait le Québec d’imiter Terre-Neuve et d’exploiter son propre segment de Old Harry.

Cet argument est fallacieux. D’abord il n’est pas acquis que le gisement est d’un seul tenant et que l’exploitation terre-neuvienne siphonnerait le pétrole de propriété québécoise. Dans le cas de figure où Terre-Neuve irait de l’avant avec son exploitation, notre décision de les imiter, donc de doubler l’exploitation, donc d’augmenter les GES, puis de doubler le risque environnemental, n’est pas cohérente avec nos objectifs premiers.

Il est préférable, en ce cas, d’exiger de Terre-Neuve qu’il assume les risques environnementaux, y compris pour les impacts potentiels côté québécois.

d) Le pétrole de Gaspésie

S’il existe sur le territoire québécois des gisements de gaz et de pétrole conventionnels, dont l’exploitation génère moins de GES et d’empreinte écologique que le gaz et le pétrole importés, leur production devrait être autorisée.

Cela semble être le cas pour le pétrole trouvé en Gaspésie. En ce cas, l’exploration et l’exploitation doivent se faire dans le respect des bassins versants et de la nappe phréatique, selon les dispositions, parmi les plus sévères en Occident, proposées par le dernier gouvernement du Parti québécois.

  1. Le pétrole qui transite par le Québec

Le Québec est devenu, en quelques années, un lieu stratégique pour l’exportation de pétrole provenant de l’Ouest canadien, principalement des gisements de sables bitumineux, parmi les plus polluants au monde.

Les producteurs de ce pétrole ne participent pas à un marché du carbone et ne paient donc pas le juste prix pour l’impact environnemental de leurs considérables émissions de GES, pour ne rien dire de l’empreinte écologique colossale laissée sur les territoires exploités et affectant les populations locales, y compris des Premières nations.

Le pétrole provenant de l’Ouest canadien traverse actuellement le Québec par rail, avec une augmentation fulgurante des volumes et des risques, comme on l’a vu à Lac Mégantic et ailleurs en Amérique du nord. Son exportation suscite également une forte augmentation du trafic maritime de superpétroliers sur le Saint-Laurent. Une partie de ce pétrole s’acheminera sous peu dans le pipeline d’Enbridge, pour transformation et consommation québécoise.

Puis il y a le méga-projet de pipeline Énergie Est, de Transcanada, qui traverserait le Québec pour embarquer ensuite le pétrole par bateau au port de Cacouna, et pour approvisionner les raffineries Irving au Nouveau-Brunswick.

Ces transits sont problématiques à plusieurs égards. Plutôt que de proposer des solutions à la pièce il convient de revenir aux trois principes évoqués plus haut.

a) Le pouvoir québécois de décider

Dans tous les cas – rail, bateau et pipeline, pour transit, transformation ou importation – le Québec doit affirmer sa capacité d’émettre ou de refuser d’émettre des permis de transit s’il juge que le risque environnemental est trop grand.

Dans l’état actuel de nos connaissances concernant le pipeline Énergie Est de Transcanada, et sa volonté de traverser plusieurs cours d’eau, dont le Fleuve Saint-Laurent, avec des techniques nulle part éprouvées, puis sa volonté d’établir son port d’exportation à proximité d’une pouponnière de Bélugas, le projet est, à sa face même, en contradiction avec nos principes de prudence environnementale, pour ne rien dire de l’exigence d’acceptabilité sociale.

En tant que candidat, je m’y oppose formellement.

Le Québec devrait également se réserver le droit de limiter et, le cas échéant, d’interdire non la totalité mais certains transits par rail ou par bateau si les conditions de transit excèdent ses exigences de prudence environnementale.

b) Poser des conditions

Pour ce qui est des volumes d’hydrocarbures autorisés, pour transit, importation ou transformation, le Québec devrait poser les conditions suivantes :

Les entreprises pétrolières devront verser au gouvernement québécois, pour chaque baril ou équivalent, une somme calculée selon trois critères :

  1. Le prix au marché pour chaque tonne de carbone émise lors de la production de l’hydrocarbure, si ce prix n’a pas déjà été payé par l’émetteur au point d’origine. (L’Alberta n’a pas de marché du carbone, devrait donc payer. Le pétrole de Mer du nord est assujetti à une taxe carbone.)

Les sommes ainsi récoltées seraient versées au Fonds Vert du gouvernement du Québec, et utilisé pour la transition écologique, notamment mais non seulement pour les politiques d’efficacité énergétique et une robuste politique d’électrification des transports.

  1. Une contribution à un Superfond québécois pour défrayer les coûts de déversement potentiels et autres impacts écologiques;

Les sommes accumulées dans le Superfond seraient principalement investies dans des entreprises québécoises vertes. Le rendement du fonds serait versé au Fonds Vert.

  1. Une compensation pour le Mal Hollandais. L’augmentation de la production pétrolière canadienne exerce une pression à la hausse sur la valeur du dollar canadien, devenu pétrodollar. La surévaluation du dollar canadien détruit l’emploi manufacturier québécois et nuit à notre économie. Un tarif compensatoire serait donc imposé, par baril ou équivalent, au pétrole canadien transitant sur notre territoire. (Jusqu’à ce qu’un Québec indépendant adopte sa propre devise.)

Le fruit de ces compensations serait versé dans les outils de soutien au secteur manufacturier québécois, à l’innovation, à la hausse de la productivité dont la formation et aux programmes de soutien à l’exportation.

Une autre condition serait posée, en ce qui concerne la sécurité d’approvisionnement du Québec pendant la période de transition énergétique. Ainsi, en cas de rupture d’approvisionnement en pétrole pour le Québec, les entreprises dont les hydrocarbures transiteraient par le Québec serait tenues de répondre aux besoins québécois.

Conclusion

Cet encadrement strict des hydrocarbures au Québec ne constitue qu’un aspect – mais peut-être le plus urgent – de la politique écologique que j’entends proposer, comme candidat, pour faire du Québec une nation exemplaire en cette matière.

Notre parti a trop souffert, ces dernières années, de politiques écologistes parfois excellentes, parfois contradictoires.

Il me semble essentiel d’insérer l’ensemble de nos actions dans un cadre général clair, volontaire et désinhibé, d’abord sur la question du pétrole, ensuite, sur l’ensemble des questions environnementales.

J’estime que le Parti québécois doit afficher son caractère progressiste, écologiste, humaniste et indépendantiste.

J’invite ceux qui partagent cet objectif à se joindre à ma campagne.

Comment le Québec a financé, via Ottawa, le pétrole Terre-neuvien

(Le pétrole étant un sujet d’actualité, voici un texte sur le pétrole terre-neuvien, de 2012)

Oil-Drum-Stuffed-With-Money-150x150On parle beaucoup du pétrole albertain, mais il y en a aussi à l’autre bout du pays, à Terre-Neuve.

D’abord il faut dire qu’à la loto-énergie, si le Québec a hérité d’un potentiel d’énergie propre, il a totalement manqué le train de la distribution de la manne fédérale.

En 2007, le groupe de recherche Energy Probe a calculé que l’investissement fédéral dans le nucléaire s’élevait à 20 milliards $, ce qui a généré pour 75 milliards$ de la dette fédérale actuelle… sans que le Québec ne profite d’une part significative de ce magot.

Mieux encore, le service de recherche de la Bibliothèque du Parlement fédéral, à partir des rapports du commissaire à l’environnement, a calculé qu’Ottawa avait versé seulement entre 1970 et 1999, 40 milliards en subventions et crédits d’impôts divers à l’industrie pétrolière, gazière et du charbon, des industries jusqu’ici inexistantes au Québec. En dollars de 2007, cela fait 79 milliards.

Notons que dans les deux cas, les contribuables québécois ont contribué pour plus de 20% à ces subventions fédérales à nos amis et voisins des autres provinces.

Or voilà que nous avons trouvé du pétrole, à Old Harry, au large des Iles-de-la-Madeleine.

Une question nous saute au visage: ce qui fut bon pour l’oie terre-neuvienne dans le cas du développement de ses gisements d’Hibernia sera-t-il bon pour les jars que nous sommes ?

Voyons ce que ça donnerait.

Une averse, non. Une forte pluie, non. Un déluge d’aide fédérale.

Voici comment un site fédéral résume les choses, pour le développement d’Hibernia:

83139_HiberniaAdventures-150x150Le 18 juillet 1988, le gouvernement fédéral a révélé les détails d’un accord conclu avec un consortium de quatre sociétés au sujet de l’exploitation du gisement Hibernia. L’accord prévoyait une subvention fédérale d’immobilisations de 1,04 milliard de dollars, une garantie fédérale d’emprunt de 1,66 milliard de dollars, une participation fédérale de 300 millions de dollars aux intérêts, un financement temporaire de 175 millions de dollars […]. En 1993, le gouvernement a offert aux trois partenaires [trois compagnies pétrolières engagées dans Hibernia] des prêts sans intérêt pouvant atteindre 132 millions de dollars.

On a donc très hâte de voir si les goussets fédéraux seront également présents pour les entreprises (qu’on espère au moins partiellement québécoises) qui feront les travaux à Old Harry.

Mais ce n’est pas tout. Il y a beaucoup de sauce, de toute nature, sur l’oie terre-neuvienne.

Quand les Terre-Neuviens ont signé avec Ottawa, en 1985, une entente semblable à celle que Québec vient de signer avec Ottawa pour Old Harry, nos voisins et amis ont obtenu que la richesse créée par Hibernia ne soit pas prise en compte dans le calcul de la péréquation. Bref, même si Terre-Neuve s’enrichissait, il fallait faire comme si elle ne s’enrichissait pas, et continue à recevoir de la péréquation — payée, il faut le rappeler, pour 20% par les contribuables québécois. Depuis, Terre-Neuve a reçu 4,6 milliards « comme si » elle n’avait pas de pétrole — dont 1,15 du Québec.

Il ne serait évidemment que justice que l’entente Ottawa-Québec, signée par Jean Charest en 2011, inclue cette clause.

Oups ! Bizarre. J’ai beau lire et relire, je ne la trouve pas.

 

Pétrole: Haro sur la province pauvre !

(La question du pétrole albertain étant d’actualité, je republie cette semaine une série de billets de 2010 à ce sujet.)
pauvreteLa tension entre l’Alberta et le Québec ne fait que commencer. Nous l’avons vu depuis le début de la semaine: l’augmentation de la production pétrolière et la montée du prix du baril va faire de la province riche une province hyper-riche. Nous avons vu aussi que la pression ainsi exercée par le pétrole sur le dollar canadien allait continuer à détruire des emplois manufacturiers au Québec (et en Ontario).

C’est donc inéluctable: non seulement l’enrichissement de l’Alberta va rendre le Québec relativement plus pauvre dans la fédération (notre économie ne peut croître à leur rythme, car nous n’avons pas de pétrole). Mais les effets pervers de la montée du pétrole et du dollar détruisent et détruiront nos emplois manufacturiers, ce qui poussera le Québec à devenir absolument plus pauvre.

Or, que fait-on avec les pauvres ? Deux choses: on les aide, du moins un temps. Puis, on les tient responsables de leur pauvreté et on leur coupe les vivres. C’est exactement ce qui a commencé à se produire, depuis 14 mois.

1. La péréquation

Tout le monde le sait, le Québec est la province qui reçoit le plus gros chèque de péréquation. (Tous les contribuables canadiens contribuent, par leurs impôts fédéraux, à la péréquation, mais seulement certaines provinces reçoivent ce chèque d’Ottawa). On peut arguer que le Québec reçoit ainsi en «aide sociale fiscale» ce que d’autres, notamment l’Ontario, ont reçu pendant des décennies en investissements productifs et créateurs d’emplois, y compris les quelque 40 milliards fédéraux investis dans les sables bitumineux albertains pour les rendre rentables.

Reste que les finances du Québec sont maintenant accrocs à la péréquation, à hauteur de 8,5 milliards pour l’année en cours. Les sables mouvants que constituent pour le Québec — et pour l’Ontario, maintenant membre du club des provinces recevant les chèques — la montée du pétrole et du dollar, les poussent à vouloir toujours plus de péréquation pour rester à flot, d’autant que l’enrichissement de l’Ouest rend ces sommes disponibles.

Ils devront pourtant s’en passer, car les années de vaches grasses sont déjà terminées… pour les provinces maigres. En décembre 2008, le gouvernement fédéral a unilatéralement modifié le mode de calcul de la péréquation pour en freiner fortement la croissance. Cette décision a coûté un milliard au Québec pour l’année en cours, et pour toutes les autres. C’est toute la courbe d’augmentation de l’aide sociale fiscale qui vient d’être aplatie.

Le freinage n’est pas terminé. Si le gouvernement fédéral, dirigé par un Albertain, a mis le frein à main, le nouveau ministre albertain des Finances, Ted Morton, voudrait faire marche arrière. Dans une lettre envoyée au Globe and Mail le 22 janvier 2010, Morton met en cause le fondement même du principe de la péréquation. C’est un système, croit-il, qui encourage les provinces pauvres à rester paresseuses. Comme le BS pour les individus pauvres. J’exagère ? Jugez vous-mêmes. Ce système, écrit-il,

contribue à faire en sorte que la productivité canadienne ne croisse pas au rythme des autres pays du G8. Les provinces qui reçoivent de la péréquation sont moins enclines à réduire leurs taxes car, si elles le faisaient, les bénéfices qu’elles en retireraient [en augmentation de l’activité économique] entraîneraient une réduction de leur chèque de péréquation. Or les impôts et taxes élevées font fuir les investissements et tuent les emplois. Alors le nombre de contribuables potentiels se réduit, les revenus fiscaux déclinent, et la péréquation augmente. C’est un cercle vicieux.

Évidemment, avec cet argument, il est dans l’intérêt de la province pauvre de lui couper au maximum sa péréquation. L’Alberta est donc aujourd’hui officiellement en campagne pour réduire le système même qui permettrait de compenser l’appauvrissement relatif et absolu que son propre enrichissement provoque au Québec et en Ontario.

2. Un ressentiment spécifiquement anti-Québec

J’en ai récemment parlé sur ce blogue, l’Alberta est, après le Nouveau-Brunswick, la province canadienne où on compte le plus de citoyens qui détestent (précisément, qui ont une opinion «hautement défavorable») des Québécois. Ils sont 11% dans ce cas. Au total, 30% des Albertains ont une opinion défavorable des Québécois, contre 47% qui en ont une opinion favorable (22% ne savent pas ou refusent de répondre). Ce n’est peut-être pas un hasard si c’est le ministre canadien de l’Environnement, élu en Alberta, Jim Prentice, qui qualifie de «folly» une politique québécoise sur les émissions polluantes des voitures qui est pourtant adoptée par 14 États américains, dont la Californie.

Il est intéressant pour le Québec de noter la réaction de la Wildrose Alliance, parti d’opposition en Alberta, lorsque les libéraux et néo-démocrates fédéraux ont proposé, en décembre 2008, de former une coalition gouvernementale pour remplacer le gouvernement Harper. La coalition aurait eu l’appui parlementaire du Bloc Québécois.

Le Wildrose Alliance a réclamé que, si cette coalition devait prendre le pouvoir (de manière parfaitement démocratique, il faut le souligner) l’Alberta devrait réclamer la fin du régime de péréquation, et organiser à la place un régime régional de péréquation ne profitant qu’aux provinces de l’Ouest.

3. Une spirale dangereuse

Les planètes politiques semblent alignées, au Canada, pour un prolongement de la domination albertaine du gouvernement fédéral. Il est probable que Stephen Harper restera Premier ministre du Canada pendant encore quelques années.

Mais il faut savoir aussi qu’un gouvernement libéral, même lorsqu’il n’a pas de député en Alberta, prend des gants blancs avec la province pétrolière. Jean Chrétien, à qui on doit de grands moments de franchise, déclarait ce qui suit,en janvier 2008, à l’Edmonton Journal: «Si j’avais offert au Québec ce que j’ai donné à l’Alberta en termes d’aide gouvernementale aux sables bitumineux, j’aurais remporté tous les sièges au Québec !»

Son ministre de l’Environnement, Stéphane Dion, déclarait au New York Times: «Aucun ministre de l’environnement au monde ne peut empêcher ce pétrole de sortir des sables, parce que les sommes d’argent en jeu sont trop élevées.»

Il faut s’y faire. L’avenir de l’économie canadienne sera pétrolier, le Canada étant, comme le répète Stephen Harper « une superpuissance énergétique émergente ». L’avenir de la politique canadienne sera teinté par la richesse du nouvel eldorado albertain et par sa volonté de partager le moins possible sa richesse. Il faudra nous habituer plutôt à entendre les Albertains, et leurs représentants à Ottawa, nous faire la leçon et nous expliquer que notre paresse est la cause de notre pauvreté et que, pour notre bien, il est préférable de nous laisser nous en sortir seuls.

Et ils voudraient qu’on applaudisse.

Être vert dans un pays brun

(La question du pétrole albertain étant d’actualité, je republie cette semaine une série de billets à ce sujet.)

iranian_oil_euro-150x150Les Québécois doivent se rendre à l’évidence. Ils vivent dans un pays qui se transforme, sous leurs yeux, en grande puissance pétrolière.

D’ici 10 ans, la production canadienne d’hydrocarbures va doubler. Le Canada sera un des quatre pays pétroliers les plus importants du globe. Combiné à l’augmentation inéluctable du prix du pétrole, cela va pousser le pouvoir économique du pays vers l’Ouest comme jamais.

Or le Québec ne produit pas de pétrole. Au contraire, il en importe, essentiellement de l’étranger. C’est d’ailleurs son importation principale et l’argent qu’il y consacre ne lui rapporte rien. En 2007, les Québécois ont acheté pour 13 milliards de dollars de pétrole. Si, dans dix ans, le baril devait être à 150$, ce qui est vraisemblable, la facture sera de 21,5 milliards.

Bref, l’intérêt stratégique du Québec est de réduire le plus rapidement possible la part du pétrole dans sa consommation, donc de décourager ses citoyens d’utiliser les produits pétroliers. L’intérêt stratégique du Canada est de favoriser de tous les moyens possibles les produits pétroliers. Pour utiliser une image (et j’invite les internautes à m’en suggérer d’autres) le Québec vert dans un Canada brun, c’est un peu comme si un séminariste avait loué une chambre dans un hôtel de passes et tentait de convaincre le propriétaire d’imposer un couvre-feu. Voyons comment cela se traduit concrètement:

1. Des politiques publiques à contresens des intérêts québécois

La meilleure illustration vient d’être faite. Dans les plans de relance économique de l’an dernier, plusieurs pays importateurs nets de pétrole ont rivalisé d’ingéniosité pour financer des projets ayant un impact environnemental positif, notamment de réduction de la consommation d’énergie. Selon le relevé établi par la banque HSBC, la Chine l’a fait à la hauteur de 38%, l’Union européenne à 59%, la Corée du Sud, à 80% ! Le Canada n’y a consacré que 8% de ses investissements, ce qui même est en retrait de l’effort américain (10 à 12%, mais sur des sommes colossales).

On aimerait pouvoir dire que le Québec a mis son propre plan de relance au service de son environnement. Comme je l’ai déjà écrit ici, ce n’est pas (encore) le cas. Reste qu’il est engoncé dans un pays qui va dans le sens inverse de son intérêt. Lorsqu’on nage dans le pétrole et dans les profits du pétrole, on ne concentre pas son énergie sur les façons de s’en débarrasser.

2. Une menace de sanctions internationales

On le sait, le Québec est, en Amérique du nord, le seul endroit qui aura respecté, en 2012, les objectifs fixés à Kyoto pour la réduction de ses gaz à effet de serre et le seul endroit qui se soit engagé à réduire de 20% ses émissions d’ici 2020, soit l’objectif européen.

Pourtant, parce qu’il fait partie d’un État voyou sur la question de l’environnement, il pourrait être puni par… les Européens. Paradoxe des paradoxes, il serait ainsi davantage puni que l’Alberta.

Au lendemain de l’échec de Copenhague, les Européens ont repris leur débat sur l’opportunité d’imposer une taxe carbone aux produits provenant de pays qui ne font pas d’effort conséquent pour le climat. «Si certains pays parmi les plus grands émetteurs au monde continuent de faire obstacle à l’adoption d’objectifs contraignants de réduction des émissions, l’Union européenne doit envisager, comme le permet le rapport de l’OMC du 26 juin, une taxe carbone sur les produits importés de ces pays qui font une concurrence déloyale à nos entreprises» a par exemple affirmé fin décembre le ministre belge de l’Environnement. On sait que la France et l’Allemagne voient cette mesure d’un bon oeil. Plutôt qu’une taxe à l’importation, il pourrait s’agir de l’obligation faite à la compagnie exportatrice (par exemple, Bombardier) d’acheter un permis de polluer sur le marché européen du carbone. Quelle que soit la méthode, cela rendrait le produit importé plus cher, donc moins compétitif.

Or, au Canada brun, le Québec vert est le principal exportateur vers l’Europe (25% du total canadien). On y vend pour 8,5 milliards de produits, en forte progression depuis 2004. L’Alberta ? 1,7 milliards.

Bref, le Québec, qui n’y est pour rien, serait cinq fois plus puni par l’Europe que l’Alberta, grande responsable de la politique polluante du Canada. Et ils voudraient qu’on applaudisse.

Pétrole albertain: 14 milliards de dollars québécois plus tard

(Comme la question du pétrole albertain est d’actualité, je republie cette semaine une série de billets sur ce thème.)

petrole_oil_dollar_2-150x150Peut-on affirmer, comme le titrait André Pratte dans un éditorial de La Presse, que le pétrole albertain est Notre pétrole ? Absolument.

Depuis 40 ans, les Québécois ont investi collectivement, par leurs taxes et impôts fédéraux, 14 milliards de dollars dans l’industrie canadienne des hydrocarbures.

Nous avons vu hier que l’augmentation de la production pétrolière pousse à la hausse le dollar canadien et que, selon un groupe d’économistes, ce phénomène est responsable de la destruction de 55 000 emplois manufacturiers québécois entre 2002 et 2007. Et ça ne fait que commencer. Or voici comment le Québec a financé ce cercle vicieux:

Selon un calcul de la Bibliothèque du Parlement à Ottawa, de 1970 à 2000, le gouvernement canadien a investi 66 milliards de dollars dans l’industrie pétrolière et gazière canadienne. De 2000 à aujourd’hui, il faut compter au moins 4 milliards de plus, pour un total de 70. Comme le Québec contribue pour 20% aux dépenses fédérales, nous avons donc déboursé 14 milliards en quarante ans dans l’industrie de nos voisins. Une fraction de cette somme nous est revenue, dans les années 73 à 84, en réduction du prix à la pompe. Mais si nous avions investi cette somme au Québec – au hasard, dans les énergies vertes – nous aurions pu créer, chez nous, 8 300 emplois permanents (j’utilise la formule employée par la Canada West Foundation pour calculer les retombées économiques du pétrole). Et c’est donc dire que nos impôts ont créé ces emplois, mais ailleurs au Canada.

On m’objectera que je ne donne qu’une partie du portrait car s’il est vrai qu’Ottawa a beaucoup aidé les hydrocarbures, il l’a fait aussi pour les autres énergies. Il a mis 8,5 milliards dans le nucléaire, dont 1,7 provenait du Québec, et qu’il a presque exclusivement dépensé en Ontario. Avec notre 1,7 milliard, nous aurions pu créer chez nous 1 125 autres emplois permanents.

Pour être honnête, il faut aussi calculer les milliards investis par Ottawa dans notre source principale d’énergie, l’hydroélectricité. Il tombe sous le sens que si le gouvernement canadien a généreusement financé le pétrole de l’Ouest et de Terre-Neuve (3 milliards) et le nucléaire de l’Ontario, il a aussi financé notre électricité. Les séparatistes vous diront que le fédéral a donné 0 milliard, 0 million et 0 dollar à Hydro. Ils ont tort. Le financement fédéral d’Hydro se chiffre à -435 millions de dollars. Oui, moins un demi milliard. Ottawa avait renfloué les coffres du Manitoba et de Terre-Neuve lorsque la météo s’est déchaînée contre leurs réseaux électriques, mais a refusé de faire de même avec Hydro lors du grand verglas de 1998. Donc, nous sommes dans le rouge. Avec ce demi-milliard, on aurait pu créer un autre 320 emplois, au même tarif. (Total cumulé : 9 745 emplois.)

Pour l’avenir prévisible, le gouvernement fédéral dépensera au moins 1,5 milliards par an (donc 300 millions de nos impôts) pour les programmes de captation du carbone des sables et en dépenses fiscales pour l’investissement des pétrolières. Si cela devait se maintenir sur les 25 prochaines années, soit l’horizon utilisé par la Canada West Foundation pour nous allécher quant aux retombées économiques des sables au Québec, cela ferait un apport des contribuables québécois de 7,5 milliards qui, s’ils étaient investis ici, permettraient de créer 5 000 emplois permanents.

Bref, nous avons vu hier que le «mal hollandais» avait fait perdre au Québec 55 000 emplois de 2002 à 2007 et que cela allait s’aggraver. Nous voyons aujourd’hui que les contribuables québécois ont financé, décennie après décennie, l’industrie pétrolière qui aujourd’hui leur est si dommageable. Pire, ils n’ont eu, du gouvernement canadien, aucune contrepartie pour le développement de leurs propres sources d’énergie, bien au contraire. Une équité fédérale énergétique aurait créé 10 000 emplois chez nous. Et ils voudraient qu’on applaudisse.

L’emploi québécois dans les sables mouvants albertains

(Comme la question du pétrole albertain est d’actualité, je republie cette semaine une série de billets sur ce thème.)

TarSandsLeaf-150x150Ils ont un chiffre. Selon le rapport que vient de publier le Canada West Foundation (CWF), l’économie québécoise sera dopée, d’ici 25 ans, par l’exploitation des sables bitumineux.

De combien ? 30 000 emplois permanents sur 25 ans. Ces emplois seront créés grâce aux retombées des titanesques investissements albertains. Le message de la CWF est clair: toute volonté de nuire au développement des sables par des contraintes écologiques sérieuses serait l’équivalent de tuer la poule aux oeufs d’or. (En version originale: Simply put, a blow to the oil and gas industry equals a blow to the western Canadian economy which equals a blow to the national economy.)

Le problème avec ce calcul est qu’il masque une autre conséquence du développement pétrolier canadien: il a détruit, en cinq ans seulement, au Québec, 55 000 emplois manufacturiers. Et cette destruction des emplois québécois (et ontariens) ne fait que commencer. Voici pourquoi.

Accrochez n’importe quel économiste passant sur la rue et demandez-lui ce qu’est le «mal hollandais». Il vous expliquera que c’est la maladie qui affecte le reste de l’économie d’un pays lorsque son industrie pétrolière est en plein boom. Le pétrole fait augmenter la valeur de la devise — chez nous du dollar –, ce qui rend moins compétitives les autres industries et leur fait perdre des marchés, donc des emplois.

Selon une étude publiée l’an dernier par des économistes de l’Université d’Ottawa, du Luxembourg et d’Amsterdam, Does the Canadian economy suffer from Dutch Disease? «jusqu’à 54% des emplois manufacturiers perdus au Canada entre 2002 et 2007 l’ont été à cause du mal hollandais».

Les auteurs précisent que, par cercles concentriques, les industries les plus durement touchées sont l’industrie textile et électronique (concentrées au Québec) et la machinerie. En deuxième lieu, on trouve le meuble (concentré au Québec) les plastiques, le caoutchouc et le métal usiné. Finalement, celles des pâtes et papiers et du matériel roulant (concentrées au Québec).

Entre 2002 et 2007, le Québec a perdu 103 000 de ses 432 000 emplois manufacturiers. En appliquant la règle des auteurs de l’étude, c’est dire que 55 000 emplois ont été perdus à cause de la montée du dollar provoquée par le pétrole.

D’autres économistes pensent que le mal hollandais n’a pas un impact aussi important. Mais tous estiment que la suite des choses est déjà écrite. Plus l’exploitation des sables bitumineux s’étendra — et il s’étendra énormément — et plus le prix du pétrole augmentera — et il augmentera — et plus le dollar canadien prendra de la valeur, et plus la base manufacturière du Québec souffrira. Si on a perdu en cinq ans 55 000 emplois, combien en perdrons-nous, d’ici 25 ans?

Nous savions qu’il y avait des raisons environnementales de s’opposer au développement de l’industrie des sables bitumineux en Alberta. Mais il appert que le strict intérêt économique québécois nous conduit à souhaiter le moins de développement pétrolier supplémentaire possible ailleurs au Canada.

Ce déplacement de l’économie canadienne en faveur de son pôle pétrolier est l’équivalent de sables mouvants qui engloutissent inexorablement les emplois québécois. Et ils voudraient qu’on applaudissent.

Comment le pétrole albertain détruit les emplois québécois

Le projet de pipeline Transcanada, le passage de super-pétroliers sur le fleuve, l’augmentation du nombre de wagons de pétrole traversant notre territoire sur des rails, tout cela fait du Québec un des points de passage entre les sables bitumineux albertains et les marchés étrangers.

Le risque environnemental, pour nous, est énorme. Le débouché que nous offrons, en laissant passer ce pétrole, permet à l’Alberta d’augmenter sa production, donc d’augmenter les gaz à effets de serre.

Mais y a-t-il une autre conséquence négative, directement sur nos emplois ? C’est la démonstration qu’a faite mon collègue Nicolas Marceau, mercredi dernier, à l’Assemblée nationale. Cela vaut la peine de l’écouter:

J’avais abordé cette question dans une série d’articles sur le blogue depuis 2010. Comme le sujet est toujours d’actualité, je vais vous les présenter cette semaine, pour ceux qui sont en semaine de relâche.

Philippe Couillard et l’éloge de l’impuissance

On savait que notre premier ministre avait un grand objectif pour sa nation: qu’elle se conforme à la moyenne canadienne. Il le veut pour l’impôt, pour les programmes sociaux, pour le respect pour les représentants de la monarchie au Québec, pour le ratatinement de la présence internationale du Québec, entre autres.

Mais à l’Assemblée nationale, ce jeudi, notre premier ministre a été plus canadien-moyen que d’habitude. Il était question de pétrole, et du fait que le Québec devient, sous nos yeux, une immense autoroute de pétrole albertain, par bateau, par train et, demain peut-être, par pipeline.

Stéphane Bédard, chef intérimaire du PQ, voulait savoir pourquoi le gouvernement libéral ne levait pas le petit doigt pour demander à Ottawa, au moins, des garanties environnementales, alors que d’autres, ailleurs sur le continent, le faisaient.

Voici la réponse de Philippe Couillard:

M. Couillard : M. le Président, je pense malheureusement qu’on a des grands problèmes arithmétiques du côté de l’opposition officielle. Je répète ma question du 16 milliards [de transferts fédéraux au Québec] qui, en passant, n’a jamais eu réponse. Elle n’en aura pas, parce qu’il n’y a pas de réponse autre que de constater le fait. Je rappelle que, dans ce 16 milliards, il y a plus de 9 milliards de péréquation qu’on reçoit, qui est une répartition de la richesse canadienne, qui est générée en grande partie dans l’Ouest du pays.

Je rappelle enfin que le transport maritime transatlantique est de juridiction fédérale. Et je rappelle, en terminant, que le niveau de juridiction et de protection de l’environnement est inégalé au Canada par rapport à ce qui se fait dans d’autres pays. Maintenant, je voudrais bien qu’on laisse penser aux Québécois qu’ils sont dans un autre pays, mais ils sont Québécois, ils sont Canadiens, et il faut qu’on participe à l’économie canadienne.

Ce à quoi Stéphane Bédard a rétorqué:

M. Bédard : Eh bien, M. le Président, être Canadien, ça nous empêche de protéger notre environnement. Recevoir de la péréquation, ça nous empêche de protéger notre environnement. Ce que je demande au premier ministre — ce qui est drôle, là — la Colombie-Britannique, elle l’a fait. Il y a un premier ministre là-bas, il s’est tenu debout. Le gouvernement des États-Unis, il s’est tenu debout, il a dit : Non, on ne servira pas d’autoroute pour le pétrole. Nous, ce qu’on veut, c’est du développement économique pour notre… ou pour consommer.

M. le Président, ce que je demande au premier ministre, c’est assumer sa responsabilité, protéger les Québécois sur le long du fleuve Saint-Laurent.

L’extraordinaire réponse du premier ministre québécois est très révélatrice. Cet homme est canadien au point qu’il abandonne toute prétention que le Québec ait quoi que ce soit à dire au sujet du pétrole qui passe sur son territoire. Il fait totalement confiance à Ottawa pour bien nous protéger.

Il le fait quelques mois après qu’une enquête fédérale ait démontré l’incompétence et la négligence du Ministère fédéral des transports dans le contrôle du transport du pétrole par rail, négligence qui a contribué à la pire tragédie ferroviaire de notre histoire: Lac Mégantic.

Il le fait le jour après qu’on ait su que le ministère fédéral de Pêche et Océans ait été incapable de donner au Québec quelque information que ce soit sur l’impact des forages de Transcanada Pipelines à Cacouna sur la pouponnière de bélugas.

Non content d’affirmer que le Québec n’a aucune compétence sur les questions maritimes — donc aucune responsabilité de protéger la source de 60% de l’eau potable du Québec — Philippe Couillard vante la « protection de l’environnement » au Canada, qui serait « inégalé » face aux « autres pays ». Cela après huit ans de destruction, par les conservateurs fédéraux, du filet de protection environnemental au Canada, cela après le refus d’Ottawa de suivre les petits pas accomplis par les États-Unis d’Obama en matière de contrôle des GES. Et on ne parle pas des « autres pays » d’Europe, aux normes beaucoup plus strictes que les canadiennes.

Une canadienne au-dessus de la moyenne

À l’autre bout du pays, à l’autre embouchure du pétrole bitumineux, une première ministre parfaitement fédéraliste, Christy Clark, a posé cinq conditions à la réalisation d’un pipeline semblable à celui que l’Alberta souhaite faire passer au Québec.

Elle a tenu tête, défendu sa population, fait reculer l’Alberta et ses entreprises.

On se plait à rêver qu’on ait, un jour, un premier ministre provincial au-dessus de la moyenne canadienne. Ce ne sera pas pour cette fois.

Ah, qu’elle est riche, la sauce terre-neuvienne !

Pendant l’été, quelques billets de blogue choisis, en rappel.

« Ce qui est bon pour l’oie est bon pour le jars » selon l’adage anglophone repris cette semaine par notre voisin et ami le premier ministre ontarien Dalton McGuinty. (En fait, l’expression d’origine dit que la même sauce doit être appliquée sur les deux volatiles, qu’on suppose, en l’espèce, déjà cuits. Mais je m’égare.)

Oil-Drum-Stuffed-With-Money-150x150Ces temps-ci, au Canada, l’oie est Terre-Neuve et les jars (le mâle de l’oie) sont les provinces dont les initiales ne sont pas T-N.

Nous avons vu hier comment pourrait s’appliquer à l’avantage du Québec la garantie de prêt sortie de la boîte à surprise fédérale pour le projet hydro-électrique terre-neuvien. Appliqué à la dette de notre jars Hydro-Québec, cela nous économiserait 9 milliards de beaux dollars.

La sauce au pétrole

Mais il y a une autre sauce dont l’oie terre-neuvienne a profité à plein ces dernières années: la sauce, très riche, de l’aide au pétrole.

D’abord il faut dire qu’à la loto-énergie, si le Québec a hérité d’un potentiel d’énergie propre, il a totalement manqué le train de la distribution de sauce fédérale.

En 2007, le groupe de recherche Energy Probe a calculé que l’investissement fédéral dans le nucléaire s’élevait à 20 milliards $, ce qui a généré pour 75 milliards$ de la dette fédérale actuelle… sans que le Québec ne profite d’une part significative de ce magot.

Mieux encore, le service de recherche de la Bibliothèque du Parlement fédéral, à partir des rapports du commissaire à l’environnement, a calculé qu’Ottawa avait versé seulement entre 1970 et 1999, 40 milliards en subventions et crédits d’impôts divers à l’industrie pétrolière, gazière et du charbon, des industries jusqu’ici inexistantes au Québec. En dollars de 2007, cela fait 79 milliards.

Notons que dans les deux cas, les contribuables québécois ont contribué pour plus de 20% à ces subventions fédérales à nos amis et voisins des autres provinces.

Or voilà que nous avons trouvé du pétrole, à Old Harry, au large des Iles-de-la-Madeleine.

Une question nous saute au visage: ce qui fut bon pour l’oie terre-neuvienne dans le cas du développement de ses gisements d’Hibernia sera-t-il bon pour les jars que nous sommes ?

Voyons ce que ça donnerait.

Une averse, non. Une forte pluie, non. Un déluge d’aide fédérale.

Voici comment un site fédéral résume les choses, pour le développement d’Hibernia:

83139_HiberniaAdventures-150x150Le 18 juillet 1988, le gouvernement fédéral a révélé les détails d’un accord conclu avec un consortium de quatre sociétés au sujet de l’exploitation du gisement Hibernia. L’accord prévoyait une subvention fédérale d’immobilisations de 1,04 milliard de dollars, une garantie fédérale d’emprunt de 1,66 milliard de dollars, une participation fédérale de 300 millions de dollars aux intérêts, un financement temporaire de 175 millions de dollars […]. En 1993, le gouvernement a offert aux trois partenaires [trois compagnies pétrolières engagées dans Hibernia] des prêts sans intérêt pouvant atteindre 132 millions de dollars.

On a donc très hâte de voir si les goussets fédéraux seront également présents pour les entreprises (qu’on espère au moins partiellement québécoises) qui feront les travaux à Old Harry.

Mais ce n’est pas tout. Il y a beaucoup de sauce, de toute nature, sur l’oie terre-neuvienne.

Quand les Terre-Neuviens ont signé avec Ottawa, en 1985, une entente semblable à celle que Québec vient de signer avec Ottawa pour Old Harry, nos voisins et amis ont obtenu que la richesse créée par Hibernia ne soit pas prise en compte dans le calcul de la péréquation. Bref, même si Terre-Neuve s’enrichissait, il fallait faire comme si elle ne s’enrichissait pas, et continue à recevoir de la péréquation — payée, il faut le rappeler, pour 20% par les contribuables québécois. Depuis, Terre-Neuve a reçu 4,6 milliards « comme si » elle n’avait pas de pétrole — dont 1,15 du Québec.

Il ne serait évidemment que justice que l’entente Ottawa-Québec inclue cette clause.

Oups ! Bizarre. J’ai beau lire et relire, je ne la trouve pas.

Billet d’abord publié le 5 avril 2011