Les péquistophobes

Dans son premier roman, Tu aimeras ce que tu as tué, où le talent le dispute à la rage, Kevin Lambert désire ardemment la disparition de quelque chose. « J’ai rêvé ta fin toutes les nuits. Je ferai oeuvre de ta destruction », écrit-il. « Tu te retrouveras enfin dans la poubelle de l’Histoire, ne subsistant qu’au détour d’une phrase trop longue, mal rédigée, dans un paragraphe refoulé, peut-être coupé à l’édition, une bête note de bas de page, un renvoi à un autre ouvrage, épuisé, introuvable. »

Souvenirs fantasmatiques

La vidéo était à la hauteur de notre colère. Une attachée politique forte en montage, Caroline Bouchard, l’avait préparée, à ma demande. J’étais soufflé par sa force de frappe. On y voyait Gabriel Nadeau-Dubois affirmer que les gens l’abordaient « tous les jours » pour lui dire : « On s’attend à ce que vous soyez au moins capables de discuter entre vous. » Discuter, voulait-il dire, d’un pacte électoral avec le Parti québécois, que je dirigeais (de 2016 à 2018). On y voyait aussi Manon Massé, sur une scène, avouer : « Les gens m’arrêtent dans la rue et me disent : “Manon, s’il vous plaît, alliez-vous !” » Puis apparaissaient Amir Khadir et Andrès Fonticella, tous deux extrêmement actifs pour convaincre leurs militants de « l’urgence d’agir », de faire front contre la droite. Amir avait dressé une liste de circonscriptions à se partager, sans toutefois nous l’avoir soumise. C’était trop tôt. On s’en parlerait après.

Coïncidences

Tentons d’imaginer la scène. L’ex-député de Lévis François Paradis voit disparaître sur son calendrier les jours qui le séparent de fin novembre, moment de l’élection de son successeur à sa fonction de président de l’Assemblée nationale. Certes, il n’a pas été nommé ministre par François Legault lors des élections de 2018, lui qui avait tant fait, dans l’opposition caquiste, pour critiquer le sort réservé aux aînés par le gouvernement libéral. C’est Marguerite Blais, arrivée de la dernière heure en 2018, qui a hérité de ce champ qu’il avait tant labouré.

Le blues des bilans

Une autopsie politique extrême, celle de la mort de l’Union nationale

Bienheureux est le parti au pouvoir, entièrement tourné vers la tâche qu’il préfère : gouverner. Pour les caquistes, l’autopsie des élections est aisée. Malgré une campagne désastreuse, peuvent-ils se dire, les Québécois nous ont réélus. C’est bien la preuve que nous avions accumulé avant le déclenchement des élections un capital de sympathie suffisant pour que, malgré les pertes encourues pendant la campagne, le résultat soit resté favorable.

«Dé-distortionner», mode d’emploi

Il n’y aura pas de réforme du mode de scrutin, on a compris. De toute façon, ce ne serait que pour la prochaine fois. Or, c’est cette fois-ci que la distorsion heurte le sens démocratique, le sens de la justice, le sens commun.

Si on ne peut pas faire la révolution, rien n’empêche de faire la réforme. Le rocher qui bloque le passage est inamovible. Rien n’interdit d’en creuser un et d’en aménager l’intérieur, comme le fait Arsène Lupin dans L’aiguille creuse. (Je recommande.)