La leçon de journalisme faite à Maclean’s

QuebecCorruption_MacLeansArticleLe Conseil de Presse du Québec a rendu publique ce mardi sa décision concernant le fameux dossier de Maclean’s « The most corrupt province ».

L’utilisation de Bonhomme.

Concernant l’utilisation du Bonhomme pour symboliser le Québec, le CPQ estime qu’il « s’agissait d’une utilisation caricaturale de ce symbole, servant à illustrer le sujet principal du magazine. Cette pratique ne contrevient pas aux règles déontologiques reconnues. »

Je suis d’accord.

Le titre: la province la plus corrompue.

Le jugement du CPQ tombe comme une brique:

Puisque le Conseil considère que jamais l’article de M. Patriquin ni aucun autre article du magazine n’apportent la démonstration du fait que le Québec serait la province la plus corrompue du Canada, il retient à l’unanimité (7/7) les griefs pour manque de rigueur journalistique et expression de préjugés contre la direction du magazine Maclean’s pour avoir coiffer la une du magazine et l’article de M. Patriquin d’un titre affirmatif (The most corrupt province) laissant croire à une analyse comparative alors que l’affirmation n’est jamais démontrée et que l’article porte plutôt sur des perceptions.

Le commentaire d’Andrew Coyne

Le columnist vedette du magazine avait affirmé que les Québécois étaient pathologiquement corrompus. Il est évidemment difficile de sanctionner une opinion, même outrancière. Le CPQ se limite à relever les erreurs de faits.

Une majorité de ses membres (4/7) lui reprochent de s’appuyer sur des préjugés et des opinions non fondées, notamment lorsque Coyne affirme que:

les scandales de corruption qui ont frappé le Québec sont «more likely if politicians are operating in a general climate of public acceptance of such activities » (plus probables si les politiciens évoluent dans un contexte où le public accepte de telles activités), une affirmation qui est cette fois-ci visiblement contredite par la réalité, considérant la forte réaction du public au dévoilement des scandales en question.

Le texte principal

Le Conseil est particulièrement dur, et à 6/7, contre le texte principal, de Martin Patriquin:

Après analyse, le Conseil constate que M. Patriquin s’est limité à recueillir plusieurs points de vue rapportant l’existence d’une série de cas de corruption au Québec, mais n’a jamais démontré le fait que le Québec serait la province la plus corrompue au Canada. Le journaliste ne présente aucune enquête comparative, rigoureuse et exhaustive menée au Canada permettant de comparer le Québec avec les autres provinces. Le seul élément de comparaison qu’évoque M. Patriquin est un commentaire approximatif de l’historien américain, M. Samuel Huntington qui a écrit en 1968 que la province « is perhaps the most corrupt area (in) Australia, Great Britain, United States and Canada ». Le Conseil considère que cet élément d’information est nettement insuffisant pour considérer le Québec comme champion canadien de la corruption.

De plus, M. Patriquin évoque les derniers déboires du gouvernement Charest en les qualifiant de « long line of made-in-Quebec corruption that has affected the province’s political culture at every level ». Cette phrase soutient que la corruption a atteint toutes les sphères de la culture politique québécoise, une affirmation qu’il ne démontre pas.

La majorité des membres du Conseil juge que ces deux affirmations, lourdes de sens, ne sont pas suffisamment étayées par l’auteur, M. Patriquin, et estime, en conséquence, qu’elles témoignent d’un manquement aux impératifs de rigueur en matière journalistique. On est ainsi forcé de conclure qu’elles relèvent de préjugés, d’autant plus condamnables dans les circonstances qu’ils portent préjudice à l’ensemble des Québécois.

Maclean’s n’a pas présenté de défense devant le Conseil. Sans doute n’en avait-il pas.

Pour lire ce que j’ai écrit à ce sujet, et qui rejoint en plusieurs points l’avis du Conseil, voir ici.

Le Bonhomme contre-attaque – en français

bonhomme-4(Voici la version de ma réplique à Maclean’s telle que trouvée dans le numéro courant de L’actualité. La réplique anglaise était plus longe — on la trouve ici — mais l’essentiel est repris dans ce qui suit.)

J’ai une super-bonne idée de couverture pour le magazine Maclean’s. Imaginez un Bonhomme Carnaval coiffé d’une auréole. Attendez, non ! Des Bonhomme auréolés, mais à perte de vue. Avec, en gros titre : « Les Québécois, les plus incorruptibles d’Amérique ! »

L’article offrirait une thèse originale et décapante, propice à l’augmentation des ventes en kiosque : il existe en Amérique du Nord un petit peuple quasi incorruptible. Son indignation contre le trafic d’influence et les pots-de-vin est atavique, sinon généti-que. Ses héros sont autant d’Eliot Ness dressés contre le mal corrupteur.

Les Québécois ne sont pas invincibles. Dans les années 1930 et 1940, ils croient en Maurice Duplessis. L’homme manie l’arme du ridicule pour embrocher les libéraux et leurs médiocres trafics. Mais il les surpasse ensuite au championnat du favoritisme et du clientélisme. Pendant les années 1950, les Québécois trouvent d’autres héros : l’enquêteur Pax Plante et l’avocat Jean Drapeau, contrepoisons vivants à la débauche et au crime montréalais. À tel point que Drapeau devient maire pour 30 ans, portant les habits du visionnaire autocrate — et parfois incompétent —, mais jamais corrompu.

Chaque décennie voit surgir son redresseur de torts. En 1960, René Lévesque entre, les mains propres, propres, propres, dans « l’équipe du tonnerre » libérale. Il s’oppose à la fraude électorale, à la fraude tout court. Cette équipe transforme le Québec en un énorme chantier de modernisation, et 10 ans durant, les corrupteurs sont muets ou discrets. Ils sortent la tête au début des années 1970. La collusion entre le gouvernement libéral et une FTQ-Construction aux mains de brutes sert de tremplin à de nouveaux champions de l’honnêteté, lors d’une commission d’enquête plus suivie que La soirée du hockey. Les popularités des Brian Mulroney et Lucien Bouchard trouvent leurs origines là, dans leur combat contre la pègre et la brutalité. (Le premier s’est perdu sur le chemin du pouvoir et des enveloppes bien remplies. L’autre est resté un modèle d’intégrité, sa rectitude confinant à la pingrerie.)

Dans la foulée, en 1976, l’odeur du scandale empeste le gouvernement de Robert Bourassa. Les électeurs l’éjectent de son siège — lui préférant même, dans sa circonscription, un poète qu’il avait fait emprisonner — et la presse l’affuble du titre de « politicien le plus méprisé du Québec » (il allait faire un étonnant retour). Il fut remplacé par celui qui est encore aujourd’hui le plus admiré : René Lévesque. Plus intègre qu’indépendantiste, plus rebelle que chef de gouvernement, celui-ci réforme de bout en bout le régime des contrats publics et fait adopter la loi sur le financement la plus sévère du continent. La France et, 25 ans plus tard, le Canada s’inspireront de son audace. Audace insuffisante pour contenir indéfiniment les magouilleurs. Ils contourneront graduellement les articles et alinéas de cette loi, le filet d’eau sale devenant ruisseau dans les années 1990, torrent dans les années 2000.

Mais on anticipe. Le fait majeur est celui-ci : de 1976 au début des années 2000, l’aversion viscérale des Québécois pour la corruption fut la plus forte. Sous quatre premiers ministres de deux allégeances et trois maires de Montréal successifs, que de calme ! Outre quelques médiocres écarts de lobbying, l’inté-grité fait loi. Un peu plus, on aurait pu en faire état à la une d’un grand magazine canadien.

Oui, au cours des années 1990, le mépris de l’éthique a une ville : Ottawa. Le gouvernement Chrétien est élu en 1993 grâce à l’appui massif des Ontariens, mais contre le vœu des électeurs du Québec — qui lui préfèrent le Bloc, de Lucien Bouchard. Dans une chaîne de commandement qui allait du bureau du premier ministre canadien aux entrailles de l’administration publique, Ottawa tente littéralement d’acheter l’identité des Québécois à coups de feuilles d’érable et de commandites, huilant au passage les rouages d’un Parti libéral canadien déconsidéré. Informés de ce double trafic d’influence, identitaire et pécuniaire, les Québécois voient… rouge ! Au point de vouloir, à 55 % en 2005, se séparer sur-le-champ d’une capitale fédérale génératrice d’autant de boue. (Malheureusement, les indépendantistes n’étaient pas au pouvoir à Québec pour transformer ce vœu en réalité.)

Écœurés, les Québécois avaient besoin d’un nouvel Eliot Ness. Ils le trouvèrent et en firent l’Anglo-Québécois le plus populaire de tous les temps : John Gomery. À l’élection fédérale suivante, ils votèrent encore plus fort pour les candidats dont le slogan était « Un parti propre au Québec ».

À peine remis des odeurs de ce qu’un ex-libéral-bloquiste-commentateur-libéral-commentateur (vous l’avez reconnu ? Jean Lapierre) a appelé « le poisson mort » pourrissant outre-Outaouais, les Québécois se voient aujourd’hui secoués par une nouvelle vague de corruption. Leur colère est à la hauteur des fautes qu’ils découvrent dans les copinages du gouvernement libéral, dans les contrats frauduleux accordés par la métropole, dans les pratiques brutales, encore, de la FTQ-Construction, dans la collusion des entrepreneurs membres du « Fabulous 14 » pour se partager le gâteau des contrats publics.

Comment la population du Québec réagit-elle ? Jamais elle ne fut plus dégoûtée. Jamais elle n’a voulu autant en découdre avec ceux qui contredisent à ce point leur sens inné de la probité. Quelque 80 % des Québécois demandent une enquête complète et implacable, 58 % souhaitent le départ de Charest, de préférence dans l’heure. Ils veulent cette enquête en bloc. Ils la veulent en détail : ingénieurs, policiers, associations d’avocats, conseil municipal de Montréal, à l’unanimité, tous ragent de ne pas obtenir une enquête salvatrice et un nettoyage en profondeur. Les journalistes sont aux aguets et au travail comme s’ils avaient encore 20 ans, et ils sont applaudis par les lecteurs et les téléspectateurs dévorant leurs reportages. « Ça ne m’était jamais arrivé que les gens me fassent des pouces en l’air », s’étonne la journaliste Marie-Maude Denis dans le Trente, le magazine de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. « C’est tellement gratifiant ! » Elle est une des investigatrices de l’émission-vedette de Radio-Canada Enquête, que chaque corrompu de l’État, de l’entreprise et du monde syndical regarde chaque semaine, dans l’angoisse de celui qui craint d’entendre son nom, de voir son visage, d’être surpris en flagrant délit. Les coupables ont le même sentiment en écoutant la période de questions, tant l’opposition est elle aussi à l’offensive, implacable, jour après jour.

Telle une multitude de saints Bonhomme enragés, les Québécois meurent d’impatience de mettre les vauriens à la porte et les escrocs en prison. Si des élections avaient eu lieu au cours des 18 derniers mois, leur vœu aurait été exaucé. Ils s’ennuient de Pax Plante, de Lévesque, de Bouchard, n’ont que faire d’un Bastarache aux jupons trop voyants. Certains rêvent de remettre Gomery en service, à la tête de la Direction générale des élections, pour faire un grand ménage. En plus, il est volontaire. Mais qu’importent les noms. Ce n’est qu’une question de temps avant que la longue tradition québécoise d’intégrité reprenne encore une fois le dessus.

Voilà mon idée pour une couverture-choc de Maclean’s. Vous trouvez mon récit partial, tiré par les cheveux ? Ai-je fait la démonstration chiffrée que les Québécois sont plus méritants, au palmarès de l’intégrité, que leurs voisins du continent ? Non ? En effet. Pas plus, certainement, que Maclean’s n’a fait une telle démonstration chiffrée, lui qui nous donne la dernière place au Canada.

Gilles Duceppe a répondu à la couverture du Bonhomme corrompu en citant la défini-tion de la xénophobie que donne le Conseil de l’Europe : « Hostilité systématique ou irrationnelle à l’égard d’une ou plusieurs personnes, essentiellement motivée par leur nationalité, culture, genre, religion, idéologie ou origine géographique. » Alors posons la grande question : les auteurs du dossier de Maclean’s, le chroniqueur et directeur de l’information nationale Andrew Coyne en tête, sont-ils xénophobes à notre égard ?

Jugeons d’abord au mérite. Le Québec est-il vraiment la province la plus corrompue ? À première vue, cela paraît plausible, et le seul défi posé à Maclean’s fut de faire tenir en un seul article la série d’allégations et d’affaires louches qui planent au-dessus du gouvernement Charest, de Montréal et de la FTQ. Curieux de nature, j’ai voulu découvrir dans les pages de cet article les critères utilisés pour nous attribuer la première place. Nombre d’infractions ? Montant des pots-de-vin ? Fréquence des démissions d’élus ripoux ? Et si nous sommes « number one », qui est le numéro deux, et avec quel écart le devançons-nous ? Vous connaissez déjà la réponse. Maclean’s, qui publie pourtant chaque année un palmarès chiffré des meilleures universités, n’étaye son accusation de championnat québécois de la corruption sur aucune mesure comparative, quelle qu’elle soit. Soyons clairs : en journalisme, cela s’appelle une faute professionnelle grave.

Mais est-ce la peine de lever tous les boucliers du Québec ? Pour un titre sensationnaliste ? On en voit à la pelle. Ils font vendre plus d’exemplaires. Et Maclean’s est dans le commerce des exemplaires. Le premier réflexe est de jouer l’indifférence. Jusqu’à ce qu’on lise, dans la prose acide d’Andrew Coyne, que les Québécois sont imperméables à la « critique constructive ». Jouons avec lui :

Coyne aux Québécois : « J’ai une critique constructive à formuler à votre endroit. »

Les Québécois : « Génial, nous écoutons. »

Coyne : « Vous êtes pathologiquement corrompus. »

Les Québécois : « Hum. Comment vous remercier ? »

Les auteurs de Maclean’s prétendent démontrer — et affirment brutalement — que les Québécois sont naturellement, historiquement et systématiquement corrompus. Pas ces temps-ci, de tout temps. Ils souffrent d’un manque d’éthique « inévitable », « profondément ancré » ; c’est « une corruption bien enracinée », « une constante », « un ensemble particulier de pathologies », écrit Coyne. « Une longue tradition de corruption made in Québec qui a imprégné la culture politique de la province à tous les niveaux », écrit Martin Patriquin. (Oui, à tous les niveaux.)

Le test de la xénophobie est simple. Le voici : si Coyne avait écrit que les Juifs sont pathologiquement cupides, les Noirs pathologiquement paresseux ou les Terre-Neuviens pathologi-quement niais, son commentaire aurait été lancé par la fenêtre.

La triste vérité est que, depuis 1990, le niveau de tolérance du Canada anglais à l’intolérance envers le Québec est en forte hausse. Il est devenu acceptable et accepté de considérer le Québec, en bloc, comme un lieu inférieur, malade, méprisable.

Jan Wong a écrit dans le Globe and Mail que les tueries de Dawson et de Polytechnique trouvaient leurs sources dans… les lois linguistiques du Québec. Cette ineptie nourrie de préjugés a été cautionnée par les éditeurs du Globe. Lawrence Martin a fondé une partie de sa biographie diabolisant Lucien Bouchard sur l’opinion de psychologues alléguant que le chef séparatiste avait l’esprit dérangé. (Attendez : séparatiste et dérangé ne sont-ils pas synonymes ?) Dans le reste du Canada, aucun essai sur le Québec n’a été plus lu que celui de Mordecai Richler, avec ses 85 000 exemplaires vendus. L’écrivain y soutenait que 66 % des Québécois étaient « extrêmement antisémites » — un pourcentage plus grand que dans l’Allemagne des années 1930. Même le regretté Peter Gzowski, la voix de la raison journalistique canadienne, l’a défendu. La chroniqueuse du National Post Diane Francis a affirmé, par écrit, regretter que les chefs séparatistes ne puissent être pendus. La version torontoise de Châtelaine l’a nommée femme de l’année.

Ces gens-là ne sont pas des rednecks des Prairies ronchonnant contre les menaces diaboliques du bilinguisme ou du système métrique. Ce sont des plumes lues et respectées, publiées dans les plus importants médias du Canada. Et elles n’ont pas hésité, en septembre dernier, à crier au chantage quand le Québec a demandé au gouvernement Harper de financer son futur Colisée. La requête était discutable — je l’ai moi-même critiquée dans mon blogue, comme mille autres journalistes locaux. Or,  le réflexe de la presse canadienne et des élites politiques n’a pas été de simplement mettre en doute le bien-fondé de la subvention, mais plutôt d’insulter les Québécois en bloc pour leur attitude de quêteurs traditionnels.

Voilà où nous en sommes. À la xénophobie ordinaire, assumée. Étalée à la une de Maclean’s pour promouvoir ses ventes, avec pour effet direct de renforcer la détestation du Québec. Moi, vous le savez, je veux l’indépendance du Québec. Comme environ la moitié de mes compatriotes francophones ces jours-ci, je voudrais que ma nation soit entièrement redevable de ses succès et de ses échecs — au diable la péréquation. Mais la route vers cet idéal est longue, et parfois, je me sens las. J’ai un truc. Je lis la presse torontoise et je sens le dédain, le mépris à l’égard du Québec qui y sont maintenant monnaie courante. Il ne m’en faut pas plus pour me remémorer une autre bonne raison de sortir du Canada. Je rêve de vivre dans un pays qui me respecte. Ça, je ne l’ai pas.

TLMEP: ce qui s’est vraiment passé avec N. Normandeau…

Chers internautes,

Merci à tous pour vos commentaires et vos critiques sur mon intervention à Tout le monde en parle, ce dimanche. Ceux qui ne l’ont pas vu peuvent se rendre sur le site de TLMEP.

Pour répondre à vos questions et commentaires, j’ajouterais deux choses.

tlmep

 

 

 

 

 

 

Maclean’s: J’ai dit toutes les choses dures que j’avais à dire sur le travail de Martin Patriquin et de son magazine, mais j’avais de l’empathie pour lui et pour le cran dont il a fait preuve en se présentant à l’émission. C’est pourquoi je tenais à souligner des points de convergence à la fin.

Normandeau: Au sujet de mon échange avec Nathalie Normandeau. Comme vous le savez, l’émission dure beaucoup plus longtemps et est coupée. C’est normal, sinon ça durerait jusqu’à 1h du matin. En fait j’avais plusieurs échanges avec Mme Normandeau.

*Un sur les enchères et les gaz de shistes, qu’on a vu;
*un autre sur les visites de Rondeau à Chantal Landry, qu’on a vu;
*un échange beaucoup plus long sur la « proximité » entre le PLQ et l’industrie des Gaz;
*un autre sur l’empressement du gouvernement pour l’exploration, et
*un dernier– dont j’étais très content– ou je lui demandais, puisqu’il n’y avait pas de commission d’enquête, si quelqu’un enquêtait sur l’ex-ministre Tomassi et la distribution de places en garderies à des gens qui donnaient à la caisse du PLQ.

Il y avait aussi un commentaire où elle disait que le BAPE pouvait demander un prolongement de son mandat puisque des gens indépendants comme moi étaient présents — ce à quoi je rétorquais que je réclamais dores et déjà un prolongement.

À un autre moment, elle utilisait le terme « changement de régime » pour parler des modifications aux barèmes des redevances gazières, ce à quoi je répliquais dans un sourire: « oui, il faut un changement de régime ».

Ces échanges nombreux expliquent pourquoi, quand madame Normadeau annonce qu’elle quitte le plateau, Dany Turcotte lui dit qu’en partant tout de suite, elle quitte son « nouvel ami », parlant de moi.

Je ne me plains pas. Je trouve que les deux échanges — avec Patriquin et avec Normandeau — ont été très correctement montés et que l’essentiel y était.

Cela dit, j’ai trouvé la vice-première ministre aussi bonne qu’elle pouvait l’être dans les circonstances. (J’ai un parti pris, je l’avais désigné Pompière de l’année, en décembre dernier). Elle fut à la hauteur de son prix ce dimanche. En plus, elle sentait bon…

L’intégrale des entrevues politiques

J’ai déjà indiqué ici que TLMEP aurait intérêt à mettre sur son site internet l’intégrale des entrevues politiques. Par exemple, nous n’avions eu qu’un extrait du débat entre Pauline Marois et Charles Taylor.

Cela leur donnerait énormément de visites supplémentaires.

Si vous êtes d’accord avec moi, écrivez-leur pour le leur dire

 

Lettre à Bonhomme: votre makover est extrême

bonhommefache1-300x199Cher Bonhomme Carnaval,

C’est la seconde lettre que je vous adresse et, bien que vous n’ayez pas (encore?) répondu à la première, sachez que je suis à votre service. Par exemple, lors de l’émission Tout le monde en parle diffusée ce dimanche, je me suis chargé de faire la promotion de votre nouvelle image, celle imaginée par votre nouveau designer, André-Philippe Côté:

Certes, vous avez été entraîné, à votre rond corps défendant, dans une polémique de première grandeur. Mais puisque vous y êtes, laissez-moi vous parler franchement. J’espère que vous ne perdrez pas votre sourire pérenne en entendant le fou du roi, Dany Turcotte, faire une blague salace à votre sujet. Je sais que sa remarque ne créera pas un froid entre nous. Vous êtes déjà, en soi, au point de congélation.

Jean Charest ou le Harfang des neiges ?

Voici ce qui se passe avec vous. Jusqu’à la semaine dernière, vous étiez le symbole un peu vieillot — on dirait négativement quétaine, charitablement kitsch – d’un certain folklore québécois pour touristes et enfants.

Votre couleur principale, le blanc, vous prêtait une condition virginale. Votre rondeur et votre sourire signalaient l’innocence de celui qui n’a jamais connu que le jeu et la danse.

Or vous voilà devenu, ce que vous n’avez jamais été, un symbole du Québec tout entier. Cela tombait bien, nous n’en avions pas. Le castor et le harfang des neiges n’arrivaient pas à capturer notre existence dans sa complexité. Le patriote à tuque avec sa pipe et son mousquet avait été, disons, kidnappé par un groupe de québécois fort peu représentatifs.

Comment votre transformation s’est-elle produite ? En deux temps. D’abord, je le suppose, les illustrateurs de Maclean’s ont cherché une personne qui pouvait représenter le Québec en couverture de leur magazine.

Jean Charest aurait fait l’affaire. Mais peut-être ont-ils pensé que de le présenter avec, à la main, une valise débordant de cash n’aurait pas provoqué le contraste — le schock value — recherché. Certains auraient pu penser que ce n’était même pas un montage !

cover1Peut-être l’ignorance torontoise de votre statut de non-symbole des Québécois a-t-elle favorisé leur choix. Le contraste, bien réel, entre votre bonhommie intrinsèque et le flagrant délit de valise de billets mal acquis a du plaire aux faiseurs-de-couverture sensationnelle. Mais en vous choisissant, vous, plutôt qu’une figure politique, les responsables du magazine canadien le plus lu ont délibérément élargi la cible de leur accusation de corruption.

Vous ne représentez pas la classe politique, le PLQ ou Franco Fava. Vous n’êtes nullement un symbole des élites et des deux pathologies identifiées comme corruptogènes: la taille de l’État et la question nationale. Dans l’oeil de l’autre, donc, vous représentez le Québec tout entier.

Une renaissance

Maclean’s a donc provoqué votre renaissance. Et lorsque l’équipe de L’actualité a voulu répondre à la charge des scribes torontois, elle a pensé aussi à vous utiliser, vous, comme arme de riposte. Mais comment ? Il fallait le caricaturiste/illustrateur André-Philippe Côté pour mettre sa plume en plein cœur de ce que mes profs d’universités appelaient «le signifiant» — le message émis par l’image — et renverser du tout au tout la réputation dont Maclean’s tentait de vous affubler.

Une semaine accusé à Toronto de représenter l’âme damnée des Québécois cachée sous une apparence, disons, bonhomme, vous devenez 15 jours plus tard l’incarnation d’une foule engagée pour le retour à la probité. Côté a accouché d’un Bonhomme nouveau, l’a identifié à la réelle tonalité québécoise actuelle: la colère. Colère contre la corruption, colère contre le gouvernement Charest et colère contre ceux qui ont voulu les associer, eux, à cette saleté de copinage, d’enveloppes et de «pressions colossales» qu’ils dénoncent sans relâche.

Oui, votre makeover est extrême. Mais il est salutaire. Pour vous, et pour nous.  Votre nouveau look, qui s’étale sur la Une de L’actualité désormais en kiosque, circule à haute vitesse sur Facebook. Plusieurs ont choisi  votre image comme identifiant, tant elle colle à notre humeur (aveu: je l’ai fait aussi).

Il y a deux semaines, on n’aurait pas même voulu être pris en photo avec vous. Cette semaine, vous êtes l’homme (le bonhomme) de l’heure.

Un fan,

JF Lisée

P.S.: J’ai montré à Tout le monde en parle un T-Shirt arborant votre nouvelle image. Si vous souhaitez obtenir ce T-Shirt, extra-extra-large il va sans dire, faites comme tous les internautes intéressés et inscrivez dans les commentaires de ce blogue: si ces T-Shirt étaient disponibles, je voudrais m’en procurer un.

Voyez-vous, je tente de convaincre la direction de L’actualité d’imprimer T-Shirts, macarons et tasses à votre effigie. Quand je vous dis que je suis à votre service…

Palmarès de la corruption: Maclean’s trouve la province #2 !

silverLe suspense était insoutenable, depuis la sortie du Maclean’s anti-Bonhomme. Mais qui était donc la seconde province la plus corrompue après le Québec — qui, comme chacun sait maintenant est « dans une ligue à part » ? Et quel est l’écart qui sépare le champion — nous — de la médaille d’argent?

Enfin, la réponse est dévoilée: La Colombie-Britannique s’installe fermement au deuxième rang. Le bronze va à l’Ontario. Qui le dit ? Les Britanno-colombiens et les Ontariens eux-mêmes dans un sondage Angus Reid commandité par Maclean’s et rendu-pas-suffisamment-public-à-mon-goût ce samedi 2 octobre.

Interrogés sur leur niveau d’inquiétude envers la corruption dans leur propre province, les répondants (très ou modérément inquiets) se répartissent comme suit:

68 % Québec
61% Colombie-Britannique
56% Ontario
46% Provinces Atlantiques
37% Alberta
33% Prairies

Alors, c’est clair ? (Incroyable, au Québec, 32% ne sont pas très ou modérément inquiets ! Il y a même 7% pas inquiets du tout ! La famille Tomassi-Charest élargie sans doute…)

Maclean’s a ensuite demandé à tous les Canadiens — qui étaient peut-être depuis quelques jours informés qu’une province en particulier était plus corrompue que les autres — de nous dire s’ils pensaient qu’une province en particulier était plus corrompue que les autres. (C’est la boucle de communication perfectionnée par Fox News. Fox vous dit quoi penser. Puis vous demande ce que vous pensez. Puis rapporte que vous pensez comme Fox.)

Mais il y a de la résistance:

58% des Québécois pensent que les politiciens
les moins éthiques sont au Québec
57% des citoyens de Colombie-Britannique pensent
qu’ils sont chez plutôt chez eux.
57% des Albertains pensent que les moins éthiques
sont… au Québec (45% les voient en Alberta)
56% des citoyens des provinces Atlantiques
les identifient aussi chez les Québécois
46% des Ontariens croient aussi qu’ils sont au Québec,
mais 43% les voient en Ontario. C’est chaud !
45% des habitants des Prairies votent
aussi pour les Québécois.

La science de la propagande

Il serait utile, pour l’analyse du phénomène de la propagande moderne, d’avoir une version de ce sondage réalisé une semaine avant le numéro spécial hypermédiatisé de Maclean’s. Mais la science restera à jamais ignorante de l’effet Maclean’s sur notre réputation canadienne.

Plus loin dans le sondage, Angus Reid propose plusieurs explications à la corruption québécoise. Et on voit que Maclean’s a contribué à convaincre 22% des Canadiens (et des Québécois) que « la corruption politique au Québec est un symptôme d’attitudes publiques étendues et ne peut être combattue seulement par des lois« . Bref une vraie tare.

Le quart des Canadiens — et 41% des Québécois — croient plutôt que la corruption est un problème « systémique » dont on peut venir à bout par des réformes. Un autre quart estiment que la corruption québécoise se limitent à « quelques pommes pourries » qu’il faut gérer au cas par cas.

Une autre question, polluée aussi par la Cover de Maclean’s, nous donne cependant une indication sur l’opinion qu’ont les Québécois de la corruption canadienne.

On demande à tous de nous dire si les politiciens Québécois sont plus ou moins éthiques que ceux des autres provinces.

44% des répondants du Rest of Canada (selon ma règle de trois) estiment que les politiciens du Québec sont moins éthiques que les leurs — une idée bien enracinée chez les Albertains (55%) et dans les provinces Atlantiques (57%).

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Mais les Québécois ne sont pas de cet avis. Durs avec leurs propres politiciens, ils ne sont pas prêts à les considérer pires que dans les ROC. Seulement 29% les juges « moins éthiques » et 47% les jugent « aussi éthiques’ » que les autres. Lucides, ils ne sont heureusement que 2% à les juger « plus éthiques ».

Du moins, pour le moment.

Un dernier mot sur ce sondage. Les questions sont posées au présent. Les répondants se prononcent donc sur la situation actuelle. Les articles du Maclean’s étaient nettement plus ambitieux. Ils affirment que la structure politique québécoise est historiquement et pathologiquement plus corrompue que les autres.

Si cette question avait été posée aux Québécois, ces derniers auraient montré davantage de crocs, j’en suis certain.

Bonhomme strikes back / La réplique

bonhomme-4(Voici le texte intégral de ma réplique à Maclean’s. Elle est sur le site de Maclean’s et une version plus courte mais non moins cinglante apparaît dans le magazine anglophone en kiosque depuis ce jeudi.)

I was more amused than shocked by Maclean’s cover naming Quebec “the most corrupt province in Canada.” It certainly feels that way these days, and Martin Patriquin’s only challenge was to cram in a single story all the strands of allegations and shady shenanigans surrounding Quebec’s current Jean Charest government. All the facts in the story are public knowledge, and for the most part brought to light by an aggressive Quebec media and no less insistent opposition parties.

Granted, the blow—being named most corrupt province—was not as painful for me to take as for most of my brethren, since I am aware of Maclean’s penchant for take-no-prisoners covers. Thanks to the weekly’s headline writers, I have been informed these past few months that Lawyers are Rats, Hitler is Back, Toronto Sucks, New York is a Land of Constant Terror, Hillary Adopted an Alien Baby, and Bush was a new Saddam.

No wait! Maybe one of those titles came from another magazine. No matter. Having been a journalist for a couple of decades, I did try to find in last week’s issue the methodology used to grant Quebec its number one spot on the corruption scale. I was curious to know who was number two, and how wide the margin was—as in Maclean’s yearly university rankings. Did the writers use the number of corruption convictions of elected officials in each province since 2000? The cash amount proven to have changed hands illegally? Or, since no conviction is to be found in Quebec (yet?), the number of police inquiries in play? I was disappointed. Maclean’s has no comparison metrics whatsoever. The whole cover is based on opinion and perception alone. Hopes for a Pulitzer on this one are dim.

So, what is the fuss about? A screaming headline loosely based on facts? They’re a dime a dozen. They sell. And Maclean’s is in the selling business. So all would be forgiven, if it were not for Andrew Coyne’s scoop that Quebecer’s are impervious to “constructive criticism.” Let’s try.

Coyne to Quebec: I have some constructive criticism for you.

Quebec: Great, let’s hear it

Coyne: You are pathologically corrupt.

Quebec: Gee, thanks!

The story is not about the trifecta of: 1) alleged and probably rampant political-donation-for-contracts schemes of the current Quebec government; 2) alleged and demonstrably occurring strong-arm tactics and graft culture of one major element of one of many Quebec unions; and of 3) alleged and probably rife bidding-rigging system of a group of contractors (dubbed «the fabulous fourteen») in the Montreal area since earlier in the decade. That would have been sufficient for a cover.

No, Maclean’s writers purport to show—and clearly affirm—that Quebecers as a people are inherently, historically and systemically corrupt. “Deeply entrenched,” “inevitable” lack of ethics, with “roots of corruption [that] run deep,” “a pattern,” “a peculiar set of pathologies,” writes Coyne. “A long line of made-in-Quebec corruption that has affected the province’s political culture at every level,” writes Patriquin. (Yes, “every” level!)

Two arguments are marshaled to explain why Quebec stands “in a league of its own” in the corruption sweepstakes. The first is the size of government. The second is the corrupting impact of a nationalist culture intent on getting “loot” or “booty” from Ottawa.

Let’s deal with the voodoo economics first. According to Maclean’s, the bigger the size of government in the economy, the badder, and the sleazier. Quebec being the most left-of-centre government on the continent it should, of course, be the most corrupt. Am I allowed to use comparative figures in this rebuttal? Transparency International tracks corruption in the world. People are asked if they had to pay a bribe or if they feel that private companies have to. The last report, like the previous ones, does show correlation between size of government and graft: reverse correlation. European governments and the greatest spenders, Scandinavian governments, are deemed significantly cleaner than North American governments, who leave more of the economy to the private sector. Haliburton, anyone ? (A contender in my “best quote ever” file is from David Frum’s recent report on a major Republican consultant commenting on the last small-government Republican administration: “I thought we would get more done before becoming completely corrupt!”)

Then there is the “booty” paradigm. Here Quebec’s incessant requests combine with Canada’s victimization as the benevolent provider faced with ingrates. Pierre Trudeau can be thanked for having conceived and pushed this narrative. In 1950 he wrote that Quebecers “are turning into a disgusting bunch of blackmailers.” Ripping into the Meech Lake Accord 42 years later, he revisited the quote, in Maclean’s: “Things have changed since then, but for the worse.”

The “bidding war” [between federal parties to win over Quebec votes] tenet is now entrenched into the Canadian psyche. It will stay there, I am sure. But let me explain why it is wrong. Equalisation: yes, Quebec gets more in the aggregate—and less per person—than any other province. But newsflash: for decades we told Ottawa that we would rather have jobs than dole. And we tired of explaining that if the federal investment in the economy (capital, purchases, research, grants) were distributed in proportion to the population, Quebec would instantaneously knock off one point of unemployment off the chart, more so over the years, and get less equalisation.

Take energy. According to Stéphane Dion’s count, the federal purse sank $40 billion into Alberta’s tar sands industry. Fourteen of these billions came from Quebec. Add in the billions for Ontario’s CANDUs and Newfoundland’s sweet deal on Hibernia and you get quite a tab, a quarter of which was paid by the booty-hunters. Now let’s compare that with federal investment in Quebec’s hydro-power in the last, say, hundred years. The answer is zilch. (But we got Mirabel. Don’t get me started.)

There is an impact on Quebec. Call it blowback. According to a recent university study (not from a Quebec university), the loonie’s overvaluation, driven by oil gushing from Alberta and Newfoudland, has destroyed 55,000 jobs in Quebec manufacturing in just five years. A sign of things to come. But, not to worry, equalization growth has been capped for the future, so future oil damage to Quebec (and Ontario’s) manufacturing base will hardly be offset anymore.

The narrative is most entertaining when it comes to “buying” votes in Quebec. The Mulroney government will never shake the very political decision to grant Quebec’s Canadair, rather than Manitoba’s Bristol, the 1986 CF-18 maintenance contract. But does that reflect the whole picture? In November 1991, anti-booty nastiness in Parliament reached unprecedented heights. Then-Treasury Board President Gilles Loiselle, charts in hand, felt compelled to admit to MPs that transfers to other provinces had grown 7 to 10% in the previous 15 years, but only 4% for Quebec. Only in Ottawa would a Quebec politician have to pledge to be stingy towards his home province.

Figures are clear for the referendum period. Yes, Ottawa illegally funded shady pro-Canada outfits during the campaign—that much has been proven. But the sums were paltry. Let’s look at the real figures. From its 1994 high point to the 1998 low point, federal capital investment—Ottawa’s most direct input—was reduced, overall, by 31 per cent in Canada. These were the dark days of deficit reduction. In Ontario, the reduction was 19 per cent. In Québec, 33 per cent. That makes Bonhomme Carnaval a pretty inept booty hunter.

But we’ve still got the dole, right? Consider this: In the same period, Ottawa moved to rein-in the financial flow to Quebec, over and above the severe across-the-board cuts in health, education and welfare funding. Respected economist Pierre Fortin figures that the EI reforms added a $100 million per year burden on Quebec. And the 1999 surprise reform of transfers wiped-out Quebec’s (and Newfoundland’s) redistributive advantage and reduced Quebec’s expected share of new funding by $1.8 billion over five years. And forget about compensation for GST harmonization or for the ice storm damage, where other provinces in strangely similar circumstances, and whose characters are not sullied on front pages, fared way, way better.

I lived these days from the inside (full disclosure: I was an adviser to Lucien Bouchard). We didn’t find no booty. We found a stubborn willingness on the part of the Chretien government to make things as hard as they could and to impede our (in the end successful) attempt at balancing our own books. Their take was that separatist politics hurt our economy—and they tried to make that happen. Our take was that a fiscally sound Quebec would be in better shape to become independent.

Among the Maclean’s issue’s most preposterous assertions is that Chrétien’s sponsorship scandal is a sign of Quebecers’ intrinsic black soul. Shouldn’t it be remembered that the Chrétien government was never elected by Quebecers? That was Ontario’s doing. We voted for something called the Bloc. For a long while, Chrétien’s only Quebec MPs were elected in non-francophone ridings, Chrétien himself having trouble keeping his own. When the sponsorship scandal broke, we coalesced around candidates whose slogan was “A clean party for Quebec,” and that was not the Liberals. In fact, in 2005, Quebeckers were so incensed about this scandalous Ottawa-based attempt at buying their loyalty, and grease the wheels of the rejected federal Liberal party in the process, that 55% were willing to secede from the corrupting machine right then and there. (Sadly, separatists were not in power in Quebec City at that point to make it happen.)

I have a great idea for a Maclean’s cover. Picture a Bonhomme Carnaval with a halo. No, better yet, a crowd of such Bonhommes as far as the eye can see. The title: Quebecers: Canada’s resilient corruption-busters.

The story would go like this. Eliot Ness-type figures battling corruption are a staple of Quebec culture. It seems to be in the national Quebec genome to rise up against graft and sleaze. Not that they haven’t been duped. In the forties, they loved Maurice Duplessis because he denounced and ridiculed the corruption of the preceding Liberal government. But he then became an even greater corrupter himself. In the 1950s, they turned to the incorruptible inspector Pax Plante and crusader Jean Drapeau, who cleaned-up Montreal’s Mob and brothels with a vengeance. Drapeau became a hero, then an autocratic, visionary, and at times inept—but never corrupt—mayor. In the 1960s, the new white knight was René Lévesque, who championed procurement reform in a Liberal “équipe du tonnerre” that equipped Quebec for the modern world. The decade was nearly scandal-free. In the early 1970s collusion between a mob-related union, the Construction wing of the FTQ, and the Quebec Liberal government saw the rise of new corruption-busters in a commission that was followed more closely than hockey night. Brian Mulroney and Lucien Bouchard’s careers take their roots in this largely successful cleansing effort. (One of those lost his way on the road to power and large envelopes with cash. The other did not and remains a symbol of integrity, even stinginess.)

In 1976, scandal odours polluted Robert Bourassa’s government. That factor contributed to his being named Quebec’s most despised politician (he would recover). He was replaced by Quebec’s most revered (to this day) politician, René Lévesque, who would shield Quebec politics from graft with the then-tightest financing law on the continent. In time, both France and Canada would copy its path-charting vision. It would take 15 years for the corrupt to find ways around it, which they did.

But from 1976 to the early 2000s, the ingrained, visceral, culturally nurtured aversion of Quebecers to graft prevailed, and only low-level, small-scale lobbying mischief was to be reported from Quebec City or Montreal. This quarter-century of relative cleanliness must have weakened the collective antibodies of honest Quebecers. They have been reawakened by the new slew of corruption described above.

How are Quebecers reacting? They are angry as hell. Over 80 per cent want a full inquiry, 58 per cent want Charest out, and fast. Engineers, policemen, attorneys associations, the Montreal city council, all scream for an inquiry and a robust clean-up. Journalists are all on the prowl, cheered ahead by readers and viewers. Like an endless crowd of furious holy Bonhommes, Quebecers can’t wait to throw the rascals out, and the corrupt in jail. If elections had been held any time in the last 18 months, they would have had their wish. It is only a question of time before the long history of integrity of Quebec prevails, once again.

In reacting to the corrupt-Bonhomme cover, Gilles Duceppe quoted a definition of xenophobia from the European Council: “a systematic or irrational hostility towards one or many individuals, mainly motivated by their nationality, culture, gender, religion, ideology or geographic origin.” So. Let’s address the core question. Are Maclean’s writers, Coyne in particular, and its editors who have published his piece as sound journalism and commentary, xenophobic about Quebec? The answer lies in this question: Had Coyne written that Jews were pathologically greedy, Blacks pathologically lazy or Newfoundlanders pathologically goofy, the copy would have been thrown out the window.

I will not win this argument in the English Canadian media because the standard for anti-Quebec writing has been lowered since 1990 to make Quebecers fair game for wholesale put-downs.

Jan Wong famously wrote in The Globe and Mail that the Dawson and Polytechnique killings found their roots in Quebec’s language laws. That prejudiced nonsense was backed by The Globe’s editors (to Jean Charest’s very great chagrin). Lawrence Martin based part of his book demonizing Lucien Bouchard on a psychologist’s opinion that the separatist leader was mentally deranged. (Wait—aren’t those synonyms: separatist and deranged?) Mordecai Richler’s book about Quebec, at 85 000 copies sold the most widely read treatise on Quebec in the ROC, asserted that 66 per cent of my fellow tribesmen were “highly anti-semitic.” More than in Germany in the early 1930s. Even Peter Gzowski defended him. Diane Francis lamented that separatist leaders couldn’t be arrested and hanged. She was named Woman of The Year by the Toronto version of Chatelaine.

These are not rednecks mumbling about the devilish threat of bilingualism and of the metric system in farms out west. These are mainstream, respected writers in Canada’s major media. And they jumped in, earlier this month, denouncing Quebec for attempting to blackmail the Harper government for a stake in a sports arena. The request is debatable—I criticized it on my blog—but the knee-jerk and accepted reaction in the Canadian press and political elites is not to reject the claim on its merits, but to insult Quebecers’ character as a whole.

This is where we are. This is xenophobia. This is what Maclean’s salesmanship rides on and perpetuates as we speak. Yes, I am in favour of the independence of Quebec. Like about half of my fellow francophones these days, I want my nation to be fully responsible for its successes and failures—equalisation payments be damned. But on the too-long road towards that day, I sometimes tire. Then, I simply pick up the Toronto press and smell the now run-of-the-mill disdain and contempt routinely showered upon Quebec, to remember another reason why I want out. I dream of living in a country that respects me. That, I do not have.

*****

Jean-François Lisée is the executive director of the International Studies Center of the Université de Montréal since its inception in 2004. Apart from having been an advisor to the Antichrist (Jacques Parizeau) and to the equally devilish Lucien Bouchard, he is a journalist and author. His last book (with Eric Montpetit) is entitled Imaginer l’après-crise. Although written by mere Quebecers, the book uses a good number of long words. Not only has Lisée received Quebec journalism awards—bestowed upon for, to quote Jeffrey Simpson “what passes for journalism in Quebec”—but sure-fire Canadian ones, too, like the Governor General’s award for non fiction and a number of Canadian magazine awards. Including a silver award this past year for excellence in column writing for, among others, a column on corruption in Quebec. And he actually wrote this rebuttal, himself, in English. Hard to believe !

(PS: N’ayez crainte, c’est moi qui ai écrit cette condescendante bio. Je voulais rester dans le ton!)

(PS2. Une version remaniée, francophone, améliorée, de ce texte paraîtra dans le prochain numéro de L’actualité, avec une Une qui sera une pièce de collection !)

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…et allez voir les commentaires anglophones (et francophones, me signale avec justesse l’alertinternaute M. Patriquin)  sur le site de Maclean’s

Illustration : André-Philippe Côté

Qui défend le mieux le Québec: La Presse ou The Gazette ?

Gazette

Plus de colonne vertébrale québécoise que La Presse? Shocking ! (for La Presse!)

And the winner is, by a long long strech: The Gazette.

Je parle évidemment de la réponse officielle des deux quotidiens montréalais, via leur éditorialiste, à l’article du Maclean’s sur le caractère intrinsèquement corrompu des Québécois. (Je ne parle pas des autres journalistes et chroniqueurs, dont les avis sont variés.)

Voici ce qu’André Pratte, une des personnes pourtant les plus intelligentes du Québec, qui avait bravement défendu notre réputation dans l’affaire Jan Wong (qui avait écrit dans le Globe que Dawson et Polytechnique étaient liés à la loi 101), mais qui cette fois ne voit pas le problème, écrit:

La une est sensationnaliste mais le reportage comme tel respecte les règles de l’art. On n’y dit pas que la corruption est exclusive au Québec ni qu’elle est inscrite dans nos gènes. L’auteur, le journaliste Martin Patriquin, souligne que l’histoire politique québécoise est marquée par un nombre de scandales plus élevé que celle du reste du pays; ce fait est indéniable.

André, n’as tu pas lu qu’Andrew Coyne écrit que le Québec souffre de pathologies qui expliquent ce comportement ? Quant aux « règles de l’art », j’ose croire que celles appliquées dans les pages d’information de La Presse sont d’un autre niveau.

La leçon de journalisme vient de l’éditorial de The Gazette de ce mardi:

Could it be true? Did Maclean’s prove its case? Or is the article just another in a long line of gratuitously offensive sorties against the one province that dares to insist on having its own identity, complete with Europeanstyle state interference in the economy? […] Maclean’s is wrong. It didn’t come close to making its case. The haste with which the magazine slid past the shortcomings of other provinces, while lingering on 80-year-old scandals out of Quebec, was remarkable. […] The Maclean’s article is a journalistic drive-by shooting.

De plus, dans une chronique annoncé en une, Henry Aubin enfonce le clou qu’André Pratte feint de ne pas voir:

The national magazine makes no attempt to compare the situation in Quebec empirically with that in other provinces. To be sure, Maclean’s lists some headline-making scandals in other provinces, and it concludes that since more such cases have been unearthed in Quebec than elsewhere this province has to be the most corrupt.

The flaw in logic here is blatant. Corruption by definition is hidden. There is no way of knowing how much goes on out of sight. Maclean’s would have been on firmer ground if it had called Quebec « the most visibly corrupt province. »

Or, better yet, « the province with the most journalistic success in unearthing corruption. » After all, we still wouldn’t know of the widespread sleaze between contractors on the one hand and municipal and provincial governments on the other if not for Montreal’s investigative reporters.

Une leçon de journalisme 101. Merci Henry !
Sur l’air de Potemkine, avec mes excuses à la famille Ferrat:
Ce soir j’aime la Gazette, alouette….

Et votre blogueur favori, qu’en pense-t-il ?

Votre blogueur favori, il pense comme le Che. Il pense qu’il faut frapper « dans le ventre de la bête ». Encore quelques dizaines d’heures, et ce sera fait. Patience. Suspense. Patience.