Le vrai côté obscur de Jean Charest

Il n’est absolument pas impossible que Jean Charest devienne, d’ici quatre ans, premier ministre du Canada. Oui, il a présidé à une période trouble de l’histoire récente du Québec. Oui, il a déclenché des élections en cachant aux Québécois que la Caisse de dépôt venait de perdre 40 milliards de dollars et en promettant qu’il ne ferait pas de déficit malgré la crise financière de 2008, ce qui était clairement mensonger. Oui, l’immense majorité des Québécois ont jugé que son gouvernement était corrompu. Oui, il est à ce jour le suspect numéro un dans une enquête sur la corruption menée par l’UPAC.


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Tout cela est vrai et bien plus encore. N’empêche. Les parieurs seraient bien avisés de miser sur sa candidature à la direction du Parti conservateur, puis sur ses chances de déloger un Justin Trudeau affaibli par huit ans de pouvoir maladroit.

Il y a une raison, par-dessus toutes, de redouter l’avènement d’un gouvernement canadien dirigé par Jean Charest, au-delà même de ses grands talents pour le mensonge et son absence d’atomes crochus avec l’éthique. C’est le cynisme sans nom dont il a fait preuve en 2012. Il comptait sur la violence pour se faire réélire. Cela vous surprend ?

Rappelons les faits. Son gouvernement proposait d’augmenter de 82% en quelques années les droits de scolarité des étudiants. Les associations étudiantes s’y opposaient et ont déclenché un mouvement de grève massif.

Du droit nouveau

Les gouvernements précédents avaient accepté le fait qu’il y avait un cycle dans les grèves étudiantes. Elles étaient déclenchées par les étudiants les plus revendicateurs, qui dominent les assemblées générales en début de grève. Puis les étudiants plus conservateurs se mobilisaient pour faire cesser le mouvement.

Mais le gouvernement Charest a introduit l’idée complètement neuve, et très conservatrice, du « droit individuel d’étudier ». Il a encouragé les étudiants anti-grévistes, non à participer à la démocratie étudiante, mais à contester en cour l’idée même que la grève leur enlève le droit d’entrer en classe.

Jamais l’idée d’obtenir une injonction pour aller au cours n’avait été testée. Le juge Marc-André Blanchard, de la Cour supérieure, a refusé d’accorder une des premières injonctions réclamées, jugeant que le droit de grève étudiant constitue « l’exercice d’un droit constitutionnel ou quasi-constitutionnel». Cette approche aurait pu faire école et renvoyer tous les étudiants mécontents vers leurs assemblées. Mais le juge en chef de la Cour supérieure, François Rolland, a pris sur lui de s’attribuer la totalité des demandes d’injonction et de les accepter toutes, créant du droit nouveau, imposant le primat du droit individuel sur le droit collectif.

Résultat: des étudiants grévistes outrés ont défié l’injonction, tenté de bloquer l’accès aux cours. Les policiers, c’était leur rôle, ont voulu appliquer l’injonction et disperser les lignes de piquetage. L’affrontement était inévitable. De manière répétitive, sur plusieurs campus, pendant plusieurs jours, une force policière considérable a dû être déployée, causant des dommages physiques réels et une cassure profonde entre les forces de l’ordre et une partie de la relève québécoise. Les cours ont dû être suspendus.

Ce n’était pas la première fois que des grèves étudiantes provoquaient des violences. L’approbation des gestes violents par l’organisation étudiante la plus radicale, la CLASSE, et la présence plus grande qu’auparavant des anarchistes violents et du Black Bloc ont contribué à la flambée de violence de façon évidemment complètement condamnable.

Le choix de la polarisation

Cependant c’est le gouvernement Charest, appuyé par le juge en chef de la Cour supérieure, qui a créé les conditions de l’affrontement et qui avait la responsabilité de retrouver les conditions du calme. Il pouvait le faire en misant sur la négociation, le compromis et sur l’immense majorité des étudiants et de leurs partisans qui étaient non-violents.

Il a au contraire joué sur la polarisation maximale de la situation et a assimilé toutes les associations étudiantes et leurs supporters à la violence. Sa ministre Christine St-Pierre a même accusé le conteur Fred Pellerin, qui portait comme plusieurs le carré rouge, symbole de la grève, de se faire le complice de la violence.

Analyses et récits entre vos deux oreilles: cliquez sur l’image.

M. Charest a ensuite introduit une loi qu’il a dite « fondatrice », la loi 78, forçant le retour aux études à la mi-août 2012 et menaçant de sanctions délirantes les associations étudiantes, les professeurs et les directeurs d’établissements qui refuseraient de se rendre aux cours, donc de se lancer dans la mêlée, même au risque de matraques et de gaz irritants. Notons que cette loi fut votée avec l’appui de la CAQ et de François Legault.

À l’époque, la loi sur les élections à date fixe n’existait pas. Le premier ministre choisissait la date de l’élection pour maximiser ses chances de succès. M. Charest avait affirmé qu’il était « grotesque et ignoble » qu’il choisisse la période de rentrée forcée des classes pour appeler les Québécois aux urnes. C’est pourtant précisément ce qu’il a fait.

Le tréfonds de la personnalité de Jean Charest

C’est ici qu’on entre dans le tréfonds de la personnalité politique de Jean Charest. Qu’on pénètre dans son recoin le plus obscur. À cette étape de sa vie politique, 70% des Québécois se disaient insatisfaits de son gouvernement. Ni l’économie, ni les baisses d’impôts, ni le Grand Nord ne lui offrait quelque chance de salut. Pire, dans quelques mois, à l’automne 2012, la Commission Charbonneau qu’il avait été contraint de créer allait commencer à entendre des témoins qui, peut-être, allaient éclairer les citoyens sur l’ampleur de la corruption libérale. Cela pourrait être politiquement terrible.

Mais voilà : suffisamment de Québécois tenaient les étudiants responsables de la violence, plutôt que l’État, pour offrir à Charest une chance de salut. Il représentait la loi et l’ordre. Les étudiants: l’illégalité et le désordre. S’il pouvait canaliser l’élection sur ce seul sujet, il avait une chance réelle de survivre.

Encore fallait-il que la violence soit au rendez-vous, encore fraîche à la mémoire des électeurs. D’ou son calendrier électoral: mi-août rentrée des classes, refus des associations étudiantes de laisser entrer les non-grévistes, nouveaux affrontements violents entre étudiants et policiers. Avec en vedette Gabriel Nadeau-Dubois de l’association CLASSE, alors leader étudiant radical, vu le plus souvent à la télé, haranguant les foules de jeunes.

Charest avait soigneusement choisi la date de l’élection pour que ces scènes de violence se déroulent à partir du début de la campagne. Juste avant les débats où, tel un Richard Nixon des temps modernes face aux nouveaux hippies, le chef libéral se poserait comme le vengeur de la majorité silencieuse, de la loi, de l’ordre et des visages bien rasés, contre tous ces anarchistes violents arborant carrés rouges et barbes de trois jours. Sa victoire, dans ces conditions, serait son plus grand exploit en carrière.

Restait un détail: que les étudiants jouent bien sagement la partition qui était prévue pour eux dans ce drame annoncé.

Or ils ont fait preuve d’une maturité que Charest et ses stratèges n’anticipaient pas: ils sont rentrés en classe. Ils ont voté une trêve électorale. Il y en a un — le plus populaire d’entre eux — Léo Bureau-Blouin, qui s’est présenté sous les couleurs péquistes. Il a poussé au vote, plutôt que de pousser au crime. Mais, bon, on le savait modéré.

Mais il y en avait un autre, l’épouvantail favori des Libéraux, celui qu’ils adoraient détester, Nadeau-Dubois, qui a candidement annoncé qu’il se retirerait de ses fonctions, et de la scène. Il a quitté, a-t-il dit avec sagesse, « pour enlever une cible à Jean Charest ».

Privé de son scénario de rêve, Jean Charest a mordu la poussière lors de l’élection de septembre 2012. Mais sa marge de défaite était extrêmement mince, moins de 1% d’écart avec le Parti québécois vainqueur, malgré toutes les casseroles qu’il traînait. Il est pratiquement certain que si son plan avait fonctionné, si la violence avait essaimé sur les campus en août 2012 comme il le désirait, il aurait arraché sa réélection sur le dos du poivre de cayenne, du sang et des fractures de tibias.

En 2020, à huit ans de distance, on se souvient peu de ces événements. Pas parce que Jean Charest ne les a pas voulus, organisés, prémédités. Mais parce que les étudiants ont désamorcé sa bombe.

Il faut s’en souvenir. Car il montre jusqu’où Jean Charest était prêt à se rendre pour assurer sa réélection: jusqu’à l’organisation consciente, à des fins électorales, de l’affrontement violent entre les forces de l’ordre et une partie de la jeunesse québécoise.


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Lire: Le chapitre manquant de « PLQ Inc. »

Le sous-titre de l’excellent ouvrage du Bureau d’enquête de QMI, « PLQ inc. » est : « Comment la police s’est butée au parti de Jean Charest. »

Il n’y a pas de point d’interrogation. C’est une affirmation. Le mot « buté » est choisi à dessein. Selon Larousse, il signifie notamment: « être arrêté par une difficulté qui empêche le cours normal d’une action ».

Le cours normal de l’action, dans ce cas, est que la police fait enquête, puis que des accusations sont déposées, puis que les coupables vont en prison.

La preuve réunie dans l’ouvrage démontre amplement que la police a fait enquête et que des accusations auraient dû en découler, mais (sauf dans les cas de Nathalie Normandeau, son chef de cabinet Bruno Lortie et le sulfureux Marc-Yvan Côté) n’ont pas abouti. Surtout en ce qui concerne la personne qui orne de son visage un peu retors la couverture, Jean Charest, et son grand ami et collecteur de fonds, Marc Bibeau.

Les auteurs du livre (un collectif formé des journalistes des médias de Québecor, sous la direction de Jean-Louis Fortin) prennent la peine d’inscrire en annexe les définitions données par l’UPAC de ce que constitue la corruption de fonctionnaire, la fraude envers le gouvernement, l’abus de confiance par un fonctionnaire public, le trafic d’influence et le complot.

Ils auraient pu ajouter une carte de bingo demandant aux lecteurs de cocher les cases pour lesquels ils estiment, après la lecture du livre, que les principaux protagonistes en sont coupables. Il y aurait plusieurs gagnants !

Le livre lui-même, un symptôme

L’existence même du livre est le signe qu’il y a quelque chose de « buté » dans le système. Le récit est grandement alimenté d’éléments d’enquête et de preuves qui ne devraient être révélés que dans le cours d’un procès. Or nous en prenons connaissance maintenant, clairement parce que des parties prenantes aux enquêtes sont tellement découragées de l’inefficacité du système qu’ils donnent ces infos aux journalistes qui agissent ici, non comme des lanceurs d’alerte, mais comme le dernier refuge de la vérité.

On n’assiste pas à une simple fuite. Lire ce livre, c’est comme regarder les chutes du Niagara. On a accès aux résumés des interrogatoires, aux notes prises par les enquêteurs sur leurs calepins pendant leurs filatures, aux relevés de transaction dans les paradis fiscaux, aux conversations des suspects dont certains sont surpris de ne pas être déjà arrêtés.

Fortin et son équipe d’enquêteurs-scribes sont allés plus loin. Ils ont remonté tout le fil de la montée du système de corruption du financement électoral du parti libéral jusqu’à sa source, l’arrivée de Jean Charest et de Marc Bibeau au PLQ, l’enquête Duchesneau, l’enquête Bastarache, la commission Charbonneau puis les enquêtes de l’UPAC.

Tout est remis en ordre, les informations sont regroupées, recoupées, additionnées d’entrevues récentes. Les contradictions entre les différentes versions données par la responsable du financement du PLQ, Violette Trépanier, apparaissent grâce à ce travail avec une grande clarté. Il faut aussi saluer ces artisans de Québecor qui intègrent dans leur récit les apports de La Presse et de Radio-Canada (notamment l’émission Enquête) dans le processus de découverte de ces infos, en leur donnant le crédit nécessaire.

Le chapitre manquant ? C’est comme un fantôme qui apparaît au détour des pages.

Comment, donc, l’enquête s’est-elle « butée » au PLQ ?

1. Les avocats de Bibeau au front

D’abord parce que les principaux suspects ont mis leurs fonds, considérables, au service de leurs propres intérêts. Marc Bibeau a traîné à répétition l’enquête jusqu’à la Cour suprême pour interdire aux policiers d’éplucher le contenu de ses ordinateurs, obtenu lors de perquisitions. Pourquoi ? Parce que son notaire et son avocat détenaient des bureaux dans son entreprise même. Donc, une partie des documents présents dans les serveurs informatiques étaient automatiquement couverts par la confidentialité client/avocat/notaire. Lesquels ? Allez savoir. Avis aux futurs fraudeurs: faites comme Bibeau, intégrer avocat et notaire dans vos bureaux et mettez les en cc de la totalité de vos messages et documents !

2. L’aveuglement volontaire du juge Bastarache

Ensuite parce que des personnes responsables de poser des jugements sur le PLQ n’étaient pas vraiment disposés à se montrer sévères. C’est d’abord le cas du juge Michel Bastarache. Choisi par Jean Charest pour diriger une commission qui porterait sur l’éthique de Jean Charest dans la nomination des juges, Bastarache a entendu plusieurs témoins confirmer devant lui que les principaux bailleurs de fonds du PLQ rencontraient fréquemment Mme Chantal Landry, chargée des nominations au bureau du Premier ministre, pour s’assurer que des bons libéraux seraient nommés ici et là. En ce qui concerne les juges, Mme Landry a avoué y ajouter parfois des « post-it » sur les CV pour que le premier ministre comprenne bien quelle est la couleur politique des candidats. (Charest nie, comme d’habitude).

Cette seule information aurait du réserver au Premier ministre et à son équipe un blâme extrêmement sévère de Bastarache. Il n’en parle même pas dans ses conclusions. Ce faisant, il normalise les allées et venues des collecteurs de fonds dans le processus gouvernemental. Cette normalisation sera contagieuse. (J’avais écrit à l’époque sur l’autre grave faute du rapport de Bastarache.)

L’accointance entre Bastarache et des membres du gouvernement libéral fut bien établie. Mais plus surprenante fut la personne qui vint au secours du PLQ à un moment crucial: le co-commissaire de la commission Charbonneau et ex très sévère vérificateur général, Renaud Lachance.

3. L’impardonnable dissidence de Renaud Lachance

La Commission Charbonneau a bien travaillé. Son rapport fait la démonstration d’un système de proximité flagrant entre élus et membres de cabinet libéraux d’une part, et les entreprises bénéficiant de juteux contrats publics de l’autre. Elle a exposé le système illégal de prête-noms profitant à la caisse électorale libérale. Elle a raconté les pressions exercées par des représentants libéraux, notamment Marc Bibeau, pour obtenir de l’argent en retour de faveurs.

Et pourtant, Renaud Lachance émet un texte dissident dans le rapport et affirme que rien de tout cela n’est illégal et qu’aucun blâme ne doit être adressé.

Il écrit: «Je ne peux pas souscrire à la thèse développée concluant à un lien indirect entre le versement de contributions politiques et l’octroi des contrats au niveau provincial». On croit rêver. S’il avait dit qu’il n »y avait pas de « lien direct » on pourrait en débattre. Mais récuser un « lien indirect », c’est refuser d’admettre que, s’il y a de la neige fraîche au sol, c’est qu’il a dû neiger dans un passé récent.

La commissaire Charbonneau tire au contraire la bonne conclusion dans le rapport: «La sollicitation n’est pas fondée sur un contrat précis, mais plutôt sur l’ensemble ou le volume des contrats obtenus. Un dirigeant a ainsi fait l’objet d’une deuxième ronde de sollicitation de la part du parti au pouvoir, parce que son entreprise avant obtenu de nombreux contrats. Un autre a parlé d’une « roue sans fin »», écrit-elle.

L’échange de courriels acrimonieux entre Lachance et la présidente Charbonneau atteste d’une volonté claire de Lachance de protéger les suspects libéraux. Il refuse qu’il soit écrit que Bibeau était responsable du financement, alors que la preuve est claire. Il refuse que soient rappelées les condamnations de Marc-Yvan Côté, dans l’affaire Gomery car, écrit-il « pourquoi taper sur quelqu’un qui est déjà à terre ? »

Les témoins avaient clairement indiqué que le PLQ assignait aux compagnies des cibles de financement qui augmentaient avec le temps. Le rapport conclut prudemment avec cette évidence:  « Les partis au pouvoir ont tiré profit de l’octroi de subventions et de contrats publics pour soutirer des contributions politiques auprès des entreprises. » Lachance, lui, estime que cette conclusion est « ridicule ». Pourquoi ?

On ne connaît pas les raisons du biais pro-libéral et soudain de Lachance dans cette affaire. Mais l’impact de sa dissidence est majeur et procure aux libéraux une extraordinaire bouée de sauvetage.

4. Une filature qui bute sur quelque chose

PLQ inc. remet les pendules à l’heure sur la filature du mafieux Brandone, lié aux malversations de la FTQ-Construction. Les policiers le voient entrer dans un hôtel où il a une rencontre avec…. Jean Charest. Pourquoi ? On ne le saura jamais, la filature étant abruptement suspendue à cause de l’apparition du Premier ministre dans le portrait.

Il y a donc un réflexe de protection du chef du PLQ dans la hiérarchie policière. À l’époque, des policiers anonymes de la SQ s’en plaignent dans une lettre envoyée aux journaux.

Des balados en rafale !

5. Une UPAC pourrie

Si l’UPAC était une machine bien huilée, avec un fort esprit d’équipe, une volonté commune d’aller au fond des choses, on serait peut-être en affaires. Mais les rivalités internes sont constantes, le climat de travail est pourri, les suspicions réciproques s’accumulent comme dans un mille-feuille.

Le commissaire choisi pour diriger toute l’équipe, Robert Lafrenière, le fut par le gouvernement Charest. Pourquoi l’ont-ils choisi ? Pour aller jusqu’au bout, ou pour savoir jusqu’où ne pas aller trop loin ?

Les motifs sont nébuleux. Le résultat est là: l’organisme chargé de mettre les corrompus en prison a été très efficace en bas de l’échelle, chez les maires et les contracteurs, mais incapable de se rendre en haut de la pyramide.

6. La clé de l’énigme chez les procureurs ?

Les policiers sont-ils prêts à procéder à des arrestations ? PLQ inc raconte que Les policiers « constatent à regret que les procureurs n’étaient disponibles que deux à trois jours par semaine » pour donner des feux verts. « À un autre moment, il n’y avait plus personne pour les aider » à la direction des poursuites criminelles et pénales.

La tension entre les enquêteurs et les procureurs fait partie du système. Les policiers jugent souvent en avoir assez pour procéder aux arrestations. Les procureurs souhaitent toujours un dossier blindé.

Mais si on voulait gripper la machine, le mieux ne serait-il pas de faire en sorte que les procureurs se butent constamment à des problèmes ? PLQ inc ne fait pas le récit de la pagaille qu’a connu la Direction des poursuites criminelles et pénales pendant tout le règne libéral. Les réorganisations, des budgets en montagnes russes, les démissions de procureurs jamais expliquées. Sans compter la question qui choque: puisque c’est le gouvernement qui nommait les juges, et que plusieurs de ces procureurs souhaitent être nommés juges, n’y a-t-il pas ici une grosse planche savonneuse éthique ?

À quand le chapitre manquant ?

Nous aurons peut-être un jour le récit d’un conseiller politique libéral repentant — ou hilare — qui nous dira comment s’est construit le mur libéral de l’impunité. Comment le pouvoir de nomination a joué pour Bastarache, puis pour l’UPAC. Comment expliquer le retournement de Lachance. Les techniques utilisées pour semer la bisbille entre les policiers. Pour rendre inopérantes la Direction des poursuites.

Comment il y a aussi eu des parties gratuites. On ne pouvait prévoir autant d’incompétence et de rancœurs ! Des retournements, quand des « taupes » du PLQ se rebellaient et croyaient voir la lumière ! Il y a du y avoir des tiraillements majeurs entre l’équipe Charest et l’équipe Couillard.

Vous ne me croyez pas ? Ce n’est que de la spéculation ?

Réfléchissez. Les hommes et les femmes qui ont, sous la direction de Jean Charest et Marc Bibeau, construit la plus grande machine à ramasser de l’argent de l’histoire du Québec, la plus grande machine de nomination d’amis libéraux, la plus grande machine de renvois d’ascenseurs, n’auraient pas tout mis en oeuvre pour s’éviter quelques années derrière les barreaux ?

Évidemment oui. La résistance fut totale. Les réseaux mis à contribution. Les menaces et les récompenses. Les dits et les non dits.

Ce sera intéressant à lire. Au moment où le DPCP vient de jeter l’éponge sur le plus grand scandale immobilier de l’histoire du pays, celui de la SIQ, ils sont encore morts de rire. Nous pas.

Au moins…

PLQ inc. a raison de noter que l’échec n’est pas total. Si les vrais coupables sont toujours en liberté, l’infrastructure éthique du Québec a été formidablement renforcée, pour le présent et l’avenir. On le doit beaucoup aux lois votées par le gouvernement Marois, qui ont réduit à néant le système des prête-noms, en ramenant à 100$ les contributions aux partis, y compris au niveau municipal, en permettant aux citoyens de se défaire de maires accusés de corruption (ils étaient indélogeables avant) et en obligeant les candidats aux marchés publics de démontrer leur capacité éthique avant d’y avoir droit.

Le programme de remboursement volontaire des produits de la corruption a aussi permis de recouvrer près de 100 millions de dollars.

Le temps dira si les organismes désormais permanents de lutte contre la corruption arriveront à empêcher la résurgence d’un système aussi odieux que celui du PLQ inc. Nous sommes mieux outillés qu’avant, c’est indubitable.

Reste malheureusement le sentiment qu’on s’est fait avoir deux fois par Charest et compagnie. Ils ont profité, au pouvoir, des fruits de leur système. Et ils s’en sont, ensuite, sortis indemnes.

PLQ inc. est en librairie et on peut le commander en cliquant ici


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Mon avis sur: Marine LePen, Bernie Sanders, l’UPAC et les seuils d’immigration

J’ai pris l’habitude de mettre directement sur ma page Facebook de courts textes pendant la semaine. Les voici:

Entrevue:

J’ai répondu aux excellentes questions de Guy Perkins

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UPAC et intégrité: Mes 12 questions à Philippe Couillard

Pendant la campagne électorale de 2014, je posais 12 questions à Philippe Couillard en matière d’intégrité. Aujourd’hui que l’UPAC a procédé à la mise en accusation de la fraude systémique ayant eu cours au PLQ alors que M. Couillard en était ministre, j’ai cru bon retourner voir ces questions et constater s’il s’était passé quelque chose depuis.

Billet publié le 25 mars 2014 (et quelques ajouts de ce jour)

Phillipe Couillard a dit deux choses au sujet du passé trouble de son parti en matière éthique. Pour être poli. je dirai qu’il a été paradoxal.

PC_130317_ih9hf_couillard-charest_sn635Interrogé dimanche dernier à savoir s’il était « à l’aise avec l’héritage de Jean Charest » il a répondu: « je suis à l’aise avec tout l’héritage du PLQ ». Donc: c’est oui.

Mais il ne semble pas parfaitement à l’aise avec le passé car il a cru bon de dire aussi, la veille, que le PLQ, « c’est mon parti maintenant ». Ce qui peut laisser croire qu’il fait une distinction claire entre « son » parti et celui de son prédécesseur.

Toujours prêt à rendre service, je voudrais aider M. Couillard à tirer les choses au clair sur ces questions d’intégrité en lui posant des questions précises qui ne concernent que lui et son propre jugement éthique. Les voici:

1. Les méthodes de financement de Charest: Lorsque vous étiez ministre de Jean Charest, et que ce dernier vous obligeait à récolter 100 000 $ par année pour la caisse électorale du parti, une pratique inédite qui vous mettait, vous et vos collègues, en position éthique très équivoque, avez vous obtempéré ? Avez vous protesté ? Lorsque cette pratique fut rendue publique, pourquoi n’avez vous pas exprimé de réserves ? En aviez-vous ?

(Il n’a à ma connaissance jamais répondu à cette question depuis.)

2. La Clause Couillard. Lorsque vous avez démissionné du gouvernement en mai 2008, vous êtes allé travailler pour une société privée de santé avec laquelle vous aviez eu des rencontres peu avant votre démission. Vous aviez suivi les règles éthiques en vigueur à l’époque, dites-vous. Depuis, cette pratique est interdite par une nouvelle clause du code d’éthique surnommée « Clause Couillard ». Rétrospectivement, admettez-vous que vous auriez du être exemplaire et ne pas négocier votre emploi dans le secteur de la santé alors même que vous étiez ministre de la santé, même si cela était permis à l’époque ? Si vous êtes élu, comptez-vous modifier la Clause Couillard ?

(Même commentaire.)

3. Le silence sur le salaire secret. Vous avez démissionné en juin 2008, soit trois mois après que le public eut appris que votre chef, Jean Charest, recevait depuis dix ans un salaire secret du PLQ, tiré à même les généreuses donations, de 75 000 $ par an. On ne vous a jamais entendu à ce sujet. Approuviez-vous cette pratique ? Quand l’avez vous apprise ? Êtes-vous intervenu pour qu’elle cesse ? Après votre démission, pourquoi n’en avez vous jamais parlé ? Lorsque vous dites que vous êtes `à l’aise`avec tout l’héritage du PLQ, cela inclut-il le fait d’avoir caché ce salaire aux Québécois pendant 10 ans ?

(Même commentaire.)

4. Le silence sur la commission d’enquête. Au moment de votre démission en 2008, vous reprenez votre droit de parole et vous bénéficiez dans l’opinion publique d’un très grand ascendant moral. Courant 2009, de révélations en révélations, le public prend conscience d’un très grave problème de corruption au Québec. L’ADQ, puis le PQ, les éditorialistes, puis les policiers, le barreau, les ingénieurs et même les syndicats (même la FTQ construction, c’est dire!) réclament la tenue d’une commission d’enquête publique. C’est aussi le cas de quelques figures libérales, dont l’ex-député et président du PLQ, Robert Benoît, dénonçant en 2010 le fait que son parti soit devenu « une machine à ramasser de l’argent ».

Vous ? Non. Il n’existe pas de trace de prise de position publique de votre part en faveur de cette enquête. Au moment où le Québec avait besoin de leaders d’opinion, vous êtes resté muet. La plus grande question d’intégrité de l’histoire récente du Québec ne vous intéressait pas ? Pourquoi ?

(Il ne s’est jamais expliqué là-dessus.)

5. L’absence de rupture. Le 17 mars 2013, vous êtes élu chef du PLQ, au premier tour de scrutin, avec 58,5 % des voix. Une victoire décisive. De plus, votre absence de l’Assemblée nationale entre 2008 et 2012 vous a évité d’être vu en train d’applaudir le ministre Tony Tomassi — maintenant accusé au criminel — ou de voter 11 fois contre la création d’une commission d’enquête, comme vos collègues.

Vous êtes donc superbement placé pour poser des gestes de rupture avec votre prédécesseur Jean Charest et ses pratiques. Au minimum, vous pourriez, pour utiliser une expression française, vous permettre un « droit d’inventaire » sur ce qui vous a précédé, applaudissant certains gestes, en rejetant d’autres. Il y a d’ailleurs un précédent. En 1977, devenu chef libéral, Claude Ryan — d’une totale intégrité — fut très dur envers son prédécesseur Robert Bourassa, dont les dernières années au pouvoir avaient été entachées de soupçons d’irrégularités. Ryan procéda à une purge sévère et établit des règles sans précédent de probité dans le PLQ.

Vous avez choisi de ne rien faire de la sorte. Vous n’avez dénoncé ni M. Tomassi, ni l’usage de Post-its pour la nomination de juges sous Charest, ni la décision de ce dernier de protéger Gilles Vaillancourt, le maire de Laval, aujourd’hui accusé de gangstérisme (protection rapportée en entrevue par votre ex-collègue ministre Thomas Mulcair).

Pourquoi avez-vous choisi de ne pas utiliser votre position de force, au lendemain de votre élection, pour marquer une rupture dans l’histoire du PLQ ? C’est sans doute la plus grande énigme de votre carrière politique.

(C’est toujours une énigme.)

6. Le silence sur la perquisition. Quatre mois après votre élection comme chef du PLQ, l’UPAC a procédé à une perquisition au quartier général de votre parti. Cela ne s’était jamais vu. De toute évidence, la perquisition devait porter sur des faits antérieurs à votre arrivée. Pourquoi avez-vous alors décidé de cacher la vérité aux Québécois sur cette affaire pendant deux longs mois ? N’aurait-il pas été plus sage de dévoiler cette vérité vous-mêmes, immédiatement, pour bien montrer qu’il y avait un avant-Couillard et un après-Couillard ? Que les salaires secrets et contrats secrets et cocktails organisés par des compagnies en secret étaient choses du passé ?

(Toujours une énigme.)

7. Le bris de la promesse de transparence. Les médias ayant eu vent de cette perquisition dont vous taisiez l’existence, vous avez pris l’engagement d’être désormais « transparent ». Promesse immédiatement brisée car vous n’avez pas révélé que l’ex-ministre et responsable du financement dans votre parti, Violette Trépanier, avait également été interrogée par l’UPAC pendant l’été 2013. Ce n’est qu’en novembre, quatre mois après les faits et deux mois après votre promesse, que l’information a été rendue publique. Pourquoi ce silence ? Et pourquoi avoir gardé Mme Trépanier en poste, alors que l’UPAC était très intéressée à ses activités, jusqu’à sa retraite en septembre 2013, soit cinq mois après être devenu chef ? Pourquoi n’avez vous pas immédiatement après votre élection procédé, par simple prudence, à un changement complet de personnel dans l’équipe de financement du parti ?

(Le mystère reste entier, comme le fait, souligné par mon collègue Pascal Bérubé, que M. Couillard ait maintenu le membership libéral de Marc-Yvan Côté, alors que le Parti libéral canadien, lui, l’avait « banni à vie ».)

8. La non-recherche des « fabulous 11« . Le 1er novembre 2013, vous apprenez par des documents de cour cités dans les médias que l’UPAC enquête sur un système de financement occulte en échange de contrats publics au PLQ visant au moins 11 personnes et impliquant « des millions de dollars ». Cela survient alors même que vous affirmez publiquement vous préparer pour une élection générale et que vous constituez votre équipe de conseillers et de candidats.

Cette nouvelle est extrêmement problématique pour vous car, en homme intègre, il vous faut absolument savoir qui sont ces 11 personnes pour vous assurer de couper tout contact avec elles et de ne pas les retrouver dans vos équipes. Malheureusement, il n’existe aucune trace publique que vous ayez lancé une enquête interne, ayez écarté des personnes, ayez retiré des cartes du PLQ à qui que ce soit, ayez érigé un cordon sanitaire éthique autour de vous. Pourquoi ?

(La question est toujours d’actualité.)

9. L’échec du code d’éthique. Il faut être de bon compte. Candidat au leadership du PLQ, vous aviez proposé que votre parti se dote d’un code d’éthique. Compte-tenu de l’intérêt porté par l’UPAC à votre formation, vous avez voulu proposer ce code au Conseil général de votre parti réuni le 10 novembre 2013. Malheureusement, des « dissensions internes » vous ont empêché de déposer le code souhaité et vous vous êtes contenté d’une déclaration générale peu contraignante.

Puisque vous aviez fait de cette question une priorité et que les policiers sont aux trousses d’au moins 11 responsables de votre parti pour, justement, grave manquements à l’éthique, comment devrait-on qualifier votre incapacité à imposer vos vues sur ce sujet crucial entre tous ?

D’autant qu’il s’agit de convaincre un parti généralement extrêmement discipliné et loyal à son chef. Ne vous souvenez-vous pas de cet autre conseil général, trois ans plus tôt en novembre 2010, où un délégué, Martin Drapeau, avait proposé un débat sur une enquête publique et où il n’avait trouvé absolument personne pour seconder sa motion — alors que 80% du public réclamait cette commission ? Tous les délégués sauf un étaient d’accord avec le chef !

Maintenant que vous êtes le chef de ce parti hyper-malléable, vous êtes incapable de trouver une simple majorité pour un code d’éthique ? Avez-vous vraiment essayé ?

(Il faut être de bon compte. Le PLQ a finalement adopté un code d’éthique en novembre 2015. Ça a été long et ardu !)

10. Le silence sur les écoutes compromettantes. Vous êtes chef depuis quelques mois lorsque la Commission Charbonneau entend, à l’automne 2013, un enregistrement selon lequel un lobbyiste aurait remis un chèque de 3000 $ à Jean Charest lorsqu’il était premier ministre. L’avocat du PLQ, donc votre avocat qui agit selon vos instructions, a fait en sorte que cette information soit cachée au public jusqu’à la fin janvier 2014. Pourquoi lui avoir donné cette instruction ? Pourquoi ne pas choisir la transparence ? Pourquoi briser encore votre promesse ?

(C’est toujours un mystère.)

11. À la défense de Jean Charest. Au moment de la divulgation de ces informations, Jean Charest clame son innocence par voie de communiqué. Vous avez le choix d’affirmer que ces affaires ne vous regardent pas et que M. Charest peut bien se défendre tout seul. Vous décidez de faire le contraire. Vous vous présentez devant les journalistes, affirmez avoir parlé à M. Charest, et clamez son innocence.

C’est très bizarre, car ce jour-là, vous saviez que deux mois plus tôt l’UPAC avait perquisitionné l’entreprise Shockbéton, liée à M. Marc Bibeau, qui est le proche ami et qui fut le proche conseiller et ramasseur de fonds pour M. Charest depuis de longues années. L’UPAC, qui a aussi visité la soeur de M. Bibeau et une autre de ses entreprises, est donc à un battement de coeur de votre prédécesseur. Le simple sens politique — la prudence élémentaire — voudrait que vous preniez vos distances. Vous choisissez au contraire de vous placer en défenseur de M. Charest. Vous êtes volontaire pour lui servir de bouclier-politique. Pourquoi ?

(Rien n’indique que l’UPAC a clos son enquête sur M. Bibeau. La réaction protectrice de M. Couillard envers Jean Charest est toujours mystérieuse.)

12. A la défense du cynisme. Vous le savez, le cynisme des électeurs envers les élites politiques est à son zénith. Il sera collectivement très difficile de rétablir durablement le lien de confiance, mais nous n’avons d’autre choix que de tout tenter pour y arriver. Un des projets présentés par le gouvernement Marois jouit d’un énorme appui dans l’opinion: il s’agit de ne pas récompenser les députés qui quittent leurs fonctions en cours de mandat, pour des simples raisons de carrière. Nous pensons que ces démissionnaires doivent quitter sans obtenir la somme forfaitaire à laquelle ils auraient eu droit s’ils avaient terminé leur mandat.

Il n’y a aucun doute que cette nouvelle règle serait un pas de plus dans le rétablissement du lien de confiance. Devenu chef du PLQ, vous vous y êtes opposé avec la dernière énergie. Vous aviez, disiez-vous, des arguments de principes. Ils auraient été plus crédibles si vous n’aviez pas dans vos rangs deux démissionnaires potentiels — Raymond Bachand et Emmanuel Dubourg — qui ont quitté leurs postes moins d’un an après avoir entamé leur mandat pour des raisons strictement carriéristes.

Voilà un cas où vous aviez. comme nouveau chef, le choix d’envoyer un signal de renouveau et de probité qui allait, de surcroît, protéger le portefeuille des Québécois. Vous avez plutôt choisi de protéger deux libéraux (un rival et un poids léger) et leurs portefeuilles. Et d’alimenter le cynisme. Pourquoi ?

(Après avoir laissé partir trois autres députés libéraux avec leurs primes — Marguerite Blais, Gilles Ouimet et Robert Dutil — il a finalement cédé à la pression à l’automne 2015 et adopté la loi interdisant les primes. Ce fut long, ardu, et coûteux !)

Conclusion

Comme vous le voyez, je me suis limité dans ces questions aux seuls faits et gestes personnels du chef actuel du PLQ. Puisqu’il s’est dit à l’aise avec l’ensemble de l’histoire du PLQ, j’aurais pu l’interroger sur la crise d’octobre, le scandale des garderies, bien d’autres choses encore. Mais il faut savoir être clément.

M. Couillard est devenu chef du PLQ il y a presque exactement un an, en mars 2013. Il est déjà remarquable qu’en 12 mois il prête flanc à 12 questions épineuses sur son propre sens de l’éthique.

Nous attendons les réponses avec impatience.

*** *** ***

De nouvelles questions se posent évidemment aujourd’hui, le jour de la grande rafle libérale.

Mes collègues Agnès Maltais et Pascal Bérubé ont résumé les choses ainsi:

Mme Maltais :  Ces accusations démontrent un lien entre le financement du Parti libéral et les contrats du gouvernement. C’est l’UPAC elle-même qui a utilisé le mot «systémique». Ils ont trouvé un système. La police nous dit donc qu’il y avait un système libéral de financement politique en échange de contrats. Les accusations portent sur un système organisé de corruption au sein d’un gouvernement pendant des années, cinq ans. C’est très grave, c’est extrêmement important. Le premier ministre Couillard prétend que ça date d’une autre époque et que ce n’est plus le même Parti libéral. Pourtant, il a déjà déclaré qu’il était à l’aise avec le retour de Mme Normandeau en 2014, très récemment. Philippe Couillard a siégé à ses côtés pendant cinq ans à l’Assemblée nationale et au Conseil des ministres. En tant que chef du Parti libéral, Philippe Couillard, doit dès maintenant d’abord, première chose, cesser de balayer ces questions sous le tapis, deuxièmement, prendre ses responsabilités pour les gestes qui ont été commis par les de son parti.

M. Bérubé : Nous interpellons Philippe Couillard à titre de chef du parti libéral, il doit cesser le déni, cesser de banaliser une situation extrêmement grave. Il doit cesser de nier l’existence d’un système au sein de son propre parti. Il doit déclarer publiquement que le Parti libéral du Québec va collaborer pour faciliter les enquêtes toujours en cours de l’UPAC portant sur le Parti libéral et en conclusion, nous posons la question suivante : Qui est à l’origine du système qui a été démontré par l’UPAC aujourd’hui?

On attend, à nouveau, des réponses !

Intégrité: Mes 12 questions à Philippe Couillard

Phillipe Couillard a dit deux choses au sujet du passé trouble de son parti en matière éthique. Pour être poli. je dirai qu’il a été paradoxal.

PC_130317_ih9hf_couillard-charest_sn635Interrogé ce dimanche à savoir s’il était « à l’aise avec l’héritage de Jean Charest » il a répondu: « je suis à l’aise avec tout l’héritage du PLQ ». Donc: c’est oui.

Mais il ne semble pas parfaitement à l’aise avec le passé car il a cru bon de dire aussi, la veille, que le PLQ, « c’est mon parti maintenant ». Ce qui peut laisser croire qu’il fait une distinction claire entre « son » parti et celui de son prédécesseur.

Toujours prêt à rendre service, je voudrais aider M. Couillard à tirer les choses au clair sur ces questions d’intégrité en lui posant des questions précises qui ne concernent que lui et son propre jugement éthique. Les voici:

1. Les méthodes de financement de Charest: Lorsque vous étiez ministre de Jean Charest, et que ce dernier vous obligeait à récolter 100 000 $ par année pour la caisse électorale du parti, une pratique inédite qui vous mettait, vous et vos collègues, en position éthique très équivoque, avez vous obtempéré ? Avez vous protesté ? Lorsque cette pratique fut rendue publique, pourquoi n’avez vous pas exprimé de réserves ? En aviez-vous ?

2. La Clause Couillard. Lorsque vous avez démissionné du gouvernement en mai 2008, vous êtes allé travailler pour une société privée de santé avec laquelle vous aviez eu des rencontres peu avant votre démission. Vous aviez suivi les règles éthiques en vigueur à l’époque, dites-vous. Depuis, cette pratique est interdite par une nouvelle clause du code d’éthique surnommée « Clause Couillard ». Rétrospectivement, admettez-vous que vous auriez du être exemplaire et ne pas négocier votre emploi dans le secteur de la santé alors même que vous étiez ministre de la santé, même si cela était permis à l’époque ? Si vous êtes élu, comptez-vous modifier la Clause Couillard ?

3. Le silence sur le salaire secret. Vous avez démissionné en juin 2008, soit trois mois après que le public eut appris que votre chef, Jean Charest, recevait depuis dix ans un salaire secret du PLQ, tiré à même les généreuses donations, de 75 000 $ par an. On ne vous a jamais entendu à ce sujet. Approuviez-vous cette pratique ? Quand l’avez vous apprise ? Êtes-vous intervenu pour qu’elle cesse ? Après votre démission, pourquoi n’en avez vous jamais parlé ? Lorsque vous dites que vous êtes `à l’aise`avec tout l’héritage du PLQ, cela inclut-il le fait d’avoir caché ce salaire aux Québécois pendant 10 ans ?

4. Le silence sur la commission d’enquête. Au moment de votre démission en 2008, vous reprenez votre droit de parole et vous bénéficiez dans l’opinion publique d’un très grand ascendant moral. Courant 2009, de révélations en révélations, le public prend conscience d’un très grave problème de corruption au Québec. L’ADQ, puis le PQ, les éditorialistes, puis les policiers, le barreau, les ingénieurs et même les syndicats (même la FTQ construction, c’est dire!) réclament la tenue d’une commission d’enquête publique. C’est aussi le cas de quelques figures libérales, dont l’ex-député et président du PLQ, Robert Benoît, dénonçant en 2010 le fait que son parti soit devenu « une machine à ramasser de l’argent ».

Vous ? Non. Il n’existe pas de trace de prise de position publique de votre part en faveur de cette enquête. Au moment où le Québec avait besoin de leaders d’opinion, vous êtes resté muet. La plus grande question d’intégrité de l’histoire récente du Québec ne vous intéressait pas ? Pourquoi ?

5. L’absence de rupture. Le 17 mars 2013, vous êtes élu chef du PLQ, au premier tour de scrutin, avec 58,5 % des voix. Une victoire décisive. De plus, votre absence de l’Assemblée nationale entre 2008 et 2012 vous a évité d’être vu en train d’applaudir le ministre Tony Tomassi — maintenant accusé au criminel — ou de voter 11 fois contre la création d’une commission d’enquête, comme vos collègues.

Vous êtes donc superbement placé pour poser des gestes de rupture avec votre prédécesseur Jean Charest et ses pratiques. Au minimum, vous pourriez, pour utiliser une expression française, vous permettre un « droit d’inventaire » sur ce qui vous a précédé, applaudissant certains gestes, en rejetant d’autres. Il y a d’ailleurs un précédent. En 1977, devenu chef libéral, Claude Ryan — d’une totale intégrité — fut très dur envers son prédécesseur Robert Bourassa, dont  les dernières années au pouvoir avaient été entachées de soupçons d’irrégularités. Ryan procéda à une purge sévère et établit des règles sans précédent de probité dans le PLQ.

Vous avez choisi de ne rien faire de la sorte. Vous n’avez dénoncé ni M. Tomassi, ni l’usage de Post-its pour la nomination de juges sous Charest, ni la décision de ce dernier de protéger Gilles Vaillancourt, le maire de Laval, aujourd’hui accusé de gangstérisme  (protection rapportée en entrevue par votre ex-collègue ministre Thomas Mulcair).

Pourquoi avez-vous choisi de ne pas utiliser votre position de force, au lendemain de votre élection, pour marquer une rupture dans l’histoire du PLQ ? C’est sans doute la plus grande énigme de votre carrière politique.

6. Le silence sur la perquisition. Quatre mois après votre élection comme chef du PLQ, l’UPAC a procédé à une perquisition au quartier général de votre parti. Cela ne s’était jamais vu. De toute évidence, la perquisition devait porter sur des faits antérieurs à votre arrivée. Pourquoi avez-vous alors décidé de cacher la vérité aux Québécois sur cette affaire pendant deux longs mois ? N’aurait-il pas été plus sage de dévoiler cette vérité vous-mêmes, immédiatement, pour bien montrer qu’il y avait un avant-Couillard et un après-Couillard ? Que les salaires secrets et contrats secrets et cocktails organisés par des compagnies en secret étaient choses du passé ?

7. Le bris de la promesse de transparence. Les médias ayant eu vent de cette perquisition dont vous taisiez l’existence, vous avez pris l’engagement d’être désormais « transparent ». Promesse immédiatement brisée car vous n’avez pas révélé que l’ex-ministre et responsable du financement dans votre parti, Violette Trépanier, avait également été interrogée par l’UPAC pendant l’été 2013. Ce n’est qu’en novembre, quatre mois après les faits et deux mois après votre promesse, que l’information a été rendue publique. Pourquoi ce silence ? Et pourquoi avoir gardé Mme Trépanier en poste, alors que l’UPAC était très intéressée à ses activités, jusqu’à sa retraite en septembre 2013, soit cinq mois après être devenu chef ? Pourquoi n’avez vous pas immédiatement après votre élection procédé, par simple prudence, à un changement complet de personnel dans l’équipe de financement du parti ?

8. La non-recherche des « fabulous 11« . Le 1er novembre 2013, vous apprenez par des documents de cour cités dans les médias que l’UPAC enquête sur un système de financement occulte en échange de contrats publics au PLQ visant au moins 11 personnes et impliquant « des millions de dollars ». Cela survient alors même que vous affirmez publiquement vous préparer pour une élection générale et que vous constituez votre équipe de conseillers et de candidats.

Cette nouvelle est extrêmement problématique pour vous car, en homme intègre, il vous faut absolument savoir qui sont ces 11 personnes pour vous assurer de couper tout contact avec elles et de ne pas les retrouver dans vos équipes. Malheureusement, il n’existe aucune trace publique que vous ayez lancé une enquête interne, ayez écarté des personnes, ayez retiré des cartes du PLQ à qui que ce soit, ayez érigé un cordon sanitaire éthique autour de vous. Pourquoi ?

9. L’échec du code d’éthique. Il faut être de bon compte. Candidat au leadership du PLQ, vous aviez proposé que votre parti se dote d’un code d’éthique. Compte-tenu de l’intérêt porté par l’UPAC à votre formation, vous avez voulu proposer ce code au Conseil général de votre parti réuni le 10 novembre 2013. Malheureusement, des « dissensions internes » vous ont empêché de déposer le code souhaité et vous vous êtes contenté d’une déclaration générale peu contraignante.

Puisque vous aviez fait de cette question une priorité et que les policiers sont aux trousses d’au moins 11 responsables de votre parti pour, justement, grave manquements à l’éthique, comment devrait-on qualifier votre incapacité à imposer vos vues sur ce sujet crucial entre tous ?

D’autant qu’il s’agit de convaincre un parti généralement extrêmement discipliné et loyal à son chef. Ne vous souvenez-vous pas de cet autre conseil général, trois ans plus tôt en novembre 2010, où un délégué, Martin Drapeau, avait proposé un débat sur une enquête publique et où il n’avait trouvé absolument personne pour seconder sa motion — alors que 80% du public réclamait cette commission ? Tous les délégués sauf un étaient d’accord avec le chef !

Maintenant que vous êtes le chef de ce parti hyper-malléable, vous êtes incapable de trouver une simple majorité pour un code d’éthique ? Avez-vous vraiment essayé ?

10. Le silence sur les écoutes compromettantes. Vous êtes chef depuis quelques mois lorsque la Commission Charbonneau entend, à l’automne 2003, un enregistrement selon lequel un lobbyiste aurait remis un chèque de 3000 $ à Jean Charest lorsqu’il était premier ministre. L’avocat du PLQ, donc votre avocat qui agit selon vos instructions, a fait en sorte que cette information soit cachée au public jusqu’à la fin janvier 2014. Pourquoi lui avoir donné cette instruction ? Pourquoi ne pas choisir la transparence ? Pourquoi briser encore votre promesse ?

11. À la défense de Jean Charest. Au moment de la divulgation de ces informations, Jean Charest clame son innocence par voie de communiqué. Vous avez le choix d’affirmer que ces affaires ne vous regardent pas et que M. Charest peut bien se défendre tout seul. Vous décidez de faire le contraire. Vous vous présentez devant les journalistes, affirmez avoir parlé à M. Charest, et clamez son innocence.

C’est très bizarre, car ce jour-là, vous saviez que deux mois plus tôt l’UPAC avait perquisitionné l’entreprise Shockbéton, liée à M. Marc Bibeau, qui est le proche ami et qui fut le proche conseiller et ramasseur de fonds pour M. Charest depuis de longues années. L’UPAC, qui a aussi visité la soeur de M. Bibeau et une autre de ses entreprises, est donc à un battement de coeur de votre prédécesseur. Le simple sens politique — la prudence élémentaire — voudrait que vous preniez vos distances. Vous choisissez au contraire de vous placer en défenseur de M. Charest. Vous êtes volontaire pour lui servir de bouclier-politique. Pourquoi ?

12. A la défense du cynisme. Vous le savez, le cynisme des électeurs envers les élites politiques est à son zénith. Il sera collectivement très difficile de rétablir durablement le lien de confiance, mais nous n’avons d’autre choix que de tout tenter pour y arriver. Un des projets présentés par le gouvernement Marois jouit d’un énorme appui dans l’opinion: il s’agit de ne pas récompenser les députés qui quittent leurs fonctions en cours de mandat, pour des simples raisons de carrière. Nous pensons que ces démissionnaires doivent quitter sans obtenir la somme forfaitaire à laquelle ils auraient eu droit s’ils avaient terminé leur mandat.

Il n’y a aucun doute que cette nouvelle règle serait un pas de plus dans le rétablissement du lien de confiance. Devenu chef du PLQ, vous vous y êtes opposé avec la dernière énergie. Vous aviez, disiez-vous, des arguments de principes. Ils auraient été plus crédibles si vous n’aviez pas dans vos rangs deux démissionnaires potentiels — Raymond Bachand et Emmanuel Dubourg — qui ont quitté leurs postes moins d’un an après avoir entamé leur mandat pour des raisons strictement carriéristes.

Voilà un cas où vous aviez. comme nouveau chef, le choix d’envoyer un signal de renouveau et de probité qui allait, de surcroît, protéger le portefeuille des Québécois. Vous avez plutôt choisi de protéger deux libéraux (un rival et un poids léger) et leurs portefeuilles. Et d’alimenter le cynisme. Pourquoi ?

Conclusion

Comme vous le voyez, je me suis limité dans ces questions aux seuls faits et gestes personnels du chef actuel du PLQ. Puisqu’il s’est dit à l’aise avec l’ensemble de l’histoire du PLQ, j’aurais pu l’interroger sur la crise d’octobre, le scandale des garderies, bien d’autres choses encore. Mais il faut savoir être clément.

M. Couillard est devenu chef du PLQ il y a presque exactement un an, en mars 2013. Il est déjà remarquable qu’en 12 mois il prête flanc à 12 questions épineuses sur son propre sens de l’éthique.

Nous attendons les réponses avec impatience.

Fraude électorale ? Les raisons de l’inquiétude

Soyons clairs: le droit de vote est sacré et tous ceux qui ont le droit de voter doivent pouvoir le faire.

Soyons clairs: le passé électoral récent du Québec est jalonné de comportements immoraux et/ou illégaux des fédéralistes en période électorale.

Voici les éléments du dossier, qui alimentent une légitime suspicion. Par ordre chronologique :

1. 1994-1995: La fabrique de citoyens

Dès l’élection du PQ en septembre 1994, l’appareil fédéral s’est accéléré pour délivrer un nombre record de certificats de citoyenneté: de 23 800 en 1993, le nombre a bondi à 40 500 en 1994, puis à 43 850 en 1995, grimpant de 84% en deux ans.

Dans le mois précédant le vote, en octobre 1995, la bureaucratie fédérale a fait des miracles,  naturalisant 11 500 personnes en quatre semaines, un bond de 250% par rapport au mois précédent, de 300% par rapport au même mois de l’année précédente, de 440% par rapport au même mois de 1993.  Dans La Presse, en 1996, grâce à la loi d’accès à l’information et au recherchiste Ken Rubin, Chantal Hébert a mis au jour plusieurs notes de service fédérales internes qui témoignaient de l’effort « gigantesque », selon une de ses sources, mis en œuvre pour l’occasion.

Non content d’accélérer le traitement de demandes de naturalisations déjà déposées, Ottawa a ouvert la porte et fait franchir toutes les étapes à 3600 demandes nouvelles pendant le mois précédant la date finale d’inscription sur la liste électorale. Finalement, et c’est probablement la pièce à conviction la plus convaincante du caractère exceptionnel de l’événement : des fonctionnaires d’Immigration Canada furent obligés de travailler le samedi et le dimanche !

Une opération administrative ? Pas selon l’ancien directeur général du Parti libéral du Canada au Québec Benoît Corbeil : « Ce n’était pas difficile : plusieurs commissaires à l’immigration étaient liés au parti. »

2. 1995: Le vote illégal d’étudiants hors-Québec en 1995

De toutes les poursuites découlant du référendum de 1995, une seule s’est soldée par une condamnation : 58 étudiants non-résidents québécois de l’Université Bishop, à Lennoxville, ont été condamnés au printemps de 1998 pour avoir voté illégalement. Près de 400 ont été accusés. L’actuel premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, Robert Ghiz, est parmi ceux qui ont voté. Il s’en est vanté.

3. 1995 et suivantes: L’illégalité et la destruction de preuve

Le Directeur général des élections a établi hors de tout doute que le camp du Non avait profité et disposé illégalement de sommes, provenant du fédéral, en 1995, s’élevant à 539 000 $. (Voir le rapport du DGE ici.)

Dans son livre sur Power Corporation, L’État Desmarais, Robin Philpot cite une source lui affirmant que 30 boîtes de documents sur le financement du camp du Non au référendum de 1995 ont été détruites.

4. 1997: Les enveloppes de cash circulant chez les Libéraux fédéraux

Le grand organisateur libéral et ancien ministre à Québec Marc-Yvan Côté a reconnu devant la commission Gomery en 2005 qu’il avait reçu trois enveloppes contenant au total 120 000 dollars pour l’organisation électorale du Parti libéral du Canada en 1997, dans les 21 circonscriptions de l’Est du Québec qui étaient sous sa responsabilité. M. Côté dit avoir compté l’argent lui-même, avant de le remettre à des candidats libéraux, lors du lancement de la campagne à Shawinigan.

Détail amusant: Côté fut notamment ministre libéral du PLQ de la… réforme électorale !

5. 1998: Les votes achetés 10$ chacun dans Anjou pour le PLQ

La Cour supérieure a déclaré coupable un organisateur qui achetait pour 10$ chacun des votes allant au candidat libéral dans la circonscription d’Anjou lors de l’élection  de 1998.

Le PLQ a toujours plaidé l’ignorance d’une opération menée en faveur d’un de ses candidats (et fils d’un président du PLQ) même si le téléphone de l’organisateur reconnu coupable avait appelé 51 fois les locaux du PLQ pendant l’élection.

Il faut retenir de cet épisode, avéré, de fraude électorale en faveur du PLQ la nécessité d’importantes sommes d’argent comptant pour organiser la fraude. Or, des témoignages plus récents pointent dans la direction de sommes importantes dont on n’a toujours pas retrouvé la trace.

6. 1999: Le long refus du PLQ de réclamer l’identification des électeurs

Très longtemps, le PLQ s’est opposé mordicus à l’obligation, proposée par le Parti québécois, d’obliger les électeurs à s’identifier pour voter, en montrant soit un passeport, soit un permis de conduire ou une carte d’assurance-maladie. Leur opposition était totale dans l’année précédant le référendum de 1995.

Ce n’est qu’en 1999 qu’ils ont finalement cédé et permis au Québec de faire ce pas, pourtant essentiel pour la légitimité du processus électoral.

Bref,

Oui, nous avons des raisons d’être inquiets. De très bonnes raisons.