Heureusement qu’on l’a, le bon docteur Couillard, pour ramener un peu de bon sens dans le débat public. Non ? N’a-t-il pas, ce jeudi, rabroué son ministre Bolduc en affirmant haut et fort qu’il fallait complètement exclure les fouilles à nu dans les écoles ? Et là où son ministre louvoyait, n’a-t-il pas affirmé un leadership clair et sans faille ?
Euh… non. Ou du moins, ce n’était pas son intention. Il ne s’était pas levé jeudi matin avec la décision de bannir les fouilles à nu. Il ne s’est même pas levé à l’Assemblée pour donner cette réponse. En fait, il s’est levé pour donner… la même réponse que son ministre.
J’étais présent lorsque Philippe Couillard a changé d’avis. Tous les membres de l’Assemblée étaient présents. Et dans ce qui apparaît comme une illustration magistrale de l’utilité de la période de question, c’est l’échange entre le chef péquiste Stéphane Bédard et le premier ministre libéral qui a poussé ce dernier à céder. À céder au bon sens.
Prenez deux minutes pour lire l’échange, il est intéressant.
Première question:
M. Bédard : M. le Président, comme moi, la plupart des parents du Québec ont été surpris, consternés des possibilités de fouilles à nu dans les écoles du Québec. Après deux jours de déclarations que je qualifierais de loufoques, là, nous en sommes à demander l’intervention du premier ministre.
Après la surprise, la honte. Les propos du ministre de l’Éducation ont pris une nouvelle dimension, une proportion internationale, M. le Président. Maintenant, ce n’est plus seulement les Québécois qui constatent que le ministre de l’Éducation fait fausse route, on entend maintenant les Français, les Anglais, les Américains et même les Turcs, M. le Président, se soucier de ces questions. Après l’image qu’on a eue sur les grèves étudiantes, je peux vous dire que l’image du Québec, effectivement, n’est pas à la hauteur de ce qu’on souhaiterait pour notre formidable réseau de l’éducation.
Le ministre de l’Éducation s’est lui-même discrédité dans sa réaction à quelque chose qui est grave, M. le Président. Face au louvoiement, face à l’absence de propos clairs du gouvernement, clairs et responsables, je demande au premier ministre d’intervenir immédiatement et de nous confirmer à nous, aux parents du Québec, aux directeurs d’école, qu’il n’y aura plus de fouille à nu, et cela, à partir d’aujourd’hui.
Est-ce que le premier ministre confirme aux parents du Québec qu’il met fin à cette directive ?
Bon. La question est claire. Si Philippe Couillard veut mettre fin à la directive, voilà une bonne occasion de le faire. Lisons sa réponse:
M. Couillard : M. le Président, bien sûr, comme parent moi-même, bientôt grand-parent, c’est certainement des sujets qui nous interpellent tous personnellement, et l’équilibre à faire ici est entre le besoin de sécurité pour les élèves dans nos écoles, le personnel, mais également les droits fondamentaux des gens. Et il faut s’assurer que, lorsqu’il y a de telles interventions — et je ne parle pas de la fouille à nu, là, je parle de la nécessité de vérifier parfois qui rentre quoi dans les écoles — que ça se fasse en concordance totale avec les politiques approuvées par le gouvernement, par le ministère de la Justice, avec la collaboration des forces policières et en aucun cas, en aucun cas, au mépris et aux dépens de la dignité des gens.
Alors, afin de clarifier cette question… parce que je voudrais quand même qu’on aille aux faits. On a les articles de journaux. En tout respect pour les médias, c’est une partie de l’information. <On a besoin… >J’ai besoin, on a besoin de connaître les faits exacts, raison pour laquelle on a demandé à une personne indépendante d’aller vérifier les faits, de vérifier la politique qui existe, s’assurer qu’elle est conforme aux deux objectifs que j’ai mentionnés : la sécurité dans nos écoles, mais également la dignité et les droits des gens.
Vous voyez ? En une minute quinze secondes, le premier ministre n’a aucunement l’intention de bannir la pratique. Il feint de ne pas avoir d’information. Il ne lui vient pas à l’esprit d’affirmer son autorité et de sévir contre les fouilles à nu. Stéphane Bédard doit revenir à la charge.
Le Président: Première complémentaire, M. le chef de l’opposition officielle.
M.Bédard: Encore une fois, le premier ministre louvoie sur une question qui est simple et claire. Il n’a pas besoin d’avis juridique là-dessus. Je peux lui en donner un, s’il veut. Il n’y a pas de droit inaliénable à une fouille à nu, ça n’existe pas, surtout pas pour un directeur d’école. Et, comme parent, je trouve inacceptable et je n’accepterai jamais que ma fille soit fouillée à nu, peu importent les conditions, M. le Président, dans l’école qu’elle fréquente.
Je demande au premier ministre immédiatement de dire aux parents qu’il met fin à cette pratique inacceptable pour nos jeunes.
C’est clair. Le premier ministre a une seconde chance.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Couillard : M. le Président, là, là-dessus, le collègue et moi, on est d’accord. Moi non plus, je ne veux pas voir ce genre de chose là dans nos écoles. Mais je voudrais qu’on aille vérifier les faits, qu’est-ce qui s’est exactement passé dans cette école-là. Moi-même, je n’ai pas le détail des faits et je veux connaître les faits.
Et c’est à ce moment, exactement, sous la pression et sentant que ses explications sur la recherche des faits n’est pas crédible face à la gravité de la fouille à nu chez les étudiantes, que le bon docteur cède, et invente sur-le-champ la nouvelle politique gouvernementale:
M. Couillard: Maintenant, absolument d’accord avec notre collègue, il n’est pas question de fouille à nu dans nos écoles, sauf dans les cas extrêmes justifiés par les forces policières et des situations criminelles, protégés par les chartes. M. le Président, c’est comme ça que ça se fait comme il faut. […]
Bon, on avance. Le Premier ministre est désormais contre les fouilles à nu, avant même de connaître « les faits » dans l’école Neufchâtel. Bien. Mais il accepte encore les fouilles à nu dans des « cas extrêmes ». Il ne dit pas, comme son ministre Bolduc, que la fouille doit être « respectueuse ». Il dit qu’il faut que ça se fasse « comme il faut ». Cette digue va-telle tenir longtemps ?
En seconde question complémentaire, Bédard pousse sur cette digue:
M.Bédard: […] Il a cette responsabilité, que ça ne peut plus se produire dorénavant. Et, si j’étais à sa place, je prendrais cet engagement maintenant. Et ce qu’il a, par rapport à moi, c’est qu’il est premier ministre, donc il a cette responsabilité de rassurer les parents. Est-ce qu’il peut leur dire aujourd’hui que cette pratique n’existera plus, tout simplement?
Humm. Le Premier ministre est sommé d’écarter « les cas extrêmes » et les « comme il faut ». Il pourrait tenir. D’un point de vue de loi et d’ordre, ça peut se défendre. Il doit penser sur ses pied.
Le Président : M. le premier ministre.
M. Couillard : M. le Président, très certainement, s’il est question, disons l’expression, de fouille à nu, il n’est pas question que ça se passe dans nos écoles, mais je veux savoir exactement ce qui s’est passé dans cette école-là. Est-ce qu’il y a eu une fouille à nu? Est-ce qu’il y a eu ce genre d’intervention qu’on a rapporté dans les médias, oui ou non? On a besoin de faire cette appréciation-là, et je pense qu’il faut montrer ici un minimum de jugement.
Maintenant, sur la question de la fouille à nu dans les écoles, la réponse, M. le Président, c’est non, on n’en veut pas.
Le Président: Troisième complémentaire, M. le chef de l’opposition.
M.Bédard: Je veux bien comprendre les propos du premier ministre, effectivement. Ce qu’on doit comprendre c’est qu’aujourd’hui au-delà du cas de Neufchâtel, où, effectivement, il y a eu un enfant qui a été mis à nu, effectivement, peu importe les motifs, est-ce qu’il confirme aux Québécois et aux parents du Québec qu’il n’y aura plus de possibilité pour les directions d’école de procéder à des fouilles à nu sur des étudiants fréquentant nos écoles? Voilà.
Le Président: M. le premier ministre.
M. Couillard : M. le Président, encore une fois, il n’est pas question qu’il y ait des fouilles à nu, particulièrement sur des élèves ou des mineurs. On est tous d’accord là-dessus. Mais je voudrais quand même qu’on vérifie ce qui s’est véritablement passé dans cette école. On va le faire. Ça ne change rien à ce que je viens de dire, mais on doit exactement savoir ce qui est arrivé dans cette école, vérifier les protocoles qui sont en place. Est-ce qu’ils sont adéquats, pas adéquats? S’ils ont été adéquats, est-ce qu’ils ont été suivis? Il faut quand même faire cette démarche.
Maintenant, je vais répéter de façon très claire : Il n’est pas question d’avoir de fouille à nu de nos élèves dans les écoles.
Tous ont retenu que Philippe Couillard rejette toute fouille à nu dans les écoles. C’est vrai. Mais une information plus complète dirait: Le PQ pousse Couillard à interdire les fouilles à nu dans les écoles.
Et on dira que l’opposition ne sert à rien…