L’âme existe, le juge l’a dit ! (version intégrale)

Comme Napoléon, le juge Blanchard tire ses certitudes de Dieu.

Pendant des millénaires, philosophes et théologiens ont épuisé les ressources de la rhétorique pour tenter de démontrer l’existence de l’âme humaine. Ils n’ont jamais atteint de certitude. L’absence de l’âme étant inconcevable, sa présence doit être arrachée au néant par la seule puissance de la déduction.

Ces débats n’ont plus lieu d’être. Le jugement rendu mardi par le juge Marc-André Blanchard, de la Cour supérieure du Québec, pourra être brandi dans tous les débats théologiques à venir. L’âme humaine existe. La preuve : son existence constitue un des fondements du droit canadien.

(Une version légèrement écourtée de ce texte a été publié dans Le Devoir.)

Le juge devait déterminer si l’on pouvait demander à une personne religieuse salariée de l’État de retirer ses signes religieux pendant ses heures de travail. Au paragraphe [1098], la lumière jaillit. La réponse est non, car « cette violation » atteindrait « l’âme ou l’essence même de cette personne ». Bigre.

Ailleurs dans le jugement, le magistrat est très tatillon sur la qualité de la preuve qui lui est présentée. Par exemple, il trouve peu convaincants les témoignages et les arguments sur l’effet que pourrait avoir sur des enfants la présence de signes religieux représentant, par exemple, la modestie et la soumission des femmes, portées par des figures d’autorité qui ont pour mission de servir d’exemple à la jeunesse. Même si une enseignante porte la burqa, symbole suprême de l’oppression des femmes, les jeunes n’en tireront selon lui aucun enseignement.

(Le texte se poursuit après la pub.)

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Qu’en est-il de la qualité de la preuve sur l’existence de l’âme, nécessaire pour conclure qu’elle serait violée par la Loi sur la laïcité de l’État ? Malheureusement, sur 346 pages, on ne trouve pas le début du commencement d’un indice, d’une trace, voire d’un faisceau de présomptions sur lesquelles il s’appuie pour en décréter l’existence. Il la déclare réelle, lui donne vie et corps, par fiat. C’est quand même lui le juge, que diable !

Non content de proclamer son existence, il la connaît suffisamment pour nous dire ce qu’elle n’est pas. Des rustres ont eu l’outrecuidance d’affirmer devant lui que, puisqu’il est interdit aux employés de l’État de porter au travail des signes témoignant de leurs convictions politiques, sociales ou syndicales, l’interdiction devrait s’étendre aussi aux signes de conviction religieuse.

Que nenni ! Certes, admet-il, l’interdiction de ces autres signes viole la liberté d’expression du salarié, mais il ne s’agit pas là d’un droit fondamental qu’il sied de protéger. Pourquoi ? Parce que « cette violation n’atteint pas l’âme ou l’essence même de cette personne ». Vous avez consacré votre existence au féminisme, à l’écologie, à l’indépendance ? Sachez que votre vocation, même si certains de vos proches vous trouvent obsédés par elle, n’a nullement percolé jusqu’à votre âme ou votre essence. Cela n’a même pas laissé d’empreinte, contrairement à la religion, écrit le juge, sur « l’un des fondements mêmes de l’être ». L’enseignante qui s’est convertie à l’islam la semaine dernière, ou qui n’a jamais porté le hidjab mais s’en coiffe spécifiquement pour contester une loi de la CAQ, elle, doit être vue comme fondamentalement imbue, dans son essence spirituelle, par cet objet sacré dont elle est désormais indissociable. Le juge Blanchard le sait, car il détient les clés de l’âme, de l’essence, des fondements des êtres.

Un Dieu intolérant ou miséricordieux ?

Des audacieux lui ont dit que, sur le continent qui a inventé le concept même des droits de l’homme, l’Europe, des magistrats aussi studieux que lui avaient tiré des conclusions complètement inverses. Que le port de signes religieux n’est pas un droit fondamental. Les Belges ont même inventé un mot pour interdire l’affichage « convictionnelle » dans lequel ils mettent à égalité le macaron syndical ou la croix de Jésus. C’est qu’ils n’ont pas été frappés, comme notre juge, par la révélation de l’existence de l’âme.

Depuis plus d’un siècle en France, chrétiens, juifs et musulmans employés de l’État retirent leurs signes religieux avant d’entrer au travail et les remettent à la sortie. Malgré la vigilance constante de milliers de curés, de rabbins et d’imams, Dieu n’a, en 116 ans, donné aucune indication qu’il était mécontent de cet arrangement. On n’a signalé de sa part aucun refus d’entrée au paradis pour ses ouailles qui se sont pliées à la règle républicaine.

Il semble que Dieu serait moins clément de ce côté-ci de l’Atlantique. L’obligation faite aux croyants québécois de retirer leurs signes entraînerait, écrit le juge, « une conséquence cruelle qui déshumanise les personnes visées ». Oui, car elles ne pourraient ainsi agir « en fonction de leur âme et conscience, en l’occurrence leurs croyances ». Ici, le juge postule que les croyances de ces salariés les obligent absolument à porter ces signes, sous peine de… de quoi exactement ? De la réprobation de leur Dieu. En matière de respect de la croyance religieuse, si on ne tient pas pour avéré que Dieu réprouve un comportement, il n’y a pas de dilemme.

Porteur de vérités venant de l’invisible, l’honorable Marc-André Blanchard aurait pu éviter toute cette cruauté déshumanisante en proclamant aussi que Dieu est infiniment bon et infiniment miséricordieux. Qu’il ne tiendra donc nullement rigueur à ses enfants qui acceptent les normes sociales. Le magistrat aurait pu mobiliser saint Paul, qui implorait ainsi les Romains : « Que chacun soit soumis aux autorités supérieures, car il n’y a d’autorité qu’en dépendance de Dieu, […] si bien qu’en se dressant contre l’autorité, on est contre l’ordre des choses établi par Dieu, et en prenant cette position, on attire sur soi le jugement. » Il avait tout prévu, saint Paul, y compris le jugement.

De la nécessité d’un jugement Blanchard II

Mais le juge prend la direction inverse. Prétendant interpréter la constitution, il impose des vues exactement contraires à celles des constituants les plus récents. En 1998, des personnes à ne jamais inviter à la même soirée, Lucien Bouchard et Jean Chrétien, Pauline Marois et Stéphane Dion, ont modifié la constitution canadienne pour mettre fin aux commissions scolaires catholiques et protestantes du Québec et les remplacer par des structures laïques, les commissions scolaires linguistiques. Des commissions non-religieuses.

Notre juge ne capte aucun signal laïc dans cette décision pourtant récente. Brûlant d’une foi ardente dans l’importance du religieux dans la société, il accepte avec enthousiasme la volonté de commissions scolaires anglophones « d’engager et promouvoir des personnes portant des signes religieux parce qu’elles considèrent que cela participe à promouvoir et à refléter la diversité culturelle de la population ».

Le paragraphe suivant mérite d’être cité en entier, car il nous ouvre un univers de plaisirs pour les décennies à venir:

« Sans crainte de se tromper, le Tribunal peut affirmer que le bon sens, qui fait partie de l’attirail judiciaire, permet de conclure que l’absence systématique dans un espace social de personnes auxquelles une autre, partageant les mêmes caractéristiques, peut s’identifier constitue à la fois un obstacle dans la reconnaissance sociale de la valeur de ces caractéristiques, tout autant qu’un facteur de marginalisation pour tout individu qui visa à obtenir cette reconnaissance. »

Bon sang mais c’est bien sûr ! Le corps enseignant, le personnel de soutien même, de chaque école doit être représentatif des caractéristiques des élèves. Dans ce cas, il ne suffit pas de permettre aux enseignants de porter des signes religieux. Il ne suffit pas de le promouvoir. Car il est certain, comme le soulignait l’an dernier Guy Rocher, que les chrétiens s’affichent beaucoup moins, cette décennie-ci, que les musulmans ou les sikhs. Les élèves catholiques et protestants seront donc en danger de marginalisation, de non reconnaissance. Et qu’en est-il de la proportion grandissante d’enfants dont les parents sont athées ? On sent tout de suite leur malaise de ne pas se reconnaître parmi le kaléidoscope de signes religieux qui passera devant eux. Je ne vois qu’une solution, pour un jugement Blanchard II : imposer des quotas de signes religieux et athées dans le corps enseignant qui fluctueront avec l’évolution de la pratique religieuse ou athée dans la région où l’école est située. (Évidemment, je déconne !)

Le fait est que, si on retire la foi du jugement Blanchard, tout son édifice juridique s’écroule. La présomption de l’existence de l’âme et des représailles d’un Dieu intolérant, le postulat aveugle que chaque porteur d’un signe religieux y est spirituellement attaché et le refus de reconnaître la profondeur de convictions autres que religieuses sont, tous, des actes de foi du juge. Nous ne sommes pas dans le droit, nous sommes dans le dogme. Face au dogme, il n’y a qu’un remède : la laïcité.


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Francais: le grave danger des demi-mesures

J’ai une admiration sans borne pour Guy Rocher, un des pères de la loi 101. C’est donc avec une fébrilité que je m’apprête à le contredire. Dans Le Devoir de samedi, il attirait notre attention sur le danger des demi-mesures. Ce n’est pas chaque décennie qu’un gouvernement a la capacité de donner un élan historique à notre langue nationale. Le PQ de 1977 a livré une réforme qui avait couvé pendant un quart de siècle et, comme le rappelle M. Rocher, le Dr Camille Laurin est allé au-delà des attentes. Mieux que d’autres, il avait compris à quelle profondeur il devait ancrer la réforme.

(Une version légèrement écourtée de ce texte a été publié dans Le Devoir.)

Une fenêtre semblable est ouverte pour François Legault. Un large consensus s’est établi sur le déclin du français et l’opinion attend des mesures fortes. Lui livrer des demi-mesures qui n’aurait pas la force nécessaire pour renverser la situation équivaudrait à gaspiller un moment historique.

Guy Rocher propose d’étendre la loi 101 au Cégep. Il est rejoint par un nombre croissant d’intervenants. Ils y voient, dans les outils disponibles, celui qui frappe le plus fort.

Malheureusement, et c’est là où je fausse compagnie à M. Rocher, c’est l’exemple même de la demi-mesure. Elle donne l’impression de la fermeté. Elle rate complètement la cible.

Elle interdit aux jeunes québécois qui sortent de onze ans d’enseignement primaire et secondaire en français et qui, donc, sont pour la vie parfaitement opérationnels en français, de flirter avec l’anglophilie inhérente aux cégeps anglophones. Le gain n’est pas inexistant. Mais il ne résout pas notre problème.

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Quel est-il ? L’extension rapide de l’anglais langue de travail à Montréal. C’est le moteur du déclin du français. Il découle en particulier de la propension de salariés non francophones d’imposer l’anglais au travail (selon l’OQLF, cette attitude est responsable du tiers des échanges en anglais). Certes, cette tendance délétère se heurte à une faible résistance de la part de francophones pour lesquels l’impératif de français langue commune est faible et encore davantage de la part d’allophones pour lesquels le français et l’anglais sont des langues secondes. Admettons aussi le facteur d’efficacité: les francos et les allos bilingues ne veulent pas perdre de temps à tenter de comprendre un anglo dont le français est trop faible.

Pour modifier cette dynamique, l’extension de la loi 101 au Cégep ou encore la réduction du financement des Cégeps anglophones est non seulement inutile mais, à la marge, contreproductif. En laissant les anglos (et les allos anglicisés) dans leur ghetto collégial, en retirant de leurs classes ceux qui parlent le français, on réduit leur contact déjà ténu avec la réalité francophone.

Le problème qu’il faut résoudre est exactement là où cette demi-mesure n’aide en rien: dans la formation des anglos et des allos anglicisés. Il faut faire en sorte que chaque future cohorte de diplômés de Dawson, de McGill et des autres institutions post-secondaires anglos doivent avoir acquis 1) une excellente maîtrise du français écrit et oral 2) la conviction que la nation québécoise tient mordicus à ce que le français soit la langue commune, que cela plaise ou non.

Il y a deux façons d’y arriver. La première est renforcer l’enseignement du français pendant les trois premières sessions d’un cours général de Cégeps anglos puis d’obliger l’étudiant à faire sa dernière session en immersion dans un Cégep francophone. Pour obtenir son diplôme il devra, comme son collègue francophone, réussir son examen de français final, éliminatoire. (Cela doit s’accompagner de cours de maintien du français au niveau universitaire anglo, avec examen final éliminatoire, et d’exigences de français pour les étudiants étrangers qui, sinon, sont un facteur d’anglicisation de Montréal.) J’ai défendu cette position pendant plusieurs années et elle figure au programme du PQ.

J’estime que la détérioration du français à Montréal est si rapide (passer de 9 à 25% d’entreprises à bilinguisme intégral en 12 ans est catastrophique), que l’étiolement du concept de français langue commune est si grave qu’il faille désormais aller plus loin et poser un geste politique, symbolique et national plus résolu: le Cégep en français pour tous.

Il ne s’agit pas de fermer Dawson et les autres, mais de les transformer, sur 10 ans, en Cégeps francophones (entre 10 et 50% de leurs enseignants sont déjà francophones). Il s’agit d’un geste national qui affirme que dans ce coin francophone d’Amérique nous avons décidé de faire du Cégep en français le point de passage commun et obligatoire de toutes nos futures élites techniques et professionnelles.

J’entends l’argument: mais, la constitution ne protège-t-elle pas l’enseignement en anglais ? Seulement aux niveaux primaire et secondaire. Nous avons carte blanche pour les Cégeps.

J’entends: mais, les étudiants anglos seront pas de niveau ? Justement, il faudra les mettre à niveau dans les dernières années du secondaire.

J’entends: mais, la communauté anglo sera contre ? Elle sera contre toutes les réformes proposées. Opposition pour opposition, autant appliquer la bonne réforme. Cela dit, il est préférable d’arguer que cette réforme est inclusive, assurant aux jeunes anglos un réel succès dans le marché du travail francophone, que d’aller défendre l’atrophie des Cégeps anglos avec l’extension de la loi 101.

J’entends: mais les jeunes anglos vont partir en Ontario ? En ce moment, c’est ce qu’ils font, sortant de leurs Cégeps et universités sans réelle maîtrise du français. Une perte nette pour la communauté anglo et pour l’investissement dans leur éducation.

J’entends: oui mais là, ils vont partir faire leurs études en Ontario ? Nous sommes dans un pays libre. Mais il ne faut pas penser que la mobilité est si grande à cet âge. Les coûts sont énormes hors-Québec et ces exilés n’auraient pas accès à nos prêts et bourses.

J’entends: mais c’est énorme ! Oui, et c’est ce qu’il faut. L’exact contraire d’une demi-mesure. 


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Guy Rocher ose utiliser le « M word »: MAJORITÉ (texte)

On pensait que tout avait été dit, dans le débat sur les signes religieux. Mais voilà que se présente à la barre l’aîné des intellectuels québécois. Du haut de ses 95 ans, Guy Rocher vire le débat à l’envers, utilise une toute autre grille, prononce des mots tabou. Il ose.


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L’inégalité de la visibilité religieuse pose problème

On avait beaucoup entendu les critiques de l’interdiction des signes se plaindre de l’inégalité de traitement. Le signes catholiques, disaient-ils, ne sont pas  »ostentatoires ». On ne voit plus guère que des petites croix discrètes autour des cous. Donc en proscrivant les signes, c’est l’Islam qu’on vise, avec son voile visible. Cette volonté est donc discriminatoire, car elle a plus d’impact sur les religions « visibles ».

Guy Rocher prend l’exact contre-pied de l’argument.

Il indique justement que  »les religions ne sont pas égales entre elles. Certaines ont plus de pouvoir politique que d’autres, certaines sont financièrement plus riches que d’autres, certaines ont plus d’exigences que d’autres à l’endroit de leurs adhérents, et, oui, certaines sont plus « visibles » que d’autres. Ainsi, ajoute-t-il,, le Catholicisme a toujours été plus « visible » que le Protestantisme, de nature plus discret. Aujourd’hui, l’Islam et les Juifs hassidiques sont maintenant plus visibles que les Catholiques, devenus discrets. »

Rocher en tire la conclusion que de permettre le port des signes en éducation ouvrirait la porte à une inégalité de la visibilité des religions dans l’école. Et que donc les religions moins visibles, comme le catholicisme aujourd’hui ou, encore davantage, l’absence de religion, l’athéisme, seraient défavorisés par rapport aux religions visibles, notamment l’Islam.

Dans son témoignage il a déclaré : « si on accepte que des enseignants et des directeurs d’école portent des signes religieux, on offre l’occasion à une religion d’être plus présente que d’autres ». On consacre donc l’inégalité des religions dans l’école, ce qui est l’exact contraire de l’objectif de neutralité religieuse de l’État.

L’intérêt dans cette position est qu’elle ne reproche pas à une religion son choix d’être plus ou moins visible. Les cathos, rappelle Rocher, étaient plus visibles avant,  » avec les soutanes, les cornettes, les crucifix ». Ils le sont moins maintenant. Ils pourraient changer d’avis demain, on ne le sait pas. De même, les musulmanes portaient très peu le voile il y a trente ans. Elles le portent maintenant. Cela pourrait changer à l’avenir. Ces variations appartiennent aux religions.

L’État lui, a un devoir de neutralité. Il est donc un rempart contre ces variations. Il ne doit pas subir la vague de visibilité actuelle de telle ou telle religion. La meilleure façon d’empêcher, à l’école, l’inégalité de l’affichage est de ne pas avoir d’affichage du tout.

Le « M » word: Majorité

L’ensemble du débat fut jusqu’ici axé sur la valeur des droits individuels d’afficher ses convictions. On s’interroge beaucoup sur l’impact du projet de loi sur les minorités religieuses. La mairesse Valérie Plante, qui a eu le mérite d’affirmer qu’elle appliquerait la loi si adoptée, a même parlé de la  »peur » que le projet soulevait en elle pour la cohésion sociale.

Guy Rocher, lui, a osé parler d’une inquiétude complètement inverse. Il a même poussé l’audace jusqu’à parler de  »la majorité », grande absente des débats. Jusqu’à maintenant la majorité était, osons le dire, en déficit de visibilité.

 »Je serais bien inquiet pour l’avenir, a dit Guy Rocher, que ce projet de loi ne soit pas adopté. Je serais inquiet pour les rapports entre la majorité au Québec et les minorités. Et entre les minorités entre elles. » D’autant qu’il prévoit pour les 50 prochaines années une augmentation de la fragmentation religieuse dans le monde et au Québec, pas sa diminution.

Il fait le constat que la majorité des Québécois n’appartiennent pas aux minorités religieuses. Or pour s’assurer que les relations entre la majorité et les minorités religieuses soient « équitables et paisibles » dit-il, il convient d’éviter qu’à l’école, « une religion soit plus favorisée qu’une autre, par sa visibilité, sa présence ou autrement ».

L’interdiction des signes, conclut-il, est la seule façon d’assurer l’égalité de la foi — ou de l’absence de foi — dans l’école.

Guy Rocher a le mérite de poser la question crûment: l’augmentation prévisible dans l’État et en particulier l’école des signes extérieurs de la religion la plus visible — l’Islam — va créer une situation d’inégalité religieuse qui sera source de tensions.

« Si ce principe n’est pas adopté, il n’est plus possible de considérer nos institutions scolaires comme religieusement neutres. Diverses croyances auraient la complète liberté de s’y afficher, voire s’affronter. L’avenir apparaît alors fait d’incertitudes ».

C’est une évidence. Mais il fallait avoir le cran de le dire.

Le principe de précaution

Avec toute la diplomatie dont il est capable, Guy Rocher a mis au tapis l’argument de Gérard Bouchard voulant qu’il n’y avait aucune preuve que les signes religieux dans une classe ait une influence réelle sur les élèves.

D’abord, a dit Rocher qui a enseigné pendant des décennies, « j’ai toujours pensé qu’en tant que professeur, j’ai eu de l’influence ». Ensuite, il a fait état de sa propre expérience, de l’époque où le catholicisme était très visible. « Quand j’étais au collège et que tous les professeurs portaient des soutanes et que parfois je me demandais si Dieu existait ou si l’enfer existait, je pensais à ces hommes qui manifestaient leur foi en Dieu et en enfer par tous les signes qu’ils portaient. »

Il s’est aussi interrogé sur la réaction d’un élève dont les parents sont témoins de Jéhovah ou Mormons qui voit dans son école des enseignants qui affichent leur foi en l’Islam, mais pas en la foi de ses parents. Cela introduit, selon Rocher, « une contradiction grave » face à l’impératif de neutralité de l’État.

À la demande de Gérard Bouchard pour des études scientifiques, Rocher répond par le principe de précaution. Dans l’incertitude, dit-il, s’il y en a encore, il faut protéger l’école, les élèves et les parents.

Un témoignage essentiel

L’intervention de Guy Rocher dans notre grand débat national est inestimable. Comme Gérard Bouchard ou Charles Taylor, il porte avec lui la crédibilité de l’expérience et de la recherche. Contrairement à eux, il met sur la table non seulement une vie d’intellectuel, mais celle d’un acteur central de deux de nos transformations les plus durables, la construction d’un système d’éducation public laïc, puis l’adoption de la Charte de la langue française.

Il a donc côtoyé à la fois les idées et le réel. Transformé notre façon de penser et d’agir.

C’est sans doute ce qui lui donne la lucidité voulue pour remettre debout le débat sur la laïcité. Debout sur le pilier qu’il n’aurait jamais du quitter: celui de l’égalité, condition indispensable à des relations équitables et paisibles entre les minorités religieuses et celle qu’il a savamment réintroduit dans le débat:  la majorité.


 

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Laïcité:  Comment répondre aux arguments de la gauche 

En voici un extrait:

 

 

Leadership: Identité : La concordance culturelle

Proposition # 6 du candidat Jean-François Lisée

« La patrie est un projet commun, une création continue de nos efforts solidaires [. . .] Être ensemble est une immense opération, une orchestration infiniment complexe, dont le chef invisible est la conviction partagée que cet ensemble existe, qu’il a un sens à travers l’histoire, qu’il nous faut y être attentifs afin qu’il ne se relâche pas […] Le plus grave désastre qui puisse menacer un peuple n’est pas l’anéantissement militaire, c’est l’indifférence de ses membres à la forme de son avenir. »
Citation de Pierre Emmanuel, choisie par Camille Laurin et Fernand Dumont pour ouvrir leur Politique québécoise de développement culturel, en 1978
***

‘‘There is no core identity, no mainstream in Canada. There are shared values — openness, respect, compassion, willingness to work hard, to be there for each other, to search for equality and justice. Those qualities are what make us the first postnational state.’’

Traduction : Il n’y a pas d’identité fondamentale, pas de courant dominant, au Canada. Il y a des valeurs partagées – ouverture, compassion, la volonté de travailler fort, d’être là l’un pour l’autre, de chercher l’égalité et la justice. Ces qualités sont ce qui fait de nous le premier État post-national. 

Justin Trudeau, New York Times Magazine, décembre 2015

Le Québec est dans une situation unique. Un peuple minoritaire sur un continent anglo-américan dont la survie et le dynamisme sont un défi lancé à l’histoire.

La proposition que je dévoile aujourd’hui vise à donner la charpente de ma vision pour la cohésion du Québec de demain (la Concordance culturelle) la méthode pour y parvenir (l’Assemblée constituante) et le texte fondateur qui l’enchâssera (la Constitution interne du Québec).

Le contexte continental

Notre voisin du Sud pratique une politique de « Melting pot » qui vise sans inhibition à assimiler dans le grand tout américain chaque vague d’immigration. (Il faut dire que les millions de Canadiens français ont été plus longs que les autres à se fondre dans le grand tout !). Le Québec est cependant dans un pays, le Canada, qui pratique la politique exactement contraire à celle des États-Unis. Loin de vouloir assimiler ses citoyens dans un grand tout chargé d’histoire, de symboles et de mythes, le Canada s’affiche comme la terre multiculturelle par excellence. Là où chacun reste soi.

Ce principe est enchâssé dans la constitution du pays, une loi en dicte les paramètres, un ministère y consacre son activité et ses budgets, les tribunaux y soumettent les lois.

Avec une efficacité telle que le premier ministre du moment, Justin Trudeau, puisse affirmer que le pays est désormais « post-national ». C’est-à-dire qu’il ne constitue plus une nation, donc qu’il n’est plus une communauté construite autour d’un parcours historique, d’une existence culturelle et linguistique, de pratiques forgées par un tronc commun d’individus sur plusieurs générations. Non, Justin Trudeau le dit fièrement au plus grand quotidien américain : « il n’y a pas d’identité fondamentale, de tronc commun au Canada ».

Les Québécois, leurs intellectuels, leurs élus, ont beaucoup cherché à dessiner leur propre définition du vivre-ensemble, ni assimilationniste à l’américaine, ni multiculturaliste à la canadienne. Cet effort de bonne foi a conduit à l’approche actuelle dite de « l’interculturalisme »[1]. Ses défenseurs insistent pour l’investir de différences importantes par rapport à sa version canadienne. Ses détracteurs estiment qu’en pratique, sinon en théorie, le résultat n’est pas significativement différent.

D’autant que le Québec faisant toujours partie du Canada, une politique d’intégration québécoise cherchant l’équilibre entre la culture du néo-Québécois et celle du tronc commun de la nation d’accueil, se heurte au pouvoir d’attraction considérable d’une politique fédérale qui affirme que le tronc commun n’existe pas et que la nation elle-même n’existe plus.

J’estime qu’il est temps de tracer une trajectoire beaucoup plus affirmée : la Concordance culturelle, soit la volonté clairement exprimée par la nation qu’elle souhaite de et pour tous ses citoyens un cheminement commun vers des éléments qui constituent les piliers de son identité nationale.

Concorder, mais vers quel tronc commun  ?

Pour trouver ces éléments, il faut puiser dans la réalité du tronc commun des traits distinctifs qui, soit, relèvent de l’évidence, soit, ont marqué notre société et ont une portée civique universelle.

L’évidence :

Le Québec forme une nation sur son territoire et s’exprime démocratiquement par les élus de son Assemblée nationale, célèbre son existence notamment lors de sa Fête nationale ;

Le Québec a une langue officielle et commune, le français, et tous les habitants de son territoire ont vocation à l’apprendre, la connaître, la partager ;

Le Québec s’est incarné dans une production culturelle principalement francophone riche et multiforme qui exprime à la fois ses origines, son évolution et ses métissages, et plus largement un esprit créatif qui déborde sur d’autres domaines. Il coule de source que tous ses citoyens puissent connaître les éléments essentiels de cette culture commune et  contribuer à son enrichissement ;

Le Québec est le résultat d’un passé qui a produit un récit historique singulier, toujours en devenir. La connaissance de ce récit, la participation aux débats incessants entourant ses hauts et ses bas, font partie de l’expérience d’une citoyenneté québécoise commune.

Et comme l’écrivait très justement le sociologue Gérard Bouchard :

« Cette dimension [de la mémoire] n’est pas restreinte aux Québécois d’origine canadienne-française. Dans sa singularité même, elle est porteuse d’enseignements à caractère universel. Notre passé a quelque chose d’important à dire à tous les Québécois. Il y a deux conditions à respecter : a) ne pas l’amputer, b) ne pas verser dans l’endoctrinement. »

La portée civique universelle :

Le Québec n’est pas le seul lieu où l’égalité entre femmes et hommes est un acquis précieux (et encore incomplet). Mais à cause de notre histoire, ce désir d’égalité est exprimé intensément et fait partie de notre identité fondamentale ;

Le Québec n’est pas le seul lieu où se pratique l’entraide et la concertation, le partage de la richesse, la coopération et l’économie sociale. Mais force est de constater que notre statut de minorité a fait de ces approches de décision et d’action un trait fort ;

Le Québec n’est pas le seul lieu où le pouvoir religieux a fait place à un État et une société de plus en plus laïcs. Mais la rapidité du changement enregistré depuis 1960 et la volonté manifeste de la nation de faire des pas supplémentaires en cette direction en font une caractéristique centrale de notre identité moderne.

Le Québec n’est pas le seul lieu où la quête de justice sociale se déploie. Mais la marche d’une population francophone qui, avant la Révolution tranquille, était sous-payée et socialement déclassée vers une société moderne d’une grande mobilité sociale et exigeante pour viser l’équité sous toutes ses formes font de cette quête un trait saillant de notre vie collective.

Le Québec n’est pas le seul lieu où la volonté démocratique est présente. Mais des Patriotes qui font voter dans tous les villages les 92 résolutions réclamant davantage de démocratie, en passant par l’obtention du gouvernement responsable, jusqu’aux lois sur la démocratie de René Lévesque et Robert Burns, des avancées récentes et des débats persistants sur la recherche d’un mode de scrutin encore plus équitable, notre engagement pour la démocratie est indissociable de ce que nous sommes.

La Concordance culturelle, un principe structurant

Premier ministre, j’adopterai une vision plus claire de l’intégration basée sur le concept de « Concordance culturelle ».

La définition stricte de Concordance, selon le Larousse, est « un rapport de conformité entre deux ou plusieurs choses: accord, correspondance, analogie ». On vise donc une mise en commun, un objectif commun qui n’est pas une fusion mais une rencontre, vers un objectif défini, celui du tronc commun. Dans concordance il y a aussi « concorde », donc l’idée d’une relation amicale, conviviale, apaisée.

Cette idée n’est pas complètement nouvelle. Elle s’appuie sur les travaux réalisés sous le premier gouvernement de René Lévesque par Fernand Dumont, sous la direction de Camille Laurin. Sous le terme « Convergence culturelle », elle fut esquissée dans le livre blanc sur la Politique de développement culturel[2], publié en 1978 dans la foulée de l’adoption de la Charte de la langue française. En voici quelques extraits, encore très actuels:

« Une «culture de convergence»: l’expression n’est pas une métaphore commode ni une formule de rhétorique. Elle veut indiquer un axe fondamental d’une politique de développement propre au Québec dans sa réalité concrète, soucieuse de diversité comme de cohérence. […]

Si le français doit être la langue commune au Québec, comme on semble le reconnaître partout, on doit en admettre les conséquences pour la culture. Non pas, répétons-le patiemment, parce que la culture de tradition française devrait abolir les autres sur notre territoire, mais parce que, comme pour la langue, elle devrait servir de foyer de convergence pour les diverses communautés qui continueront par ailleurs de manifester ici leur présence et leurs valeurs propres[3]. »

La tentative d’implantation de la politique fut abandonnée par Gérald Godin quelques années plus tard. Dans le contexte socio-culturel alors tendu – suite à l’application d’une Charte de la langue française qui n’avait pas que des amis, et dans la foulée de l’intense et polarisante période référendaire puis du rapatriement imposé de la constitution canadienne – la Convergence culturelle fut mal accueillie.

C’est donc à dessein que je ne reprends pas cette expression, non pour en rejeter l’intuition d’origine, mais d’abord pour m’extraire de cette expérience alors non concluante, ensuite et surtout pour investir la Concordance d’un contenu plus adapté au Québec d’aujourd’hui et à l’évolution des débats.

D’autant que depuis cette époque, le Québec a changé. L’idée forte voulant que le Québec forme une « nation au sein du Canada » a été adoptée par la Chambre des communes en 2006 – même si l’opinion publique canadienne la récuse massivement dans les enquêtes d’opinion. Au sein des frontières du Québec, la connaissance du français et le sentiment d’appartenance au Québec sont beaucoup plus forts qu’ils ne l’étaient en 1978 et en 1980, y compris dans la minorité anglophone et parmi les Québécois d’adoption. Le terrain est donc mieux préparé, il me semble, pour changer, en douceur, la donne.

Contrairement au multiculturalisme et plus fermement que l’interculturalisme, la Concordance culturelle telle que je l’entrevois propose que les néo-Québécois d’hier, d’aujourd’hui et de demain soient invités à cheminer vers le tronc commun auquel ils se sont ajoutés en franchissant nos portes. L’assimilation ? La Concordance n’a ni à l’encourager ni à la décourager. Chaque citoyen et chaque génération effectue son parcours identitaire comme il ou elle l’entend.

Mais la Concordance récuse la notion voulant que le Québec soit une mosaïque de pôles culturels équivalents qui vivent en permanence côte à côte en échangeant idées et cultures. Elle respecte la richesse de la diversité, oui, mais crée les conditions de la concordance, en direction du tronc commun bâti ici par l’histoire.

Elle n’est pas non plus un processus symétrique entre l’arrivant et la société d’accueil. Elle rompt avec la proposition voulant que le néo-québécois et la société d’accueil aient à faire un effort équivalent l’un envers l’autre. Dans le modèle de la Concordance, le néo-Québécois s’inscrit dans un processus d’intégration et de Concordance alors que la société d’accueil, elle, a le devoir de créer des conditions favorables à cette intégration. Ce devoir doit être affirmé clairement dans les textes et respecté dans les faits. Dans cet esprit, la Concordance est un processus graduel à long terme impliquant des ajustements et conduisant à des enrichissements réciproques.

Des groupes historiquement constitués, dans et à côté de la nation

Le Québec de la Concordance culturelle reconnaît bien évidemment la présence sur son territoire de groupes historiquement constitués au parcours singulier.

Il s’agit d’une part des peuples autochtones dont, depuis René Lévesque, le Québec reconnaît l’existence comme nations. Ces nations et la nôtre partagent un territoire, s’accompagnent, interagissent, s’influencent par de multiples échanges culturels et personnels. Ces nations n’ont pas pour destin de se concorder avec la nation québécoise au sens strict de la politique publique décrite ici. Elles ont leurs identités propres.

La minorité historique anglophone constitue, elle, une société distincte au sein de la nation québécoise. Elle participe de la politique de Concordance culturelle, elle en partage des traits historiques et culturels, mais elle préserve aussi des caractéristiques propres, des institutions, des droits, un destin singulier et permanent au sein de la nation québécoise.

Il existe au Québec de nombreuses organisations représentant ce qu’il est convenu d’appeler les « communautés culturelles ». Elles sont évidemment bienvenues et font partie de la société, de son histoire, de son tissu, de son foisonnement culturel. Elles ont laissé des marqueurs forts dans notre vie collective. Qu’on songe aux Irlandais ayant creusé le Canal Lachine et qui rassemblent largement les Québécois le jour de la Saint-Patrick, à la communauté juive dont l’enracinement chez nous se confond avec nos origines, à la riche histoire du Chinatown, pour ne nommer que ces trois exemples parmi les plus saillants.

Leur existence est couverte par la liberté d’association, de culte, de manifestation, elles ont accès et aux programmes gouvernementaux de soutiens divers et de valorisation lorsqu’elles en satisfont les critères. Si elles le désirent, les organisations des communautés peuvent être des vecteurs, des facilitateurs, de concordance. Mais elles ont une existence et une autonomie propre et n’ont pas à être embrigadées dans quelque politique que ce soit.

Les outils de la Concordance culturelle :
Une constituante, une constitution, une loi, une politique

Comme l’a fait le Canada avec le multiculturalisme, le Québec doit user de plusieurs outils pour faire de la Concordance une réalité. Le plus important sera d’en consacrer le principe dans un texte fondateur, qui reconnaîtra également le rôle central dans notre vie collective de la Charte de la langue française et de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.

Je propose ainsi de créer, au début du mandat qui s’enclenchera en octobre 2018, une commission parlementaire spéciale portant le nom d’« Assemblée constituante ». Cette assemblée sera composée d’individus représentatifs du Québec ayant pour mandat de proposer à l’Assemblée nationale une constitution interne du Québec.

Cette Commission parlementaire élargie sera composée, sur le canevas de la Commission Bélanger-Campeau de 1990, de façon la plus consensuelle possible entre les partis représentés à l’Assemblée nationale, dans un esprit de bonne représentation de la diversité québécoise.

Elle procèdera à des consultations, nationales et régionales, avant de faire son rapport. Son objet ne portera pas sur le statut politique du Québec (fédéralisme ou souveraineté) ou sur la forme de ses institutions (monarchie ou république). Elle aura mandat de proposer à la Nation les éléments qui constituent ses points de Concordance, à l’intérieur de son statut politique actuel. Notre objectif sera de faire adopter cette constitution par plus d’un parti représenté à l’Assemblée nationale.

Il appartiendrait à un gouvernement ayant obtenu, à l’élection de 2022, un mandat de conduire le Québec à la souveraineté de faire les pas supplémentaires.

Il en découlera, comme pour le multiculturalisme canadien, l’adoption d’une loi sur la Concordance culturelle et la publication d’une politique dotée d’un plan stratégique pluriannuel et de budgets adéquats.

Quels pas de plus sur les éléments de la Concordance ?

Ma proposition vise ici à établir un principe structurant pour le Québec d’aujourd’hui et de demain et pour tous les Québécois. Un principe qui guidera, ensuite, l’action de chaque gouvernement qui l’adaptera selon l’évolution, les priorités, voire les virages, de la société québécoise.

D’ici peu, je proposerai sur chacun des éléments constitutifs de la Concordance les pas supplémentaires que le gouvernement du Parti québécois que je dirigerais voudrait réaliser pendant le mandat allant de 2018 à 2022 :

  • au sujet de la protection et de la promotion de la langue française;
  • au sujet de la promotion de la culture québécoise;
  • au sujet d’une meilleure transmission du récit historique québécois;
  • au sujet des progrès à accomplir en matière de laïcité et d’accommodements religieux;
  • au sujet des pas à franchir pour davantage d’égalité entre femmes et hommes;
  • au sujet de la culture d’entraide et de concertation, mise à mal par le gouvernement actuel, et qu’il faut reconstruire en fonction de la réalité d’aujourd’hui et des défis de demain.

[1] On demandera de préciser en quoi la « concordance culturelle » se distingue de l’interculturalisme. La définition la plus « officielle » de ce dernier se trouve dans la Politique d’immigration, de participation et d’inclusion du gouvernement, de novembre 2015 (p. 35): « L’interculturalisme reconnaît et valorise une conception plurielle et dynamique de l’identité québécoise, une langue publique commune, le français, le respect des droits et libertés de la personne et la lutte contre la discrimination, une éthique du dialogue et de la médiation ainsi qu’une conception de l’intégration basée sur l’engagement partagé entre la société et les personnes immigrantes. Il reconnaît aussi l’importance des rapprochements interculturels et de la pleine participation des Québécoises et Québécois de toutes origines. » Cette définition n’inclut ni l’existence d’une culture québécoise majoritaire ni le caractère asymétrique de l’intégration. Notons que parmi les définitions non officielles, celle de Gérard Bouchard insiste sur la reconnaissance d’une majorité francophone.

[2] La rédaction du document fut confiée  à Fernand Dumont. Le contenu fut élaboré et discuté au cours d’une période d’échanges formels et informels au sein d’une petite équipe composée  de Camille Laurin, inspirateur et porteur officiel du document,  Fernand Dumont, Guy Rocher et Henri Laberge, alors chef de cabinet de Camille Laurin.

[3] Plus récemment, le concept a fait l’objet d’un intéressant texte du juriste Guillaume Rousseau, « Pour une loi-cadre sur le convergence culturelle » dans Micheline Labelle, Jean-René Milot et Sabine Choquet, Actes du colloque interdisciplinaire et international d’étudiants et de nouveaux chercheurs, Montréal, Les Cahiers de la CRIEC, 2014, 79 à 95.

Vous êtes plutôt d’accord ?
Joignez-vous à ma campagne

Voici les propositions que j’ai mise de l’avant
depuis mon entrée dans la campagne, le 16 mai dernier.

Proposition #1: Chasser les libéraux. Réussir l’indépendance. Dans cet ordre.

Proposition #2: Immigration : Le chemin du succès

Proposition #3: Santé : Gel de l’enveloppe de rémunération des médecins

Proposition #4: Inégalités sociales : Un Québec riche de son équité

Proposition #5: Sièges sociaux : Miser sur la Caisse de dépôt et le développement régional

Proposition #6: Identité : La concordance culturelle

Proposition #7: Priorité PME : Moins de paperasse, plus d’entrepreneuriat

Proposition #8: Laïcité – une approche résolue et responsable

Proposition #9: Compte à rebours 2022 !

Proposition #10: Anticosti – Enfin sortir des faux-fuyants !

Proposition #11: Incarner la laïcité et l’ouverture

Proposition #12: Le pipeline Énergie Est: Pourquoi il faut dire Non et Non !

Proposition #13 : Pour un processus d’évaluation et de consultation « digne du 21e siècle »

Proposition #14 : Développement régional : rétablir les budgets et reconstruire les outils de développement dans le respect des régions

Proposition # 21: Pour une vraie culture de la culture au Québec

Proposition # 22: 8 propositions pour oser réussir la Métropole

Proposition # 23: L’information, un service essentiel