Comment faire des milliards à la mode Albert Frère et Desmarais ?

Comment s’enrichir, lorsqu’on est déjà riche, en siphonnant des centaines de millions à des institutions publiques ? Denis Robert (qui a mis au jour le scandale Clearstream) et Catherine Le Gall démontent patiemment le mécanisme privilégié par Albert Frère (principalement) et son partenaire de longue date Paul Desmarais.

À travers quatre transactions économiquement inexplicables réalisées pendant les années 2000, les journalistes d’enquête ouvrent le sac à outils de ceux qu’ils appellent des prédateurs – car ils ne créent pas de produit, de service, de valeur, seulement des échafaudages financiers qui leur rapportent gros et qui vident les caisses d’institutions publiques.

Des questions sans réponse

Pourquoi l’équivalent français de la Caisse de dépôts achète-t-elle à Albert Frère sa chaîne de fast-food Quick et, surtout, pourquoi l’achète-t-elle plus de deux fois sa valeur ?

Pourquoi la brésilienne Pétrobras achète-t-elle pour 1,5 milliards de dollars US une raffinerie texane vétuste achetée peu avant par Albert Frère pour… 42 millions ? Une culbute de 1590% ?

Pourquoi la compagnie publique française de l’uranium Areva achète-t-elle pour 2,5 milliards d’euros une nouvelle entreprise d’uranium qui ne possède que des terrains inexploitables ? Mais dont les financiers sont liés à Frère et Desmarais ?

Pourquoi, finalement, le gouvernement français pousse-t-il le joyaux public Gaz de France dans les bras de l’entreprise chevrotante Suez, contrôlée par le couple Frère-Desmarais ?

Ces États en avaient-ils vraiment besoin ?

La logique économique est complètement absente de chacune de ces transactions. Chaque fois, il s’agit de colossaux transferts de richesse d’institutions publiques vers des coffres privés.

Chaque fois, les bénéficiaires des transactions ont placé au sein des institutions publiques visées des gens qui leur sont proches et qui vont diriger la manœuvre de l’intérieur. Chaque fois, des consultants externes, parfois anonymes et toujours opaques, vont grossièrement surévaluer l’entreprise sur le point d’être achetée à prix d’or. Chaque fois, des clauses étranges sont placées dans les contrats pour faire pencher la balance en faveur des spoliateurs.

Impossible que ces transactions aient lieu sans que plusieurs acteurs politiques ferment les yeux.

Dans le cas de Pétrobras, il est avéré que Frère a généreusement contribué à la caisse électorale de Dilma Roussef, alors présidente du CA de Pétrobras, future présidente brésilienne qui sera accusée de corruption et destituée.

Dans le cas de l’uranium, la présence de la présidente du CA de la compagnie publique Areva sur des CA de compagnies de Frère et Desmarais est notable.

Dans le cas de GDF, l’ami intime des Frère et Desmarais, Nicolas Sarkozy, hier défavorable à la privatisation, en est devenu un des principaux héraults !

Touffu mais loufoque

À travers ces récits parfois touffus et techniques, on voit aussi comment la justice (sauf brésilienne) est parfois hésitante à remonter les filières de ces scandales et semble muselée à des moments cruciaux.

On voit surtout comment ceux qui tirent les ficelles, en haut de la pyramide de la prédation, semblent parfaitement intouchables, tellement ils manipulent avec talent les rouages compliqués des montages financiers, des corporations écrans, des consultants conciliants et des avocats aguerris.

L’enquête n’est pas seulement une accusation contre les prédateurs mais une mise en cause de tous les facilitateurs et de l’échec des garde-fous qui auraient du, qui auraient pu, dans chaque cas, faire échec à la prédation.

Un livre très très éclairant.

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !

Une réflexion à propos de “Comment faire des milliards à la mode Albert Frère et Desmarais ?

  1. Surprise? Pas vraiment! Tout ce que j’ai entendu, vu, lu concernant surtout les Desmarais et, au-delà de tout, sachant pertinamment bien qu’ils sont les tireurs de ficelles invétéres pour tous partis confondus (fédéral, provincial surtout pour ce qui est des libéraux tout comme ils ont joué un rôle majeur quant à l’élection de Sarkosy, en France démontre à quel point ils sont profiteurs, magouilleurs. Heureuse qu’ils soient ici démasqués, en partie du moins.
    Ce qui m’est donné de réaliser, c’est qu’il n’y a absolument aucune limite pour ces fraudeurs de haute instance. Verité, intégrité, conscience aucunement pour eux c’est évident.

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