Le Québec dans le monde: solidarité et dérives canadiennes

L’extrait de mon discours du CORIM du 11 février portant sur la solidarité québécoise, l’ACDI et les dérives canadiennes:

Verbatim : 

L’action internationale du Québec toute entière est traversée par une idée qui dépasse la simple défense de nos intérêts nationaux. Par une idée qui nous ressemble et qui nous définit, ici et ailleurs : la solidarité.

Depuis quelques décennies, le Ministère des relations internationales a défini ses propres programmes de solidarité internationale, en collaboration avec l’AQOCI.

Dans la mesure de nos moyens, et avec une réelle efficacité que nous savons mesurer, l’aide québécoise, à Haïti et dans plusieurs pays africains et latino-américains, est centrée sur le transfert d’expertise, en matière agricole notamment, sur la pérennité des actions et leur prise en charge par les partenaires locaux ainsi que sur les droits humains.

Avec l’AQOCI, nous avons entamé la semaine dernière le parcours qui nous mènera vers la création d’une Agence québécoise de solidarité internationale. Pourquoi ? D’abord, en soi, pour marquer officiellement et de manière pérenne notre volonté de solidarité. Pour définir ensemble, ces prochains mois, les valeurs que cette agence doit incarner et les priorités qui doivent l’animer.

Mais notre décision est rendue plus urgente du fait que l’Agence canadienne de développement internationale, l’ACDI, est depuis quelques années victime d’une dérive qui nous attriste et qui l’éloigne des valeurs altruistes qui avaient animé sa création et que lui avaient insufflé des Québécois de grande valeur, notamment Paul Gérin-Lajoie, que je salue.

La solidarité canadienne semble aujourd’hui mise au service d’intérêts commerciaux. Nous pensons que ces impératifs doivent rester distincts. Nous aidons nos entreprises à exceller à l’étranger, c’est une chose. Mais lorsqu’on fait preuve de solidarité, le mercantilisme n’a pas sa place.

Canada et Québec : des chemins qui divergent

L’action internationale du Québec, sa présence, sa pertinence, prennent ces années-ci plus d’importance encore, car les Québécois se retrouvent de moins en moins dans les orientations prises par le gouvernement canadien.

Ce n’est pas nous qui changeons. Nous sommes fidèles à nous-mêmes. C’est le Canada qui s’éloigne.

L’engagement du Canada dans des opérations de maintien de la paix était longtemps le point de convergence, en matière de défense, entre l’opinion québécoise et canadienne. Mais Ottawa n’a plus que dédain pour les opérations de paix et notre ami Jocelyn Coulon nous apprenait le mois dernier dans La Presse qu’Ottawa a récemment refusé en plusieurs occasions de prendre la direction d’opérations de paix. Cela ne l’intéresse plus.

La tradition canadienne de modération au Proche-Orient, qui faisait consensus au Québec, a été remplacée par un appui univoque aux positions israéliennes, même lorsqu’elles font débat chez nos amis israéliens eux-mêmes.

Cet automne, j’étais heureux d’avoir obtenu de l’Assemblée nationale un appui unanime pour enjoindre Ottawa de ne pas mettre un terme à l’aide précieuse prodiguée pour la construction d’un État de droit en Palestine, qui est indubitablement une condition d’une paix durable entre les deux futurs États. Nous n’avons pas reçu d’accusé réception.

Nous, Québécois, sommes pour l’instant à l’intérieur d’un pays qui agit de façon tellement contraire à nos valeurs que nous devons déployer une énergie considérable pour informer le reste de la planète que nous ne sommes pas d’accord.

Aujourd’hui, dans les réseaux internationaux de l’environnement, il est généralement admis que le Québec est la province verte dans un pays brun. Mais savez-vous le travail de représentation qu’il a fallu, ces dernières années, pour arriver à ce résultat ? Nos parlementaires et nos environnementalistes ont dû être présents à chaque rencontre internationale pour dire : Oui, le Canada a encore eu le prix du dinosaure environnemental aujourd’hui, mais nous, nous sommes différents.

Imaginez si cette énergie avait plutôt été utilisée, par un pays souverain appelé Québec, à faire avancer la cause environnementale, comme membre actif de la coalition des nations pro-Kyoto.

Des décisions prises par Ottawa sans consultation en matière d’immigration nuisent parfois sérieusement à nos efforts. L’imposition de visas aux touristes Mexicains fut néfaste pour notre tourisme et le développement de nos relations.

Indépendants, nous pourrions doubler en quelques mois le nombre de jeunes Français qui viennent découvrir le Québec pour y séjourner et y travailler temporairement, puis s’installer durablement. Simple province, nous ne pouvons qu’attendre le bon vouloir des autres. Cette main d’œuvre qualifiée et francophone nous fait pourtant cruellement défaut.

Sachez que lorsque le Québec a sélectionné un travailleur qualifié, Ottawa le fait encore attendre entre 9 et 51 mois avant de lui permettre d’atterrir chez nous. Pour les immigrants investisseurs, entre 14 et 43 mois. Ce sont des délais qu’on pourrait réduire considérablement, si on en avait le pouvoir.

Un paradoxe

C’est le grand paradoxe de la personnalité internationale du Québec. Nous sommes davantage présents que plusieurs autres pays déjà souverains. Et s’il est vrai que nous travaillons la plupart du temps de concert avec des membres de la diplomatie canadienne coopératifs et amicaux, il reste qu’on doive de façon routinière demander la permission pour rencontrer tel ministre, signer tel accord, faire venir tel diplomate. Nous sommes à la merci de la bonne volonté canadienne sur plusieurs plans et, même dans le meilleur des cas, cette étape supplémentaire obligée grève notre efficacité.

Et lorsque cette bonne volonté disparaît, comme ce fut le cas lorsque les Libéraux de Jean Chrétien étaient au pouvoir, notre action internationale s’apparente à une course à obstacle.

Voyez aujourd’hui, le gouvernement canadien se félicite de la participation québécoise dans la négociation de l’accord Canada-Europe. Nous aussi. Jamais nous n’avons été si impliqués dans une négociation commerciale internationale.

Nous sommes donc condamnés à exceller en matière internationale, malgré les embuches que notre statut nous impose. Du moins pour l’instant



8 réflexions au sujet de « Le Québec dans le monde: solidarité et dérives canadiennes »

  1. De grâce, arrêtez d’essayer de nous endormir avec de l’international. Vous en avez trop sur les épaules. Occupez-vous de Montréal qui en a bien besoin avec l’OQLF qui veut chasser hors de Montréal tout ce qui n’est pas français. Ça devient ridicule de vous entendre parler de l‘International un jour, avec les Anglos le lendemain et ensuite de Montréal alors que dans le fond ce n’est que du bla bla car il n’y a rien qui se passe.

    • Un peu d’ouverture aux réalités du village global enrichirait votre participation à la collectivité. N’oubliez pas que Montréal est une ville multiethnique et que les diasporas nombreuses contribuent en majeur partie au développement des deux pôles de leurs vies productives. L’aide internationale est le signe d’évolution d’une société tournée sur le monde et sur l’avenir. Les échanges sont bilatéraux et les bénéfices associés sont considérables. En matière de visibilité et de réseautage, les grandes sociétés d’ici font des affaires sur une vaste échelle depuis des décennies à l’étranger. Au Brésil notamment, Bell aura installé tout le réseau téléphonique au béféfice des uns et des autres. SNC Lavallin s’est illustré depuis deux générations auprès des pays en développement pour des contrats qui auront généré ici des retombées économiques de centaines de millions. Alors si j’étais vous, je regarderais les avantages de la coopération sous les angles humains et économiques et je vous souhaite de belles découvertes.

  2. La solidarité internationale

    La solidarité commence dans la famille, le groupe, le village, puis elle s’élargit et peut traverser les cultures, les générations, les frontières. Elle devient alors la Solidarité internationale.
    La solidarité « internationale » que l’on appelle parfois, « l’humanitaire », s’applique à ceux qui sont au-delà de « chez nous », au-delà de nos frontières. C’est un partage de peuple à peuple, de société à société.
    Pourquoi être solidaire les uns des autres ?
    Nous sommes interdépendants : Dans de nombreux domaines, ce qui se passe ailleurs a des conséquences ici. La misère, les guerres, les atteintes à l’environnement, les déplacements de populations : autant de problèmes qui dépassent les frontières et ont des répercussions chez nous.
    Les inégalités Nord / Sud augmentent. Alors que les richesses augmentent, les inégalités s’accroissent. Les écarts entre riches et pauvres se creusent. 1,02 milliard de personnes dans le monde ne mangent pas à leur faim. Cette situation n’est pas seulement moralement insoutenable, elle est aussi dangereuse : les injustices, les déséquilibres sont sources de désespoir, de haine, de guerres, et même de terrorisme.
    Au cœur du développement durable : la satisfaction des besoins essentiels.
    Satisfaire les besoins essentiels du point de vue du développement durable, c’est donc non seulement satisfaire les besoins en logement (abri), alimen-tation, accès à l’eau potable, accès à la santé (action de lutte contre le sida, en particulier), mais c’est aussi agir sur des questions d’urgence telles que : l’environnement dans une situation de pénurie, aider à développer et à améliorer les institutions existantes qui s’intéressent au renforcement des capacités des collectivités locales et à la gestion de l’environnement à l’échelon local etc.
    Cependant, on peut se demander si la question de la paix élément fonda-mental de la solidarité internationale est un besoin essentiel ou non. En tout cas, le développement durable implique la sécurité et la tranquillité des biens et des personnes, et des milieux, apprend que « la paix, le développement et la protection de l’environnement sont interdépendants et indissociables ».
    Voilà une nouvelle raison enthousiasmante pour que le PQ et le Québec de mener à bien et bien plus loin la politique de solidarité internationale !

    Mika-L.Yondoloum
    CCR – Tchad

  3. Merci M. Lisée de nous partager vos interventions. Vous êtesn un exemple à suivre par vos collègues ministres ou députés… Le feront-ils comme vous en toute transparence ?

  4. La « solidarité » dont vous parlez est complètement factice. Vous utilisez de l’argent qui ne vous appartient pas et le distribuez à votre guise.

     » le Canada a encore eu le prix du dinosaure environnemental aujourd’hui, mais nous, nous sommes différents. »

    Vraiment? Alors pourquoi utilise-t-on encore autant de mazout lourd?

  5. Vous faites bien M. Lisée de mentionner les barrières à l’accès au Québec pour des francophones qualifiés imposées par Ottawa. Je croyais que c’était de l’histoire ancienne, mais les délais dont vous parlez semble encore exister. En effet, j’ai connu dans les années 1980, un jeune investisseur, un Français unilingue. À l’ambassade du Canada à Paris, on lui disait constamment que les affaires au Canada se passent à Toronto et à Vancouver. Pourquoi tenait-il tellement à s’installer et investir à Montréal? On lui a demandé d’établir un plan d’affaires qui une fois soumit a du être traduit en anglais, puisque les affaires se passent en anglais à Toronto et à Vancouver. « Vous ne voulez vraiment pas vous installer à Montréal pour faire des affaires! » Pendant deux ans il a poireauté, jusqu’à ce qu’il découvre l’existence du Bureau du Québec. Il a présenté son cas, et immédiatement le Délégué du Québec a mis la pression nécessaire pour faire entrer ici cet investisseur francophone. Ce qui fut réalisé en moins de six mois. Ce sont des cas comme ça qui illustrent le besoin d’autonomie du Québec.

  6. Le réseautage est fondamental et le choix des priorités primordial : servir les intérêts bilatéraux et servir les intérêts bilatéraux…

  7. J’ai lu votre article Monsieur Lisée, et je suis en accord avec vous. Depuis l’an 2000 je me suis impliqué dans la coopération international au Bénin, Niger, Haïti et Mali. Les choses ont bien changés. Le Canada n’est plus perçu comme un partenaire sérieux. Il y va de même pour l’approche commerciale du canada. Le Canada se sert des francophones du Québec pour établir des contactes mais les ignores quand arrive le moment des actions. Et ça je l’ai vécu et observé.

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