Gérald Fillion est-il bolchévique ?

fillionC’est la publicité de Radio-Canada qui le dit. Le journaliste économique Gérald Fillion est « le plus cité au Québec quand il est question d’économie ».

L’affirmation est basée sur une étude d’Influence communication d’octobre 2009. Si Claude Picher et Alain Dubuc étaient morts, ils se retourneraient dans leurs tombes! D’autant que, selon Influence, Fillion « est devenu une véritable vedette de l’information économique ».

Et voici que l’über-animateur-économique de Radio-Can publie ce mardi dans son carnet de quoi souffler encore la vedette aux plumes économiques babyboomesques dans le festival des plus cités 2010. Je n’ose paraphraser, alors je cite:

Imaginez si on décidait d’augmenter le taux d’imposition de tous les millionnaires du monde. Un pour cent de 39 000 milliards [la valeur totale des avoirs des millionnaires], c’est 390 milliards de dollars. Deux pour cent, c’est 780 milliards de dollars.  Non, mais! On en réglerait-tu des problèmes avec une taxe mondiale de 1 % ou 2 % sur la fortune totale des millionnaires de la planète!

Non, mais ! Il veut Faire payer les riches! comme le disaient, en transe, les m-l de mon adolescence ! Non, mais ! Il veut s’en prendre aux gagnants du capitalisme, leur prendre le gain gagné à la sueur de leur front !

G. Fillion doit parler des autres, là-bas dans les pays riches, non? Oui et non, car il enchaîne avec une application locale:

Est-ce que cette idée devrait faire son chemin ailleurs dans le monde, y compris chez nous, particulièrement au Québec, où nombre d’économistes et de gens d’affaires se disent inquiets du niveau de la dette publique?

Juste du Gros Bon Sens

Bon, je ne veux pas taquiner Gérald plus longtemps. Il ne fait que reprendre dans son carnet la lettre que viennent d’envoyer 45 millionnaires américains au président Obama. Ils ont la lucidité de demander qu’on fasse appel à leurs gargantuesques fortunes pour régler les problèmes budgétaires, plutôt que de rogner sur les prestations des chômeurs et les salaires des infirmières et des pompiers.

L’idée d’un prélèvement sur l’obscène fortune des terriens les plus riches n’est pas neuve. Avant même la crise, Hervé Kempf, parmi d’autres, soulignait qu’un prélèvement de 5% de la fortune des 10 000 millionnaires mondiaux suffirait à atteindre les objectifs du millénaire, dont celle de réduire de moitié (pas éliminer, réduire de moitié) la pauvreté extrême dans le monde. Une proposition que je reprenais dans Imaginer l’après crise.

Évidemment tant que les gauchistes, comme moi, proposent d’augmenter la ponction fiscale sur les grandes fortunes, on nous accuse de vouloir ramener la lutte des classes. Mais lorsque Warren Buffet, Bill Gates et Ted Turner disent la même chose, comme ce dimanche sur ABC, on a l’air un peu moins extrémistes — Gérald et moi.

La vidéo n’existe plus

Le site de l’appel des 45 millionnaires américains, qui réclament de repayer le niveau d’imposition qu’ils avaient sous Bill Clinton, donc avant les baisses de Bush, inclut ces quelques faits intéressants:

Seulement 375,000 Américains ont des revenus de plus de un million de dollars par an.

Entre 1979 et 2007, les revenus du 1% des Américains les plus riches ont augmenté de 281%

Pendant la Grande Dépression, les millionnaires avaient un taux marginal d’imposition de 68%
En 1963, ils avaient un taux marginal de 91%
En 1976, ils avaient un taux marginal de 70%
Aujourd’hui, ils ont un taux de 35%

44% des membres du Congrès sont millionnaires

Évidemment, une taxe spéciale de 1 ou 2% des revenus (ou des actifs) des millionnaires québécois ne générerait pas des sommes importantes, compte tenu de leur petit nombre.

Cependant le bolchévique chroniqueur économique Gérald Fillion a raison de poser la question suivante:

Est-ce que les dirigeants du G20 devraient étudier l’idée d’une taxe harmonisée sur les fortunes millionnaires pour ne pas désavantager les pays du monde qui seraient tentés d’augmenter ces impôts, mais qui seraient inquiets de perdre un peu de leur compétitivité?

Si quelqu’un d’entre vous est un ami Facebook de Nicolas Sarkozy, le chef d’État qui préside le G20 pour l’année à venir, — oui c’est à toi que je m’adresse, F.D. — merci de lui transmettre la suggestion du journaliste économique le plus cité au Québec.

Ce contenu a été publié dans Radio-Canada par Jean-François Lisée, et étiqueté avec . Mettez-le en favori avec son permalien.

À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !