La monarchie décorative

Je ne vous laisserai pas me dire que mon propos est politiquement incorrect. D’abord, j’ai des chiffres. De plus, j’ai des photos. J’ose affirmer qu’il y a un lien de causalité entre les photos et les chiffres.

(Pendant les vacances, votre blogueur favori vous ressert quelques billets dans le but de vous divertir en faisant semblant de vous informer)

Voici les photos:

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Voici les chiffres:

47 % des Canadiens veulent le couple de gauche.

Seulement 18% veulent celui de droite.

Même les Québécois, qui à 58% affirment vouloir couper tous les liens avec la monarchie britannique (et qui à 70% aboliraient les reliquats monarchistes au Canada) se font tirer l’oreille, lorsqu’un choix est disponible.

Leur dédain pour la monarchie chute de 15 points lorsqu’on leur offre de choisir entre William et Kate (31%) ou Charles et Camilla (11%). Imaginez si Angelina Jolie et Brad Pitt avaient été de la course !

Ma conclusion: la survie de la monarchie repose essentiellement sur la beauté de la descendance, en particulier de la descendante.

Institutionnellement, la monarchie ne fait que représenter, en chair et en os, la permanence de l’État. Si ce n’est que cela, n’importe quel Charles ferait l’affaire. Mais il ne s’agit plus d’instituti0n, de monarchie constitutionnelle. Il s’agit de monarchie télévisuelle, de monarchie décorative.

Dans cette nouvelle ère, laiderons et bègues sont priés de s’abstenir. Et si les Québécois n’avaient d’autre choix que Charles et Camilla, leur volonté de se départir de la monarchie serait assurément plus forte encore.

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Comment sauver le Canada

Je propose, à l’inverse, un test. Les fédéralistes pensaient avoir frappé un véritable coup de circuit en choisissant Michaëlle Jean comme Gouverneure générale. « J’ai été choisie — a-t-elle admis lors d’un discours célèbre — parce que je suis ‘hot’. »

Ce qui ne l’a pas empêché, ensuite, de faire un excellent travail — et de faire suffisamment d’ombre au Premier ministre pour qu’il ne souhaite pas renouveler son mandat et trouve à sa place un homme encore plus ennuyeux que lui.

Mais si les fédéralistes souhaitaient réellement moderniser leur pays et faire faire un pas au Canada dans le cœur des Québécois, ils annonceraient leur intention de modifier la constitution canadienne pour nommer reine du Canada… Michaëlle Jean.

Ils s’assureraient ensuite que chaque Reine suivante ait d’égales qualités esthétiques. Plus tard, peut-être, on pourrait changer le mot « Reine » pour le mot « Présidente », un poste honorifique comme il en existe en plusieurs pays.

Des rénovateurs sensés étendraient cette formule aux lieutenant-gouverneurs des provinces.

Que Stephen Harper ait l’intelligence de nommer Marina Orsini prochaine lieutenant-gouverneur du Québec (vous avez remarqué que je n’ai pas dit Caroline Néron — il faut un peu de profondeur quand même) et les ministres et députés, les maires et les gens d’affaires seront beaucoup plus enclins à aller la rencontrer. Même les souverainistes ne seront pas si pressés d’abolir le poste.

Ce contenu a été publié dans British Empire par Jean-François Lisée. Mettez-le en favori avec son permalien.

À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !