Participation électorale: pourquoi — sauf aujourd’hui — ça baisse

195312_542478858_7199559_nIl y a fort à parier que la participation du vote, aux élections fédérales d’aujourd’hui, sera plus important que l’épouvantable 59% atteint en 2008.

Le suspense ayant habité l’issue du vote depuis deux semaines agit comme un facteur revigorant de la participation, et c’est tant mieux.

Reste que ce rebond, s’il se concrétise, n’arrivera pas à renverser la tendance lourde. Depuis les années 1990, les Occidentaux votent moins. Une chute de participation d’environ 10 %. Les États où le vote est obligatoire n’ont pas ce problème, mais leurs électeurs ne sont pas davantage informés des enjeux que les autres. D’ailleurs, lorsque l’électeur australien, par exemple, émigre dans un pays qui ne l’oblige pas à voter, il s’abstient d’aller aux urnes autant que les autres immigrants.

Le résultat le plus étonnant de la recherche récente sur le sujet est l’effet contreproductif de la décision des sociétés de ramener le droit de vote de 18 à 21 ans. Comme en amour, la vie électorale est marquée au fer rouge par « la première fois ». L’éminent chercheur britannique Mark Franklin a montré que les jeunes de 18 ans, en transit entre leur réseau familial et leur réseau de travail, sont au pire moment pour se préoccuper de questions électorales. Beaucoup « ratent » leur premier rendez-vous aux urnes et prennent l’habitude de ne pas voter.

Voter à 16 ans ?

Impossible, évidemment, de ramener l’âge du vote à 21 ans. Mais la solution ne serait-elle pas de cibler plutôt les jeunes de 16 ans, plus stables et mieux à même de prendre une bonne habitude ?

Le Brésil et l’Autriche ont choisi cette voie. Le Royaume-Uni l’a écartée. Mais il y en a une autre. Un « mariage à l’essai » de la vie électorale : des élections simulées à l’école secondaire. Les Suédois et les Norvégiens, préoccupés de la chute de participation de leurs jeunes, en sont devenus les champions. Au moment des élections générales, les élèves sont invités à entendre les partis, à organiser des débats, puis à voter dans leurs écoles. Le scrutin est dépouillé, rendu public, mais il ne compte pas dans le calcul réel du vote. Des expériences similaires sont en cours en Colombie-Britannique et en Ontario.

Dans son excellent ouvrage The Internet Generation : Engaged Citizens or Political Dropouts, Henry Milner, chercheur invité à l’Université de Montréal et spécialiste de la Scandinavie, rapporte que 70 % des élèves norvégiens du secondaire participent à ces préélections, organisées depuis 20 ans, et 87 % des élèves suédois. L’influence sur la participation des jeunes adultes aux derniers scrutins est plus forte en Suède, qui a un taux de participation global de 80 %, qu’en Norvège (75 %). Mais dans un cas comme dans l’autre, le taux de participation est meilleur qu’au Canada.

Par ailleurs, selon Henry Milner, les jeunes Québécois sont plus politisés que les jeunes Canadiens anglais et que les jeunes Américains. Les deux tiers d’entre eux affirment être incités, au secondaire, à se tenir informés de l’actualité. Moins de la moitié des jeunes Canadiens anglais en disent autant.

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !