À voir (ou pas): Deux navets, un bijou, un sourire

Vous me savez bon public. Lorsque je cherche un divertissement pur qui ne me fera ni pleurer, ni réfléchir, on peut généralement compter sur les super-productions américaines. Il y en a d’excellentes. Il y en a des passables. Mais compte tenu des équipes de scénaristes et de dialoguistes, des effets spéciaux maintenant complètement maîtrisés, de la qualité du montage puis des projections devant des groupes tests suivis souvent de modifications importantes, il est rare qu’on se retrouve devant quelque chose de complètement indigeste.

Prenez le film Venom, par exemple. À la frontière de l’univers Marvel et Spider-Man. Le scénario est invraisemblable (je veux dire, même à l’intérieur de sa logique propre). Plein de trous. Mais on passe quand même un bon moment. L’acteur principal est attachant, les dialogues sont parfois hilarants. Les effets sont réussis.

Les navets

Il est donc exceptionnel que des films à grands budgets se retrouve sur nos écrans en étant des navets complets.

Je vous en nomme deux qui sont désormais disponibles sur le petit écran: John Wick III avec Keanu Reeves et Dark Phoenix, dernier de la série X-Men.

 

Dark Pheonix, X-MenDans le cas de Dark Phoenix, on est dans une série assez forte qui nous avait habitué à beaucoup mieux. (Je recommande X-Men : Jours d’un avenir passé/Days of future past, de 2014 et Logan, de 2017.)

Simplement minables. L’arc dramatique est faible, les dialogues insipides. On ne comprend tout simplement pas comment ces films ont passé les filtres hollywoodiens.

 

Le bijou

Heureusement, les services de télé à la carte nous offrent depuis mercredi un petit bijou. Yesterday. La bande-annonce:

Avertissement: le tout début est un peu lent. En VO anglaise, il faut s’habituer à l’accent British. Patel n’est pas un grand chanteur. L’histoire d’amour est convenue. Le dénouement, un peu forcé. Mais le tout est absolument charmant, amusant, émouvant. Pas un très grand film. Mais un très bon moment.

Le sourire

Un de mes petits plaisirs est d’écouter sur YouTube, après avoir vu un film américain (ou une série télé), l’épisode de Pitch Meeting qui concerne ce film. Montréalais d’origine, l’auteur et acteur Ryan George joue dans ces clips un double rôle, celui du scénariste qui présente son idée de film et celui du producteur qui va l’acheter. L’idée est de faire ressortir les invraisemblances des scénarios. Il ne faut donc jamais l’écouter avant d’aller voir le film. Mais c’est drôle lorsqu’on l’a encore frais à la mémoire.

Par exemple, j’ai discuté ici de la déception occasionnée par la dernière saison de Game of Thrones. Ryan George présente un Pitch Meeting particulièrement bien ficelé à ce sujet:

Vous trouverez facilement sur YouTube les Pitch Meetings sur les films qui vous intéressent. Il y en a une centaine.

Mais restons sur Game of Thrones. Les critiques sont légion. Mais quelle aurait été une meilleure finale ? L’auteur torontois Daniel Whidden a mis en ligne une proposition de dernière série immensément meilleure que celle que nous avons vu. Il montre comment, sans ajouter d’épisode, il aurait été possible de maintenir le suspense jusqu’à la toute fin et de dénouer la totalité des intrigues laissées en plan. Je suis très admiratif.

Étonnant, non ?

 


Ma dernière balado vous attend. En voici la bande annonce:

Voir: Game of Thrones, pourquoi je n’ai pas signé la pétition

J’ai failli. Après les deux premiers épisodes de la dernière saison, la déception était palpable.

Cette série remarquablement écrite sombrait, dans ces épisodes, dans les clichés et les longueurs. Où étaient la richesse du scénario, des dialogues ? Quelqu’un avait d’ailleurs fermé les lumières pendant tout un épisode et l’Amérique entière a joué sur son voyant « luminosité » pour essayer de distinguer quelque chose. Un désastre.

Et c’est à ce moment que quelqu’un a mis en ligne une pétition demandant la réécriture de la dernière saison. À ce jour, plus d’un million et demi de personnes ont signé. Pas moi.

J’ai écouté la dernière saison en rafale ces derniers jours. Et, croyez-moi, le dernier épisode fait foi de tout. (Attention: divulgacheurs importants à venir). On croyait que le clou du spectacle serait l’affrontement entre les zombies-mr-freeze et les armées du sud. Mais les auteurs avaient en effet tricoté depuis le tout début un conflit potentiel entre les deux grands héros de la série: John Snow et Daenerys. Bien sûr, ils allaient tomber en amour. Mais ils sont tous deux des prétendants au trône.

Une fois les zombies vaincus — grâce à l’agilité de la jeune Arya Stark, qui a passé des années à devenir une tueuse de talent — le dernier droit ne pouvait qu’être le conflit entre les amants.

(Évidemment, ils auraient pu décider de gouverner ensemble pour le bien des sept royaumes, mais l’intérêt narratif n’aurait pas été à la hauteur.)

Il fallait donc que Daenerys deviennent saoule de pouvoir et se transforme, de libératrice, en tyran. On peut juger que les signes avant-coureur ne sont pas suffisamment probants. Exactement comme dans la transformation d’Anakin en Darth Vader. Mais transformation il y a. Ce qui donne la scène shakespearienne où Snow, pour le bien des royaumes, doit sacrifier sa reine.

Le dernier épisode regorge de dénouements qui justifient notre investissement de huit saisons.

  • Le dernier dragon de Daenerys exprime sa colère en faisant fondre le trône de fer, un beau symbole de la fin d’une époque;
  • Le personnage sardonique du Limier meurt en assouvissant la vengeance qu’il souhaitait contre son frère devenu pourtant apparemment invincible;
  • Contrairement à ce qu’on aurait pensé ou espéré, la realpolitik empêche John Snow de devenir roi et il est banni au mur et devient en fait le roi du nord du mur
  • On ne savait vraiment pas à quoi servait le jeune frère Stark voyant – son long périple ne le prépare qu’à servir d’appât pour le zombie en chef, ce qui est très décevant – mais il est choisi à la fin pour régner, notamment puisque, ne pouvant avoir d’enfant, les rois à venir seront choisis par les lords. Pas mal.
  • Sensa Stark, qu’on a vu grandir devant nous, assume son pouvoir. Excellent.
  • Tyryon Lannister, le nain le plus sympathique de l’histoire de la télévision, joue son rôle de sage jusqu’à la fin. On applaudit.
  • Arya Stark nous quitte pour une suite dans l’inconnu, c’était la meilleure candidate.

Bref, le dernier épisode sauve la dernière saison. On ne comprend simplement pas à quoi est attribuable la baisse d’énergie pendant les premiers épisodes de l’année.

Il est aussi étrange de savoir que l’auteur des livres, R. R. Martin, qui est consultant pour la série, affirme ne pas avoir décidé comment son récit allait se terminer. Il faut savoir que Martin n’a pas encore écrit la fin de la saga. Il laisse entendre que son livre — en écriture depuis huit ans — pourrait offrir aux lecteurs un dénouement différent de celui que les téléspectateurs ont vu. Ce serait certainement bon pour les ventes, mais un peu étrange pour l’intégrité de l’oeuvre.

Mon opinion n’engage que moi, évidemment. Mais je sors satisfait de ce dénouement.

Dites-moi ce que vous en pensez.


 

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En voici un extrait: