Soins à domicile: l’ère du ministre du rationnement

La Protectrice du citoyen a mené l’enquête. Elle est formelle. Le gouvernement Couillard ne donne pas suffisamment de ressources au système de santé pour couvrir les besoins en soins en domicile. En fait, c’est au point où les soins sont rationnés.

Elle n’utilise pas le terme, m’a rétorqué à l’Assemblée le ministre Barrette. En effet. Mais voici ce qu’elle dit en citant des cas qui, précise-t-elle, « illustre le problème de l’insuffisance des ressources »:

Dans le cas d’une dame de 84 ans prenant soin de son mari handicapé, le CSSS ne lui offrait que le tiers des heures nécessaires. Pourquoi ? « L’enquête du Protecteur du citoyen a démontré que le CSSS ne disposait pas des ressources nécessaires. » Qu’a-t-il fait ? « Il a choisi de partager les services disponibles entre tous loes usagers. »

Cela consiste à « donner un peu à chacun, tout en ne donnant assez à aucun. »

Un autre cas est cité où « faute de moyens pour répondre à l’ensemble de la demande, le CSSS a établi un maximum d’heures par personnes. »

Sans égard aux besoins de chacun. Les personnes « dont la condition nécessite plus de soutien doivent donc payer elles-mêmes les services additionnels requis ou, comme cette dame, se résoudre à aller vivre en CHSLD. » Là, donc, où elle coûtera plus cher à l’Etat que si on lui avait prodigué les soins à domicile.

Le gouvernement du PQ était conscient de l’absolue nécessité d’investir dans les services à domicile. Le PLQ avait promis d’injecter 150 millions par an, promesse qu’il a brisée dès son élection.

Aujourd’hui, la protectrice est limpide: « les plaintes reçues au cours de la dernière année confirment que les usagers restent aux prises avec des problèmes de réduction de services

L’approche est non seulement mesquine, mais contreproductive. Les soins à domicile sont indispensables pour désengorger les urgences et réduire la pression sur les centres hospitaliers de longue durée. Malgré ses demandes, elle « déplore » que le ministère de la santé ne soit « toujours pas en mesure de statuer sur l’offre réelle de services à domicile pour une population des plus vulnérables. »

Tout occupé à fusionner les structures, augmenter les enveloppes des médecins, leur garantir leurs primes inutiles et les frais accessoires, le ministre Barrette a laissé tomber les aînés et les personnes handicapées qui ont des besoins à domicile.

Comme sorti de sa torpeur par la brique que lui a lancé en plein visage la Protectrice (et que votre humble serviteur lui a re-lancé en période de question) il parle maintenant d’un futur et « Plan d’action ». Ce que nous voulons, c’est de l’action. Donc, l’arrêt des compressions.

 



6 réflexions au sujet de « Soins à domicile: l’ère du ministre du rationnement »

  1. Sachant qu’une personne en centre d’hébergement (CHSLD) coûte environ 75 000$ par année à l’état, ce n’est pas une économie quand on coupe dans les services à domicile qui sont requis. Au contraire. Quand les services requis ne sont pas offerts, le risque que l’état de santé de la personne et de ses proches aidants se détériore est grande et dans ce cas, la facture devient beaucoup, beaucoup plus salée! Et cela, c’est sans compter l’immense perte de qualité de vie pour toutes les personnes concernées…
    Le rationnement, les coupures dans les services à domicile ne nous font pas économiser. Pas du tout. Pas lorsqu’on parle de services nécessaires. A moins que le ministre considère que les instruments de mesure et d’évaluation ne sont pas fiables ?

  2. Je suis contente de la déclaration de la Protectrice du citoyen. le virage vers le chez-soi des âinés ressemble plus à un abandon du CISSS; tout l’aspect technologique de la médecine est privilégié dans notre système de santé et j’inclus la chirurgie dans ce volet. Il y a plus que cela. Beaucoup plus que cela. Que pouvons-nous faire pour éveiller les dirigeants à cette réalité?

  3. Question :  »Quel est le % d’argent sur le total du budget mettons nous en santé ??? Réponse :  »Trop » ; alors, vous avez votre réponse. Alors je ne sait pas quoi faire. Quelle est la solution ??? Il faut couper mais où ??? Il ne faut pas couper !!! Alors il nous faut emprunter et faire des déficits !!! ??? Je ne suis pas assez compétent à ce niveau je laisse donc cette responsabilité à notre gouvernement !

  4. Il y a quelques années, j’ai pu constater personnellement que les soins à domicile étaient mieux organisés et plus disponibles à l’extérieur de Montréal qu’à l’intérieur. J’étais dans Lanaudière et mon beau-père étaient à domicile, en perte sévère d’autonomie, en fin de vie… Nous avions de l’aide (une partie gratuite, une autre à bas tarifs) pour le ménage, la garde, les repas et la visite régulère d’une infirmière et d’un physio-thérapeute, avec médecin au besoin.

    Imaginez la situation actuelle à Montréal , avec les coupures … Ne restera-t-il que l’ambulance?

  5. Ce qui m’étonne dans les agissements du parti libéral, c’est que le projet de coupures n’a pas été démontré nettement et que le gouvernement coupe pour couper, à l’improviste, sans fournir les arguments qui détermineraient clairement l’importance de telle ou telle coupure. Même les partis de l’opposition ne connaissent pas l’état de la comptabilité ni le trajet que veut emprunter Couillard. Celui-ci se comporte comme Harper… un peu, pas mal tyrannique.

  6. Bravo pour votre texte et aussi pour votre remarquable prestation à l’émission d’Éric Duhaime et de Nathalie Normandeau. La qualité de vos interventions et votre humour font en sorte que votre présence à ce type d’émission en augmente la richesse et la profondeur. Si j’étais responsable d’une émission à la radio, je vous inviterais à chaque semaine.

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