Ce que l’on doit à Adele

adelebritawardsElle a remporté six Grammys, puis ce mardi trois Brit Awards. Je parle d’Adele Laurie Blue Adkins, ou plus simplement Adele, dont les chansons graves et ciselées bousculent les palmarès pop depuis plus d’un an.

Que lui doit-on, hormis tous ces prix qu’elle recueille ? Une énorme dose de reconnaissance, pour avoir, dans les iPods de toute une génération, introduit de la vraie musique.

Je le constate avec mon ado, mon pré-ado et leurs amis. Avant Adele, il n’y en avait que pour « Your Love is my Drug », « Party forever » et autres « Teen age dream ». L’originalité de Lady Gaga mise à part, on était dans la guimauve préfabriquée, dans la voix assistée par ordinateur, dans le rythme pré-remixé, dans le degré zéro du sentiment, du désir et du plaisir.

Et voici qu’avec son album 21, Adele impose son art dans tous les palmarès. J’ai dit: son art. Car on y est complètement. Une voix, une vraie, sans artifice. Grave, forte. Surtout: profonde. Des sons qui sonnent vrai, tantôt blues, tantôt folk, tantôt jazz. Des chœurs, des variations fortes, des reprises, de la structure. Pas de synthétiseur. Pas d’autotuner.

Des émotions, surtout tristes, mais vraies. De la colère, de la vengeance, de la désespérance. De l’amour cru, de l’amour abimé, de l’amour en bataille.

Sur scène, point d’artifice, de costume extravagant, de feux d’artifice, seulement de la présence. De l’authenticité.

C’est toute cette richesse, incarnée dans des chansons extraordinairement attractives, qui entre cette année dans les oreilles, les cerveaux et la culture musicale de la génération montante. Un sillon est ainsi tracé pour la qualité, la profondeur, l’excellence. Une porte est ouverte sur un univers remarquablement plus satisfaisant, pour les sens et pour le coeur, que la pop qui trônait, précédemment, seule dans la liste des hits.

Vous le savez peut-être, je crois qu’un prix Nobel de littérature spécial devrait être remis à JK Rowlings, l’auteur des Harry Potter, non pour la qualité de l’oeuvre (cela se débat) mais pour avoir attiré des dizaines de millions de jeunes vers la lecture et toutes ses promesses.

Quel prix devrait-on inventer pour Adele qui, à elle seule, fait prendre un ascenseur culturel à des dizaines de millions d’ados?

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !