Étudiants / Prochain arrêt: médiation !

med-150x150La situation est paradoxale. Selon les calculs présentés sur toutes les antennes par le fort crédible fiscaliste Luc Godbout de l’Université de Sherbrooke, la bonification offerte au programme de bourses vendredi dernier par le gouvernement est à ce point généreuse que, pour les enfants de ménages gagnant 60 000$ et moins, il coûterait désormais moins cher d’aller à l’Université  selon cette formule qu’avant la hausse.

Le nouveau régime serait davantage redistributif qu’avant, les ménages de plus de 100 000$ payant désormais pour les moins de 60 000 $.  Pourtant, la proposition ne suffit pas pour mettre un terme au conflit. Pourquoi ?

D’abord parce qu’aucun membre du gouvernement n’a réussi à présenter la chose aussi bien que le fiscaliste Godbout. Ensuite, et de façon plus importante, parce que la proposition n’a pas été faite à la table de négociations, n’a donc pas pu être même légèrement bonifiée par les deux fédérations étudiantes « parlables », la FEUQ et la FECQ, qui n’ont donc pas pu se l’approprier et la présenter à leurs membres. Le climat d’affrontement ne s’y prêtait pas.

La qualité de la proposition — et je n’ai vu pour l’instant aucune réfutation des calculs de Godbout (avis aux alertinternautes) — est donc la victime de l’incapacité du gouvernement Charest à correctement gérer la crise… et la sortie de crise.

Il est aujourd’hui illusoire de penser que le gouvernement et les fédérations pourraient se retrouver autour d’une table de négociation. Cette option a été définitivement polluée la semaine dernière par la ministre Beauchamp (peut-être mal dirigée par le bureau du Premier ministre).

La FEUQ et la FECQ annoncent depuis des semaines qu’ils ont « des choses à proposer » et réitèrent ce lundi qu’ils préparent « une contre-proposition ». Peut-être n’est-elle pas compatible avec les objectifs du gouvernement ? Peut-être qu’un peu de négociations créatives permettraient d’arrimer ces idées (pour l’instant inconnues) avec la dernière offre ? La ministre Beauchamp appelle aussi èa « du mouvement » de la part des étudiants.

« Faut démontrer, chacun de notre côté, une certaine humilité, déclarait ce lundi Martine Desjardins, présidente de la FEUQ. Chacun a sa part de responsabilité et doit faire un pas vers l’autre. » Sages paroles.

Bref, nous sommes en présence d’une proposition gouvernementale qui pourrait être la base d’un règlement mais qui, pour y arriver, doit être bonifiée dans un processus de dialogue crédible. La seule option encore ouverte est celle de la médiation.

Il ne s’agit évidemment pas pour le gouvernement, ou les fédérations, de se départir de leur pouvoir de décision. Mais un rapport de médiation pourrait avoir la crédibilité nécessaire pour faire bouger, un peu, le gouvernement et deux des fédérations et offrir la nécessaire sortie de crise.

Les trois fédérations se disent ouvertes à la médiation. La ministre Beauchamp affirme qu’il est « trop tôt » pour en parler. Elle a raison. Il faut attendre que la FEUQ et la FECQ rejettent la proposition de vendredi.

Mais le Conseil général du Parti Libéral, cette fin de semaine, sera l’occasion rêvée pour faire cette annonce — un peu comme le Premier ministre a annoncé, l’an dernier, sa décision enthousiaste d’avoir une vraie Commission d’enquête sur la construction, au début du Congrès libéral.

On perd donc encore une semaine, à cause de l’incurie gouvernementale. Car il faudra encore trouver un médiateur qui soit acceptable par les parties, le rencontrer, parler, le laisser travailler, écouter ses recommandations, se réunir, voter.

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !