L’ami libyen de SNC-Lavalin

interview_w2Pierre Duhaime, le PDG de SNC-Lavalin, a donné une entrevue révélatrice à notre collègue Martin Patriquin, de Maclean’s.

Révélatrice de sa proximité politique avec le régime Khadafi, qui a accordé d’importants contrats à SNC depuis 25 ans.

Sur les rebelles:

Duhaime: Il y a beaucoup de jeux politiques derrière tout ça. Qui a lancé [la rébeillon]? Qui arme les rebelles ? Pourquoi cela arrive-t-il maintenant ?

Patriquin: Je pensais que c’était parce que les gens en avaient assez de 40 ans de dictature.

Duhaime: Vous êtes un peu naïf. Il y a toujours des forces externes derrière la scène pour aider la rébellion. Ce n’est pas arrivé par hasard. Je ne dis pas que tout le monde était heureux, mais il y a beaucoup de gens qui appuient toujours Khadafi.

Parmi de très nombreux projets, SNC a aussi accepté de construire une prison. Le journaliste veut savoir si SNC s’est interrogé sur l’utilisation politique possible de cette prison.

Patriquin: Dans quelle mesure vous êtes vous interrogés sur le respect des droits de l’homme par la Libye avant d’accepter le projet ?

Duhaime: La Libye était membre de la commission des droits de l’homme des Nations Unies. Mr. Khadafi était l’invité de plusieurs Premiers ministres et Présidents partout dans le monde. [Le fils de Khadafi] Saif a été très clairs au sujet des droits de l’homme en Libye. Et, évidemment, vous avez besoins de prisons. Ce n’est pas pour des prisonniers politiques, c’est pour des prisonniers.

Patriquin: Mais vous n’avez aucune façon de savoir s’il s’agissait de prisonniers politiques ou non.

Duhaime: La façon dont ça nous a été présenté est que ça n’avait rien à voir avec des prisonniers politiques.

Patriquin: […] J’ai de la difficulté à croire que construire une prison ou un aéroport est la même chose.

Duhaime:  Pour moi, c’est la même chose. Ici au Québec on fait des soumissions pour des prisons, pour des hôpitaux.

Patriquin: Mais notre traitement des droits humains est bon. En Libye, il n’est pas bon.

Duhaime: Pourquoi dites-vous cela? Avez-vous des preuves?

Patriquin: Bien sûr. Vous avez parlé de Saif. Il a qualifié les membres de la rébeillon de « rats » et a distribué des armes aux forces pro-Khadafi.

Duhaime: Oui, il a dit ça après le début de la rébellion. Mais regardez ce que Saif disait au cours des cinq dernières années. Ce qu’il a dit au London School of Economics.

Duhaime se déclare ensuite complètement en désaccord avec la réaction de Khadafi face aux rebelles et il se solidarise avec l’action internationale contre le régime. Cependant il donne le bénéfice du doute à Khadafi, surtout à son fils Saif.

On ne s’attend pas à ce qu’une entreprise comme SNC-Lavalin soit caritative ou qu’elle fasse le travail d’Amnistie Internationale. L’important est qu’elle respecte les traités internationaux des droits du travail dans ses chantiers dans des pays totalitaires, qu’elle s’assure que ces droits sont respectés par ses sous-traitants et qu’elle se soumette aux décisions internationales quant au boycott de tel ou tel régime.

Cependant on s’attend à ce qu’un CEO sache de quoi il parle lorsqu’il s’adresse à un journaliste qui va lui parler de droits humains. Un bref passage sur la page de Human’s Right Watch, à la section Libye, lui aurait permis d’avoir l’air moins bonasse.

Ce que Saif Khadafi a dit à la London School of Economics est effectivement fort intéressant. Il y a rédigé une thèse de doctorat sur le rôle de la société civile : « The Role of Civil Society in the Democratisation of Global Governance Institutions: From Soft Power to Collective Decision Making? » Il s’agit d’une critique de gauche de l’action du FMI. Le problème ? La direction du LSE affirme maintenant que la thèse était probablement écrite par quelqu’un d’autre, ce quelqu’un ayant eu fort penchant pour le plagiat. Un site y est consacré.

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !