L’opinion mondiale (et canadienne) tourne le dos au capitalisme actuel

La BBC a mis en ligne hier un sondage passionnant, réalisé dans 27 pays, et allant au coeur du sujet. Voici la question-clé:

G20_capitalism_banner1-150x150Laquelle de ces trois affirmations reflète le mieux votre opinion au sujet du capitalisme de libre marché:
a) Le capitalisme est fondamentalement vicié et un il nous faut un autre système économique
b) Le capitalisme a quelques problèmes, mais ils peuvent être réglés avec davantage de réglementation et de réformes
c) Le capitalisme fonctionne bien et toute augmentation de la réglementation va le rendre beaucoup moins efficace

Cette dernière réponse ne reçoit de majorité dans aucun des pays, les principaux au monde, interrogés.  Les plus grands tenants du capitalisme actuels se trouvent aux États-Unis, mais ils ne sont que 25% à y adhérer. Ils sont suivis des 21% de procapitalistes pakistanais, puis de 19% de tchèques. Les pro-capitalistes canadiens sont 15%.

L’opinion mondiale est massivement favorable à la réforme et au retour de la règlementation, y compris 55% des Américains et 53% des Canadiens. Ce qui retient cependant l’attention est l’importance, relative, du groupe qui rejette le système:Un Canadien sur cinq et 13% des Américains sont de ce nombre, mais 43% des Français et 37% des Mexicains sont dans ce camp. Une curiosité: seulement 18% des Chinois rejettent le capitalisme. Si Mao était vivant, il se retournerait dans sa tombe…

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Cliquez pour voir le tableau – Source: GlobalScan.com

Le sondage de la BBC n’en reste pas là. Il interroge l’opinion sur:

Le rôle de leur gouvernement dans la distribution des richesse au niveau national

56% des Canadiens et 41% des Américains, ce qui est déjà beaucoup, sont à la traîne des autres pays du G7 dans leur appui à une augmentation de la redistribution de la richesse: de 67% au Royaume-Uni jusqu’à 87% en France et 89% en Italie. Il y a là un énorme ressac contre l’augmentation des inégalités de revenus observés depuis un quart de siècle. (Voir le Tableau ici.)

Le rôle de leur gouvernement dans la réglementation des entreprises

Les pluralités favorables à une augmentation du rôle de l’État passe de 48% au Canada (33% ne veulent pas de changement)  et 44% aux USA, jusqu’à des majorités allant de 56 à 76% en Europe de l’Ouest. Le discours de la dérèglementation est à l’agonie dans l’opinion. (Voir le Tableau ici.)

L’importance d’un accord à Copenhague vs protéger l’économie nationale

La même firme, GlobeScan, a publié le 2 novembre un autre sondage, portant sur 12 pays, dont le Canada, avec une autre question dure:  «La tâche d’aider l’économie nationale pendant la récession est-elle une priorité plus importante, aussi importante ou moins importante que la lutte contre les changements climatiques?»

M. Harper, vous écoutez ? 72% des Canadiens croient que l’économie est une priorité égale (51%) ou moins importante (38%) que le changement climatique.

J’ai gardé le meilleur pour la fin:  les répondants nord-américains — canadiens et américains confondus –  sont
3% à penser que leurs gouvernements ne doivent pas tenter de réduire les émissions de gaz à effet de serre,
10% qu’ils devraient les réduire graduellement, sans tenir compte des objectifs internationaux (la position d’Ottawa), 35% qu’ils devraient s’engager à respecter les objectifs internationaux de réduction et — cymbales –
44% qu’ils devraient dépasser les objectifs de réduction internationaux.

(Voir le rapport pdf ici.)

CONCLUSION 1: les dirigeants du G20 sont beaucoup plus timides que leurs opinions nationales dans leurs efforts de réforme en profondeur du capitalisme et de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

CONCLUSION 2: l’opinion doit trouver une façon de se faire entendre de ses dirigeants politiques à brève échéance.

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !