Wikileaks: ne laissez pas votre ADN au vestiaire de l’ambassade US

wikileaksLe quart de million de dépêches diplomatiques rendues publiques par Wikileaks ce dimanche recèle des centaines de petites phrases intéressantes des grands de ce monde qui, pour l’essentiel, confirment ce que savaient les observateurs attentifs des relations internationales.

– La politique américaine face à l’Iran donne des résultats décevants;
– Les pays arabes détestent autant Téhéran que ne le fait Israël;
– Le président américain n’est pas très intéressé par l’Europe;
– La Chine parraine les attaques informatiques contre Google et les États-Unis;
– L’homme fort italien Berlusconi est très proche du russe Poutine;
– Nicolas Sarkozi est
un « empereur nu ».

Les engins de recherche mis à la disposition des internautes ne permettaient, au moment d’écrire ce billet à 19h30, d’obtenir d’informations sur le Canada. Tous les télégrammes diplomatiques ne sont pas encore disponibles.

Des fuites rassurantes, sauf pour ceux qui parlent aux diplomates US!

A contrario, ces fuites — du moins jusqu’à maintenant — sont plutôt rassurantes. Rien de Top Secret ne semble se tramer dans la politique étrangère américaine. Aucun agenda caché, rien que l’application parfois habile, parfois malhabile, des orientations publiquement affichées.

Un gros problème cependant: la divulgation des directives envoyées aux diplomates américains à l’ONU. Voici le résumé qu’en fait Lemonde.fr:

Le mémo 219058, adressé à l’ambassade des Etats-Unis à l’ONU, à New York, éclaire à quel point les diplomates sont encouragés à ne respecter aucune règle de l’immunité diplomatique, sans parler de respect de la vie privée. Le secrétaire général des Nations unies, son secrétariat et ses équipes, les agences de l’ONU, les ambassades étrangères et les ONG présentes à Manhattan, sont ainsi, sans même présumer du travail des agences de renseignement, soumis au regard intrusif de la mission diplomatique américaine.

 

«  Les rapports doivent inclure les informations suivantes, précise la directive : noms, titres et autres informations contenues sur les cartes de visite ; numéros de téléphone fixes, cellulaires, de pagers et de fax ; annuaires téléphoniques et listes d’emails ; mots de passe internet et intranet ; numéros de cartes de crédit ; numéros de cartes de fidélité de compagnies aériennes ; horaires de travail…  »

Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, et ses collaborateurs savent-ils que les diplomates américains avec lesquels ils déjeunent ont reçu l’ordre de noter leurs numéros de cartes de crédit personnelles, ou que ceux avec lesquels ils voyagent doivent transmettre leurs numéros de cartes de fidélité des compagnies aériennes ? Et qu’ils sont encouragés à mémoriser les mots de passe de leurs ordinateurs ?

 

Les diplomates américains à l’ONU doivent transmettre «  toute information biographique et biométrique  » sur leurs collègues des pays du Conseil de sécurité, y compris les alliés britanniques et français, et sur les dirigeants de nombreux pays. La consigne «  biométrique  » revient dans presque tous les mémos : il faut se procurer «  les empreintes digitales, photographies faciales, ADN et scanners de l’iris  » de toute personne intéressant les Etats-Unis.

 

Certains ne seront peut-être pas surpris que les ambassades américaines appartiennent à ce point à la communauté du renseignement. D’autres, qui croient entretenir des relations de confiance avec des diplomates, réfléchiront avant d’accepter une photo souvenir, ou de laisser leur ADN sur un cheveu retrouvé dans le col d’un manteau au vestiaire de l’ambassade.

Ce contenu a été publié dans États-Unis par Jean-François Lisée. Mettez-le en favori avec son permalien.

À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !