Mario Beaulieu: La chance au coureur

Mario Beaulieu est désormais chef du Bloc québécois. Il a clairement affiché ses couleurs — indépendance d’abord, défense du Québec ensuite. Il s’est battu, a serré des mains, vendu des cartes, obtenu des soutiens et, au final, l’a emporté avec 53% des voix. Le report sur sa candidature d’une partie des troupes d’Option nationale n’est pas étranger à son succès. Et il n’est pas anodin qu’un groupe indépendantiste dissident revienne au bercail, du moins celui du Bloc, après une période de brouille avec le PQ.

Pour faire son omelette, Mario a cassé quelques oeufs. Se présentant comme l’homme du retour au combat indépendantiste, il froisse ses prédécesseurs, qui pensaient s’y être activés au mieux, dans des circonstances difficiles, depuis la défaite référendaire de 1995. On comprend Gilles Duceppe de faire part de son mécontentement.

Le NPD au Québec: ce qui monte vite redescend plus vite encore

Le site threehundredeight vient de mettre à jour son tableau des sondages portant sur les élections fédérales. On peut observer ici combien le NPD, orange, a profité des mois d’hiver pour faire de la luge sur l’électorat québécois:

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Et le Bloc, en bleu pâle, fait du trampoline…

Le site fait également une projection de circonscription
à partir de ces chiffres. (Le nombre de sièges actuels
est dans la parenthèse)

Bloc: 25 (4)
Libéraux: 21 (7)
NPD: 18 (59)
Conservateurs: 11 (5)

Mais l’élection n’est qu’en octobre 2015 !

Wikileaks: Quand Ottawa prédisait une victoire de Marois

PC_081106marois-pauline-economie_8-150x150En avril 2009 le conseiller aux affaires québécoises du Conseil privé (le ministère du premier ministre Harper) Eric Ferguson, a expliqué à l’officier politique américain à Ottawa ce qui suit:

La chef du PQ Marois est bien placée pour gagner la prochaine élection provinciale, car le premier ministre libéral Charest est au pouvoir depuis 2003 — une longue période en politique québécoise — les électeurs voudront donc un changement.

Ferguson a ajouté que Marois pourrait interpréter cette victoire comme un mandat pour promouvoir la souveraineté, mais affirme que pas plus de 30% des Québécois appuient l’indépendance complète.

Ferguson ajoute qu’un référendum est improbable à moyen terme, sauf si le gouvernement fédéral adopte une politique anti-Québec, ce qui est peu probable.

Voilà le genre de pépites d’information que l’on obtient lorsqu’on passe quelques heures à lire les dépêches diplomatiques américaines d’Ottawa, de Québec et de Montréal récemment mises en ligne par Wikileaks. Au sujet du Bloc québécois, on lit aussi ceci:

Sondage: Les Québécois versent une larme pour le Bloc

Le Bloc est-il donc déjà complètement sorti de l’esprit des électeurs, qui lui furent fidèles pendant six élections ? On a vu dans le premier volet de notre sondage L’actualité/Crop qu’une élection tenue à la mi-juin aurait été pire encore que celle du deux mai pour le parti qui a dominé la politique fédérale au Québec pendant 20 ans.

Le Bloc est loin des yeux, mais pas complètement loin du cœur de ses anciens fidèles. On le sait, seuls 23% d’électeurs ont voté Bloc en mai, plutôt que 38% trois ans auparavant.  Or, un nombre équivalent, soit 40%, estiment que la grave défaite du Bloc est une « mauvaise chose » pour le Québec.

Aux dernières élections fédérales du 2 mai 2011, le Bloc Québécois a perdu presque tous ces députés. Diriez-vous que c’est pour le Québec…
Tous Francos Électeurs Bloc Électeurs NPD

Message de Duceppe: Mon choix, c’est Marois!

duceppe-et-marois-150x150On se doute bien que Gilles Duceppe a apprécié le sondage CROP de ce mercredi. Que 35% des Québécois le voient chef du Parti québécois si Pauline Marois devaient tirer sa référence, dont 66% des électeurs péquistes.

Après avoir été éjecté de son comté par ses électeurs (y compris Amir Khadir), Gilles a dû passer, enfin, un bon moment.

Au-delà de la bonne humeur, est-il tenté ? J’ai voulu le savoir et me suis fait dire, par un intermédiaire sûr, que son message était le suivant:

* Il souhaite que Pauline Marois soit dans la position la plus solide possible pour mener le Parti Québécois aux prochaines élections;

* Il s’est donné une ligne de conduite de discrétion et veut se retirer complètement de la vie publique, et médiatique, pour plusieurs mois.

Les amateurs de putsch vont être déçus…

Deux mai: Le dépit, l’espoir et le rejet

(Mon analyse de l’élection du deux mai, telle que publiée dans L’actualité courant.)

On ne pourra pas nous reprocher, à nous Québécois, de ne pas essayer. Et, lorsqu’on essaie, de ne pas y mettre toute la gomme. Avec la trudeaumanie, en 1968, on a donné 54 % des votes et 56 sièges au «French Power». Le début d’un temps nouveau. Puis, octobre 1970, l’armée et les prisons. Puis, la Constitution, l’exclusion.

Nous n’y sommes pas allés de main morte pour remplacer les trudeauistes par les bleus de Mulroney en 1984: 50 % des votes, 58 sièges. Un espoir de réparation, dans l’honneur et l’enthousiasme. Puis Meech. Puis le mépris.

Alors, en 1993, nous n’y sommes pas allés avec le dos de la cuiller pour obtenir «le vrai pouvoir», celui du Bloc québécois: 49 % des votes, 54 députés, assez pour former l’opposition officielle de Sa Majesté. Puis, six élections passent. Le fruit souverainiste semble hors de portée. Le fruit fédéraliste s’entête à ne jamais être assez mûr pour une réforme.

Ben Laden et Ben Duceppe éliminés ? Y’a d’la joie !

Qui le dit ? L’éditorialiste du journal de quartier Free-Press NDG, David Goldberg, dans la dernière édition du bi-mensuel:

hampsteadSeeing the Bloc Québécois virtually wiped off the political map was almost as much fun as listening to President Barrack Obama describe Osama bin Laden’s death at the hands of the US Navy Seals.

Je traduis: Voir le Bloc Québécois presque complètement lavé de la carte politique était presque aussi amusant que d’entendre le président Barack Obama décrire comment les forces spéciales américaines ont tué Ossama Ben Laden.

C’est beau, le bon voisinage, la tolérance et le respect mutuel.

(Merci à l’alertinternaute Louis F. pour ce signalement.)

Éric Duhaime: la réplique de l’exterminateur!

Éric-DuhaimeLe cofondateur du groupe de droite Liberté-Québec, Éric Duhaime, que je connais bien, n’a pas totalement apprécié que je cite, dans ce billet, sa chronique du Toronto Sun — et des autres journaux de Sun News — ou il se réjouit de l’extermination du Bloc Québécois.

Voici ce que j’en écrivais:

Pour mémoire, Éric a été pendant plusieurs années conseiller de Gilles Duceppe, avant de passer au Reform Party à l’Alliance Canadienne, puis à l’ADQ et plus récemment à Liberté-Québec. Lisons-le :

Pour planter le dernier clou dans le cercueil du Bloc, Harper doit maintenant respecter sa promesse de couper le financement public des partis politiques.

Selon la loi actuelle, le Bloc pourrait encore recevoir 1,8 millions $ par an des contribuables canadiens. Ce financement est probablement la meilleure — sinon la seule — raison restante de justifier l’existence du Bloc.

Le Bloc doit-il mourir ?

images6-150x150NON !

Les Québécois ont mis un terme, ce lundi, à une phase politique longue de 20 ans. Ils ont décidé de tourner le dos à une stratégie: parler à Ottawa de sa propre voix, peser sur les décisions lorsqu’on avait la balance du pouvoir, ne pas diluer sa force dans des arbitrages au sein d’un parti dominé par le Canada anglais.

C’est fini. Le message est reçu. En fait, 23% des Québécois ont tout de même voté Bloc ce qui, dans un système proportionnel, aurait donné aux bloquistes 17 députés, plutôt que quatre.

En fait, les Québécois avaient décidé de diversifier leur stratégie politique. Moins de bloquistes, plus de néo-démocrates. Ils ont mal jugé l’ampleur de leur geste.

Le fait subsiste. Le système électoral a démultiplié la force de la vague orange et ravi au Bloc, non seulement son statut de premier parti, mais son statut de parti tout court.

La grande évasion

evasionIls se sont évadés. Les électeurs québécois ont massivement tourné le dos au Bloc — puisqu’ils y étaient en plus grand nombre — tourné le dos aussi au Parti libéral et au Parti conservateur pour suivre la piste orange.

Évadés, oui, mais de quoi ? De la prison, justement. De la prison du statu quo.

Je m’explique. Pour l’électeur québécois moyen du début de 2011, l’avenir semblait bloqué. À Québec, un gouvernement libéral détesté. À Ottawa, un gouvernement conservateur tout aussi détesté. À Montréal, un maire dont on souhaite le départ.

Mais rien n’y fait. Charest est installé encore pour deux ans. Tremblay aussi. Et l’élection fédérale n’avait qu’un but: savoir si Harper serait minoritaire ou majoritaire. Ce que d’autres, en Ontario, allaient décider.

Une prison, vous dis-je. Un sentiment de grande frustration. Immobiles, les Québécois ? Pas par choix.